1L’apprentissage de la lecture systématique des étiquettes de produits industriels issus des domaines de l’alimentation, des cosmétiques, de l’agroalimentaire, des médicaments ou du secteur ménager constitue un enjeu majeur pour le développement d’une écocitoyenneté responsable. Il concourt à l’éducation de la jeunesse pour une utilisation conséquente des emballages et une gestion rigoureuse des déchets issus des produits manufacturés consommés. Les étiquettes des produits industriels obéissent à des exigences légales en matière de qualité, de sécurité, de prix, d’origine, d’impact environnemental, de certification susceptibles de rassurer les consommateurs (Barthélémy et coll., 2007, p. 270 ; Verdier, 2016 ; FAO, 2026). Leur lecture préalable ne semble pas systématique, particulièrement au Burkina Faso. Zongo (2022, p. 35) et Ouédraogo (2010, p. 55) ont observé à travers des articles de journaux et une observation dans le bassin versant de la Kompienga (BVK) que des producteurs manipulaient des intrants agricoles sans précaution, sans respect des consignes d’utilisation prescrites par les fabricants de produits jugés pourtant dangereux. Des cas d’intoxications plus ou moins dramatiques à la suite de l’inhalation de gaz toxiques, au surdosage lors d’une automédication, à l’allergie à des composants alimentaires et à la consommation des légumes traités aux pesticides paraissent récurrents. Zongo et coll. (2025) ont également souligné le danger lié à l’incinération de produits contrefaits, non homologués ou avariés, impropres à la consommation humaine ou périmés, aux étiquettes falsifiées saisis par les services de contrôle du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat. On reconnaît en effet que l’incinération est une pratique dangereuse à cause de la production des gaz toxiques (Charlier et coll., 2000 ; Cravedi et coll., 2007 ; Zongo et coll., 2024c, p 79).
2L’éducation environnementale s’imbrique désormais dans des problématiques écocitoyennes et occupe une place importante dans les politiques publiques. En témoigne la mutation de la Stratégie nationale d’éducation environnementale (SNEE) du Burkina Faso en Stratégie nationale d’éducation environnementale et d’écocitoyenneté (SNEEE) depuis 2024 (MEEA, 2024). Au niveau secondaire, des chapitres en sciences de la vie et de la terre et en géographie traitent des enjeux environnementaux et des défis de l’écocitoyenneté. Dans l’enseignement supérieur, des modules d’éducation environnementale figurent dans certains parcours de l’École Normale Supérieure (ENS).
3On peut se demander toutefois si la question de la lecture de l’étiquette des produits est abordée - et de façon adéquate - dans l’enseignement général. Il importe de se pencher sur la mise en place de dispositifs de médiation écocitoyenne en milieu scolaire et universitaire pouvant contribuer à la sensibilisation à la lecture systématique des étiquettes des produits industriels. Et cela, malgré le contexte de rareté des ressources financières associée aux coûts exorbitants des réformes des systèmes éducatifs et du cycle de vie des curricula, où les décideurs politiques ne s’empressent pas d’intégrer systématiquement de nouveaux concepts dans les programmes scolaires.
4Cet article rapporte les principaux éléments d’une recherche portant sur la formation des élèves et étudiants concernant la lecture d’étiquette des produits industriels. En cherchant à connaitre le rapport aux étiquettes de ces apprenants, il s’agit spécifiquement de mettre en évidence l’autonomie et la responsabilité de ces derniers à cet effet, à même de les aider à opérer des choix écocitoyens. La question principale de recherche est la suivante : l’éducation environnementale au Burkina Faso favorise-t-elle la sensibilisation et la capacitation des élèves et étudiants en matière de lecture systématique des étiquettes des produits industriels ? Cette question donne lieu à deux questions secondaires :
5- QS1 : quelles préconceptions les élèves et étudiants ont-ils de la notion d’étiquette d’un produit industriel ?
6- QS2 : quel est le rapport à l’étiquette des élèves et étudiants avant l’achat d’un produit industriel ?
7Pour répondre à ces questions, l’hypothèse principale suivante a été émise : les élèves et étudiants burkinabè ont différents comportements et représentations initiales en lien avec l’étiquette d’un produit industriel. Il en découle les hypothèses secondaires (HS) suivantes avec leurs indicateurs (Ind) de vérification :
8- HS1 : les élèves et étudiants ont diverses préconceptions concernant la notion d’étiquette d’un produit industriel.
-
Ind1 : Non-unicité de la définition de la notion d’étiquette par les apprenants ;
-
Ind2 : Non-unicité du rôle de l’étiquette selon les apprenants.
9- HS2 : les élèves et étudiants ont différents rapports à la lecture systématique des étiquettes des produits industriels.
-
Ind3 : Diversité des comportements quant à la lecture systématique de l’étiquette d’un produit ;
-
Ind4 : Diversité des intérêts des apprenants accordés à l’étiquette d’un produit.
10L’étude retient qu’un indicateur est vérifié lorsqu’il est observable dans au moins 50 % des cas. Une hypothèse secondaire est confirmée lorsque ses indicateurs sont vérifiés. L’hypothèse principale est confirmée lorsque les deux hypothèses secondaires associées le sont. Pour la vérification des hypothèses émises, l’étude s’est appuyée sur un cadre théorique relatif à la théorie de représentation initiale en lien avec l’étiquette d’un produit.
11Nous développerons dans cette section les deux concepts fondamentaux de cette recherche à savoir, étiquette et représentation initiale d’un apprenant.
12Les produits industriels sont actuellement nécessaires, voire indispensables à la vie des populations. Les étiquettes, dans ce contexte, contribuent à la diffusion d’informations capitales pour la sécurité, la santé, l’environnement ainsi que la qualité des produits. Elles constituent de ce fait un média qui véhicule des informations importantes auprès des utilisateurs des produits manufacturés. L’étiquette, information apposée sur l’emballage ou le conditionnement d’un produit manufacturé, s’y affiche sous forme de texte, de symbole ou de pictogramme offrant aux consommateurs des détails importants sur l’objet en question. Elle revêt, de ce fait, plusieurs fonctions notamment publicitaires, descriptives, informatives, réglementaires ou encore de suivi et de traçabilité.
13L’étiquette se rapporte à un objet ou à un ensemble d’objets. En ce sens, le texte de l’étiquette n’est pas un texte autonome, il se rapporte toujours à un expôt et lui donne du sens. C’est précisément ce rapport de dépendance qui intéresse le visiteur et la question que l’on est en droit de se poser est de savoir si l’objet gagne ou perd en pouvoir de signification et de séduction selon que l’étiquette qui le commente lui attribue ou non des caractères susceptibles d’attirer l’attention du visiteur (Poli, 1992, p. 93).
14Chevalier (2017) trouve que les étiquettes des fromages contiennent des informations, telles que la dénomination, la teneur en matière grasse, la date de durabilité minimale, les informations sur le fabricant, la provenance et la marque de salubrité. Selon Guichard (2000), l’étiquette est un discours commercial, culturel et social de la civilisation moderne. De l’étude réalisée par Amireche et Tebboul (2022) et de l’Agence Burkinabè de Normalisation, de la Métrologie et de la qualité (ABNORM) citée par Zongo et coll. (2025), il ressort que l’étiquette se définit comme suit : « Toute fiche, marque, image ou autre matière descriptive, écrite, imprimée, poncée, apogée, gravée ou appliquée sur l’emballage d’une denrée alimentaire ou jointe à celle-ci ». L’étiquette contient en effet des informations sur un produit sous forme de texte ou de symbole pour offrir aux consommateurs des détails importants en lien avec celui-ci. Revêtant une fonction informative, descriptive, réglementaire ou publicitaire, elle est utilisée dans plusieurs secteurs d’activités, comme l’industrie alimentaire, cosmétique, vestimentaire, électronique, etc. Les produits industriels obéissent à des normes internationales de qualité. Ainsi, leurs fabricants ont l’obligation de mentionner sur les étiquettes les informations montrant que leurs produits respectent les exigences légales en matière de sécurité, de qualité, d’origine ou d’impact environnemental. Pour ce faire, il vaut la peine de prêter une attention, par-delà ce que l’étiquette dit, à la façon dont elle le dit.
15La rédaction des étiquettes des produits doit respecter des normes légales. Barthélemy et coll. (2007, p. 270) rappellent à cet effet que le Règlement 1935/2004 du Parlement européen et du Conseil du 27 octobre 2004 dispose que l’étiquetage, la publicité et la présentation d’un matériau ne doivent pas induire le consommateur en erreur. Verdier (2016), pour sa part, souligne que le règlement INformation des COnsommateurs (INCO) n 1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011, concernant l’information du consommateur sur les denrées alimentaires, entré en vigueur le 13 décembre 2014, vise deux objectifs :
-
Proposer au consommateur des informations essentielles, lisibles et compréhensibles, pour décider en toute connaissance de cause et utiliser les denrées alimentaires en toute sécurité ;
-
Contribuer à une meilleure circulation des denrées alimentaires dans l’Europe en harmonisant les informations dans tous les pays de l’Union européenne.
16Zongo (2022, p. 48), évoquant les produits chimiques, souligne que les industriels sont tenus de mentionner sur les étiquettes les caractéristiques de leurs produits. Dans le cadre de l’éducation relative à l’environnement et au développement durable, l’apprentissage des notions figurant sur les étiquettes des produits pourrait encourager les jeunes à s’engager pour la préservation de leur environnement et à adopter des comportements responsables vis-à-vis de celui-ci. Une telle éducation se penche en effet sur un enjeu de santé publique majeur. Elle vise, en effet, à encapaciter les jeunes à opérer des choix éclairés, à comprendre la composition des produits et à exercer leur esprit critique en lien avec les risques éventuels pour la santé, l’environnement ou la sécurité.
17Cette étude fonde sa démarche sur la théorie des représentations initiales dans le prolongement des travaux développés en la matière dans les champs croisés de la psychologie et de la sociologie (Zongo et coll., 2024a, p. 521 ; 2025). Il s’agit ici d’identifier spécifiquement, au moyen d’une enquête, les représentations initiales des apprenants en lien avec la notion d’étiquette. Durkheim, cité par Zongo et coll. (2024b), évoquait déjà en 1898 les notions de représentations individuelles et de représentations collectives. La représentation individuelle serait propre à un individu alors que celle dite collective serait impersonnelle, partagée par tous de façon homogène avec une charge cognitive forte sur chaque individu du groupe. Moscovici (2003, p. 79) utilise le concept de « représentation sociale » pour désigner une modalité de connaissance servant la communication sociale, distincte de la pensée scientifique. Dans le domaine de l’éducation, Piaget introduisit le concept de représentation en 1926, dans son ouvrage « La représentation du monde chez l’enfant ». Duplessis (2008) souligne qu’à partir des années 1980, les didacticiens comme Astolfi, Develay, Giordan, de Vecchi, Brousseau, Joshua, Dupin et Martinand se sont également intéressés au concept de représentation. Therer (1993) précise que la représentation initiale, loin d’être une vague évocation visuelle de la réalité, est une recréation subjective de cette réalité ou une action de rendre présente à l’esprit une parcelle du monde. Reuter et coll. (2007) la définissent comme un système de connaissances qu’un sujet mobilise face à une question ou à une thématique, que celle-ci ait fait l’objet d’un enseignement ou pas. Ce champ théorique s’avère intéressant pour saisir les représentations initiales des apprenants concernant la notion d’étiquette d’un produit industriel afin d’élaborer des formations écocitoyennes sur la lecture systématique de telles étiquettes. Les lignes suivantes décrivent le cadre méthodologique de l’étude.
18Nous aborderons maintenant le champ d’investigation de l’étude, la population cible, l’instrument de collecte des données et les méthodes de traitement de celles-ci.
19Les investigations se sont déroulées dans la commune de Koudougou. Un questionnaire a été réalisé auprès de collégiens, de lycéens et d’étudiants de cette commune du Burkina Faso. Du point de vue administratif, la commune de Koudougou est située dans la province du Boulkiemdé dans la région du Centre-Ouest. Le tableau 1 présente la répartition des établissements scolaires de la commune de Koudougou selon le statut « public » et « privé ».
Tableau 1 : Nombre d’établissements scolaires en 2021-2022
Source : Annuaire statistique du MENAPLN 2023
20La commune de Koudougou recensait donc au cours de l’année scolaire 2021-2022, 78 établissements scolaires relevant des ordres d’enseignement post-primaire, secondaire et supérieur. La commune constitue ainsi un terrain propice à la constitution d’un échantillon représentatif.
21La population cible est composée de trois catégories de participants, à savoir les apprenants du post-primaire, ceux du secondaire et ceux de l’enseignement supérieur des établissements publics et privés. Sur cette population étudiée, un échantillon de 282 élèves et étudiants a été constitué de façon raisonnée sur la base du consentement afin d’étudier leur rapport aux étiquettes des produits industriels. Initialement, un échantillon de 300 individus était attendu et un quota d’entrevues dans chacune des catégories précédemment indiquées avait été défini à savoir un quart pour le post-primaire, deux quarts pour le secondaire et un quart pour le supérieur. Les établissements ciblés par l’enquête l’ont été pour leur exemplarité dans le domaine de l’enseignement. En outre, seuls les individus volontaires et disponibles ont été considérés dans la constitution de l’échantillon. Pour le supérieur, l’enquête n’a concerné que les étudiants de premières et deuxièmes années de licence. Le Tableau 2 présente une répartition de cet échantillon. On y compte 121 filles, 158 garçons et trois individus n’ayant pas précisé leur genre.
22Ainsi, un échantillon de 282 élèves et étudiants a été constitué en tenant compte du principe de consentement.
Tableau 2 : Répartition de l’échantillon selon l’ordre d’enseignement et le genre
23Un questionnaire a été utilisé comme outil de collecte des données auprès des apprenants. Il se présente sous la forme d’une question fermée et de trois questions ouvertes afin de recueillir le maximum d’informations sur les représentations initiales des apprenants en lien avec les étiquettes des produits industriels. La fiche d’enquête présentée aux apprenants ne constitue pas une épreuve d’évaluation notée comptant dans leur parcours scolaire. Élaborée pour le besoin de l’étude, elle sert de test d’identification spécifique de leurs préconceptions sur les notions abordées.
24Nous avons entrepris une analyse qualitative de contenu thématique afin de saisir les représentations des enquêtés. Selon Zongo (2022, p. 138), cette démarche repose sur la catégorisation des énoncés en thèmes d’analyse, permettant d’identifier les idées significatives et de les regrouper. La catégorie sémantique, définie par Bourquin (1996), correspond à une classe de termes substituables les uns aux autres dans un contexte significatif donné. Chaque catégorie regroupe ainsi des idées similaires exprimées par les enquêtés.
25Les catégories n’ont pas été établies pour l’étude, mais elles ont émergé progressivement au cours de l’analyse des réponses. L’objectif était de rechercher, dans chaque réponse, une unité de signification et de l’intégrer à une catégorie existante. Lorsqu’aucune catégorie ne correspondait à cette unité, une nouvelle était créée, dont elle constituait le premier élément.
26Les réponses des apprenants ont également été confrontées aux définitions proposées par Amireche et Tebboul (2022, p. 29) ainsi qu’à celles de l’Agence Burkinabè de Normalisation, de la Métrologie et de la Qualité (ABNORM). En fonction de leur degré de concordance avec ces références, cinq catégories ont été retenues pour les besoins de l’étude. Ces auteurs définissent l’étiquette comme « toute fiche, marque, image ou autre matière descriptive, écrite, imprimée, poncée, apposée, gravée ou appliquée sur l’emballage d’une denrée alimentaire ou jointe à celle-ci ». Les réponses ont ainsi été classées dans les catégories suivantes : « Réponse correcte », « Réponse approchante », « Réponse incorrecte », « Réponse absente » et « Réponse non interprétable ».
27Une valeur de 1 a été attribuée à la présence d’une unité de signification dans une catégorie et une valeur de 0 à son absence. Le traitement des données a été réalisé à l’aide du logiciel Excel pour chaque niveau d’étude. À partir de ces résultats, un tableau de contingence a été réalisé, puis utilisé pour construire des graphiques circulaires. Enfin, les graphiques correspondant aux trois niveaux d’étude relatifs aux items I1 et I2 du questionnaire ont été regroupés dans les figures 2 et 4 afin de faciliter l’analyse et l’interprétation des données recueillies.
28Nous abordons maintenant les résultats et exposons la discussion.
29Les résultats sont analysés et interprétés question par question afin de dégager les représentations initiales des apprenants sur les étiquettes. À titre d’exemple, l’item I1 du questionnaire a été formulé comme suit :
30I1 - Qu’est-ce qu’une étiquette sur un produit alimentaire ?
31Cette question a été formulée spécifiquement en lien avec l’étiquette d’un produit alimentaire pour faciliter la compréhension des répondants, quel que soit leur ordre d’enseignement ou niveau d’études (primaire ou secondaire). À titre d’exemple, l’analyse de contenu thématique des réponses a permis de retenir les catégories suivantes, dont nous présentons ici des exemples d’unités de sens :
-
Fiche ou papier - Fi-Pa : « C’est un petit morceau de papier ou de carton fixé sur un produit alimentaire ».
-
Information, ensemble d’informations - Infos : « Une étiquette sur un produit alimentaire : Ce sont des informations sur le produit. »
-
Notice, mise en garde, conseils - N-MG-C : « C’est l’ensemble des images, des instructions ».
-
Prix - Prix : « C’est l’affiche sur le produit alimentaire pour indiquer son prix ».
-
Symboles, schémas, dessins - Symb : « Une étiquette sur un produit alimentaire est l’ensemble des images ».
-
Réponse divergente non en lien avec l’étiquette de l’étude - autres : « Une étiquette sur un produit alimentaire est l’ensemble des conseils donnés pour son utilisation ».
32Les différents énoncés présentés ci-dessus correspondent à des illustrations « d’unités de sens » dans la catégorie donnée. La Figure 1 présente la répartition des réponses des interviewés selon leur niveau d’études et les catégories d’unités de sens.
Figure 1 : Catégories d’unités de sens liées à la notion de l’étiquette
33Cette figure montre une diversité d’approches définitionnelles du terme « étiquette » par les apprenants interrogés. Les énoncés (ou réponses) dominés par les deux catégories « fiches ou papiers » et « informations sur le produit » se présentent comme suit selon le niveau d’étude : 75 % des énoncés rencontrés chez les collégiens ; 71 % chez les lycéens et 56 % chez les étudiants. La représentation initiale qui en découle est celle-ci : « Une étiquette est un(e) fiche ou papier comportant des informations que le fabricant a collé(e) sur un produit industriel ».
34La Figure 2 présente les résultats de cette analyse comparée selon le niveau d’études des interviewés. Elle indique que les énoncés sont dominés par la catégorie « Réponse incorrecte », observée à 50 % chez les collégiens, 48 % chez les lycéens et 50 % chez les étudiants au cycle supérieur. Les énoncés classés dans la catégorie « Réponse correcte » n’ont pas reproduit toutefois exactement la définition attendue, telle que proposée par Amireche et Tebboul (2022, p.29) et par l’ABNORM. Cette catégorie « Réponse correcte », faiblement représentée, contient des descriptions néanmoins semblables à la définition attendue. On observe dès lors un faible niveau de connaissances de la notion d’étiquette dans tous les niveaux d’études.
Figure 2 : Résultats de l’analyse comparée des réponses à la définition officiell
35Des figures 1 et 2, il ressort que l’indicateur Ind1 relatif à la Non-unicité de la définition du terme étiquette par les apprenants est totalement vérifié, indépendamment des niveaux d’enseignement.
36L’item I2 du questionnaire a été formulé comme suit :
37I2 - Selon toi, à quoi sert une étiquette sur un produit alimentaire ?
38Il s’agit d’une question ouverte cherchant à mettre en évidence le degré de connaissance des interviewés concernant le rôle d’une étiquette sur un produit. L’analyse des réponses a donné lieu à l’identification des catégories suivantes :
-
Mode d'utilisation Nous donnons ici à titre d’exemple une unité de sens donnée par un apprenant : « ça sert à donner la composition du produit, sa conservation et son utilisation. »
-
Dates de fabrication, péremption, mise en garde sur les effets secondaires comme exemple d’unité de sens nous avons : « Très important, car cela nous permet de comprendre le produit, le consommer avec zéro risque, l’étiquette nous met à l’abri de tout danger ».
-
Informations. « Pour moi, une étiquette sert à donner des indications ou des informations sur le produit ».
-
Identification, nature, composition du produit : « Une étiquette sur un produit alimentaire permet de connaitre le prix, la nature, les ingrédients qu’il contient et surtout la date d’expiration ».
-
Publicité du produit : « L’étiquette sert à mettre en confiance les utilisateurs et à faire la publicité du produit ».
-
Indication du prix : « Elle sert à indiquer le prix du produit ».
39Ces catégories, non imposées au préalable par l’étude, ont émergé progressivement lors de l’analyse des données recueillies. La Figure 3 présente les résultats de l’analyse des réponses concernant le rôle de l’étiquette, selon le niveau d’études des apprenants.
Figure 3 : Rôle de l’étiquette d’un produit selon les interviewés
40Les unités de sens ont été regroupées en deux catégories majoritaires, soit « Informations » et « Identification-Nature-Composition du produit », et dans une moindre mesure, dans une catégorie « Prix ». Pour les collégiens, l’analyse indique une dominance remarquable de la catégorie « Informations ». Pour les lycéens, quatre catégories s’illustrent avec des pourcentages sensiblement égaux. Il s’agit (en decrescendo) des catégories « Identification-Nature-Composition du produit », « Informations », « Publicité du produit » et « Date de fabrication, péremption-Mise en garde sur les effets secondaires ». Quant aux étudiants du supérieur, trois catégories se distinguent : « Date de fabrication, péremption-Mise en garde sur les effets secondaires », « Informations » et « Mode d’utilisation ». Selon Amireche et Tebboul (2022, p. 30), « l'objectif de l’étiquetage est de permettre au consommateur d’obtenir les informations essentielles concernant ses produits (identification des produits, dates de péremption, précautions de sécurité et marquage du produit…). » Les réponses des interviewés sur le rôle de l’étiquette ont ensuite été confrontées à l’objectif assigné à celle-ci par Amireche et Tebboul (2022, p. 30).
41La Figure 4 présente la répartition des différentes réponses selon les catégories « Réponse correcte », « Réponse approchante », « Réponse incorrecte » et « Réponse absente » pour chacun des trois niveaux d’étude examinés.
Figure 4 : Résultats de l’analyse comparée sur le rôle de l’étiquette
42On observe que la catégorie majoritaire est « Réponse approchante » suivie de la catégorie « Réponse incorrecte » dans les trois niveaux d’études. La catégorie « Réponse correcte » n’a pas véritablement regroupé des énoncés identiques à la proposition de Amireche et Tebboul (2022, p. 30). Elle présente des réponses qui s’en rapprochent toutefois. Bien que la catégorie « Informations » dans la Figure 3 soit présente au sein des trois niveaux d’enseignement, il ressort de la Figure 4 des perceptions fort différentes du rôle de l’étiquette. L’indicateur Ind2 en lien avec la non-unicité du rôle de l’étiquette est également vérifié à 100 % des niveaux d’études. Les disparités dans les réponses témoignent de la non-prise en compte de la lecture des étiquettes dans l’enseignement général. Au regard des résultats qui précèdent, notre hypothèse secondaire HS1 est confirmée. Cela laisse entrevoir la pertinence d’une intégration de l’apprentissage de la lecture systématique de l’étiquette dans cet ordre d’enseignement dans le cadre de l’éducation à l’écocitoyenneté.
43Afin de déceler les rapports à l’étiquette des apprenants, les deux questions suivantes ont été posées :
-
I3 - Avant d’acheter un produit alimentaire, est-ce que tu lis l’étiquette ? Cette question est suivie des réponses au choix suivantes : jamais, rarement, souvent et toujours, avec la consigne de choisir une seule réponse.
-
I4 - Sur l’étiquette d’un produit alimentaire, identifie trois éléments qui retiennent plus ton attention.
44Les résultats de l’analyse statistique des réponses à l’item I3 du questionnaire sont synthétisés à la Figure 5.
Figure 5 : Résultats de l’analyse des réponses sur la lecture systématique de l’étiquette
45Cette figure indique une diversité des comportements quant à la lecture systématique de l’étiquette d’un produit avec des pourcentages importants pour les catégories « Toujours » et « Souvent ». L’indicateur Ind3 relatif à la diversité des comportements quant à la lecture systématique de l’étiquette d’un produit est dès lors vérifié aux trois niveaux ? niveaux d’études investigués.
46Les résultats de l’analyse de contenu thématique de l’item ouvert I4 ont mis en évidence les huit catégories suivantes :
-
Date fabrication et Expiration (péremption) : « La date de production », « la date de péremption ».
-
Précaution - Mise en garde-Conservation du produit : « La conservation », « l’utilisation du produit ».
-
Symboles, schémas, pictogrammes : « Dessin de la poubelle », « dessin du feu », « dessin du recyclage ».
-
Prix : « Prix du produit ».
-
Mode d’utilisation : « Mode d’utilisation », « prescription d’emploi ».
-
Origine, lieu de fabrication : « lieu de fabrication ».
-
Composition, ingrédients du produit : « Ingrédients utilisés pour la fabrication ».
-
Réponse divergente par conséquent incorrecte : « vignette », « label », « timbre ».
47Ces catégories sont apparues progressivement selon les unités sémantiques des réponses analysées. La Figure 6 présente les résultats de cette analyse des réponses portant sur l’intérêt accordé à l’étiquette.
Figure°6 : Résultats de l’analyse des réponses sur l’intérêt accordé à l’étiquette
48Cette analyse montre également des intérêts disparates par rapport aux prescriptions du fabricant. L’indicateur Ind4 relatif à la diversité des intérêts des apprenants accordés à l’étiquette d’un produit est donc vérifié pour tous les niveaux d’études considérés. Les deux catégories « Date fabrication et Expiration (péremption) » et « Composition, ingrédients du produit » sont remarquablement majoritaires. La première s’illustre avec 36, 35 % et 41 % des réponses chez les collégiens, les lycéens et les étudiants tandis que les pourcentages de la deuxième sont d’environ 25 % des réponses chez les collégiens et lycéens et 22 % des réponses chez les étudiants. Les catégories « Précaution - Mise en garde - Conservation du produit » et « Origine, lieu de fabrication », qui auraient dû être des éléments primordiaux, s’illustrent avec de faibles pourcentages de l’ordre de 10 % des réponses. Cela dénote un manque de connaissances des différentes notions présentes sur une étiquette et de leur intérêt. L’hypothèse secondaire HS2 est ainsi confirmée. Les hypothèses secondaires étant toutes confirmées, il s’en suit que l’hypothèse principale est confirmée.
49L’enseignement de la lecture systématique des étiquettes des produits industriels n’est inscrit qu’au programme de la filière Technique de Vente et de Commercialisation (TVC). L’étude révèle une disparité très marquée dans les préconceptions des interviewés sur la notion d’étiquette. Les préconceptions identifiées s’éloignent de la définition de Guichard (2000), mais se rapprochent de celles de Chevalier (2017, p I‑11) et de Amireche et Tebboul, (2022, p. 30). Il ressort également de cette étude des intérêts fort variés des apprenants pour l’étiquette d’un produit. Pendant que certains trouvent du sens dans l’évocation de la composition, mise en garde, date de fabrication et de péremption, d’autres se focalisent sur les signes de précautions et de conditions de conservation, voire de gestion des déchets.
50La lisibilité de l’étiquette se présente donc comme un enjeu de premiers plans. C’est pourquoi, il est admis, selon Binninger et Robert (2013), que plus l’étiquette, comme média, est claire, signifiante, et comprise, plus elle est lue et intégrée dans le comportement d’achat. Le fait de comprendre les signes sur les étiquettes peut motiver davantage les consommateurs à leur lecture systématique. Zongo (2022) soutient en ce sens que l’obligation d’inscrire tous les ingrédients des produits consommés est fondamentale. Ces indications cruciales permettent de choisir en meilleure connaissance de cause les produits désirés. Selon Bidat et coll. (2006), la lecture des étiquettes des produits, même apparemment dénués de danger, est une étape obligatoire dans la prévention de l’allergie alimentaire. Il interpelle ainsi tout consommateur d’un produit alimentaire sur la nécessité de lire systématiquement son étiquette avant son achat ou sa consommation, même si, a priori, celui-ci n’est pas allergique aux ingrédients de ce produit. L’étiquette oriente également le consommateur quant à la préservation de l’environnement lors la consommation du produit industriel, en ce qui a trait notamment à la gestion des déchets liés à ce produit. Zongo et coll. (2025) soutiennent que l’ignorance du sens des pictogrammes sur les produits conduit à une mauvaise gestion des déchets issues des produits industriels. Selon eux, les apprenants sensibilisés à la lecture systématique des étiquettes comprennent davantage leur importance et prennent des précautions lors de l’achat et de l’utilisation des produits vendus sur le marché.
51Notre étude s’est limitée aux apprenants de la commune de Koudougou et a permis d’analyser 282 fiches d’enquête, ce qui constitue évidemment une limitation. En réalité, 420 fiches d’enquête ont été distribuées dans des salles de cours, l’enseignant soumettant le questionnaire à ses apprenants pour une durée de 15 min à la fin du cours. Au ramassage, tous les apprenants n’ont pas remis leur fiche d’enquête. Parmi les fiches recueillies, certaines comportaient en outre des réponses non traitables. Un tri a permis de retenir les 282 fiches d’enquête analysées. Limiter l’enquête aux apprenants de Koudougou pourrait constituer un biais empêchant de généraliser les résultats de l’étude. L’échantillon reste néanmoins représentatif, car les apprenants de Koudougou se retrouvent dans des conditions semblables à celles de la plupart des autres apprenants du Burkina Faso.
52Cet article présente les résultats d’une enquête par questionnaire menée auprès de 282 collégiens, lycéens et étudiants afin d’analyser leurs représentations des étiquettes de produits industriels.
53L’analyse statistique descriptive des questions fermées et l’analyse des contenus thématiques des questions ouvertes, fondée sur le regroupement progressif des réponses en catégories émergentes, puis organisées selon cinq classes inspirées de celles de Amireche et Tebboul (2022) ainsi que de l’ABNORM, ont permis d’identifier des représentations initiales et des intérêts variés des apprenants burkinabè en lien avec l’étiquette. Elles ont également mis en évidence un faible niveau de connaissances de la notion d’étiquette et de son utilité. Les résultats de l’étude soulignent que l’enseignement de la lecture systématique des étiquettes des produits industriels semble non effectif dans la majorité des établissements publics et privés du Burkina Faso. Une éducation/sensibilisation des élèves et des étudiants à la compréhension des étiquettes s’avère nécessaire et pourrait contribuer à la promotion d’une écocitoyenneté responsable au sein des structures éducatives. La négligence des informations se trouvant sur l’étiquette d’un produit industriel pourrait en effet accroitre les risques d’intoxications, le nombre de comportements à risque et la mauvaise gestion des déchets jetés pêle-mêle dans la nature.
54Il parait dès lors urgent d’étendre l’enseignement de la lecture systématique des étiquettes des produits industriels à l’enseignement général, qui rejoint la majorité des apprenants burkinabè. Cela ouvre la perspective d’une recherche-action sur les bonnes pratiques en la matière dans l’optique d’atteindre à l’horizon 2028 au Burkina Faso, l’objectif d’une « nation écocitoyenne où les populations sont résolument engagées de manière inclusive à adopter des comportements respectueux de l’environnement » (MEEA, 2024, p. II). L’enjeu sociétal est évidemment important. En effet, comment la sensibilisation et l’éducation des jeunes peuvent-elles les aider à analyser de manière critique les étiquettes et, au-delà, à exercer leur esprit critique en général, afin d’adopter in fine, des conduites écocitoyennes et responsables ?