- 1 Dans le contexte de Montréal, et plus largement nord-américain, le terme suburbain correspond à un (...)
1Le Grand Montréal des dernières décennies a été en grande mutation. Cela n’est pas en soi une nouveauté, dans la mesure où la métropole a suivi des tendances observées dans d’autres métropoles en Amérique du Nord. Cela dit, Montréal a été marquée de manière forte par le vieillissement de la population, la continuité de diverses vagues d’immigration et la transformation de son cadre urbain et suburbain1 (ex. gentrification, vieillissement du bâti, rénovation, requalification urbaine, etc.). Ces changements pourraient expliquer la difficulté de faire face à des crises structurelles que l’on observe aujourd’hui, comme celle du logement ou de la dépendance à la voiture individuelle.
2Dans cet article, nous nous penchons sur cette image qui gagne en complexité d’un Grand Montréal en transformation. Après avoir documenté le passage d’une hiérarchie métropolitaine centre-périphérie à une mosaïque complexe qui a marqué les métropoles nord-américaines des années 1990 aux années 2020, nous explorons les données des recensements canadiens avec deux grands objectifs. Le premier consiste à réaliser un portrait socio-résidentiel des transformations du Grand Montréal en 1996 et en 2021 en considérant de manière intégrée des variables sociales, économiques et d’autres sur le cadre bâti. Le deuxième vise à caractériser la place occupée par les personnes âgées, les immigrants et les personnes immigrantes âgées dans la métropole. À l’aide de deux typologies de territoires métropolitains, nous ciblons les secteurs concentrant le vieillissement et l’immigration de manière à prendre en compte l’évolution des vulnérabilités et les risques d’exclusion. Nous concluons avec une ouverture traçant différentes hypothèses sur les perspectives de transformations de la métropole québécoise.
3Depuis l’après-guerre, la recherche en géographie et plus largement en études urbaines montre la dispersion et la fragmentation des formes urbaines des métropoles et l’émergence de nouvelles structures fonctionnelles qui ont élargi les différences à la fois entre les villes et au sein des régions métropolitaines. Ces changements ont représenté des terreaux d’inégalités dans les cas de faible régulation en matière de planification urbaine [Nicoletti et al., 2023]. Le couple gentrification du centre et suburbanisation de la diversité, et de certaines vulnérabilités qui l’accompagnent, a pu servir à décrire la recomposition des mosaïques métropolitaines : multi-ethniques, multi-formes, polycentriques et marquées par des clivages d’accessibilité spatiales autant que par les revenus des habitants.
4Du point de vue spatial, trois grands mouvements se dégagent. On observe un recentrage sélectif des cœurs des métropoles. La « nouvelle économie » est fondamentalement urbaine et a forgé les nouvelles inégalités spatiales maintes fois observée, notamment avec les travaux de Sassen [1996] au milieu des années 1990, et jusqu’à tout récemment avec un angle sur le transnationalisme et de la financiarisation du foncier et de l’immobilier. On observe un élargissement des écarts de revenus, une hausse des disparités entre villes et leur sélection selon leur potentiel d’urbanisation et selon les mouvements d’immigration, tout particulièrement de leurs secteurs suburbains. Les travaux sur les « ethnoburbs » [Li, 1998] sont éloquents sur les effets structurants des immigrants dans les banlieues métropolitaines. Plus récemment, c’est un retour en grâce de certains centres métropolitains avec une gentrification des espaces « premium » des centralités et des territoires qui leur sont accessibles.
- 2 La croissance suburbaine est en périphérie immédiate du centre et l’entoure avec plusieurs couronne (...)
5Si certains secteurs des centres-villes nord-américains (re)deviennent attractifs, c’est cependant surtout une suburbanisation de la croissance urbaine qui est encore observée. Au Canada, entre 2006 et 2016, la majeure partie de l’accroissement démographique se fait hors des centres des métropoles [Gordon, 2022] : à Toronto c'est 86 % de la croissance qui est suburbaine ou exurbaine2 ; à Montréal c'est 90 % de la croissance qui est également dans les secteurs suburbains [Beaudet, 2021] ; à Vancouver c'est 83 % de la croissance en banlieue, une dynamique moindre, mais allant dans ce dernier cas contre l’image d’une agglomération connue pour son centre dynamique. Inutile de préciser ici que cette croissance métropolitaine est structurée par la voiture individuelle, avec ses conséquences sur l’environnement, les inégalités dans son accès et la dépendance qu’elle induit pour des décennies. Cette dynamique déplace l’épicentre des besoins (emploi, éducation, mobilité, santé, sociabilité, etc.) vers des couronnes suburbaines non seulement plus lointaines, mais aussi plus hétérogènes.
6L’opposition de la ville face ses banlieues est dorénavant plus nuancé. D’un côté, la « grande inversion » proposée par Ehrenhalt [2013] revalorisait les centres, mais de manière sélective, repoussant les ménages modestes et les minorités vers la périphérie et restratifiait les banlieues. De l’autre, les périphéries ne sont plus un seul bloc. Des politiques de densification, de reconversions et de développement de centralités suburbaines font émerger en banlieue résidentielles des secteurs mixtes et relativement intenses (emplois, services, logements). À Toronto et Vancouver, et plus tardivement Montréal, la rénovation ou l’édification de quartiers de tours résidentielles, plus ou moins mixtes au niveau fonctionnel, incarnent l’inversion des centres, avec des secteurs complets de banlieues qui par leurs histoires et leurs géographies symbolisent désormais, elles aussi, l’urbain en matière de fonctions, d'usages et graduellement de morphologies. La ligne de partage de la ville et des banlieues se déplace et se fragmente à l’intérieur même de la périphérie.
7Cette inversion produit un double déplacement qui recompose les vulnérabilités. D’une part, des ménages immigrants sont évincés par la revalorisation des centres et s’installent dans des couronnes suburbaines hétérogènes où ils reconfigurent des centralités de proximité, notamment dans les quartiers de tours d’habitation ou de densité résidentielle moyenne des banlieues proches. D’autre part, de nombreux aînés – y compris immigrés – vieillissent sur place dans ces mêmes secteurs en mutation. Ces espaces, où s’est concentrée l’essentielle croissance démographique récente, restent souvent moins bien pourvus en transports collectifs et en aménités (alimentation, santé, loisirs actifs, culture, etc.), ce qui accroît la dépendance automobile, l’isolement fonctionnel et la vulnérabilité aux chocs de revenus ou de santé. Les mesures d’accessibilité à grande échelle montrent que les groupes les plus défavorisés – plus fréquemment racisés et moins bien dotés en capital éducatif – ont systématiquement moins d’accès aux équipements, dessinant une contrainte cumulative pour les aînés immigrés (ex. mobilité réduite, barrières linguistiques, besoins de soins) [Steinbach, 2017 ; Northcott, Northcott, 2010]. À l’inverse, certains noyaux post-suburbains peuvent offrir des ressources et des solidarités d’ancrage, mais leur accessibilité demeure inégale à l’échelle métropolitaine. Autrement dit, l’inversion déplace la diversité et décentre la question sociale. Elle fait de la périphérie le principal théâtre des enjeux d’équité d’accès pour les populations immigrantes et vieillissantes, alors qu’il y à peine quelques décennies elle incarnait la classe moyenne auto-mobile en habitat individuel.
8La mosaïque métropolitaine devient aussi multi-ethnique, multi-formes et polycentrique. Le recentrage de ménages jeunes et aisés au centre ou en périphérie plus éloignée a souvent exclu des minorités et des classes populaires, redéployées vers les couronnes de banlieue intérieures. Simultanément, les périphéries proches accueillent de nouvelles vagues migratoires, complexifiant les milieux locaux (ex. coprésences de plusieurs communautés, tensions ponctuelles), mais introduisant également plusieurs innovations sociales. Les périphéries concentrent désormais, plutôt qu’avant au centre, une part croissante de la diversité sociale et culturelle, une logique qui est renforcée par le fait que la plus grande partie de la croissance démographique des grandes régions métropolitaines canadiennes s’y est produite entre 2006-2016, puis depuis 2021 ces tendances semblent s’exacerber.
9Mais la diversité n’est pas qu’une affaire de populations, elle est morphologique et fonctionnelle (ex. formes bâties, typologies résidentielles, usages, activités) et varie d’une périphérie à l’autre. D’un point de vue méthodologique, cela nécessite une grille de lecture qui additionne des types des lieux fragmentés, des mobilités superposées et des trajectoires socio-économiques tantôt ascendantes, tantôt descendantes.
10Penser les inégalités et la diversité aujourd’hui à Montréal, c’est surtout penser métropolisation : typologies variées des périphéries, développement résidentiel fragmenté et trame fine d’une équité d’accès aux ressources urbaines contrastée. Autrement dit, se positionner au-delà d’un axe binaire ville et banlieue pour plutôt considérer un archipel inégal en constate transformation démographique et économique ainsi qu’un bâti relativement permanent, mais impliquant néanmoins des transformations sur des temps plus longs.
Carte 1. Localisation du centre et des banlieues de l’agglomération de Montréal
11Depuis 1980, Montréal combine une forte remontée des revenus et de la gentrification au cœur de l’agglomération. La carte 1 permet de localiser ces principaux secteurs : le Plateau-Mont-Royal, le Sud-Ouest le long du canal Lachine, les extensions vers Rosemont et Hochelaga-Maisonneuve, le long de la ligne 2 (orange) du métro vers Ahuntsic et plus récemment à Parc-Extension avec l’implantation de l’Université de Montréal sur le nouveau campus MIL. L’agglomération voit cependant se consolider des poches de faible revenu dans d’autres secteurs du centre et, surtout, dans plusieurs couronnes de banlieues (buffer 3-15km du centre). Leloup et ses collègues [2012, 2018] ont suivi l’évolution des quartiers défavorisés et constaté l’augmentation des contrastes intra-métropolitains. La défavorisation récente se lit clairement au nord-est de l’île (Saint-Michel, Montréal-Nord, partie de Saint-Léonard), mais aussi dans des secteurs de logements locatifs denses en périphérie de l’axe Côte-Vertu–Saint-Laurent et jusque dans des territoires de banlieues pavillonnaires proches du centre comme Laval, LaSalle, Lachine et Longueuil. Les travaux sur Montréal à trois vitesses de Rose et Twigge-Molecey [2013], faisant échos à ceux de Donzelot (2009) en Europe, décrivent la transition de la pauvreté où des poches de vulnérabilité urbaines apparaissent dans des zones auparavant des classes moyennes, y compris hors de l’île (ex. Longueuil, certaines parties de Laval).
12Sur le plan ethnoculturel, Leloup et Germain [2012] décrivaient Montréal comme une métropole fluide où la diversité se diffuse à une échelle fine, sans modèle spatial unique, gagnant des espaces auparavant peu concernés et impliquant plusieurs groupes simultanément – donc sans succession linéaire de type quartiers d’invasion-succession. Cette fluidité n’exclut pas des contrastes, les minorités visibles demeurent statistiquement plus susceptibles d’habiter des quartiers défavorisés que le reste de la population, même si Montréal ne présente pas de ghettos au sens strict. La gentrification centrale recompose elle aussi la mosaïque sociale. Cette dernière a élevé rapidement le niveau moyen dans de vastes pans du centre et des secteurs péricentraux du début 20e siècle, tout en se détachant des secteurs centraux vers d’autres secteurs demeurés stables ou fragiles. S’ajoute un enjeu générationnel, dans les territoires de l’Île de Montréal initialement pauvres qui se gentrifient, la part des personnes âgées croît moins vite qu’ailleurs, signe possible de déplacements ou de difficultés à vieillir sur place pour certaines personnes âgées.
13L’opposition centre et banlieues à Montréal s’estompe parce que les trajectoires sociales se reconfigurent. Le centre voit coexister une requalification et une persistance de vulnérabilités, tandis que des formes de précarité gagnent les couronnes suburbaines (notamment dans les grands ensembles locatifs et certains nœuds suburbains). Cette tendance semble s’être accentuée avec la pandémie de Covid-19, sans pouvoir l’affirmer avec des résultats probants – le prochain recensement canadien sera en 2026. Si la polarisation montréalaise est moins nette qu’à Toronto, la mosaïque de secteurs gagne en complexité.
14Pour approcher les transformations démographiques, sociales, économiques et du cadre bâti de l’agglomération de Montréal, nous avons considéré de manière intégrée plusieurs jeux de variables souvent considérées séparément. Nous avons mobilisé les recensements canadiens de 1996 et 2021. Deux échelles spatiales complémentaires ont été exploitées : l’aire de diffusion (AD), retenue pour sa résolution fine lorsqu’il s’agit de décrire le cadre bâti et des configurations locales, et le secteur de recensement (SR), choisi pour la comparaison temporelle en raison de sa plus grande stabilité des limites. L’aire d’étude est définie par la Région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal telle que délimitée par Statistique Canada pour chaque année. Bien que ces contours soient périodiquement révisés pour tenir compte de l’étalement fonctionnel de la métropole, ils sous-estiment légèrement l’agglomération réelle. Selon les années considérées, les analyses ont concerné entre 757 SR en 1996 et 1 004 SR en 2021, reflétant les découpages en vigueur au moment des recensements.
15Les variables socio-économiques s’appuient, entre autres, sur l’opérationnalisation employée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour les indices de défavorisation matérielle et sociale (ex. scolarité, emploi, revenu, structure des ménages), auxquelles nous avons ajouté des indicateurs du cadre bâti, de l’habitation (ex. densité résidentielle, part d’immeubles de 5 logements et plus, ancienneté du parc, taux de logements nécessitant des réparations majeures).
16Trois étapes ont été menées. La première étape consiste en une analyse en composantes principales (ACP) conduite séparément pour 1996 et 2021 sur les variables de défavorisation (INSPQ) et sur le cadre bâti. Les entrées sont centrées-réduites avec un nombre de composantes qui repose sur la règle de Kaiser (valeurs propres > 1), la courbe de Cattell et le critère de variance cumulée (> 80 %). Pour faciliter l’interprétation, une rotation varimax est appliquée et des scores factoriels sont calculés pour chacun des SR. Cette étape fournit un portrait descriptif des gradients métropolitains et de leur évolution, selon la comparaison transversale des années 1996 et 2021.
17La deuxième étape a permis de construire une typologie socio-résidentielle des territoires métropolitains à partir des composantes de l’ACP. Une classification ascendante hiérarchique (CAH) a été réalisée séparément pour chaque année à partir des scores factoriels standardisés. La méthode de Ward a été retenue avec la distance euclidienne au carré, de manière à minimiser l’inertie intra-classe et à produire des groupes relativement homogènes. Le nombre de classes est déterminé à partir de l’examen conjoint du dendrogramme et de la lisibilité sociale et spatiale des profils obtenus. Une solution à six classes a été retenue pour chaque année, permettant un compromis entre différenciation statistique et interprétabilité. Les typologies produites ne visent pas la comparabilité diachronique – les composantes et les combinaisons de variables sont différentes – mais une lecture transversale des configurations socio-résidentielles propres à chaque année.
18La troisième étape a consisté à évaluer dans quelle mesure ces typologies d’environnements urbains se distinguent sur le plan des phénomènes de vieillissement et d’immigration. Des analyses de variance à un facteur (ANOVA) ont été réalisées séparément pour chaque année, en considérant la classe typologique comme variable indépendante. Les variables dépendantes portent sur la structure par âge et la composition migratoire des secteurs (part de personnes de 65 ans et plus, part de personnes nées à l’étranger, part de personnes nées à l’étranger de 65 ans et plus). Les tests F permettent de vérifier l’existence de différences significatives entre types de territoires métropolitains, tandis que les tailles d’effet (η²) servent à apprécier la part de variance expliquée par la typologie. Cette étape ne vise pas à établir des relations causales, mais à documenter la capacité des typologies de 1996 et 2021 à capter des contrastes sociodémographiques et sur le cadre bâti structurants dans l’espace métropolitain. Si l’ensemble des analyses ont été menées de manière transversale, elles sont néanmoins capables d’illustrer les changements urbains.
19Le tableau 1 présente les variables utilisées pour les analyses en composantes principales (ACP). Il s’agit des variables désagrégées utilisées pour l’établissement des indices de défavorisation matérielle et sociale de l’INSPQ auxquelles ont été ajoutées d’autres variables relevant du cadre bâti et de l’habitation. L’objectif de cette étape était de comprendre les effets de structure des dimensions liées à la défavorisation sociale et matérielle de la population de manière intégrée avec le cadre bâti. L’ensemble des variables provient des recensements de 1996 et 2021. Chaque année du recensement a fait l’objet d’une analyse unique et individuelle.
Tableau 1. Variables considérées pour les analyses en composantes principales (ACP)
|
Variables
|
1996
|
2021
|
1996-2021
|
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Densité de population (hab. / km2)
|
826,6
|
919,0
|
+92,4
|
|
Type de logement
Total de logements privés occupés
|
1 341 270
|
1 835 700
|
+494 430
|
|
Part de maisons individuelles non attenantes
|
31,0 %
|
31,8 %
|
+0,8 %
|
|
Part d’appartements dans un immeuble de cinq étages ou plus
|
8,6 %
|
10,0 %
|
+1,4 %
|
|
Part de logements attenants1
|
8,7 %
|
8,5 %
|
-0,2 %
|
|
Part de logements dans un duplex
|
4,0 %
|
8,2 %
|
+4,1 %
|
|
Part de logements dans un immeuble de moins de cinq étages
|
47,4 %
|
41,3 %
|
-6,1 %
|
|
Statut d'occupation
Total de ménages privés
|
1 341 270
|
1 835 705
|
+494 435
|
|
Part de ménages propriétaires
|
48,5 %
|
54,4 %
|
+5,9 %
|
|
Statut de co-propriété2
Total de ménages privés
|
-
|
1 835 705
|
-
|
|
Part de ménages co-propriétaires (dans condo)
|
-
|
18,6 %
|
-
|
|
Période de construction
Total de logements privés occupés
|
1 341 270
|
1 835 705
|
+494 435
|
|
Part de logements anciens3, 4
|
14,4 %
|
23,6 %
|
+9,3 %
|
|
Part de logements viellissants3, 4
|
42,1 %
|
53,5 %
|
+11,4 %
|
|
Part de logements récents3, 4
|
37,1 %
|
17,1 %
|
-20,0 %
|
|
Part de logements nouveaux3, 4
|
6,5 %
|
5,8 %
|
-0,7 %
|
|
État des logements
Total de logements privés occupés
|
1 341 270
|
1 835 705
|
+494 435
|
|
Part de logements nécessitant des réparations majeures
|
7,5 %
|
6,7 %
|
-0,8 %
|
|
Taille convenable du logement2
Total de logements privés occupés
|
-
|
1 835 705
|
-
|
|
Part de logements de taille insuffisante
|
-
|
5,7 %
|
-
|
|
Rapport des frais de logement au revenu
Total de ménages privés5
|
1 341 275
|
1 824 815
|
+483 540
|
|
Part de ménage avec un taux d’effort de 30 % ou plus
|
32,0 %
|
19,6 %
|
-12,3 %
|
|
Éducation
Population âgée de 15 ans et plus, dans les ménages privés
|
2 662 050
|
3 485 570
|
+823 520
|
|
Part de personnes sans diplôme, certificat ou grade
|
15,8 %
|
18,1 %
|
+2,2 %
|
|
Main d'œuvre
Population âgée de 15 ans et plus selon la situation d'activité
|
2 662 050
|
3 485 575
|
+823 525
|
|
Taux d'emploi
|
56,4 %
|
60,7 %
|
4,3 %
|
|
Revenu moyen6
|
24 625 $
|
50 840 $
|
+26 215 $
|
|
État matrimonial
Population totale âgée de 15 ans et plus
|
2 700 680
|
3 570 005
|
+869 325
|
|
Part de personnes célibataires
|
38,4 %
|
32,5 %
|
-6,0 %
|
|
Part de personnes non mariées7
|
18,7 %
|
13,7 %
|
-5,0 %
|
|
Familles de recensement
Familles de recensement dans les ménages privés
|
891 890
|
1 143 035
|
+251 145
|
|
Part de familles monoparentales
|
17,4 %
|
18,1 %
|
+0,7 %
|
|
Mode de transport
Population active occupée de 15 ans et plus ayant un lieu habituel de travail ou sans adresse de travail fixe
|
1 417 195
|
1 566 265
|
+149 070
|
|
Part de personnes utilisant la voiture8
|
72,1 %
|
75,6 %
|
+3,5 %
|
|
Part de personnes utilisant le transport en commun
|
20,3 %
|
15,3 %
|
-5,0 %
|
1 Comprend les logements jumelés, logements en rangée et tout autre logement attenant
2 Variable non établie lors des recensements de la population de 1996
3 1996 : ancien (1945 ou avant) ; vieillissant (1946 à 1970) ; récent (1971 à 1980) ; nouveau (1991 à 1996)
4 2021 : ancien (1960 ou avant) ; vieillissant (1961 à 2000) ; récent (2001 à 2015) ; nouveau (2016 à 2021)
5 Ménages propriétaires et locataires dont le revenu total du ménage est supérieur à zéro, selon le rapport des frais de logement au revenu
6 Statistiques du revenu en 2019 pour la population âgée de 15 ans et plus dans les ménages privés
7 Comprend les personnes divorcées, séparées ou veuves
8 Comprend les conducteurs et les passagers
Source : Statistique Canada – Accès CHASS
- 3 Les recensements canadiens de 1996, 2006, 2016 et 2021 ont été analysés dans le cadre de nos travau (...)
20Les variables du tableau 1 mettent en évidence les transformations urbaines de la région métropolitaine de Montréal entre 1996 et 2021. La croissance démographique s’est appuyée sur un accroissement naturel limité et des vagues d’immigration relativement importantes (CMM, 2022). La densité de population a augmenté régulièrement, avec un rythme plus soutenu entre 2016 et 2021 (0,63 % par an) qu’entre 1996-2006 (0,32 %) et 2006-2016 (0,42 %), confirmant une croissance rapide avant et pendant la pandémie.3
21Le nombre total de logements privés occupés a crû de près d’un demi-million en 25 ans. Les logements dans des duplex (immeuble de 2 étages avec deux logements) ont plus que doublé, tandis que ceux dans les immeubles de cinq étages ou plus se sont accrus légèrement, surtout après 2016. À l’inverse, les logements dans des bâtiments de moins de cinq étages ont reculé de 6,1 %, suggérant la construction de plus petits immeubles. Le parc de logements vieillit, la part des logements anciens et vieillissants est passée de 56,5 % à 77,1 %, alors que celle des logements récents et neufs est tombée à 22,9 %. Malgré ce vieillissement, la proportion de logements nécessitant des réparations majeures est restée stable.
22Deux variables de recensement ont été introduites en 2016. La première, le statut de co-propriété, reflète la montée de ce type de statut d’occupation, entre 2016 et 2021, leur part a augmenté de 2,6 % (représentant plus de 65 000 unités), formant 60 % des nouveaux logements. La seconde, la taille convenable du logement, n’a progressé que très légèrement (+0,1 %), mais apporte une mesure complémentaire des conditions résidentielles.
23Le statut d’occupation montre une progression de l’accession à la propriété sur 25 ans, malgré un léger recul entre 2016 et 2021, possiblement lié à la pandémie. Le taux d’effort supérieur à 30 % des revenus des ménages a diminué de 12,3 %, suggérant soit une amélioration de l’accessibilité, soit une hausse des revenus. Le taux d’emploi a progressé de plus de +4 %, et le revenu moyen a plus que doublé entre 1996 et 2021 (environ +10 000 $ par décennie jusqu’en 2016, puis rythme similaire jusqu’en 2021).
24Concernant les variables de défavorisation matérielle (selon l’INSPQ) (Azevedo Da Silva et al., 2024 [mise à jour de Gamache et al., 2019]), la part de personnes sans diplôme secondaire a légèrement augmenté, peut-être en raison de l’immigration plutôt que d’une régression éducative. Pour la défavorisation sociale, la proportion de personnes jamais mariées a reculé de -6 %, celles non mariées (séparation, veuvage, divorce) de -5 %, tandis que les familles monoparentales ont légèrement progressé (+0,7 %). Ces tendances signalent une diversification des structures des familles et des ménages.
25Enfin, la variable de mobilité (déplacements domicile-travail) révèle deux dynamiques. De 1996 à 2016, l’usage de la voiture diminuait et celui des transports collectifs progressait. En 2021, en pleine pandémie, la tendance s’inverse avec une forte hausse de l’automobile et une baisse des transports collectifs, dépassant les niveaux de 1996. Les données de 2026 permettront de voir si ces changements sont durables.
26La structure factorielle de 1996 (voir en annexe, incluant les cartes) met en évidence un système socio-résidentiel intégré, où les dimensions du cadre bâti, socio-économiques et géographiques sont alignées. La première composante centralité métropolitaine, qui explique 32 % de la variance, correspond clairement au gradient centre-périphérie. Elle oppose des secteurs caractérisés par la maison individuelle, la propriété, des revenus et des taux d’emploi plus élevés, ainsi que la dépendance à l’automobile (par exemple dans l’ouest de l’îles de Montréal avec Dollard-des-Ormeaux, Beaconsfield, Kirkland et Pointe-Claire), à des secteurs denses, composés de logements multifamiliaux de faible hauteur, associés à une plus forte proportion de ménages locataires, de ménages consacrant plus de 30 % de leur revenu au logement et de familles monoparentales (tels que Ville-Marie, Hochelaga-Maisonneuve, le Plateau-Mont-Royal et le Sud-Ouest). Cette composante traduit un modèle suburbain classique en Amérique du Nord où statut socio-économique, bâti pavillonnaire et localisation métropolitaine périphérique se renforcent mutuellement.
27Les composantes suivantes affinent cette structure. La composante cadre bâti vieillissant et rénovation (12 % de la variance) renvoie à l’ancienneté du parc résidentiel, opposant notamment les secteurs avec des logements construits avant 1945 à ceux issus des vagues de construction des années 1960-1980. Cette dimension est associée à des profils de ménages plus souvent composés de personnes seules ou non mariées (séparation, veuvage, divorce), ce qui suggère un lien entre milieu résidentiel ancien et configurations familiales spécifiques. Cette composante est particulièrement présente dans des territoires centraux de la région métropolitaine, tels que Ville-Marie, le Plateau-Mont-Royal et une partie de Côte-Des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce. La composante nouvelles constructions met en évidence les secteurs issus des développements des années plus récentes en 1996 (1980-1990), généralement en meilleur état physique et moins associés aux besoins de réparations majeures. Cette composante correspond davantage aux projets résidentiels construits à la fin du XXe siècle, lors du boom des banlieues périphériques, et se retrouve dans certaines banlieues situées sur l'île de Montréal, comme Roxboro-Pierrefonds à l’ouest et Rivière-des-Prairies à l’Est, mais surtout dans des municipalités situées à l'extérieur de l'île, comme Saint-Eustache, Mirabel, Blainville et Terrebonne, entre autres. S’y ajoutent des dimensions plus ciblées, liées à certaines typologies résidentielles (duplex, logements attenants) ou à des profils de vulnérabilité sociale.
28Dans l’ensemble, la structure de 1996 apparaît cohérente et hiérarchisée entre un centre urbain dense concentrant davantage de précarité matérielle et sociale et des couronnes de banlieue périphériques structurée par l’habitat pavillonnaire. En ce sens, l’agglomération métropolitaine combine de manière relativement prévisible la localisation, la forme bâtie et le statut socio-économique. Ce modèle correspond à un régime socio-résidentiel où la différenciation spatiale est lisible et fortement structurée géographiquement.
29La structure de 2021 révèle un paysage plus fragmenté, comme anticipé dans la littérature est les travaux antérieurs. C’est une fragmentation qui s’est graduellement installée dans l’intervalle des 25 années – constat confirmé par nos analyses en 2006 et 2016 qui ne sont pas présentées dans le cadre de cet article. Bien qu’un gradient centre-périphérie demeure fortement structurant, sa signification s’est transformée. Une composante centralité métropolitaine expliquant 29 % de la variance, associe désormais la centralité à la densité, à la présence de logements de plus petite taille, à des besoins de réparations majeures, à la surcharge financière liée au logement et à une plus forte proportion de personnes jamais mariées (séparation, veuvage, divorce), tout en étant négativement liée à la maison individuelle, à la propriété, à l’automobile et à l’éloignement du centre. La centralité apparaît ainsi moins comme un simple attribut du cadre bâti que comme un espace de pression résidentielle.
30Par ailleurs, les dimensions sociales tendent à s’autonomiser. La composante vulnérabilité socio-économique, composante similaire une autre de 1996, regroupe la faible scolarité, la monoparentalité et des niveaux de revenu plus faibles, formant un axe de stratification sociale relativement indépendant des formes bâties. Cette composante de vulnérabilité expliquant 12 % de la variance prend désormais plus d’importance en deuxième position, comparativement à la quatrième position en 1996. La composante d’inactivité renvoie aux cycles de vie et à certaines situations de précarité ou de transition résidentielle, combinant des périodes de construction du bâti intermédiaires, des proportions de ménages non mariés (séparation, veuvage, divorce) et certaines configurations de précarité d’emploi. Surtout, la composante condoéfication du marché du logement émerge autour de la production résidentielle récente. Les secteurs caractérisés par des constructions postérieures à 2000, la copropriété et un parc de logements en bon état forment des secteurs distincts. Cette composante, absente en 1996, signale un rôle structurant pour le développement immobilier récent et de la co-propriété dans l’organisation socio-spatiale des années récentes. On la retrouve un peu partout à travers le territoire métropolitain, mais surtout proche des axes autoroutiers dans des territoires comme Brossard, Ville-Marie, Ville Saint-Laurent et Fabreville.
31Globalement, la structure de 2021 reflète un système résidentiel moins intégré, où les correspondances entre statut social, cadre bâti et localisation sont plus relâchées et où le marché immobilier récent semble jouer un rôle croissant dans la différenciation des espaces.
32Afin de synthétiser les structures factorielles, une classification ascendante hiérarchique (CAH) a été réalisée pour 1996 et 2021 à partir des scores des six composantes (voir annexe). Cette approche permet de regrouper les unités spatiales selon des profils multidimensionnels cohérents, en limitant la redondance entre variables et en mettant en évidence des configurations territoriales synthétiques. Les classifications ont été produites selon la méthode de Ward à partir de distances euclidiennes au carré et une solution à six classes a été retenue pour chaque année.
33Les types de milieux de vie de 1996 reflètent un système résidentiel fortement structuré par les cycles de développement du parc résidentiel et par l’opposition centre-banlieue. Les classes identifiées s’inscrivent dans un modèle relativement hiérarchisé où les dimensions sociales, morphologiques et géographiques sont alignées.
Carte 2. Typologie de territoires métropolitains en 1996
34Les secteurs anciens péricentraux à rénover se caractérisent par des scores élevés sur la composante cadre bâti vieillissant et rénovation, combinés à la centralité métropolitaine. Ils renvoient à des tissus urbains centraux anciens marqués par l’âge du parc résidentiel et des besoins de rénovation. Ces secteurs sont très concentrés dans le centre et ses environs proches : dans Ville-Marie, à Hochelaga-Maisonneuve, dans le Plateau-Mont-Royal, au Sud-Ouest et dans une partie significative de Rosemont–La Petite-Patrie. À l’inverse, les secteurs péricentraux favorisés rénovés combinent centralité et amélioration du cadre bâti, traduisant des dynamiques de revalorisation déjà engagées. Même si elles sont principalement situées dans le centre (Ville-Marie, une partie du Plateau-Mont-Royal), on trouve également des poches de ce type dans les secteurs péricentraux (certaines zones de Côte-Des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce, Ville Saint-Laurent, Côte Saint-Luc), voire dans certaines banlieues (Saint-Lambert). Les secteurs mixtes de petits immeubles vieillissants reposent fortement sur la composante petits immeubles vieillissants et sur celle du la compacité et densité horizontale. Ils correspondent à des tissus urbains intermédiaires souvent issus des premières couronnes urbaines (des grandes parties de Côte-Des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce et de Rosemont—La Petite-Patrie, Ville Mont-Royal, Saint-Michel, Ahuntsic) et des banlieues plus anciennes (Baie-D’Urfé, Beaconsfield, Pointe-Claire).
35Dans le contexte de l'époque, ce type de territoire a également commencé à s'étendre à certaines banlieues situées à proximité immédiate de l'île de Montréal (Chomedey, Laval-des-Rapides, Saint-Lambert, Greenfield Park, Longueuil). Les secteurs mixtes en fort développement ou requalification se distinguent par des scores positifs sur la composante nouvelles constructions, indiquant des espaces en transformation active à la fin des années 1990. Ce type se retrouve aussi bien sur l'île de Montréal qu'à l'extérieur de l'île. Les territoires situés sur l'île comprennent Saint-Laurent, certaines parties de Pointe-Claire et Dollard-des-Ormeaux à l'ouest, ainsi que Rivière-des-Prairies et Anjou à l'est. Les territoires situés à l'extérieur de l'île comprennent les quartiers Chomedey, Sainte-Rose et Fabreville à Laval, ainsi que les villes de Brossard et de Longueuil sur la Rive-Sud.
36Du côté suburbain, les secteurs de banlieue récente sont fortement associés aux nouvelles constructions et à une centralité faible, incarnant l’expansion des périphéries unifamiliales récentes de l’époque. Ce type de territoire se retrouve dans une partie de la pointe ouest de l'île (principalement à Roxboro-Pierrefonds et Sainte-Anne-de-Bellevue) et dans des parties significatives de l'île de Laval (comme Duvernay, Sainte-Dorothée et Auteuil) et des municipalités de la Rive-Nord (Mirabel, Saint-Eustache, Boisbriand, Blainville, Mascouche, Terrebonne, Repentigny) qui étaient en pleine urbanisation à l'époque. Les secteurs de banlieue mixtes et vulnérables avec espaces vacants combinent éloignement du centre et scores élevés sur les vulnérabilités socio-économiques, révélant des poches de fragilité en périphérie. Ce type de territoire se retrouve dans les quartiers vieillissants (à l'époque) des banlieues d'après-guerre, tels que Dollard-des-Ormeaux, Kirkland et Beaconsfield à l'ouest, Saint-Léonard à l'est, ainsi que dans certains secteurs de Brossard et de Châteauguay sur la Rive-Sud et dans de nombreuses poches à travers Laval. Dans l’ensemble, la typologie de 1996 illustre un régime résidentiel où l’âge du parc, la position dans l’aire métropolitaine et le statut socio-économique s’articulent sur la géographie métropolitaine.
37Les types de territoire de 2021 révèlent une organisation urbaine plus fragmentée, où les dimensions sociales, du cadre bâti et de marché se dissocient davantage. La centralité demeure structurante, mais elle ne semble plus renvoyer à un profil unique.
Carte 2. Typologie de territoires métropolitains en 2021
38Les secteurs vieillissants avec population inactive combinent des scores élevés sur les composantes appartements vieillissants et inactivité, traduisant des milieux marqués par le vieillissement du parc et une moindre participation au marché du travail. Bien que ce type de territoire soit répandu dans toute la région métropolitaine, il est particulièrement présent dans la moitié est de l'île de Montréal, dans des quartiers tels que Ahuntsic, Saint-Michel, Montréal-Nord et Anjou. Il est également très présent plus au centre à Parc-Extension, Côte-Des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce, LaSalle et Lachine sur l’île de Montréal et dans Longueuil et Greenfield Park sur la Rive-Sud. Les secteurs mixtes en développement et en condoéfication reposent fortement sur la composante condoéfication du marché du logement. Ils signalent des espaces où la production récente d’appartements en copropriété redéfinit à la fois le marché du logement et les profils résidentiels de territoires. Il est intéressant de noter que cette typologie est présente dans des zones apparemment ciblées (ou du moins très spécifiques) de l'île de Montréal, comme à Ville Saint-Laurent, Ville-Marie et dans des parties concentrées des arrondissements de Roxboro-Pierrefonds et de Rivière des Prairies. Hors de l'île, il représente une partie significative du territoire de Laval, notamment Chomedey, Fabreville, Laval-des-Rapides et Duvernay, ainsi qu'une grande majorité des banlieues de la Rive-Nord (Mirabel, Saint-Eustache, Blainville, Mascouche, Terrebonne). Sur la Rive-Sud, il semble prédominer dans les parties sud de Brossard et de Longueuil. Les secteurs péricentraux denses avec actifs associent centralité métropolitaine et faibles scores sur l’inactivité, correspondant à des milieux centraux habités par des populations économiquement actives. Ce type de territoires est présent dans les quartiers urbains péricentraux, principalement dans les quartiers des arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Hochelaga-Maisonneuve, tous deux situés à proximité immédiate du centre-ville. Les secteurs péricentraux favorisés en condoéfication combinent centralité, statut socio-économique plus favorable et forte présence de copropriétés récentes, illustrant des dynamiques de valorisation immobilière. Ce type de territoires correspond à l'autre partie des secteurs péricentriques situés près du centre-ville. Il est intéressant de noter qu’il est présent près aux abords des autoroutes. On le retrouve dans Côte-Des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce et Saint-Laurent. La seule exception est la présence considérable de de type dans Côte Saint-Luc, où aucune autoroute n’est présente.
39Les secteurs mixtes de classe moyenne présentent des profils intermédiaires sur la plupart des composantes, témoignant d’espaces socialement hétérogènes et moins polarisés. On voit ici que ce type de territoires est réparti à travers toute la région, sans aucune concentration significative. Il est aussi présent dans les zones périphériques hors de l'île (Saint-Eustache, Boisbriand) que dans les banlieues directement adjacentes à l'île (Chomedey, Vimont, Saint-Lambert, Longueuil), les banlieues situées sur l'île (Baie-D'Urfé, Beaconsfield, Anjou, Rivière des Prairies) et les zones urbaines péricentrales (Côte-Des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce, Outremont) et suburbaines (Ville Mont-Royal, Côte Saint-Luc). Enfin, les secteurs de banlieue récente favorisés restent associés à une faible centralité et à des profils socio-économiques plus élevés, mais ils constituent désormais une catégorie parmi d’autres plutôt qu’un pôle dominant en 1996. On y trouve les territoires suburbains traditionnels de l'Ouest-de-l'Île (Pointe-Claire et Dollard-des-Ormeaux, Beaconsfield, Kirkland), ainsi que certaines parties de Laval et des rives nord et sud.
40La comparaison des typologies de 1996 et de 2021 met en évidence une transformation relativement importante de la structuration socio-résidentielle métropolitaine. Le passage d’un modèle hiérarchique à une organisation en mosaïque constitue un changement à Montréal déjà observé dans la littérature pour des agglomérations nord-américaines. Les profils territoriaux ne s’alignent plus selon une simple progression centre-périphérie, mais résultent de combinaisons différenciées entre centralité, dynamiques de construction résidentielle, cycles de vie et situations de vulnérabilité. L’intégration de variables du cadre bâti aux indicateurs classiques de défavorisation nous a permis de dépasser une lecture strictement socio-économique des inégalités pour les replacer dans leurs conditions morphologiques et géographiques. Cette approche permet de mettre en lumière la manière dont l’âge du parc, les formes résidentielles ou la dynamique de construction interagissent avec les profils sociaux pour produire des configurations territoriales différenciées. Les typologies de territoires métropolitains de 1996 et de 2021 offrent ainsi une compréhension plus fine des mécanismes socio-résidentiels, en reliant vulnérabilités sociales et cadre bâti.
41Cette section s’intéresse à comment l’âge et le statut migratoire s’articulent aux profils territoriaux identifiés ainsi qu’aux changements constatés. Il s’agit de déterminer dans quelle mesure les mutations du système résidentiel se traduisent par des inégalités spécifiques, révélant non seulement des différenciations spatiales, mais aussi des enjeux d’équité et d’adaptation des écosystèmes d’habitation aux transitions démographiques. Les analyses de variance (ANOVA à un facteur) indiquent que, pour 1996 et 2021, les typologies de territoires métropolitains sont associées à des différences statistiquement significatives dans la composition sociodémographique des secteurs. Au-delà de la significativité globale, l’examen des moyennes par type permet de préciser la nature des différenciations observées.
Tableau 2. Profils sociodémographiques des types de territoires métropolitains en 1996
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Types de territoires métropolitains
|
Part de personnes de 65 ans et plus ( %)
|
Part de personnes nées à l’étranger ( %)
|
Part de personnes nées à l’étranger de 65 et plus ( %)
|
n
|
|
Secteurs mixtes de petits immeubles vieillissants
|
16,2
|
30,6
|
5,4
|
174
|
|
Secteurs anciens péricentraux à rénover
|
10,9
|
27,6
|
3,6
|
27
|
|
Secteurs péricentraux favorisés rénovés
|
22,7
|
39,5
|
7,7
|
32
|
|
Secteurs mixtes en développement
|
13,8
|
25,6
|
4,0
|
71
|
|
Banlieue mixte vulnérable
|
10,8
|
25,8
|
4,2
|
78
|
|
Banlieue récente
|
7,7
|
10,7
|
1,6
|
31
|
|
Moyenne Région métropolitain de Montréal (RMR)
|
14,3
|
27,8
|
4,7
|
413
|
|
ANOVA (un facteur)
|
|
F
|
|
p
|
|
η²
|
|
Part de personnes de 65 ans et plus
|
|
35,77
|
|
<0,001
|
|
0,305
|
|
Part de personnes nées à l’étranger
|
|
14,53
|
|
<0,001
|
|
0,151
|
|
Part de personnes nées à l’étranger de pl 65 et plus
|
16,36
|
|
<0,001
|
|
0,167
|
|
42En 1996, les trois ANOVA sont significatives (p < 0,001) et la typologie explique une part substantielle de la variance, particulièrement pour la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus (η² = 0,305), mais aussi pour la proportion de personnes nées à l’étranger (η² = 0,151) et celle des personnes nées à l’étranger âgées de 65 ans et plus (η² = 0,167). La moyenne globale s’établit à 14,3 % pour les personnes de 65 ans et plus, 27,8 % pour les personnes nées à l’étranger et 4,7 % pour les personnes immigrantes âgées.
43Du point de vue du vieillissement, les secteurs péricentraux favorisés rénovés se démarquent nettement, avec une part des 65 ans et plus (22,7 %) très supérieure à la moyenne. Les secteurs de petits immeubles vieillissants présentent également une proportion au-dessus de la moyenne (16,2 %). À l’inverse, les secteurs de banlieue récente (7,7 %), les secteurs de banlieue mixtes et vulnérables (10,8 %) et les secteurs anciens péricentraux à rénover (10,9 %) affichent des profils plus jeunes que la moyenne. La différenciation selon l’immigration est marquée par la concentration des personnes nées à l’étranger dans les secteurs péricentraux favorisés rénovés (39,5 %), très au-dessus de la moyenne, et dans les secteurs de petits immeubles vieillissants (30,6 %), légèrement au-dessus. Les autres types se situent sous la moyenne, notamment la banlieue récente (10,7 %), qui apparaît comme le milieu le moins marqué par l’immigration en 1996. Le même schéma se retrouve pour les personnes nées à l’étranger de 65 ans et plus. Les secteurs péricentraux favorisés rénovés (7,7 %) et les petits immeubles vieillissants (5,4 %) dépassent la moyenne, tandis que la banlieue récente (1,6 %) et les secteurs anciens à rénover (3,6 %) restent nettement en dessous. Ainsi, en 1996, les contrastes entre types de territoires métropolitains reposent fortement sur la combinaison entre centralité, revalorisation du bâti et présence immigrante, avec des milieux péricentraux rénovés cumulant vieillissement et diversité migratoire.
Tableau 3. Profils sociodémographiques des types de territoires métropolitains en 2021
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Types de territoires métropolitains
|
Part de personnes de 65 ans et plus ( %)
|
Part de personnes nées à l’étranger ( %)
|
Part de personnes nées à l’étranger de 65 et plus ( %)
|
n
|
|
Secteurs vieillissants avec population inactive
|
17,6
|
37,6
|
6,7
|
249
|
|
Secteurs en développement/condoéfication
|
15,5
|
22,8
|
3,2
|
144
|
|
Péricentraux denses avec actifs
|
10,8
|
33,7
|
3,7
|
78
|
|
Péricentraux favorisés en condoéfication
|
22,2
|
56,1
|
9,9
|
57
|
|
Secteurs mixtes de classe moyenne
|
19,1
|
33,8
|
8,2
|
109
|
|
Banlieue récente favorisée
|
18,2
|
24,2
|
5,3
|
146
|
|
Moyenne Région métropolitain de Montréal (RMR)
|
17,2
|
32,8
|
5,9
|
783
|
|
ANOVA (un facteur)
|
|
F
|
|
p
|
|
η²
|
|
Part de personnes de 65 ans et plus
|
|
32,42
|
|
<0,001
|
|
0,173
|
|
Part de personnes nées à l’étranger
|
|
65,33
|
|
<0,001
|
|
0,296
|
|
Part de personnes nées à l’étranger de pl 65 et plus
|
39,86
|
|
<0,001
|
|
0,204
|
|
44En 2021, les ANOVA sont également toutes significatives (p < 0,001), mais la hiérarchie des effets se modifie. La part de variance expliquée est la plus élevée pour la proportion de personnes nées à l’étranger (η² = 0,296), suivie des personnes immigrantes âgées (η² = 0,204), puis des 65 ans et plus (η² = 0,173). Les moyennes globales atteignent 17,2 % pour les 65 ans et plus, 32,8 % pour les personnes nées à l’étranger et 5,9 % pour les personnes immigrantes âgées. Pour le vieillissement, les secteurs péricentraux favorisés en condoéfication se distinguent nettement (22,2 %), bien au-dessus de la moyenne. Les secteurs mixtes de classe moyenne (19,1 %), les secteurs de banlieue récente favorisés (18,2 %) et les secteurs vieillissants avec population inactive (17,6 %) se situent également au-dessus ou très près de la moyenne. À l’opposé, les secteurs péricentraux denses avec actifs (10,8 %) présentent un profil sensiblement plus jeune. La différenciation est encore plus marquée pour l’immigration. Les secteurs péricentraux favorisés en condoéfication affichent une proportion exceptionnellement élevée de personnes nées à l’étranger (56,1 %), très au-dessus de la moyenne. Les secteurs vieillissants avec population inactive (37,6 %) et les secteurs mixtes de classe moyenne (33,8 %) se situent aussi au-dessus. Les autres types, dont la banlieue récente favorisée (24,2 %) et les secteurs en développement et en condoéfication (22,8 %), restent sous la moyenne. Le même gradient apparaît pour les personnes immigrantes âgées de 65 ans et plus. Les secteurs péricentraux favorisés en condoéfication (9,9 %) se distinguent fortement, suivis des secteurs mixtes de classe moyenne (8,2 %). Les secteurs péricentraux denses avec actifs (3,7 %) et les secteurs de banlieue récente favorisés présentent des proportions plus faibles. Ainsi, en 2021, la différenciation entre types de territoires métropolitains repose d’abord sur la composition immigrante, avec une polarisation marquée dans certains secteurs péricentraux en transformation immobilière. Le vieillissement demeure un facteur de différenciation, mais il est moins structurant que l’immigration.
45Les résultats issus de la séquence d’analyses descriptives mettent en évidence une structuration persistante, mais évolutive, des inégalités socio-résidentielles dans la région métropolitaine de Montréal. Pris ensemble, ils montrent que les contrastes métropolitains ne se réduisent ni à une simple opposition centre–périphérie, ni à une lecture strictement socio-économique, mais relèvent de l’articulation entre dynamiques du cadre bâti, trajectoires démographiques et transformations du marché de l’habitation.
46Un premier enseignement tient à la relative stabilité de certains gradients métropolitains. Les dimensions associées à la centralité, à l’ancienneté du parc résidentiel, à la densité et à la vulnérabilité socio-économique renvoient à des logiques de production de l’espace (sub)urbain qui s’inscrivent dans le temps long. Cette observation fait écho aux travaux sur la géographie structurale [Beaudet, 2021] et du développement urbain, selon lesquels les possibilités d’aménagement et les cycles d’édification passés de l’urbain contraignent durablement les configurations socio-spatiales contemporaines et leur évolution. Les structures urbaines héritées continuent ainsi d’orienter les localisations résidentielles et les opportunités d’accès au logement.
47La diversité des typologies de territoires métropolitains issues de la CAH montre par ailleurs une fragmentation socio-résidentielle qui s’apparente davantage à une mosaïque qu’à une dualisation centre-banlieue. Cette lecture abordée dans la mise en contexte de nos travaux dans la littérature rejoint les approches post-dualistes de la ségrégation urbaine [Mleczko, 2024], qui insistent sur la multiplication de positions intermédiaires plutôt que sur une opposition binaire entre espaces métropolitains favorisés et défavorisés. Les environnements urbains et suburbains observés combinent de façon variable centralité, vulnérabilité, renouvellement du bâti et dynamiques de marché, révélant des formes de différenciation fines qui s’étalent. Ce constat rendra encore plus complexes l’intervention et l’application de politiques urbaines dont les contours devront suivre les réalités des territoires métropolitains plutôt que les limites administratives.
48Les résultats relatifs phénomènes du vieillissement et de l’immigration peuvent également être éclairés par les concepts associés au filtrage résidentiel dans le contexte du vieillissement ou de l’immigration [Allen et al, 2024 ; Lee et al., 2025]. La coexistence de secteurs de bâti ancien concentrant à la fois populations âgées et ménages immigrants suggère que certaines portions du parc de logements jouent un rôle de sas dans les trajectoires résidentielles, accueillant des ménages à différents moments de leur cycle de vie ou de leur parcours migratoire. Toutefois, les résultats invitent à nuancer une lecture strictement descendante du filtrage. Dans plusieurs secteurs péricentraux en requalification ou en condoéfication, la présence immigrante élevée ne correspond pas uniquement à des situations de dévalorisation, mais s’inscrit aussi dans des marchés revalorisés, ce qui évoque des trajectoires plus diversifiées et des formes d’insertion résidentielle nouvelles. Leur meilleure compréhension appelle à des études ciblées, sur des contextes territoriaux spécifiques et ainsi que sur des trajectoires, plutôt que des configurations urbaines.
49Les transformations observées en 2021, où la composante immigrante devient un facteur plus discriminant que l’âge, résonnent avec les travaux sur la « super-diversité » urbaine [Vertovec et al, 2021]. La métropole apparaît comme un espace où la diversité migratoire ne se cantonne plus à des enclaves spécifiques, mais traverse différents segments du marché du logement et différents types d’environnements urbains. Cela suggère de poursuivre ce type de suivi, notamment sur la recomposition des logiques d’insertion spatiale des populations immigrantes, moins exclusivement liées aux quartiers d’arrivée traditionnels ou dans les ethnoburbs.
50Les résultats peuvent aussi être lus à travers les perspectives plus classiques des parcours de vie. La distribution différenciée des groupes d’âge entre types d’environnements renvoie à l’articulation entre transitions biographiques (formation familiale, retraite, mobilité résidentielle) et structure de l’offre de logement. Les milieux péricentraux rénovés ou en condoéfication peuvent ainsi accueillir à la fois des ménages plus âgés en recherche de centralité et des ménages immigrants établis, ce qui complexifie les schémas classiques de succession résidentielle.
51Enfin, le fait que les principes de différenciation varient entre 1996 et 2021 – l’âge étant plus structurant à un moment, l’immigration à un autre – suggère que les inégalités socio-résidentielles doivent être comprises comme des configurations dynamiques plutôt que comme des structures figées. De manière intéressante, sur des temps probablement plus longs, nos constats montrent que le cadre bâti n’est pas non plus une réalité statique et permanente, mais cette réalité est rarement analysée dans le temps et de manière empiriquement combinée avec des dimensions démographique, sociales et économiques. Dans cette perspective, la métropole peut être envisagée comme un système socio-spatial en recomposition continue, où les dimensions démographiques, économiques et immobilières interagissent de manière évolutive, mais peut-être sur des temps différents. Ces ouvertures théoriques ne constituent pas des démonstrations en soi, mais des pistes interprétatives à ouvrir. Elles invitent à poursuivre les recherches sur l’articulation entre ces temporalités dynamiques du marché du logement, les trajectoires résidentielles et la diversification démographique dans les métropoles contemporaines.
52Cet article visait à documenter l’évolution des inégalités socio-résidentielles dans la région métropolitaine de Montréal à partir d’une approche combinant analyse en composantes principales, classification ascendante hiérarchique et analyses de variance. Cette démarche a permis de mettre en évidence des structures socio-résidentielle à la fois persistantes et évolutives, où s’entrecroisent caractéristiques du cadre bâti, vulnérabilités socio-économiques et dynamiques démographiques.
53Les résultats montrent d’abord que certains grands gradients métropolitains – liés à la centralité, à l’ancienneté du parc résidentiel et à la vulnérabilité – constituent des dimensions structurantes durables. Toutefois, leur combinaison et leur portée différenciatrice varient selon le temps. L’analyse suggère que les inégalités socio-résidentielles ne se reconfigurent pas uniquement par déplacement spatial, mais aussi par transformation des principes mêmes de différenciation. À cet égard, le passage d’une structuration davantage associée à l’âge à une structuration plus fortement liée à l’immigration illustre la dimension dynamique des recompositions métropolitaines d’une métropole comme Montréal en Amérique du Nord.
54Les typologies construites révèlent une métropole caractérisée par une pluralité de configurations intermédiaires. Loin d’une opposition simple entre centre, banlieues et périphéries, l’espace métropolitain apparaît comme une mosaïque de milieux en transformation, où coexistent renouvellement du cadre bâti, diversification sociale et trajectoires résidentielles différenciées. Cette lecture invite à dépasser les modèles linéaires de ségrégation ou de gentrification et à reconnaître la complexité des processus à l’œuvre.
55Sur le plan méthodologique, l’approche adoptée est descriptive et montre l’intérêt d’articuler méthodes de réduction dimensionnelle, typologies et tests de différenciation pour saisir les inégalités socio-résidentielles dans leur multidimensionnalité. La non-comparabilité stricte des typologies entre les années 1996 et 2021 constitue certes une limite pour l’analyse diachronique fine, mais elle met aussi en lumière le caractère historiquement situé des configurations socio-spatiales et des catégories analytiques elles-mêmes.
56Ces résultats ouvrent des pistes pour la recherche et pour l’action publique sur la ville. Trois directions apparaissent particulièrement fécondes. D’abord, la poursuite d’analyses temporelles et spatiales à l’échelle métropolitaine permettrait de mieux identifier les moments de bascule et les logiques par lesquelles certains secteurs s’engagent dans des trajectoires de paupérisation ou, à l’inverse, de revalorisation, voire de gentrification. Ensuite, un déplacement de l’attention, de la seule densité résidentielle vers l’accessibilité et la mixité fonctionnelle, semble prometteur. Il s’agirait de documenter non seulement où résident les populations, mais aussi à quels services et ressources elles ont effectivement accès. Enfin, des études ciblées sur des territoires précis, mobilisant des approches mixtes, contribueraient à mieux comprendre le rôle des liens sociaux et associatifs dans la capacité à se loger, à se déplacer, à s’intégrer et à vieillir dans un chez-soi en transformation.