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La solidarité comme résistance face à la ville qui se ferme

Gentrification et résistances ordinaires des quartiers populaires. Élaboration théorique et illustration empirique sur un terrain bruxellois

Gentrification and ordinary resistance of working-class neighbourhoods. Theoretical elaboration and empirical illustration in Brussels
Mathieu Van Criekingen

Résumés

Parcourir des quartiers traversés par des processus de gentrification ne donne habituellement pas à voir des espaces entièrement voués à l’habitat, aux pratiques de consommation ou aux modes de sociabilité des classes intermédiaires ou supérieures. Ceci, même dans des contextes métropolitains où les pressions au changement urbain sont particulièrement appuyées. Comment comprendre la persistance d’appropriations populaires de ces espaces ? Cet article avance l’idée que ces permanences peuvent révéler diverses formes de « résistances ordinaires » des quartiers populaires au changement urbain, ne prenant pas appui sur des mobilisations collectives inscrites dans des luttes urbaines. L’article vise d’abord à étayer cette proposition sur le plan théorique, en mobilisant de concert des notions issues de la sociologie des classes populaires contemporaines et des acquis des gentrification studies. Un terrain bruxellois est ensuite mobilisé pour donner une consistance empirique à l’idée de résistance ordinaire des quartiers populaires.

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Texte intégral

1Beaucoup a été écrit sur les régimes contemporains de domination urbaine, les diverses formes de violence qu’elles impliquent et les multiples contestations qu’elles soulèvent [Gintrac et Giroud, 2014 ; Clerval et al., 2019 ; Adam et Comby, 2020 ; Pinson, 2020]. Les processus de gentrification constituent un trait saillant de ces régimes. Définis, au sens large, comme toutes formes de réaménagement d’espaces populaires à l’avantage de classes dominantes (en termes économiques ou culturels), ils font à présent l’objet d’une littérature critique abondante et très internationale – les gentrification studies. Celle-ci met particulièrement en évidence la puissance des logiques de sélection des usages sociaux de l’espace urbain et pointe les multiples formes de dépossession qui en découlent.

2Pour autant, parcourir des quartiers touchés par des processus de gentrification ne donne habituellement pas à voir des espaces entièrement voués à l’habitat, aux pratiques de consommation ou aux modes de sociabilité des classes intermédiaires ou supérieures. Les contrastes ou les décalages sont au contraire fréquents, dans les structures commerciales [Fleury et al., 2020] ou les usages des espaces publics [Clerval, 2011] notamment, et ce même dans des contextes métropolitains où les pressions au changement urbain sont particulièrement appuyées.

3Comment comprendre ces décalages si ce n’est, sur un plan descriptif, en termes d’hétérogénéité ou, sur un mode souvent normatif, en termes de mixité sociale ? Cherchant à se situer sur un plan plus analytique, cet article avance l’idée que ces décalages traduisent avant tout diverses formes de résistance des espaces populaires vis-à-vis des processus de gentrification. Plus particulièrement encore, le propos de l’article est centré sur les résistances ordinaires des quartiers populaires, c’est-à-dire, les formes de résistance locale au changement urbain ne prenant pas appui sur des mobilisations collectives inscrites dans des épisodes de luttes urbaines. Ainsi, il s’agira de porter l’attention sur ce qui constitue certains quartiers populaires en « espaces résistants » vis-à-vis de logiques de gentrification, hors contexte de politisation explicite du changement urbain à l’échelle locale.

4La première partie de cet article vise à étayer cette proposition au plan théorique, en s’appuyant simultanément sur deux littératures encore relativement peu mises en relation l’une avec l’autre, à savoir la sociologie des classes populaires contemporaines [Siblot et al., 2015 ; Béroud et al., 2016] et les gentrification studies [Lees et Philips, 2018]. Cette mise en relation vise à construire un cadre dialectique capable de tenir ensemble l’analyse des forces de sélection des usages sociaux dans les quartiers populaires et des leviers d’ancrage de populations socialement dominées dans ces mêmes espaces.

5La seconde partie de l’article mobilise un terrain bruxellois en vue de donner une consistance empirique à cette idée de résistance ordinaire des quartiers populaires. Comment, dans une ville aux caractéristiques métropolitaines relativement appuyées comme Bruxelles, un quartier ancien péricentral ciblés par divers projets de changement urbain parvient-il à demeurer un espace essentiellement populaire, et ce en l’absence de mobilisations collectives dirigées contre ces projets ? Qu’est-ce qui, en d’autres termes, constitue ce quartier en espace résistant vis-à-vis des logiques de gentrification qui s’y déploient ?

1. Comment des espaces résistent au changement urbain

6Les luttes urbaines, à savoir les mobilisations collectives autour d’enjeux urbains, sont une figure classique des études urbaines depuis plusieurs décennies [Castells, 1975]. Ces mobilisations sont aujourd’hui nombreuses et diverses, par leurs bases sociales, leurs modalités d’action (manifestations, occupations de sites, grève des loyers, recours en justice…) ou leurs cibles (opérations de « régénération » d’ensembles de logements sociaux, campagnes de saisies immobilières menées par des organismes financiers, privatisations d’infrastructures légitimés par l’organisation de grands événements, etc.) [Mayer, 2013].

7Il importe cependant de ne pas limiter l’analyse des oppositions aux régimes de domination urbaine à ces formes visibles et explicitement politisées de contestation. Le regard analytique se doit de porter aussi vers des formes d’opposition plus discrètes ou plus implicites.

Résister en habitant

8À la faveur d’une analyse menée à Lisbonne et Grenoble, Matthieu Giroud relève « à quel point le quartier populaire, en secteur ancien central ou péricentral, est loin d’être un territoire figé et essentialisé. Il est certes à la fois un territoire réceptacle de stratégies politiques et économiques de changement urbain, et façonné par des processus socio-culturels importants, tel que l’embourgeoisement, mais est aussi, de manière synchrone, un territoire animé et produit par un ensemble de discours et de pratiques concrètes de la part des habitants des lieux et usagers du quotidien. Ces pratiques ne se contentent pas de suivre les changements formels brutaux : elles contribuent à les recomposer, déjouer, subvertir, détourner… » [Giroud, 2005]. Il qualifie de « résistances habitantes » ces ensembles de pratiques matérielles et symboliques qui concourent à une inertie d’espaces populaires pourtant ciblés par des processus de changement urbain. Ainsi avance-t-il que « l’acte de résistance peut aussi émaner, à coté de mobilisations collectives et d’initiatives de participation publique, de pratiques résidentielles et quotidiennes inscrites dans l’espace et le temps de manière significative […] Tous ces actes et pratiques, s’ils s’inscrivent au sein de modes d’habiter la ville, participent à leur tour à l’habiter du lieu, un "habiter résistant" » [Giroud, 2005]. M. Giroud formule aussi cette idée en termes de « continuités populaires », en soulignant toujours que celles-ci sont le produit de « résistances, non pas en termes de luttes collectives, mais produites à l’échelle de l’individu [et qui s’appuient] sur l’habiter des individus, c’est-à-dire sur leurs pratiques ordinaires, réalisées au cours de parcours biographiques et de cheminements quotidiens, ainsi que sur leurs représentations » [Giroud, 2007, voir aussi Chabrol, 2013].

9L’emploi du terme de résistance est ici tout à fait à propos. L’idée d’un « habiter résistant » fait en effet directement écho à ce que l’anthropologue James C. Scott nomme « arts de résistance » [Scott, 2019]. Par cette formule, celui-ci désigne la multiplicité des savoirs pratiques (ruses, dissimulations, latitudes avec les lois ou contournements des procédures…) et des formes de solidarité ou d’entraide que mettent en œuvre des groupes dominés pour faire face aux conditions d’existence qui leur sont faites dans les différentes sphères de la vie sociale. Pour J. C. Scott, l’ensemble de ces pratiques inscrites dans la vie quotidienne relève bien du domaine de la résistance à la domination et l’auteur insiste de surcroît pour leur reconnaître un caractère pleinement politique, arguant que « les approches de la politique ne s’attachant qu’à ce qui peut n’être que consentement commandé et joué ou rébellion ouverte ont une conception par trop étroite de la vie politique » [Scott, 2019]. Il emploie également à cet effet la notion « d’infrapolitique des dominés », catégorie dans laquelle il place « une grande variété de formes discrètes de résistance qui n’osent pas dire leur nom » [Scott, 2019].

10Ces approches n’ont encore que peu été mobilisées dans le champ des analyses de la gentrification. Dans cette littérature, en effet, l’analyse des résistances locales a surtout porté jusqu’ici sur les mobilisations collectives inscrites dans des luttes urbaines, les pratiques d’occupation d’espaces (le squat, en particulier) ou d’autres formes d’activisme urbain. Ces analyses soulignent particulièrement les formes d’affirmation politique, à l’échelle locale, d’un « droit à rester en place », c’est-à-dire, d’un droit au maintien des usages sociaux existants de l’espace [Newman et Wyly, 2006].

11En parallèle, plusieurs travaux se sont également attachés à repérer les dispositifs d’action publique susceptibles de bloquer ou de freiner des logiques de gentrification. Ces travaux ont notamment souligné le rôle joué par les mesures de régulation du marché du logement, les politiques du logement social ou les dispositifs de protection d’activités économiques tournées vers les classes populaires (en termes de clientèles ou d’emplois) [Ley et Dobson, 2008 ; Walks et August, 2008].

12Prenant acte de ces acquis, Sandra Annunziata et Clara Rivas-Alonso invitent à reconnaître que « les pratiques de résistance politiquement conscientes, explicitement oppositionnelles, intentionnelles et visibles ne sont pas le seul moyen de contrer les processus d’éviction induits par la gentrification » [Annunziata et Rivas-Alonso, 2018, – traduction de l’auteur]. Le domaine des résistances à la gentrification, précisent ces deux autrices, « est également caractérisé par des pratiques non-politisées, discrètes, non-intentionnelles, informelles ou délibérément invisibles de la vie quotidienne » [Annunziata et Rivas-Alonso, 2018]. Elles plaident ainsi pour une problématisation de ces résistances moins exclusivement centrée sur l’action collective explicitement politisée et plus attentive à leurs formes discrètes, inscrites dans des pratiques habitantes non conscientisées comme relevant d’une résistance au changement urbain. Elles parlent en ce sens, en écho au travail de J. C. Scott, d’une « micro-politique du quotidien » [Annunziata et Rivas-Alonso, 2018] dans les quartiers populaires.

Des pratiques aux espaces

13Penser les résistances à la gentrification en ces termes demande encore d’interroger les articulations entre pratiques habitantes et production de l’espace : par quels mécanismes, et dans quelles conditions, des pratiques relevant du quotidien des habitants des quartiers populaires peuvent-elles produire des « espaces résistants » au changement urbain ?

14Les travaux de sociologie urbaine centrés sur les stratégies par lesquelles les classes populaires contemporaines font face à la précarité sont riches d’enseignements à cet égard. Ils mettent en effet en lumière comment « lorsqu’on ne possède pas de capitaux économiques et culturels, la création d’un espace familier, "à sa mesure", constitue une ressource primordiale face à des conditions économiques d’existence modeste » [Siblot et al., 2015]. Ce faisant, ces travaux révèlent les dimensions spatiales des ressources sociales et en soulignent l’importance décisive pour les classes populaires [Fol, 2010 ; Ripoll et Tissot, 2010]. Dans cette optique, plusieurs analyses ont montré comment, dans des quartiers populaires investis par des groupes sociaux plus nantis, l’accès à des ressources produites et distribuées localement est une variable essentielle de la capacité des classes populaires à rester en (centre-)ville [Dietrich-Ragon, 2014 ; Lévy-Vroelant et Fijalkow, 2016].

15La notion de ressources n’est pas à concevoir, ici, en un sens réifié ou naturalisé. Il s’agit au contraire de « penser des moments, des relations, des actions, des interactions qui produisent ou engendrent des aides, des appuis (ainsi analysables en termes de ressources) qui n’existent pas en dehors des circonstances qui les fabriquent » [Faure et Thin, 2020]. Autrement dit, il s’agit de « comprendre ce qui permet aux membres des classes populaires de "tenir debout", de se débrouiller malgré tout, de s’approprier les situations qui s’imposent à eux et qu’on leur impose, y compris en s’appuyant sur des liens avec des groupes et des individus en meilleure posture sociale […][et ce sans verser dans] l’émerveillement intellectualiste devant les capacités des plus pauvres à s’en sortir quoi qu’il soit » [Faure et Thin, 2020]. Posée de cette manière, la notion de ressource se conçoit donc comme une construction sociale attachée à des configurations spatiales particulières : « ce qui ‘fait ressource’ est pour l’essentiel ancré dans des contextes locaux et dans des relations concrètes, et est peu transférable au-delà de tels contextes. De fait, ce qui fait ressource, c’est ce qui donne un avantage social dans des contextes locaux populaires, et à certaines conditions » [Faure et Thin, 2020].

16La notion de ressource ainsi posée est centrale dans les travaux du Collectif Rosa Bonheur. Ceux-ci montrent en effet comment, loin d’être inactives ou dénuées de toute marges d’autonomie, les classes populaires travaillent au quotidien à (re)produire les conditions matérielles, relationnelles et symboliques de leur subsistance et comment, par ce « travail de subsistance », elles contribuent à (re)produire des espaces urbains spécifiques – des « centralités populaires » – propices à différentes formes d’ancrage local [Rosa Bonheur, 2019]. Un lien est ainsi établi entre résistances à la domination sociale et production d’espaces spécifiques : « discriminées sinon expulsées des marchés du travail et de l’habitat, des fractions dominées des classes populaires ont produit un système localisé dans l’espace urbain qui remplit trois fonctions économiques décisives : fournir différentes formes de travail et de revenus permettant la subsistance […] ; permettre l’accès au logement ; et enfin donner accès aux ressources matérielles et relationnelles que les habitants tirent de l’ancrage dans l’espace local » [Rosa Bonheur, 2019].

17En définitive, ce bref parcours dans deux littératures, encore peu mises en relation l’une avec l’autre, permet de préciser la dialectique annoncée en introduction. D’une part, les gentrification studies montrent comment les usages populaires de l’espace sont aujourd’hui contestés par des logiques de gentrification, au prix de diverses formes de dépossessions matérielles et symboliques. D’autre part, la sociologie urbaine des classes populaires contemporaines met en lumière comment celles-ci produisent, par un ensemble de pratiques quotidiennes, répondant d’abord à des impératifs de subsistance, des espaces urbains spécifiques. On peut dès lors envisager que ces espaces de centralité populaire présentent une série de caractéristiques difficilement assimilables par des logiques exogènes de gentrification. Ainsi, considérées ensemble, ces deux littératures permettent d’envisager que certains quartiers populaires puissent avoir, en dehors de conjonctures singulières de luttes urbaines, les traits « d’espaces résistants » vis-à-vis de processus de gentrification.

2. Cureghem, un espace populaire résistant à Bruxelles

18Le quartier de Cureghem à Bruxelles constitue, parmi d’autres, un terrain pertinent pour éprouver l’idée de résistances ordinaires des quartiers populaires [Mistiaen, Meert et Kesteloot, 1995 ; Chabrol et Rozenholc, 2015 ; Rosenfeld et Van Criekingen, 2015]. Ancien faubourg industriel et ouvrier urbanisé au 19ème siècle bordé par le Canal de Charleroi (qui mettait alors en relation les industries bruxelloises avec les bassins miniers du Hainaut), Cureghem est aujourd’hui un quartier populaire adjacent au centre historique d’une ville très désindustrialisée et ayant connu un développement métropolitain significatif [Vandermotten, 2014] (figure 1).

Figure 1. Cureghem dans son contexte bruxellois.

Figure 1. Cureghem dans son contexte bruxellois.
  • 1 Source : comptage personnel à partir des rapports d’activités de Citydev.

19À l’image de nombreux autres quartiers populaires (péri)centraux en contexte métropolitain, l’espace de Cureghem est aujourd’hui marqué par des logiques de gentrification. Au plan résidentiel, d’abord, on enregistre une augmentation de la présence de ménages plus nantis que la population en place depuis le milieu des années 2000 [Hermia et Treutens, 2021]. Cette augmentation traduit en particulier l’installation de ménages des classes intermédiaires dans des logements en accession à la propriété nouvellement construits. Depuis le début des années 2000, en effet, l’agence publique Citydev (sous tutelle du Gouvernement régional) y a produit près de 600 logements neufs dans le cadre de conventions de partenariat public-privé, et plus de 350 autres logements du même type sont actuellement en cours de développement dans le quartier1. Pour la commercialisation de ces logements, Citydev cible explicitement les ménages dits « à revenus moyens » (à l’échelle de la ville), soit des ménages disposant de revenus souvent largement supérieurs aux revenus des habitants en place [Romainville, 2010]. Construits sur d’anciens terrains industriels, ces ensembles de logements réunissent ainsi les caractéristiques d’opérations de new-build gentrification [Davidson et Lees, 2009], à la nuance près que ces opérations s’appuient ici de manière décisive sur une programmation et des financements publics.

  • 2 Un comptage réalisé fin 2019 parmi les usagers d’une association d’aide au logement installée dans (...)

20À Bruxelles, le soutien implicite des pouvoirs publics à la gentrification passe également par des programmes dits de « revitalisation urbaine ». Affichant à la fois des objectifs de revalorisation matérielle et de requalification symbolique des quartiers populaires anciens, d’une part, et d’amélioration des conditions de vie des populations en place dans ces quartiers, d’autre part, on a pu montrer que, dans les faits, les premiers l’emportaient sur les seconds [Van Criekingen, 2013]. À Cureghem, notamment, ce sont des logiques d’attractivité de publics exogènes qui président aux programmes de réaménagement actuellement en cours dans le quartier, dont l’aménagement d’un nouveau parc à la jonction entre le quartier et le centre historique (Porte de Ninove – voir figure 1) prolongé d’un espace vert linéaire connectant celui-ci au site des Abattoirs et marchés de Cureghem, site lui-même promis à un réaménagement tourné vers des fonctions commerciales et récréatives d’envergure régionale. En revanche, ces programmes incluent très peu de logements sociaux, en dépit d’une demande locale très importante et maintes fois exprimée dans les dispositifs de participation citoyenne [Scohier et Sacco, 2021] 2.

21Enfin, plusieurs dispositifs d’action publique territorialisée soutiennent l’implantation à Cureghem de nouvelles activités productives présentées comme « innovantes » et propices à une nouvelle « mixité fonctionnelle », dans le domaine de l’agriculture urbaine notamment. Très peu ancrées dans le tissu social existant, ces activités s’intègrent par contre couramment dans de nouveaux développements immobiliers (ferme urbaine en toiture, par exemple). Elles contribuent aussi « à accroître la visibilité du quartier aux yeux des classes moyennes au travers des visites et des événements organisés dans le cadre de leurs activités » [Orban, Sanchez-Trenado et Vanin, 2020], s’inscrivant de la sorte dans un schéma émergent de gentrification productive [Sprague and Rantisi, 2019].

  • 3 Tous les chiffres de ce paragraphe ont été tirés de publications de l’Institut Bruxellois de Statis (...)

22Pourtant, malgré ces dynamiques résidentielles et ces projets de réaménagement, Cureghem reste un quartier caractérisé par un peuplement très majoritairement populaire. Les indicateurs spatialisés de pauvreté y conservent des valeurs élevées. Par exemple, le taux de chômage y atteint 33% de la population active (contre 21% à l’échelle de la ville) et le revenu médian par ménage y équivaut à 78% du revenu médian calculé à l’échelle de la ville ou à 62% du revenu médian calculé à l’échelle nationale.3 De plus, le peuplement du quartier reste fortement marqué par l’immigration internationale : le bilan migratoire avec l’étranger y est deux fois plus élevé (+3,2%, en base annuelle) qu’à l’échelle de la ville (+1,6%) et près d’un habitant sur deux (46%) n’a pas la nationalité belge, contre un tiers des bruxellois (34%). Parmi les populations étrangères, les ressortissants de pays d’Afrique et d’Europe de l’Est sont les plus surreprésentés. Ce peuplement très international se traduit notamment dans les marquages culturels ou religieux de nombreux commerces du quartier (bazars africains, épiceries roumaines ou libanaises, boucheries halal…).

23On peut dès lors s’interroger sur les conditions de possibilité du maintien de ces appropriations populaires de l’espace du quartier. La présence d’un stock important de logements sociaux ne peut en être la raison. Au contraire, les logements sociaux n’y comptent que pour 8,9% du stock local de logements, soit une proportion à la hauteur de celle, très faible, enregistrée à l’échelle de l’ensemble de la ville (7,2%). Par ailleurs, Cureghem ne se distingue pas par des représentations ethnicisées singulières, alors que d’autres parties de la ville sont communément représentées de la sorte (le « quartier Turc » de Saint-Josse, par exemple) [Mistiaen, Meert et Kesteloot, 1995]. On ne peut dès lors y supposer l’existence d’une barrière symbolique de nature « ethnique » à même d’y freiner des logiques de gentrification [voir Walks et August, 2008 pour un exemple canadien]. Enfin, aucune lutte urbaine n’a eu Cureghem pour épicentre au cours des dernières décennies.

24Qu’est-ce qui, donc, constitue ce quartier en espace résistant vis-à-vis des logiques de gentrification qui s’y déploient ? Trois éléments de réponse apparaissent saillants, relevant respectivement des structures locales des activités économiques, du marché du logement et des services à la population.

2.1 Une centralité économique

25Quoique fortement désindustrialisé, à l’image des autres quartiers centraux bruxellois, Cureghem reste un espace de forte centralité économique. Différents types d’activités productives et commerciales s’y côtoient, réutilisant à leurs fins propres la morphologie industrielle du bâti (ateliers, bureaux ou entrepôts). Parmi celles-ci, une activité de commerce de véhicules d’occasion marque particulièrement l’espace local. Une partie du quartier, autour de la rue Heyvaert principalement, fonctionne en effet depuis la fin des années 1980 comme une place marchande pour ce type de marchandises [Rosenfeld, 2017]. Plusieurs dizaines de garages, installés dans d’anciens locaux industriels disséminés dans le bâti de ce quartier, y sont rassemblés sur quelques rues, proposant à la vente des véhicules d’occasion en provenance de toute l’Europe, principalement à destination d’importateurs africains. Autours de ces garages gravitent une série de plus petits acteurs économiques, dont des commerçants spécialisés en pièces automobiles ou d’autres biens de seconde main, ainsi qu’une diversité de commerces orientés vers les clientèles africaines (épiceries, restaurants, boutiques de téléphone, agences permettant l’envoi d’argent au pays…). En outre, la présence de ces activités a favorisé l’installation dans le quartier de populations africaines n’ayant pas ou peu de rapport avec le commerce de voitures d’occasion. Cureghem est ainsi devenu, depuis le début des années 2000, le premier quartier bruxellois en termes de présence de ressortissants d’Afrique subsaharienne dans la population résidente [Rosenfeld et Van Criekingen, 2015].

26De même, le secteur de la viande occupe une place significative dans le quartier. Le nombre de boucheries de détail y est à la fois élevé et en augmentation, alors que la tendance est à la baisse presque partout ailleurs à Bruxelles [Sanchez-Trenado, 2019]. On dénombre aussi une vingtaine de grossistes en viande à Cureghem. Ces commerces de gros ou de détail sont principalement situés sur ou à proximité du site des Abattoirs, infrastructure implantée dans le quartier depuis plus d’un siècle mais dont la pérennité est à présent menacée par les projets précités de transformation du site. Aujourd’hui largement tourné vers le marché halal, ce secteur bénéfice à Cureghem d’économies d’agglomérations construites sur le temps long, en termes de fonctionnement (mutualisation de frigos ou de véhicules, liens de longue durée entre grossistes et détaillants…) notamment [Orban, Sanchez-Trenado et Vanin, 2020]. Les boucheries de Cureghem tirent également parti de l’activité du grand marché de produits alimentaires et non-alimentaires qui drainent près d’une centaine de milliers de visiteurs chaque fin de semaine sur le site des Abattoirs.

27Enfin, une partie de Cureghem – connue sous le nom du « quartier du Triangle » (voir figure 1) – est marqué par la présence depuis plusieurs décennies d’un nombre important de grossistes en produits textiles (vêtements, maroquinerie et mercerie) et, depuis moins longtemps, de grossistes en matériels électroniques d’origine chinoise [Retout, 2020].

28Si elles se singularisent par les marchandises traitées (véhicules d’occasion, viandes, textiles ou matériels électroniques), ces activités économiques ont en commun de s’inscrire dans des réseaux d’acteurs (fournisseurs, clients, intermédiaires) dépassant très largement l’échelle locale tout en donnant accès localement à des emplois peu diplômés (informels pour certains) ainsi qu’à des biens de consommation courante à bon marché (figure 2). Elles contribuent de la sorte à soutenir des pratiques de subsistance inscrites dans le quotidien des habitants de Cureghem, en même temps qu’elles s’appuient sur elles.

Figure 2. À Cureghem, devant une boucherie et sur le site des Abattoirs, un jour de marché (photos de l’auteur, 2017).

Figure 2. À Cureghem, devant une boucherie et sur le site des Abattoirs, un jour de marché (photos de l’auteur, 2017).

29De plus, la nature de ces activités confère une série de caractéristiques singulières à l’espace local. D’une part, les rues et les squares du quartier sont habituellement occupés de manière intensive, en tant que lieu de travail (chargements, déplacements ou réparations de voitures sur la rue Heyvaert, par exemple) ou de sociabilités (devant des cafés ou à proximité de lieux de culte, par exemple) (figure 3). Cette utilisation intensive des espaces publics pèse en retour sur l’attrait résidentiel de celui-ci auprès de ménages désireux de jouir d’un environnement urbain plus « apaisé » [Lenel, 2015].

30D’autre part, en occupant de longue date une grande proportion des surfaces commerciales du quartier, à titre de propriétaire pour beaucoup, ces activités limitent fortement l’installation d’autres activités commerciales [Rosenfeld et Van Criekingen, 2015]. Il est significatif à cet égard que les nouvelles activités d’agriculture urbaine, dont l’installation est soutenue par divers dispositifs publics, se soient installées hors voirie – en l’occurrence en toiture ou en sous-sol, plutôt qu’en rez-de-chaussée.

Figure 3. Rue Heyvaert à Cureghem : des espaces publics marqués par des usages intensifs (photo de l’auteur, 2017).

Figure 3. Rue Heyvaert à Cureghem : des espaces publics marqués par des usages intensifs (photo de l’auteur, 2017).

2.2 Des logements accessibles

  • 4 Au moment d’écrire ces lignes (avril 2021), un immeuble situé rue Heyvaert était la proie d’un ince (...)

31Comme l’accès à l’emploi, l’accès au logement en contexte métropolitain s’est fortement complexifié pour les classes populaires. Dans les quartiers populaires bruxellois, à l’instar d’autres villes [Lees, 2014 par exemple], vu les volumes très insuffisants de logements sociaux en propriété publique au regard de la demande, c’est pour l’essentiel sur un segment du marché locatif privé, fonctionnant comme parc social de fait, que les ménages à faibles revenus accèdent au logement. Ce segment est composé d’un stock d’immeubles anciens, généralement en mauvais état et subdivisés en appartements, studios ou chambres. Les situations d’inconfort, de suroccupation ou d’insalubrité y sont très fréquentes. Ainsi, ce segment compense de fait la pénurie de logements sociaux de droit, mais aux prix de conditions de logement (très) dégradées4.

32Si se loger dans ce type de logement n’est pas bon marché – les ménages bruxellois à faibles revenus consacrent 40% ou plus de leur budget au paiement du loyer [De Keersmaecker et Sonecom, 2019] –, il demeure que les loyers en vigueur dans les quartiers où ce logement social de fait est très présent restent inférieurs aux loyers en vigueur ailleurs dans la ville. À Cureghem, ce différentiel est de 15%. L’accès au logement y est donc relativement moins difficile qu’ailleurs, malgré des taux d’effort importants. De plus, certaines discriminations semblent moins fortes sur ce segment du marché. Un agent communal souligne à cet égard que « ici, à Cureghem, certains propriétaires n’ont pas peur de louer leur appartement à des familles nombreuses et étrangères » [Zian, 2018]. Cette forme d’habitat généralement dégradé est donc, de fait, utile à beaucoup dans la mesure où il répond à des impératifs de subsistance, sur fond d’absence d’alternative (figure 4).

Figure 4. Recherche de logement à Cureghem (photo de l’auteur, 2016).

Figure 4. Recherche de logement à Cureghem (photo de l’auteur, 2016).

33Ce parc locatif social de fait constitue, à l’échelle locale, un frein aux logiques de gentrification résidentielle. En effet, son existence maintient la rente locative à des niveaux élevés puisque le manque d’alternative pour les ménages précarisés garantit aux propriétaires-bailleurs de trouver preneur quel que soit l’état des logements mis en location – d’où, aussi, l’existence de comportements de type « marchand de sommeil ». L’incitation de ces propriétaires-bailleurs à la réhabilitation de leurs logements en vue d’une location à des catégories d’occupants plus argentés s’en trouve ipso facto limitée. À Cureghem, comme on l’a souligné plus haut, la gentrification résidentielle progresse d’ailleurs moins par des opérations de réhabilitation du parc ancien que via des opérations publiques-privées de construction d’ensembles neufs sur d’anciens terrains industriels (friches ou dents creuses).

2.3 Une centralité de services

34Le recours à divers services répondant à des besoins de la vie quotidienne, en matière de santé ou de soutien scolaire par exemple, est une autre dimension essentielle des pratiques de subsistance des classes populaires. Les espaces concentrant des structures à finalité non lucrative proposant de tels services peuvent dès lors acquérir une centralité particulière aux yeux de celles-ci [DeVerteuil, 2016].

35À Cureghem, on trouve un nombre important d’organisations non lucratives de services à la population : associations à finalité sociale ou culturelle (maisons de jeunes, centres de planning familial, associations d’aide au logement, organisations proposant des cours d’alphabétisation…), établissements de santé (maisons médicales ou polycliniques) ou structures à vocation religieuse (églises chrétiennes évangéliques et mosquées, en particulier). On y trouve également plusieurs établissements publics d’enseignement (écoles ou instituts techniques) et divers guichets administratifs communaux (figure 5).

Figure 5. Organisations non lucratives et services publics à Cureghem.

Figure 5. Organisations non lucratives et services publics à Cureghem.

36La présence de ces organisations participe également de la centralité de l’espace auprès des ménages populaires, résidents du quartier ou non [Chabrol et Rozenholc, 2015]. Cette centralité est notamment sensible dans le cas des églises chrétiennes évangéliques. Pour la plupart fondée par des migrants africains ou latino-américains, ces églises, outre leur fonction de lieu de culte, « […] remplissent un rôle social. C’est souvent le premier lieu de rencontre dans toute vague de migration. Les gens peuvent y amener leurs problèmes quotidiens. On s’y occupe du temporel, de l’ici et du maintenant. On recherche des solutions aux problèmes concrets et quotidiens. Certaines églises forment un réseau caritatif, organisent des distributions de vivres, accueillent des personnes sans titre de séjour valable. Cela permet à de nouveaux migrants de nouer des contacts et de développer un réseau social. Cela aide aussi dans la recherche d’un emploi ou d’un logement » [De Caluwé, 2016]. Ces églises s’intègrent ainsi dans le travail de subsistance de nombreuses personnes ayant connu un parcours de migration. Elles marquent également l’espace local de manière singulière, sur un plan symbolique mais aussi matériel. En effet, la plupart d’entre elles sont installées dans d’anciens bâtiments industriels dévalorisés, ainsi rendus indisponibles pour des projets de reconversion inscrits dans des logiques de changement urbain.

Conclusion

37Si la littérature centrée sur la notion de gentrification est précieuse pour comprendre ce qui, dans la « ville néolibérale » contemporaine, pousse à la transformation des quartiers populaires (péri)centraux en espaces socialement plus sélectifs, voire exclusifs, elle aide par contre moins à saisir les résistances locales au changement urbain. Or, à l’évidence, ces quartiers n’ont pas tous, ou pas entièrement, été reconfigurés par des processus de gentrification, même dans des contextes métropolitains. Comprendre ces résistances demande de tourner le regard vers les moyens mis en œuvre par les habitants de ces espaces pour assurer leur subsistance. Ce faisant, en effet, les classes populaires confèrent à ces espaces « de multiples fonctions orientées vers leurs besoins (logements, activités, commerces, travail et sociabilités), [témoignant de la sorte] de leur capacité à faire matériellement face aux effets des rapports sociaux de domination qu’elles subissent » [Rosa Bonheur, 2019]. En d’autres termes, c’est dans la mesure où ils restent produits par et pour des populations socialement dominées que les quartiers populaires peuvent résister aux pressions au changement urbain dont ils sont l’objet, même sans être la scène de mobilisations collectives explicitement dirigées contre ces pressions.

38À Bruxelles, comme d’autres travaux l’ont souligné, s’installer à Cureghem « signe [pour beaucoup de ménages en situation précaire] une amélioration ou une stabilisation de leurs conditions de vie que d’autres quartiers de Bruxelles n’offrent pas ou plus dans le contexte actuel de métropolisation de l’agglomération bruxelloise et de gentrification de ses quartiers populaires centraux » [Chabrol et Rozenholc, 2015]. C’est par ses traits de centralité populaire, en termes d’accès à des emplois, à des biens de consommation, à des logements ou à divers services, que ce quartier peut aider à faire face à des conditions d’existence précaires, quoique jamais facilement. En retour, ces mêmes traits définissent un espace local difficilement appropriable par des logiques de gentrification : les espaces publics y sont d’ordinaire intensivement occupés (comme lieu de sociabilités ou de travail), peu de surfaces commerciales y sont inoccupées ou disponibles et la rente locative des propriétaires-bailleurs est maintenue à des niveaux élevés malgré la dégradation du bâti. En somme, donc, ce sont ses caractéristiques singulières de centralité populaire qui constituent Cureghem en espace résistant vis-à-vis des processus de gentrification. Ces caractéristiques sont néanmoins fragiles. Par exemple, l’activité des exportateurs de véhicules d’occasion est tributaire de conjonctures internationales incertaines, les projets de transformation du site des Abattoirs menace la pérennité de certaines activités et les capacités d’absorption des demandes sociales par les organisations locales de services à la population ne sont pas infinies.

39Problématiser le devenir des quartiers populaires simultanément en termes de dominations urbaines et de résistances à celles-ci, sans se limiter aux conjonctures de luttes urbaines, me paraît ouvrir la possibilité de renouveler quelque peu les analyses sur la gentrification [Van Criekingen, 2021]. De cette manière, en effet, il est possible d’appréhender la gentrification comme un rouage spatial de la domination sociale à la fois puissant et contesté, c’est-à-dire, sans rien minimiser des pressions exercées sur les quartiers populaires convoités mais sans préjuger non plus d’un lissage complet à plus ou moins brève échéance de ces mêmes espaces. Tant qu’ils demeurent habités (au sens fort du terme), les quartiers populaires restent des espaces contestés, pas seulement lorsqu’éclate une lutte urbaine.

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Notes

1 Source : comptage personnel à partir des rapports d’activités de Citydev.

2 Un comptage réalisé fin 2019 parmi les usagers d’une association d’aide au logement installée dans le quartier a permis de dénombrer près de 750 ménages en attente d’une solution de logement et habitant le quartier ou dans le reste de la commune d’Anderlecht (source : Union de locataires d’Anderlecht-Cureghem, Rapport moral 2019, non publié).

3 Tous les chiffres de ce paragraphe ont été tirés de publications de l’Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse (www.ibsa.brussels). J’ai systématiquement repris pour chaque indicateur les données disponibles les plus récentes.

4 Au moment d’écrire ces lignes (avril 2021), un immeuble situé rue Heyvaert était la proie d’un incendie de cause inconnue, faisant trois victimes et une trentaine de blessés.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Cureghem dans son contexte bruxellois.
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Titre Figure 2. À Cureghem, devant une boucherie et sur le site des Abattoirs, un jour de marché (photos de l’auteur, 2017).
URL http://journals.openedition.org/eps/docannexe/image/12032/img-2.jpg
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Titre Figure 3. Rue Heyvaert à Cureghem : des espaces publics marqués par des usages intensifs (photo de l’auteur, 2017).
URL http://journals.openedition.org/eps/docannexe/image/12032/img-3.jpg
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Titre Figure 4. Recherche de logement à Cureghem (photo de l’auteur, 2016).
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Titre Figure 5. Organisations non lucratives et services publics à Cureghem.
URL http://journals.openedition.org/eps/docannexe/image/12032/img-5.png
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Pour citer cet article

Référence électronique

Mathieu Van Criekingen, « Gentrification et résistances ordinaires des quartiers populaires. Élaboration théorique et illustration empirique sur un terrain bruxellois »Espace populations sociétés [En ligne], 2021/2-3 | 2021, mis en ligne le 19 octobre 2021, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/eps/12032 ; DOI : https://doi.org/10.4000/eps.12032

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Auteur

Mathieu Van Criekingen

Enseignant chercheur, IGEAT, Université Libre de Bruxelles
mathieu.van.criekingen@ulb.be

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