L’imprimerie Delâtre dans les collections du musée d’art et d’histoire Paul-Éluard de Saint-Denis
Résumés
Le musée d’art et d’histoire Paul-Éluard de Saint-Denis conserve une riche collection d’estampes de l’imprimerie Delâtre. Ce riche fonds permet d’aborder tous les aspects de la célèbre imprimerie montmartroise : les estampes artistiques sortie des presses de l’atelier, comme les réalisations personnelles d’Auguste et d’Eugène Delâtre, mais aussi les productions plus commerciales. Dernièrement ce fonds a été complété par des documents, photographies ou encore outils et pigments. La particularité de ce fonds tient à sa provenance exclusivement familiale qui lie intimement l’engagement artistique et politique d’Auguste et Eugène Delâtre au musée de Saint-Denis, dont les collections sur la Commune de Paris ont été fondatrices.
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- 1 Un siècle d’impression(s). Dans l’atelier des Delâtre à Montmartre, du 15 septembre au 11 décembre (...)
1Le musée d’art et d’histoire Paul-Éluard de Saint-Denis possède une importante collection de près de 1 200 œuvres provenant de l’imprimerie d’Auguste Delâtre (1822-1907) et de son fils Eugène Delâtre (1864-1938). Si une partie de ce fonds a été mise en valeur en 2023 grâce à une exposition réalisée par les élèves de l’École du Louvre1, elle n’a cependant pas fait l’objet d’une publication récente. Ces estampes, dessins et archives acquises exclusivement auprès des descendants directs des Delâtre, ont depuis été complétées du don exceptionnel de plusieurs centaines de pièces et de matériel d’atelier. S’y dévoilent les multiples réalisations de l’imprimerie, qu’elles soient artistiques ou commerciales. Elles apportent un nouveau regard sur la production de l’atelier, son versant technique et s’ouvre également à la postérité de l’imprimerie avec des œuvres de Pauline Delâtre (1887-1952), fille d’Eugène et figure moins connue de cette dynastie.
Une imprimerie montmartroise à Saint-Denis
2Si le musée de Saint-Denis possède ce fonds d’estampes, il le doit à la générosité de la famille Delâtre. En effet, seules trois œuvres ont été acquises à titre onéreux. La quasi-intégralité de la collection provient de dons d’Eugène Delâtre, de sa fille Jacqueline Delâtre et de son arrière-petit-fils Claude Baissin. Elle lie intimement dès 1936 l’histoire de l’imprimerie engagée à la ville « rouge » qu’est Saint-Denis.
- 2 Paul Yaki, Oraison funèbre d’Eugène Delâtre, 16 septembre 1938, inv. 2025.02.120
3Fondée vers 1850, la première imprimerie d’Auguste Delâtre, située rue Saint-Jacques (5e arrondissement), est détruite le 5 janvier 1870 par les bombardements prussiens. Exilé à Londres, où il avait déjà travaillé dans les années 1860, Auguste Delâtre reforme un atelier et entretient des liens étroits avec de grandes figures artistiques ou politique proches de la Commune de Paris tels Jean-Baptiste Clément, Jules Dalou, Jules Vallès ou encore Pilotell2. Son fils Eugène Delâtre semble avoir été très marqué par cette période d’exil.
- 3 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Mü (...)
4À son retour à Paris vers 1876, Auguste Delâtre installe son imprimerie sur la butte Montmartre, ce quartier rattaché à Paris depuis 1860 qui a été au centre de l’insurrection de 1871. Elle occupe d’abord le 2 rue Tourlaque, puis vers 1884 plusieurs adresses successives dans la rue historique de l’atelier, la rue Lepic, et a pour voisin son ami Jean-Baptiste Clément3. Dès cette époque, Eugène Delâtre travaille dans l’imprimerie familiale puis reprend officiellement les rênes de l’établissement au décès de son père en 1907.
Le rôle de la Commune de Paris dans la constitution du fonds
5Le fil rouge qui unit la presse montmartroise et les cimaises du musée dionysien est à rechercher, comme pour beaucoup de collections du musée, dans le fonds consacré à la Commune de Paris.
- 4 https://maitron.fr/clement-jean-baptiste-2/, MAITRON, notice CLÉMENT Jean-Baptiste, version mise en (...)
- 5 La Commune de Paris, 18 mars – 28 mai 1871, du 17 mars au 26 mai 1935, Saint-Denis, Musée d’art et (...)
- 6 Eugène Delâtre, Jean-Baptiste Clément, 1936, eau-forte, inv. NA 2214 (don d’Eugène Delâtre en 1936)
- 7 Eugène Delâtre, Vue prise à l’Ile-Saint-Denis, août 1903, aquarelle, inv. NA 2254 (achat en 1936) e (...)
6L’origine précise du lien entre les Delâtre et la ville de Saint-Denis reste à éclaircir. Vers 1895, Jean-Baptiste Clément (1836-1903), ami proche des Delâtre, travaille à la ville de Saint-Denis4, quelques années avant la création d’un musée municipal. Cependant les premières visites d’Eugène Delâtre au musée ne sont attestées qu’en 1935. En effet, cette année-là a lieu une exposition, fondatrice pour les collections du musée, consacrée à la Commune de Paris5. Eugène Delâtre s’y rend accompagné de ses deux filles, Pauline (1887-1952) et Blanche Delâtre (1884-1965). Il est sollicité l’année suivante pour intégrer le comité d’honneur de la commémoration du centenaire de la naissance de Jean-Baptiste Clément organisée à Saint-Denis. Il accepte, malgré une santé fragile, et réalise d’après la photographie de Nadar un portrait du chansonnier à l’eau-forte qu’il offre au musée à l’issue de l’exposition6. La première œuvre du fonds Delâtre dresse ainsi un pont entre l’imprimerie Montmartroise et les collections communalistes du musée. Trois œuvres sont ensuite achetées en 1936 par l’entremise de l’époux de Pauline Delâtre : une aquarelle d’Eugène et deux tirages d’une estampe de Pauline Delâtre7.
- 8 Georges Pilotell (graveur), Auguste Delâtre (imprimeur), Avant, pendant et après la Commune, vers 1 (...)
7Lors de l’exposition de 1935, le musée fait également l’acquisition d’œuvres imprimées à Londres par Auguste Delâtre. Il s’agit de planches issues de l’ouvrage illustré par Pilotell Avant pendant et après la Commune8. Ces œuvres, dont la provenance n’est à ce jour pas identifiée, sont exposées en 1935 puis en 1971 et confortent le lien entre Auguste Delâtre, la Commune de Paris et par extension les collections du musée de Saint-Denis. Elles rappellent également l’engagement politique d’Auguste Delâtre, loin des paysages bucoliques montmartrois appréciés du grand public.
- 9 Son corps est ensuite transféré au cimetière de Montmartre.
- 10 Jean-Baptiste Clément, Lettre à Auguste Delâtre, 29 juillet 1873, encre brune sur papier, inv. 2006 (...)
- 11 La Commune de Paris 1871-1971, du 18 mars au 13 septembre 1971, Saint-Denis, Musée d’art et d’histo (...)
8Ce sont ensuite les descendants de cette dynastie qui vont compléter les collections du musée. Eugène Delâtre, décédé en 1938, est enterré au cimetière de Saint-Denis jusqu’en 19829. Sa famille s’y rend régulièrement et fréquente le musée, alors installé à proximité, sur la place de la Légion d’Honneur. L’une des filles d’Eugène Delâtre, Jacqueline Delâtre, offre plusieurs œuvres dès les années 1960 : un billet de Jean-Baptiste Clément adressé en 1873 à Auguste Delâtre10 puis un tirage du portrait de 1906 de l’auteur du Temps des cerises accompagné de sa matrice (Fig. 1). C’est à la suite de la seconde exposition consacrée à la Commune de Paris en 197111, que Jacqueline Delâtre va céder un important fonds au musée. D’abord concentré sur la production personnelle d’Auguste et Eugène Delâtre, le premier don, acquis en 1971, se compose de 326 dessins et estampes des deux artistes et imprimeurs. Puis en 1978, 96 estampes artistiques sorties de leurs presses intègrent les collections, parmi lesquelles des œuvres de Bernard Boutet de Monvel, Anselmo Bucci, Francis Jourdain, Alfredo Müller, Kiyoshi Hasegawa, Richard Ranft ou encore Théophile Steinlen. Ces pièces sont complétées de nombreuses archives, photographies ou encore lettres manuscrites qui rentrent dans les collections dans les années 2000.
Fig. 1. Eugène Delâtre, Portrait de Jean-Baptiste Clément, 1936, eau-forte, inv. 2006.0.07 (don de Jacqueline Delâtre en 1967).
- 12 Corinne Boullier, Sylvie Gonzalez, Eugène Delâtre (1864-1938). Paysages gravés d’Ile-de-France, cat (...)
9Une exposition sur les paysages d’Eugène Delâtre, organisée par le musée de Saint-Denis mais présentée au musée d’Étampes12, va être à l’origine des enrichissements suivants. En effet, à cette occasion, le musée se rapproche de Claude Baissin qui transmet le fonds d’atelier récupéré auprès de sa grand-mère Pauline Delâtre. Il cède des témoignages au plus proche de la pratique artistique et commerciale des imprimeurs notamment des outils, des machines, des matrices, des cartes-adresses mais aussi des dessins, des croquis sans oublier des estampes artistiques. Cela correspond à près de 600 œuvres entre 1996 et 2025.
10Qu’il s’agisse des dons de Jacqueline Delâtre ou de Claude Baissin, toutes les œuvres proviennent du fonds d’atelier des Delâtre, transmis par héritage via plusieurs branches de la famille et qui constitue donc un gage d’authenticité. Ils offrent également un panorama assez complet de la production de l’imprimerie Delâtre, embrassant tant leur production artistique, commerciale ou leurs outils de travail. On y découvre les œuvres d’Auguste et Eugène Delâtre mais aussi leur héritage au travers de Pauline Delâtre-Remongin.
L’imprimerie Delâtre
- 13 Philipp Dennis Cate, Marianne Grivel, De Pissarro à Picasso. L’eau-forte en couleurs en France, Fla (...)
11Formé par Charles Jacque, Auguste Delâtre obtient son brevet d’imprimeur en taille douce en 1852 et acquiert rapidement une solide réputation auprès des artistes. Il devient ainsi l’imprimeur attitré de la Société des aquafortistes à partir de 186313. Dès le milieu du XIXe siècle, les peintres de l’école de Barbizon ou encore les Impressionnistes, viennent y faire tirer leurs œuvres. Eugène Delâtre intègre l’imprimerie paternelle après le retour de leur exil londonien. Son service militaire, effectué au Mans entre 1884 et 1889, l’éloigne de Montmartre. À son retour, il devient premier assistant puis reprend les rênes de l’entreprise.
- 14 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Mü (...)
12Au moment où l’estampe reste encore majoritairement vouée à reproduire des œuvres d’art, Auguste et Eugène Delâtre veulent contribuer à en faire un art de peintre14. Ils participent au développement de la technique de l’eau-forte en noir et blanc comme en couleurs, tant comme imprimeurs que comme graveurs. Auguste Delâtre édite en 1887 un traité technique, Eau-forte, pointe sèche et vernis mou. Avec son fils, il renouvelle l’estampe en couleurs alors uniquement cantonnée à la gravure d’interprétation ou aux productions populaires, telles les images d’Épinal. Cette expertise permet à l’atelier de revendiquer le statut d’imprimerie artistique, où les compétences d’imprimeur sont au service des artistes.
13Ces estampes artistiques tiennent une place importante dans leur production et sont bien représentées dans les collections du musée. On dénombre ainsi près de 400 estampes artistiques sorties de l’imprimerie Delâtre, dont une centaine ont été acquises dès 1978 auprès de Jacqueline Delâtre. Elles ont été réalisées par plus de cent artistes tels Auguste Renoir, Francis Jourdain, Henri Evenepoel, André Rassenfosse, Théophile Alexandre Steinlen, Alfredo Müller (Fig. 2). On y perçoit ainsi la diversité des artistes ayant fait appel à l’imprimerie Delâtre. Ce fonds a été récemment complété par 70 pièces provenant de l’imprimerie, principalement les collaborations avec Eugène Delâtre, comme c’est le cas des 24 eaux-fortes de la série Les Gestes de la terre d’Eugène Viala.
- 15 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Mü (...)
14Ne se plaçant pas uniquement comme simples exécutants ou techniciens, le père comme le fils se posent davantage en interprètes dont les jeux sur la matrice comme sur l’encrage, attirent de nombreux artistes. S’y dévoile l’art d’Auguste Delâtre pour le retroussage, technique d’encrage consistant à effleurer légèrement le cuivre pour faire sortir l’encre des tailles et ainsi enrober la composition d’un velouté en donnant des lignes moins définies. Quant à son fils Eugène, il remet au goût du jour et perfectionne l’eau-forte en couleurs. Il améliore dans un premier temps la technique au repérage, nécessitant une plaque par couleurs, et reconnaissable aux deux trous de repères qui figurent sur l’impression et servent à la superposition des plaques. À partir de 1895, il expérimente l’encrage dit « à la poupée » qui nécessite une grande maîtrise technique pour apposer les différentes couleurs sur une seule planche15.
Fig. 2. Alfredo Müller (artiste), Imprimerie Delâtre, Jeune Femme lisant près de l'abat-jour, vers 1893, eau-forte et aquatinte en couleurs, inv. 78.13.84 (don de Jacqueline Delâtre en 1978).
Les œuvres imprimées d’Auguste et Eugène Delâtre
15Les estampes originales d’Auguste et Eugène Delâtre sont également bien représentées dans les collections du musée avec respectivement 54 et 260 estampes, dont la majorité a été acquise en 1971.
16Les œuvres d’Auguste Delâtre se composent de quelques nus et portraits mais surtout de paysages en noir et blanc. Dans différents tirages d’une même planche, un motif identique se décline avec des encrages et des jeux de lumière nettement différents. Sa technique du retroussage rend ainsi avec une force incomparable les effets de clair-obscur et de soleil couchant.
17La production personnelle d’Eugène Delâtre, étayée de nombreux dessins de jeunesse et études, est représentée par plusieurs portraits, dont les modèles sont souvent pris dans sa sphère intime, et traités dans des teintes colorées très douces. Le récent don de Claude Baissin est venu y adjoindre plusieurs portraits de membres de famille très émouvants. Pour autant, une importante partie de ce fonds se compose de paysages en noir et blanc réalisés dans toute la France (Pays basque, Bretagne, Alsace, Sarthe…). Il y traduit avec brio les jeux de lumière, les clairs-obscurs et les contrastes. Les quelques eaux-fortes en couleurs présentes dans les collections attestent de son talent de coloriste, que l’impression soit réalisée au repérage ou à la poupée. Les récents dons intègrent des œuvres de jeunesse qui dévoilent tout l’apprentissage qu’il a fallu à Eugène Delâtre pour maîtriser la technique de l’eau-forte en couleurs. D’autres présentent différentes états ou épreuves d’une même estampe, illustrant le côté unique de l’estampe en couleurs et les possibles variations de coloris. Une série d’estampes consacrée au Cabestan à Etretat (Fig. 3 à 5) est assez représentative du travail d’Eugène Delâtre. Le même paysage est ainsi traité dans deux eaux-fortes et aquatinte en sépia, ainsi que dans une version en couleurs, donnant l’illusion d’une aquarelle, où s’expriment les qualités de coloriste du graveur. Cette série illustre également les pratiques d’atelier, avec la présence d’une épreuve rayée signifiant que la matrice a été lacérée pour éviter d’autres impressions et clôturer ainsi le tirage. Si cette pratique est courante, il est néanmoins intéressant de constater que ce tirage nous est parvenu via le fonds d’atelier.
Fig. 3. Eugène Delâtre, Le Cabestan à Étretat, 1906, eau-forte et aquatinte en sépia, inv. 71.07.281 (don de Jacqueline Delâtre en 1971).
Fig. 4. Eugène Delâtre, Le Cabestan à Étretat, 1906, eau-forte et aquatinte en couleurs, inv. 71.07.280 (don de Jacqueline Delâtre en 1971).
Fig. 5. Eugène Delâtre, Le Cabestan à Etretat, 1906, eau-forte et aquatinte rayée, inv.71.07.279 (don de Jacqueline Delâtre en 1971).
Pauline Delâtre-Remongin
18Cette attention portée à l’œuvre d’Auguste et Eugène Delâtre ne doit pas occulter la production de Pauline Delâtre (1887-1952). Née à Paris de l’union entre Eugène Delâtre et sa première compagne Marie Louise Le Glatin, elle ne fut reconnue par son père qu’en 1890, date à laquelle elle prit définitivement son nom.
- 16 Courrier de Jacqueline Delâtre à Paule Madeleine, 6 juin 1983, documentation du musée de Saint-Deni (...)
19Elle apprend le métier de graveur et d’imprimeur dans l’atelier de son père et travaille avec lui jusqu’à sa mort en 1938. En 1912, Pauline Delâtre épouse l’encadreur Émile Remongin (1876-1962) et signe désormais ses œuvres du patronyme Pauline Delâtre-Remongin. Son activité au sein de l’imprimerie est attestée par plusieurs photographies prises rue Lepic, comme vers 1930 aux côtés du comte de Colbert (Fig. 6). Son travail après 1938 est en revanche beaucoup moins documenté dans les collections du musée. En 1936, le bail de l’atelier du 87 rue Lepic n’est pas renouvelé et les locaux doivent être vidés précipitamment16. Pauline Delâtre récupère alors de nombreuses œuvres, archives et outils que Monsieur Claude Baissin donnera ensuite au musée de Saint-Denis. Elle continue son activité dans son atelier du 106 rue Damrémont jusqu’à son décès et conserve une filiation artistique avec l’imprimerie Delâtre de son père et grand-père, perpétuant la tradition de l’eau-forte en couleurs et restant attachée à Montmartre.
Les cadres-souvenirs, la correspondance, les photographies
- 18 Morgane Garden, Les "cadres-souvenirs" des Delâtre, portrait d'un atelier de graveurs-imprimeurs mo (...)
- 19 Antoine Bourdat-Parménie, « L’Atelier des Delâtre », Bulletin de la société du Vieux Montmartre, to (...)
20Ce statut d’imprimeur artiste dont se revendiquent les Delâtre, s’il transparaît dans les œuvres qui sortent de leurs presses, fait également l’objet de témoignages écrits de nombreux artistes. Parmi les objets qui documentent tant la pratique artistique que le statut social de l’imprimerie Delâtre, les cadres-souvenirs tiennent une place particulière18. Les 42 cadres-souvenirs conservés sont très probablement réalisés par Eugène Delâtre et illustrent les liens ou affinités artistiques avec des personnalités aussi diverses qu’Auguste Rodin (fig. 7), Maxime Maufra ou encore Eugène Viala. Ils témoignent de l’étendue de la réputation de l’imprimerie, au travers de correspondances avec des artistes et de photographies comme l’évoquait dès 1931 le poète et écrivain Antoine Bourdat-Parménie qui décrit au mur les « autographes, billets, lettres, hommages d’admiration ou de sympathie »19. Ces objets atypiques sont un moyen de promouvoir l’activité de l’imprimerie et étaient accrochés sur les murs de l’atelier, comme l’attestent de nombreuses photographies d’époque.
- 20 Paul Yaki, Oraison funèbre d’Eugène Delâtre, 16 septembre 1938, 1er feuillet, inv. 2025.02.120
21Outre les cadres-souvenirs, cette proximité avec les artistes transparaît dans les nombreuses correspondances et photographies des collections du musée. Ces courriers souvent très brefs sont envoyés à Auguste et Eugène Delâtre pour leur demander de tirer des épreuves ou pour les prévenir de leur visite. Parmi ces correspondances de travail apparaissent les noms des peintres Edgar Chahine et Camille Pissarro mais aussi des illustrateurs Adolphe Willette et Francisque Poulbot, ainsi que des peintres étrangers tels le Norvégien Frits Thaulow ou encore l’Espagnol Ignacio Zuloaga. D’autres lettres attestent l’admiration des artistes pour Auguste et Eugène Delâtre, comme la lettre de condoléances d’Edgard Chahine, adressée à Eugène Delâtre, à l’occasion de la mort de son père Auguste, mais aussi l’éloge funèbre d’Eugène Delâtre, envoyé à Pauline Delâtre et son époux Émile Remongin. Dans cette lettre, Paul Yaki, le fondateur du musée de Montmartre, évoque l’atelier des Delâtre du 87 rue Lepic comme « un musée de la gravure française durant ces cent dernières années »20, démontrant l’importance du rôle des Delâtre dans le développement et la promotion de cette technique.
22Les photographies illustrent plusieurs décennies de leur travail et collaborations dans l’atelier. Ce dernier est un véritable lieu de sociabilité où l’on vient pour apprendre à graver, faire tirer ses estampes et rencontrer d’autres artistes. On trouve ainsi les imprimeurs au travail entourés de leurs ouvriers ou encore accompagnés d’artistes, mais aussi Auguste ou Eugène Delâtre posant devant la presse ou dans l’atelier dont les murs sont recouverts d’estampes ou de cadres-souvenirs (Fig. 8). On retrouve cette iconographie de l’imprimeur au travail dans un tableau d’Auguste Brouet, proche d’Eugène Delâtre (Fig. 9) : Auguste Delâtre se tient devant la presse, et l’on aperçoit en arrière-plan un plan de travail et probablement Eugène Delâtre. Des paysages campagnards, motifs récurrents de leur production artistique, se déploient sur les murs. Le musée conserve ainsi le dessin original du peintre anarchiste Maximilien Luce publié sur la couverture du quotidien politique indépendant L’Éclair n° 70 du 17 septembre 1895 (fig. 10) et représentant Eugène Delâtre gravant sous la supervision de son père.
Fig. 8. Anonyme, Eugène Delâtre dans son atelier, photographie, inv. 2006.0.20 (don de Jacqueline Delâtre).
Fig. 9. Auguste Brouet, [Atelier Delâtre], huile sur toile, inv. 2025.02.02 (don de Claude Baissin).
Fig. 10. Maximilien Luce, Les Graveurs (Auguste et Eugène Delâtre), vers 1895, crayon noir, inv. 2025.02.01 (don de Claude Baissin)
Les productions commerciales et de promotion
23Au-delà des estampes artistiques, la vocation commerciale des réalisations des Delâtre n’est pas à négliger. Cette production, acquise lors des récents dons de Claude Baissin, offre un aperçu du fonctionnement d’une imprimerie parisienne à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, de ses outils de travail ainsi que des méthodes de diffusion.
24Le fonds du musée comporte ainsi des cartes-adresses (Fig. 11), affiches d’exposition, menus, mais aussi cartes postales destinés à la vente. Auguste Delâtre s’adonne dès les années 1870 aux cartes postales au travers de petites vignettes de paysages. Eugène Delâtre réinvestit lui aussi dès 1876 le large éventail des paysages de ses estampes artistiques au moyen d’un traitement plus enlevé dans les cartes postales qu’il vend quelques centimes de francs. Les cartes postales échangées par Eugène Delâtre avec son gendre Émile Remongin rendent compte de leur utilisation quotidienne, où les timbres sont souvent collés directement sur le motif (Fig. 12). Il réalise également pour les menus de petites saynètes souvent pleines d’humour qui témoignent de ses talents de dessinateurs (Fig. 13) mais aussi de son goût pour l’estampe japonaise.
Fig. 11. Carte-adresse de l'imprimerie Auguste et Eugène Delâtre, sans date, pointe sèche, inv. 2025.0.259 (don de Claude Baissin).
Fig. 12. Carte postale d'Eugène Delâtre adressée à Emile Remongin, 1913, pointe sèche, inv. 2024.01.80 (don de Claude Baissin).
Le matériel de gravure et d’impression
25Un versant plus technique de la production de l’imprimerie Delâtre, dont le rôle fut essentiel pour le nouvel élan de l’eau-forte en France à partir de 1840, s’esquisse au travers des outils présents dans le fonds et acquis dernièrement auprès de Claude Baissin. C’est le cas notamment de la boîte à outils de graveur, ayant appartenu à Pauline Delâtre-Remongin. Cet ensemble de matériel de graveur et en particulier d’aquafortiste regroupe burins, grattoirs, pointes à tracer, pointes d’échoppe, pointes à facettes, mitaines mais aussi pinces et brunissoirs. Ces outils sont complétés par d’autres ustensiles servant à réaliser le mordant de l’eau-forte (acide nitrique, perchlorure de fer…) comme un aréomètre, cylindre gradué en verre avec un hydromètre lesté de grenaille de plomb, pour mesurer la densité d’un liquide, afin d’en déterminer la concentration en acide.
26Le musée de Saint-Denis ne conserve qu’une seule matrice d’Eugène Delâtre, mais s’est enrichi de 13 matrices de Pauline Delâtre. Celles-ci sont accompagnées de leurs tirages d’essai parfois en couleurs, parfois raturés, mais aussi, pour certaines, des tirages définitifs. On découvre ainsi les différentes étapes de réalisation de la gravure La Mère Catherine en 1880, depuis la matrice en passant par les premiers essais jusqu’aux tirages définitifs (Fig. 14 à 16). Cette œuvre, qui n’a pu été réalisée en 1880 Pauline Delâtre, née en 1887, montre également la résurgence de motifs chers à son père autour d’un Montmartre qui tend à disparaître.
Fig. 14. Pauline Delâtre, La Mère Catherine en 1880, plaque de zinc, inv. 2024.01.110 (don de Claude Baissin).
Fig. 15. Pauline Delâtre, La Mère Catherine en 1880, sans date, eau-forte et aquatinte en couleurs, épreuve raturée, inv. 2024.02.109 (don de Claude Baissin).
Fig. 16. Pauline Delâtre, La Mère Catherine en 1880, sans date, eau-forte et aquatinte en couleurs, 2025.02.299 (don de Claude Baissin).
27Outre cet ensemble d’outils illustrant les qualités de graveurs en taille-douce de la famille Delâtre, le fonds comprend aussi des éléments nécessaires à l’impression d’estampes. Il s’agit de pigments en poudre, d’encres, de brosses ou du matériel servant à l’encrage des plaques. Considérant l’importance de la couleur dans la production des Delâtre, en particulier celle d’Eugène, ces pigments constituent un témoignage important pour appréhender leurs techniques d’impression.
28Les différents pigments qui nous sont parvenus documentent la palette chromatique et les matières employées pour obtenir les couleurs à l’origine de leur renommée. Ils font directement écho aux teintes présentes sur les œuvres d’Eugène Delâtre. Le jaune de chrome ou chromate de plomb, poudre utilisée comme pigment jaune, est notamment présent en abondance dans l’œuvre de l’imprimerie Delâtre (Fig. 17 et 18). Par ailleurs, ces boîtes de couleurs apparaissent comme des témoins directs des pratiques d’atelier. Le réemploi de contenants issus de la commercialisation de sels diurétiques ou encore de bouillon KUB rend ainsi compte du caractère artisanal de l’activité des Delâtre et de l’élaboration de leurs propres recettes d’atelier.
Fig. 18. Eugène Delâtre, Femme à la fenêtre, n° 10, vers 1893, eau-forte et aquatinte en couleurs, inv. 2025.02.260.
- 21 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Mü (...)
- 22 Michel Melot, L’Estampe impressionniste, catalogue d'exposition, Paris, Bibliothèque nationale de F (...)
29Le musée a également reçu en don la presse à main utilisée par Pauline Delâtre et héritée de son père (Fig. 19). Cette presse est à plusieurs égards significative de la pratique artistique des Delâtre et de leur rôle de diffusion de l’eau-forte. En effet Auguste, réputé pour ses manuels et cours de gravure, vendait aussi des presses à taille-douce fabriquées selon les plans d’Eugène Delâtre21. En 1894, Pissarro fait l’acquisition de l’une d’elles après avoir longtemps imprimé chez Degas. L’artiste peut ainsi maîtriser toute la chaîne de réalisation d’une estampe et s’approprier cette technique : « Naturellement, il est très intéressant d’imprimer de belles eaux-fortes, mais c’est encore plus intéressant de les graver soi-même... Pour savoir tout ce qu’on peut obtenir, l’artiste doit être imprimeur ou l’imprimeur artiste ».22
30En acceptant le don de plusieurs centaines d’œuvres de l’imprimerie Delâtre, le musée d’art et d’histoire Paul-Éluard de Saint-Denis ancre ses collections au cœur des mutations artistiques de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Elles font le lien entre les convictions politiques et artistiques des Delâtre et les différents fonds liés à la Commune de Paris présents au musée d’art et d’histoire Paul-Éluard de Saint-Denis.
- 23 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Mü (...)
31Les toutes premières acquisitions par le musée remontent à l’époque où Eugène Delâtre fait don de pièces au musée de Montmartre, au musée de Collioure et à la Bibliothèque nationale de France23. Des comparaisons entre ces fonds permettraient de de mieux connaître et d’éclairer la production de l’imprimerie Delâtre, qu’il s’agisse de celle d’Auguste ou de son fils Eugène.
Notes
1 Un siècle d’impression(s). Dans l’atelier des Delâtre à Montmartre, du 15 septembre au 11 décembre 2023, Saint-Denis, musée d’art et d’histoire Paul-Éluard
2 Paul Yaki, Oraison funèbre d’Eugène Delâtre, 16 septembre 1938, inv. 2025.02.120
3 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Müller, Milan, Silvana Editoriale, 2013, p. 14
4 https://maitron.fr/clement-jean-baptiste-2/, MAITRON, notice CLÉMENT Jean-Baptiste, version mise en ligne le 29 juin 2016, dernière modification le 7 octobre 2024.
5 La Commune de Paris, 18 mars – 28 mai 1871, du 17 mars au 26 mai 1935, Saint-Denis, Musée d’art et d’histoire
6 Eugène Delâtre, Jean-Baptiste Clément, 1936, eau-forte, inv. NA 2214 (don d’Eugène Delâtre en 1936)
7 Eugène Delâtre, Vue prise à l’Ile-Saint-Denis, août 1903, aquarelle, inv. NA 2254 (achat en 1936) et Pauline Delâtre-Remongin, La Seine à Saint-Denis, sans date, eau-forte et aquatinte en couleurs, NA 2255 et NA 2256 (achat en 1936)
8 Georges Pilotell (graveur), Auguste Delâtre (imprimeur), Avant, pendant et après la Commune, vers 1871, eau-forte, inv. 2010.0.762 à 2010.0.781
9 Son corps est ensuite transféré au cimetière de Montmartre.
10 Jean-Baptiste Clément, Lettre à Auguste Delâtre, 29 juillet 1873, encre brune sur papier, inv. 2006.0.27. Œuvre encadrée avec Etienne Carjat, Portrait-carte de Jean-Baptiste Clément, fin du XIXe siècle, épreuve sur papier albuminé contrecollé sur carton, NA 4519 (don de Jacqueline Delâtre en 1960)
11 La Commune de Paris 1871-1971, du 18 mars au 13 septembre 1971, Saint-Denis, Musée d’art et d’histoire
12 Corinne Boullier, Sylvie Gonzalez, Eugène Delâtre (1864-1938). Paysages gravés d’Ile-de-France, catalogue. d'exposition., Étampes, Musée municipal, 1996, 24 p.
13 Philipp Dennis Cate, Marianne Grivel, De Pissarro à Picasso. L’eau-forte en couleurs en France, Flammarion, 1992, p. 184
14 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Müller, Milan, Silvana Editoriale, 2013, p. 14
15 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Müller, Milan, Silvana Editoriale, 2013, p. 15
16 Courrier de Jacqueline Delâtre à Paule Madeleine, 6 juin 1983, documentation du musée de Saint-Denis.
17 Le comte Jean de Colbert indique que le personnage sur la photographie n’est pas le comte de Colbert, contrairement à la note manuscrite au dos de l’image. L’auteur enquête sur l’identité de ce personnage.
18 Morgane Garden, Les "cadres-souvenirs" des Delâtre, portrait d'un atelier de graveurs-imprimeurs montmartrois à l'aube du XXe siècle, sous la dir. d’Emmanuel Pernoud. Mémoire de Master 1, Paris I, 2019 ; Morgane Garden, L’atelier d’imprimerie Delâtre : berceau d’Eugène Delâtre, artiste-graveur au tournant du XXe siècle, sous la dir. d’Emmanuel Pernoud. Mémoire de Master 2, Paris I, 2020.
19 Antoine Bourdat-Parménie, « L’Atelier des Delâtre », Bulletin de la société du Vieux Montmartre, tome III, fascicule 90, 1931-1932, p. 15
20 Paul Yaki, Oraison funèbre d’Eugène Delâtre, 16 septembre 1938, 1er feuillet, inv. 2025.02.120
21 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Müller, Milan, Silvana Editoriale, 2013, p. 22
22 Michel Melot, L’Estampe impressionniste, catalogue d'exposition, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1974.
23 Ph. D. Cate (dir.), H. Koehl et N.-H. Zmelty, Impressions à Montmartre. Eugène Delâtre & Alfredo Müller, Milan, Silvana Editoriale, 2013, p. 32
Haut de pageTable des illustrations
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| Légende | Fig. 1. Eugène Delâtre, Portrait de Jean-Baptiste Clément, 1936, eau-forte, inv. 2006.0.07 (don de Jacqueline Delâtre en 1967). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 183k |
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| Légende | Fig. 2. Alfredo Müller (artiste), Imprimerie Delâtre, Jeune Femme lisant près de l'abat-jour, vers 1893, eau-forte et aquatinte en couleurs, inv. 78.13.84 (don de Jacqueline Delâtre en 1978). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 112k |
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| Légende | Fig. 3. Eugène Delâtre, Le Cabestan à Étretat, 1906, eau-forte et aquatinte en sépia, inv. 71.07.281 (don de Jacqueline Delâtre en 1971). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-3.png |
| Fichier | image/png, 282k |
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| Légende | Fig. 4. Eugène Delâtre, Le Cabestan à Étretat, 1906, eau-forte et aquatinte en couleurs, inv. 71.07.280 (don de Jacqueline Delâtre en 1971). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-4.png |
| Fichier | image/png, 292k |
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| Légende | Fig. 5. Eugène Delâtre, Le Cabestan à Etretat, 1906, eau-forte et aquatinte rayée, inv.71.07.279 (don de Jacqueline Delâtre en 1971). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-5.png |
| Fichier | image/png, 306k |
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| Légende | Fig. 6. Anonyme, Pauline Delâtre et le comte de Colbert dans l’atelier du 102, rue Lepic, vers 1930, tirage argentique, inv. 2025.02.29 (Don de Claude Baissin)17. |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-6.png |
| Fichier | image/png, 250k |
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| Légende | Fig. 7. Eugène Delâtre, cadre souvenir de Rodin, inv. 2025.02.20 (don de Claude Baissin). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-7.png |
| Fichier | image/png, 213k |
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| Légende | Fig. 8. Anonyme, Eugène Delâtre dans son atelier, photographie, inv. 2006.0.20 (don de Jacqueline Delâtre). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-8.png |
| Fichier | image/png, 325k |
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| Légende | Fig. 9. Auguste Brouet, [Atelier Delâtre], huile sur toile, inv. 2025.02.02 (don de Claude Baissin). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-9.png |
| Fichier | image/png, 303k |
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| Légende | Fig. 10. Maximilien Luce, Les Graveurs (Auguste et Eugène Delâtre), vers 1895, crayon noir, inv. 2025.02.01 (don de Claude Baissin) |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-10.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 142k |
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| Légende | Fig. 11. Carte-adresse de l'imprimerie Auguste et Eugène Delâtre, sans date, pointe sèche, inv. 2025.0.259 (don de Claude Baissin). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-11.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 226k |
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| Légende | Fig. 12. Carte postale d'Eugène Delâtre adressée à Emile Remongin, 1913, pointe sèche, inv. 2024.01.80 (don de Claude Baissin). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-12.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 123k |
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| Légende | Fig. 13. Eugène Delâtre, Menu, eau-forte et graphite, inv. 2024.01.55 |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-13.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 58k |
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| Légende | Fig. 14. Pauline Delâtre, La Mère Catherine en 1880, plaque de zinc, inv. 2024.01.110 (don de Claude Baissin). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-14.png |
| Fichier | image/png, 320k |
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| Légende | Fig. 15. Pauline Delâtre, La Mère Catherine en 1880, sans date, eau-forte et aquatinte en couleurs, épreuve raturée, inv. 2024.02.109 (don de Claude Baissin). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-15.png |
| Fichier | image/png, 356k |
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| Légende | Fig. 16. Pauline Delâtre, La Mère Catherine en 1880, sans date, eau-forte et aquatinte en couleurs, 2025.02.299 (don de Claude Baissin). |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-16.png |
| Fichier | image/png, 236k |
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| Légende | Fig. 17. boîte de pigments de jaune de chrome, inv. 2024.01.136 |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-17.png |
| Fichier | image/png, 95k |
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| Légende | Fig. 18. Eugène Delâtre, Femme à la fenêtre, n° 10, vers 1893, eau-forte et aquatinte en couleurs, inv. 2025.02.260. |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-18.png |
| Fichier | image/png, 433k |
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| Légende | Fig. 19. La presse de Pauline Delâtre (don de Claude Baissin) |
| URL | http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7369/img-19.png |
| Fichier | image/png, 264k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Pauline Fleury, « L’imprimerie Delâtre dans les collections du musée d’art et d’histoire Paul-Éluard de Saint-Denis », Nouvelles de l’estampe [En ligne], 275 | 2026, mis en ligne le 15 mai 2026, consulté le 08 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/estampe/7369 ; DOI : https://doi.org/10.4000/169pc
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