Navigation – Plan du site

AccueilNuméros27Dossier spécialSuffisantisme et procréation

Dossier spécial

Suffisantisme et procréation

Sufficientism and Procreation
Héloïse Michelon

Résumés

Cet article interroge la permissibilité morale de la procréation et les obligations des parents potentiels envers leurs futurs enfants, en situant cette réflexion au croisement de l’éthique procréative et de la justice distributive. Trois approches principales sont distinguées : les approches minimalistes, qui imposent d’éviter la naissance d’enfants dont la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue ; les approches maximalistes, qui prônent la sélection de l’enfant « le meilleur possible » ; et enfin les approches suffisantistes, qui constituent une voie médiane. Le suffisantisme procréatif soutient que la procréation est moralement justifiée si les parents peuvent raisonnablement garantir à leur enfant un niveau de bien-être supérieur à un seuil de suffisance. Cette conception permet d’éviter le problème de la non-identité, tout en formulant une exigence morale mesurée : il ne s’agit ni d’optimiser, ni de se contenter d’éviter les pires existences, mais d’assurer que la vie donnée soit « suffisamment bonne ».

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Christine Overall, Why have children? the ethical debate, Cambridge, MIT press, 2012.

1La question centrale de l’éthique de la procréation est celle de la permissibilité de la procréation. Procréer est-il permis, et si oui, à quelles conditions ? Ce débat se manifeste fréquemment dans le contexte des avancées scientifiques en matière d’assistance à la procréation. Pourtant, la question de permissibilité se pose au-delà de ces cas où la médecine est sollicitée. Faut-il avoir des enfants ? Que doit-on à ses futurs enfants ? Il est possible de faire une éthique générale de la procréation, au-delà des questions ponctuelles soulevées par l’apparition d’un nouveau procédé, et de s’interroger sur l’existence d’obligations des parents potentiels envers leurs futurs enfants. L’éthique de la procréation, au contraire de l’éthique de la parentalité, examine la responsabilité morale des choix procréatifs qui mènent à la naissance, et non la manière d’élever un enfant. Il s’agit d’explorer, en philosophe, « un aspect fondamental de la vie humaine »1.

2La réflexion sur la procréation est tiraillée entre deux logiques opposées. La première logique requiert des parents potentiels qu’ils cherchent toujours le meilleur pour leur enfant, nous la qualifierons de maximaliste. L’autre est minimaliste en ce qu’elle conteste l’idée que la naissance puisse être injuste pour un enfant, quelles que soient les circonstances, en dehors de cas hypothétiques de vies qui ne vaudraient pas la peine d’être vécues. Ces deux tendances correspondent à des intuitions partagées : d’un côté celle d’une responsabilité parentale exigeante et de l’autre une certaine méfiance face à la multiplication d’injonctions à mériter l’accès à la parentalité.

  • 2 James Lenman, « Immortality: a letter », Cogito, 1995, no 2, p. 164-169.

3James Lenman conteste en bloc l’idée d’une responsabilité morale des parents, et donc la légitimité de l’éthique de la procréation. La parentalité lui apparaît comme un instinct pour lequel « nous sommes programmés ainsi au même titre que pour la sexualité »2, et donc comme une action qui n’est pas susceptible d’une appréhension morale. Son approche est différente d’une crainte vis-à-vis d’une moralisation excessive de la procréation, d’une responsabilité démesurée. Les minimalistes, dont il sera question ici, peuvent admettre une responsabilité limitée parce qu’ils admettent qu’il puisse être, dans des cas extrêmes et rares, déraisonnable de mettre au monde un enfant.

4L’alternative aux deux approches présentées ici consiste à appréhender l’étendue de l’obligation parentale à l’aide du concept de seuil de suffisance. Ce seuil permet de rassembler les éléments nécessaires à une évaluation globale de la situation de l’enfant futur dont les capacités parentales font partie ; si la situation anticipée de l’enfant est en dessous d’un certain niveau, les parents potentiels ont l’obligation de remettre à plus tard leur projet jusqu’à ce qu’ils puissent s’assurer que la vie de l’enfant commencera dans de bonnes conditions. Ce standard devient le seuil de suffisance, concept central des approches dites suffisantistes.

  • 3 Harry Frankfurt, « Equality as a moral ideal », Ethics, 1987, n° 1, p. 21-43; H. Frankfurt, « Equal (...)

5Le suffisantisme est une théorie politique pour laquelle une juste répartition des biens requiert que chacun atteigne un seuil de suffisance, que chacun ait assez (par contraste avec l’égalitarisme où chacun doit disposer des mêmes biens)3. Ses partisans entendent peser adéquatement ce qui revient à chacun, en termes de droit et de devoir. Adapter cette théorie politique au contexte procréatif comporte de multiples avantages : elle évite le problème du dommage lié à la naissance et conserve l’idée d’obligation envers les personnes futures en y ajoutant l’idée plastique de mesure. Bonnie Steinbock et David Archard défendent l’idée d’une parentalité responsable : il n’est pas nécessaire de convenir à un idéal écrasant du parent parfait mais il semble raisonnable de s’assurer d’être en mesure de garantir un certain standard de vie. Cette contribution explore l’importation du suffisantisme de la philosophie politique à l’éthique de la procréation en s’attachant à deux de ces représentants : Bonnie Steinbock et David Archard.

Approches minimalistes de la procréation : l’exigence d’une vie qui vaut la peine d’être vécue

6Les approches minimalistes de la procréation réduisent au minimum les obligations procréatives des parents potentiels. D’abord, elles acceptent qu’il puisse y avoir des actions procréatives illégitimes, des cas où l’on peut dire qu’on nuit à un enfant en lui donnant naissance. Ensuite, elles limitent l’obligation parentale à éviter de telles naissances. Ces approches sont minimalistes parce qu’elles sont peu exigeantes et négatives : il faut empêcher le pire d’advenir.

  • 4 Bonnie Steinbock, « Wrongful Life and Procreative Decisions », dans D. Wasserman et M. Roberts (éd. (...)

7Pourquoi y aurait-il une obligation d’éviter de procréer ? De l’avis de Steinbock : « il n’est pas étrange ou inhabituel de suggérer que commencer une grossesse dans des circonstances désavantageuses serait irresponsable ou injuste pour le futur enfant »4. Pour les minimalistes, l’obligation d’éviter de procréer ne peut s’entendre que si l’enfant a une vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue. Parler de vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue peut sembler choquant, mais également paradoxal. Pourtant, l’idée est simple : s’il existe des vies si pleines de souffrance et si dénuées de joies compensatoires qu’elles ne valent pas la peine d’être vécues, il apparaît comme immoral de condamner quelqu’un à une telle vie.

  • 5 Joel Feinberg, « Wrongful Life and the Counterfactual Element in Harming », Social Philosophy and P (...)

8Joel Feinberg l’exprime avec une expérience de pensée. Il imagine une personne qui, rencontrant une déité toute puissante après sa mort, se voit offrir le choix entre disparaître complètement immédiatement ou se réincarner en enfant atteint de la maladie de Tay-Sachs, dont l’espérance de vie est de quatre ans. De plus, il n’y a pas de troisième réincarnation après la vie de cet enfant, c’est la disparition définitive, et celle-ci est marquée par les souffrances qui accompagnent cette maladie5. Feinberg conclut :

  • 6 J. Feinberg, op.cit., p. 165.

« Je pense qu’il faudrait être fou pour choisir la première option. Agir dans son propre intérêt impose de considérer l’état actuel comme suffisant et d’en rester là. De la même manière, si la déité vous demande de choisir entre les mêmes alternatives pour un être cher, disons un partenaire ou un enfant, quelqu’un dont vous vous souciez vraiment, vous n’hésiterez pas, dans la mesure où vous être rationnel, à opter encore une fois pour la disparition immédiate (immediate nonexistence). »6

  • 7 Merril Nelson, « Wrongful life: impaired infant’s cause of action recognized – Curlender v. Bio-Sci (...)
  • 8 Voir notamment: David Benatar, Better never to have been: the harm of coming into existence, Oxford (...)
  • 9 « First gene therapy for Tay-Sachs disease successfully given to two children », The Conversation, (...)

9Il insiste donc sur le caractère rationnel de ce jugement, qui peut être émis par un individu pour lui-même, ou à propos d’un autre, dans son intérêt. Citer une pathologie particulière, ici la maladie de Tay-Sachs, rend l’exemple dépendant de l’état de la médecine et l’inscrit dans un contexte temporel particulier. En effet, en 1980, la cour suprême de Californie reconnaît une action en vie préjudiciable dans laquelle une petite fille, Shauna Curlender, atteinte de cette même maladie, intente une action contre le médecin de ses parents. En l’espèce, il est accusé de négligence dans la conduite de tests qui, correctement menés, auraient révélé leur statut de porteurs de la mutation génétique responsable de la maladie de leur fille7. Le caractère sévère, incurable, fatal dans les premières années de la vie de cette pathologie ainsi que ce précédent juridique en font un exemple régulier dans les débats autour des actions en vie préjudiciable8. Cependant, de récentes innovations laissent entendre une possibilité de traitement pour cette maladie9.

  • 10 Pour un argument selon lequel il y a un niveau d’exigence plus élevé pour commencer une vie que pou (...)
  • 11 J. Feinberg, op.cit., p. 158.

10Feinberg cherche à démontrer qu’une vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue est une vie qu’il est tout à fait rationnel de vouloir éviter, et qu’il apparaît comme injuste de donner à quelqu’un10. L’expression ne nécessite pas une exploration de ce qu’une comparaison avec « la non-existence » donnerait mais exprime un jugement sur la qualité de l’existence vécue. Si d’un adulte, on accepte la déclaration qu’il serait « mieux mort » (better off dead), on peut émettre le jugement qu’un enfant futur serait « mieux non-né » (better off unborn)11. Le fait que l’auteur de cette déclaration parle de lui-même ou d’un autre n’est pas pertinent, dans la mesure où la rationalité du jugement fait sa validité. Il est tout à fait possible qu’un tel jugement, émis par un adulte, soit aussi un appel à l’aide, ou l’expression d’une profonde souffrance. Feinberg rappelle simplement qu’il peut être également l’expression d’un jugement rationnel, fondé sur les intérêts de cette personne et, en l’occurrence, sur l’impossibilité de satisfaire ses intérêts dans ces conditions.

  • 12 J. Feinberg, op.cit., p. 164.
  • 13 J. Feinberg, op.cit., p. 166.

11A quelle compréhension de la rationalité Feinberg fait-il référence ? Il faut revenir à l’expérience de pensée. Celui qui doit choisir choisit pour lui ou pour un être cher : il évalue ou son intérêt propre ou celui d’une tierce personne dont il représente les intérêts. Dans le contexte du dilemme envisagé, les préférences de l’évaluateur pour la « non-existence » sont rationnelles car elles sont « exprimées par un tiers préoccupé par la promotion du bien [d’une personne] mais surtout par le fait de mettre fin à son mal actuel »12. C’est la conjonction d’un but, décider dans l’intérêt d’une personne, et d’une situation, si désastreuse qu’aucun de ses intérêts ne peut être satisfait, qui justifie la décision. Ainsi, un enfant qui naît alors qu’il aurait été mieux non-né (better off unborn) « vient au monde non seulement avec des droits, mais avec ses droits déjà violés »13.

  • 14 Derek Parfit, Reasons and persons, Oxford, Clarendon Press, 1992.

12Ici, nous touchons à deux problèmes connexes : celui de savoir si la naissance porte préjudice à l’enfant et si ce préjudice est susceptible d’être réparé. Pour le premier, on peut imaginer qu’en dehors d’un préjudice personnel subi par l’enfant, l’action est néanmoins injuste. Si on adopte une compréhension classique de la notion de préjudice, dans laquelle le dommage doit pouvoir être rapporté à une personne victime, cette solution paraît absurde : pour qu’il y ait préjudice, il faut un dommage. Or, dans certaines situations procréatives, il est extrêmement difficile de parler de dommages. Dans le cas de Shauna Curlender, peut-on dire que l’erreur du médecin lui a porté préjudice à elle, alors qu’en l’absence de cette erreur, Shauna ne serait pas née ? Ces situations dans lesquelles le dommage supposé est inséparable de la naissance forment ce que Derek Parfit appelle le problème de la non-identité14. Pour le résoudre, il propose une compréhension non-personnelle du dommage : ainsi, il est capable de parler de naissances préjudiciables, même si l’enfant n’a subi aucun dommage. Au contraire, Feinberg, partisan d’une version classique de la notion de préjudice, fait des naissances préjudiciables une exception, du fait de leur caractère extrême : si la vie de l’enfant ne vaut pas la peine d’être vécue, on peut bien affirmer qu’elle lui a causé du tort.

  • 15 O’Neill aborde ainsi les problèmes éthiques liés aux enfants en prenant pour point de départ les ob (...)

13Quant à la possibilité d’une réparation, elle nécessite un approfondissement du cadre juridique considéré et de ses règles en matière de responsabilité. Cette contribution n’a pas pour objet de trancher ce débat ni de l’explorer davantage car son parti pris ne l’exige pas. Elle peut s’en tenir à l’idée que les parents potentiels ont le devoir d’agir d’une certaine façon sans nécessairement impliquer un droit corrélatif des enfants15.

  • 16 Jonathan Glover, Choosing children: genes, disability, and design, Oxford, Oxford University Press, (...)
  • 17 J. Glover, op.cit., p. 52.

14Cependant, il convient de se demander si ces approches minimalistes ne sont pas trop peu exigeantes. Comme le souligne Jonathan Glover, il est possible qu’elles envoient le message suivant : « il est acceptable d’avoir un enfant, ou d’apporter de l’aide à quelqu’un qui veut procréer, tant que l’on peut s’attendre à ce que la vie de l’enfant atteigne un niveau où elle mérite tout juste d’être vécue. » 16Ce niveau d’exigence lui semble si bas qu’il le trouve « alarmant »17. A l’opposé d’un seuil minimal, nous allons maintenant nous intéresser à une approche qui encourage les parents à viser le meilleur pour leurs enfants futurs.

Approche maximaliste : de la bienveillance au perfectionnisme procréatif

  • 18 J. Glover, op.cit., p. 53.
  • 19 Julian Savulescu, « Procreative beneficence: why we should select the best children », Bioethics, 2 (...)

15De l’autre côté du spectre, Glover place ce qu’il appelle le « perfectionnisme procréatif », l’idée que l’on devrait mettre au monde les enfants qui auront les meilleures chances dans la vie18. Nous qualifions cet idéal de maximaliste en ce qu’il vise un degré toujours plus élevé d’un bien donné. Julian Savulescu est un exemple représentatif d’un tel perfectionnisme. Son principe, qu’il nomme « bienveillance procréative », considère que « les couples ou le futur parent devraient sélectionner l’enfant, parmi les enfants qu’ils peuvent avoir, dont on peut attendre qu’il ait la meilleure vie, ou une vie au moins aussi bonne que les autres, en fonction de l’information pertinente et disponible. »19 Il s’agit bien de maximiser, par ses décisions procréatives, le bien-être de ses futurs enfants.

  • 20 J. Savulescu, op.cit., p. 414.

16Le principe de bienveillance procréative implique un fort dispositif technique pour mettre en œuvre cette sélection : il faut procéder à une FIV, tester les différents embryons et sélectionner celui qui est non seulement en bonne santé (exempt de maladie) mais possède également des traits non-pathologiques avantageux (par exemple une meilleure mémoire). Savulescu plaide pour quelque chose comme une version anténatale du « donner les meilleures chances » à son enfant et voit également son projet comme un choix rationnel. Il compare la procréation à un jeu appelé la « Roue de la Fortune ». La roue est graduée avec des montants allant de zéro au million de dollars. On la fait tourner à l’écart du joueur, un montant est placé dans une première boîte A. Puis on la fait tourner une deuxième fois et le nouveau montant est placé dans une seconde boîte B. Le joueur doit choisir entre les deux boîtes, sachant que s’il choisit la boîte B, un dé sera lancé et il perdra 100 dollars s’il tire un 6. Si le joueur cherche à gagner le plus d’argent possible, c’est-à-dire à maximiser ses gains, il doit prendre la boite A. Savulescu conclut que « choisir les gènes associés à des caractéristiques non-pathologiques est comme jouer à la Roue de la Fortune. Vous devriez utiliser toutes les informations disponibles et choisir l’option la plus à même de provoquer le meilleur résultat. »20 Là encore, c’est une version de la rationalité comme adoption du moyen le plus efficace vers une fin donnée qui est convoquée. Que le joueur animé par l’envie de gagner agisse rationnellement fait de lui un bon joueur, apte à réussir ; que cette attitude doive être celle d’un bon parent est un saut logique que beaucoup peinent à franchir.

  • 21 Julian Savulescu et Guy Kahane, « Understanding Procreative Beneficence », dans L. Francis (éd.), T (...)
  • 22 Julian Savulescu et Guy Kahane, « The moral obligation to create children with the best chance of t (...)
  • 23 J. Glover, op.cit., p. 54.

17Depuis cette première formulation en 2003, Savulescu a continué de défendre son principe21. La bienveillance procréative dépasse largement le domaine de la bonne santé et s’attache plus largement à une maximisation du bien-être, celle-ci passant par une recherche constante d’amélioration par la science, y compris morale22. Une lecture charitable de celle-ci la décrirait comme « une question d’essayer de rendre le monde meilleur »23. En un sens, qui ne serait pas ravi de vivre dans un monde où les gens sont davantage en bonne santé, plus intelligents et plus moraux (ce qui veut dire capables et motivés par l’idée de trouver des solutions aux problèmes de leur temps) ?

  • 24 Robert Sparrow, « A Not-So-New Eugenics: Harris and Savulescu on Human Enhancement », The Hastings (...)
  • 25 J. Savulescu et G. Kahane, « The moral obligation to create children with the best chance of the be (...)
  • 26 R. Sparrow, op.cit., p. 36.

18La proposition de Savulescu est pourtant vivement critiquée. Certaines critiques sont formelles et s’attachent à l’indétermination des limites exactes de son principe : Robert Sparrow se demande par exemple ce que veut dire « le meilleur enfant qu’ils peuvent avoir »24. Est-ce l’enfant avec le meilleur profil génétique que les combinaisons de gamètes des deux parents peuvent produire ? Ou sont-ils obligés de chercher parmi une éventuelle banque de gamètes ? Savulescu a limité son propos aux parents biologiques25. Cependant, Sparrow maintient que rien dans sa réponse ne soutient une telle limitation : si c’est bien la recherche d’un bien-être maximum qui compte, il n’y a pas de raison de s’en tenir à sa propre biologie26.

  • 27 Michael Sandel, The Case Against Perfection: Ethics in the Age of Genetic Engineering, Cambridge, H (...)
  • 28 Nicolas Agar, Liberal eugenics: in defence of human enhancement, Malden, Blackwell Publication, 200 (...)

19D’autres critiques soulignent son caractère exigeant, voire démesuré. Bien que ce soit un principe procréatif, ces critiques cherchent à en prouver l’illégitimité en le comparant à des comportements parentaux qu’ils réprouvent. Pour Michael Sandel, cette ambition de perfection est à rapprocher de l’hyperparenting, une obsession du contrôle de chaque élément de la vie de l’enfant27. Nicholas Agar suggère qu’il faut « bannir les modifications génétiques similaires à des comportements éducatifs moralement inadmissibles »28, ce qui inclut pour lui le hothousing, une pratique consistant à soumettre l’enfant à un apprentissage académique intensif et accéléré pour améliorer ses performances. Si l’on accepte cette perspective, alors la comparaison entre ces comportements parentaux et les obligations procréatives de Savulescu est à la défaveur de ce dernier. En effet, les parents qui cherchent à contrôler chaque aspect de la vie de leur enfant ou à dédier l’intégralité de ses journées à l’étude font preuve du même type d’excès que celui reproché à Savulescu, lorsqu’il préconise aux parents potentiels d’examiner minutieusement le génome de leurs embryons afin de donner naissance au « meilleur enfant » possible.

Le suffisantisme procréatif

  • 29 Axel Gosseries, « Qu’est-ce que le suffisantisme  ? », Philosophiques, 2012, no 2, p. 465-491.
  • 30 Derek Parfit, « Equality or Priority », in John Harris, Bioethics, Oxford University Press, 2001, p (...)
  • 31 Roger Crisp, « Equality, Priority, and Compassion », Ethics, 2003, n° 4, p. 745-763.
  • 32 Pour une version du suffisantisme sensible aux inégalités au-dessus du seuil, voir notamment Walter (...)
  • 33 Paula Casal, « Why Sufficiency Is Not Enough », Ethics, 2007, n° 2, p. 296-326.
  • 34 Axel Gosseries, « Les théories de la justice intergénérationnelle. Synopsis à l’usage des durabilis (...)
  • 35 Axel Gosseries, « Une métaphore de la justice intergénérationnelle », Regards croisés sur l’économi (...)

20Le suffisantisme est une théorie de la justice distributive dans laquelle « les titulaires d’obligations distributives en ont fait assez à partir du moment où chacun des bénéficiaires potentiels a assez »29. Il est souvent comparé à l’égalitarisme, l’autre grande théorie distributive, qui se concentre sur la réduction des inégalités. L’avantage du suffisantisme par rapport à l’égalitarisme est qu’il n’est pas susceptible de se satisfaire d’un nivellement par le bas. En effet, si la préoccupation centrale de l’égalitarisme est la réduction des inégalités, il peut, à première vue, se contenter d’une société où tout le monde est également mal en point30. Au contraire, le suffisantisme évite cet écueil en se focalisant sur un niveau de vie suffisant. Son concept central est le seuil de suffisance : il détermine plus qu’un niveau de vie minimum, mais une juste distribution des ressources. Le suffisantisme vise donc à élever le niveau de vie des personnes en dessous de ce seuil31. Il est indifférent à la situation de ceux dont le niveau de vie est au-dessus de ce seuil32. En tant que théorie de distribution des biens entre contemporains, il doit répondre à certaines objections, soulevées par exemple par ceux qui contestent qu’un tel seuil puisse justifier à la fois l’urgence de la redistribution pour les moins fortunés et l’indifférence vis-à-vis des à peine assez fortunés33. Comme théorie de la justice intergénérationnelle, il fait également face à des objections spécifiques à cet objet34. Appliqué à la procréation, le suffisantisme hérite de et évite certaines des problématiques de ces champs. Ici, il ne s’agit pas de déterminer qui est prioritaire ou les compromis acceptables dans le transfert des biens, ce qui revient à envisager des mouvements dans la redistribution. Il s’agit plutôt d’assurer à des individus un certain niveau initial. Pour utiliser une image spatiale, la question n’est pas : qui devrait se déplacer vers une meilleure position ? Mais d’ajouter une entité qui n’occupait aucune position jusque-là. En effet, procréer revient à introduire un nouvel individu doté de droits et de besoins, et non à se demander quelles trajectoires peut suivre un individu préexistant. Pour prendre au sérieux les « conséquences potentiellement radicales liées au fait que nous sommes causalement responsables de l’existence même de ceux envers qui nous avons des obligations »35, le suffisantisme procréatif doit relever trois défis : traiter le problème de la non-identité, évaluer la pertinence de distinguer un seuil de dommage et un seuil de suffisance, et proposer un contenu substantiel pour le seuil de suffisance.

Répondre au problème de la non-identité

  • 36 D. Parfit, op. cit., p. 358.
  • 37 David Heyd, « Procreation and value can ethics deal with futurity problems? », Philosophia, 1988, n (...)
  • 38 Il faut préciser ici que le suffisantisme n’est ni la seule théorie qui utilise un seuil, ni la seu (...)

21Une des particularités de la procréation est que nous sommes causalement responsables de l’existence des personnes auxquelles nous devons un certain niveau de vie. Intuitivement, nous voulons prendre des décisions qui sont bonnes pour eux. Or ce dernier point soulève ce qu’on appelle le problème de la non-identité. Dans l’un de ses exemples, Parfit demande si une adolescente qui choisit d’avoir un enfant alors que sa jeunesse constitue un désavantage pour cet enfant lui porte préjudice. La difficulté réside dans le fait que sans cet acte supposé fautif, l’enfant ne serait pas là36. Si l’on interprète ce problème comme impliquant nécessairement une comparaison entre l’existence et la non-existence de l’enfant, et que deux états sont incommensurables, alors sa résolution est fortement compromise37. Or le concept de seuil permet de contourner cette difficulté car il rend possible une compréhension non-comparative du dommage38. En effet, il s’agit alors de déterminer non pas si l’enfant va moins bien qu’avant, ou moins bien qu’il aurait pu aller ?, mais s’il va suffisamment bien pour que nos obligations envers lui soient remplies. Cet examen doit être entrepris pour chaque éventualité d’avoir un enfant, quelles que soient les autres options envisageables (pourrais-je avoir un autre enfant ? est-ce cet enfant ou pas d’enfant du tout ?). Il n’est pertinent de parler de dommage que si l’on peut anticiper que l’enfant potentiel connaîtra des conditions de vie suffisamment faibles pour se situer en dessous du seuil qui incarne la notion de dommage. La notion de seuil permet d’évaluer les perspectives de l’enfant que l’adolescente pourrait avoir jeune, indépendamment des enfants qu’elle pourrait avoir à l’âge adulte, et sans recourir à une comparaison entre existence et non-existence.

  • 39 Pour un aperçu des difficultés rencontrées par une théorie générale du seuil de dommage, voir Lukas (...)

22En introduisant le concept de seuil, nous étendons notre compréhension du dommage dans un contexte procréatif au-delà de la simple comparaison entre existence et non-existence. Cependant, il n’est pas certain que cette conception du dommage épuise cette notion en dehors de la procréation39, ni que le seuil de suffisance puisse également être utilisé comme seuil de dommage.

Seuil de dommage et seuil de suffisance ?

23Axel Gosseries écrit :

  • 40 A. Gosseries, « Qu’est-ce que le suffisantisme  ? », p. 479.

« Toute la difficulté est cependant de savoir si une vie située en dessous du seuil de suffisance est une vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue. Si c’est le cas, alors le seuil de suffisance peut effectivement remplir le double rôle d’un seuil de dommage et d’un seuil suffisantiste. Mais le prix à payer risque d’être l’adoption d’un seuil très bas. Par contre, si ce n’est pas le cas, alors la force prétendue du suffisantisme sur ce point est probablement remise en cause. »40

24Le seuil de suffisance est ce qui rend la procréation juste ou permise : les parents potentiels ont le devoir de s’assurer que la qualité de vie de leur enfant sera supérieure ou égale à ce seuil. Le seuil de dommage fait référence au niveau en dessous duquel l’enfant est considéré comme lésé. Gosseries s’interroge sur les conséquences de la confusion de ces deux seuils en un seuil unique. Nous partageons l’opinion de l’auteur sur la capacité du suffisantisme à répondre au problème de la non-identité en confondant le seuil de dommage et le seuil de suffisance, mais nous ne partageons pas ses craintes. Au contraire, la force du suffisantisme n’est pas remise en cause. Gosseries laisse entendre que si les deux seuils se confondent, il devient très bas. Ce n’est le cas que si c’est le seuil de suffisance qui est rabattu sur le seuil de dommage et que celui-ci correspond au seuil au-dessous duquel la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Dans ce cas, le seul avantage du suffisantisme est de ne nécessiter aucune comparaison pour parler de préjudice : peu importe la situation de l’enfant avec ou sans acte prétendument dommageable, l’essentiel est de déterminer sa position par rapport au seuil.

25Mais si on contraire c’est le seuil de dommage qui est élevé au seuil de suffisance, le niveau d’exigence est relevé. Cette option a l’étrange implication d’avoir des enfants lésés qui ne sont pas si mal lotis dans la mesure où leur vie vaut la peine d’être vécue, par exemple s’ils sont juste en dessous du seuil. Si la question morale est séparée de la question juridique, cela n’est pas si problématique : il s’agit surtout d’influencer l’action de parents potentiels et de construire une théorie cohérente, non d’ouvrir un droit à la réparation. Meyer et Roser écrivent ainsi :

  • 41 Lukas H. Meyer et Dominic Roser, « Enough for the Future », dans A. Gosseries et L. H. Meyer (éd.), (...)

« L’interprétation du seuil de dommage [threshold interpretation of harm] repose sur l’idée que nous avons un devoir général de ne pas entraîner [cause] les personnes dans une situation où elles sont plus mal loties qu’elles ne devraient l’être. Par nos actions et nos omissions, nous pouvons être la force causale qui amène une personne dans une situation pire que ce qu’elle est en droit d’attendre. [...] Cette conception du dommage fondée sur un seuil présuppose que nous sommes capables de décrire un niveau de bien-être de telle sorte que le droit d’une personne est violé si nous ne nous acquittons pas de notre devoir négatif de nous abstenir de toute action qui amènerait cette personne à tomber en dessous du seuil spécifié. »41

26Certes, le seuil de dommage, qui est également le seuil de suffisance, est fixé à un niveau élevé mais cette conception nous permet de remettre au centre nos devoirs envers les personnes futures et l’importance de leur bien-être, plutôt que leurs futures plaintes ou notre difficulté à accomplir notre devoir.

27Si les deux seuils restent disjoints, il se crée un espace intermédiaire dans lequel la vie de l’enfant vaut la peine d’être vécue, mais les parents n’ont pas rempli leur obligation et il se trouve en dessous du seuil de suffisance. Par ailleurs, il s’agit de bien distinguer les personnes futures, donc les obligations des parents potentiels et les décisions procréatives, et la situation des personnes actuelles. Pour les personnes futures, il est avantageux de confondre les seuils : elles sont censées commencer leurs vies au niveau ou au-dessus du seuil de suffisance. Pour les personnes actuelles, nous ne sommes pas responsables de leur venue au monde mais de leur situation présente : notre obligation est de leur faire franchir ce seuil, et non de se demander si leur vie vaut la peine d’être vécue.

Donner une substance au seuil de suffisance

  • 42 Charles Blackorby, Walter Bossert, David Donaldson, « Critical-Level Utilitarianism and the Populat (...)

28Le seuil de suffisance ne se réduit pas à un simple critère de bien-être minimal : l’enjeu est alors de circonscrire ce qui rend la création de nouvelles vies moralement acceptables. Décrire ce seuil nécessite de se pencher sur ce qui fait que la vie est non seulement vivable, mais également précieuse et épanouissante. Comme le suggère Blackorby et al., cela nécessite « une théorie du bien relativement complexe » qui puisse rendre compte des « types d’actions, d’expériences et d’états d’esprit que nous jugeons nécessaires pour une vie bonne et précieuse »42. Nous allons examiner deux propositions qui concernent le contenu de ce seuil de suffisance dans le contexte de la procréation. La première nous vient de Steinbock :

  • 43 B. Steinbock, op.cit., p. 163.

« Le minimum décent est atteint seulement si la vie inclut la promesse raisonnable de contenir les choses qui rendent les vies humaines bonnes : une capacité à faire l’expérience du plaisir, à apprendre, à former des relations avec les autres. Si la vie d’une personne était inévitablement et irrémédiablement dénuée de beaucoup de ces biens, alors on ne lui ferait pas une faveur en la faisant naître.En effet, concevoir en connaissance de cause et volontairement un enfant dans ces conditions est un préjudice et un mal fait à cette personne. »43

29Steinbock rejoint Meyer et Roser, son seuil de suffisance est également un seuil de dommage : c’est à l’enfant lui-même qu’on nuit en le plaçant dans des conditions indécentes. Sur le fond, le contenu de son seuil est plastique. La liste des « choses qui rendent les vies humaines bonnes » est ouverte, l’auteur donne des exemples de ce qui lui semble être des biens généraux, non spécifiques à une conception définie d’une vie humaine bonne mais susceptible de convenir à un grand nombre d’entre elles. Cela se comprend aisément : en donnant une liste fermée, Steinbock définirait ce qu’il lui semble être les prérequis d’une vie accomplie, mais n’aurait l’attention que de lecteurs partageant déjà la même conception du bien. Par exemple, si elle avait indiqué « la capacité à obtenir un diplôme du supérieur », quid de ceux qui ne pensent pas qu’un tel diplôme soit nécessaire à une vie décente ? En laissant cette liste ouverte, elle laisse la place aux valeurs différentes que peuvent avoir les parents potentiels.

  • 44 David Archard, « Wrongful Life », Philosophy, 2004, no 309, p. 403-420.
  • 45 D. Archard, op.cit., p. 420.
  • 46 William M. Sibley, « The Rational Versus the Reasonable », The Philosophical Review, 1953, no 4, p. (...)

30David Archard entend être encore plus spécifique et formule un seuil qui incarne l’idée de minimum décent en termes de droits : « Je définis le seuil d’une vie acceptable comme celui dans lequel l’enfant a la perspective raisonnable de jouir d’un bon nombre des droits possédés par tous les enfants »44. Il fait référence aux droits de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant des Nations Unies (CIDE)45. Archard est plus strict que Steinbock en ce qu’il caractérise son seuil avec des éléments objectifs, les normes de la CIDE, plutôt que les valeurs subjectives des parents. Pourtant, de la même manière que Steinbock, il sauvegarde une marge d’appréciation de ce seuil : sa « perspective raisonnable » rappelle la « promesse raisonnable » de Steinbock. De plus, il ne s’agit pas d’assurer le respect de toutes les normes sans exception de la CIDE, un « bon nombre » suffit. Agir de manière raisonnable signifie ici prendre une décision à la suite d’une délibération orientée vers l’équité.46

  • 47 D. Archard, op.cit., p. 418.

31On peut adresser à Archard l’objection suivante : dans les 54 droits de la Convention, certains peuvent difficilement relever de la responsabilité exclusive des parents, par exemple les parents potentiels ne peuvent pas s’engager à l’avance sur l’accès à l’éducation de leur futur enfant si les institutions nécessaires n’existent simplement pas. De même, est-ce que des individus dans une situation d’extrême pauvreté ayant le désir d’être parents devraient renoncer à leur projet ? Archard accepte cette implication : « Qu’ils ne puissent pas avoir un enfant sans faire quelque chose d’illégitime est le résultat des actions illégitimes d’autres personnes. Cela fournit une raison morale de changer leur situation économique. Cela ne les rend pas exempts de reproche s’ils ont cet enfant. »47

  • 48 B. Steinbock, op.cit., p. 167.
  • 49 Ibid.

32Steinbock rejette cette implication qu’elle qualifie de « stupéfiante »48. Nous pourrions y voir un contre-sens. D’un côté, il se peut que l’enfant ne puisse pas naître dans des conditions décentes et que ses conditions ne dépendent aucunement des parents, dans ce cas, selon Archard, ils ne devraient pas avoir cet enfant, même s’ils ne sont pas responsables de cette situation. De l’autre, et c’est ce que soutient Steinbock, il serait injuste de les enjoindre à renoncer à être parents, car cela constituerait une double peine ; dans ce cas, ce n’est pas leur faute et par conséquent déroger à la règle leur est permis. Toutefois c’est une défense de son seuil : les droits invoqués par Archard doivent être vus pour ce qu’ils sont, « un idéal »49, c’est-à-dire un objectif exprimé par des normes dont nous devons nous efforcer de nous rapprocher.

33En conclusion, l’éthique de la procréation soulève des débats sur la permissibilité de procréer et les conditions qui devraient être remplies pour le faire. Nombre des auteurs cités évoquent la raison comme défense de leur position, leurs principes sont rationnels ou invoquent une capacité à trancher sur ce qui est raisonnable. La moins controversée de ces approches est l’approche minimaliste, bien qu’elle soit jugée insuffisante pour beaucoup. Elle met l’accent sur la prévention des naissances préjudiciables, c’est-à-dire des vies qui ne vaudraient pas la peine d’être vécues en raison de leur extrême souffrance. D’un autre côté, les approches maximalistes, telles que le perfectionnisme procréatif, cherchent à maximiser le bien-être des enfants à naître en utilisant des technologies de sélection génétique. Une alternative à ces deux extrêmes est le suffisantisme, qui propose d’établir un seuil de suffisance en termes de bien-être pour les futurs enfants. Les parents potentiels ont alors l’obligation de s’assurer que la qualité de vie de leur enfant dépassera ce seuil. Les propositions de Bonnie Steinbock et David Archard illustrent deux approches du seuil de suffisance. Steinbock souligne l’importance d’une vie qui inclut des éléments essentiels rendant la vie humaine bonne. Archard, quant à lui, se réfère aux droits des enfants tels que définis par la CIDE. Quand on en précise le contenu, ces deux approches peuvent sembler arbitraires dans leurs conceptions du seuil de suffisance : pourquoi cette limite et pas une autre ? Leur meilleure défense s’appuie sur l’idée d’une réponse raisonnable à la permissibilité de la procréation comme étant une réponse mesurée. Même si des objections peuvent être soulevées en ce qui concerne la part sociale ou politique de la responsabilité parentale, le suffisantisme offre une approche équilibrée en considérant à la fois les obligations des parents potentiels envers leurs futurs enfants et la réalité des contraintes extérieures. Enfin, il inscrit la procréation dans un cadre plus large de distribution des ressources et attire notre attention sur l’enjeu de justice que celle-ci représente

Haut de page

Notes

1 Christine Overall, Why have children? the ethical debate, Cambridge, MIT press, 2012.

2 James Lenman, « Immortality: a letter », Cogito, 1995, no 2, p. 164-169.

3 Harry Frankfurt, « Equality as a moral ideal », Ethics, 1987, n° 1, p. 21-43; H. Frankfurt, « Equality and Respect », Social Research, vol. 64, n° 1, 1997, p. 3-15; Y. Benbaji, « The Doctrine of Sufficiency: A Defence », Utilitas, vol. 17, no3, 2005, p. 310‑332; R. Huseby, « Sufficiency: Restated and Defended », Journal of Political Philosophy, vol. 18, n 2, 2010, p. 178‑197.

4 Bonnie Steinbock, « Wrongful Life and Procreative Decisions », dans D. Wasserman et M. Roberts (éd.), Harming Future Persons, Dordrecht, 2009, p. 155-178.

5 Joel Feinberg, « Wrongful Life and the Counterfactual Element in Harming », Social Philosophy and Policy, 1986, no 1, p. 145-178.

6 J. Feinberg, op.cit., p. 165.

7 Merril Nelson, « Wrongful life: impaired infant’s cause of action recognized – Curlender v. Bio-Science Laboratories », Brigham Young University Law Review, 1980, n° 3, p. 676-683.

8 Voir notamment: David Benatar, Better never to have been: the harm of coming into existence, Oxford, Oxford University Press, 2006; John A. Robertson, « Procreative liberty and harm to offspring in assisted reproduction », American Journal of Law & Medicine, 2004, no 1, p. 7-40 et Dan W. Brock, « Shaping Future Children: Parental Rights and Societal Interests », Journal of Political Philosophy, 2005, no 4, p. 377-398.

9 « First gene therapy for Tay-Sachs disease successfully given to two children », The Conversation, 2022 (en ligne: https://theconversation.com/first-gene-therapy-for-tay-sachs-disease-successfully-given-to-two-children-176870; consulté le 10 juillet 2023).

10 Pour un argument selon lequel il y a un niveau d’exigence plus élevé pour commencer une vie que pour continuer une vie, voir D. Benatar, op.cit., p. 23. Pour une défense de la possibilité d’un suicide rationnel, voir Shelly Kagan, Death, New Haven, Yale University Press, 2012.

11 J. Feinberg, op.cit., p. 158.

12 J. Feinberg, op.cit., p. 164.

13 J. Feinberg, op.cit., p. 166.

14 Derek Parfit, Reasons and persons, Oxford, Clarendon Press, 1992.

15 O’Neill aborde ainsi les problèmes éthiques liés aux enfants en prenant pour point de départ les obligations plutôt que les droits, revalorisant ainsi la distinction kantienne entre obligations parfaites (qui ont comme corrélatifs des droits et où les deux parties, titulaires de droits et titulaires d’obligations, sont identifiés) et obligations imparfaites (où une conduite est due à un groupe de personnes sans que chacun d’un dispose de droits corrélatifs, ou soient identifiés). Voir Onora O’Neill, « Children’s Rights and Children’s Lives », Ethics, 1988, no 3, p. 445-463.

16 Jonathan Glover, Choosing children: genes, disability, and design, Oxford, Oxford University Press, 2006.

17 J. Glover, op.cit., p. 52.

18 J. Glover, op.cit., p. 53.

19 Julian Savulescu, « Procreative beneficence: why we should select the best children », Bioethics, 2001, no 5-6, p. 413-426.

20 J. Savulescu, op.cit., p. 414.

21 Julian Savulescu et Guy Kahane, « Understanding Procreative Beneficence », dans L. Francis (éd.), The Oxford Handbook of Reproductive Ethics, Oxford, 2016, p. 592-622.

22 Julian Savulescu et Guy Kahane, « The moral obligation to create children with the best chance of the best life », Bioethics, 2009, no 5, p. 274-290.

23 J. Glover, op.cit., p. 54.

24 Robert Sparrow, « A Not-So-New Eugenics: Harris and Savulescu on Human Enhancement », The Hastings Center Report, 2011, no 1, p. 32-42.

25 J. Savulescu et G. Kahane, « The moral obligation to create children with the best chance of the best life », op.cit., p. 281.

26 R. Sparrow, op.cit., p. 36.

27 Michael Sandel, The Case Against Perfection: Ethics in the Age of Genetic Engineering, Cambridge, Harvard University Press, 2007.

28 Nicolas Agar, Liberal eugenics: in defence of human enhancement, Malden, Blackwell Publication, 2005.

29 Axel Gosseries, « Qu’est-ce que le suffisantisme  ? », Philosophiques, 2012, no 2, p. 465-491.

30 Derek Parfit, « Equality or Priority », in John Harris, Bioethics, Oxford University Press, 2001, p. 81-125.

31 Roger Crisp, « Equality, Priority, and Compassion », Ethics, 2003, n° 4, p. 745-763.

32 Pour une version du suffisantisme sensible aux inégalités au-dessus du seuil, voir notamment Walter Bossert, Susumu Cato et Kohei Kamaga, « Critical-level Sufficientarianism », Journal of Political Philosophy, 2022, n° 4, p. 434-461.

33 Paula Casal, « Why Sufficiency Is Not Enough », Ethics, 2007, n° 2, p. 296-326.

34 Axel Gosseries, « Les théories de la justice intergénérationnelle. Synopsis à l’usage des durabilistes pressés », Raison Publique, 2008, p. 7-29.

35 Axel Gosseries, « Une métaphore de la justice intergénérationnelle », Regards croisés sur l’économie, 2011, n° 1, p. 193-202.

36 D. Parfit, op. cit., p. 358.

37 David Heyd, « Procreation and value can ethics deal with futurity problems? », Philosophia, 1988, n° 2, p. 151-170.

38 Il faut préciser ici que le suffisantisme n’est ni la seule théorie qui utilise un seuil, ni la seule théorie non-comparative. Voir notamment John Harris, « The Wrong of Wrongful Life », Journal of Law and Society, 1990, n° 1, p. 90-105 et Seana V. Shiffrin, « Wrongful Life, Procreative Responsibility, and the Significance of Harm », Legal Theory, 1999, n° 2, p. 117-148.

39 Pour un aperçu des difficultés rencontrées par une théorie générale du seuil de dommage, voir Lukas Meyer, « Past and Future », dans Lukas Meyer, Stanley L. Paulson et Thomas W. Pogge (éd.), Rights, culture and the law : themes from the legal and political philosophy of Joseph Raz, Oxford, Oxford University Press, 2003.

40 A. Gosseries, « Qu’est-ce que le suffisantisme  ? », p. 479.

41 Lukas H. Meyer et Dominic Roser, « Enough for the Future », dans A. Gosseries et L. H. Meyer (éd.), Intergenerational Justice, Oxford, Oxford University Press, 2009.

42 Charles Blackorby, Walter Bossert, David Donaldson, « Critical-Level Utilitarianism and the Population-Ethics Dilemma », Economics and Philosophy, 1997, n° 2, p. 197-230.

43 B. Steinbock, op.cit., p. 163.

44 David Archard, « Wrongful Life », Philosophy, 2004, no 309, p. 403-420.

45 D. Archard, op.cit., p. 420.

46 William M. Sibley, « The Rational Versus the Reasonable », The Philosophical Review, 1953, no 4, p. 554-560.

47 D. Archard, op.cit., p. 418.

48 B. Steinbock, op.cit., p. 167.

49 Ibid.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Héloïse Michelon, « Suffisantisme et procréation »Revue d’études benthamiennes [En ligne], 27 | 2025, mis en ligne le 15 novembre 2025, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudes-benthamiennes/12251 ; DOI : https://doi.org/10.4000/155fc

Haut de page

Auteur

Héloïse Michelon

Héloïse Michelon est doctorante en philosophie à l’Université Catholique de Lille, au sein du laboratoire ETHICS.

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search