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Recensions

Pierre Cotte, La motivation dans la langue. Recherches en linguistique anglaise. Vol. 2. Mots grammaticaux et structures : quelques études

Paris : Sorbonne Université Presses, 2025, 467 p. ISBN : 979-10-231-0762-3. 26€
Stéphanie BÉLIGON
Référence(s) :

Pierre Cotte, La motivation dans la langue. Recherches en linguistique anglaise. Vol. 2. Mots grammaticaux et structures : quelques études. Paris : Sorbonne Université Presses, 2025, 467 p. ISBN : 979-10-231-0762-3. 26€

Texte intégral

1Ce deuxième des trois volumes que comporte « La Motivation dans la langue. Recherches en linguistique anglaise » reprend dix-huit études de Pierre Cotte qui traitent de « Mots grammaticaux et structures ». L’ouvrage comporte en outre un avant-propos et une introduction de Laure Gardelle, qui a édité les trois tomes, une bibliographie de Pierre Cotte, ainsi qu’un index des notions et des noms de linguistes récurrents mentionnés dans les deux premiers tomes. Les articles, tous précédés d’un sommaire et d’une liste de « faits et marqueurs abordés » sont illustrés par de nombreuses figures qui synthétisent la pensée de l’auteur.

2Sont abordés des opérateurs, tels que to et of, des structures syntaxiques (les clivées, les propositions relatives ou encore les subordonnées en but), la catégorie du genre mais aussi une figure de style (l’hypallage) et un texte littéraire (« The Tell-Tale Heart » d’E. A. Poe). Ces travaux relèvent d’un vaste courant sur la motivation mais, comme le souligne Laure Gardelle dans son introduction aux trois tomes, « [l]a théorisation proposée est […] unique, et rares sont les linguistes qui ont étudié la motivation avec autant de constance sur un éventail aussi vaste de faits de langue » (Gardelle 10). De fait, cet ouvrage est la démonstration évidente du vaste champ auquel s’intéresse l’auteur.

3L’un des nombreux mérites de l’ouvrage est de rendre disponibles des articles, publiés entre 1982 et 2012, qui ne le sont pas tous aisément. Une autre de ses qualités est de mettre en évidence la pensée de Pierre Cotte telle qu’elle s’élabore et de montrer à quel point elle est « dynamique », ainsi que le note Laure Gardelle, qui souligne que la réflexion est « toujours remise sur le métier, vérifiée, revisitée » (Gardelle 21). L’ouvrage reprend par exemple deux articles sur le genre, l’un de 1999, l’autre de 2012. Dans le premier, l’auteur traite du « lien structurel entre le nom et le genre » (Cotte 413), dans le second, qui a pour sujet « Genre et pronoms en anglais », il « met en cause l’idée que le genre de l’anglais est une propriété des noms ». Il ne faut y voir nulle contradiction mais au contraire un cheminement, dans lequel « un point de grammaire cond[uit] à un autre par parallèle ou contraste » (Gardelle 21).

4Les lecteurs de L’Explication grammaticale de textes anglais (1996) et de la Grammaire linguistique (1997) retrouveront avec bonheur, parmi les nombreux points travaillés, certaines analyses abordées dans les deux ouvrages antérieurs, mais ici développées. Dans ces études, l’auteur met à profit les notions de genèse et de réélaboration, qui caractérisent son approche linguistique, celle de la « syntaxe génétique ». Parmi les lignes directrices qui sous-tendent la démarche, citons par exemple la thèse qu’« une identité de forme dénonce une identité de sens », laquelle revient tout au long du volume, en particulier dans les études sur to (chapitres 1 et 2) ou the (chapitres 5, 7 et 8).

5Les articles portent certes sur des « mots grammaticaux et [des] structures » mais l’auteur y énonce aussi des principes théoriques du fonctionnement de la langue et un modus operandi méthodologique. Ainsi énonce-t-il que « [l]e système de la langue n’est pas accessible à l’intuition directe et doit être reconstruit sans a priori. L’expérience apprend simplement que les valeurs grammaticales profondes peuvent être très abstraites et que le langage préfère "rentabiliser" ses signes plutôt que de les multiplier » (Cotte 199).

6Au fil de la lecture, on est frappé par la limpidité d’une réflexion qui saisit l’essence même de la pensée telle qu’elle est (re)figurée par la langue. Pierre Cotte pousse ses analyses jusqu’au bout et la complexité du tableau qu’il dépeint n’a rien de rebutant tant est séduisant le cheminement qu’il propose à ses lecteurs et lectrices : ses articles sont autant de réponses à tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la grammaire de l’anglais (ou presque) sans jamais oser le demander. On peut citer les pages savoureuses où l’auteur compare « It was a sort of kettle », « It was a sort of a kettle », « It was sort of a kettle », « It was a kettle, sort of » et « It was a kettle of a sort / of sorts » (Cotte 101-108), dans le chapitre 4, consacré à « Of et la modification ». Ces analyses lui permettent de montrer de façon magistrale les effets de sens de l’extraction et de la modification effectuées par les opérateurs en jeu. Dans le chapitre 5, consacré à « quelques mots en th de l’anglais contemporain » (Cotte 113-178), l’auteur propose un large panorama des morphèmes concernés et aborde des questions centrales telles que le lien entre ostension et anaphore, les triades I-here-now et thou-there-then, l’invariant de th-, le défini des noms propres pluriels (the Rockies, the Alps, the Joneses, the Netherlands, etc.) ou encore the adverbe. Au détour de ces analyses, Pierre Cotte traite un point en apparence mineur, « une curiosité grammaticale » (Cotte 149) : certains « noms désignant des maladies infectieuses », comme flu, measles ou mumps sont habituellement précédés de l’article défini. Au terme de ces quelques pages tout aussi précises et rigoureuses que l’ensemble de son analyse, l’auteur conclut que « l’anglais, en définitive, nous dit joliment, mais sur le mode le plus abstrait, qu’attraper la grippe, c’est faire une anaphore ! » (Cotte 153).

7Pierre Cotte analyse des phénomènes incontournables de la linguistique et les définit, parfois en peu de mots, avec une justesse et une efficacité saisissantes : ainsi en va-t-il de la deixis, qu’il analyse, dans une optique différente de la métaphore conceptuelle, comme un « réinvestissement abstrait » du mouvement physique qu’est l’acte de montrer ; du récit ; de l’acte de nommer ou encore de « ce que parler veut dire ». De même, au moyen de quelques exemples lumineux, l’auteur résume ce qui distingue l’anglais – « langue associante et endocentrique » et le français – langue dissociante et exocentrique » (Cotte 329). Il en conclut que « [l]a tendance à séparer la notion de son support » en français « expliquerait la morphologie du nom » ou « l’exponentation des catégories du genre et du nombre » (Cotte 331).

8Les deux études sur le genre sont l’occasion d’envisager les mécanismes profonds qui président à la catégorisation et d’en déduire que le genre est une façon « d’assujettir le monde à un système dont nous sommes le centre ». En d’autres termes, « l’extension arbitraire au reste du dicible d’une opposition que nous appliquons à nos congénères à bon escient est en soi l’indice que nous soumettons le monde à nos catégories et que nous sommes le paramètre essentiel de cette catégorisation » (Cotte 410). L’auteur va plus loin encore : selon lui, « le genre reflète dans la grammaire le holisme de la connaissance. Que des notions nominales différentes partagent une grande catégorie signale que la connaissance n’est pas atomisée mais hiérarchisée. Chaque notion nominale contient l’image du tout qui l’intègre » (Cotte 413). Pierre Cotte met ainsi au jour la façon dont la langue traduit la pensée, « donn[e] à voir ce qui s’y joue » (Cotte 415). De façon magistrale, il démontre que la linguistique, grâce aux outils qui sont les siens, a son mot à dire, singulier, sur la cognition.

9Dans un entretien donné à Monique de Mattia-Viviès et Sophie Vallas, l’auteur compare sa démarche à un glacier qui craquerait en montagne ou à une fissure dans un mur :

Il s’agit, en fait, de casser quelque chose en nous. Et la chose qu’il faut casser, […] c’est le mur d’incompréhension. Le vécu de la recherche, […] c’est être devant un mur et à un moment, ça s’améliore, il y a un léger craquèlement, et de là peut-être une ouverture et de l’ouverture, peut-être quelque chose va se mettre à vivre. (Cotte et al)

10Dans cet ouvrage, « l’un des plus grands linguistes anglicistes français » (Gardelle 7) nous fait partager l’expérience de ce mur qui se fissure et la joie qui en résulte.

COTTE, Pierre. La motivation dans la langue. Recherches en linguistique anglaise. Vol. 2. Mots grammaticaux et structures : quelques études. Paris : Sorbonne Université Presses, 2025.

GARDELLE, Laure. « Introduction. Pierre Cotte et la quête de la motivation dans la langue ». La motivation dans la langue. Recherches en linguistique anglaise. Vol. 1. Syntaxe : motivation et genèse. Paris : Sorbonne Université Presses, 2025, 2024, p. 9-23.

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Bibliographie

COTTE, Pierre, Monique de MATTIA-VIVIÈS et Sophie VALLAS. « Pierre Cotte : “"Il faut voir l’arbre, la brindille et la forêt”" », e-Rea [En ligne], vol. 17, n° 1, 2019. http://journals.openedition.org/erea/9225. Page consultée le 5 février 2026.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Stéphanie BÉLIGON, « Pierre Cotte, La motivation dans la langue. Recherches en linguistique anglaise. Vol. 2. Mots grammaticaux et structures : quelques études »e-Rea [En ligne], 23.2 | 2026, mis en ligne le 15 juin 2026, consulté le 16 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/erea/21521 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16eay

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Droits d’auteur

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