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Agriculture et environnement en Afrique

Apports du campement villageois de Coubalan (Basse Casamance, Sénégal) sur les activités de maraîchage et d’apiculture

Contributions From the Coubalan Village Camp (Basse Casamance, Senegal) On Market Gardening and Beekeeping Activities
Sadou Bocoum et Abdou Kadri Sambou

Résumés

L’objectif de cette étude est d’analyser l’impact du campement villageois de Coubalan sur les activités maraîchères et apicoles au niveau local. Elle s’appuie sur une approche quantitative (enquête) et qualitative (entretien et observation) pour évaluer la perception des femmes qui travaillent dans ces secteurs et des acteurs du campement de Coubalan. Les résultats montrent que toutes les personnes interrogées connaissent le campement de Coubalan, parmi elles, 63 % affirment que le campement participe au développement de leurs activités et 27 % disent le contraire. Le campement a des apports directs comme indirects sur les activités de maraîchage et d’apiculture à Coubalan. En effet, selon 42 % des répondants, le campement facilite l’écoulement de leurs produits, pour 33 % il rend le village attractif, 25 % disent qu’il participe à la promotion de leurs activités et 17 % disent qu’il est leur premier client. Ces réponses montrent un apport décisif du campement sur les activités de maraîchage et d’apiculture. Ce campement étant un bien commun du village, 98 % des personnes interrogées affirment que la population participe aux activités du campement pour l’accueil des touristes et les animations culturelles, ce qui favorise un contact entre les visiteurs et les hôtes. Cependant, le responsable du campement affirme que la population participe sur les animations culturelles pour les touristes et se désintéresse des activités d’entretien du campement qui pourtant apporte beaucoup d’argent au village. Malgré cela, 93 % des personnes enquêtées sont satisfaites de l’apport du campement sur le développement local.

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Texte intégral

Introduction

1Face aux dégâts déjà causés par le développement du « tourisme de masse », c’est-à-dire celui qui se fonde essentiellement sur les résultats économiques et les performances techniques, il fallait en quelque sorte trouver de nouvelles formules de tourisme prenant plus en considération l’être humain et l’environnement. Dans ce cadre, dans beaucoup de pays du sud, des formes de tourismes dits alternatifs se mettent en place où la « rencontre » avec les autochtones a plus ou moins lieu, mais où la lutte contre la pauvreté est une réelle préoccupation (Principaud, 2010). L’implication des autochtones dans les projets touristiques est à l’origine du concept de tourisme éthique qui s’est développé ces dernières années (Condès, 2004). Dans ce contexte, au début de la décennie des années 1970, l’agence pour la coopération culturelle et technique (ACCT), devenue depuis 1995 agence de la francophonie, avait chargé Christian Saglio, jeune ethnologue et conseiller technique du ministre en charge du tourisme d’alors, d’élaborer un projet de « tourisme à la découverte ». Le but est de permettre des « contacts réels entre les invités et les invitants » (Saglio, 1985). Cette idée allait se concrétiser au Sénégal, en Basse Casamance, sous l’appellation de tourisme rural intégré. Ce concept était largement développé et expliqué par Christian Saglio lors d’un séminaire à Washington fin 1976 publié par la Banque mondiale en 1979 (Saglio, 1979).

2Le tourisme rural intégré offre une alternative intéressante au tourisme de masse. Il propose une étroite collaboration entre les communautés locales et les touristes, en valorisant les traditions et les ressources locales pour favoriser un développement autonome. Lancée dans les années 1970 en Basse Casamance au Sénégal, cette initiative visait à limiter l’exode rural en créant des emplois et en facilitant la commercialisation des productions locales. Le tourisme rural intégré a montré que la population en valorisant sa culture tout en étant au cœur des initiatives, peut être un acteur incontournable du tourisme (Bocoum, 2024). Dans ce sens, Huerta-Nunez (2020) soutient que les bénéfices pour les habitants surviennent quand leurs activités sont complémentaires aux activités touristiques, et particulièrement quand la population locale est responsable de la mise en tourisme de son territoire.

3Ce type de tourisme a permis la création de l’emploi et la mise en synergie de différents secteurs d’activité dans de nombreuses localités en Basse Casamance. De même, plusieurs écoles, cases de santé, jardins collectifs ont été construits par des touristes et des retombées du secteur (Bocoum, 2021). Il constitue un excellent moyen de réduction de la pauvreté pour les populations locales de la Basse Casamance. D’après Tendeng et Diombéra (2022) « cela se comprend quand on sait que d’emblée, les artisans, les sculpteurs, les femmes potières et celles qui font les tissus teintés dans les villages concernés par le tourisme rural intégré, se frottent les mains chaque année ; car ils parviennent facilement à écouler leurs produits grâce aux campements qui les achètent pour les besoins de mobilier, mais aussi grâce aux touristes qui achètent des souvenirs et cadeaux pour leurs familles. Il en est de même pour les femmes qui font la culture maraîchère et le petit commerce des denrées de première nécessité ». Les campements villageois intégrés sont des structures d’hébergement touristique conçues et gérées par les populations villageoises. Administration et gestion sont opérées, respectivement, par un Conseil d’administration et un Comité de gestion. Le premier est constitué, a minima, d’un président, d’un trésorier et d’un secrétaire tandis que le second est généralement formé de l’ensemble des employés du campement (avec en tête une personne qui assure la gérance) (Ouellet, 2024 : 4). Cette étude porte sur le campement villageois Ankandji de Coubalan qui se situe dans les Kalounayes. Ce village est le chef-lieu de la commune qui porte le même nom. Située dans la partie sud de l’arrondissement de Tenghori dans le département de Bignona, région de Ziguinchor, la commune de Coubalan est limitée à l’Est par la commune de Ouonck, à l’Ouest par la commune de Niamone, au Nord par la commune de Tenghory et au Sud par le fleuve Casamance (figure 1). Elle couvre une superficie de 216,06 km² pour une densité de 80 habitants/km².

Figure 1 : Localisation de la commune de Coubalan.

Figure 1 : Localisation de la commune de Coubalan.

4L’objectif de cette étude est d’analyser l’impact du campement villageois de Coubalan sur les activités socio-économiques. Il s’agit dans ce cadre de faire des études de cas axées sur le maraîchage et l’apiculture au niveau local. Pour ce faire, nous avons émis différentes interrogations : le campement villageois de Coubalan est-il dynamique ? Existe-t-elle une collaboration entre le campement villageois et les acteurs maraîchers et apicoles ? Ce campement participe-t-il à la valorisation des activités des locaux ? Comment les acteurs perçoivent-ils l’apport du campement villageois sur leurs activités ? Pour répondre à ces interrogations, nous avons adopté divers outils et méthodes basés sur l’analyse des perceptions de différents acteurs.

1. Matériels et méthodes

5Cette étude repose sur une approche qualitative et quantitative. D’abord, l’observation directe a permis de constater l’importance des activités maraîchères et apicoles et l’apport du campement villageois sur le développement local. Cette phase a facilité l’observation des interactions entre les acteurs au niveau local et la prise de photos (à partir de nos smart phones) à titre d’illustrations pour montrer une réalité des faits.

6En outre, la méthodologie utilisée comporte des entretiens adressés à des personnes-ressources. L’entretien représente une méthode de collecte de données qui permet d’appuyer les enquêtes quantitatives et est considéré comme la méthode d’enquête la plus adaptée au recueil des représentations. C’est un outil qui permet en partie d’orienter (semi-directif) le discours des personnes interrogées à partir de différents thèmes définis au préalable dans un guide d’entretien par les enquêteurs. Dans ce cadre, un guide d’entretien a été élaboré et adressé à neuf personnes-ressources (un responsable du village, deux employés du campement, la trésorière du campement, la présidente des femmes, un responsable du GIE Sicap, un membre de l’Association Nature-Communautés-Développement, un jeune et un vieux du village).

7De même, des enquêtes aléatoires par questionnaire ont été réalisées dans le village de Coubalan. Les femmes qui pratiquent l’activité de maraîchage dans les jardins communautaires ont été les premières cibles pour cette phase de collecte de données. Ensuite, nous avons les femmes apicultrices. Ainsi, nous avons interrogé 52 personnes qui pratiquent ces deux activités dans le village de Coubalan. La plupart des personnes interrogées (34) pratiquent les deux activités à la fois, 13 font uniquement le maraîchage et 5 ne font que l’apiculture (cf. tableau 1).

Tableau 1 : Répartitions des personnes interrogées dans le village de Coubalan en fonction de l’activité maraîchère et de l’apiculture.

Activités

Nombre de personnes interrogées

Pourcentage (%)

Maraîchage

13

25

Apiculture

5

10

Maraîchage et Apiculture

34

65

Total

52

100

8Les enquêtes sont faites sur smart phone après avoir implémenté le questionnaire sur kobotoolbox.org qui est une plateforme libre. L’application KoBoCollect est installée dans les smart phones et les enquêteurs peuvent télécharger le questionnaire via un serveur dédié à cet effet. Après la collecte des données, les formulaires déjà remplis sont envoyés au serveur où on peut récupérer les résultats sous plusieurs formats selon les besoins de l’utilisateur. Cette application a l’avantage d’être libre et permet également de gagner du temps dans la collecte, la saisie et le traitement des données. En effet, nous avons exporté les tableaux de KoBoCollect sur Excel pour avoir plus d’options pour le traitement des données recueillies.

2. Résultats

2.1. Le campement de Coubalan : historique et objectifs

9Le village de Coubalan a opté la création du campement villageois à la suite de la venue des touristes canadiens dans le village en 1974, faute de réceptifs dans le village ces derniers étaient logés dans des maisons familiales. Ce qui n’était pas favorable d’après le gérant surtout pour des touristes qui ne connaissent pas ces conditions de vie en « famille nombreuse ». À partir de cette expérience, le village a commencé à chercher des moyens et des partenaires en passant par Adama Goudiaby (guide touristique et ancien directeur du village artisanal de Ziguinchor) pour la construction de son campement. Le campement de Coubalan construit en bordure de bolong, est appelé Ankandji selon le gérant « pour rendre hommage à un vieux régisseur du village qui était pêcheur et très puissant, qui était installé à côté du Bolong. Il revenait au village que pour chercher de l’eau et de la nourriture » (entretien auteurs, février 2025). Ce campement était inauguré en 1978. Il comporte 17 lits répartis dans 11 chambres logées dans différentes petites cases traditionnelles et une case à impluvium qui comporte le restaurant (cf. photographie 1) équipées d’électricité et eau courante, toilettes et douches intérieures.

Photographie 1. Les cases du campement villageois de Coubalan avec son style traditionnel

Photographie 1. Les cases du campement villageois de Coubalan avec son style traditionnel

Source : les auteurs, février 2025

10Ce campement est créé pour favoriser le développement local en valorisant les cultures locales et en promouvant les activités des acteurs. Les responsables proposent différentes activités aux touristes et encouragent également le contact avec la population pour favoriser des échanges culturels. D’abord, différentes activités sont organisées avec les femmes et les jeunes du village à travers des danses de masques et des activités théâtrales. D’après la présidente des femmes « nous faisons des manifestations culturelles au campement pour montrer aux touristes notre diversité culturelle. Personne n’est rémunéré pour ces activités, nous collaborons avec le campement pour promouvoir cette destination car l’objectif est d’attirer des touristes afin d’avoir des recettes pour financer les besoins du village » (entretien auteurs, février 2025). De même, les gérants proposent des excursions avec des circuits terrestres dans la forêt (pour découvrir la diversité faunique et floristique de la Casamance), dans le village (pour découvrir les modes de vie en milieu diola) et des lieux sacrés (pour expliquer sans entrer, vu que ce sont des sites qui ne sont pas accessibles à tous). Ils proposent aussi des circuits maritimes dans le bolong pour observer des oiseaux et faire de la pêche à la traîne. Pour les circuits maritimes, le campement n’a pas de pirogue, les gérants collaborent avec les pêcheurs locaux pour faire des locations. D’après le gérant « pour une demi-journée nous louons la pirogue à 3000 Fcfa et le touriste paye 5000 F pour l’excursion en compagnie d’un agent du campement » (entretien auteurs, février 2025).

11Le campement propose un prix de 12 000 Fcfa soit, 18,29 £ pour une demi-pension par personne. Il emploie cinq travailleurs permanents qui sont rémunérés en fonction des bénéfices (50 % pour le village et 50 % pour les cinq travailleurs du campement). Après chaque saison, les responsables du campement établissent un rapport qui est déposé auprès du chef de village et de l’association pour le développement du village qui a d’ailleurs autorisé la création d’un comité (avec un président et son bureau) pour gérer le campement. Le conseil d’administration du campement se réunit tous les deux ou trois mois selon la disponibilité de la majorité des membres pour faire un bilan à mi-chemin afin d’appuyer le personnel du campement. D’après un employé du campement « ce bilan est partagé avec tout le village et ceux qui sont à l’extérieur via les réseaux sociaux. Il n’y a pas de barrière entre les gérants du campement et la population, les informations sont partagées avec tout le monde pour plus de transparence, car le campement appartient à tout le village » (entretien auteurs, février 2025). Chaque fin d’année, un compte rendu général est présenté à la population, en montrant les recettes, dépenses et bénéfices du campement.

12Le campement a été réhabilité en 2005, avec la réalisation d’une clôture, la réfection des bâtiments, les nouveaux équipements, l’électrification, etc. Il est financé par le service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France. De même, il a reçu comme plusieurs autres campements villageois qui ont un agrément l’appui du gouvernement à travers le crédit hôtelier pour encourager ces initiatives qui portent sur le tourisme local. Il s’agit d’une enveloppe de 20 millions de Fcfa pour la réhabilitation des structures d’hébergement et une valeur de 20 millions en matériels. La cérémonie de réception a été faite d’ailleurs au campement de Coubalan.

2.2. Le campement villageois Coubalan : un marché local pour les activités de maraîchage et d’apiculture ?

13Les enquêtes réalisées auprès des personnes qui font le maraîchage et l’apiculture ont permis de comprendre les objectifs et l’importance du campement sur ces derniers. En effet, 98 % des personnes interrogées affirment que leurs productions servent à la vente et à l’autoconsommation contre 2 % qui disent qu’elles servent uniquement à l’autoconsommation. Dans ce cadre, 63 % des personnes interrogées affirment que le campement participe au développement de leurs activités et 27 % disent ne pas sentir l’impact du campement sur leurs activités. Dans une question à choix multiples, ces acteurs ont précisé les types d’apports du campement dans leurs activités (figure 2).

Figure 2 : Les apports du campement sur les activités des enquêtés

Figure 2 : Les apports du campement sur les activités des enquêtés

Source : enquêtes auteurs, février 2025.

14La figure 2 montre que le campement a des apports directs comme indirects sur les activités de maraîchage et d’apiculture à Coubalan. En effet, nous pouvons constater différents avis des acteurs interrogés sur cette question : le campement facilite l’écoulement de nos produits (selon 42 % des répondants) ; il rend le village attractif (33 %) ; il participe à la promotion de nos activités (25 %) ; le campement est notre premier client (17 %), il nous maintient chez nous (3 %) et autres (5 %). Parmi les 5 % autres, 3 % parlent des visites guidées des touristes au niveau des jardins et du site du GIE pour découvrir leurs activités et 2 % évoquent des dons de pépinière reçus du campement.

15Le campement villageois de Coubalan constitue le premier client pour les femmes qui font l’activité de maraîchage. Différents petits jardins sont créés par les femmes du village pour pratiquer cette activité (cf. photographie 2). Elle représente une activité qui occupe les femmes pendant une partie de la saison sèche. Ce sont souvent dans de petites exploitations à côté des maisons ou dans de petits jardins communs où elles se rendent chaque matin et les après-midi pour entretenir leurs planches.

Photographie 2. Jardins des femmes de Coubalan à côté des maisons

Photographie 2. Jardins des femmes de Coubalan à côté des maisons

Source : les auteurs, février 2025

16Les femmes font le maraîchage, mais malheureusement, elles n’ont pas de grands jardins communautaires pour faire des productions en quantité. Cette faiblesse de production, au-delà de l’absence de grands jardins communautaires, s’explique par le fait que les femmes ne pratiquent cette activité que pendant une période de l’année, c’est-à-dire entre novembre et février, car à partir du mois de mars les puits commencent à tarir et les animaux domestiques divaguent. Ce problème couplé avec celui d’absence de clôture ne favorise pas la praticabilité de cette activité pendant cette période. Dans un entretien, la présidente des femmes dit « les femmes du village aiment le maraîchage, mais malheureusement un problème d’espace et d’accès à l’eau se pose ; ce qui fait que les productions n’arrivent pas à satisfaire les besoins du campement. Nous avons abandonné aussi l’ancien jardin des femmes du fait que le puits est devenu salé, donc ne favorisant pas une bonne production » (entretien auteurs, février 2025). Les légumes produits sont achetés par le campement pour le fonctionnement de son restaurant. Dans ce contexte le gérant affirme « nous achetons les légumes ici au village en priorité, même si parfois nous faisons nos commandes à Ziguinchor vu que les femmes ne produisent pas toutes l’année et en grande quantité. Nous achetons plus de tomates et salades auprès des femmes du village » (entretien auteurs, février 2025).

17Le campement villageois de Coubalan participe à la promotion des produits apicoles du GIE SICAP de Coubalan qui est constitué de 99 membres. Les femmes apicultrices produisent jusqu’à deux fois dans l’année du miel. Ce GIE des femmes de Coubalan avait bénéficié d’un appui technique qui visait à améliorer les conditions de travail et à accroître les productions de miel. Il s’agit dans le cadre du projet d’appui à la promotion des modèles et initiatives communautaires de valorisation durable des biens et services écosystémiques des paysages de Mangrove de l’aire marine protégée (AMP) Niamone-Kalounayes (Projet PAPBIO Mangrove) mise en œuvre par l’association Nature-Communautés-Développement (NCD). Ainsi, ce GIE a bénéficié des formations de renforcement de capacité, dont celle consacrée au leadership et la gestion organisationnelle. D’après un membre de NCD « au courant de ces activités, les femmes du GIE étaient bien outillées sur l’activité de l’apiculture avec des techniques de posage et de nettoyage régulier des ruches. Leur dynamisme dans le travail et la mobilisation a poussé à NCD de nouer une collaboration entre leur GIE et le campement dans le but de faciliter l’écoulement de leurs produits avec l’arrivée des touristes. Ce dynamisme des femmes se poursuit après la fin du projet puisque ces dernières continuent toujours de produire du miel afin de maintenir l’activité et de générer des revenus » (entretien auteurs, février 2025). Elles ont posé des ruches dans différents endroits (à côté des maisons, en brousse et dans les mangroves) pour développer leur activité (cf. photographie 3).

Photographie 3. Les ruches du GIE Sicap de Coubalan

Photographie 3. Les ruches du GIE Sicap de Coubalan

Source : les auteurs, février 2025

18Ce GIE produit du miel de qualité qu’il dépose au campement pour vendre aux touristes le pot à 2500 Fcfa, soit 3,81 £. D’après la responsable du GIE Sicap « le campement nous permet de vendre nos productions sans nous déplacer. Quand les touristes viennent, nous profitons pour les présenter nos productions de miel. Le miel d’ici est très réputé, les touristes l’aiment bien, surtout les habitués de cette destination en demandent tout le temps » (entretien auteurs, février 2025). En outre, les femmes et le gérant du campement font aussi des productions de confitures de mangue, de bissap et de banane et des jus locaux qu’ils vendent aux touristes. Il faut noter que malgré la volonté de développer ces activités, ces acteurs sont parfois confrontés à des problèmes de conservation liés à des coupures récurrentes d’électricité.

2.3. Impacts du campement villageois sur le développement local de Coubalan

19Le campement de Coubalan représente le principal pourvoyeur de devises pour le village. Il participe à tous les besoins du village. Dans ce cadre, les habitants adhèrent et soutiennent ses activités pour faire une bonne promotion de la destination afin d’attirer de plus en plus de touristes. Les enquêtes réalisées montrent que toutes les personnes interrogées connaissent le campement villageois de Coubalan, 77 % parmi eux soutiennent être impliqués à ses activités contre 23 % qui affirment le contraire. En revanche, 42 sur les 52 enquêtés (81 %) affirment être impliqués à la gestion du campement, contrairement à 10 personnes soit 19 % des personnes interrogées. Les ressources financières issues du campement ont contribué à différentes réalisations dans le village pour l’amélioration des conditions de vie des habitants.

20Le campement villageois a permis la construction de salles de classe pour l’école primaire et préscolaire. Il participe aussi aux fonctionnements de ces écoles à travers l’achat et la réfection des salles de classe et des tables-bancs, et en dotation de fournitures scolaires pour les élèves. Il intervient aussi au niveau de la santé, avec la construction d’une maternité. D’après le gérant du campement « une année, nous avons acheté des médicaments pour appuyer la case de santé de Coubalan et nous avons réparé l’ambulance qui était en panne » (entretien auteurs, février 2025). Il participe aussi à l’appui aux associations de jeunes du village. De même, il a permis le paiement de la taxe rurale des années de la sécheresse, l’appui aux associations de jeunes agriculteurs et éleveurs, le jumelage avec les écoles et des villages de la France.

21En outre, chaque année, le campement participe au financement du festival de Coubalan et des fêtes religieuses (gamou) du village et des Kalounayes. Dans ce cadre, la trésorière du campement affirme que « le campement donne une contribution financière très significative pour l’organisation du festival culturel qui se déroule au mois de décembre de chaque année. Il nous permet de montrer les cultures locales avec des danses traditionnelles, des parades de masques, des théâtres, etc. C’est un moment privilégié pour montrer la richesse culinaire de la région et faire des expositions des produits transformés et artisanaux » (entretien auteurs, février 2025). Le campement a aussi favorisé la construction de la salle de spectacle (cf. photographie 4) avec un restaurant à l’intérieur pour vendre de la nourriture. Cette salle fonctionne toute l’année, elle permet aussi de faire des rentrées d’argent et pallier à l’absence ou à la réduction des flux touristes surtout en basse saison touristique.

Photographie 4 : La salle de spectacle construite par le campement de Coubalan

Photographie 4 : La salle de spectacle construite par le campement de Coubalan

Source : les auteurs, février 2025

22Le campement était entretenu (désherbage) par les habitants du village ce qui participe à amoindrir les dépenses. D’après un agent du campement « on sentait une vraie implication de la population, mais maintenant, ce n’est plus le cas. Les jeunes se désengagent de plus en plus, ils disent que le campement génère de l’argent donc doit pouvoir payer des personnes pour effectuer ces travaux. On essaye de les expliquer que cet argent peut servir à gonfler les caisses du village et à assurer beaucoup plus de besoins, mais rien n’a changé. La seule collaboration maintenue avec succès est l’organisation des activités culturelles pour les touristes, quand le besoin se présente c’est tout le monde qui vient » (entretien auteurs, février 2025). Dans ce cadre, 98 % des personnes interrogées affirment que la population participe aux activités du campement pour l’accueil des touristes et pour les animations culturelles et 2 % parlent de danses culturelles et de nettoyage du campement par les jeunes du village. Ces réponses confirment l’avis du responsable du campement qui affirmait que la population répond à l’appel du campement que pour faire des animations culturelles pour les touristes. Au regard des résultats, nous constatons que le campement villageois de Coubalan a eu divers impacts sur le développement local (figure 3).

Figure 3 : Synthèse des apports du campement villageois sur le développement local de Coubalan.

Figure 3 : Synthèse des apports du campement villageois sur le développement local de Coubalan.

23Ce campement développe le tourisme tout en respectant les cultures et traditions locales. Les responsables interdisent dans ce site tout ce qui est drogue et prostitution. Le gérant affirme dans ce cadre que « une année, un prostitué a demandé à habiter ici pour travailler, mais nous n’avons pas accepté, car cela est incompatible avec les réalités du village. Il n’y a pas que l’argent qui compte ici » (entretien auteurs, février 2025).

24Le campement Akandjé de Coubalan offre un bilan globalement apprécié positivement par la population et les gérants. Les résultats d’enquêtes montrent une satisfaction de la population sur l’apport du campement sur le développement local (selon 93 % des répondants). Dans ce contexte un jeune du village dit « le campement est bénéfique pour nous, parce que certains étrangers de hautes classes y sont logés ainsi que des touristes. Cela permet au village d’être visité et connu par les touristes. Il participe beaucoup au développement du village et aide la population à travers des dons, et participe à la réussite des cérémonies du village » (entretien auteurs, février 2025). En revanche, 4 % d’entre eux affirment une insatisfaction sur la gestion du campement. Un habitant affirme dans ce sens « je suis un peu satisfait de la gestion du campement villageois de Coubalan et j’avoue que tout ne peut pas se dire ici » (entretien auteurs, février 2025). Et 3 % n’ont pas répondu à la question.

3. Discussion

25Le comité de gestion peut essayer de pallier ce problème de jardins et d’eau afin de permettre aux femmes de faire des productions en quantité et au campement de s’approvisionner en quantité au niveau local. Cela peut être une solution qui permettra de dynamiser l’activité des femmes en générant des revenus, mais aussi permettre une forte collaboration entre ces deux activités au niveau local. D’après la présidente des femmes « l’absence de grands jardins communautaires pour faire des productions en quantité fait que les responsables du campement font des commandent à l’extérieur, tout en sachant que cela peut être une opportunité par les femmes du village. Nous avons fait de nombreuses demandes auprès du village pour avoir un grand jardin pour les femmes, mais les gens n’acceptent pas de céder leurs parcelles. D’autres jardins que nous avons créés n’ont pas de puits, donc les femmes sont obligées de parcourir une distance pour aller chercher de l’eau dans les maisons qui sont à côté, ce qui est pénible. Les jardins ne sont pas clôturés et non pas de basins de rétentions. Nous cherchons de l’aide pour avoir des clôtures et des pompes pour faciliter le travail car nous avons déjà le campement pour l’écoulement de nos produits. Cela peut être une véritable source de revenus pour nous. » (entretien auteurs, février 2025).

26Dans les entretiens, certains s’attendent à ce que le campement ouvre une boutique pour l’exposition des produits locaux afin que les acteurs vendent ou déposent directement leurs produits là-bas. Cette solution pourra inciter différents acteurs à pratiquer leurs activités tout en ayant un espace d’exposition et de vente. Cela permettra de nouer des collaborations entre les acteurs locaux, mais aussi de valoriser les savoir-faire et patrimoines locaux. Dans ce cadre, Fagnoni (2013) affirme que « le lien entre patrimoine et développement est devenu omniprésent et consensuel dans les politiques de construction ou reconstruction des territoires, avec pour corollaire les enjeux de mise en valeur. »

27Il faut noter que dans ces villages, parfois enclavés, le savoir-faire ne manque pas, mais les acteurs font face à un problème de visibilité ou de moyen de promotion pour faciliter l’écoulement de leurs productions. La valorisation des activités et productions locales fait partie des objectifs de ces campements intégrés qui doivent inciter tout un chacun à pratiquer son activité tout en facilitant la promotion et la vente des productions. Les campements villageois doivent dans ce cadre être des vecteurs de développement en encourageant les initiales locales, ce qui doit limiter l’exode rural et réduire la pauvreté. Laffargue (2016) s’inscrit dans cette même dynamique et soutient qu’il existe une relation entre les initiatives culturelles, le patrimoine et le développement local. Il a été reconnu que certains territoires qui ont bénéficié d’une implantation culturelle ont profité d’un certain dynamisme.

28Nos enquêtes révèlent l’engouement qu’ont les femmes du village dans l’exploitation maraîchère, malheureusement l’accès au foncier et à la ressource eau constitue pour elles un grand obstacle. Il convient pour les gérants du campement et le comité de gestion de plaider cette préoccupation des femmes lors des grands rassemblements ou assemblée générale du village afin de régler cette situation qui enfreint le développement de cette activité génératrice de revenus.

Conclusion

29Le campement Akandjé de Coubalan offre un bilan globalement apprécié positivement par la population et les gérants. Il est connu par toutes les personnes interrogées et parmi eux, 63 % affirment que le campement participe au développement de leurs activités. Les personnes interrogées intervenant sur le maraîchage et l’apiculture affirment que le campement a des apports directs comme indirects sur leurs activités. En effet, selon 42 % des répondants, le campement facilite l’écoulement de leurs produits, pour 33 % il rend le village attractif, 25 % disent qu’il participe à la promotion de leurs activités et 17 % disent qu’il est leur premier client. Ce campement étant un bien commun du village, 98 % des personnes interrogées affirment que la population participe aux activités du campement pour l’accueil des touristes et pour les animations culturelles. Cette participation massive favorise un réel contact entre les visiteurs et les hôtes, ce qui représente un bon moyen pour favoriser des échanges interculturels. Ces réponses confirment l’avis du responsable du campement qui estime que la population répond à l’appel du campement que pour faire des animations culturelles pour les touristes, mais pas pour faire des entretiens du campement villageois. Cependant, les résultats d’enquêtes montrent une satisfaction de la population sur l’apport du campement sur le développement local (selon 93 % des répondants).

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Bibliographie

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Table des illustrations

Titre Figure 1 : Localisation de la commune de Coubalan.
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/35586/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 221k
Titre Photographie 1. Les cases du campement villageois de Coubalan avec son style traditionnel
Crédits Source : les auteurs, février 2025
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/35586/img-2.png
Fichier image/png, 326k
Titre Figure 2 : Les apports du campement sur les activités des enquêtés
Crédits Source : enquêtes auteurs, février 2025.
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/35586/img-3.png
Fichier image/png, 23k
Titre Photographie 2. Jardins des femmes de Coubalan à côté des maisons
Crédits Source : les auteurs, février 2025
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/35586/img-4.png
Fichier image/png, 517k
Titre Photographie 3. Les ruches du GIE Sicap de Coubalan
Crédits Source : les auteurs, février 2025
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/35586/img-5.png
Fichier image/png, 531k
Titre Photographie 4 : La salle de spectacle construite par le campement de Coubalan
Crédits Source : les auteurs, février 2025
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/35586/img-6.png
Fichier image/png, 345k
Titre Figure 3 : Synthèse des apports du campement villageois sur le développement local de Coubalan.
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/35586/img-7.png
Fichier image/png, 51k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sadou Bocoum et Abdou Kadri Sambou, « Apports du campement villageois de Coubalan (Basse Casamance, Sénégal) sur les activités de maraîchage et d’apiculture », Études caribéennes [En ligne], 60-61 | Avril-Août 2025, mis en ligne le 25 juillet 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/35586 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14fez

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Auteurs

Sadou Bocoum

Docteur en géographie – tourisme, Chercheur associé au Laboratoire CEDETE (Centre d’Études pour le Développement des Territoires et de l’Environnement) de L’Université d’Orléans

Articles du même auteur

Abdou Kadri Sambou

Docteur en géographie, Chercheur associé au Laboratoire de Géomatique et d’Environnement (LGE) de L’Université Assane SECK de Ziguinchor (Sénégal)

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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