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L’Afrique à l’épreuve de la pandémie de Covid-19

Mobilités et enjeux sanitaires aux confins du Gabon et du Congo à l’heure de la COVID-19

Mobility and health issues on the borders of Gabon and Congo in the time of COVID-19
Christian Wali Wali et Euloge Makita-Ikouaya

Résumés

La parenté ethnique des communautés vivant aux confins du Gabon et du Congo ainsi que leurs besoins socioéconomiques sont les principaux moteurs de la mobilité transfrontalière entre les deux pays. Alors que ces flux transfrontaliers de proximité ont été à l’origine de la propagation du VIH-Sida du territoire moteur congolais vers l’espace périphérique gabonais, les flambées épidémiques de la maladie à virus Ebola n’ont pas connu de diffusion au-delà de leurs foyers originels situés aux confins des deux pays. Après avoir examiné rétrospectivement l’impact des crises sanitaires auxquelles ont été confrontées les marges frontalières gabonaises durant les années 1990-2000, le présent article analyse la manière dont l’expérience tirée de la gestion de ces précédentes épidémies a permis de lutter contre la propagation de la pandémie de COVID-19 au Gabon. Du point de vue méthodologique, il s’appuie sur des publications scientifiques et journalistiques, des documents institutionnels, les données épidémiologiques mises à disposition par le Comité de pilotage du plan de veille et de lutte contre la pandémie à coronavirus au Gabon (COPIL), ainsi que sur les observations de terrain. Sur la base de ces investigations, et après deux années d’activité virale, il ressort que la stratégie de riposte à la pandémie de COVID-19 mise en œuvre par les autorités gabonaises a abouti à des résultats mitigés.

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Afrique, Congo, Gabon
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Texte intégral

Introduction

  • 1 La transfrontalité ethnique désigne le fait pour un groupe ethnique d’être établi de part et d’autr (...)

1Les espaces transfrontaliers sont des lieux soumis à des mobilités permanentes, à la fois légales et illégales. Longue de près de 1 900 kilomètres, la dyade terrestre Gabon-Congo n’échappe pas à ces pratiques frontalières, lesquelles sont ici en lien avec la parenté ethnique de la population locale et les relations socioéconomiques « à bas niveau » qu’elle entretient (Loungou, 2001). En dépit du caractère sécant de l’horogénèse coloniale et des contingences politico-administratives liées à l’exercice de la souveraineté étatique aux frontières, la transfrontalité ethnique1 demeure, en effet, un des facteurs essentiels dans le maintien des dynamiques de proximité entre le Gabon et le Congo. Ces dynamiques revêtent notamment la forme d’incessants mouvements pendulaires transfrontaliers limités aux confins des deux États. Or, en période de flambée épidémique, les flux migratoires constituent des accélérateurs de circulation des agents pathogènes. Cette caractéristique est corroborée par l’Organisation internationale des migrations (OIM), qui considère : « La mobilité humaine locale, régionale et mondiale est un phénomène complexe et dynamique qui peut amplifier la propagation des maladies transmissibles et les incidences des événements de santé publique » (OIM, 2019).

2Les épidémies ignorent les frontières et les sociétés tentent de s’en protéger en « durcissant » les dispositifs frontaliers ou en créant d’autres (Bourdelais, 2008 ; Moullé et Duhamel, 2010). Avant la survenue de la pandémie de COVID-19 en 2020, deux scénarii, parmi tant d’autres, ont pu illustrer l’effet-barrière des frontières dans un contexte de crise sanitaire. La première situation remonte aux années 1990, lorsque la maladie de la « vache folle », apparue en Grande-Bretagne (Peretti-Watel, 2001), contraignit les autres pays membres de la Communauté européenne à suspendre l’importation des produits issus du cheptel britannique. Le second cas a pris la forme d’un dispositif d’endiguement plus complexe : en proie à une épidémie d’Ebola survenue en 2014, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone ont été placés sous un triple embargo aérien, maritime et terrestre international assorti d’une interdiction à leurs ressortissants de voyager dans plusieurs pays d’Afrique et d’autres continents. La mise en quarantaine de ce « triangle d’Ebola » n’a pas empêché l’agent pathogène de circuler dans la sous-région ouest-africaine (Nigeria, Mali) et au-delà (Europe occidentale, États-Unis d’Amérique), même si le nombre de cas partis de ce foyer a été peu élevé (Robinson, 2017). Un des ressorts de la régionalisation de cette flambée épidémique partie de Guinée est la multiplication des points de passage frontaliers terrestres informels situés en dehors des axes de circulation officiels (Loungou, 2015).

3On observe la même porosité le long de la frontière entre le Gabon et le Congo. Les nombreuses pistes paysannes qui traversent cette ligne de démarcation interétatique échappent généralement au contrôle des préposés aux frontières. Outre que ces chemins favorisent le développement d’activités interlopes (migrations illégales, braconnage, exploitations illégales de ressources naturelles, etc.), ils constituent les canaux de propagation des maladies virales telles que le VIH-Sida et Ebola, dont les confins gabono-congolais sont une des zones traditionnelles de manifestation en Afrique centrale (Amat-Roze, 2003 ; Gasquet-Blanchard, 2012). Un fait majeur mérite cependant d’être souligné : les flambées épidémiques d’Ebola se sont toutes limitées, côté gabonais, à la seule province de l’Ogooué-Ivindo, située au nord-est du pays.

4Comment le Gabon est-il parvenu à circonscrire cette maladie extrêmement contagieuse dans ses marges frontalières ? En quoi l’expérience tirée de la gestion du VIH-Sida et d’Ebola aide-t-elle le Gabon à lutter contre la propagation sur son territoire de la nouvelle pandémie de COVID-19 et particulièrement le long de sa frontière avec le Congo ? Telles sont les deux questions principales dont les réponses vont constituer le fil conducteur de la présente étude. Pour ce faire, nous nous appuyons à la fois sur des publications scientifiques ou académiques, des documents institutionnels, les résultats des entretiens réalisés auprès des personnes-ressources mises à notre disposition par le Comité de pilotage du plan de veille et de lutte contre la pandémie à coronavirus au Gabon (COPIL), ainsi que sur les observations de terrain effectuées en 2020.

Éco-socio système des confins gabono-congolais

5Le Gabon et le Congo sont situés en Afrique équatoriale. Leurs marges frontalières se distinguent par un écosystème environnemental et un contexte social typiques des zones à forêt dense : milieu naturel pathogène et faible densité de population. Dans ces confins aux limites floues et peu contrôlées, la parenté ethnique et la porosité des territoires facilitent la mobilité transfrontalière des communautés locales, dont le contact avec certaines espèces animales sauvages porteuses de virus les expose à des zoonoses.

Un milieu naturel pathogène

6Le milieu équatorial abrite de nombreux agents pathogènes responsables notamment de l’émergence ou de la réémergence des maladies infectieuses et vectorielles (Sorre, 1933 ; Boungoindzi Babala, 2019). Situés dans le Bassin du Congo, le Gabon et le Congo sont couverts en moyenne à plus de 70 % de leur superficie par la forêt dense (CARPE, 2005), ce qui en fait des terres de prédilection pour les grandes endémies et les épidémies qui sévissent en milieu intertropical (Aubry et Gaüzère, 2018).

7En raison de leurs caractéristiques géo-climatiques, le Congo et le Gabon forment un environnement naturel pathogène où règne particulièrement le paludisme, première cause de morbidité et de mortalité en Afrique subsaharienne (OMS, 2019). Ces pays sont aussi marqués par des épidémies de zoonoses provoquées par les contacts entre la population rurale et les espèces animales (primates, mammifères, etc.) qui sont les hôtes de certaines maladies virales dont la plus connue est la fièvre hémorragique Ebola (Le Temps, 2020).

8Pendant la période coloniale, le paludisme fut une des principales causes de la dépopulation de l’espace Gabon-Congo (Sautter, 1966) et un obstacle à l’acclimatation des Européens (Ndonghan Iyangui et al., 2011). L’endémicité de la trypanosomiase, ou « maladie du sommeil », attira l’attention de l’administration dès le début du XXe siècle (Lekoulekissa, 2013). Autrefois dominante dans le district gabonais de Mekambo (Mindonga-Nguelet et al., 2016), cette maladie apparaît désormais résiduelle aux marges des deux États.

9Au paludisme et aux maladies tropicales négligées s’ajoute la menace des épidémies zoonotiques. En effet, les activités traditionnelles des habitants des lisières de la grande forêt augmentent leur exposition aux espèces animales porteurs naturels de virus. Leur mode de vie accroît la probabilité que des infections se transmettent de ces animaux sauvages aux hommes, puis entre les hommes. La chasse est l’activité présentant le plus de risque de développement des zoonoses (Gasquet et al., 2010 ; Science et Avenir, 2020).

10Pratiquée dans la plupart des régions du Bassin du Congo, l’activité cynégétique revêt plusieurs facettes : la chasse de subsistance caractéristique du milieu rural, la chasse commerciale destinée à satisfaire la demande croissante en « viande de brousse » des populations urbaines et dans certains milieux de la diaspora africaine en Europe (Dendooven, 2018), et la chasse liée au trafic transnational illégal des parties et produits dérivés d’animaux sauvages (Verdier, 2020). Les confins du Gabon et du Congo abritent une importante activité de chasse, alimentant un commerce transfrontalier de viande de gibier, dont une grande partie est issue de nombreuses aires protégées adossées à la frontière entre les deux pays (Henry, 2017 ; UICN/PACO, 2012). Ce commerce fait intervenir une chaîne d’acteurs qui va des pisteurs aux consommateurs, en passant par les chasseurs, les convoyeurs et les vendeurs. Or le contact étroit avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques d’animaux infectés expose à de potentielles zoonoses. Les chauves-souris frugivores seraient le réservoir naturel du virus Ebola à l’origine des flambées épidémiques qui surviennent sporadiquement dans les marges frontalières gabono-congolaises (Loungou, 2015 ; Leroy et al., 2009).

Transfrontalité ethnique, porosité des frontières

11La frontière établie entre le Gabon et le Congo sépare plusieurs groupes ethniques (Kota, Obamba-Mbédè, Téké, Nzébi, Punu, Lumbu, Vili), dont la grande masse se trouve, pour la majorité de ces communautés ethnolinguistiques, en territoire gabonais (Loungou, 1998). Née du processus colonial, cette limite a connu de multiples réaménagements avant d’être stabilisée en 1946 (Ropivia et Djeki, 1995). Les marges frontalières gabono-congolaises abritent une faible charge humaine disséminée entre des localités rurales et des petites agglomérations urbaines.

12Dans cette interface aux contours géographiques flous et mal maîtrisés, ni l’environnement biophysique ni le peuplement humain ne constituent un facteur de discontinuité. Aussi les communautés locales ignorent-elles la frontière, ce qui se traduit par une extension des espaces de leurs activités traditionnelles (agriculture itinérante sur brûlis, pêche, chasse, cueillette…) au-delà des territoires nationaux. Les « dépendances fonctionnelles » (Sall, 2007) liées aux échanges commerciaux et aux déplacements utilitaires participent à l’effacement de la frontière. D’une part, les échanges commerciaux entraînent des déplacements réguliers vers les marchés frontaliers et l’itinérance des marchands de biens (Bitsaka Doumbou, 2019). D’autre part, les déplacements utilitaires sont liés à l’accès aux services de santé ou à la recherche d’emplois. C’est ainsi que, par exemple, les habitants du département gabonais de la Zadié, situé à l’extrémité orientale de la province de l’Ogooué Ivindo, se tournent généralement vers les structures sanitaires de la région congolaise voisine de la Cuvette occidentale (Mamboundou, 2017 ; Izélé, 2020). À l’inverse, les Congolais des localités environnantes traversent quotidiennement la frontière gabonaise pour se ravitailler en divers produits de consommation courante (alimentation, boissons industrielles, carburant). Le relatif enclavement de ces marges frontalières, dû notamment à la défaillance des réseaux routiers nationaux, expliquent en partie cette extraversion socioéconomique le long de l’interface Gabon-Congo.

13Les marges frontalières gabono-congolaises se distinguent par leur perméabilité physique, ce qui favorise le développement de diverses formes d’activités interlopes transfrontalières, notamment les migrations clandestines, le braconnage, le trafic de cannabis et l’exploitation illégale des ressources (bois, métaux précieux). Plusieurs facteurs expliquent la porosité de ces confins. Le premier facteur réside dans la difficulté à exercer la surveillance et le contrôle de vastes pans de territoires quasiment vides d’hommes et marqués par la densité végétale caractéristique du milieu forestier équatorial. Le deuxième facteur est la mauvaise disposition des postes-frontières. Ceux qui sont répertoriés côté gabonais se situent généralement à plusieurs kilomètres à l’intérieur du territoire national. Cette localisation est ainsi contre-productive alors que l’on cherche à contrôler les flux humains. Le troisième facteur est l’indigence des postes de contrôle frontaliers en personnels et en équipements : de nombreux postes gabonais sont tenus par de faibles effectifs, bien souvent insuffisamment équipés en matériel de surveillance et de contrôle, voire ne disposant même pas de véhicule de liaison (Loungou, 1999). L’absence de logements d’astreinte conjuguée à la frugalité des rations qui leur sont généralement octroyées durant les périodes de mission sur le terrain incitent les préposés aux frontières à solliciter le gîte et le couvert de la population locale. Une telle situation fragilise les agents publics en les exposant à une forme de corruption devenue endémique (Routard Magazine, 2017), ce qui constitue un facteur supplémentaire de perméabilité frontalière à l’origine de la propagation transnationale des maladies telles que le VIH-Sida et la fièvre hémorragique à virus Ebola.

Les enjeux sanitaires majeurs de l’espace transfrontalier gabon-congo

14Le Gabon et le Congo sont des lieux d’émergence et de diffusion sporadique de la fièvre hémorragique Ebola depuis les années 1990 (Gasquet-Blanchard, 2016). Ils constituent également des territoires d’ancrage du VIH-Sida, dont les premières traces du virus en Afrique centrale remonteraient aux années 1920 (Le HuffPost/AFP, 2014). Alors que la pan-endémie du Sida, occultée pendant la décennie 1980 par les gouvernants de la sous-région (Caraël et al., 2008), s’est propagée sur l’ensemble des espaces nationaux, les flambées épidémiques d’Ebola se limitent aux marges frontalières des deux pays.

Un territoire pionnier du VIH-Sida

15La problématique de l’origine du Sida a suscité de nombreux travaux scientifiques. Vouloir connaître la genèse de cette pandémie sur le continent africain revient à se référer aux différentes hypothèses qui ont été développées à ce sujet. L’une est l’hypothèse sexuelle associée à Léopoldville (actuelle Kinshasa), capitale du Congo belge (ex-Zaïre, actuelle République Démocratique du Congo ou RDC). En effet, considérée comme un des tout premiers en Afrique, ce foyer épidémiologique du VIH serait lié à l’arrivée d’un migrant infecté parti de sa région d’origine pour rejoindre Léopoldville. Comme le souligne Jacques Pépin (2011), la métropole coloniale offrait des conditions idéales pour l’expansion d’un virus sexuellement transmissible comme le VIH : la ville s’apparentait à un camp de travail où l'évolution du sexe ratio en faveur des hommes migrants s’est accompagnée du développement d’une intense activité de prostitution. Ainsi, les changements d’ordre social et sexuel intervenus à Léopoldville auraient favorisé la propagation du VIH à l’intérieur du territoire du Congo belge, faisant de sa population un élément catalyseur de la propagation de la maladie dans la sous-région et particulièrement au Congo français voisin. L’autre hypothèse est celle des injections non stérilisées (Rogel et Naud, 2001). En effet, le début du XXe siècle fut marqué par une vague d’épidémies dues à des virus, à l’exemple de la poliomyélite et des « grippes porcines ». Ces maladies infectieuses aigües et contagieuses ont plongé le monde dans une phase épidémique massive qui a accentué les débats scientifiques et politiques sur la course aux vaccins. Ainsi, à partir de 1910, toute la région de l’Afrique centrale, du Cameroun aux Grands Lacs, a fait l’objet de vastes campagnes de vaccinations initiées par les puissances coloniales pour lutter contre les épidémies de maladies tropicales, en particulier la « maladie du sommeil » et le pian. Cette médecine de masse a connu son apogée après la seconde guerre mondiale grâce aux progrès conjugués des moyens de transport et de la pharmacologie et elle s'est poursuivie jusqu’aux indépendances.

16L’hypothèse des injections non stérilisées comme origine du VIH en Afrique est soutenue par Guillaume Lachenal (2014), dont l’argumentaire repose sur le fait que des dizaines de millions d’Africains ont été soumis à des prélèvements sanguins et à des injections dans des conditions où la réutilisation du matériel médical, notamment des seringues, était presque systématique. Ainsi estime-t-il que l’émergence du VIH pourrait être liée à la visite d’une équipe médicale dans un village isolé du sud-est du Cameroun, où un chasseur infecté par le virus de l'immunodéficience simienne (SIV) d’un chimpanzé aurait contaminé par le biais de seringues utilisées pour le soigner plusieurs membres de son village. Néanmoins, ces hypothèses tendant à situer en Afrique l’origine géographique et étiologique du virus responsable de la pan-endémie du VIH-Sida sont fortement contestées (Bibeau, 1991 ; Dozon, 1991 ; Delaunay, 1999).

  • 2 Par système régional du Sida, il faut entendre son inscription spatiale et ses itinéraires de propa (...)

17Au-delà de la difficile recherche des origines de cette maladie, l’Afrique subsaharienne est de loin la région la plus touchée par le VIH-Sida au monde, avec environ 25 millions de personnes infectées en 2020, soit 67 % du total mondial des malades (ONUSIDA, 2021). Selon les Nations-Unies, 4,7 millions de personnes vivent avec cette maladie en Afrique occidentale et centrale, soit 12 % des personnes séropositives dans le monde. En moyenne, les pays de ces deux sous-ensembles régionaux ont connu une baisse plus lente des infections à VIH que les autres pays du continent. L’accès au dépistage et au traitement de l’infection y a atteint 73 % des personnes vivant avec le VIH en 2020, contre seulement 38 % en 2015, ce qui reste en deçà de l’objectif de 81 % qui avait été fixé pour 2020 (ONU Info, 2021). L’Afrique centrale abrite deux des plus anciens systèmes régionaux du Sida2 en Afrique, soit ceux liés à la première vague de l’infection amorcée au cours de la décennie 1980 (Amat-Roze, 2003). La République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo et le Congo-Brazzaville constituent les trois territoires les plus touchés par cette première phase pandémique. Au cours de celle-ci, le Gabon fait figure d’espace périphérique où seules les régions adossées à la frontière congolaise offrent un continuum territorial à l’infection. Au terme de quatre décennies d’activité virale, le VIH-Sida s’est solidement installé dans ses territoires pionniers et leurs périphéries.

18Les statistiques officielles font état de ce que le taux de séroprévalence au Gabon est passé de 1,8 % en 1996 à 8 % en 2002, puis à 8,1 % en 2006 (Osi Bouaké, 2006), soit le deuxième niveau d’infection le plus élevé de la sous-région d’Afrique centrale après celui de la RCA (10,7 % 13,9 %) mais dépassant ceux du Cameroun (5,4 %), du Tchad (3,5 %), du Congo (5,3 %), de la RDC (3,2 %) et de la Guinée Équatoriale (3,2 %) (ONUSIDA, 2006). Dans la seconde moitié des années 2000, la géographie de la maladie faisait apparaître sa forte prégnance dans la capitale Libreville, qui comptait déjà plus de 60 % de la population totale du pays, mais aussi à Port Gentil, la deuxième ville du pays, ainsi que dans les principales localités urbaines des régions frontalières (Moanda, Franceville, Oyem, Bitam et Tchibanga).

19Plusieurs facteurs expliquent l’évolution à la hausse du VIH-Sida sur le territoire gabonais. D’une part, le déni de la maladie, manifesté notamment par les plus hautes autorités du pays, a contribué à retarder la prise de conscience de la population. De surcroît, les conditions de vie (pauvreté) et les comportements sexuels (précocité et multiplicité des rapports sexuels) ont accentué la vulnérabilité sanitaire d’une population mal informée (Ministère de la santé publique, 2005). D’autre part, la deuxième vague du Sida, amorcée dans les années 1990, a concerné plusieurs pays du golfe de Guinée et de son hinterland d’où partent d’importants flux migratoires à destination du Gabon. Cette immigration principalement masculine s’est accompagnée du développement de filières de prostitution féminine, qui furent de grandes vectrices de l’infection. Au « commerce du sexe » plus ou moins assumé des communautés camerounaises (Loungou et Yebe Nguema, 2012), pratiqué de longue date dans les deux principales agglomérations du pays, situées sur la côte atlantique, et dans les villes secondaires du nord, proches de la frontière avec le Cameroun, s’est ajoutée la prostitution des femmes congolaises réfugiées dans les localités gabonaises frontalières du sud-est et du sud.

  • 3 À la suite d’un accident ferroviaire impliquant un train minéralier de la COMILOG, et prenant préte (...)

20La propagation du VIH-Sida du territoire moteur congolais vers l’espace périphérique gabonais s’est déroulée en deux phases. La première vague pandémique remonte à la charnière des années 1980-1990, en suivant principalement l’axe de circulation reliant la province gabonaise du Haut-Ogooué aux régions congolaises de la Lekoumou, du Niari et du Kouilou, créé dans les années 1960 par la Compagnie minière de l’Ogooué (COMILOG) dans le cadre du système d’évacuation, via le port congolais de Pointe Noire (Loungou, 1998), du minerai de manganèse exploité dans le sud-est du Gabon. Le long de cette importante artère transfrontalière, un chapelet de villes secondaires s’est développé. Le dynamisme socioéconomique de ces nouvelles agglomérations a drainé de nombreux habitants des régions environnantes et au-delà. Ces villes-escales sont devenues les territoires moteurs de la pandémie de VIH-Sida survenue en territoire congolais et les opérateurs économiques (transporteurs, commerçants) ainsi que les travailleurs de la COMILOG ses principaux vecteurs. L’arrêt de l’exploitation du corridor congolais, décidée en 1991 par les autorités gabonaises (Freland, 2015)3, a réduit de façon drastique les flux de population transitant par ce secteur de la frontière, ce qui a permis de limiter la circulation de la maladie.

21La deuxième vague du VIH-Sida (cf. carte 1) apparaît au tournant des années 1990-2000. Cette nouvelle vague est associée à la guerre civile congolaise (1997-2002), qui a provoqué un afflux de réfugiés sur le sol gabonais et principalement dans les localités des régions adossées à la frontière. D’après certaines sources, ces réfugiés auraient atteint les 50 000 au plus fort du conflit (Wali Wali, 2010).

22L’existence d’une parenté ethnique et le choix des autorités gabonaises de ne pas installer ces réfugiés dans des camps a permis leur insertion dans des familles d’accueil, favorisant ainsi de nombreuses unions maritales. Or bon nombre de femmes réfugiées, pour la plupart extrêmement démunies et souvent séropositives, se sont adonnées à la prostitution comme moyen de survie socioéconomique, ce qui a contribué à la propagation du VIH-Sida dans plusieurs localités gabonaises (Indjieley, 2014). Ceci explique sans doute le fait que, en 2013, les provinces de la Ngounié (4,9 %), du Haut-Ogooué (4,2 %) et de la Nyanga (4,2 %), principales zones d’installation des réfugiés congolais, présentaient des taux de séroprévalence au Sida parmi les plus élevés du pays, n’étant surclassées que par la province du Woleu-Ntem (7,2 %) qui est adossée aux frontières du Cameroun et de la Guinée Équatoriale (Direction générale de la statistique, 2013).

Carte 1. Systèmes régionaux du VIH-Sida en Afrique

Carte 1. Systèmes régionaux du VIH-Sida en Afrique

Source : Amat-Roze, 2003.

  • 4 Appellation communément employée au Gabon pour désigner le Ministère des affaires sociales, de la s (...)

23Longtemps paralysés par une prise de conscience tardive de la réalité du VIH-Sida, les efforts déployés au Gabon dans le cadre de la lutte contre cette pandémie se sont cependant accélérés au début de la décennie 2000 comme l’illustre, au niveau mondial, la création d’un Fonds national de solidarité thérapeutique et la mobilisation internationale initiée lors de la Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le Sida (UNGASS) en 2001. Au Gabon, des structures dédiées à la lutte contre l’infection ont été créées, notamment le « ministère de la Lutte contre le Sida »4  et le Comité national de lutte contre le Sida (CNLS) placé sous l’autorité de la présidence de la république. La décentralisation de la lutte contre la maladie est devenue effective avec la création dans chacune des neuf provinces du pays d’un Centre de traitement ambulatoire (CTA) pour la prise en charge des personnes séropositives.

24La création du Fonds de solidarité et l’adhésion à l’initiative internationale « ACCESS » ont permis de réduire substantiellement le coût des traitements ARV, dont le prix est fixé en fonction des revenus des patients et même distribués gratuitement à environ 70 % d’entre eux, dans le cadre de programmes subventionnés par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (The New Humanitarian, 2009). Avec une séroprévalence estimée en 2020 à 3,1 % de la population des 15-49 ans, le Gabon demeure, malgré tout, une terre d’enracinement du VIH-Sida en Afrique centrale, tout comme le Congo voisin (3,3 %), avec lequel il partage le fardeau d’un autre fléau sanitaire : la fièvre hémorragique à virus Ebola.

Un foyer endémique de la maladie à virus Ebola

25Le virus Ebola appartient, avec le virus de Marburg, à la famille des Filoviridae. Il se décline en cinq espèces, plus ou moins pathogènes pour l’homme. La première espèce est « Ebola Zaïre », qui a été identifié en 1976 dans l’ex-Zaïre (actuelle RDC), et est la plus pathogène pour l’homme, puisque les taux de mortalité observés durant les épidémies s’échelonnent de 80 à 90 %. L’espèce « Ebola Soudan », identifiée également en 1976 dans le pays éponyme, provoque, elle aussi, une mortalité importante (50 à 60 %) lors des épidémies. La troisième espèce, appelée « Ebola Côte d’Ivoire », a été identifiée en 1994 à partir du seul malade qui a survécu. Il existe également l’espèce « Ebola Bundibugyo », identifiée en 2007 en Ouganda, où elle entraîna la mort de 25 % des malades. La cinquième et dernière espèce est « Ebola Reston », pour laquelle aucun cas clinique n’est reporté. Seule espèce asiatique connue à ce jour, elle avait été identifiée en 1989 aux États-Unis d’Amérique où sévissait une épizootie d’Ebola chez des singes importés des Philippines (Gasquet-Blanchard, 2016).

26Avant son apparition en Afrique de l’Ouest, à la fin 2014, la maladie à virus Ebola était présente dans quelques pays d’Afrique centrale (dont le Congo, le Gabon et la République démocratique du Congo) et orientale (Soudan, Ouganda). À partir de 2015, la flambée épidémique ouest-africaine a connu une propagation fulgurante. Le virus Ebola est passé de la Guinée forestière aux pays voisins (Liberia, Sierra Leone) et cumulant 22 859 cas d’infection dont 9 162 mortels (Loungou, 2015).

27Au Gabon, par exemple, quatre épidémies d’Ebola ont été déclarées entre 1994 et 2002, pour un nombre cumulé de 208 cas d’infection dont 150 mortels (Gasquet et al., 2010 ; Loungou, 2015). Ces accès épidémiques se sont tous manifestés dans la seule province de l’Ogooué Ivindo, situé au nord-est du pays (France Info, 2021). La première vague (de novembre 1994 à mars 1995) s’est déclarée dans les campements de mineurs de Mekouka et d’Andock (Mylne et al., 2014) et a entraîné 31 décès sur 51 cas recensés, soit un taux de létalité de 61 %. La deuxième flambée épidémique (de janvier à mars 1996) a été localisée à Mayibout et enregistré 21 personnes décédées sur 31 cas déclarés et un taux de létalité de 68 % ; le troisième accès de la maladie (de juillet 1996 à mars 1997) a eu pour foyer la localité de Booué. Durant cette vague, 60 cas ont été enregistré qui ont fait 45 morts, ce qui représente un taux de létalité de 75 %. La quatrième et ultime vague épidémique, d’octobre 2001 à mai 2002, s’est limitée à la commune de Mekambo où 53 décès ont été enregistrés sur 65 cas déclarés, soit un taux de létalité de 81 %. La situation est quasi similaire au Congo voisin, où l’on a enregistré autant d’accès épidémiques limités aux localités des régions septentrionales (Cuvette, Sangha), pour un total de 217 cas de contamination dont 201 décès (Loungou, 2015). Dans ce dernier cas, la létalité a atteint 92 %, soit un niveau très élevé.

Carte 2. Les territoires d’Ebola au Gabon et au Congo

Carte 2. Les territoires d’Ebola au Gabon et au Congo

28Si l’on excepte quelques similarités avec la flambée épidémique d’Ebola survenue en 2015 en Afrique de l’Ouest (forte homologie des souches virales, niveau quasi comparable de défaillance des structures sanitaires, prégnance des rites funéraires à risque), le contexte gabonais présente une combinaison de caractéristiques géographiques particulières à l’origine du cantonnement de la maladie d’Ebola dans ses foyers épidémiologiques originels situés en dehors des agglomérations urbaines. La première caractéristique est la faible densité humaine du territoire gabonais et particulièrement la région de l’Ogooué Ivindo. Plus vaste entité administrative du pays, cette région est un espace vide d’hommes, ce qui a notamment incité l’administration coloniale puis l’État indépendant à y mener une politique coercitive de regroupement de la population rurale (Balandier et Pauvert, 1952 ; Pourtier, 1989). En 1993, quelques mois avant l’apparition de la première épidémie d’Ebola, l’Ogooué Ivindo ne comptait que 1,1 habitant au km² (Direction générale de la statistique et des études économiques, 1993). En 2003, un an après la quatrième et ultime flambée épidémique à ce jour, sa densité de population n’était passée qu’à 1,3 habitant au km² (Direction générale de la statistique et des études économiques, 2005). D’après le dernier recensement exploitable effectué en 2013, la densité régionale aurait atteint les 3,5 habitants au km², contre une moyenne nationale de 6,8 habitants au km² (Recensement général de la population et des logements, 2013). La seconde caractéristique est l’isolement territorial relatif de l’hinterland gabonais et plus encore de la région de l’Ogooué Ivindo qui est située à plus de 600 km de la capitale – soit environ 11 heures de route –, cette sorte de « district du bout du monde » (Dermigny et Serre, 1954) est difficilement accessible du fait de l’absence de voies de circulation praticables en toutes saisons. La conjugaison du sous-peuplement et de l’indigence du réseau routier induit de faibles mouvements de populations à l’intérieur de l’espace gabonais. Elle participe ainsi à cantonner les crises épidémiologiques de la maladie à virus Ebola dans ses différents foyers originels situés aux marges frontalières du nord-est du pays.

29Le fait que ces foyers épidémiologiques soient disséminés le long de ces voies de communication permet paradoxalement aux pouvoirs publics d’exercer un contrôle plus ou moins efficace des déplacements de populations en cas d’alerte sanitaire. Au fil des flambées épidémiques, le dispositif sanitaire gabonais a acquis une capacité appréciable de riposte et de prise en charge des malades d’Ebola. Largement inspiré de l’expérience de la République Démocratique du Congo (Breaking News, 2020), le dispositif gabonais de lutte contre Ebola est axé autour de la détection rapide des cas, de la mise en place d’un système de surveillance ainsi que d’une capacité d’isolement des cas à temps et de suivi des contacts. Ainsi, le ministère de la santé a déployé un système de surveillance épidémiologique reposant sur des points focaux implantés dans les 52 départements sanitaires du pays ainsi qu’aux points de passage frontaliers homologués. La surveillance sanitaire s’exerce au moyen d’une liste régulière des maladies à déclaration obligatoire qui est produite chaque semaine par les départements sanitaires, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En cas de détection de personnes contaminées sur le territoire national ou dans les pays voisins, un comité de gestion de crise est activé. Présidé par les gouverneurs au niveau provincial et par les préfets à l’échelle départementale, ce comité rassemble les représentants des administrations publiques (ministère de la santé ; ministère des eaux et forêts ; ministère de l’agriculture et de l’élevage) et les personnels des forces de défense et de sécurité affectés aux postes-frontières. Lors des flambées épidémiques d’Ebola dans la région de l’Ogooué Ivindo, la base de surveillance épidémiologique était implantée à Makokou, le chef-lieu régional. Le comité de gestion intervenait directement dans les foyers épidémiques (campements de mineurs ou villages).

30Cette stratégie gouvernementale « offensive » associée à l’étroite collaboration entre les personnels des différentes entités du secteur public et des organismes multilatéraux et autres organisations non-gouvernementales de premier plan (dont la Croix Rouge, l’OMS, la Wildlife, Conservation Society World et la World Wildlife Foundation) expliquent en grande partie que les manifestations de la fièvre hémorragique Ebola se soient limitées à leur foyers originels situés dans les marges frontalières du Gabon et du Congo.

De l’expérience des crises sanitaires dans la gestion de la covid-19 au Gabon

31La plupart des pays africains au sud du Sahara ont longtemps résisté face à la pandémie de COVID-19 (Rougier, 2021). Un des facteurs mis en avant pour expliquer cette « étonnante résilience africaine » (Heikel, 2021) est l’expérience acquise par ces pays dans la gestion des crises sanitaires précédentes, notamment le VIH-Sida et Ebola (Ntumba, 2020 ; OIM, 2020 ; Belsoeur, 2020 ; Romeo, 2021). Terre d’enracinement du VIH-Sida et foyer endémique de la fièvre hémorragique Ebola, le Gabon représente un terrain adéquat pour apprécier la manière dont l’expérience de la lutte contre ces deux maladies sert à combattre la COVID-19.

La stratégie de lutte contre la COVID-19

32Le premier cas d’infection à la COVID-19 a été déclaré au Gabon le 12 mars 2020 (Ondo, 2020 ; Ondo Nzuey, 2020). Résidant dans la capitale Libreville, ce « patient zéro » était rentré trois jours plus tôt d’un court séjour à Bordeaux (Chahed, 2020). Dans un contexte d’incertitude sanitaire, le gouvernement gabonais a fait preuve de réactivité et de pragmatisme en adoptant, dès le 13 mars, les premières mesures de restriction : mise en quarantaine des cas positifs ; limitation des rassemblements à 50 personnes ; fermeture des restaurants, des lieux de culte et des établissements scolaires ; confinement de la population de la capitale Libreville et ses environs ; limitation à un vol hebdomadaire par compagnie internationale ; fermeture des frontières terrestres à la circulation des personnes (Makita-Ikouaya, 2020 ; Gabonactu.com, 2020). Toutefois, les infections n’ont pas cessé d’augmenter ; en quelques semaines, les cas importés ont fait place aux contaminations communautaires à travers le pays (Hombenet Anvingui, 2020). De sorte que la situation épidémiologique établie le 12 mai 2020 par le Comité de pilotage du plan de veille et de lutte contre la pandémie (COPIL) faisait état de 3 321 cas actifs et de 143 décès (COPIL, 2020).

33Face à la menace sanitaire de la COVID-19, les autorités gabonaises ont élaboré une riposte rapide et progressive qui s’appuie notamment sur les mécanismes déployés lors des crises sanitaires antérieures d’Ebola (détection rapide des cas, mise en place d’un système de surveillance, isolement des cas, suivi des contacts). C’est ainsi qu’un numéro vert – le 1410 – a été mis en place pour les personnes ressentant des symptômes caractéristiques de la maladie, afin d’éviter un afflux dans les hôpitaux. L’État gabonais a également pris le parti de produire des gels hydro-alcooliques dans une usine située en banlieue de la capitale Libreville, et de passer commande en Chine d’un certain nombre de matériels et d’équipements comme respirateurs, masques, sur-blouses, kits de test, etc. (Cheylan, 2020).

34Globalement, la stratégie gabonaise de lutte contre la COVID-19 comporte trois volets principaux : la fermeture des frontières terrestres ; le dépistage précoce et massif ; la vaccination à grande échelle (Radio France Internationale, 2020).

35La fermeture des frontières terrestres à la circulation des personnes, appliquée aux confins du Gabon et du Congo à la moindre alerte de la fièvre hémorragique Ebola, a été étendue aux frontières avec le Cameroun et la Guinée Équatoriale (Andzongo, 2020 ; Ndinga Ngoma, 2020 ; Nsitou, 2020). Pour justifier cette mesure peu appréciée de la population (Mounombou, 2021), le gouvernement gabonais a mis en avant l’ampleur de la menace pandémique et la faiblesse du dispositif sanitaire dans ces pays (Lawson, 2021 ; Bivigou, 2021). De fait, bien qu’étant l’épicentre régional de la pandémie (Jeune Afrique, 2022b), le Cameroun n’a pas adopté les mêmes mesures restrictives que le Gabon (couvre-feu, restrictions des déplacements intra-nationaux). Les autorités camerounaises ont préféré la stratégie de mise en quarantaine des cas suspects en complément d’une batterie de treize mesures (BBC News, 2020 ; Agence Ecofin, 2020). Ces résolutions ont du reste été assouplies peu de temps après en raison de leur impact socioéconomique négatif (Fouchard, 2020 ; Chick, 2020).

36L’origine zoonotique supposée de la COVID-19 (ONU, 2020) a convaincu les autorités gabonaises de mobiliser aux postes-frontières des personnels des forces de sécurité et de défense aux côtés des personnels civils formés à la surveillance épidémiologique d’Ebola. Afin d’aider le Gabon à lutter efficacement contre la propagation de la nouvelle pandémie à travers ses frontières terrestres, l’Union européenne et l’Allemagne l’ont doté, le 26 mars 2021, de matériels roulant et de protection, destinés respectivement à la Commission nationale des frontières et au Ministère de la santé (Mamboundou, 2021). Ce don s’inscrit dans le cadre du projet Appui au Programme Frontières de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (APF-CEEAC) visant à mettre en œuvre la stratégie régionale de riposte contre la COVID-19 élaborée en juillet 2020 (Dzonteu, 2020).

37Le dépistage massif constitue le deuxième volet de la stratégie gabonaise de lutte contre la COVID-19 (Ngoma, 2020b). Cette opération a été lancée en mai 2020, après que le dispositif sanitaire local – constitué de plus de 60 sites de prélèvement et d’un réseau de 15 laboratoires implantés sur toute l’étendue du territoire – s’est doté d’un laboratoire de type P4 d’une capacité de 10 000 tests jour, contre 700 à 1 000 dépistages préalablement (Moussouamy, 2020b). Son objectif à très court terme était d’atteindre un taux de dépistage de 5 % de la population en vue d’une prise en charge rapide de celle-ci et d’une meilleure circonscription du virus dans le pays (Le 360, 2020). La campagne de dépistage a démarré à Libreville et ses environs, puis s’est progressivement élargie à l’intérieur du pays, ciblant prioritairement les trois zones géographiques les plus touchées par la pandémie à savoir le Haut-Ogooué (sud-est), l’Ogooué-Maritime (ouest) et le Moyen-Ogooué (centre).

38L’opération de dépistage à grande échelle s’inscrivait également dans le cadre du « Partenariat pour accélérer les tests de la COVID-19 » (PACT), développé dans le cadre d’une collaboration entre l’ONUSIDA et le Centre Africain de Contrôle et Prévention des maladies dont le but est d’encourager l’action collective pour lutter contre les pandémies concomitantes de VIH et de COVID-19 par le biais d’un engagement communautaire renforcé (ONUSIDA, 2021b). L’appui des relais communautaires n’est pas nouveau ; les autorités sanitaires locales s’en sont souvent servi dans le cadre des réseaux de veille et de surveillance de la fièvre hémorragique Ebola. Cette fois-ci, le but recherché dans le déploiement du personnel de santé communautaire est de venir en aide aux populations les plus vulnérables (personnes vivant avec le VIH-Sida ou PVVIH, communauté LGBTI) dans le contexte de la pandémie de COVID-19 (ONUSIDA, 2021b).

39Dès le lancement de l’alerte à la COVID-19, l’Organisation mondiale de la Santé a apporté son appui au dispositif sanitaire local afin de renforcer ses capacités de préparation et de riposte à la pandémie. Cela s’est traduit par la mise à la disposition du Comité national de pilotage du plan de veille et de lutte contre la pandémie d’une équipe d’intervention rapide composée d’une quarantaine d’experts, ainsi que par un appui matériel et logistique. Sur ce dernier plan, un premier apport a été effectué par la fourniture de 1 000 kits de dépistage, 1 500 kits d’équipement individuel, 250 kits d’extractions virales, 2 véhicules pour le transport d’échantillons de prélèvements, 13 téléphones portables, 40 Box internet et 6 tablettes dotées du système Go. Data. Le Gabon est ainsi le premier pays de la Région africaine de l’OMS à avoir utilisé cette application de collecte et de gestion des cas et cas contacts de la maladie à virus Ebola (Moussouamy, 2020a).

  • 5 Les propos sont de Guy Patrick Ossi Okori, directeur de la Caisse nationale de sécurité sociale.

40La vaccination constitue le troisième axe de la stratégie de riposte menée au Gabon contre la maladie du nouveau coronavirus. En effet, face à l’augmentation des cas d’infections, liée notamment à l’apparition de nouveaux variants de la COVID-19, les autorités sanitaires ont lancé, le 19 octobre 2021, une vaste campagne vaccinale destinée « à augmenter l’immunité communautaire, à limiter la transmission du virus et à aider au contrôle de la pandémie, prioritairement en visant les populations les plus vulnérables » (Boussoughou, 2021)5. À court terme, cette ambition devait se traduire par une immunisation communautaire de 1 260 000 personnes, soit 58 % de la population gabonaise. Pour ce faire, les autorités ont ouvert 70 sites fixes de vaccination, l’objectif final étant l’installation de 113 sites à travers le pays. Une caravane itinérante de vaccination sillonnant les différents quartiers de la capitale Libreville (Obiang Nzé, 2021) est venue compléter ce dispositif placé sous la supervision d’un Comité national de vaccination (COPIVAC) (Long, 2021). Face à une population majoritairement peu encline à la vaccination (Ngoma, 2021a), le gouvernement n’a pas hésité à user de méthodes contraignantes (obligation du pass vaccinal, augmentation du tarif des tests PCR) pour amener le plus grand nombre de personnes à se faire vacciner (Makosso, 2021 ; Igoho, 2021).

Les résultats de la riposte sanitaire

41Le Gabon a levé ses mesures de restrictions sanitaires le 9 mars 2022 (Ngoma, 2022). Au terme de deux années d’activité virale ponctuée par trois vagues de contaminations, le bilan de la stratégie mise en œuvre par le comité national de lutte contre le nouveau coronavirus apparaît mitigé.

42Le rapport de situation épidémiologique du 28 mars 2022 établi un nombre cumulé de 47 584 cas d’infection confirmés dont 303 cas mortels (Jeune Afrique, 2022a). Toutes les neuf provinces du pays ont été touchées par la troisième vague débutée en mai-juin 2021, en dépit de la mesure de restriction concernant les déplacements, instaurée dès la découverte du premier cas d’infection. La région de l’Estuaire, où se trouve la capitale (plus de 60 % de la population nationale), principale porte d’entrée des cas importés et berceau des contaminations communautaires, constitue le foyer principal de la pandémie, avec près de 73 % des cas d’infection détectés. Elle est suivie de deux foyers épidémiques secondaires localisés, d’une part, dans l’Ogooué Maritime (9,93 %), région côtière contiguë à l’Estuaire et deuxième pôle économique national, et, d’autre part, dans le Haut-Ogooué (9,17 %), province frontalière au Congo reliée à la capitale par une voie ferrée (600 km) et troisième zone de développement économique. Les six autres régions forment des foyers épidémiques mineurs ; ce sont par ordre décroissant du taux de contamination le Moyen-Ogooué (3,61 %), l’Ogooué Lolo (1,14 %), le Woleu-Ntem (1 %), la Nyanga (0,76 %), l’Ogooué Ivindo (0,75 %) et la Ngounié (0,64 %) (cf. carte 3).

Carte 3. Les foyers de la COVID-19 au Gabon et au Congo

Carte 3. Les foyers de la COVID-19 au Gabon et au Congo

Sources : COPIL, Rapport de situation n°34 du 01 au 06 décembre 2021 (Gabon) ; SITREP, Rapport de situation n°233 du 29 mars 2022 (Congo).

43L’examen de la carte épidémiologique de l’ensemble Gabon-Congo ci-dessous révèle que le taux de contamination élevé dans les régions congolaises du Kouilou (sud) et de la Sangha (nord-ouest) n’a pas eu d’incidence dans les provinces gabonaises voisines de la Nyanga (sud), du Woleu-Ntem (nord) et de l’Ogooué Ivindo (nord-est). Cette situation est la conséquence de la fermeture des frontières à la circulation humaine dans un contexte de faible densité. La similitude du niveau d’infection relativement élevé de la province gabonaise du Haut-Ogooué (sud-est) et de sa voisine congolaise des Plateaux (ouest) ne relève pas d’un système de vases communicants. Dans le cas du Haut-Ogooué, ce taux de contamination s’explique sans doute par le maintien d’importants flux de voyageurs par train entre cette province adossée à la frontière et la capitale Libreville.

  • 6 Le bilan épidémiologique de l’ensemble des régions du Gabon n’a pas été actualisé après décembre 20 (...)

Tableau 1. Bilan épidémiologique des régions du Gabon au 06 décembre 20216

Régions sanitaires

Nombre de cas déclarés

Nombre de guérisons

% guérisons

Nombre de décès

% mortalité

Nombre de personnes vaccinées

Estuaire

27 366

23 405

85,52

231

0,84

147 511

Haut-Ogooué

3 443

2 883

83,73

12

0,34

8 807

Moyen-Ogooué

1 356

1 250

92,18

13

0,95

5 165

Ngounié

243

208

85,59

0

0

8 850

Nyanga

288

261

90,62

3

1,04

2 238

Ogooué Ivindo

285

265

92,98

6

2,10

3 236

Ogooué Lolo

427

420

98,36

0

0

2 210

Ogooué Maritime

3 725

NA

NA

10

0,26

17 680

Woleu-Ntem

377

358

94,94

6

1,59

5 156

Source : COPIL, Rapport de situation n°34 du 01 au 06 décembre 2021.

44Avec une population de 2 172 579 habitants en 2020, le Gabon représente moins de 4 % du potentiel démographique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) qui totalise 54 448 594 habitants (cf. tableau 2), mais il constitue son deuxième foyer de contaminations à la COVID-19 le plus important (20,95 % des cas déclarés) après le Cameroun (52,63 %). Le taux d’infection y est le plus élevé de la sous-région (2,19 %), mais sa mortalité se situe au niveau le plus bas (0,63 % au 28 mars 2022), et sa couverture vaccinale complète (13 %) légèrement au-dessus de la moyenne sous-régionale (11, 45 %) (cf. tableau 2). Ce taux de vaccination apparaît cependant bien en deçà de l’objectif que les autorités gabonaises s’étaient fixé au début de la pandémie : susciter l’adhésion à la vaccination de 90 % des cibles prioritaires (personnes âgées et/ou à comorbidité, personnels de santé, enseignants du secondaire, commerçants, agents des forces de défense et de sécurité) (JNews, 2021). Comme dans la plupart des pays africains, la faible couverture vaccinale du Gabon est le résultat de la conjugaison de plusieurs ressorts : réticence de la population à se soumettre aux mesures sanitaires, inégal accès aux vaccins, problèmes logistiques, tracasseries administratives, etc. (Prata Menezes et al., 2021).

Tableau 2. Bilan épidémiologique comparé des pays de la CEMAC au 28 mars 2022

États

Population

Nombre de cas déclarés

% population infectée

Nombre de décès

% mortalité

% population vaccinée ()

Cameroun

24 348 251

119 544

0,08

1 927

1,61

5 %

Congo

5 380 508

24 062

0,44

384

1,59

12 %

Gabon

2 172 579

47 584

2,19

303

0,63

13 %

Guinée

Équatoriale

1 358 276

15 999

1,17

183

1,14

18 %

RCA

5 496 011

14 649

0,26

113

0,77

19 %

Tchad

15 692 969

5 288

0,03

190

3,59

1,7 %

() Données du 30 mars 2022.

Sources : Jeune Afrique, « Covid-19 : une carte pour suivre au jour le jour l’avancée de l’épidémie », 28 mars 2022. URL : https://www.jeuneafrique.com/​910230/​societe/​coronavirus-en-afrique-une-carte-pour-suivre-au-jour-le-jour-lavancee-de-lepidemie
Our World Data, 28 mars 2022. URL: https://ourworldindata.org/​covid-vaccinations?country=OWID_WRL

45La stratégie de lutte contre la COVID-19 comporte un revers de médaille. D’une part, la réaffectation des ressources et des personnels à la riposte à la COVID-19 perturbe fortement les services de lutte contre les autres pathologies et particulièrement le VIH-Sida. C’est ainsi que près de la moitié des 46 000 malades du Sida évalués au Gabon à la fin 2020 (Hombenet Anvingui, 2021), qui bénéficiaient de traitements antirétroviraux (ARV), ont été perdus de vue non seulement en raison du primat accordé à la lutte contre la nouvelle pandémie (Bivigou, 2021 ; Mbeng Essone, 2021), mais également du fait de la peur de la contamination à la COVID-19 entretenue chez les personnes vivant avec le Sida. En outre, la paralysie du transport aérien au niveau mondial en 2020 a provoqué une rupture des stocks qui aurait incité les prescripteurs à délivrer des médicaments périmés à de nombreux malades (Ngoma, 2021b) Deux mois après la levée totale des mesures restrictives, la pénurie d’antirétroviraux a déjà causé treize décès parmi les PVVIH (Mbeng, 2022). D’autre part, les restrictions aux frontières terrestres ont affecté le commerce intra régional (Bouët et Laborde, 2020 ; French.china.org.cn, 2021). Cela s’est manifesté au Gabon par une flambée des prix des produits agricoles et alimentaires importés essentiellement du Cameroun et du Congo (Makita-Ikouaya, 2020), et, à l’inverse, par un ralentissement des activités socioéconomique dans les marges frontalières de ces deux pays dont les marchés ont été désertés par les consommateurs gabonais.

Conclusion

46Le Gabon et le Congo sont des territoires d’enracinement du VIH-Sida et des zones traditionnelles de manifestation de la fièvre hémorragique Ebola. La propagation du VIH-Sida du territoire moteur congolais vers l’espace périphérique gabonais a eu pour vecteur les mouvements de populations le long du corridor reliant la province gabonaise du Haut-Ogooué et le port congolais de Pointe-Noire. Elle est aussi associée à la guerre civile congolaise qui a provoqué un afflux de réfugiés sur le sol gabonais et principalement dans les localités des régions adossées à la frontière. Les manifestations de la fièvre hémorragique à virus Ebola se sont toutes limitées dans la province de l’Ogooué Ivindo, située à l’extrémité nord-est du pays. Cet endiguement sanitaire tient aux caractéristiques géographiques favorables de la région (sous-peuplement, relatif enclavement) associées à l’efficacité des rouages du dispositif de riposte local (fermeture des frontières, détection rapide des cas, mise en place d’un système de surveillance, isolement des cas à temps, suivi des contacts). Au fardeau du VIH-Sida et d’Ebola s’est ajouté, depuis la mi-mars 2020, celui de la maladie liée au nouveau coronavirus.

47Après un peu plus de deux ans d’activité virale, la situation épidémiologique du Gabon apparaît contrastée. Sur le plan local, toutes les régions sanitaires ont été touchées par la COVID, mais la province de l’Estuaire où se situe la capitale totalise près des trois-quarts des cas d’infection déclarés. À l’échelle régionale, le Gabon concentre une part importante du nombre des cas officiels (19 %), ce qui est inversement proportionnel à son poids démographique au sein de la CEMAC (moins de 4 %). La stratégie de lutte contre la propagation de la COVID-19 mise en œuvre par les autorités gabonaises se sert des rouages associés à l’expérience acquise dans le vécu et la gestion des épidémies de VIH-Sida (recours aux relais communautaires) et d’Ebola (fermeture des frontières terrestres, gestion des cas et cas contacts). La riposte à la COVID-19 a cependant un double impact négatif : d’une part, la fermeture sanitaire des frontières terrestres a affecté le commerce intra régional ; d’autre part, la mobilisation contre la nouvelle pandémie perturbe fortement les services dédiés à la lutte contre le VIH-Sida.

48La fermeture unilatérale des frontières par les pays de la CEMAC illustre l’absence de stratégie concertée dans la lutte contre la COVID-19. Il existe pourtant un organe chargé de la mise en œuvre de la politique de santé dans la sous-région, l’Organisation de coordination pour la lutte contre les endémies en Afrique centrale (OCEAC). Elle avait notamment favorisé la mise en place d’un plan d’urgence régional visant le renforcement des capacités des personnels de santé et des mesures préventives contre l’épidémie d’Ebola (OMS, 2014). Or, cette fois-ci, l’absence de riposte coordonnée face à la COVID-19 a conduit chaque État à adopter des mesures nationales qui se sont parfois avérées discordantes, notamment en ce qui la vaccination et la validité des tests PCR. Il en a résulté un écosystème de tracasseries administratives et financières favorable au développement des réseaux de falsification des documents de santé exigés pour passer les frontières (tests PCR, pass vaccinal) (Ntchapda, 2021).

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Bibliographie

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Notes

1 La transfrontalité ethnique désigne le fait pour un groupe ethnique d’être établi de part et d’autre d’une frontière interétatique.

2 Par système régional du Sida, il faut entendre son inscription spatiale et ses itinéraires de propagation à une échelle régionale.

3 À la suite d’un accident ferroviaire impliquant un train minéralier de la COMILOG, et prenant prétexte de la tension politico-diplomatique qui s’en est suivie, le Gabon décide de l’arrêt de l’acheminement de son manganèse par la voie congolaise au profit du chemin de fer Transgabonais mis en service en 1986.

4 Appellation communément employée au Gabon pour désigner le Ministère des affaires sociales, de la solidarité et de la lutte contre le Sida.

5 Les propos sont de Guy Patrick Ossi Okori, directeur de la Caisse nationale de sécurité sociale.

6 Le bilan épidémiologique de l’ensemble des régions du Gabon n’a pas été actualisé après décembre 2021.

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Table des illustrations

Titre Carte 1. Systèmes régionaux du VIH-Sida en Afrique
Crédits Source : Amat-Roze, 2003.
URL http://journals.openedition.org/espacepolitique/docannexe/image/10132/img-1.png
Fichier image/png, 545k
Titre Carte 2. Les territoires d’Ebola au Gabon et au Congo
URL http://journals.openedition.org/espacepolitique/docannexe/image/10132/img-2.png
Fichier image/png, 552k
Titre Carte 3. Les foyers de la COVID-19 au Gabon et au Congo
Crédits Sources : COPIL, Rapport de situation n°34 du 01 au 06 décembre 2021 (Gabon) ; SITREP, Rapport de situation n°233 du 29 mars 2022 (Congo).
URL http://journals.openedition.org/espacepolitique/docannexe/image/10132/img-3.png
Fichier image/png, 368k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Christian Wali Wali et Euloge Makita-Ikouaya, « Mobilités et enjeux sanitaires aux confins du Gabon et du Congo à l’heure de la COVID-19 »L’Espace Politique [En ligne], 44 | 2021-02, mis en ligne le 20 juillet 2022, consulté le 16 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/espacepolitique/10132 ; DOI : https://doi.org/10.4000/espacepolitique.10132

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Auteurs

Christian Wali Wali

Maître-assistant en géographie de la population
Département de Géographie – CERGEP – Université Omar Bongo de Libreville
cwalwal@yahoo.fr

Euloge Makita-Ikouaya

Maître-assistant en géographie de la santé
Département de Géographie – CERGEP – Université Omar Bongo de Libreville eulogemakitaikouaya@gmail.com

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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