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Comptes rendus

L’estampe à la Renaissance

Séverine Lepape
p. 44-45

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Index géographique :

France, Allemagne, Italie

Index chronologique :

15e siècle, 16e siècle
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Texte intégral

De Dürer à Mantegna : gravures Renaissance de la collection Leber, Musée des Beaux-Arts d’Orléans, du 30 septembre au 28 novembre 2010.

1L’exposition organisée par le Musée des beaux-arts d’Orléans est une bonne occasion de voir des grands noms de l’estampe européenne des xve et des xvie siècles et de découvrir le fonds de gravures fort riche de ce musée.

2Bénédicte De Doncker, commissaire de l’exposition et conservateur en charge de ce domaine au musée, a choisi d’en dévoiler une partie en puisant dans la collection de Jean-Michel Constant Leber (1790-1859). Érudit orléanais passionné et souhaitant constituer, comme bon nombre à son époque, une histoire de France par divers documents, Leber a acheté et rassemblé pendant plus de trente ans près de 3400 estampes, qu’il fit monter dans de grands portefeuilles. Parmi cet ensemble, près d’une centaine de pièces gravées en Europe du xve au xvie siècle sont aujourd’hui exposées et permet de juger de l’importance de la collection acquise en vente publique par le Musée des beaux-arts d’Orléans en 1860.

3L’exposition est articulée en grandes sections chronologiques et stylistiques. Elle suit en cela le dessein d’origine de Leber, qui qualifiait avec beaucoup de modestie sa collection de « pantochronochalcographique » : le classement de ses estampes devait permettre d’un coup d’œil rapide de comprendre l’essor d’une école et son déclin. Leber voyait en l’ensemble de ses recueils, « rien moins que la Chronique universelle de l’Art par les vingt générations d’artistes qui se sont succédées depuis sa naissance jusqu’à nous ». La collection de Leber souhaitait offrir une vision encyclopédique de l’histoire de l’estampe, et on trouve dans l’exposition un échantillon des grands artistes qui ont contribué à façonner l’histoire de l’estampe au xve et au xvie siècle.

Hans Baldung Grien (1484 ou 1485-1545), Le Palefrenier ensorcelé, vers 1544, bois, 337 x 198 mm, Orléans, Musée des beaux-arts, 2008.0.156

Hans Baldung Grien (1484 ou 1485-1545), Le Palefrenier ensorcelé, vers 1544, bois, 337 x 198 mm, Orléans, Musée des beaux-arts, 2008.0.156

4Les origines de l’estampe et notamment l’apparition de la xylographie sont ainsi évoquées par une sélection de gravures dont la plupart est issue des découpages dans des livres imprimés illustrés d’origine germanique ou de livres de prières manuscrits. Concernant le début de la taille-douce, on signalera deux gravures d’après Mantegna, une épreuve de La Bacchanale à la cuve et une des neufs estampes composant la suite du Triomphe de César. Leber avait dans sa collection quelques gravures relativement célèbres de maîtres italiens du Quattrocento, comme L’Allégorie du pouvoir de l’Amour de Cristofano Robetta, l’une des gravures de son œuvre les plus répandues dans les collections d’estampes. Parmi les burins de l’école allemande, Schongauer, le maître MZ, Israhel van Meckenem et évidemment Dürer sont bien représentés, avec pour ce dernier deux des trois Meisterstiche exposées, Melancolia I et saint Jérôme dans sa cellule tandis que plusieurs bois de Baldung Grien et de Cranach retiendront l’attention. Leber n’avait quasiment pas d’estampes bellifontaines devenues déjà inaccessibles à l’époque où il constitua sa collection, mais la commissaire a choisi d’évoquer ce courant en montrant des copies de gravures de Léon Davent ou des estampes témoignant de la diffusion de l’École de Fontainebleau par des burinistes comme René Boyvin. L’estampe italienne du xvie siècle est également évoquée par des œuvres d’Enea Vico et de Giulio Bonasone. On notera en revanche la faible quantité d’estampes flamandes, et notamment anversoises, dans l’exposition.

5Leber n’était pas intéressé par la rareté d’un état ou la beauté d’un tirage. Si la qualité des épreuves exposées est globalement bonne, les gravures de Lucas de Leyde sont en revanche très décevantes car complètement usées. A l’évidence, Leber a voulu que ce maître soit présent dans sa collection, mais ce choix s’est fait au détriment de la qualité des épreuves achetées.

6La scénographie de l’exposition est sobre et efficace avec une petite fantaisie autour de la célèbre suite des Simulachres de la mort, gravée d’après Holbein, présentée selon une disposition en accordéon qui imite le pas d’une danse macabre. Le catalogue, édité par les éditions Fage et vendu à un prix très raisonnable, propose deux essais sur la vie de Leber et sur sa collection, et des notices assez copieuses pour chaque gravure exposée. Elles sont de bonne tenue et offrent une synthèse très claire sur les œuvres.

7De Dürer à Mantegna : gravures Renaissance de la collection Leber est donc une exposition intelligente, présentant des gravures emblématiques de l’estampe de la Renaissance. En ces temps où défendre un projet scientifique axé sur la gravure n’est pas chose aisée, et où peu d’institutions font le choix de mettre en valeur ce medium, une telle initiative mérite d’être soulignée et saluée.

Andrea Mantegna, Bacchanale à la cuve, v. 1470-1480, burin, 307 x 440 mm, Orléans, Musée des beaux-arts, 2008.0.79

Andrea Mantegna, Bacchanale à la cuve, v. 1470-1480, burin, 307 x 440 mm, Orléans, Musée des beaux-arts, 2008.0.79
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Table des illustrations

Titre Hans Baldung Grien (1484 ou 1485-1545), Le Palefrenier ensorcelé, vers 1544, bois, 337 x 198 mm, Orléans, Musée des beaux-arts, 2008.0.156
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/1255/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 456k
Titre Andrea Mantegna, Bacchanale à la cuve, v. 1470-1480, burin, 307 x 440 mm, Orléans, Musée des beaux-arts, 2008.0.79
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/1255/img-2.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Séverine Lepape, « L’estampe à la Renaissance », Nouvelles de l’estampe, 232 | 2010, 44-45.

Référence électronique

Séverine Lepape, « L’estampe à la Renaissance », Nouvelles de l’estampe [En ligne], 232 | 2010, mis en ligne le 15 octobre 2019, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/estampe/1255 ; DOI : https://doi.org/10.4000/estampe.1255

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Auteur

Séverine Lepape

Conservateur, responsable du service de l’estampe ancienne et de la Réserve au département des Estampes et de la Photographie de la BnF

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CC-BY-4.0

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