La carrière et l’œuvre de Charles-Louis Dumonstier (1674-1751), à partir de son apprentissage chez Antoine Leclerc (1688)
Résumés
L’historien de l’estampe se trouve parfois tiraillé entre la remise en cause de tout ce qu’on sait et la nécessité de repartir de zéro. L’étude de la vie et de la carrière de Charles-Louis Dumonstier place précisément l’historien dans ce cas de figure : nous reconstituons ici son apprentissage, le replaçons dans le contexte de sa famille et proposons une première liste de ses estampes. Or, tout ce qui avait été avancé sur Louis et Charles Dumonstier s’est révélé erroné… mais la question demeure de savoir si notre homme — Charles — est également ce Louis Dumonstier attesté en 1694.
Plan
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Introduction
Antoine Leclerc et son nouvel apprenti
- 1 Pierre-Jean Mariette, Notes manuscrites, V, 55.
- 2 Roger-Armand Weigert et Maxime Préaud, Inventaire du fonds français. Graveurs du xviie siècle, vol. (...)
- 3 Philippe Tillier, « Antoine et Antoine Leclerc graveurs abbevillois », Bulletin de la Société d’ému (...)
- 4 Rémi Mathis, « Un Toulousain à Paris. L’apprentissage de Michel Dubois auprès du graveur Antoine Le (...)
1Selon Pierre-Jean Mariette1, repris par Maxime Préaud2, deux graveurs originaires d’Abbeville, deux frères, s’appelaient Antoine Leclerc : le premier serait resté dans sa ville, tandis que le second se serait installé à Paris puis à Lyon. Quelques éléments généalogiques sur ce dernier ont été apportés par Philippe Tillier3 et nous avons nous-même découvert un apprentissage le faisant intervenir comme maître en 16854. Nous publions ici un nouvel apprentissage, qui se passe trois ans après le premier et qui était resté inconnu jusqu’ici.
- 5 AN, Y 5311. Il était devenu marchand fruitier oranger.
2L’apprenti, lui, se nomme Charles-Louis Dumonstier. Il est fils d’un simple marchand fripier – et n’a rien à voir, donc, avec la famille d’artistes du même nom. Son père, Louis Dumonstier, meurt en 17095 laissant veuve Jeanne Compans, mère du jeune graveur.
Fig. 1. Contrat d’apprentissage de Charles-Louis Dumonstier chez Antoine Leclerc (AN, MC, CIX, 309, 11 septembre 1688).
- 6 AN, MC, CI, 280, 3 mars 1730. Charles-Louis y est appelé seulement Charles.
- 7 Jeanne est l’héritière universelle de sa mère. Elle doit pour cela donner à son frère 200 livres de (...)
- 8 AN, MC, XXX, 195, 19 juillet 1711, mariage.
3Âgé de « quatorze ans ou environ » en septembre 1688, il est donc né entre septembre 1673 et septembre 1674. Sa mère Jeanne Compans établit son testament en 17306 – son fils est à cette date encore en vie et ne semble pas avoir d’enfants. Charles-Louis a une sœur, Jeanne, qui épouse Louis Gouy, audiencier de la juridiction consulaire de Paris7 le 19 juillet 17118.
4Le contrat définit un apprentissage assez long – cinq ans – répondant au jeune âge de l’apprenti. Les parents payent trois cents livres, dont la moitié immédiatement : l’apprenti est logé et nourri mais les parents doivent l’habiller et le blanchir. La seule originalité est une clause qui prévoit, de manière assez morbide, le décès de l’adolescent – le prix serait alors réduit, au pro rata du temps effectué avant la mort ; peut-être est-ce le signe de la mauvaise santé du jeune homme ?
- 9 Rémi Mathis, « Un Toulousain à Paris. L’apprentissage de Michel Dubois auprès du graveur Antoine Le (...)
5Charles-Louis Dumonstier prend donc la succession de Michel Dubois, apprenti d’Antoine Leclerc de 1685 à 16889. Les deux contrats sont très proches : le maître prend les mêmes engagements ; il était payé 200 livres pour 3 ans, et ici 300 livres pour 5 ans, soit respectivement 66 et 60 livres par an.
6Peut-on relier ce jeune homme à des connaissances précédemment établies sur un graveur ? C’est là que le cas est sensible, car, si on ne connaissait pas de Charles-Louis Dumonstier, on avait mentionné un Charles et un Louis : de qui s’agit-il ?
Charles-Louis, dit Louis ?
- 10 Robert-Dumesnil, Le Peintre-Graveur français, ou Catalogue raisonné des estampes gravées par les pe (...)
- 11 Ce graveur n’est pas traité dans l’Inventaire du fonds français du xviiie siècle, ce qui laisse à p (...)
7La première mention que l’on a de Louis Dumonstier se trouve chez Robert-Dumesnil10, qui signale une estampe signée de ce nom – un portrait d’un certain Robert de Fenouillères. L’historien de l’art y voit la main inexpérimentée d’un jeune homme « de 18 ans, tout au plus ». Aucune information n’a été apportée depuis, Roger-Armand Weigert se contentant sur ce point de localiser le portrait cité par son prédécesseur11. Robert-Dumesnil imagine que ce graveur est de la célèbre famille de dessinateurs et de peintre, les Dumonstier (Geoffroy, Étienne, Côme, etc), et Weigert, ne creusant pas la question, le rapporte sans l’infirmer ni le confirmer.
Fig. 2. Louis (Louis-Charles ?) Dumonstier, Robert de Fenouillères, d’après Claude Lefebvre, 1694. BnF, Estampes, SNR-3 (Dumonstier, Louis).
- 12 Jules Guiffrey, « Les Dumonstier, dessinateurs de portraits au crayon (xvie et xviie siècles) », Re (...)
- 13 Selon les généalogistes, le Louis Dumonstier fils de l’artiste Nicolas Dumonstier serait mort le 10 (...)
- 14 Jules Guiffrey, art. cité, novembre 1906, t. XX, p. 333.
8Jules Guiffrey, spécialiste de l’histoire de la famille et auteur de l'article de référence sur ce sujet12 a repris cette idée et l’a accréditée, car il se trouve que Nicolas Dumonstier a en effet un fils qui s’appelle Louis, né en 164113. Guiffrey lui attribue toujours l’estampe représentant Robert de Fenouillères – il aurait alors eu plus de cinquante lors de sa réalisation, ce qui ne s’accorde guère avec l’idée qu’il s’agisse de l’œuvre d’un débutant, mais Guiffrey résout la contradiction en avançant que cet individu n’a « jamais été réellement artiste »14.
- 15 L. Baer, « Dumonstier, Louis », Artists of the World, Berlin, Boston, De Gruyter. https://aow-degru (...)
9Enfin, ces renseignements erronés sont repris par les dictionnaires spécialisés : l’Allgemeines Kunstler Lexikon (désormais base de données appelée Artists of the World, en ligne15) nous donne donc un Louis Dumonstier né en 1641, fils de l’artiste Nicolas Dumonstier, auteur de la fameuse estampe, et qui serait mort vers 1700, date à laquelle il aurait postulé sans succès à l’Académie. C’est donc entièrement faux.
- 16 Le département des Estampes de la BnF en possède trois épreuves : AA-3 (Dumonstier, Louis) ; SNR-3 (...)
- 17 C’est le cas de Guiffrey aussi bien que de l’AKL/AOW.
10Que connaît-on du travail de ce jeune graveur ? L’unique estampe portant ce nom, signalée par Robert-Dumesnil, et tous les historiens depuis, est datée de 169416 - notre jeune graveur avait alors vingt ans environ et venait de finir son apprentissage, ce qui semble tout-à-fait convenir. Elle est signée « Los Dumonstier Sculpsit 1694 ». Les quelques sources qui mentionnent cette estampe17 attribuent le tableau à Robert Lefèvre, ce qui ne semble avoir aucun sens car les seuls artistes de ce nom sont un peintre postérieur (1755-1830) et un obscur sculpteur picard de la fin du Moyen-Âge. Il semble bien plutôt qu’il faille voir en ce « Lefevre » le peintre Claude Lefebvre, l’un des principaux portraitistes parisiens du xviie siècle, dont les travaux sont souvent utilisés pour l’estampe.
Charles-Louis, dit Charles ?
- 18 Archives de Paris, 5Mi1, état civil reconstitué.
11Toutefois, un mystère demeure. Car, le prénom d’usage ordinaire de notre homme semble en réalité être Charles. C’est ainsi qu’on le désigne dans des documents juridiques liés à la succession de sa mère. C’est surtout ainsi qu’on l’appelle dans son acte de baptême. Car cet acte a été déposé aux Archives de la Seine en 1875 par le notaire Emile Delapalme (étude CXVII), après la destruction de l’état civil parisien par la Commune – le notaire possédait dans un acte un extrait délivré par la paroisse en 1752. On apprend dans cet acte de la paroisse Saint-Germain l’Auxerrois que Charles Dumonstier est né le 19 janvier 1674 et baptisé le 21, fils de Louis Dumonstier, marchand fripier, et Jeanne Compan, demeurant rue de la Monnoye. Son parrain est un autre Louis Dumonstier marchand fripier (sic) et sa marraine Marguerite Godailly, femme d’Adrien Chenillon18.
- 19 Il n’est pourtant pas traité ni même mentionné dans l’Inventaire du fonds français pour le xviiie s (...)
12Or, il existe un certain nombre d’estampes du début du xviiie siècle qui sont signées de Charles Dumonstier ou C. Dumonstier19 – ce qui est d’ailleurs signalé par Guiffrey, qui avoue son ignorance quant à l’identité de cette personne. Son prénom d’usage a-t-il pu changer ? Ou n’est-il pas le Louis mais bien le Charles ?
- 20 Nous nous trouvons alors devant un autre point d’interrogation. Il y a bien des notices d’autorité (...)
- 21 Archives de Paris, état civil reconstitué, V3E, paroisse Saint-Eustache (nous savions par d’autres (...)
- 22 AN, MC, LI, 762, 19 mars 1762, inventaire après-décès de Jeanne Dumonstier.
- 23 La minute n’est hélas pas conservée au minutier central chez ledit notaire et à ladite date (AN, MC (...)
- 24 Merci à Julien Gueslin, conservateur du fonds patrimonial de la bibliothèque de Nancy, et à Thierry (...)
13On ne sait pas grand-chose de sa vie20 mais Charles Dumonstier meurt le 24 juillet 175121. Il semble avoir fait toute sa carrière à Paris. Toutefois, une mention dans un acte pose question : il est mentionné dans l’inventaire après-décès de sa sœur22 une constitution de rente sur l’hôtel de Ville du 27 février 1721 au nom de « Charles Dumonstier, graveur de SAR le duc de Lorraine »23. Aurait-il donc été graveur de Léopold, le duc de l’époque ? Ou de Stanislas, qui deviendra duc en 1737 et dont Dumonstier donne un portrait de la fille, devenue reine de France ? A-t-il fréquenté le château de Lunéville ou tout cela se passait-il depuis Paris ? Nous n’en avons pour l’instant aucune autre trace et les historiens de la Lorraine ne l’ont pas non plus remarqué24.
14Sa sœur Jeanne meurt au début de l’année 1762. Aucun des deux frère et sœur ne laisse d’enfant : leur plus proche parent est une cousine germaine, qui hérite des biens de la famille.
15On connaît de lui quelques estampes, qui ne laissent pas présager d’une carrière prestigieuse.
- 25 Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 1-EST-00136. Elle est regravée en 1753 : BHVP, 1-EST- (...)
16Les premières qui ont été signalées sont deux images de confréries. En 1732, il dessin et grave une très grande (540 x 430 mm) image de l’Assomption de la Vierge Marie pour la confrérie des Rôtisseurs25.
Fig. 3. Charles Dumonstier, Assomption de la Vierge Marie pour la confrérie des Rôtisseurs, 1732. BHVP, 1-EST-00136.
- 26 Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, OB 2 (33). José Lothe et Agnès Virolle, Im (...)
17En 1740, il en grave une pour la confrérie des tonneliers, représentant saint Jean Baptiste et saint Nicolas26.
Fig. 4. Charles Dumonstier, Saint Jean Baptiste et saint Nicolas, pour la confrérie des Tonneliers, 1740. INHA, OB2 (33).
- 27 BnF, Estampes, AA-3 (Dumonstier, Charles) et SNR-3 (Dumonstier, Charles).
18Nous avons ensuite des portraits liés à la vie de cour : deux petites miniatures de Louis XV et de la reine Marie Leszczynska, et un plus grand portrait du Dauphin, bébé. Le Dauphin27 est particulièrement réussi... mais il s’agit en réalité d’une copie : il reprend une gravure de Charles Simonneau pour la naissance du duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV, en 1682. L’estampe de Dumonstier date, elle, de 1729-1730, est d’assez grand format (270 x 200 mm pour la feuille) et publiée par Nicolas Contat.
Fig. 5. Charles Dumonstier, Monseigneur le Dauphin, premier fils de Louis XV, chez Nicolas Contat, 1729.
- 28 BnF, Estampes, SNR-3 (Dumonstier, Charles).
19Les tout petits portraits de Louis XV et Marie Leszczynska mesurent eux 95 x 40 mm28.
- 29 BnF, Estampes, Td-24-fol. (non catalogué) – c’est-à-dire dans un recueil où il est considéré comme (...)
20Il invente et grave un Gargantua à son petit couvert29. Il est alors installé rue Mondétour, au coin de la rue de la Chanvrerie, c’est-à-dire rive droite.
- 30 Bibliothèque royale de Belgique (KBR), XVII Afrique gén. - III 10.124.
21Mais on le voit aussi arrondir ses fins de mois avec des travaux purement techniques – ce qui n’est toutefois pas sans intérêt pour l’historien de l’estampe, car ce type d’activité est rarement signée. Il reprend ainsi une ancienne carte de géographie publiée par Nicolas de Fer en 1695, avec des dessins de Guérard. Son rôle n’est pas entièrement clair : sans doute regrave-t-il les parties abîmées et modifie-t-il la dédicace. On voit toute l’ambiguïté de certaines mentions de la lettre car le « c. dumonstier fecit » ne signifie nullement qu’il a gravé toute la carte, comme on pourrait le croire si on n’en connaissait pas le premier état30.
Fig. 9. Charles Dumonstier, Reprise pour L'Afrique, ou tous les points principaux sont placez…, chez N. de Fer. Bibliothèque royale de Belgique (KBR), XVII Afrique gén. - III 10.124.
- 31 BnF, Musique, VM7-6272 (A). Le rôle de Charles Dumonstier n’est pas signalé par les catalogueurs de (...)
22De même, on le voit qui rafraîchit la gravure de partitions musicales, dont les tailles avaient été usées, rendant les réimpressions difficiles ou, en tout cas, de mauvaise qualité. Le frontispice des Pièces de viole composées par M. Marais, ordinaire de la Musique de la Chambre du roy, gravé par F. du Plessy a été inventé Antoine Pezey et gravé par Antoine Trouvain. Mais il s’était abîmé. On trouve donc une rarissime mention en écriture spéculaire : « Regravé par Charle Dumonstier »31.
Fig. 10. Antoine Trouvain, d’après Antoine Pezey, regravé par Charles Dumonstier, Frontispice des Pièces de viole composées par M. Marais, ordinaire de la Musique de la Chambre du roy. BnF, Musique, VM7-6272 (A).
23On sait que ces travaux non-figuratifs (gravure en lettres, en héraldique, en musique, en cartes géographiques, regravure d’anciennes plaques...) emploient nombre de graveurs méconnus, qui signent rarement leurs travaux et nous avons ici un bon exemple d’activité hybride entre ces activités très sous-estimées par les historiens de l’estampe et d’autres plus mises en valeur car pouvant relever de l’art et souvent signées.
Conclusion
24Bien que nous ayons pu identifier un graveur inconnu – ou, en tout cas, très mal identifié, tordant le cou aux informations inexactes répétées depuis des siècles et remplissant largement certains blancs – nous ne pouvons entièrement conclure cette étude quant à l’existence d’un ou deux graveurs du nom de Dumonstier. Notre graveur Charles-Louis est de manière certaine le Charles Dumonstier actif dans la première moitié du xviiie siècle. Est-il aussi Louis Dumonstier ? C’est moins sûr mais cela demeure très possible. Le plus probable nous semble être que Charles-Louis Dumonstier ait signé une estampe de jeunesse du prénom de son père puis ait utilisé son véritable prénom d’usage – Charles – pour la suite. Il s’agit en tout cas d’un excellent exemple de petit artisan, qui possède des qualités professionnelles, et qui produit des estampes à son nom, qu’il signe et vend même parfois lui-même, tout en acceptant des travaux de moindre ambition – car toute gravure n’est pas chef-d’œuvre et pas même création d’une image, mais avant tout réponse à une demande de la société, qui crée un marché pour des artisans et des artistes cherchant à en vivre.
Édition
25Apprentissage
26XIe septembre 1688
Fig. 11. Signatures sur le contrat d’apprentissage de Charles-Louis Dumonstier chez Antoine Leclerc (AN, MC, CIX, 309, 11 septembre 1688).
- 32 Son testament, du 3 mars 1730, est conservé (AN, MC, CI, 280).
- 33 « du treiziesme juillet dernier » ajouté en marge et « de ce jourd’huy » biffé.
- 34 Il s’agit de la rue du Fouin-Saint-Jacques (et non de la rue du Fouin-au-Marais), disparue lors du (...)
27Furent presens Louis Dumonstier, marchand frippier, bourgeois de Paris y demeurant rue des Pescheurs, parroisse Saint Eustache, et Jeanne Compans32 sa femme, qu’il autorise à l’effet des presentes, lesquels pour le proffit faire de Charles Louis Dumonstier leur fils agé de quatorze ans ou environ qui le certiffient fidelle ont reconnu et confessé l’avoir mis en apprentissage du treiziesme juillet dernier33, jusqu’et pour cinq années après ensuivants finis et accomplis avec sieur Antoine Le Clerc, graveur en taille douce, demeurant à Paris rue du Fouin34, parroisse Saint Severin, à ce present et acceptant, qui a pris et retenu led. Dumonstier fils auquel il promet pendant led. temps monstrer et enseigner lad. art de gravure et tout ce dont il se mesle et entremet en icelluy, le nourrir, loger, coucher et le traitter doucement et humainement comme il appartient. Et lesdits Dumonstier et sa femme luy feront blanchir son linge et l’entretiendront d’habits, linges, chaussures et autres choses selon son estat.
28À ce faire estoit present led. apprenty qui a eu ces presentes pour agreables et a promis apprendre ce qui luy sera enseigné par sondit maistre à son possible sans s’absenter ny aller servir ailleurs pendant led. temps et, en cas d’absence, led. Dumonstier et sa femme s’obligent le faire chercher par la ville et banlieue de Paris pour si trouver le peuvent le ramener chez sondit maistre pour achever ce qui se trouvera lors à expirer des presentes.
29En faveur des quelles a esté convenu à la somme de trois cens livres sur laquelle led. sieur Le Clerc reconnoist et confesse avoir receu desd. Dumonstier et sa femme celle de cent cinquante livres et pour les cent cinquante livres restans, lesd. Dumonstier et sa femme promettent et s’obligent les bailler et payer aud. sieur Le Clerc solidairement l’un pour l’autre un d’eux seul pour le tout sans division, discution et fidejussion à quoy ils renoncent, en sad. maison à Paris ou au porteur lorsque la moitié du temps porté par le present aprentissage sera expiré à peine etc.
30A esté expressement convenu entre les parties qu’en cas que led. apprenty decedes pendant le cours des presentes, led. sieur Le Clerc s’obligé à rendre auxd. Dumonstier et sa femme de la somme convenue en faveur des presentes à proportion du temps qui en restera lors à expirer car ainsy etc. et, pour l’execution des presentes, lesd. Dumonstier et sa femme ont esleu leur domicille où ils demeurent et auquels les preneurs solidairement comme dessus renonceans etc.
31Faict et passé à Paris ès estudes l’an mil six cens quatre vingt huit le unziesme jour de septembre après midy et ont signé
32Antoine Leclercq
33Dumonstier
34Signez Louis Dumonstier
35Jeanne Compant
- 35 Hugues Desnotz, titulaire de l’étude CIX de 1686 à 1715.
36Desnotz35
- 36 Louis Rémon, notaire titulaire de l’étude XLIII de 1685 à 1696.
37Remon36
Notes
1 Pierre-Jean Mariette, Notes manuscrites, V, 55.
2 Roger-Armand Weigert et Maxime Préaud, Inventaire du fonds français. Graveurs du xviie siècle, vol. 7, 1976, p. 416-424.
3 Philippe Tillier, « Antoine et Antoine Leclerc graveurs abbevillois », Bulletin de la Société d’émulation d’Abbeville, 2020, t. XXXIII, fasc. 5, p. 837-864.
4 Rémi Mathis, « Un Toulousain à Paris. L’apprentissage de Michel Dubois auprès du graveur Antoine Leclerc », Nouvelles de l’estampe, 265, 2021. URL : http://journals.openedition.org/estampe/1698 ; DOI : https://doi.org/10.4000/estampe.1698.
5 AN, Y 5311. Il était devenu marchand fruitier oranger.
6 AN, MC, CI, 280, 3 mars 1730. Charles-Louis y est appelé seulement Charles.
7 Jeanne est l’héritière universelle de sa mère. Elle doit pour cela donner à son frère 200 livres de rente, soit 4000 livres de principal, dont hériteront d’éventuels enfants de Louis-Charles et, à défaut, sa sœur Jeanne. Louis Gouy meurt le 22 septembre 1747 (AN, Y14072 ; AN, Y5326, 13 octobre 1747, inventaire du 28 septembre 1747) et Jeanne Dumoustier en février ou mars 1762.
8 AN, MC, XXX, 195, 19 juillet 1711, mariage.
9 Rémi Mathis, « Un Toulousain à Paris. L’apprentissage de Michel Dubois auprès du graveur Antoine Leclerc », Nouvelles de l’estampe, 265, 2021. URL : http://journals.openedition.org/estampe/1698 ; DOI : https://doi.org/10.4000/estampe.1698.
10 Robert-Dumesnil, Le Peintre-Graveur français, ou Catalogue raisonné des estampes gravées par les peintres et les dessinateurs de l'école française, Paris, G. Warée, vol. 5, 1841, p. 323.
11 Ce graveur n’est pas traité dans l’Inventaire du fonds français du xviiie siècle, ce qui laisse à penser qu’aucune estampe à ce nom n’a été trouvée par les conservateurs de la Bibliothèque nationale pour la période.
12 Jules Guiffrey, « Les Dumonstier, dessinateurs de portraits au crayon (xvie et xviie siècles) », Revue de l’art ancien et moderne, 1905-1906 : juillet-décembre 1905, t. XVIII, p. 5-16, 136-146, 325-342, 447-458 ; janvier 1906, t. XIX, p. 51-61 ; novembre 1906, t. XX, p. 321-336.
13 Selon les généalogistes, le Louis Dumonstier fils de l’artiste Nicolas Dumonstier serait mort le 10 octobre 1652, à moins de onze ans.
14 Jules Guiffrey, art. cité, novembre 1906, t. XX, p. 333.
15 L. Baer, « Dumonstier, Louis », Artists of the World, Berlin, Boston, De Gruyter. https://aow-degruyter-com.bnf.idm.oclc.org/artist/_30185584. Etat au 12 mars 2026.
16 Le département des Estampes de la BnF en possède trois épreuves : AA-3 (Dumonstier, Louis) ; SNR-3 (Dumonstier, Louis) et N-2 (Fenouillères, Robert de). Feuille : 370 x 290 (AA-3) ; trait carré : 360 x 280.
17 C’est le cas de Guiffrey aussi bien que de l’AKL/AOW.
18 Archives de Paris, 5Mi1, état civil reconstitué.
19 Il n’est pourtant pas traité ni même mentionné dans l’Inventaire du fonds français pour le xviiie siècle (Marcel Roux, avec la collab. d’Edmond Pognon, Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIIe siècle, tome VIII (Duflos -Ferée), Paris, Bibliothèque nationale, 1955.
20 Nous nous trouvons alors devant un autre point d’interrogation. Il y a bien des notices d’autorité de bibliothèques et dictionnaires d’histoire de l’art qui donnent un certain « Charles Dumonstier (17..-1782) ». Cette date de 1782 n’est jamais justifiée, le Bénézit renvoie au Louvre qui n’a pourtant aucune pièce à ce nom dans son catalogue... et les trois pièces qu’y rattache la BnF datent de 1792 et 1804 ! Il semble donc qu’il s’agisse là aussi d’une notice fantôme rédigée un peu au hasard en se fondant sur des entrées en AA et SNR (qui ne sont, elles, pas cataloguées à la pièce), pour rattacher parfois des estampes de notre graveur et parfois des images du début du xixe siècle (donc un autre Dumonstier, dont on ignore le prénom, n’est pas le graveur mais le dessinateur). On sait donc vaguement qu’il existe un artiste de ce nom mais de manière tellement imprécise que cela nous apprend peu de choses, voire que cela brouille les choses.
21 Archives de Paris, état civil reconstitué, V3E, paroisse Saint-Eustache (nous savions par d’autres documents qu’il était mort entre 1730 – testament de sa mère – et 1762 – inventaire après-décès de Jeanne, sa sœur).
22 AN, MC, LI, 762, 19 mars 1762, inventaire après-décès de Jeanne Dumonstier.
23 La minute n’est hélas pas conservée au minutier central chez ledit notaire et à ladite date (AN, MC, XVII, 616, 27 février 1721).
24 Merci à Julien Gueslin, conservateur du fonds patrimonial de la bibliothèque de Nancy, et à Thierry Franz, responsable du musée, château et patrimoine de Lunéville.
25 Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 1-EST-00136. Elle est regravée en 1753 : BHVP, 1-EST-00137. Images de confréries parisiennes (cat. expo., 1991-1992, BHVP), dir. José Lothe et Agnès Virole, Paris, BHVP, 1992, n° 136.
26 Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, OB 2 (33). José Lothe et Agnès Virolle, Images de confréries conservées à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie Jacques Doucet, Paris, 1999, n° 35.
27 BnF, Estampes, AA-3 (Dumonstier, Charles) et SNR-3 (Dumonstier, Charles).
28 BnF, Estampes, SNR-3 (Dumonstier, Charles).
29 BnF, Estampes, Td-24-fol. (non catalogué) – c’est-à-dire dans un recueil où il est considéré comme une allégorie de la gourmandise.
30 Bibliothèque royale de Belgique (KBR), XVII Afrique gén. - III 10.124.
31 BnF, Musique, VM7-6272 (A). Le rôle de Charles Dumonstier n’est pas signalé par les catalogueurs de la BnF et son nom n’a pas été relevé.
32 Son testament, du 3 mars 1730, est conservé (AN, MC, CI, 280).
33 « du treiziesme juillet dernier » ajouté en marge et « de ce jourd’huy » biffé.
34 Il s’agit de la rue du Fouin-Saint-Jacques (et non de la rue du Fouin-au-Marais), disparue lors du percement du boulevard Saint-Germain, proche de l’hôtel de Cluny.
35 Hugues Desnotz, titulaire de l’étude CIX de 1686 à 1715.
36 Louis Rémon, notaire titulaire de l’étude XLIII de 1685 à 1696.
Haut de pageTable des illustrations
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| Légende | Fig. 1. Contrat d’apprentissage de Charles-Louis Dumonstier chez Antoine Leclerc (AN, MC, CIX, 309, 11 septembre 1688). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 286k |
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| Légende | Fig. 2. Louis (Louis-Charles ?) Dumonstier, Robert de Fenouillères, d’après Claude Lefebvre, 1694. BnF, Estampes, SNR-3 (Dumonstier, Louis). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-2.jpg |
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| Légende | Fig. 3. Charles Dumonstier, Assomption de la Vierge Marie pour la confrérie des Rôtisseurs, 1732. BHVP, 1-EST-00136. |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-3.jpg |
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| Légende | Fig. 4. Charles Dumonstier, Saint Jean Baptiste et saint Nicolas, pour la confrérie des Tonneliers, 1740. INHA, OB2 (33). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,6M |
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| Légende | Fig. 5. Charles Dumonstier, Monseigneur le Dauphin, premier fils de Louis XV, chez Nicolas Contat, 1729. |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,5M |
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| Légende | Fig. 6. Charles Dumonstier, Louis XV. BnF, Estampes, SNR-3 (Dumonstier, Charles) |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 230k |
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| Légende | Fig. 7. Charles Dumonstier, Marie Leszczynska. BnF, Estampes, SNR-3 (Dumonstier, Charles). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 218k |
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| Légende | Fig. 8. Charles Dumonstier, Gargantua à son petit couvert, BnF, Estampes, Td-24-fol. |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-8.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 820k |
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| Légende | Fig. 9. Charles Dumonstier, Reprise pour L'Afrique, ou tous les points principaux sont placez…, chez N. de Fer. Bibliothèque royale de Belgique (KBR), XVII Afrique gén. - III 10.124. |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-9.png |
| Fichier | image/png, 623k |
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| Légende | Fig. 10. Antoine Trouvain, d’après Antoine Pezey, regravé par Charles Dumonstier, Frontispice des Pièces de viole composées par M. Marais, ordinaire de la Musique de la Chambre du roy. BnF, Musique, VM7-6272 (A). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-10.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 588k |
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| Légende | Fig. 10 bis. Détail |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-11.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 134k |
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| Légende | Fig. 11. Signatures sur le contrat d’apprentissage de Charles-Louis Dumonstier chez Antoine Leclerc (AN, MC, CIX, 309, 11 septembre 1688). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7354/img-12.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 396k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Rémi Mathis, « La carrière et l’œuvre de Charles-Louis Dumonstier (1674-1751), à partir de son apprentissage chez Antoine Leclerc (1688) », Nouvelles de l’estampe [En ligne], 275 | 2026, mis en ligne le 11 mai 2026, consulté le 13 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/estampe/7354 ; DOI : https://doi.org/10.4000/169pa
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