Hommage à Philippe Le Stum (1962-2021)
Texte intégral
1La disparition de Philippe Le Stum, survenue le 26 mars dernier, a endeuillé le Musée départemental breton de Quimper et plus largement les milieux professionnels et amateurs des arts bretons. Elle touche aussi le monde de l’estampe, dont l’historien de l’art et conservateur en chef des musées, membre du Comité national de l’estampe, était à la fois un excellent connaisseur et un défenseur passionné.
2Né à Brest en 1962, Philippe Le Stum étudie l’histoire au Centre de recherche bretonne et celtique de l’université de Bretagne occidentale, où il approfondit sa connaissance du mouvement identitaire breton sous la conduite du professeur Yves Le Gallo, fondateur du Centre, avant d’intégrer l’École nationale du patrimoine en 1989. Après un stage au musée de Nantes, et un autre au musée national des Arts et Traditions populaires, sous la direction de Nicole Garnier, spécialiste de l’imagerie populaire française, il est nommé conservateur au Musée départemental breton dont il devient rapidement directeur. Suivant ses goûts personnels et les conseils de René Le Bihan, conservateur du musée municipal de Brest et de Daniel Le Couédic, architecte et enseignant, il s’intéresse aux arts populaires bretons, au sein desquels l’estampe occupe une place privilégiée. Les images, illustrations de livre ou estampes en feuille, glanées au gré des brocantes et autres marchés aux vieux papiers, nourrissent sa curiosité en même temps qu’une collection personnelle qui constituera le fondement de ses connaissances.
3Ses recherches sur l’imagerie populaire bretonne, menées au département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France, dans les musées, bibliothèques et dépôts d’archives bretons mais aussi à Épinal, aboutissent, en 1992, à une exposition, première d’une longue série. Parmi les plus importantes, citons Impressions bretonnes : la gravure sur bois en Bretagne, 1850-1950 présentée en 2005, Japon Paris Bretagne : la gravure sur bois en couleurs, 1880-1930, en 2013, Hokusaï, Hiroshige, Rivière, l’amour de la nature, en 2014, Nature de graveurs : 20 graveurs d’aujourd’hui en Bretagne, en 2015, Trésors de la fin du Moyen-âge ou encore Bienvenue en Bretagne ! L’âge d’or de l’affiche touristique, en 2017. Les liens des artistes européens avec la Bretagne, auxquels il s’est intéressé, ont donné lieu à un autre volet d’expositions, initié en 2004 avec Les Peintres polonais en Bretagne, poursuivi avec Les Peintres russes (2006), Les Peintres roumains (2009) et enfin les artistes britanniques (2012). Le public breton a ainsi, au fil des années, pu découvrir une centaine d’artistes étrangers, souvent méconnus en France bien que contributeurs à l’histoire des arts français et plus précisément bretons ou même souvent finistériens. En 2018, ce sont les œuvres d’artistes tchèques inspirées par la Bretagne que le Musée départemental breton a accueillies sur ses cimaises, grâce à un partenariat avec la Galerie nationale de Prague. L’exposition Alfons Mucha, la beauté art nouveau, encore visible au musée au moment de la rédaction de ces lignes, est, quant à elle, le fruit d’un partenariat avec la fondation Mucha de Prague.
4Le souvenir de ces nombreuses expositions est préservé grâce aux catalogues qui viennent s’ajouter aux ouvrages dans lesquels l’historien de l’art a rassemblé le fruit de ses recherches : Arts populaires de Bretagne (1995), Le néo-druidisme en Bretagne : origine, naissance et développement, 1890-1950 (1998, rééd. 2017), Fées, korrigans et autres créatures fantastiques de Bretagne (2001, rééd. 2017). Philippe Le Stum avait une affection particulière pour Henri Rivière dont il a publié les aquarelles bretonnes en 2002, édité les mémoires deux ans plus tard (Les Détours du chemin. Souvenirs et croquis 1864-1851), et régulièrement intégré les œuvres dans ses expositions, ce qui a été à l’origine de régulières collaborations avec le département des Estampes et de la photographie.
- 1 « René Quillivic (1879-1969), graveur sur bois », Nouvelles de l’estampe, n° 253, hiver 2015-2016, (...)
5La contribution à l’histoire de l’art du conservateur de musée a pris une tournure universitaire lorsque ce dernier a décidé de consacrer une thèse de doctorat à La Bretagne dans la gravure sur bois (1850-1950). Aboutissement de douze années de recherches, cette thèse, entreprise sous la direction de Marianne Grivel à l’université Paris IV-Sorbonne, a été soutenue le 20 janvier 2014. Le jury a unanimement souligné la qualité de ce travail, véritable somme par l’ambition du sujet qui embrasse un corpus de trois mille œuvres et par l’érudition avec laquelle il est étudié. Au-delà du seul prisme breton, l’auteur livre un plaidoyer en faveur de l’estampe, art majeur pour de nombreux artistes à l’instar d’Henri Rivière, de Mathurin Méheut ou encore de René Quillivic, à qui il a consacré un article dans les Nouvelles de l’estampe1. Publiée en 2018 par les éditions Coop Breiz, dans une version qui élargit le champ chronologique jusqu’en 2000, cette thèse est appelée à devenir un ouvrage de référence.
6Si ce travail universitaire mené parallèlement à son activité professionnelle s’est nourri des tâches quotidiennes du conservateur au sein de son fonds, il a réciproquement contribué à l’enrichissement exemplaire du musée. À côté des collections archéologiques, d’arts appliqués finistériens et des peintures, c’est surtout un fonds d’arts graphiques exceptionnel que Philippe Le Stum est parvenu à rassembler pour former la collection publique bretonne la plus importante, riche de 3212 dessins et 3126 estampes. Près de huit cents artistes originaires du monde entier y sont représentés, réunis par leur intérêt pour le Finistère. Avant sa disparition, il avait pris soin de donner sa collection personnelle à des institutions choisies pour en compléter les fonds, à Londres, à Varsovie et en Bretagne.
7Philippe Le Stum incarne, pour ceux qui l’ont côtoyé, le modèle du conservateur érudit et impliqué dont le Musée départemental breton, dirigé avec passion pendant trente ans, conservera longtemps le bénéfice. La qualité et la générosité de sa contribution à l’histoire de l’estampe ainsi qu’à sa valorisation, méritent d’être ici chaleureusement saluées.
Notes
1 « René Quillivic (1879-1969), graveur sur bois », Nouvelles de l’estampe, n° 253, hiver 2015-2016, p. 38-49 URL : http://journals.openedition.org/estampe/570 ; DOI : https://doi.org/10.4000/estampe.570
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| Légende | Philippe Le Stum, devant des estampes contemporaines |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/1809/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 44k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Valérie Sueur-Hermel, « Hommage à Philippe Le Stum (1962-2021) », Nouvelles de l’estampe [En ligne], 266 | 2021, mis en ligne le 02 décembre 2021, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/estampe/1809 ; DOI : https://doi.org/10.4000/estampe.1809
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