La couleur et l’estampe
Melanie Grimm, Claudia Kleine-Tebbe et Ad Stijnman (préf. Helwig Schmidt-Glintzer), Lichtspiel und Farbenpracht : Entwicklungen des Farbdrucks 1500-1800, Aus den Beständen der Herzog August Bibliothek, catalogue de l’exposition de la bibliothèque Herzog-August de Wolfenbüttel, Wiesbaden, Harrassowitz, 2011, 108 p. ISBN 978-3447064576
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Titre en français : Jeux de lumière et magnificence des couleurs : évolutions des impressions en couleur 1500-1800, issues de la collection de la Biblothèque Herzog August.
Texte intégral
1Après l’exposition en 2010 accompagnée de son catalogue Hochzeit von Bild und Buch, la bibliothèque Herzog August de Wolfenbüttel (HAB) se propose cette année encore de présenter un aspect particulier de l’histoire de la gravure. Le catalogue publié en 2011, Lichtspiel und Farbenpracht : Entwicklungen des Farbdrucks 1500-1800, revient sur le développement des techniques des impressions en couleurs et de leurs différentes utilisations sur feuilles volantes et dans les ouvrages imprimés principalement en Allemagne et en France entre la fin du xve siècle et la fin du xviiie siècle. Les œuvres exposées sont issues majoritairement des collections de la bibliothèque de Wolfenbüttel et quelques unes d’entre elles du proche Musée Herzog Anton Ulrich de Brunswick.
2Dans le premier tiers du catalogue, Ad Stijnman retrace de manière extrêmement claire et concise l’histoire des évolutions des impressions en couleur. Partant de la simple initiale gravée sur bois et imprimée en rouge dans des livres du xve siècle, il évoque ensuite les encadrements de titre en clair-obscur, présents surtout dans les ouvrages strasbourgeois autour de 1510, avant d’exposer la manière dont des artistes, comme François Perrier, vont au cours du xviie siècle exploiter cette technique pour la gravure sur cuivre. Revenant sur les différentes techniques de mises en couleur des plaques – à la poupée – ainsi que celles des impressions – au repérage –, il termine enfin son historique en convoquant les gravures au crayon du xviiie siècle de Louis-Marin Bonnet ou encore celles de Jean François Janinet. Faisant appel aussi bien à des illustrations de livres qu’à des gravures sur feuilles volantes, et soulignant la qualité artistique de chacun des rendus de ces différentes impressions en couleur, l’exposé d’Ad Stijnman se situe ainsi précisément entre histoire du livre, histoire des techniques et histoire de l’art. Un précieux glossaire vient clore cet historique.
3Le catalogue qui suit ne compte que trente-sept entrées, mais offre aux lecteurs un choix d’œuvres aussi variées que rarement reproduites. Il se découpe en sept grands chapitres : initiales ou lettres historiées, encadrements de titre (en clair-obscur, en gravure en relief et en gravure en creux), portraits, astronomie, anatomie, modèles pour pièces d’orfèvrerie, reproductions de dessins et de peintures. Chacun de ces chapitres, précédé d’une courte introduction, présente les œuvres dans un ordre chronologique. Ce choix de présentation permet au lecteur de mieux saisir les différents emplois de l’impression en couleur mais aussi l’évolution des techniques de mise en couleur au cours de plus de trois siècles. En consultant le chapitre des encadrements de titre, le lecteur s’aperçoit à quel point la couleur est présente dès le début du xvie siècle et comment les imprimeurs ont pu jouer avec la mise en couleur des gravures au fil des siècles et des techniques. De même, le chapitre concernant les schémas présents dans des ouvrages d’astronomie montre des gravures sur bois méconnues mais aussi un usage de la couleur pour ce type d’illustration qui ne perdure pas au-delà des premières années du xvie siècle. Au contraire, la couleur ne fait une entrée fracassante dans l’illustration d’ouvrage de médecine qu’au début du xviie siècle mais offre, jusqu’au xixe siècle, des planches d’anatomie en couleur d’une exceptionnelle qualité.
[Kat. 20] Anonyme, Diagramme des phases de la lune, gravure sur bois, impression en noir, rouge et jaune, 205 x 155, in : Joannis de Sacro Bosco, Sphaera mundi, Venise, O. Scotum, 1490, fol. f2 r°. BnF, RES-V-1016
4Outre le rôle purement ornemental qu’offre l’impression en couleur, les œuvres présentées soulignent également la fonction informative de l’usage d’encres de différentes couleurs. Si les exemples concernant les illustrations d’ouvrage d’astronomie ont déjà été évoqués, ce sont peut-être les modèles réalisés pour des pièces d’orfèvrerie qui illustrent le mieux cet usage. Les auteurs du catalogue expliquent en effet que dans les gravures produites dans l’atelier de Johannes Teyler, chaque couleur renvoie aux matériaux que l’orfèvre doit utiliser : les parties en bleu doivent être en argent, quand celles en rouge nécessitent l’emploi de l’or.
5Le catalogue met ainsi en avant plusieurs emplois de l’impression en couleur par le biais d’exemples d’une grande variété et propose une histoire précise et synthétique des différentes techniques utilisées. Richement illustré, la qualité des reproductions de ce catalogue doit être notée. Les couleurs sont fidèles aux originales et parfois tout aussi difficile à différencier des autres tons. Seul, peut-être, le lecteur plus averti peut regretter certaines lacunes. Aucun commentaire ne figure par exemple sur l’évolution des encres au cours des siècles qui a entraîné la modification de certaines couleurs et ainsi l’interprétation que l’on peut en faire aujourd’hui. De même, certains noms d’artistes auxquels des œuvres présentées ont été rattachées sont absents des notices. Ces dernières, par ailleurs, n’apportent que peu d’éléments iconographiques nécessaires à la compréhension de certaines gravures.
6Il est vrai cependant que ce catalogue n’a pour objectif de rentrer ni dans des querelles d’attribution, ni dans des analyses scientifiques d’encres plus poussées. Et si certaines reproductions ont parfois des dimensions assez petites, le lecteur peut toujours consulter les œuvres sur le site : http://www.virtuelles-kupferstichkabinett.de, qui permet d’étudier chaque gravure dans ses moindres détails. Cet ouvrage trouvera naturellement sa place dans la bibliothèque : celle de l’historien de l’art, étudiant plus précisément cette question de l’impression en couleur, mais également celle de l’amateur d’estampes. Surtout, le lecteur français pourra plus particulièrement apprécier les nombreuses gravures imprimées dans les ouvrages allemands du XVIe siècle si rarement reproduites. Ce large panorama de l’usage des couleurs dans l’histoire de la gravure et cette nouvelle synthèse des connaissances actuelles sur cette question complèteront parfaitement un des derniers catalogues d’exposition ayant traité de ce sujet : Anatomie de la couleur. L’invention de l’estampe en couleurs, Bibliothèque Nationale de France, Musée Olympique Lausanne, Paris, Lausanne, 1996.
Table des illustrations
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| Titre | [Kat. 20] Anonyme, Diagramme des phases de la lune, gravure sur bois, impression en noir, rouge et jaune, 205 x 155, in : Joannis de Sacro Bosco, Sphaera mundi, Venise, O. Scotum, 1490, fol. f2 r°. BnF, RES-V-1016 |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/1098/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 411k |
Pour citer cet article
Référence papier
Alice Klein, « La couleur et l’estampe », Nouvelles de l’estampe, 237 | 2011, 71-72.
Référence électronique
Alice Klein, « La couleur et l’estampe », Nouvelles de l’estampe [En ligne], 237 | 2011, mis en ligne le 15 octobre 2019, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/estampe/1098 ; DOI : https://doi.org/10.4000/estampe.1098
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