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Réalité ou fantasme : la représentation du peuple de Paris et des villes entre 1635 et 1660 à travers quelques gravures du recueil des Facéties de Marolles

Reality or Fantasy: The Depiction of the People of Paris and Other Cities Between 1635 and 1660 through Selected Engravings from the recueil des Facéties de Marolles
Véronique Meyer

Résumés

À partir d’une sélection d’une vingtaine de gravures parues entre 1635 et 1660, il s’agit de définir quelle figuration du peuple et de ses activités fut donnée à voir aux contemporains et comment, à travers les évènements du quotidien, farce et vaudeville, et la représentation d’événements politiques, traitées sur un mode réaliste ou burlesque, sur un ton policé ou vulgaire, apparaît une « scène de genre » à la française, reflétant en partie les préoccupations du temps. Texte et image ne se conçoivent pas l’un sans l’autre et donnent lieu à de véritables historiettes ; ils suscitaient le rire ou l’émotion et c’est pour cela que le public les recherchait et les appréciait. C’est donc aussi bien sur la composition que sur la lettre des estampes qu’il faut insister.

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Texte intégral

1À partir d’une sélection d’une vingtaine de gravures parues entre 1635 et 1660, tirées pour l’essentiel du second recueil des Facéties1 vendu par l’abbé de Marolles à Louis XIV en 1666 avec le reste de sa collection, il s’agit de définir quelle figuration du peuple et de ses activités fut donnée à voir aux contemporains et comment, à travers le fait divers et la représentation d’événements politiques apparaît une « scène de genre » à la française qui se détache des exemples italiens, flamands ou hollandais, reflétant en partie les préoccupations du temps et permettant de saisir le ton qui prévalait dans ce genre de représentation.

  • 2 Hubert Carrier, La presse de la Fronde (1648-1653). Les Mazarinade. La conquête de l’opinion, Genèv (...)

2Par « Peuple de Paris », j’entends tel que l’a défini Hubert Carrier2, la population des Halles, du Pont-Neuf, de la Samaritaine, des petits métiers et des couches inférieures par opposition au peuple du Palais, c’est à dire des riches marchands, de la robe, de la bourgeoisie d’office, des procureurs, et plus encore par opposition à la sphère supérieure de la justice, de l’église, de l’université, au public cultivé, celui des « Robins ». Si certaines gravures ont déjà été reproduites surtout à titre iconographique, ce qui m’intéresse ici est la diversité de leur insertion dans le contexte littéraire, politique et social.

  • 3 Eddy de Jongh, Ger Luijten, Mirror of everyday life: genreprints in the Netherland (1550-1700), Ams (...)
  • 4 Hérité notamment de l’Astrée d’Honoré d’Urfé, ce ton témoigne d’une distance prise par rapport aux (...)

3Ces estampes ne représentent qu’une faible part de la production parisienne de scènes de genre. Sont ainsi écartées les satires contre les espagnols, les gravures d’Abraham Bosse qui montrent la bourgeoisie plus que le peuple, les estampes éditées par François Langlois dit Chartres (1588-1647) et pour certaines gravées par Sébastien Vouillemont (1610-1641) comme le Singe épouillant la tête de son maître ou la Diseuse de bonne aventure ou par Pierre 1er Mariette (v.1603-1657) interprétant, ou copiant pour la plupart, des œuvres italiennes, flamandes ou hollandaises d’après Abraham Bloemaert (1566-1651) et Gerrit Van Honthorst (1592-1656)3. L’influence du Nord et de l’Italie est en effet très présente comme le montrent les sujets de paysans de Jacques Dassonville (v. 1619- v.1670) parus pour certains entre 1653 et 1666, inspirés de Teniers (1610-1690) et de Van Ostade (1610-1685). N’ont pas été retenues non plus les gravures de Michel Lasne (1595-1667) éditées par Jean Ier Le Blond (1590/94-1666) mettant en scène les paysans et paysannes4. Il en est de même des nombreuses tabagies et scènes de cabaret qu’imaginèrent Daniel Rabel (1578-1637) et Jean de Saint-Igny (1595/1600- ap.1649), montrant souvent des soldats ou de jeunes désœuvrés qui ne font pas partie du peuple et revisitant des thèmes issus de l’étranger. Nous avons aussi écarté les gueux de Jacques Callot (1592-1635) et de Jacques Lagniet (v.1600-1675), ainsi que les suites sur l’Enfant prodigue, le Mauvais riche, les Saisons et les Âges, où ça et là apparaissent des indigents. Cette rapide énumération laisse entrevoir l’importance et la variété de la production française en matière de scène de genre entre 1635 et 1660 et met en évidence le contexte artistique des gravures retenues.

  • 5 Nous n’avons retenu ni les compositions allégoriques ni celles qui mettent en scène des bourgeois, (...)

4Ces gravures font partie d’un ensemble hétérogène plus important, mais qu’il est impossible de présenter intégralement dans un article. J’en ai donc extrait quelques éléments qui permettent d’en résumer les principales caractéristiques5. Toutes sont de grand format et en largeur, dépassant souvent 25 cm de haut sur 35 de large ; toutes proposent des narrations et sont accompagnées d’un texte étendu écrit en français, généralement en vers, gravé en haut ou en bas.

  • 6 Pour ces illustrations, voir la table en annexe.
  • 7 Voir David Simonneau, « Louis Testelin dessinateur », in Dessins français aux XVIIe et XVIIIe siècl (...)
  • 8 8 BnF, Estampes et photographie, Ya-2-4 (onze volumes).

5Deux des compositions retenues ont été dessinées et gravées par François Chauveau (1613-1676), un des plus célèbres aquafortistes du temps (Fig. 1,6)6, une par Charles Le Brun (1619-1690) et six par Louis Testelin (v.1615-1655)7, tous deux liés d’amitiés, anciens élèves de Simon Vouet, peintres d’histoire et membres fondateurs de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, en 1648 dont le premier fut secrétaire puis professeur et l’autre, futur premier peintre de Louis XIV, directeur (Fig. 8, 2-4, 13, 17-18). Connu notamment pour son recueil des Elémens de pourtraiture publié en 1630 et pour Le Jardin de la Noblesse française gravé en 1629 par Abraham Bosse, le peintre Jean de Saint-Igny (1595/1600-v.1649), a donné le dessin d’une d’entre elles (Fig. 7). Les autres sont anonymes. Ainsi, on voit que des peintres au talent reconnu sont à l’origine de plus de la moitié de ces compositions. Pour l’autre moitié, on ignore quels en sont les dessinateurs. Précisons cependant que c’est par les Notes manuscrites de Pierre Jean-Mariette (1694-1774)8, que la participation de Testelin est connue car, pas plus que ceux de Le Brun, de Chauveau et de Saint-Igny, son nom n’apparaît sur les gravures.

  • 9 Son inventaire après décès a été dressé en septembre 1665 (AN., MC/ET/XLIII,117). Sur cet éditeur, (...)
  • 10 IFF, t. V, 1968, p. 144-146.
  • 11 IFF, t. VI, 1973, p. 9-30, 93 numéros.
  • 12 Dans l’IFF, t. IV, 1961, les n° 148-165 sont des satires contre les Espagnols et des facéties comme (...)
  • 13 IFF, t. V, 1968, p. 240. Marianne Grivel (Le commerce de l’estampe à Paris au XVIIe siècle, Genève, (...)

6Quatre d’entre elles ont été éditées par Jacques Lagniet (1600-1675), spécialisé dans les sujets semi-populaires les plus scabreux, comme les suites de Proverbes (Fig. 11, 13, 15, 19), trois par Jean Humbelot (v.1610-ap. 1674), dont la production se compose de portraits, armoiries et sujets de dévotions, mais aussi de quelques sujets de genre ; lui-même fut graveur et c’est également à ce titre qu’il apparaît ici (Fig. 8, 12, 17) ; trois gravures ont été éditées par Pierre Ferdinand (1617-1665), connu avant tout par les sujets qui nous occupent ici ; pour deux des gravures retenues, il s’associa avec Pierre 1er Mariette, un des éditeurs d’estampes les plus importants alors, qui faisait travailler les meilleurs artistes et vendait les pièces les plus prestigieuses (Fig. 3, 4, 18). Ont été retenues une estampe du fonds de René Guérineau (v.1605-1665)9, qui en édita pas moins de dix-huit dont huit facéties10 (Fig. 1), une de celui de Gabriel Ladame (1613 ?-1682 ?)11, graveur avant tout, dont l’œuvre varié, dans l’ensemble assez médiocre, est constitué de sujets religieux, de vignettes pour le livre et de quelques sujets de genre (Fig. 9) et une de celui de Jean Ganière (1610-1666) qui lui aussi fut graveur, on lui doit quelques sujets de genre dont deux d’après des tableaux de Valentin ; sa production éditoriale touche à tous les domaines, sujets religieux, portraits, allégories, illustration de livres, et almanachs12 (Fig. 10). Deux gravures du corpus ne portent que le nom de leur éditeur, Ganière et Charles Hulpeau (Fig. 5), dont le nom n’apparaît que rarement ailleurs par exemple sur une estampe de Spirinx représentant les quatre saisons13. Une seule gravure est dépourvue de toute signature (Fig.16).

  • 14 Comme le suggère R. A. Weigert (IFF, t. II, 1951, p. 59, n° 29-122), deux artistes ont peut-être po (...)
  • 15 Dans son contrat d’apprentissage chez Jean Humbelot le 7 novembre 1638, il est dit âgé de 16 ans et (...)
  • 16 IFF, t. I, 1939, n° 1-22. Les numéros 16, 17, 18, 21 sont également d’après Testelin. Samuel Bernar (...)
  • 17 Cette attribution, suggérée aussi par Barbara Brejon de Lavergnée, a été confirmée par David Simmon (...)
  • 18 Voir Rémi Mathis, « Les étapes de la vie du graveur René Lochon (1620-1674) », Les nouvelles de l’e (...)
  • 19 IFF, t. X, 1989, p. 53-65 ; 21 numéros.

7Trois de ces gravures sont d’Esme Boulonnois (1612- après 1660 ?)14, ancien apprenti de Jean Humbelot15, mais on ignore qui en donna le dessin (Fig. 11, 14, 15). Trois autres, publiées par Ferdinand, sont de Samuel Bernard (1615-1687), père du célèbre financier, miniaturiste et graveur réputé, auteur d’une vingtaine d’estampes, membre fondateur de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, où il fut professeur. Elles sont de l’invention de Testelin qu’il a sans doute connu dans l’atelier de Vouet16 (Fig. 3, 4, 18). Testelin a sans doute donné également à René Lochon (1620-1674) le dessin de la gravure éditée par Lagniet (Fig. 13)17 ; mis en apprentissage chez Jean Ganière le 3 novembre 1638, Lochon18 est un buriniste de second ordre qui a gravé de nombreux portraits, des sujets variés, mais peu de scènes de genre. La gravure de Gabriel Le Brun (1625-1660), buriniste de qualité, frère de Charles Le Brun, a été éditée par Jean Humbelot, son beau-frère : là encore le dessin a été inventé par Testelin (Fig. 17), comme pour la gravure de Georges Lejuge, éditeur actif de 1643-165019, dont on ne connaît que 21 eaux-fortes rehaussées au burin (Fig. 2).

8Le fait que certaines gravures soient exécutées d’après le dessin des peintres d’histoire les meilleurs de leurs temps et gravées par des artistes de talent, et que d’autres soient dues à des graveurs médiocres explique leur qualité inégale, mais aucune n’est vraiment de piètre qualité ; de l’eau-forte élégante de Samuel Bernard, de Chauveau et de Lejuge, on passe au burin maladroit d’Esme de Boulonnois ou souvent hâtif de Lagniet ; du style châtié des premiers, on passe à un langage souvent cru et dépourvu de retenue. Quoi qu’il en soit, elles sont toutes dignes d’intérêt.

9Rares sont les gravures qui parurent sans privilège royal. La dimension de ces planches en rendait le travail assez coûteux, étant donnés le prix du cuivre, du papier et l’importance du tirage, et évidemment le temps d’exécution de la gravure. L’obtention du privilège était un surcoût qui laisse penser que les éditeurs en attendaient un profit non négligeable. Ces estampes qui mettent en scène les plus déshérités n’étaient pas à la portée de toutes les bourses, même si elles n’étaient vendues que quelques sols. Mais à quel public s’adressaient-elles ?

  • 20 Véronique Meyer, » Vision satirique des Espagnols en France au XVIIe siècle », dans Spanish fashion (...)
  • 21 V. Meyer, « La représentation de la souffrance sociale dans la gravure parisienne (1635-1660) », Hi (...)

10Entre 1634 et 1660, à l’intérieur comme à l’extérieur du Royaume, la France traverse une période de troubles politiques, économiques et sociaux qui furent propices au développement de la scène de genre et à son renouvellement. Les caricatures et sujets burlesques qui représentent les Espagnols amenèrent les artistes à s’intéresser au quotidien de façon directe avec véhémence et ironie ; les soulèvements populaires et la parole donnée au peuple pendant la Fronde les conduisit à accroître leur production et à donner naissance à des représentations nouvelles20. Dans ce corpus apparaissent trois catégories d’images étroitement liées, évènements du quotidien, farces et vaudevilles, et événements politiques, qui permettent de définir l’esprit du temps, sur un mode réaliste ou burlesque et un ton policé ou vulgaire21.

11À partir des années 1630, les représentations du peuple de Paris se multiplient et se diversifient. Les points de vue sont variés ; au bas de chaque gravure, les textes tiennent une place essentielle, trop souvent négligée ; toutes ces gravures se donnent à lire. Texte et image ne se conçoivent pas l’un sans l’autre et donnent lieu à de véritables historiettes. Ils se complètent et s’enrichissent mutuellement ; l’un et l’autre suscitent le rire ou l’émotion ; de toute évidence, c’est pour cela que le public les recherchait et les appréciait. C’est donc aussi bien sur la composition que sur la lettre des estampes qu’il faut insister.

Évènements du quotidien

  • 22 IFF, t. II, 1951, p. 404, n° 90 ; Philippe Cornuaille, François Chauveau (1613-1676) Dessinateur et (...)
  • 23 V. Meyer, « Hommages et dédicaces de Puget de La Serre à Richelieu », dans Richelieu, patron des ar (...)
  • 24 Voir Abraham Bosse savant graveur…, dir. Sophie Join-Lambert, Maxime Préaud, cat. exp. Bibliothèque (...)
  • 25 Guérineau espère que « cet exemple se multiplie pour l’usage public [et qu’il en résulte] une très (...)

12La première gravure retenue a été dessinée et gravée avec délicatesse par Chauveau vers 1642. En huit scénettes, elle montre des épisodes de la vie de Claude Bernard (1588-1641), surnommé le pauvre prêtre, ami et émule de saint Vincent de Paul (Fig. 1) ; l’éditeur René Guérineau l’a dédiée à l’avocat et aumônier du roi Jean Balesdens (1595-1675)22. Cette image édifiante par l’image fait pendant aux nombreuses biographies parures à Paris un an après la mort du père Claude Bernard, celles de François Gerson, Histoire de la vie, naissance et heureux trepas de M. Bernard, de Puget de La Serre, La vie du P. Bernard, ou La charité dans son trône dédiée à M. le cardinal [Richelieu]23 et de Thomas Le Gauffre, La Vie de C. Bernard, dit le Pauvre Prêtre, ornée d’un portrait gravé par Lasne et édité par Alexandre Boudan. Les propos sont similaires. À travers les faits saillants de sa vie et ses actions en faveur des déshérités, diversifiant les situations, Chauveau évoque les exécutions capitales, les visites aux prisonniers, la création des hôpitaux, la réception des mendiants et des pauvres pèlerins à sa table. Avec pittoresque, de façon humaine et sans dérision, il insiste sur les manières rustres des convives en renouvelant le thème du repas. Cependant, comme Abraham Bosse qui figura à la même époque mendiants et nécessiteux dans ses Œuvres de miséricorde24, le graveur se montre soucieux d’un certain décorum et reste tributaire de sa formation de peintre d’histoire. Fidèle émule de son maître Laurent de La Hyre (1602-1656), il s’éloigne parfois de la réalité et plutôt que de haillons, il vêt ses personnages de costumes à l’Antique. Il en est ainsi de la femme au premier plan de la visite des hôpitaux et du paralytique de l’enterrement. Les scènes rappellent parfois celles de la vie du Christ et des saints : le repas fait penser aux Pèlerins d’Emmaüs et lavant les pieds des pauvres, Claude Bernard évoque Saint Louis. Comme le livre de La Serre, l’une des raisons de cette gravure était non seulement de satisfaire la dévotion de ceux qui avaient connu et aimé Claude Bernard et d’en proposer une image édifiante : la dernière scène se termine par ces mots, « Il nous faut imiter BERNARD son serviteur [de Dieu] » en vue de pousser à sa béatification. En cela elle revêt un caractère particulier par rapport aux gravures qui suivent, accentué par la présence des armoiries de Balesdens et de la dédicace latine de Guérineau25. Mais la place donnée au peuple de Paris et sa représentation empreinte de douceur et de charité rendent compte de celle de Claude Bernard, et justifie sa présence ici, d’autant qu’on ne trouve que peu d’exemples comparables dans la production de l’époque en dehors des images hagiographiques.

Fig. 1. Attribué à Chauveau, édité par J. Balesdens, La vie du Bienheureux Bernard, 310 x 425, Réserve Ed-44-(1)-Fol. t. I, p. 103), https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53274743z/​f214.item.r=Reserve-ed-44-(1)-fol

  • 26 Mariette, op. cit., t. IX, fol. 24; IFF, t. X, 1989, n° 21, p. 60.
  • 27 3e vers tiré des Œuvres du sieur Siméon-Guillaume de Laroque, Épitre de Didon à Ænée, veuve Claude (...)
  • 28 Comme le remarque Huigen Leflang, texte et image sont ironiques car pour léguer si peu, un testamen (...)
  • 29 Son nom est inscrit dans la composition comme ceux de la Rétorée, qui tente en vain de donner à boi (...)

13Le Testament de Jeanne est peut-être la représentation la plus proche de ce ton doux, où se manifeste une vision compassionnelle de la vie des pauvres gens, non sans quelque satire sociale (Fig. 2). Gravée aussi à l’eau-forte par Georges Lejuge d’après Louis Testelin, la composition met en scène les derniers instants d’une vendeuse de poissons aux halles, entourée de ses amies qui tentent d’adoucir ses derniers instants, dans une chambre aux murs décrépis ayant pour seul ornement un almanach déchiré26. Paraphrasant le titre du poème de Siméon-Guillaume de Laroque (1551-1611) « Auant que de passer l’infernalle riuiere »27, Jeanne dicte son testament28, face au notaire. Elle précise que « bien pleine de raison, et sain entendement / I’ay bien uoulu dresser ce mot de testament / Et laisser par escrit ma uolonté derniere ». Elle destine à ses amies son chien, son chat et ses vêtements, au notaire, son panier de marée, aux pauvres prisonniers ses deniers pour qu’ils soient libérés, alors qu’au « violon intéressé29 », elle réserve les bâtons de sa selle, sans doute pour qu’il en soit battu, ce qui ramène l’attention du lecteur à la partie gauche de la gravure où deux hommes sont en prison. À la question du page du violon, « les a ton boutez la ou sy c’est leur maison ? », Nannon répond, « Mon fils c’est qu’ils auont mal parlé de ton Maistre ». La scène qui se passe sans doute durant la Fronde, témoigne de relations sociales difficiles et d’un climat de dénonciation. Et ce n’est pas un hasard si après avoir réservé ses bâtons au violon, Jeanne termine en stipulant : « Que les deniers / qui ont esté trouués dedans mon escarcelle / soient pour mettre dehors ces pauures prisonniers ». On remarquera l’opposition entre le langage de Jeanne qui s’exprime en trois strophes d’alexandrins et celui de Nannon et de son fils, dont les phrases sont courtes et maladroites. Ces contrastes qui mettent en valeur la noblesse des sentiments de Jeanne et les quelques allusions savantes immédiatement perçues par les contemporains prouvent que la gravure était destinée à un public assez cultivé.

Fig. 2. Georges Lejuge d’après Louis Testelin, Le Testament de Jeanne, 202 x 404 ? Tf-2-Fol, p. 60 https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f68.item.r=Reserve%20TF-2-Fol%20%20%20Marolles.zoom

  • 30 IFF, t. X, 1999, n° 20 repr. Pour plus de détails sur cette gravure, V. Meyer, Souffrance sociale, (...)

14Lejuge a lui aussi gravé d’après Testelin une autre composition très animée qui met en scène des gueux, hommes, femmes et enfants, autour d’une table dans la campagne avec un grand sens de la narration et de l’harmonie, de l’humour. De façon comique, il réunit de nombreux Proverbes avec naturel et aisance30. Le texte tient une place importante sous la composition mais aussi à l’intérieur, où un proverbe explique l’action de chaque personnage ; comme le titre (Les Proverbes) l’y invitait à le faire, avant de lire l’écrit, on s’amusait sans doute à le deviner en examinant de près l’actions des personnages. Au bas de la gravure, la légende souligne la joie de vivre des « gueux » et se termine par une remarque philosophique digne des romans de Charles Sorel, où se mêlent comique et satirique, avec plusieurs références aux auteurs grecs : « Homère gueusa autrefois, / Et Diogène le Cinique / mesprisa la Macedonique / Auecque son escuelle de bois ».

  • 31 IFF, t. I, 1939, n° 22, seuls sont précisés les noms des éditeurs, Pierre Mariette et Pierre Ferdin (...)
  • 32 Édité en 1628 chez Charles Hulpeau, évoqué plus haut.
  • 33 Voir Claudine Nédélec, « Quelques étranges rencontres chez Apollon ; les Visions admirables du pèle (...)
  • 34 Bien d’autres allaient suivre comme Le Parnasse français ou l’école des muses (1664), Le Parnasse b (...)
  • 35 Cette affirmation a été mise en doute par beaucoup d’historiens. On la trouve dans la Vita B. Alber (...)
  • 36 Satyres, Rouen, 1627, cité par Pierre Ronzeaud (p. 45), « Du mauvais genre à la subversion des genr (...)

15Les limites entre réalité et fiction apparaissent avec évidence dans Le Parnasse ridicvle de la Place Maubert, dessiné là encore par Testelin et gravé par Samuel Bernard31 (Fig. 3). À l’instar des poètes qui multipliaient les évocations du Parnasse, qu’il s’agisse du Parnasse satyrique des poètes satyriques ou parnasse licencieux, ouvrage collectif auquel participa Théophile de Viau en 1622, du Parnasse des Muses, ou recueil des plus belles chansons à danser dédiée aux belles dames (1628-1633)32, des Visions admirables du pelerin de Parnasse attribué à Charles Sorel (1635)33, ou du Parnasse alarmé de Ménage (1636)34, Testelin représente les neuf sœurs en marchandes de la place Maubert, considérée alors comme l’un des lieux les plus malfamés de Paris mais où n’apparaissent pas le tumulte et de la saleté qui y régnaient en temps ordinaire. Comme les poètes burlesques mais sans rien d’outré ou de vulgaire, il propose une satire des poètes pédants. Avec humour, il transforme Homère en « Vieleur charmant » malgré son œil borgne ; Pégase en âne qui braie et qui « du pied frappant un Flacon. Ouvre la source d’Helicon » ; la muse de la tragédie est incarnée par « Lise, qui fait deuant tous / Vn sanglant massacre de Poûs » ; « Erathon [sic] », muse du chant, tient en guise de luth une citrouille et Paquete, nouvelle Uranie, un chou pommé au lieu d’une sphère armillaire... Les allusions savantes là aussi ne manquent pas, ainsi en préambule l’auteur précise : « Lon tient que le grand Maistre Albert ; / Iadis dans la Place Maubert / Monstra les sciences infuses ; / Et que de la vient qu’Apollon, / Au doux bruit de son Violon, / Y rassemble toutes les Muses ». Albert le Grand (1206-1280) passait en effet pour avoir enseigné au XIIIe siècle sur la place Maubert, à laquelle il aurait donné son nom35. Ces harengères et autres marchandes ont des minois bien plaisants, contrairement aux muses du Virgile travesti de Scarron ou à celles que dénonce Courval-Sonnet qui s’écriait : « Quelque mordant bavard avorton de tripière, De sa muse fera un banc de harangère / Des Halles, Petit-Pont, ou la Place Maubert : / Qui fait leçon d’injure en tient colège ouvert »36.

Fig. 3. Samuel Bernard d’après Louis Testelin, chez Pierre Mariette et Pierre Ferdinand Le Parnasse ridicule de la place Mavbert. Avec Privilege du Roy, 260 x 391, Tf2-Fol., https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f82.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom

  • 37 IFF, t. I, 1939, n° 15. Signalons un second état : 'A Paris chez P. Mariette rue S. Iacques a l'esp (...)
  • 38 Mariette, Notes manuscrites, op. cit., t. VI, fol. 24.

16Travaillant probablement en collaboration avec les poètes, romanciers et autres gens de lettres, les dessinateurs ont recours aux modes d’expression les plus divers pour mettre en scène le peuple de Paris. C’est le cas de Testelin, l’un des plus féconds d’entre eux. Avant 1655 (date de sa mort), il collabore de nouveau avec Samuel Bernard et sa verve dénonce avec humour l’appât du gain, dans une scène truculente qu’il intitule La chasse à mon oye (Fig. 4)37. Dépourvue de vulgarité malgré son sujet scabreux, la composition met en scène avec une certaine élégance, du fait de la qualité du dessin, hommes et femmes tentant d’attraper une oie. Pour Pierre-Jean Mariette38, il s’agit « d’un rebus ou logogriphe, qui consiste à exprimer une chose par une figure » ; le jeu de mots entre « mon oye » et « monnoie » permet de façon imagée de montrer que quelle que soit sa condition, chacun court après la fortune. On y trouve les petits métiers, notamment un portefaix et au loin des crieurs de rues. La scène est riche en rebondissements que souligne l’attitude des belligérants, car c’est bien à une bataille qu’on assiste. Une diseuse de bonne aventure s’adresse à son voisin qu’une de ses compagnes est en train de dévaliser ; deux hommes se battent et des pièces tombent de la poche de l’un… La légende explicite quelques gestes montrant à quoi certains sont prêts pour de l’argent : « Alison veut bien que l’on croie, / Qu’elle mettroit le reste au vent ; / Pourueu qu’on luy donnast Mon-oye. ». Comme toute histoire, celle-ci a une fin. En guise de conclusion l’auteur questionne l’oie : « Mon-oye pourquoy ten fuis tu / Trop de gens font de moy leur proï [sic] / Sy on aimoit bien la vertu / On n’aymeroit pas tant Mon-oye. ». La morale est souvent comme ici l’élément moteur des représentations du peuple de Paris, qui décrivent le vice pour prôner la vertu, et comme on le voit, les déshérités ne sont pas les seuls visés.

Fig. 4. Samuel Bernard d’après Louis Testelin, chez P. Ferdinand, La chasse à mon oye, avec privilege du Roy, 278 x 404, Tf-2-Fol, p. 61, https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266964c/f69.item.r =martolles-réserve-TF-2-fol.zoom

  • 39 Cependant le catalogue d’une Collection de livres et d’estampes contenant l’histoire de France et p (...)
  • 40 Vincent Milliot, Les cris de Paris ou le peuple travesti, Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, (...)

17La bonhomie observée dans beaucoup des pièces précédentes est souvent absente des gravures qui montrent le peuple. Nulle sympathie, nulle pitié pour ces proscrits de la société dans Les Crocheteurs, estampe éditée avec privilège par Charles Hulpeau et probablement gravée à l’eau-forte par lui-même avant 1634, date de sa mort (Fig. 5)39. Comme souvent, la lettre attire le regard sur les agissements des divers groupes et dénonce la cause d’une rixe qui se prépare entre ces « gens oisifs Coupe Bourse Filoux », prompts à la bagarre, contraints à la mendicité pour avoir tout perdu au jeu. « Sy quelque un a perdu quil Galle [gratte] son oreille, / De Craincte que Celluy qui a Largent de tous. / Se sentant le plus fort esmouuant la querelle, / Fasse pleuuoir sur luy une gresle de Cous. » et de conclure : « car c’est une follye / Pour auoir trop Joué de Mandier son pain. » Cette représentation stéréotypée correspond à la vision négative portée sur les portefaix, parfaits exemples de cette « inquiétante populace » de mendiants, gens sans aveu, dont on se méfie40. C’est ainsi à une autre réalité que le public est confronté, celle de la violence, ce qui est fait souvent sans aucun souci de décorum lorsque qu’on met en scène les petits métiers et les déshérités dont on dénonce le tempérament querelleur.

Fig. 5. Chez Charles Hulpeau, des Crocheteurs se battant étant ivres, avec privilege. 205 x 293, Tf-1-Fol., p. 74, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266963x/​f82.item.r=Marolles,%20Réserve%20TF-1-fol.zoom

  • 41 Paris Burlesque ou est contenu les filouteries du Pont-Neuf, Paris, veuve Guillaume Loyson, Jean-Ba (...)
  • 42 Pierre Ronzeaud, De la harangère à l’harangueuse. Étude d’un stéréotype polémique forgé au XVIIe si (...)
  • 43 Furetière, Dictionnaire universel, La Haye, A. et R. Leers, 1690. 
  • 44 IFF, t. II, 1951, n° 194. Philippe de Chennevières attribue la composition à Saint-Igny (Recherches (...)
  • 45 Paris ridicule, Amsterdam, 1668 ; écrit en 1655 ou 1656 et Paris ridicule et burlesque au dix-septi (...)
  • 46 François Colletet, Le tracas de Paris ou la seconde partie de la Ville de Paris en vers burlesques, (...)
  • 47 V. Milliot, op. cit., p. 40.

18Cette réalité correspond à celle que décrivent des guides de Paris qui se plaisent à détailler l’embarras des rues, leur puanteur, le bruit, les altercations entre marchandes et clients, les vols, et mettent l’accent sur quelques lieux stratégiques de la capitale, qui participent de l’imaginaire collectif : la place de la Halle, la place Maubert, le Pont-Neuf… C’est de cette réalité que rend compte Chauveau lorsqu’il prend la pointe en 1655 pour illustrer La Ville de Paris en vers Burlesques de Berthod41 (Fig. 6). Pour ce frontispice, il montre la Halle, le vendeur de pâtés, les harengères et les tripières, aussi célébrées que les portefaix, tout en insistant sur leurs vociférations, leur gouaille et leur attitude, mains sur les hanches, vêtues de tabliers à bourses, comme les décrivent les Mazarinades qui leur donnent une place de choix42. Au cœur de ces embarras, une rixe oppose ici deux marchandes de pâtés. Le but de l’estampe comme celui du livre est de faire rire et rien n’est épargné pour cela. Un chaland soulève une tripe et se bouche le nez à son odeur, s’attirant la colère de la commerçante. Quelques années plus tôt, sans doute d’après Jean de Saint-Igny (1595-1649), Isaac Briot (1585-1670), avait représenté, de façon scatologique et plus comique, le Matois, en d’autres termes le rusé, le sournois, ou le filou43, et la tripière, montrant au premier plan une fillette accroupie, qui défèque et un chien attiré par l’odeur (Fig. 7)44. Chauveau s’inspire de cette scène, mais qu’il l’édulcore. Le texte de la gravure de Briot rend compte de l’échange entre la Tripière et le Matois. Briot comme Chauveau évoque les épisodes relatés par Claude Le Petit45, Colletet46 ou Scarron dans ces hauts lieux de l’imaginaire collectif, où l’on recherche alors les occasions de s’amuser47. Le matois s’écrie, « Je veux pour passe-temps quereller la Tripière ». Se bouchant le nez, il s’exclame : « Que ta denrée put ! O quelle sent mauvais ! ». Mais celle-ci ne s’en laisse pas conter : « Met ton nez au derriere de ma fille pour voir si tu n’es point punais » (si tu ne sens pas mauvais du nez). Et de conclure, « Porte ton mous aux chats et ta sale caillette. Tu querelles pour faire icy quelque larcin ». Du fait de leurs dimensions réduites, ces deux estampes ne sont ici retenues qu’à titre comparatif, pour insister sur l’étroite connivence entre littérature et gravure que d’autres exemples permettront de vérifier.

Fig. 6. Dessinée et gravée par François Chauveau, La Ville de Paris en vers Burlesques, 196 x 155, Réserve Ed.-44-(3)-Fol., p. 162 , https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53278257n/f345.item.r =réserve %20ED-44-(3)-fol.zoom

Fig. 7. Isaac Briot, Jean de Saint Igny, Le Matois et la Tripière, 203 x 160, ; Tf-1 Fol. 29, https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266963x/f37.item.r =Marolles, %20Réserve-TF-1-fol.zoom

  • 48 IFF. t. V, 1968, n° 119 ; Bénédicte Gady, date la gravure de 1637-1642 (L’Ascension de Charles Le B (...)
  • 49 Lagniet avait également publié une Histoire comique de Francion en six planches où Hortensius appar (...)
  • 50 Les contes et joyeux devis, nouvelle LXV [posthume 1558, souvent réédité], éd. de Paul Jacob, Panth (...)

19Les difficiles relations entre clients et marchands sont également décrites par une gravure de Jean Humbelot d’après Charles Le Brun48. Comme le titre l’annonce, le comique est de nouveau le maître mot : Plaisanterie d’un Pédant et d’une harangère (Fig. 8). Qui est dupe ? La mégère qui se fait détrousser sans s’en douter ou le Pédant, c’est à dire un régent de collège en haillons, qu’un malandrin semble guetter et que des chiens menacent, à moins qu’ils le mettent en garde ? Ce n’est pas un hasard si le pédant s’appelle Ortentius, du nom du précepteur, un peu ridicule lui aussi, du Francion de Sorel (1623, 1626, 1633)49. Peut-être Le Brun avait-il également à l’esprit Le conte du siècle dernier de Bonaventure des Perriers (1510-1544)50 : un maître d’école avait décidé de prendre la défense d’un de ses « Martinets » (écolier qui ne demeure pas dans le collège), qu’avait injurié la harengère en refusant de lui vendre son poisson ; il prépara deux rouleaux d’injures à lui débiter, mais ayant oublié le contenu du second, il fut pris de court par celles de son adversaire… La lettre de la gravure en donne quelques-unes :

Cette Bacchante le déchire // Chiffonier, qui monstre le cû / Yuroigne, Macquereau, Cocu. / Tout grouillant de Poûs et de gale ; / Mon poisson n’est pas pour ta dent ; / Va t’en au Diantre, vieux Pedant, / Tu portes quignon [tu portes malheur ; on dit plutôt guignon] a la hale.

20Comme dans le Testament de Jeanne, le texte est plein d’allusions littéraires ; ainsi à propos du pédant : « Auecque sa barbe, et son teint / Comme Regnier nous le dépeint. » Il s’agit évidemment de Mathurin Regnier, mort depuis un quart de siècle, en 1613. En guise d’insulte, le pauvre pédant ne trouve rien de mieux à rétorquer : « Tais toy, dit-il, méchante Mule, / Ou bien par un ample Datif, / Ton visage diminutif / Sera soûmis à ma férule ».

Fig. 8: Jean Humbelot d’après Charles Le Brun, Plaisanterie d’un pédant et d’une harangère, Avec Privilège, 280 x 335, Tf-2-Fol., p. 71, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f79.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom

21Comme dans le Paris en vers burlesques, on a dans la gravure de Humbelot une scène théâtrale comique, une caricature de types sociaux faites pour amuser. Ce sont les mêmes invectives, les échanges entre deux personnages dont on précise le prénom ou la profession.

Vaudeville, fiction et réalité

  • 51 IFF, t. VI, 1939, n° 93 ; John Grand-Carteret, Le décolleté et le retroussé, quatre siècles de gaul (...)

22Bien souvent un fait divers réel ou supposé nourrit les commérages et la gravure s’en fait complaisamment le relais, donnant réalité à ce qui n’était sans doute qu’une banale fiction. Il en est ainsi de l’Histoire plaisante d’un porteur d’eav et d’un Cuisinier de Paris éditée par Ladame vers 164651 (Fig. 9). Rentré chez lui à l’improviste, un porteur trouve sa femme au lit ; se doutant qu’elle n’est pas seule, il visite le coffre, où il trouve l’amant présumé, qu’il poursuit dans la rue, et menace des lanières de ses seaux. Un texte très long et rimé, comparable à ceux des canards, n’épargne aucun détail :

Le bon Iean ayant eu le vent / Qu’un cuisinier baisoit sa femme / Dans la colere qui l’enflame / Court si viste qu’il les surpren / La Ieanne a son galan faict offre / De le cacher au fonds d’un coffre / Son mari entre cependant / Qui la trouuant un peu honteuse // Ne croit plus la chose douteuse / Quelle n’ait presté son deuant [se soit prostituée selon Richelet en 1680 ou se soit montrée libre de son corps] / Elle dit que la chose est fausse / Mais le bon home le cherchant / Voit le drosle qui se cachant / Na pas pris son haut de chausse…

  • 52 Antoine Furetière, Dictionnaire Universel, La Haye et Rotterdam, Arnoult et Reinier Leers, 1690.

23Il s’agit sans doute de ces airs « que le peuple chante. C’était là autrefois un air de cour, maintenant c’est un vaudeville. Les chansons qu’on chante sur le Pont-Neuf, dans les rues, sont des vrais vaudevilles. Cette femme est fort décriée, on l’a mise dans les vaudevilles » selon la définition que Furetière donne de ce mot52.

Fig. 9. Chez Ladame : Histoire plaisante d’un porteur d’eau et d’un Cuisinier de Paris, 278 x 383 ; , Tf-2-Fol., p. 70 , https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f78.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom

  • 53 IFF, t. IV, 1961, n° 157.
  • 54 Voir Cuckoldry, Impotence and Adultery in Europe (15th-17th century) Cuckoldry, Impotence and Adult (...)

24Les conflits entre hommes et femmes sont souvent pour les graveurs l’occasion de revenir sur les méfaits du vin, source de tous les dérèglements. Il en est ainsi du Dialogve de dame Alison et de Lvbin son mary dans le cabaret, édité par Ganière53, scène burlesque par l’expression, les attitudes et les costumes. Le garçon qui empêche l’enfant d’Alison d’attraper du pain, verse le contenu du pichet à côté du verre que tend l’époux débraillé qui s’adresse à sa femme. Un des convives se rit de la scène et se pince le nez des deux mains dans lesquelles il souffle, geste sans doute obscène. Il est entouré de deux hommes, l’un vide sur la main de son compagnon, qui lui tend son verre, la dernière goutte de vin qu’il aurait bien voulu avaler. Un autre encore évacue dans un baquet le superflu de la boisson, faisant écho au geste de l’enfant qui verse le vin à côté du verre54. Les propos sont crus. Alison qui fait les cornes à son époux, vient le chercher et se plaint d’être contrainte à la prostitution par son comportement puisqu’il passe son temps à boire au lieu de travailler et de nourrir ses enfants. Lui n’en a cure : « Garde le lit et moy la table. cest le moyen destre comtens ». Le tavernier déjà profite de la situation, une main passée dans le décolleté d’Alison. L’échange entre dame Alison et de Lvbin, dont les vers créent le rythme et évoquent en cela une chanson, vaut d’être relevé :

- Dame Alison : Ie te trouue bon chien d’yurogne. / Auec ton infame trogne / Te voila dans ton element/ /

- Lubin : T’ay toy, tay toy mechante beste / tes discours me rompent la teste / viens boire auec nous seulement

- Dame Alison : Me voyla donc bien arriuée ? / j’aymerois mieux estre creueé [sic] / Goulu que d’en auoir tasté.

- Lubin : Ho ho tu fais bien la mauuaise / toutes les nuits quand je te baise / ton bas nest pas si degousté

- Dame Alison : O le Grand abbatteur de quilles / va nous trouons bien dautres drilles / qui le font mieux que tu nentens

- Lubin : Ha Putin dheureuse memoire. / tu voudrois mempecher de boire / et tu ueux bien passer ton tems

- Dame Alison : Va saca (sic) vin yurogne infame / Il faut bien quon baise ta famme / pour nourir tes pauures enfans

- Lubin : Puis que tu es si charitable / Garde le lit et moy la table. / cest le moyen destre comtens.

25Le terme « Putain » est récurrent dans toute la littérature burlesque. On le trouve chez Scarron, Berthod et Boisrobert, dont les propos sont aussi lestes que ceux d’Alison et de Lubin. Se plaisant à des « joyeusetés et gauloiseries », ils usent d’un vocabulaire très vert emprunté à la Halle. Ainsi en 1643, Boisrobert publie ses Contes aux heures perdues, réparties équivoques du sieur d’Ouville ? Ces suites d’historiettes très lestes sous forme de dialogue, mode souvent repris dans les gravures, sont écrites sur un ton comique, souvent scatologique. D’ailleurs, lui aussi comme les auteurs des légendes des gravures, Boisrobert emploie souvent le terme plaisanterie, plaisant, raillerie, burlesque. De même, dans sa dédicace à Jean de Lingendes, Colletet explique qu’il lui dédie Les tracas de Paris pour le distraire de la mort de deux personnes chères, ajoutant « et quoy que ce ne sont pas d’aujourd’huy que vous sachiez tout ce qui se passe à Paris parmy le peuple, peut-être serez-vous bien aise que cette peinture burlesque vous en fasse ressouvenir ». Ce qui montre la curiosité des classes aisées ou instruites pour la geste populaire. Cependant, contrairement à Berthod, Colletet condamne dans l’Avis au lecteur ceux qui « farcissent [la poésie burlesque] de vilainies desgoutantes capables de donner de l’horreur de leurs productions ».

Fig.10. Chez Ganière, Dialogue de dame Alison et de Lubin son mary dans le cabaret, Avec Privilege du Roy, 295 x 396, ; Tf-2-Fol. p. 78 , https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f86.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom

26Faits divers réels ou montés de toute pièce, il est difficile d’en décider tant les événements paraissent invraisemblables, mais les canards en regorgent. Il en est ainsi du Meunier à l’anneau, dont Tallement des Réaux précise :

  • 55 Voir, Paul Sébillot, Légendes et curiosités des métiers, ouvrage orné de 220 gravures d'après des e (...)

Un meunier, à la Grève, gagea de passer dans un de ces anneaux qui sont attachés au pavé pour retenir les bateaux. Il fut pris par le milieu du ventre, qui s’enfla aussitôt des deux côtés. Le fer s’échauffa, c’était en été : il brûlait : il fallut l’arroser, tandis qu’on limait l’anneau, et on n’osa le limer sans la permission du prévôt des marchands […]. On en fit des tailles-douces aux almanachs, et un an durant, dès qu’on voyait un meunier, on crioit : « À l’anneau, à l’anneau, meunier ! »55.

  • 56 BnF, Estampes et photographie, Réserve, TF-2-fol., p. 88 ; P. Cornuaille, ibid, Ill. 11.
  • 57 BnF, Estampes et photographie, Réserve, TF-2-fol., p. 88 ; P. Cornuaille, ibid, Ill. 10.
  • 58 IFF, t. II, 1951, n° 8, TF2, fol., p. 89; P. Cornuaille, ibid, Ill. 8.

27Humbelot56, Ladame57 et Boulonnois58 (Fig. 11) en firent paraître tous trois une relation que le dernier donne pour « Le récit véritable de ce qui c’est passé aux port [sic] de la grève à Paris le 3 août 1645 ». Ce sujet offre également l’occasion d’accuser le mauvais exemple donné par les parents aux enfants : la foule est là, mendiants et naines difformes, et l’éternel crocheteur, chacun y va de son commentaire ; le prêtre secourt le malheureux pendant que deux serruriers de 8 à 11 heures du soir tentent de briser l’anneau, mais le ventre rempli comme une outre a gonflé. Humbelot revint sur l’événement en insistant sur les moqueries du peuple sur un ton drolatique et caricatural, accompagné par un concert de braiements. Il n’est question que de ce sot, de ce pauvre misérable qui offre sa bourse pour qu’on le tire de là. Mais Paul Lacroix, pense qu’il s’agit plutôt :

D’une allusion au châtiment que les meuniers de Paris encouraient, quand ils avaient retenu à leur profit une certaine quantité de farine sur le blé qu’on leur donnait à moudre, car ils étaient alors condamnés à la peine du pilori ; or le patient, qu’on pilorait, se voyait exposé, en public, la tête et les mains enfermées dans une espèce d’anneau ou de carcan mobile.

Fig.11: Esme Boulonois chez Lagniet, Meunier à l’anneau, 280 x 423 ; Tf-2-Fol., p. 14. https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266964c/f97.item.zoom

  • 59 IFF, t. V, 1968, n° 240.
  • 60 V. Milliot, Paris en bleu : images de la ville dans la littérature de colportage (XVIe-XVIIIe siècl (...)

28Parfois la lettre de la gravure précise que ces historiettes illustrent une chanson. Ainsi que Le savetier goulu, édité par Humbelot59 (Fig. 12), accompagne l’« Agréable chanson plaisante d’un savetier lequel par gajeure a mangé un jambon, de soixante et dix sols et un sceau de salade et douze œufs durs et molets [qui] se chantent sur l’air de vous serez Marie Tifène ». À la joie de l’assistance, la scène dénonce cette absence de retenue, cette gloutonnerie hautement condamnée, et ce d’autant plus en temps de disette, alors qu’« Vn jambon mangea par outrage / qui valoit soixante dix souls » et « Vn jambon pesant unze liures ». Est-ce une allusion aux banquets de réception des nouveaux maîtres dans la confrérie, déjà l’objet de pamphlets et de chansons, notamment sur les devoirs du savetier, que la bibliothèque bleue présente sous un jour « rigolard et paillard »60. Le propos est à la fois de faire rire et d’édifier. Les mots sont durs contre le savetier traité à plusieurs reprises de « pourceau », « d’infame », de « maraut », « de beste ». Là aussi, ce fait divers est présenté comme véridique :

Entendez la chanson plaisante / D’un certain quidam Sauetier. / Qui demeure en la rue Galande / C’est son vray lieu et son cartier / Qui une gajeure s’aduise / Faire ainsi qu’un vilain pourceau / […] ce vilain gourmand ie vous jure / N’estant pas contant de ce faict […] ne se santant estre souls / // […] Cet infame sauetier / Helas ni auoit il pas grand honte / D’auoir fait ainsi q’un pourceau / que de luy peut dire le monde / sinon crier cest un maraut […] // Faisant l’idiot / Que d’un mouton mangeroit trois / membre [sic], Auec une longe de veau. // Les petits enfans de la ville. / Iront deuant uous se mocquer […] Ne faite plus telle gajeure. Mal uous pourroit arriuer.

  • 61 IFF, t. VI, 1973, n° 22.
  • 62 IFF, t. VI, 1973, n° 341-364 : 24 planches L’Avanturier Buscon, Histoire facécieuse, d’après Queved (...)

29Ce goût pour le fait divers plaisant et moralisateur et pour le récit en image se développe en cinq épisodes et une scène centrale dans La Fureur des Manceaus à Paris, gravée par René Lochon d’après Testelin, parue chez Lagniet (Fig. 13)61. Par la place qu’il tient, le texte en prose s’apparente aux nouvelles et contes plaisants alors à la mode comme Don Quichotte et Tiel l’espiègle ou encore le Buscon, dont le même Lagniet proposa des recueils d’images62. Comme les histoires du porteur d’eau et du savetier, celle-ci est relatée comme un fait véridique, rapporté ici par Jean Rousseau, témoin et acteur de cette aventure comique : les deux compères Michel Charlot et Mathurin Hubert ont fait connaissance à l’auberge ; mais le premier a pris la plus grosse part du plat d’asperges qui leur fut servi, et le second le provoqua en duel. Après avoir acheté des épées et s’être promis de prendre soin mutuellement de leur famille si l’un venait à mourir, ils se jurent amitié. Mathurin en jette son chapeau au feu immédiatement suivi par Michel. Jean arrive et veut retirer les chapeaux. Ils l’invitent à boire et en perdent la raison ; alors que Jean est allé dormir dans une mangeoire, ses compagnons conçoivent le projet de transformer l’âne de l’écurie en licorne et pour cela lui coupent les oreilles. L’animal meurt sous ces mauvais traitements au grand déplaisir de sa propriétaire, une blanchisseuse qui accourt au bruit. Chacun des deux compères se déclare responsable du forfait pour exonérer l’autre mais c’est en définitive Michel qui dédommage la blanchisseuse afin d’éviter tout tapage, Mathurin n’en voulant payer que la moitié. Ainsi comme Chauveau l’a fait pour résumer la vie de Claude Bernard en cinq scénettes, Testelin raconte l’histoire des deux manceaux en une bande dessinée où des lettres initiales au-dessus de chaque personnage indiquent leur identité.

Fig. 13. Chez Lagniet, La fureur des manceaux avec Privilege, 388 x 535 , Tf-2-Fol., p. 38, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f46.item.r=martolles-réserve-TF-2-fol

  • 63 IFF, t. II, 1951, n° 10. TF2-fol., p. 64 et IFF Lagniet, t. VI, 1973, n° 24.

30Bien que le commentaire de la gravure n’en dise rien, c’est de nouveau une chanson qu’illustrent deux estampes en pendant, la Magnifique noce de Jeanne et le Lendemain de la Nopce de Jeanne63, gravées par Esme Boulonois (Fig. 14-15). Les propos du poète Charles de Vion d’Alibray (v. 1600-c. 1653) ne laissent aucun doute :

  • 64 Œuvres poétiques, Paris, Sommaville, 1653 (L’Auberge, p. 73).

Quelques fois dans ma chambre ou dans mon cabinet Je medite à grand pas ou j’escris un sonnet / Quand j’entends tout à coup quelques gueule profane / Qui crie a plein gosier : » A la nopce de Jeanne / Cette nopce de chien… » ou quelque’autre chanson / Qui renverse mes vers d’une étrange façon64.

31Ce sont bien ces mots qu’on lit au bas de l’estampe où sont décrits les convives :

A la nopce de Jeanne
Cette nopce de chien
On y boit on danse,
Mais on n’y mange rien.
Les Tantes cousines,
Parentes, voisines,
N’estoient que des putains,
Qui font danser Priape
Au son du tambourin
Comme un jeune ...
La foire sera bonne
Voicy bien des marchands
Voilâ Dame Simone
Auecque tous ses gens
Lubine Fais place ...
La voisine Tripiere
Qui a barbe au menton
apporta la premiere
Douze pieds de mouton

Fig. 14 : Esme Boulonois, Magnifique noce de Jeanne, Avec Privilege du Roy, 275 x 420, Tf-2-Fol., p. 64, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f72.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom

32C’est l’occasion de décrire le peuple qui fait ripaille et incapable de se contenir, de l’une ou l’autre manière expulse le surplus de la boisson, alors que d’autres affalés sur des lits cuvent leurs excès de bière ; comme dans de nombreuses autres gravures apparaissent ce lieu commun selon lequel tout est primitif chez l’homme du peuple, qui ne peut refréner ni ses penchants au vice ni son agressivité.

  • 65 Auteur de chansons profanes et liturgiques tant en français qu’en latin, italien ou allemand… que R (...)
  • 66 Florence Gétreau, « Philippot le Savoyard - Portraits d’un Orphée du Pont-Neuf mêlés de vaudevilles (...)
  • 67 Recueil des chansons du Savoyard, réimpression textuelle faite de l’édition de 1665, et augmentée d (...)

33La chanson qui fait allusion à Roland ou Orland de Lassus, musicien et chanteur franco-flamand mort en 159465 n’était peut-être pas très récente, mais elle était encore au goût du jour, où plus que jamais on se plait à évoquer les dérèglements du peuple. L’auteur évoque Philippot le Savoyard, plus connu sous le nom de l’Orphée de la Grève ou encore de l’Orphée du Pont-neuf66, ce célèbre aveugle qui publia en 1645, 1656 et 1665 les chansons de ses prédécesseurs avec les siennes ; celle-ci figure dans le recueil de ses œuvres67 dont le début est pire encore que ce qui apparaît au bas de la gravure :

Venez voir tous ces veaux
qui sont couchez par terre
Entassez à monceaux
Comme un tect à pourceaux
Qu’entenje dans la ruë
Est ce un chariuary ?
Sa musique bourrue
Me rend tout aheury
Qu’on chasse qu’on taille
la basse, la taille
Chions sur le dessus
Bernons cette canaille
Et l’enuoyons la sus
voir Orland de Lassu …

  • 68 IFF, t. X, 1989, n° 174 ; gravure mentionnée par Florence Gétreau (op. cit. ill. 4), mais laissée d (...)

34Hâtivement gravé par Jean Lenfant (v. 1620-1674)68 sous le titre Voicy l’Apollon de la Greve, le portrait de Philippot le Savoyard le montre jouant du violon avec près de lui un garçon qui vend ses chansons. La lettre de la gravure précise :

Ses Muses sont les Charbonnières
Son Pegaze est quelque Mulet
Et son Cupidon un Valet
Qui Sçait coupper la bourse aux Nymphes Chambrières.

35À gauche, derrière un homme vêtu d’une cape :

Sa musique qu’il chante et racle
Sur la tontaine la ton ton
Nous compose en son retonton
D’un Trio burlesque un risible miracle […]

36Bien que le ton soit différent, on peut penser là encore au Parnasse ridicule. Nombreux étaient les chanteurs qui attiraient les Parisiens sur le Pont-Neuf, dont les airs étaient repris en famille, à la veillée ou au cabaret

Fig. 15. Esme Boulonois ( ?) chez Lagniet, Le Lendemain de la Nopce de Jeanne, avec Privilege, 306 x 410, Tf-2-Fol., p. 62, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f70.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom

Faits divers et politique

  • 69 Gravure anonyme sans nom d’éditeur, qui est peut-être Ganière ou Humbelot.
  • 70 3 p. in-8° s.l., s. d.. Dans le Catalogue de feu M. de Bure commencé par M. Secousse continué par l (...)

37Cette violence que les graveurs se plaisent à montrer éclate à bien des occasions ; des mouvements sociaux peuvent la provoquer. La Fronde favorisa ces manifestations : tour à tour, parlementaires et partisans des princes cherchèrent l’appui de la population pour lutter contre Mazarin. La desroute des Maltotiers69 (Fig. 16) décrit une de ces fureurs populaires où les gagne-petit prirent les armes : crochets, marteaux, maillets. L’événement se situe entre 1649 et 1651 et fut le sujet de mazarinades comme La Fuitte des maltôtiers après Mazarin, mise en vers burlesques par le sieur Pompholli70. Explicite, le texte commente l’image figure après figure et mettant en évidence la déroute des collecteurs d’impôts qu’on aperçoit au fond de la rue, des ailes sur le dos et sur les épaules l’inscription « les Maltotiers » ; chacun dans la rue ou aux fenêtres s’écrit « aux Maltotiers » et l’un à droite, un papetier, en a saisi un par les pieds auquel il faut cracher l’or qu’il aurait dérobé :

Après auoir bien fait vos orges [bien gagné (Richelet 1694), bien fait votre profit] / Aux despens des particuliers. / Molopoleurs et Maltotiers. / Il faut maintenant rendre gorges. // Vos taxes mettoient en fuite / Les Paysans et les Bourgeois. / Mais tour a tour cette fois / Il vous faut gagner la guerite. // Le Boucher monte sur sa beste. / Le Papetier le Charbonnier / Le Droguiste et le Tauernier / Courent apres comme a la feste. // Lon voit pleuuoir dessus vos membres / Gros crochets, pierre et bastons / S’ils ne sont grillez de tisons / Ils sont noyez des pos de chambres. // Fuyez engence criminelles / Il faut maintenant detaler / Car vous ne seauriez plus voler / Puis qu’on vous a rogner les ailes.

  • 71 Stéphane Haffemayer, « Les chansons de la Fronde : enjeux de territoires (1648-1653) ». Revue du GR (...)
  • 72 Cf. Hubert Carrier, La presse de la Fronde (1648-1653), Les Mazarinades, la conquête de l’opinion p (...)
  • 73 Nombreuses furent les publications qui parurent alors contre les maltôtiers ; on retiendra par exem (...)
  • 74 Ni Louis Testelin, ni Gabriel Le Brun n’ont signé cette gravure éditée par Humbelot, que Mariette ((...)

38Cette gravure était-elle affichée dans les rues, sur les poteaux du Pont-Neuf comme le furent certains tableaux ? Il ne s’agit pas d’un placard mais ses dimensions permettaient qu’on la voie d’assez loin. Les colporteurs et crieurs de rues durent sans doute la faire connaître. On devait se souvenir du pouvoir de l’image auquel on avait si largement eu recours durant les guerres de religions. Par sa force attractive, son effet sur la foule devait être aussi important que celui des pamphlets et des chansons71. Elle aussi était vendue par les colporteurs, s’offrait aux yeux de tous, immédiatement compréhensible, et dut participer à cette conquête de l’opinion, notamment celle des petits métiers, du public du Pont-Neuf à laquelle les frondeurs attachèrent tant d’importance72. Le texte et l’image laissent supposer qu’une telle gravure lui était destinée. Elle justifiait les agissements de ces pauvres gens, en faisait des héros et excitaient sans doute leurs courroux. Pour apaiser les émeutes qu’on accusait sa politique de les avoir favorisées, Mazarin retira à Michel Particelli d’Emery la surintendance des finances et accepta l’établissement d’une chambre de Justice73. Sur un mode allégorique, Testelin traita les mêmes événements en représentant les maltôtiers en Cormorans, comme le justifie la lettre de l’estampe d’après son dessin gravée probablement par Gabriel Le Brun74 , « La Desroute des Cormorans » :

A la fin ils sont pris ces fameux Cormorans / De qui les esthomacs larges et deuorans / Ont de tous ces pays mangé la subsistance / Aussy pour s’en venger ces pauures habitans / Leur faisant rendre gorge engraissent leurs estancs / Et les vont empescher de voller dans la france […] Et comme ilz nous ont faict jeusner de longs Caresme / Nous les verons reduits a se manger eux mesmes / Puis qu’en ne vollant plus il (sic) vont mourir de fain [sic] / [ …] Dillustres Fauconiers leur vont roigner les aisles / Et les mettre en estat de ne vous voller plus / - Vous qui pour maintenir une juste puissance / Empechés qu’on ne chasse en tous les lieux de France / Des Cormorans sur tout deffendes bien le vol. / Et vous ressouuenes quelque chose qu’on face : que vous naureés jamais defruit de cette chasse / a moings que de serrer ces oyseaux par le col.

Fig. 17. Gabriel Le Brun d’après Louis Testelin, chez Humbelot, La Déroute des cormorans, 390 x 495, Tf-2-Fol, p. 40, https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266964c/f48.item.r =martolles-réserve-TF-2-fol

  • 75 [s.n.], 32 (Ye-4546).

39Les chasseurs s’adressent au cormoran, lui coupent les ailes, tordent le cou ou font rendre le poisson qu’il s’apprête à avaler : « Tu rendras tout ou tu perdras la vie », « sans lavement il faudra tout rendre », « Je suis assuré que ce licol ne teschapera pas », tandis que leurs compagnons marquent leur satisfaction : « Quel plaisir de leur, voir ainsy rendre gorge », ou leur étonnement : « combien il en avoit pris »… Comme dans La desroute des Maltotiers l’image devient plus que jamais parlante, donnant voix aux différents acteurs. La gravure rappelle une mazarinade parue en 1651, Le tableau funeste des harpies de l’estat et des tyrans du peuple, et notament celuy de leur principal chef, contenant les plus grands maux qu’il a commis dans l’Europe...75, dédiée à Gondi, futur cardinal de Retz :

  • 76 « Nous pourrons dire dans nos histoires, que de ce seul coup d’essay vous auez abbatu la teste d’un (...)

Frondez encor une fois, MONSEIGNEVR, & ioignant la iustice de l’Eglise, au pouuoir de la Noblesse ; pourchassez vigoureusement l’Erection & l’establissement d’vne Chambre de Iustice, pour faire rendre gorge jusqu’au dernier à ces cormorans qui ont tout l’argent & les finances de l’Estat. Toute la France benira vostre memoire plus d’vn siècle ; les gens de bien vous regarderont comme un homme descendu du Ciel76.

  • 77 Le 11 mars 1649. On lui doit aussi les Maltotiers et les difficultés du temps et Le Temps de la Mal (...)
  • 78 IFF Bernard, t. I, 1939, n° 20 ; seul le nom de l’éditeur Pierre Ferdinand apparaît. L’attribution (...)
  • 79 Tous deux fils du peintre de portraits Ferdinand Elle.
  • 80 Dans l’inventaire après décès de Pierre 1er Mariette un écrit signé P. Mariette et Ferdinand du 15 (...)

40D’abord du parti de la Fronde, Testelin rejoignit ensuite celui de la paix et célébra celle de Rueil77 dans La Félicité publique ou Le Retour de la paix. Le Retour de Gonesse, gravé par Samuel Bernard, représente les « convois des boulangers de Gonesse et les maraichers d’Aubervilliers venus ravitailler Dame Paris » lors du blocus de la capitale en février 1649 et montre une position plus mesurée (Fig. 18)78. Ces gravures avaient été éditées par le peintre de paysages Pierre Ferdinand, frère de Louis Ferdinand79 et par Pierre 1er Mariette80.

Fig. 18. Samuel Bernard, Louis Testelin, chez Pierre Ferdinand, le Retour de Gonesse, 291 x 430, Tf-2-Fol, p. 57, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f48.item.r=martolles-réserve-TF-2-fol

  • 81  La gravure manque dans l’IFF.

41L’élégance et le caractère précieux de sa composition tranche là encore avec La Rejouissance des bons françois et principalement des savetiers sur la desroute des sabottiers, gravure parue chez Lagniet (Fig. 19)81, qui relate la déroute des « traitres » sabotiers de Sologne accusés par les savetiers, « fidelles François », « de faict renaistre / les rebelles va nuds-pieds ».

  • 82 Par référence aux sauniers qui travaillaient nus pieds.
  • 83 Montglas (François-de-Paule de Clermont, marquis de), Mémoires (1658), dans Collection des mémoires (...)

42Sont ici évoquées deux soulèvements populaires bien connus des historiens : celui des va-nu-pieds de Normandie et celui des Sabotiers de Sologne, tous deux liés aux pressions fiscales. La révolte des va-nu-pieds82, née sous Louis XIII avait été causée par la suppression du privilège de « quart-bouillon » du sel du Cotentin, désormais taxé par la gabelle et vendu seulement dans les greniers à sel royaux ; le second correspond aux actions de Mazarin qui avait spéculé sur les fonds d’État et joué sur la valeur des monnaies et leur retrait, ce qui causa en 1658 la révolte des « Sabotiers » de Sologne, paysans misérables soulevés contre le retrait des liards, qui constituaient leurs maigres réserves monétaires. Ils refusèrent de payer la taille, en molestèrent les collecteurs et ne cédèrent qu’au régiment levé pour les combattre83. La corporation parisienne des savetiers, dont les statuts ont été confirmés par lettres patentes en mars 1659, se réjouit de la déroute des sabotiers, en quelque sorte leurs concurrents de province, présentés comme traîtres.

  • 84 Furetière précise que par savetier on entend aussi « tout autre artisan qui travaille mal propremen (...)
  • 85 Selon Antoine Oudin (Curiosités françoises, Paris, Sommaville, 1640, p. 481), un Jean Ridou est un (...)

43Les savetiers, ces artisans qui selon la définition de Furetière raccommodent « les vieilles chaussures, souliers, bottes, pantoufles. […] »84 sont réunis dans une auberge et festoient en en entonnant une chanson dont le refrain, « Il nous faut vider les verres & les pots / Puis qu’il n’y a plus de sabots », est abrégé à la fin de chaque sizain. Ce sont là sans doute les paroles qu’accompagnent Jean Ridou85 qui joue du violon à droite, un flutiste et Carro mal a faire qui entrechoque deux sabots et qu’à table une vieille femme chante à tue-tête, suivant le texte dans un livre ouvert.

Fig. 19. Chez Lagniet, la Rejouissance des bons françois, en 1659, 380 x 500, Réserve Qb-201 (29)-Fol, p. 56, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b8403244v

44Volontairement caricaturale et grossièrement comique, cette gravure semble à priori bien anodine. Mais contrairement à celui de la Noce de Jeanne, ce repas agité et bruyant, réunissant de nombreux convives aux attitudes burlesques autour d’un pied de bœuf en forme de sabot, rappelle donc un évènement qui fit alors grand bruit. Dans la composition, sous les couplets de la chanson et sous le titre, sur un étendard enroulé à une perche fleurdelysée on lit : « Les va nud-pieds [sic] en Normandie / du règne de Louis XIII en 1640 / les sabottiers dans la sologne / du règne de Louis XIIII en 1658 ». À droite, bien en évidence, cette proclamation victorieuse : « Si on neut donné ordre / aux TRAITRE [sic] sabottier / Il auroit faict renaitre / Les rebelles va nud pied / Disant eux autres sauetiers / nargues des sabotiers. » Au-dessus de Fer au Dent, qui croque à belles dents dans un jambon que porte son voisin M. Jean Galard, on lit « Nous tres-fidelles françois / Ennemis des va nud pieds / some resious cette fois / Du chastiment des sabotiers ».

45La gravure illustre les différents couplets dont le refrain, « Il nous faut vider les verres & les pots / Puis qu’il n’y a plus de sabots » termine chaque sizain. Ainsi au premier plan, M. Blaise chante regardant le spectateur, tenant un pichet à la main, une chaussure sur les genoux, face à Dame Martenne qui lui tend une alène ; il entonne les secondes et troisièmes strophes : « Reprenons nos Alesne / affin de trauailler / Ne soyons plus en peyne. De tous nous vieux souliers. […] Si la Sabotterie / Eust plus long-temps duré / Nostre sauatterie / S’en alloit renuercer ». Notons qu’on retrouve à gauche la tripière et ses « six pences de mouton ».

  • 86 Voir Pierre Barbier et France Vernillat, Histoire de France en Chansons, Paris, t. 2, Mazarin et Lo (...)

46C’est là une nouvelle preuve du succès des chansons, dont chacun redoutait l’effet et le ridicule qu’elles pouvaient jeter sur les acteurs de la vie publique. On dit qu’en 1649, avant de livrer l’assaut pour réduire Paris, le grand Condé prévint ses soldats : « enfans gare aux ponts-neufs », entendant que leur comportement ne devait pas donner prise à des chansons86

  • 87 Voir C. Nédélec, Les États et Empires du burlesque (Paris, H. Champion, 2004, p. 49).

47Malgré leur variété de tons, toutes ces gravures appartiennent à la mode du burlesque qui depuis les années 1635 se répand sur beaucoup de créations, ce qui amène Paul Pelisson à parler de « la maladie du burlesque », d’un abus insupportable, et le Père Le Moyne en 1666 de « débauche des muses »87. Les mots, ridicule, plaisant ou plaisanterie, reviennent de façon récurrente dans les titres des gravures, qui donnent toutes une place essentielle au texte en vers ou en prose dans un parler châtié ou très crû. Ce courant repose sur le rire et la dérision ; dans le texte comme dans l’image, se combinent les formes et les styles les plus variés, logogriphes, jeux de mots, proverbes, expressions triviales ou naïves, vocabulaire de la rue ou de salon, références savantes ou triviales, élégance et vulgarité, comme dans l’Histoire comique de Francion de Charles Sorel, attestant ainsi de la proximité de ces gravures avec les recherches littéraires du temps.

  • 88 En 1666 (Catalogue de livres d'estampes et de figures en taille douce, p. 15), il énumère les thème (...)
  • 89 Louis Odespung de la Meschinère en 1655 ; à la fin de son catalogue, il est question d’un volume qu (...)
  • 90 Catalogue de la bibliothèque de défunt M. Boucot… Composée de plus de dix-huit mille volumes de liv (...)
  • 91 Dans sa collection, on trouve des « proverbes grotesques » (Vanessa Selbach, « La collection d’esta (...)
  • 92 Mort en 1676, Accart en possédait au moins un recueil qu’il légua à l’abbaye de Sainte Geneviève (R (...)
  • 93 Cabinet d'estampes de feu Monsieur le Premier. [Marquis de Beringhen], 1730, n° 418 « recueil de fa (...)
  • 94 V. Meyer, » Florent Le Comte et la gravure », Nouvelles de l’estampe, 261 | 2018, 44-62. https://do (...)

48Ces gravures, que l’on dit souvent populaires, étaient destinées aussi aux lettrés. En France comme à l’étranger, les amateurs d’estampes les recherchent. Dans ses catalogues de 1666 et 1672, Michel de Marolles souligne que ces images servent à l’histoire du temps, et il n’est pas le seul à les avoir recherchées88 ; à Paris, Louis Odespung de la Méchinière (1597-1655)89, Claude-Nicolas Boucot (1601-1699), contrôleur général de l’augmentation du sceau90, André Le Nôtre (1613-1700), jardiner de Louis XIV91, Nicolas Accart (v.1620-1676)92, et le marquis Jacques-Louis de Beringhen (1651-1723), premier écuyer du roi93, Florent le Comte (1655-1712)94 s’y intéressèrent. On sait que pour divertir Louis XIV enfant durant l’une de ses maladies Marolles lui prêta ses volumes de facéties contenant les estampes retenues ici.

49Terminons en espérant que ces quelques lignes auront également distrait le lecteur et que quelque historien de la gravure entreprendra une étude serrée de l’ensemble de ces deux volumes, conservées depuis plus de trois siècles dans les collections royales puis nationales mais qui à notre connaissance n’ont jamais fait l’objet d’une étude exhaustive ni d’une analyse approfondie.

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Notes

1 BnF, Estampes et photographie, Réserve Tf-2-Fol, ark :/12148/btv1b53266964c

2 Hubert Carrier, La presse de la Fronde (1648-1653). Les Mazarinade. La conquête de l’opinion, Genève, 1989, p. 390.

3 Eddy de Jongh, Ger Luijten, Mirror of everyday life: genreprints in the Netherland (1550-1700), Amsterdam, Rijksmuseum/ Ghent, Snoeck-Ducaju, 1997.

4 Hérité notamment de l’Astrée d’Honoré d’Urfé, ce ton témoigne d’une distance prise par rapport aux productions italiennes et flamandes et propose une véritable scène de genre à la française.

5 Nous n’avons retenu ni les compositions allégoriques ni celles qui mettent en scène des bourgeois, dues notamment à Testelin, dont il sera question plus loin.

6 Pour ces illustrations, voir la table en annexe.

7 Voir David Simonneau, « Louis Testelin dessinateur », in Dessins français aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, École du Louvre, 2003, p. 169-183.

8 8 BnF, Estampes et photographie, Ya-2-4 (onze volumes).

9 Son inventaire après décès a été dressé en septembre 1665 (AN., MC/ET/XLIII,117). Sur cet éditeur, voir Roger-Armand Weigert, « Le commerce de la gravure en France au XVIIe siècle : René Guérineau », Bulletin d’information de l’Association des bibliothécaires français, n° 28, 1959, p. 19-24, et Marianne Grivel, « Le commerce de l’estampe à Paris. Les marchands du charnier des Saints-Innocents », Nouvelles de l’Estampe, n° 56, mars-avril 1981, p. 4-15. Le Paris Burlesque de Berthod (Paris, 1652, p. 56), énumère les auteurs des dessins qu’il propose au public. Il éditait avant tout des facéties et des caricatures contre les Espagnols.

10 IFF, t. V, 1968, p. 144-146.

11 IFF, t. VI, 1973, p. 9-30, 93 numéros.

12 Dans l’IFF, t. IV, 1961, les n° 148-165 sont des satires contre les Espagnols et des facéties comme le Magnifique festin fait à la Nopce de Robin Trapu et de Catin Bon Bec et leur Alliance bvrlesque (IFF, n° 159-160) https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b53266964c/f80.item et https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b53266964c/f80.item

13 IFF, t. V, 1968, p. 240. Marianne Grivel (Le commerce de l’estampe à Paris au XVIIe siècle, Genève, Droz, 1986, p. 217) indique que le 4 novembre 1631, Hulpeau signa un contrat avec Pierre Brebiette pour l’illustration en 80 planches à l’eau-forte d’une Histoire d’Alexandre non retrouvée. En 1626, il édita un Triomphe de Louis XIII (Genève, Musée d’art et d’histoire, E 2019-0764 : https://www.mahmah.ch/collection/oeuvres/scene-allegorique/e-2019 ) et en 1632 le frontispice du Jeu royal de la paulme (IFF, t. II, 1951, n° 247 ; ark :/12148/bpt6k3220180), gravés par Brebiette.

14 Comme le suggère R. A. Weigert (IFF, t. II, 1951, p. 59, n° 29-122), deux artistes ont peut-être porté ce nom. Celui qui nous intéresse grava entre 1645 et 1660 quelques portraits et des figures de gueux, la plupart pour Lagniet.

15 Dans son contrat d’apprentissage chez Jean Humbelot le 7 novembre 1638, il est dit âgé de 16 ans et fils d’un tailleur d’habits (AN., MC/ET/XXIX, 178) : la référence donnée par Weigert dans la biographie du maître (IFF, t. V, 1968, p. 241) est ici corrigée. Le 13 janvier 1647, il épousa une Catherine Picart en présence de Nicolas (témoin), Esme et Hugues Picart, tous trois graveurs (AN, MC/ET/XVII/51). Voir aussi, Rémi Mathis, » L’apprentissage de Gaspard Godard auprès d’Esme de Boulonnois (1657) », Nouvelles de l’estampe, 272 | 2024, DOI : https://doi.org/10.4000/12qjj

16 IFF, t. I, 1939, n° 1-22. Les numéros 16, 17, 18, 21 sont également d’après Testelin. Samuel Bernard a gravé quelques pièces d’après Bourdon, Champaigne, Corrège, Della Bella, Le Brun, Raphaël et Van Dyck, ainsi qu’un certain nombre de portraits, dont celui du marquis de Bade, peint par lui-même (IFF, n° 7).

17 Cette attribution, suggérée aussi par Barbara Brejon de Lavergnée, a été confirmée par David Simmoneau (communication écrite du 23 mars 2026).

18 Voir Rémi Mathis, « Les étapes de la vie du graveur René Lochon (1620-1674) », Les nouvelles de l’estampe, 268 | 2022 (https://doi.org/10.4000/estampe.3308 ) et Maxime Préaud, « Pierre [1651-1725] et René [1619 ou 1620 - 1674 ou 1675] Lochon », Manuscrit inédit pour l'Inventaire du fonds français https://rd.uqam.ca/LeJeune/1665BNF.html

19 IFF, t. X, 1989, p. 53-65 ; 21 numéros.

20 Véronique Meyer, » Vision satirique des Espagnols en France au XVIIe siècle », dans Spanish fashion at the Courts of Early Modern Europe, dir. José Luis Colomer, Amalia Descalzo Lorenzo, Madrid, Centro de Estudios Europa Hispanica, CEEH, 2014, t. 1, p. 341-362.

21 V. Meyer, « La représentation de la souffrance sociale dans la gravure parisienne (1635-1660) », Histoire de la souffrance sociale, XVIIe-XXe siècles, dir. Frédéric Chauveau, Rennes, les Pur, 2007, p. 19-31, où sont évoquées certaines de ces gravures.

22 IFF, t. II, 1951, p. 404, n° 90 ; Philippe Cornuaille, François Chauveau (1613-1676) Dessinateur et graveur, Thèse Paris-Sorbonne université, 2020, t. 2, n° G.74.

23 V. Meyer, « Hommages et dédicaces de Puget de La Serre à Richelieu », dans Richelieu, patron des arts, Paris, Passages / Passagen, 2009, p. 442-453, ill. 158. Commandé par les minimes de l’hôpital de la Charité qui espéraient la béatification de Claude Bernard, enterré dans leur église, l’ouvrage est orné de cinq gravures anonymes.

24 Voir Abraham Bosse savant graveur…, dir. Sophie Join-Lambert, Maxime Préaud, cat. exp. Bibliothèque Nationale de France, Musée des Beaux-Arts de Tours, 2004, n° 182-188.

25 Guérineau espère que « cet exemple se multiplie pour l’usage public [et qu’il en résulte] une très abondante moisson d’actions immortelles, d’où dépend le bonheur humain ».

26 Mariette, op. cit., t. IX, fol. 24; IFF, t. X, 1989, n° 21, p. 60.

27 3e vers tiré des Œuvres du sieur Siméon-Guillaume de Laroque, Épitre de Didon à Ænée, veuve Claude de Montreuil, 1609, p. 635 ; dans Diane. Premières amours (Livre I, 2e sonnet XLVIII, Paris, Mamert Patisson, 1573 et 1600 ; réédité en 1611 et 1614 à Rouen), Philippe Desportes avait écrit « Quand nous aurons passé l’infernale rivière ».

28 Comme le remarque Huigen Leflang, texte et image sont ironiques car pour léguer si peu, un testament est inutile (The Rijksmuseum Bulletin 2016-4, p. 428-429). C’est aussi un moyen de signaler la pauvreté de Jeanne et de ses compagnes : https://bulletin.rijksmuseum.nl

29 Son nom est inscrit dans la composition comme ceux de la Rétorée, qui tente en vain de donner à boire à Jeanne, de la Robine et de Nannon.

30 IFF, t. X, 1999, n° 20 repr. Pour plus de détails sur cette gravure, V. Meyer, Souffrance sociale, op. cit. 2007, p. 19-31. Tout l’oppose aux Proverbes de Lagniet.

31 IFF, t. I, 1939, n° 22, seuls sont précisés les noms des éditeurs, Pierre Mariette et Pierre Ferdinand avec la mention du privilège royal , p. 74.

32 Édité en 1628 chez Charles Hulpeau, évoqué plus haut.

33 Voir Claudine Nédélec, « Quelques étranges rencontres chez Apollon ; les Visions admirables du pèlerin de Parnasse (1635) » ; Gueux, frondeurs, libertins utopiens, autres et ailleurs du XVIIe siècle, dir. Philippe Chométy et Sylvie Requemora-Gros, Aix-Marseille, Presses universitaires de Provence, 2013, p. 81-89.

34 Bien d’autres allaient suivre comme Le Parnasse français ou l’école des muses (1664), Le Parnasse burlesque, ou divertissement des mélancoliques (1665), Le Parnasse réformé de Samuel Guéret en 1668.

35 Cette affirmation a été mise en doute par beaucoup d’historiens. On la trouve dans la Vita B. Alberti doctoris magni, écrite vers 1487, de Pierre de Prusse, publiée l’année de la canonisation d’Albert le Grand (Petrus de Prussia, Moretus, Anvers, 1621, p. 96) qui est peut-être la source du De viris illustribus ordinis Praedicatorum libri sex in unum congesti d’Alberti Leandro (Platonis, Bologne, 1517, livre 3, p. 107).

36 Satyres, Rouen, 1627, cité par Pierre Ronzeaud (p. 45), « Du mauvais genre à la subversion des genres : l’autre femme au XVIIe siècle », La femme au XVIIe siècle, actes du colloque de Vancouver… 5-7 oct. 2000, éd. Richard G. Hodgson, Colombia, 2002, p. 33-52 et Jean Serroy, « L’esthétique de la laideur : le corps de la femme dans le Virgile travesti », in Recherches & Travaux, n° 37, 1989. Poésie : le corps et l’âme. 2. Du Moyen Âge au XIXe siècle. Hommage à Robert Deschaux, p. 167-173 (DOI : https://doi.org/10.3406/retra.1989.1521 ). On peut rapprocher de ces Parnasses satiriques Le Jugement de Paris édité chez Guérineau (p. 17584 ; IFF, n° 7) https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b53266964c/f73.item.r =marolles, %20réserve, %20TF-2-fol.) et La belle Helène éditée par Lagniet, BnF, Estampes et photographie, Réserve Qb-201-(42)-Fol, https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b8404470b.r =hennin %2C %20lagniet ?rk =1931340 ;0) qui sont d’une toute autre veine que la gravure de Samuel Bernard.

37 IFF, t. I, 1939, n° 15. Signalons un second état : 'A Paris chez P. Mariette rue S. Iacques a l'esperance' et 'A Paris chez P. Ferdinand, au Fauxbourg S. Germain, r. d. Seine' (Londres, British Museum, inv ; 1870,1008.2889 : https://www.britishmuseum.org/collection/object/P_1870-1008-2889

38 Mariette, Notes manuscrites, op. cit., t. VI, fol. 24.

39 Cependant le catalogue d’une Collection de livres et d’estampes contenant l’histoire de France et plus particulièrement l’histoire de Paris, provenant du cabinet de M. L.R. de L. [Le Roux de Lincy], par M. Dubourg (Paris, Techner, 1855, n° 1008), l’attribue au graveur flamand Albert Flamen (vers 1620-après 1674).

40 Vincent Milliot, Les cris de Paris ou le peuple travesti, Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 24.

41 Paris Burlesque ou est contenu les filouteries du Pont-Neuf, Paris, veuve Guillaume Loyson, Jean-Baptiste Loyson, 1654, 1ère édition 1652. IFF, t. II, 1951, n° 476- Rés. Ed. 44-3, p. 162 ; Cornuaille, op. cit., t. II, p. 941, n° G 989.

42 Pierre Ronzeaud, De la harangère à l’harangueuse. Étude d’un stéréotype polémique forgé au XVIIe siècle, Ouverture & dialogue, mélanges offerts à Wolfgang Leiner, Tübingen, 1988 p. 739-750.

43 Furetière, Dictionnaire universel, La Haye, A. et R. Leers, 1690. 

44 IFF, t. II, 1951, n° 194. Philippe de Chennevières attribue la composition à Saint-Igny (Recherches sur la vie et les ouvrages de quelques peintres de l’ancienne France, Paris, Dumoulin, 1847, t. 1, p. 179). Édouard Ecman l’a gravée sur bois cette dans le même sens avec la même légende (IFF, t. IV, 1961, n° 2).

45 Paris ridicule, Amsterdam, 1668 ; écrit en 1655 ou 1656 et Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle par Claude Le Petit, Berthod, Scarron…, publié par P. L. Jacob, Paris, A. Delahays, 1859.

46 François Colletet, Le tracas de Paris ou la seconde partie de la Ville de Paris en vers burlesques, Paris, Antoine Rafflé, 1666.

47 V. Milliot, op. cit., p. 40.

48 IFF. t. V, 1968, n° 119 ; Bénédicte Gady, date la gravure de 1637-1642 (L’Ascension de Charles Le Brun, liens sociaux et production artistique, Paris, Éditions de la maison des sciences de l’homme, 2010, p. 66).

49 Lagniet avait également publié une Histoire comique de Francion en six planches où Hortensius apparaît plusieurs fois (IFF, t. VI, 1973, n° 365-370).

50 Les contes et joyeux devis, nouvelle LXV [posthume 1558, souvent réédité], éd. de Paul Jacob, Panthéon littéraire, 1841, p. 254-55.

51 IFF, t. VI, 1939, n° 93 ; John Grand-Carteret, Le décolleté et le retroussé, quatre siècles de gauloiserie, 1910, p. 16. Hélène Duccini, « La caricature, un art de la subversion au XVIIe siècle, Cahiers d’histoire, revue d’histoire critique, 1999, n° 74-77, p 31-44, p. 37.

52 Antoine Furetière, Dictionnaire Universel, La Haye et Rotterdam, Arnoult et Reinier Leers, 1690.

53 IFF, t. IV, 1961, n° 157.

54 Voir Cuckoldry, Impotence and Adultery in Europe (15th-17th century) Cuckoldry, Impotence and Adultery in Europe (15th-17th century), dir. Sara F Matthews-Grieco, 2014 qui analyse les désordres sexuels, rappelant que la situation de maquerellage est alors passible de poursuites judicières sévères (p. 262).

55 Voir, Paul Sébillot, Légendes et curiosités des métiers, ouvrage orné de 220 gravures d'après des estampes anciennes et modernes ou des dessins inédits, Paris, Flammarion, 2010, p. 25 (http://archive.org/stream/lgendesetcuriosi32798gut/pg32798.txt) et Philippe Cornuaille, « L’histoire du meunier à l’anneau », Nouvelles de l’estampe, 250, avril 2015, p. 22-39.

56 BnF, Estampes et photographie, Réserve, TF-2-fol., p. 88 ; P. Cornuaille, ibid, Ill. 11.

57 BnF, Estampes et photographie, Réserve, TF-2-fol., p. 88 ; P. Cornuaille, ibid, Ill. 10.

58 IFF, t. II, 1951, n° 8, TF2, fol., p. 89; P. Cornuaille, ibid, Ill. 8.

59 IFF, t. V, 1968, n° 240.

60 V. Milliot, Paris en bleu : images de la ville dans la littérature de colportage (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Éditions Parigramme, 1996, p. 112.

61 IFF, t. VI, 1973, n° 22.

62 IFF, t. VI, 1973, n° 341-364 : 24 planches L’Avanturier Buscon, Histoire facécieuse, d’après Quevedo (IFF, n° 365-370), six planches pour l’Histoire comique de Francion d’après Sorel, IFF, n° 370-405, 37 planches gravées pour la plupart par Jérôme David (IFF, t. III (David), 1954, n° 473-492) pour Les adventures du fameux chevalier don Quixot de la Manche et de Sancho Pansa son escuyer, d’après Cervantes. En 1663, Jérôme David a gravé également pour Lagniet La Vie de Till Wiespiegle (Tiel l’espiègle), comprise dans le livre IV des Plus illustres proverbes (IFF, t. VI, 1973, p. 121) Voir, Francesca Mariano, Jérôme David : Le parcours insolite d’un graveur entre l’Italie et la France au XVIIe siècle, Thèse d’histoire de l’art, Université de Poitiers et de Rome, Tor Vergata, 2019, 3 vol. , n° 425-452, 615-638, 711-726.

63 IFF, t. II, 1951, n° 10. TF2-fol., p. 64 et IFF Lagniet, t. VI, 1973, n° 24.

64 Œuvres poétiques, Paris, Sommaville, 1653 (L’Auberge, p. 73).

65 Auteur de chansons profanes et liturgiques tant en français qu’en latin, italien ou allemand… que Ronsard célèbre comme le Divin Orlando.

66 Florence Gétreau, « Philippot le Savoyard - Portraits d’un Orphée du Pont-Neuf mêlés de vaudevilles, d’images et de vers burlesques », in Michelle Biget-Mainfroy, Rainer Schmusch. ’L’esprit français’ und die Musik Europas. Entstehung, Einfluss und Grenzen einer ästhetischen Doktrin. ’L’esprit français’ et la musique en Europe. Emergence, influence et limites d’une doctrine esthétique. Festchrift für Herbert Schneider, 40, Georg Olms Verlag, p. 269-288, 2007, Studien und Materialien zur Musikwissenschaft. halshs-00140664P.

67 Recueil des chansons du Savoyard, réimpression textuelle faite de l’édition de 1665, et augmentée d’un avant-propos de M. A. Percheron, Paris, J. Gay, 1862, p. 76. La première édition incertaine daterait de 1640 ; la seconde parue sous le titre Recueil général des chansons du capitaine Savoyard de 1645 (Paris, Jean Promé), suivie par d’autres encore en 1656 et 1661. Bulletin de l’alliance des arts, n° 17, 15 février 1843 p. 270, Gustave Brunet mentionne la Chanson de lendemain de la nopce de Ieanne et cite trois strophes qui apparaissent en effet au bas de la gravure…

68 IFF, t. X, 1989, n° 174 ; gravure mentionnée par Florence Gétreau (op. cit. ill. 4), mais laissée dans l’anonymat, qui signale que Lassus apparaît aussi dans Le Savoyard, Orphée du Pont-Neuf attribué au graveur Jean Richer et publié par Lagniet, dans L’Apollon de la Grève, dans La vie de Tiel, 1663 (ill. 2, 3) et dans le Cortège du Bélier, tableau du Maître des cortèges (Philadelphie, Philadelphia Museum of art (ill. 1-1bis).

69 Gravure anonyme sans nom d’éditeur, qui est peut-être Ganière ou Humbelot.

70 3 p. in-8° s.l., s. d.. Dans le Catalogue de feu M. de Bure commencé par M. Secousse continué par le duc de La Vallière publié en 1783, on relève la présence d’un « Recueil précieux (de Mazarinades), de nombreux titres évocateurs parus en 1649 : La Balade des Maltotiers (n° 39), La chasse aux loups et renards ou la fin d’aise des maltotiers en vers burlesques (n° 45), Les maltotiers ou les pecheurs en eau trouble (n° 80 et n° 115), Avis aux partisans, Maltotiers, Monopoleurs & fermiers de ce Royaume trouvé dans le cabinet de d’Emery après sa mort, Paris 1650.

71 Stéphane Haffemayer, « Les chansons de la Fronde : enjeux de territoires (1648-1653) ». Revue du GRHis, 2025, Mazarinades et Territoires. hal-05051894

72 Cf. Hubert Carrier, La presse de la Fronde (1648-1653), Les Mazarinades, la conquête de l’opinion publique, Droz, 1989.

73 Nombreuses furent les publications qui parurent alors contre les maltôtiers ; on retiendra par exemple Le Tombeau des Monopoleurs avec leur epitaphe, Paris, 1649, où on lit par exemple : « Mais parmi tant de malheurs, & tant de desordres, il nous reste cette douce pensée, que les monopoleurs sont morts sans espoir de resurrection » (p. 4). Plus loin, il est question de « ces démons incarnez, qui tourmentent le genre humain sous le nom de monopoleurs, Partisans, donneurs d’avis, Gabeleurs, Maltotiers, Exacteurs & leveurs d’impôts » (p. 5).

74 Ni Louis Testelin, ni Gabriel Le Brun n’ont signé cette gravure éditée par Humbelot, que Mariette (op. cit., t. IX, 24) leur attribue, IFF Humbelot, t. V, 1968, n° 238 et Gabriel Le Brun, t. VII, 1976, n° 51. Comme le précise David Simmoneau, op. cit. (p. 174 et note 35), le dessin à la pierre noire, gravé en contrepartie, est conservé à Metropolitan Museum of Art de New york (inv. 64.196.1) https://www.metmuseum.org/fr/art/collection/search/339938

75 [s.n.], 32 (Ye-4546).

76 « Nous pourrons dire dans nos histoires, que de ce seul coup d’essay vous auez abbatu la teste d’un million de fripons, de harpies de l’Estat, de sangsües du peuple, & de mengeurs de Chrestiens, qui suiuant la fortune de ce Tyran par leurs partis, prests, monopoles intendance & inuentions diaboliques, ont entièrement desolés nos Prouinces & ruiné sans resource nostre pauure France ». Signalons encore Le Quendira-t'on de Mazarin. Burlesques, Paris, A. Quenet 1649 ; Burlesques BnF, YE-4059) 1649 p. 6 « C’est que l’on est à Ville-Iuy, / D’où les beaux retranchemens Chasseront les Cormorans ».

77 Le 11 mars 1649. On lui doit aussi les Maltotiers et les difficultés du temps et Le Temps de la Maltoste bouleversé. (D. Simonneau op. cit. fig. 1-3).

78 IFF Bernard, t. I, 1939, n° 20 ; seul le nom de l’éditeur Pierre Ferdinand apparaît. L’attribution à Bernard et Testelin vient de Mariette VI, fol. 21.

79 Tous deux fils du peintre de portraits Ferdinand Elle.

80 Dans l’inventaire après décès de Pierre 1er Mariette un écrit signé P. Mariette et Ferdinand du 15 juin 1651 fait mention de planches gravées leur appartenant également, et dans celui de Madeleine de Collemont, veuve de Pierre 1I Mariette, d’un autre écrit des mêmes en date du 8 avril 1662 indique que Ferdinand a été satisfait par Mariette « pour la moitié de planches qu’ils possédaient en commun ». Successivement AN, MC, CIX/225, 16 janvier 1658 et CIX-221, 12 mai 1664 (Maxime Préaud, Pierre Casselle, Marianne Grivel, Corinne le Bitouzé, Dictionnaire des Éditeurs d’Estampes à Paris sous l’Ancien Régime, Promodis, 1987, p. 122). Ces documents permettent de dater de 1651 les gravures en question qui sont celles qui nous intéressent, notamment La Chasse de mon oye et Le parnasse ridicule de la place Maubert.

81  La gravure manque dans l’IFF.

82 Par référence aux sauniers qui travaillaient nus pieds.

83 Montglas (François-de-Paule de Clermont, marquis de), Mémoires (1658), dans Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, dir. Alexandre Petitot et Jean-Nicolas Monmerqué, Paris, Foucauld, 1826, t. 51, p. 63.

84 Furetière précise que par savetier on entend aussi « tout autre artisan qui travaille mal proprement, grossièrement, qui salit, qui gaste la besogne ».

85 Selon Antoine Oudin (Curiosités françoises, Paris, Sommaville, 1640, p. 481), un Jean Ridou est un « badin, un niais ».

86 Voir Pierre Barbier et France Vernillat, Histoire de France en Chansons, Paris, t. 2, Mazarin et Louis XIV, Paris, 1956 (10° éd.).

87 Voir C. Nédélec, Les États et Empires du burlesque (Paris, H. Champion, 2004, p. 49).

88 En 1666 (Catalogue de livres d'estampes et de figures en taille douce, p. 15), il énumère les thèmes des recueils « les proverbes mesmes n’y ont pas esté oubliez, non plus que beaucoup d’aventures facetieuses, car je n’ay rien voulu négliger de cette sorte de curiosité ». En 1672 (Catalogue de livres d'estampes et de figures en taille... n° CXXVI), il a réuni les « pièces emblématiques ridicules, au nombre de 948 de divers maistres, dont le nombre est grand, de toutes les nations, puisqu’il y en a plus de cent ». Le n° CXXVII concerne le « Livre de pièces de bouffonnerie de l’invention de diverses maistres de Paris [il précise que] quels-uns desquels se sont permis un peu trop de licence pour divertir le peuple pendant que lon portait la guerre dans les pays estrangers, dont ils ont fait souvent d’assez mauvaises railleries » il ajoute, « lesquelles ne laissent pourtant pas de servir à l’histoire du temps ; celles-cy au nombre de 561 ».

89 Louis Odespung de la Meschinère en 1655 ; à la fin de son catalogue, il est question d’un volume qui « contient nombre de pieces de matières, ou manières plaisantes & ridicules ; & en suitte vn recueil de mascarades ». V. Meyer, « Louis Odespung de La Meschinière (1597-1655) », Nouvelles de l’estampe, 240 | 2012, 4-30. https://doi.org/10.4000/estampe.974

90 Catalogue de la bibliothèque de défunt M. Boucot… Composée de plus de dix-huit mille volumes de livres imprimez... De plus de soixante & dix mille estampes... Paris, Moette et Boudot, 1699 ; il possédait 430 et 120 pièces de grotesques et autres de différents maîtres (n° 112 et 126) et un recueil des plus illustres proverbes de Lagniet en 5 vol. (n° 18 de des livres de figures in-4).

91 Dans sa collection, on trouve des « proverbes grotesques » (Vanessa Selbach, « La collection d’estampes d’André Le Nôtre », in André Le Nôtre en perspective, cat. exp. Château de Versailles 2013, p. 130-137.

92 Mort en 1676, Accart en possédait au moins un recueil qu’il légua à l’abbaye de Sainte Geneviève (Réserve, W fol. 242 inv. 356 « grotesques », 44 folios contenant 126 gravures pour la plupart des œuvres italiennes ou flamandes), mais sans doute en trouvait-on aussi deux autres volumes parmi ceux qu’il légua également aux abbayes de Saint-Germain et de Saint-Victor. V. Meyer, « Nicolas Accart, un amateur du XVIIe siècle », Bulletin de la Société d'Histoire de l'art français, 1989, p. 55-67.

93 Cabinet d'estampes de feu Monsieur le Premier. [Marquis de Beringhen], 1730, n° 418 « recueil de facéties ».

94 V. Meyer, » Florent Le Comte et la gravure », Nouvelles de l’estampe, 261 | 2018, 44-62. https://doi.org/10.4000/estampe. 289. Dans le Cabinet des singularités d’architecture, peinture, sculpture, (Paris, E. Picart, t. 1, 1699, p. 28), reprenant Odespung, il préconise que le « 9ème, enfin seroit rempli de nombreuses pièces de matière ou manières plaisantes & grotesques, avec un recueil de toute sorte de mascarades. » Notons qu’il a remplacé ridicules par grotesques.

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Table des illustrations

Légende Fig. 1. Attribué à Chauveau, édité par J. Balesdens, La vie du Bienheureux Bernard, 310 x 425, Réserve Ed-44-(1)-Fol. t. I, p. 103), https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53274743z/​f214.item.r=Reserve-ed-44-(1)-fol
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7579/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 994k
Légende Fig. 2. Georges Lejuge d’après Louis Testelin, Le Testament de Jeanne, 202 x 404 ? Tf-2-Fol, p. 60 https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f68.item.r=Reserve%20TF-2-Fol%20%20%20Marolles.zoom
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7579/img-2.jpg
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Légende Fig. 3. Samuel Bernard d’après Louis Testelin, chez Pierre Mariette et Pierre Ferdinand Le Parnasse ridicule de la place Mavbert. Avec Privilege du Roy, 260 x 391, Tf2-Fol., https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f82.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7579/img-3.jpg
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Légende Fig. 4. Samuel Bernard d’après Louis Testelin, chez P. Ferdinand, La chasse à mon oye, avec privilege du Roy, 278 x 404, Tf-2-Fol, p. 61, https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266964c/f69.item.r =martolles-réserve-TF-2-fol.zoom
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7579/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 774k
Légende Fig. 5. Chez Charles Hulpeau, des Crocheteurs se battant étant ivres, avec privilege. 205 x 293, Tf-1-Fol., p. 74, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266963x/​f82.item.r=Marolles,%20Réserve%20TF-1-fol.zoom
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7579/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 521k
Légende Fig. 6. Dessinée et gravée par François Chauveau, La Ville de Paris en vers Burlesques, 196 x 155, Réserve Ed.-44-(3)-Fol., p. 162 , https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53278257n/f345.item.r =réserve %20ED-44-(3)-fol.zoom
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7579/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Légende Fig. 7. Isaac Briot, Jean de Saint Igny, Le Matois et la Tripière, 203 x 160, ; Tf-1 Fol. 29, https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266963x/f37.item.r =Marolles, %20Réserve-TF-1-fol.zoom
URL http://journals.openedition.org/estampe/docannexe/image/7579/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Légende Fig. 8: Jean Humbelot d’après Charles Le Brun, Plaisanterie d’un pédant et d’une harangère, Avec Privilège, 280 x 335, Tf-2-Fol., p. 71, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f79.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom
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Légende Fig. 9. Chez Ladame : Histoire plaisante d’un porteur d’eau et d’un Cuisinier de Paris, 278 x 383 ; , Tf-2-Fol., p. 70 , https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f78.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom
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Légende Fig.10. Chez Ganière, Dialogue de dame Alison et de Lubin son mary dans le cabaret, Avec Privilege du Roy, 295 x 396, ; Tf-2-Fol. p. 78 , https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f86.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom
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Légende Fig.11: Esme Boulonois chez Lagniet, Meunier à l’anneau, 280 x 423 ; Tf-2-Fol., p. 14. https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266964c/f97.item.zoom
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Légende Fig. 12. Chez Humbelot, Le savetier goulu, 273 x 230, TF-2-Fol., p. 74, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f82.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom
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Fichier image/jpeg, 696k
Légende Fig. 13. Chez Lagniet, La fureur des manceaux avec Privilege, 388 x 535 , Tf-2-Fol., p. 38, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f46.item.r=martolles-réserve-TF-2-fol
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Légende Fig. 14 : Esme Boulonois, Magnifique noce de Jeanne, Avec Privilege du Roy, 275 x 420, Tf-2-Fol., p. 64, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f72.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom
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Légende Fig. 15. Esme Boulonois ( ?) chez Lagniet, Le Lendemain de la Nopce de Jeanne, avec Privilege, 306 x 410, Tf-2-Fol., p. 62, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f70.item.r=martolles-r%C3%A9serve-TF-2-fol.zoom
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Légende Fig. 16. Anonyme, La déroute des Maltotiers, 442 x 560, ; Tf-2-Fol, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f47.item.r=martolles-réserve-TF-2-fol
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Légende Fig. 17. Gabriel Le Brun d’après Louis Testelin, chez Humbelot, La Déroute des cormorans, 390 x 495, Tf-2-Fol, p. 40, https://gallica.bnf.fr/​ark :/12148/btv1b53266964c/f48.item.r =martolles-réserve-TF-2-fol
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Légende Fig. 18. Samuel Bernard, Louis Testelin, chez Pierre Ferdinand, le Retour de Gonesse, 291 x 430, Tf-2-Fol, p. 57, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b53266964c/​f48.item.r=martolles-réserve-TF-2-fol
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Légende Fig. 19. Chez Lagniet, la Rejouissance des bons françois, en 1659, 380 x 500, Réserve Qb-201 (29)-Fol, p. 56, https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b8403244v
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Pour citer cet article

Référence électronique

Véronique Meyer, « Réalité ou fantasme : la représentation du peuple de Paris et des villes entre 1635 et 1660 à travers quelques gravures du recueil des Facéties de Marolles »Nouvelles de l’estampe [En ligne], 275 | 2026, mis en ligne le 15 mai 2026, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/estampe/7579 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16a9j

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Véronique Meyer

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