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Agriculture et environnement en Afrique

L’agriculture durable, levier de la sécurité alimentaire en Algérie 

Sustainable Agriculture, A Lever for Food Security in Algeria
La agricultura sostenible, palanca de seguridad alimentaria en Argelia
Abdelhakim Moussaoui

Résumés

L’ambition de cette contribution est de montrer les critères d’évaluation de l’agriculture durable et la sécurité alimentaire en Algérie. Bien que cette évaluation revête une importance cruciale, elle reste encore complexe en raison de la diversité des indicateurs utilisés. Ce papier analyse les enjeux du développement durable au niveau du secteur agricole en Algérie dans un contexte de changement climatique, d’une part, mais aussi explique les défis globaux auxquels l’agriculture algérienne est confrontée, d’autre part. Les défis contemporains, croissance démographique, changements climatiques et sécurité alimentaire, s’inscrivent dans une stratégie de développement durable fondée sur une approche territoriale. Ainsi, la problématique de cette recherche est focalisée sur les questions suivantes : comment l’agriculture durable peut-elle répondre aux défis environnementaux et économiques tout en assurant la résilience des systèmes alimentaires en Algérie ? Quels sont les critères d’évaluation de l’agriculture durable et la sécurité alimentaire en Algérie ?
Cet article adopte une approche globale et intégrée pour évaluer l’agriculture durable et la sécurité alimentaire en Algérie, en combinant plusieurs indicateurs clés et en examinant les aspects économiques, sociaux et environnementaux. Les informations proviennent également d’une base de données ad hoc, construite à partir des principales bases institutionnelles internationales (Fao stat, Aqua stat, Banque Mondiale…) et nationales (données de l’office national des statistiques (ONS), ministère de l’Agriculture et de développement rural (MADR), conseil national économique et social (CNES).

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Texte intégral

Introduction

1La question de la durabilité de l’agriculture suscite un intérêt grandissant, tant de la part de diverses disciplines scientifiques que de la communauté internationale dans le contexte de l’appel des objectifs de développement durable à l’éradication de la faim et de la malnutrition (Meybeck, Gitz, 2016). Le développement de l’agriculture est l’un des leviers les plus puissants sur lequel agir pour mettre fin à l’extrême pauvreté, renforcer le partage de la prospérité et nourrir les 9,7 milliards de personne que comptera la planète en 2050 (Banque mondiale 2023).

2En effet, l’Algérie figure parmi les pays à fort risque de changement climatique, et tous les rapports et recherches notent que ce changement climatique va exacerber à l’avenir les facteurs anthropiques de dégradation à l’origine de la baisse de productivité des sols et des élevages. Ce défi écologique met l’État dans l’obligation d’inscrire la durabilité des modes de production comme un élément clé de sa politique agricole car la pression anthropique sur les ressources naturelles a des limites qu’il convient de fixer (Bessaoud, Pellissier et al., 2019 : 25 ; OCDE/FAO, 2018 : 79).

3Faisant face à une sévère crise écologique, l’État a donc décidé, à partir des années 2000, de réagir et d’investir dans le développement durable afin de tenter de mettre fin au processus de dégradation de l’environnement. Cette volonté est également une conséquence des engagements pris par l’Algérie envers la communauté internationale qui impose notamment de traduire dans sa législation nationale les dispositions contraignantes des conventions et protocoles internationaux auxquels le pays a adhéré. La concrétisation de cette intention a été réalisée, dans un premier temps par l’adoption de la stratégie nationale de l’environnement (2001-2011). Les deux principaux outils de cette stratégie sont la loi portant sur la protection de l’environnement et du développement durable promulguée en 2001 et le plan national d’actions pour l’environnement et le développement durable, PNAE-DD (MADR, 2002).

4Dans cette optique, les politiques nationales de développement durable intègrent aussi bien le Programme de Développement Durable à l’horizon 2030, que l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et le programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement.

5De plus, les progrès effectués ces dernières années par l’Algérie en matière de sécurité alimentaire sont remarquables et reconnus. En 2021, l’Algérie a occupé la 54e place sur le classement mondial de la sécurité alimentaire, derrière l’Argentine (53e) et devant la Tunisie (55e), avec une note globale de 63,9 points sur 100 (Cherrou, 2023 : 974). L’expérience accumulée depuis plus de soixante ans sur le plan national et international a permis progressivement de comprendre que cette question est très complexe. Cette complexité survient de par la multiplicité des facteurs socio-économiques influents qui font que les résultats dans le secteur agricole (concernant par exemple la production intérieure brute agricole, la croissance de la production agricole…), aussi bons soient-ils, ne sont jamais acquis définitivement. Les facteurs tels que la croissance démographique, les changements climatiques, les incidences maintenant connues sur la santé humaine des aliments issus de modèles de production intensifs et industrialisés sont autant de défis futurs pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations dans leur diversité.

6La méthodologie de l’étude se concentre sur une analyse approfondie de l’agriculture durable et la sécurité alimentaire en Algérie à travers deux niveaux complémentaires d’analyse (quantitatif et qualitatif) en utilisant des indicateurs agrégés ou composites issus de sources officielles internationales et d’organisations spécialisées. L’objectif principal est de combiner un large éventail d’indicateurs pour mieux comprendre les multiples dimensions de l’agriculture durable et la sécurité alimentaire, notamment en raison de l’absence de rapports réguliers et d’études exhaustives sur ce sujet en Algérie.

7Avant de présenter les différentes séquences de l’évolution que l’agriculture algérienne a traversées depuis l’indépendance du pays, le premier point de ce travail de recherche met l’accent sur le cadre conceptuel et les critères d’évaluation de l’agriculture durable et la sécurité alimentaire. Le deuxième point dresse un bilan actualisé de la situation de l’agriculture sur une période de 62 ans. Cette contribution clarifie, dans le troisième point, les enjeux du développement durable dans les politiques agricoles en Algérie. Elle apprécie et identifie les principaux défis et risques qui caractérisent ce secteur agricole dans le quatrième point. Enfin, une série de perspectives pour la transformation durable de l’agriculture en Algérie est retracée en dernier point de cette analyse.

1. L’agriculture durable et la sécurité alimentaire : cadre conceptuel et indicateurs de mesure

8L’agriculture durable, très en vogue depuis ces dernières années, mobilise tant les scientifiques que les politiques. Mentionnée dans la plupart des « projets » dans les pays en voie de développement et dans les discours politiques des pays développés, elle est significative du souci d’intégrer les préoccupations de long terme à la question du développement en particulier la préservation de l’environnement (Deybe, 1994 : 12).

9Dans cette première partie, deux concepts clés méritent une attention particulière à savoir : l’agriculture durable et la sécurité alimentaire.

1.1. L’agriculture durable

10L’agriculture durable est devenue le leitmotiv des politiques agricoles de la plupart des pays. Ce concept exige notamment de concevoir de nouvelles pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et d’aborder l’étude des systèmes agricoles avec une approche systémique qui intègre les dimensions agronomiques, environnementales, économiques et sociales.

11Ce qu’il importe donc de retenir est que la crise des années soixante a entraîné une réflexion critique sur notre agriculture et permis l’émergence du concept de l’agriculture durable, qui est apparu « officiellement » vers la fin des années 1980. Avant cette percée institutionnelle, les pratiques alternatives respectueuses de l’environnement étaient désignées sous le terme d’agriculture écologique (Estevez et Domon, 1999 : 99). Implicitement durable, cette dernière visait à conserver les ressources sur lesquelles se fonde l’agriculture (sol, eau…), à utiliser le moins possible d’intrants extérieurs au système, à stimuler les processus biologiques qui sont à la base de sa stabilité (maîtrise des insectes nuisibles et des adventices…) et à retrouver assez rapidement un équilibre rompu par des actions perturbatrices (travail du sol…). Une telle démarche requiert, il va sans dire, une grande connaissance des processus écologiques qui régissent les agroécosystèmes et exige par conséquent une gestion plus rigoureuse.

12Agriculture durable est un terme dont l’utilisation se généralise au niveau international et qui peut se définir succinctement comme étant une agriculture qui soit viable à la fois aux plans économique et environnemental (Estevez et Domon, 1999 : 99).

13Reprenant la définition de la FAO, l’agriculture durable est un modèle agricole qui « satisfait les besoins des générations actuelles et futures tout en étant rentable, en préservant la santé de l’environnement et en garantissant l’équité sociale et économique » (FAO, 2025).

14Pour sa part, l’Ordre des Agronomes du Québec (OAQ) (1991) a également été amené à proposer une définition : « Le développement durable de l’agriculture s’effectue à partir d’une agriculture respectueuse de l’environnement, qui produit, de façon sécuritaire, des aliments sains et nutritifs tout en maintenant le secteur économiquement viable, concurrentiel et en harmonie avec les industries et les secteurs connexes » (Michaud, 1996 : p 10).

1.2. La sécurité alimentaire

15Le concept de sécurité alimentaire a évolué depuis sa première définition par la FAO en 1974, intégrant désormais des dimensions agro-environnementales, économiques, nutritionnelles et culturelles (Clapp et al., 2022). La sécurité alimentaire est définie comme l’accès physique, social et économique à une alimentation suffisante, sûre et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active (Sommet mondial de l’alimentation, 1996). Cette définition intègre donc bien la notion d’accès physique et économique, indissociable de celle de la pauvreté.

16Les dimensions (piliers) définies par la sécurité alimentaire et faisant l’unanimité des parties prenantes, des organismes internationaux et les ONGs concernent : la disponibilité et l’accès physique, économique et social à la nourriture, la qualité sanitaire et nutritionnelle des aliments, de l’eau et des régimes alimentaires, la stabilité et la durabilité dans l’accès, la disponibilité et de la qualité, le respect des styles de consommation et des préférences alimentaires selon les ethnies et les convections religieuses.

1.3. Indicateurs de l’agriculture durable et la sécurité alimentaire

17Afin d’opérer une recherche approfondie sur l’agriculture durable et la sécurité alimentaire, cette étude adopte deux niveaux complémentaires d’analyse, en utilisant des indicateurs agrégés ou composites issus de sources officielles internationales et d’organisations spécialisées.

18Le premier niveau (quantitatif) se focalise sur l’évaluation directe de l’ampleur de la faim et de la sous-alimentation à l’échelle nationale. Il repose sur trois indices principaux : 1/l’indice de la faim dans le monde (GHI) évalue la faim en combinant des indicateurs tels que la sous-alimentation, le retard de croissance chez les enfants, l’émaciation infantile et la mortalité infantile ; 2/ l’indice de la prévalence de la sous-alimentation (PoU) mesure la proportion de personnes souffrant de la faim ou vivant en état de sous-alimentation ; 3/ l’International Food Security Assessment (USDA) analyse la sécurité alimentaire mondiale, notamment la perspective de l’offre et de la demande alimentaires.

19Le deuxième niveau (analytique et explicatif) étend l’analyse en prenant en compte les quatre dimensions fondamentales de la sécurité alimentaire : la disponibilité, l’accessibilité, la qualité et la sécurité des aliments, ainsi que la durabilité et l’adaptation aux impacts du changement climatique. Des données provenant des rapports annuels de The Economist Intelligence Unit et Economist Impact sont utilisées. En outre, le Food Sustainability Index (FSI) est employé pour évaluer la durabilité de l’agriculture en Algérie à travers trois piliers : la réduction des pertes et déchets alimentaires, la promotion de l’agriculture durable et la gestion des défis nutritionnels.

2. L’expérience algérienne dans le développement du secteur agricole : quels enseignements en tirer ?

20Avant toute chose, il est utile de faire une analyse rétrospective sur la place de l’agriculture dans l’économie depuis l’indépendance, afin de mieux comprendre la nature de développement économique de l’Algérie au cours de ces soixante dernières années.

2.1. L’état de l’agriculture en économie postcoloniale 

21Soixante ans après l’acquisition de l’indépendance (1962-2022) la structure de l’économie coloniale a été totalement bouleversée. L’évolution enregistrée au cours de cette période montre que l’agriculture algérienne n’a plus rien à voir avec l’agriculture coloniale. La production de vin qui faisait la prospérité et la richesse de la colonisation française a quasiment disparu de la carte des cultures ou des exploitations. La grande propriété coloniale a laissé place à des exploitations de petite ou de taille moyenne gérées par des descendants d’ouvriers agricoles, par des ménages de petits et moyens exploitants, et les grandes concessions accordées à de grands entrepreneurs agricoles sont de création récente (Bessaoud, 2023).

22Le secteur agricole qui représente aujourd’hui plus de 12 % du produit intérieur brut (PIB), est considéré comme un des cinq secteurs stratégiques du pays ; il a connu le plus fort taux de croissance annuel moyen au cours de la dernière décennie, soit 6,2 %. Avec 1 260 000 exploitations agricoles, le secteur emploie 22,68 % de la population occupée, soit 2,7 millions de personnes en 2022 (MADR, 2023). Par rapport aux expériences d’autres pays comparables de la région, le secteur agricole se situe en moyenne de 12 % du PIB en Tunisie, 15 % au Maroc et 42 % au Mali (Banque mondiale, 2023).

23Le fait marquant est la baisse continue du poids des industries manufacturières, qui passe de 13,30 % en 1965 à 5 % en 2010 et 4,70 % en 2022. Certains auteurs parlent même de « désindustrialisation ». Les hydrocarbures, par contre, occupent une position importante, mais très variable (en fonction des prix du pétrole volatile sur cette longue période), tournant autour de 35 % du PIB comme le montre le tableau 1.

Tableau 1 : Évolution de la structure du produit intérieur brut (en % du PIB) en Algérie

1960

1965

1980

1990

2000

2010

2022

Agriculture

18,58

12,88

08,51

11,36

08,40

08,47

11,38

Industrie

29,37

37,73

57,65

48,17

53,33

49,97

42,30

Dont Hydrocarbures

11,10

13,12

31,50

22,60

39,20

34,70

31,12

Dont industries manufacturières

15,12

13,30

10,55

11,38

7,46

5,00

4,70

Services

52,05

49,40

33,84

40,47

33,11

39,25

42,20

Source : Construit à partir des données de la Banque Mondiale, 2024.

24En ce qui concerne le secteur des services, malgré l’ouverture de l’économie, n’a pas connu de développement spectaculaire et son poids reste faible (42,2 % en 2022) en comparaison avec les autres pays de la région (60,32 % du PIB en Tunisie et 52,3 % au Maroc).

25L’économie algérienne est déterminée par l’importance des hydrocarbures, notamment en tant que principale source de revenus d’exportation. Ce poids varie certes selon les périodes, mais il tend à s’alourdir inexorablement. Aussi, sur le plan de l’analyse, cet aspect prend souvent le dessus, masquant parfois la complexité de l’économie, que l’on a tendance à réduire à un seul facteur. Cela se traduit en particulier par l’usage systématique du concept de rente et de ses dérivés. D’autres mettent en avant le mécanisme de Dutch Disease pour analyser l’impact des hydrocarbures sur l’économie (Talahite, 2010 : 7).

26Cependant, une lecture chronologique des différentes phases qui ont guidé le développement du secteur agricole depuis l’indépendance est nécessaire pour mieux appréhender le cheminement qui a conduit à l’adoption de la politique de renouveau agricole et rural et pour se rendre compte que celle-ci en fait l’aboutissement d’un processus d’apprentissage et d’appropriation progressive qui plonge ses racines dans l’histoire propre à l’Algérie.

27Les stratégies successives alternent trois grandes phases. La première confère une place subordonnée du secteur public agricole et le maintien de la marginalisation du secteur privé dans le processus d’étatisation qui recouvre la période de 1962 à 1979. Cette expérience servira de référence majeure à « l’option socialiste » au système politique algérien, option qui fut de nouveau renforcée par la promulgation en novembre 1971 du projet de « Révolution Agraire » (RA) (Bessaoud, 2023). Avec la deuxième et troisième phase s’amorce une inversion qui consiste en une privatisation inachevée du secteur public agricole selon un régime concessionnel jusqu’à nos jours. Les restructurations foncières déterminent pour une part l’emploi de la main -d’œuvre et sa productivité ainsi que le financement de l’activité à travers le crédit bancaire.

2.2. Autogestion et révolution agraire (1962-1979)

28Agissant sur le monde agricole et rural, les différentes politiques agricoles qui se sont succédé en Algérie depuis l’indépendance ont vu s’appliquer des programmes conçus et planifiés le plus souvent de façon centralisée. Dès les années post indépendance, les pouvoirs publics se sont engagés dans des actions mises en œuvre de manière descendante. Le regroupement des fermes coloniales en domaines autogérés illustre bien cette logique (Saidoun, Ait Hammou et al., 2022 : 475). De l’autogestion à la révolution agraire et malgré les tentatives de libéralisation et restructuration du domaine autogéré, l’État a toujours monopolisé la gestion de ces politiques. Les domaines autogérés participent d’un dualisme renforcé dans le cadre d’une subordination de l’agriculture aux « industries industrialisantes » (De Bernis, 1971 : 545).

29Le modèle de développement autocentré s’inspire de De Bernis et se démarque du modèle d’import-substitution qui met la priorité sur les biens de consommation, en l’absence d’un surplus agricole pour financer le développement (Adair, Lazreg et al., 2022 : 419). La relation agriculture-industrie se limite à la production agricole pour l’industrie agroalimentaire notamment. L’évolution économique générale en faveur du secteur des hydrocarbures, nationalisé en 1971, et au détriment de l’agriculture explique que, dès 1963, les exportations des produits pétroliers dépassent largement celles des produits agricoles et agroalimentaires.

2.3. Réformes des domaines agricoles de l’État (1980-1999)

30Pendant cette période, devant la stagnation persistante de la production agricole, les difficultés de gestion des grandes exploitations autogérées et le déficit chronique de celles-ci, un certain nombre de réformes ont été progressivement introduites. C’est ainsi que furent mises en place les premières expériences de libéralisation des marchés, suivies peu après par une restructuration des domaines agricoles socialistes (DAS), transformées en exploitations agricoles collectives (EAC) et en exploitations agricoles individuelles (EAI), tandis qu’un droit de jouissance perpétuel sur les terres fût introduit (loi 87-19).

31Timides au début, ces réformes se sont amplifiées pendant les années 1990 à la suite des crises pétrolière et financière et l’adoption des mesures d’ajustement structurel orientées vers l’économie de marché qui s’en est suivie (MADR, 2012 : 2).

32Après l’épisode de l’étatisation des terres coloniales qui a suivi l’indépendance, l’agriculture s’inscrit depuis la décennie 1990 dans un processus de transition vers un capitalisme agraire régulé par un contrôle de l’État sur le foncier agricole et les produits de large consommation. Ce modèle hybride État/marché vise la réduction de la vulnérabilité aux importations alimentaires et l’amélioration de la productivité (Adair, 2022 : 416). Il s’agit alors d’apprécier si la politique agricole mise en œuvre, et à même de catalyser et de rendre durable les dynamiques de croissance et de répondre aux nouveaux défis imposés par la nécessaire résilience aux changements climatiques ?

2.4. Transformation des politiques agricoles des années 2000

33L’Algérie a mis en place, depuis les années 2000, une politique visant l’amélioration de la sécurité alimentaire nationale, le développement de certaines filières agricoles prioritaires (céréales, pomme de terre, lait), la mise en valeur des terres, mais aussi la redynamisation des territoires ruraux. Cette politique a été mise en œuvre au travers de différents plans nationaux façonnés au rythme des fluctuations des recettes pétrolières, dont notamment le plan national de développement agricole (PNDA 2000-2010), la politique de renouveau agricole et rural (PRAR 2010-2014) et par la suite, le plan FELAHA (2014-2020).

34Pour atteindre ces objectifs, les pouvoirs publics ont adopté une nouvelle approche dans la conception et la mise en place de ces politiques se traduisant, dans le secteur agricole notamment, par l’ouverture à d’autres secteurs et la sollicitation des acteurs locaux à participer aux problématiques de développement de l’agriculture et des territoires ruraux. Axées sur a notion de partenariat, ces politiques assignent des objectifs en matière de participation et de concertation (Saidoun, Ait Hammou et al., 2022 : 486). Ces nouveaux paradigmes de l’action publique se substituent, au moins partiellement, à celle d’action publique marquée par la planification, et les orientations socialistes.

35Cependant, l’adoption du Plan National de Développement Agricole (PNDA) va amorcer au début des années 2000 la réhabilitation du secteur agricole et en faire, après le secteur des hydrocarbures, le premier secteur bénéficiant des plans de relance de l’économie nationale. Les mesures de politique agricole vont se multiplier à la faveur de l’aisance financière résultant des cours internationaux élevés des hydrocarbures (les prix de pétrole dépassaient 100 dollars américain le baril durant la période 2000-2014). Cette embellie va favoriser les pouvoirs publics à consentir des dépenses d’investissement importantes en faveur du secteur agricole.

36Au cours de ces vingtaines d’années (2000-2022), la production intérieure brute agricole (PIBA) est passée, en pourcentage du PIB, de 8,3 % en 2000 à 9,2 % en 2010, 11,2 % en 2014 et à 14,7 % en 2022, avec une estimation à 35 milliards de dollars pour l’année 2022 (Algérie Presse Service). Au-delà de la part du secteur dans la formation du PIB, le secteur agricole a été le moteur de la croissance économique du pays, puisqu’il a connu entre 2004-2014 un taux de croissance annuelle de 7,06 %, alors que pendant la même période ce taux n’a été que e 2,72 % pour l’ensemble de l’économie (Bessaoud, Pellissier et al., 2019 : 15).

37En effet, la croissance de la production agricole a été impulsée au cours de ces dernières décennies par l’extension des capacités productives et l’accroissement du capital productif (plantations, bétail, ressources en terre et en eau mobilisées pour l’exploitation agricole). Cette croissance reste positive durant toute la période d’analyse, 2000 – 2022, passant ainsi de 3,82 % en 2000 à 5,86 % en 2022 (tableau 2).

Tableau 2 : Taux de croissance de la production agricole (2000-2022)

Année

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

2014

2016

2018

2020

2022

%

3,82

5,61

4,30

7,69

8,00

4,90

7,30

2,50

1,80

3,25

6,10

5,86

Source : MADR, 2024

38À travers ce tableau, on relève la caractéristique la plus importante relative aux variations remarquables enregistrées d’une année à une autre. À titre d’illustration, le taux de croissance qui était de 4,30 % en 2004 a pratiquement doublé en 2008 avec une proportion de 8 %. Le cas similaire s’est produit inversement durant les années 2012 et 2014, où le taux de croissance est passé respectivement de 7,30 % à 2,5 %. Ces fluctuations sont le résultat des conditions climatiques instables (favorables ou défavorables) suivant les différentes périodes.

3. Enjeux du développement durable dans les politiques agricoles en Algérie

39Les estimations FAO-OCDE mettent en évidence la forte contribution effective de l’agriculture au changement climatique, comme le prévoit l’accord de Paris, nécessitera des efforts novateurs à grande échelle. Les perspectives soulignent que les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d’origine agricole sont importantes et devraient progresser de 7,6 % durant la décennie à venir (OCDE/FAO, 2023 : 19).

40L’Algérie figure parmi les pays à fort risque de changement climatique et tous les rapports de recherche notent que ce changement climatique va exacerber à l’avenir les facteurs anthropiques de dégradation à l’origine de la baisse de productivité des sols et des élevages. Ce défi écologique met l’État dans l’obligation d’inscrire la durabilité des modes de production comme un élément clé de sa politique agricole car la pression anthropique sur les ressources naturelles a des limites qu’il convient de fixer.

3.1. La création des institutions spécialisées

41L’Algérie s’étant engagée à réaliser les objectifs de développement durable. Depuis le début des années 2000, des lois majeures sont venues compléter l’arsenal législatif en matière d’aménagement du territoire et de protection de l’environnement. La problématique du développement durable tend à intégrer, aujourd’hui, l’ensemble des actions et des projets en matière d’aménagement du territoire. La préoccupation constante de l’État pour un développement cohérent et équilibré semble devoir passer inéluctablement par l’insertion de cette problématique dans les politiques publiques.

42Plusieurs institutions spécialisées ont été créées, à cet effet, dont le Haut Conseil de l’Environnement et du Développement Durable, en 1994, et le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, en 2000. La loi relative à la protection de l’environnement et du développement durable complétant la loi de 1983 a été promulguée en 2001. Le Plan national d’actions pour l’environnement et le développement durable (PNAE-DD), adopté en 2001, a fixé les objectifs environnementaux du pays pour la décennie 2001-2010. Enfin, plusieurs organismes ont été créés afin de soutenir et de poursuivre des objectifs spécifiques : l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable en 2001, l’Agence nationale des déchets en 2002, le Centre national de développement des ressources biologiques en 2003, le Centre national des technologies de production plus propres en 2002, l’Agence nationale des changements climatiques en 2005.

43L’Algérie s’engage, en 2005, pour l’élaboration de la stratégie nationale du développement rural durable (SNDRB) qui vise à encadrer les problématiques du monde rural de manière transversale pour favoriser un développement rural intégré, équilibré et durable des territoires.

44En 2010, l’élaboration du schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) à l’horizon 2030 est un enjeu national tant il intègre la problématique écologique dans sa dimension continentale et territoriale qui doit tendre vers un territoire durable. La première ligne directrice du SNAT vise à bâtir un territoire durable, établissant ainsi un lien étroit entre aménagement du territoire et durabilité et en faisant de celle-ci une préoccupation préalable à toute intervention dans le domaine de l’aménagement.

3.2. La stratégie nationale de développement hydrique et extension des capacités productives

45En Algérie, la stratégie nationale de développement du secteur de l’eau a été confortée dans les deux objectifs qu’elle visait déjà depuis le début des années 1980. Elle doit permettre de sécuriser l’alimentation en eau potable des populations et de participer à l’amélioration du niveau de sécurité alimentaire en mettant davantage de volumes d’eau à la disposition de l’agriculture pour étendre les superficies irriguées.

46À ces fins, la stratégie nationale de l’eau s’est inscrite dans le schéma national d’aménagement du territoire pour définir ses programmes de mobilisation de nouvelles ressources, d’organisation des transferts d’eaux vers les zones les plus défavorisées en ressources hydriques en vue de contribuer à la dynamique de rééquilibrage du territoire, donnant la priorité au développement durable des Hauts Plateaux et du Sud.

47Récemment, le progrès enregistré dans plusieurs régions agricoles s’est réalisé principalement par la levée du facteur limitant le déficit hydrique. Les nouvelles techniques d’évacuation des eaux superficielles ou des nappes ont autorisé une exploitation inédite des ressources en eau, notamment avec la mobilisation des forages dans le Sud algérien et le renforcement d’investissements pour la mise en œuvre d’infrastructures hydrauliques (100 barrages qui ont été réalisés en 2016). Ce sont ainsi plus de trente milliards de dollars de capitaux publics et privés qui ont été investis dans le secteur de l’hydraulique agricole qui a concentré plus de la moitié des investissements mobilisés au secteur agricole.

48La mobilisation croissante du potentiel en eau a permis d’augmenter les cultures en irrigué. Les surfaces irriguées du pays ont été multipliées par 3,7 au cours de ces deux dernières décennies, celles-ci passant de 350 000 ha en 2000 à 928 955 ha en 2008 et à plus de 1,3 million d’hectares en 2017, soit plus de 15 % de SAU (MADR, 2017), contribuant ainsi à la mise en valeur des terres dans les régions steppiques et sahariennes et à réduire la vulnérabilité de l’agriculture au climat.

49Les analyses du PNUE pour le suivi de la stratégie méditerranéenne de développement durable en Algérie permettent de constater les retards enregistrés en termes de politiques publiques agricoles (PNUE/PAM, 2016). Ces retards s’expliqueraient par les facteurs suivants : insuffisance relative et mauvaise répartition des moyens, faible implication des populations locales rurales, faible coordination des acteurs au niveau central et décentralisation insuffisante, etc.

3.3. Progrès accomplis par le pays vers la réalisation de l’agenda 2030

50À mi-parcours de la mise en œuvre du programme de développement durable à l’horizon 2030, les données récentes de la FAO indiquent que la plupart des cibles des objectifs de développement durable (ODD) en lien avec l’alimentation et l’agriculture sont encore loin d’être atteintes à l’échelle mondiale. Les effets persistants de la pandémie de covid-19, auxquels s’ajoutent d’autres crises, comme les changements climatiques et les conflits armés, ont un impact généralisé sur toutes les dimensions du programme 2030 (FAO, 2023).

51Cependant, l’Algérie a accompli des progrès de développement considérables qui lui ont permis de maintenir sa position parmi les pays à indice de développement humain élevé, premier au Maghreb, et troisième en Afrique (PNUD, 2022). Le rapport global sur le développement durable du Sustainable Development Network dans son édition 2022 crédite l’Algérie d’un score de 71,54 sur 100 dans l’atteinte des 17 ODD, ce qui la place en tête de la région Mena.

52Selon le bilan du progrès dans l’atteinte des ODD commissionnés par la SNU Algérie, le pays a déjà parcouru 55 % des cibles ODD sur les 103 indicateurs disponibles (Nations Unies, 2022 : p 13). L’engagement de l’Algérie à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7 % à l’horizon 2030 et l’empreinte environnementale de son économie offre une réelle opportunité de créer des emplois durables et de maximiser les bénéfices du dividende démographique d’un pays jeune et connecté. La ratification de l’Accord de Paris et la mise en place du plan national climat témoignent de la volonté politique d’accélérer les efforts pour la préservation de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques.

53Conformément à la résolution des Nations – Unies (2022), en 2030, l’Algérie sera solidement engagée sur la voie d’un développement économique durable résilient, inclusif et solidaire, et d’une croissance, sur la base d’un développement humain renforcé sous certaines conditions :

  • les stratégies et politiques publiques créent les conditions de l’essor d’une économie qui génère des emplois durables et décents dans une économie diversifiée et qui conduit à l’augmentation du niveau et de la qualité de vie pour l’ensemble de la population ;

  • les institutions sont efficaces à fournir des services publics de qualité, à réduire les disparités géographiques, à assurer l’égalité des sexes et à inclure les personnes vivant en situation de vulnérabilité dans le développement socio-économique ;

  • la capacité de résilience de la société est suffisamment renforcée pour faire face aux vulnérabilités ;

  • le financement pour le développement, soit public ou privé, est élargi et orienté vers le développement durable.

3.3. Déterminants de l’agriculture durable et de sécurité alimentaire en Algérie

54L’évaluation des indicateurs de l’agriculture durable et de sécurité alimentaire en Algérie met en évidence des progrès significatifs, mais aussi des défis structurels qui nécessitent des ajustements stratégiques.

3.3.1. Indicateurs quantitatifs

  • Global Hunger Index (GHI) : l’Algérie se classe 35e sur 136 pays en 2024, traduisant une nette réduction de la faim grâce à l’amélioration de la nutrition infantile et à la diminution du retard de croissance. Toutefois, 20 % de la population reste vulnérable en raison du coût élevé des denrées alimentaires, accentuant l’insécurité alimentaire des ménages les plus précaires (GHI, 2024).

  • Prévalence de la sous-alimentation (PoU) : après avoir fortement augmenté de 2019 à 2021, la faim dans le monde – mesurée par la prévalence de la sous-alimentation (PoU) – s’est maintenue à peu près au même niveau pendant trois années consécutives, et touchait encore 9,1 pour cent de la population en 2023, selon la FAO, (contre 7,5 pour cent en 2019). En Algérie, la PoU reste inférieure à 2,5 %, cette valeur indique une amélioration de l’accès à l’alimentation, bien que certaines populations restent exposées à des difficultés économiques (FAO, 2024).

  • International Forestry Students Association (IFSA) : cet indice, fluctuant entre 19,3 % en 2022 et 8,1 % en 2023, montre la fragilité du pays face aux crises économiques et géopolitiques (covid-19, guerre en Ukraine).

3.3.2. Indicateurs qualitatifs

  • Global Food Security Index (GFSI) : l’Algérie figure 68e au classement global des 113 pays en 2022, avec des avancées en matière d’accessibilité et de disponibilité alimentaire. Cependant, l’augmentation de plus de 30 % du coût des aliments ces dernières années pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, exacerbant les inégalités.

  • Food Sustainability Index (FSI) : avec un classement de 73e sur 78, l’Algérie présente des faiblesses en agriculture durable et en gestion des pertes alimentaires.

55Ces résultats mettent en lumière l’importance d’une transition vers des systèmes plus résilients et respectueux des ressources naturelles.

4. Les défis à venir du secteur agricole en Algérie

56En Algérie, le système alimentaire et l’activité agricole sont confrontés à un ensemble de défis à la fois relatifs au renforcement de l’économie nationale et au développement des territoires ruraux, mais également rattachés à l’amélioration de la souveraineté alimentaire du pays, en développant durablement sa capacité de production dans un contexte de tension sur les ressources naturelles et de nécessaire adaptation au changement climatique.

4.1. Insuffisance de la superficie agricole utile

57L’agriculture est soumise à la première contrainte que constitue la dotation réduite en superficie agricole utile (S.A.U.), à la fois en valeur absolue et ramenée à la superficie par habitant. Des efforts, plus au moins importants et constants ont été consentis par l’État, à la fois, pour préserver les terres agricoles et limiter les prélèvements pour l’habitat et le développement industriel, et pour mettre en valeur de nouvelles terres. Ceci a permis, malgré les ponctions importantes faites sur les terres agricoles pour satisfaire les besoins du développement, de faire gagner à la SAU nationale environ 500 000 ha depuis le début de la décennie 1980 puisqu’elle passe d’une moyenne de 7713 millions à 8227 millions d’hectares en 2011-2015 (Chehat, 2018 : 38).

58Rapportée au nombre d’habitants, la S.A.U par tête est aujourd’hui à peine égale à 0,2 ha soit 20 ares. Le graphique ci-dessous permet de constater que, comparativement à quelques-uns de ses voisins méditerranéens (Espagne, Maroc, Tunisie), l’Algérie et le Portugal sont les moins dotés en fond de terres arables par tête d’habitant.

Graphe 1 : Surface agricole utile par habitant en 2021 dans cinq pays méditerranéens (ha.)

Graphe 1 : Surface agricole utile par habitant en 2021 dans cinq pays méditerranéens (ha.)

Source : FAOSTAT, 2024

4.2. La pression démographique et sociale

59Les perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO montrent que la demande future de produits alimentaires est directement influencée par les changements démographiques, par la croissance et la répartition des revenus et par les prix des denrées alimentaires. Elles supposent que la demande de denrées alimentaires sera par ailleurs influencée par les modifications des habitudes de consommation liées aux évolutions socioculturelles et à celles des modes de vie, notamment par la poursuite de l’urbanisation et de la féminisation de la main-d’œuvre, ainsi que par la sensibilisation croissante des consommateurs aux questions de santé et de durabilité (OCDE/FAO, 2021 : 29).

60Suivant la FAO (2023), il est estimé que d’ici à 2050, près de 7 personnes sur 10 vivront en ville et cela entraînera des changements dans les systèmes agroalimentaires sur l’ensemble de continuum rural-urbain. Ces changements engendrent des défis, mais également des possibilités au regard de l’objectif qui consiste de permettre à chacun d’accéder à une alimentation saine et abordable.

61Bien avant son indépendance, l’Algérie a connu une forte dynamique démographique qui a induit une vigoureuse pression sur les ressources disponibles et qui a rompu divers équilibres économiques, sociaux et naturels. Une des conséquences de cette pression démographique se vérifie à travers le déséquilibre des ressources agricoles qui a conduit à une dépendance alimentaire extrêmement forte vis-à-vis de l’étranger (Chabane, 2012).

62À titre d’illustration, les données statistiques (graphe 2) confirment que l’Algérie a enregistré une croissance démographique élevée par rapport à d’autres pays de la région méditerranéenne : la population qui comptait plus de 11 millions d’habitants à l’indépendance s’élève à près de 45 millions d’habitants en 2022. Entre 1962 et 2022, la population totale a connu une multiplication par 4 et la population urbaine (multiplié par 2,25) est parmi les plus élevées au monde.

Graphe 2 : Croissance annuelle de la population totale et taux d’urbanisation dans cinq pays méditerranéens durant la période (1962-2022)

Graphe 2 : Croissance annuelle de la population totale et taux d’urbanisation dans cinq pays méditerranéens durant la période (1962-2022)

63Les deux premières décennies après l’indépendance, l’Algérie a connu une forte croissance démographique accompagnée d’un exode rural et d’un accroissement considérable de la population urbaine. Les résultats des recensements généraux de la population et de l’habitat (RGPH) font apparaître un basculement urbain à partir de 1987. Le taux d’urbanisation de la population totale représente un tiers (35,4 %) en 1966, atteint 40 % en 1977, 49,7 % en 1987, 58,3 % en 1998 et s’élève à deux tiers (65,94 %) en 2008. Il serait de l’ordre de 75 % en 2025 (Adair, Lazreg et al., 2022 : 415).

64Par ailleurs, le secteur agricole a connu une croissance plus modeste en termes d’emploi. L’agriculture occupe 55,8 % de la population active en 1966, 49,36 % en 1969 et 29,54 % en 1982 ; l’emploi agricole atteint 20 % au cours de la période 1990-2004 (Adair, Lazreg et al., 2022 : 417), puis croit légèrement à 25 % en 2022.

65L’évolution de la population algérienne constituera à l’avenir un véritable défi à la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour ce 21e siècle. Une étude de l’Organisation des Nations Unies, prévoit sur la base de l’hypothèse moyenne, que cette population devrait croître de 52 % et atteindre 63 millions en 2050 avant de doubler pour attendre 90 millions en 2100 (Chehat, 2018 : 25).

4.3. Le défi des changements climatiques

66Partout dans le monde, l’agriculture reste le secteur économique le plus sensible aux effets négatifs du changement climatique. Les températures élevées entraînées par ce réchauffement diminueront les rendements des cultures utiles. La modification des régimes de précipitations augmentera les probabilités de mauvaises récoltes à court terme et les baisses des niveaux des productions à long terme. En conséquence, les prix des produits agricoles connaîtront vraisemblablement des hausses significatives sur le marché international. C’est ainsi que le changement climatique devient une réelle menace pour la sécurité alimentaire au niveau national et international.

67En effet, l’Algérie est située dans la zone méditerranéenne qui est considérée comme étant l’un des « hot spot » du changement climatique, et reste exposée à des risques de températures supérieures à la moyenne mondiale (1,5 °C degrés dès 2035, avec la possibilité d’atteindre 2,2 °C en 2050). Les modèles climatiques montrent assez clairement que ces tendances au réchauffement vont se renforcer au cours des vingt prochaines années (Bessaoud, 2023).

68L’analyse de l’évolution climatique en Algérie montre que les effets du changement climatique deviennent de plus en plus visibles. Des études d’impact du changement climatique ont montré que la pluviométrie est en baisse, que la température augmente et que les accidents extrêmes se multiplient. Toutes les recherches confirment ainsi que l’Algérie connaîtra un accroissement sévère de l’aridité qui la rendra davantage vulnérable au stress hydrique et à la désertification.

69Entre conséquences directes et indirectes, la stratégie poursuivie en Algérie aboutit à un bilan écologique négatif. Aujourd’hui, le pays doit faire face à des problèmes de pollution industrielle. Le processus d’industrialisation ayant ignoré pendant plusieurs décennies les impératifs écologiques, l’Algérie possède maintenant un parc industriel ancien vétuste et fréquemment, inefficace et polluant (Ouchene, Moroncini, 2018).

4.3.1. La littoralisation des activités économiques

70La littoralisation des activités n’a pas été sans conséquence sur la dégradation de l’environnement selon une étude du Conseil National Economique et Social (CNES), « l’espace littoral abrite 91 % des industries sidérurgiques, mécaniques, métallurgiques et électroniques (ISMME), 90 % des industries des matériaux de construction, 85 % des industries chimiques, 65 % des industries du cuir, et 56 % des industries textiles » (CNES, 1998 : 97).

71Par ailleurs, sur un échantillon de 70 établissements industriels, plus de 41 % présentent un risque d’explosion, 45 % un risque d’incendie et 31 % des risques toxiques (conseil national des assurances, 2017 : 25). Le processus d’industrialisation semble donc également s’être opéré dans des conditions qui n’ont pas pris en considération la question du risque. De plus, la priorité donnée à l’industrialisation a eu lieu en l’absence d’études d’impacts et de dangers.

4.3.2. Pollution atmosphérique et bruit dans les grandes villes

72L’air des grandes villes est pollué autant par la circulation automobile que par les émissions atmosphériques d’origine industrielle. Depuis 1985, le nombre de véhicules automobiles progresse d’environ 5 % (MATE, 2001). Aussi, le taux de motorisation dans les concentrations urbaines s’élève à deux véhicules pour dix-huit personnes en moyenne (Ouchene, Moroncini, 2018). La pollution engendrée par ces véhicules résulte du degré de vétusté important du parc automobile algérien. L’âge moyen des véhicules était de l’ordre de 17,71 ans au début des années 2000 (MATE, 2001) ce qui implique une consommation importante de carburant et de fortes émissions de gaz à effet de serre.

4.3.3. Contrainte de préservation des ressources naturelles

73L’agriculture subit d’autres contraintes physiques qui grèvent son potentiel naturel et pèsent sur les équilibres écologiques des différentes régions naturelles. En effet, en dépit des efforts déployés par l’État dans les domaines de la conservation des eaux et du sol, l’érosion des sols continue sa progression et les ressources hydriques sont gravement affectées par la surexploitation ou la salinisation. La désertification constitue une menace pour les 32 millions d’hectares de terres de parcours et le couvert forestier de l’Algérie du Nord est exposé en permanence au risque naturel (incendie) ou à la pression anthropique (déboisement, défrichement).

74La nature du relief et les conditions bioclimatiques constituent les principaux facteurs limitants de l’agriculture algérienne. À cette contrainte liée au relief où partout les pentes marquent le paysage agraire, vient se conjuguer une contrainte climatique. L’Algérie est de ce fait un pays sec qui appartient au triangle aride semi-aride. Les surfaces utiles du territoire agricole qui conjuguent à la fois des précipitations supérieures à 600 mm et des pentes inférieures à 3 % ne couvrent que 500 000 ha. Seuls 30 % de la SAU reçoit plus de 400 mm de pluie par an et les zones arides et semi-arides représentent 85 % de la superficie totale des terres ((Bessaoud, Pellissier et al., 2019 : 16). Par ailleurs, la médiocrité du réseau hydrographique, sa structure et les faibles écoulements n’ont pas favorisé l’aménagement d’un espace agricole intensif.

75La vulnérabilité environnementale à laquelle est exposée l’Algérie est atténuée par sa capacité à mobiliser l’eau. Rappelons que le potentiel en eaux conventionnelles mobilisable est estimé à 19,4 milliards de m3/an, dont 14,4 milliards de m3 au nord et 5 milliards de m3 en zones sahariennes (appartenant au SASS- Système Aquifère du Sahara Septentrional), correspondant à 500 m3/hab/an, ce qui situe l’Algérie dans la catégorie des pays pauvres en ressources en eau, au regard du seuil de rareté fixé par la Banque Mondiale à 1000 m3/hab/an (PNC, 2019 : p 23). Au total, les ressources en eau réellement mobilisées et exploitées sont évaluées à moins de 8 millions de m3/an. Ce volume total d’eau mobilisé est réparti entre l’agriculture (65 %), l’industrie et les usages domestiques (35 %).

76Protéger les ressources rares, les systèmes écologiques et les patrimoines naturels dans un contexte de changement climatique constitue un défi capital, car ces ressources sont les déterminants d’une croissance des productions et des productivités du travail et des sols.

77Ce défi pose l’exigence, d’une part, d’un changement de paradigme technique accordant à l’agroécologie et aux savoir-faire éprouvés des paysans, et d’autre part, d’accorder à la recherche agronomique une place privilégiée.

4.4. Le défi économique de la sécurité alimentaire

78En Algérie, l’agriculture et la réduction de la dépendance alimentaire figurent officiellement au rang des priorités nationales. L’agriculture reste un problème lancinant, qui se traduit par des résultats mitigés comme l’atteste en particulier l’importance des terres en jachère (Omari, Moisseron et al., 2012 : 124). Les pouvoirs publics tentent inlassablement de résoudre les problèmes de ce secteur stratégique alors même que les questions de sécurité alimentaire et de dépendance vis-à-vis des importations se posent de manière croissante.

79L’analyse de plusieurs spécialistes montre, à ce titre, la dépendance structurelle de l’extérieur en produits alimentaires se traduisant par un déficit alimentaire chronique. En effet, la production agricole qui assurait 93 % des besoins nationaux dans les années 1970, n’en assure que 30 % au début des années 1980, et en 2008 la sécurité alimentaire est tributaire à 75 % des importations. Cette dépendance de l’extérieur a fortement augmenté en 2008 pour attendre le chiffre très important de six milliards de dollars US (Omari, Moisseron et al., 2012 : 129).

80La résolution du problème de l’insécurité alimentaire a constitué pour l’Algérie une composante principale des stratégies de développement. Les politiques agricoles et agroalimentaires suivies au niveau des trois pays du Maghreb Central (Algérie, Tunisie et Maroc), après leurs indépendances, ont été toutes marquées par l’emprise de l’État qui a donné lieu à un ensemble complexe de mesures de soutien des prix, de subventions aux produits alimentaires de consommation visant à favoriser l’autosuffisance alimentaire, surtout d’une population urbaine croissante. Toutes ces politiques portant sur la modernisation agricole et la sécurité alimentaire ont montré leurs limites et ont suscité des questionnements sur l’efficacité des structures publiques face à un déficit alimentaire qui continue à peser lourd sur les budgets des États (Chebbi et Lachaal, 2004 : 4).

81Par ailleurs, la crise des marchés et les hausses des cours des matières premières qui ont eu lieu dès le premier trimestre de l’année 2020, ravivées en 2022 par le conflit en Ukraine, indiquent les risques d’approvisionnement durable du pays. Les perspectives de l’OCDE et de la FAO supposent que la volatilité des prix des produits agricoles mondiaux doit se maintenir à un niveau élevé à l’avenir, car elle est de plus très dépendante des décisions politiques des pays producteurs et des mutations de la géopolitique mondiale. Les finances publiques ne pourront supporter, à l’avenir, des dépenses d’importation de plus en plus élevées des produits de base.

82La crise récurrente des marchés mondiaux appelle, en conséquence, au soutien permanent des capacités internes de production afin de rééquilibrer une balance commerciale agricole déficitaire.

5. Perspectives pour la transformation durable de l’agriculture en Algérie 

83Même si la conjoncture des marchés pétroliers est très favorable pour l’importation de biens alimentaires en Algérie, elle ne le sera pas durablement à cause du non-renouvellement de ces ressources fossiles. Une vision prospective s’avère donc nécessaire pour les politiques agricoles futures qui doivent inclure le risque climatique, les changements structurels des milieux ruraux, et la volatilité des marchés mondiaux dans les programmes futurs.

84Selon l’étude rétrospective des politiques agricoles et en perspective la durabilité de l’agriculture algérienne (dans ses trois dimensions : sociale, économique, et environnementale), les fondements de politiques publiques futures devraient reposer sur une approche territoriale basée sur les potentialités locales afin de définir des stratégies adaptées pour chaque territoire. Dans ce qui suit, nous développons quelques pistes de réflexion.

5.1. La transformation durable des systèmes alimentaires en Algérie

85Le document établi par le MADR (2022), portant sur la formulation d’une feuille de route stratégique, inclusive, consensuelle et partenariale entre les différentes parties prenantes, constitue un plan d’action intersectoriel comprenant des solutions durables et favorables à la nutrition, aux ressources naturelles et au climat.

86Les actions, activités et mesures préconisées dans le plan d’action visent la transformation durable du système alimentaire algérien qui selon la définition de la FAO : « doit permettre à chacun d’accéder à une alimentation suffisante, saine et privilégiant la qualité nutritionnelle, organoleptique et culturelle des produits ». Pour ce faire, ce système doit reposer sur des modes de production soutenables qui préservent les ressources naturelles.

87D’autre part, ce système doit être fondé sur une répartition juste et équitable de la valeur ajoutée entre les différents maillons des chaînes de valeur agricoles et agroalimentaires dans le cadre d’une gouvernance à la fois horizontale et verticale qui intégrerait et coordonnerait les activités des intervenants au niveau des territoires ainsi que des chaînes de valeur agricoles, agroalimentaires de la pêche et de l’aquaculture (MADR, 2022 : 8).

88Le présent plan d’action est décliné en programmes d’actions le plus souvent intersectoriels scindés en trois parties correspondantes pour chacune d’entre elles, à l’amélioration de salubrité des aliments, à la durabilité des modes de production, et enfin à l’équité sociale.

5.2. Politique de résilience à la sécurité alimentaire

89L’Algérie a obtenu des résultats significatifs en matière de sécurité alimentaire et de lutte contre la sous-alimentation (l’ODD2) depuis l’ère des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ainsi, garantir une nutrition saine et suffisante pour sa population constitue un objectif central inscrit dans toutes les politiques nationales de développement. En 2017, le taux de la sous-alimentation s’est élevé à moins de 4,7 % de la population alors que le taux moyen dans les pays en développement s’élève à 13 % (Nations Unies, 2022 : 16). Néanmoins, des disparités perdurent et la facture alimentaire représente plus de 40 % du budget moyen des ménages. La résilience des systèmes alimentaires constitue un défi accentué par les tensions climatiques, la pression démographique et l’instabilité des marchés.

90Les différentes politiques mises en œuvre en Algérie ont poursuivi, avec une intensité différente, la recherche d’un accroissement significatif de la production nationale par l’encouragement de l’intensification conventionnelle des systèmes de production des produits agricoles de large consommation (Ferroukhi, Boumghar et al., 2021 : 38). Ces interventions économiques se sont traduites par la mise en place de dispositifs de subventions multiples, directes et indirectes, à l’adresse des exploitants agricoles (loyer des crédits, prix de référence, soutiens des investissements…), des intrants (mécanisation, engrais, semences…) et des activités en aval des exploitations agricoles (transformation, stockage, valorisation…).

91À titre d’illustration, sur la période 2000-2018, près de 40 % des soutiens (1102 milliards de dinars sont alloués aux producteurs tandis que 60 % ont bénéficié aux consommateurs (1567 milliards de dinars) (Ferroukhi, Boumghar et al., 2021 : 50).

92Indéniablement, une nouvelle approche du secteur s’impose en favorisant la relance des produits stratégiques à travers notamment l’encouragement de l’investissement agricole par l’octroi davantage de crédit, l’extension des terres en irriguées et l’utilisation des techniques économiques d’irrigation, la modernisation du secteur par l’incorporation des techniques et des moyens plus adaptés, etc. En fait, la résilience du secteur agricole passe par une amélioration des rendements, une stabilisation de la production nationale et surtout par une amélioration de l’environnement global de l’agriculteur (Sahali et Guendouzi, 2022 : 149).

5.3. La résilience aux changements climatiques

93Comme le souligne la FAO (2018), l’agriculture est aujourd’hui à la croisée des chemins face à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Ce secteur offre la possibilité de conjuguer à long terme l’efficacité des actions politiques et d’assurer la complémentarité des secteurs économique, social et environnemental. Il a connu de nombreuses stratégies d’amélioration au cours des dernières décennies. Mais, il est important d’améliorer son potentiel pour une demande alimentaire croissante, réduire les coûts sociaux et environnementaux, tout en favorisant les objectifs d’une croissance économique.

5.3.1. Inclure les risques climatiques dans les politiques publiques

94Les caractéristiques du milieu naturel algérien déterminent un potentiel qui est extrêmement conditionné par la mobilisation de la ressource hydrique, seconde contrainte permanente pour l’agriculture. Cette situation explique pourquoi le risque climatique constitue un paramètre fondamental des pratiques des exploitants agricoles.

95En 2018, une Analyse de Risque et Vulnérabilité (ARV) au changement climatique a été suivie de la formulation du Plan National Climat (PNC) de l’Algérie. Son volet adaptation comprend des actions de court et moyen termes portant sur l’économie de l’eau, l’adaptation des itinéraires techniques, la lutte contre l’érosion et la désertification, l’aménagement des bassins versants, la diversification des activités, la sauvegarde et l’extension des forêts et des mesures transversales portant sur l’amélioration de la gouvernance par le renforcement de capacités de l’administration en termes de sensibilité, de veille et de financement innovant, la participation et le renforcement des capacités des communautés rurales pour assurer une gestion locale durable du milieu naturel (Bessaoud, Pellissier et al., 2019 : 8).

5.3.2. Exploitation des eaux non conventionnelles

96La politique publique doit se tourner vers de nouveaux modes d’exploitations d’eaux non conventionnelles (notamment les eaux usées épurées) faiblement renouvelables ou rares dans un contexte de stress hydrique prononcé avec le changement climatique. En l’espace de 15 ans (2000-2016), les superficies agricoles irriguées ont été multipliées par 2, passant de 350 000 à 1 260 000 hectares, grâce à la diffusion des techniques d’économie de l’eau notamment l’irrigation localisée (goutte-à-goutte). Les objectifs du plan 2015-2019 d’irrigation des cultures ont été fixés à 2,2 millions d’hectares. En 2021, le plan d’action (2020-2024) fixe un objectif d’augmentation de la superficie irriguée de 383 333 hectares à partir d’une superficie de 1 430 000 hectares dont 800 000 sont équipés en système d’irrigation économiseurs d’eau (Adair, Lazreg et al., 2022 : 433).

5.3.3. La libération des investissements

97La structure actuelle de l’offre de financement n’est guère soutenable à cause de la bureaucratie caractérisant les procédures et la non-considération des « droits de concession » comme garantie pour les banques publiques. Pour élever le niveau d’investissement dans le secteur agricole, surtout pour les nouveaux entrants, les pouvoirs publics doivent considérer ce dernier comme tous les autres secteurs économiques et doivent faciliter les financements (pas seulement les subventions) de tout type : finance islamique, le marché financier, les fonds d’investissement.

98Cette libération de l’initiative d’investir va capter non seulement les capitaux issus de l’agriculture, mais aussi des capitaux venant d’autres secteurs économiques (et même le secteur informel).

99L’encouragement des partenariats public-privé par des formes juridiques solides qui garantissent le respect des droits des partenaires ouvrira le chemin aux investisseurs (nationaux et étrangers) désireux de se lancer dans des activités créatrices de valeur ajoutée et créer ainsi une dynamique au niveau local.

5.4. Diversification des activités et valorisation des produits du terroir

100La diversification peut être définie comme une augmentation de la variété de la production et des exportations ou comme une réduction de leur concentration. Dans les pays en développement tributaires des produits de base, elle va donc de pair avec la transformation structurelle (Cnuced, 2022 : 7).

101L’étude de la CNUCED indique que les crises actuelles, telles que la pandémie, le conflit en Ukraine et la crise climatique, mettent en évidence l’urgence de cette diversification. La dépendance à l’égard des produits de base à une multitude de répercussions préjudiciables et accentue de nombreux risques. La diversification économique peut non seulement réduire la volatilité liée aux aléas des marchés internationaux de produits de base, mais aussi être un moteur de la croissance et du développement.

102Dans un contexte de volatilité des prix de l’énergie et de l’augmentation de la demande énergétique domestique, le changement de modèle économique s’impose en Algérie, principalement par la diversification de l’économie. L’un des secteurs stratégiques pouvant contribuer à cette diversification est le secteur de l’agriculture qui peut contribuer à réduire, de façon significative et à terme, le déséquilibre de la balance commerciale agricole et assurer la sécurité alimentaire.

103L’enjeu du secteur est d’assurer une sécurité alimentaire par des pratiques de production durables pour des produits de qualité dans un contexte où la sécurité alimentaire est menacée par un niveau de croissance démographique élevé, une baisse des ressources hydriques ainsi qu’un retard de développement technique de l’activité.

104En outre, les agricultures traditionnelles oasiennes, de montagne ont fait l’objet de dispositifs particuliers de développement qui ont tenté de réhabiliter les chaînes de valeur de produits du terroir dans de nombreuses régions. Parallèlement, la préservation du système oasien et de ses savoir-faire ancestraux permettrait de conserver la diversité des cultivars locaux et d’un modèle écologiquement fonctionnel fondé sur l’équilibre entre climat, eau et énergie.

5.5. Adopter un système technique agricole durable

105Dans une agriculture où les ressources naturelles sont de plus en plus rares, l’innovation est une condition pour une croissance durable. Il est impératif pour les autorités publiques de promouvoir un nouveau paradigme technique agricole visant à se libérer d’un modèle pratiqué davantage par les pays avancés aux conditions agroclimatiques assez différentes de l’Algérie, et fortement dépendant d’équipements agricoles importés, de pesticides et de produits chimiques.

106L’Algérie considère l’économie verte comme un moyen de réaliser les objectifs du développement durable, de créer des emplois, de soutenir la croissance économique, de renforcer l’innovation et de réduire la pauvreté. Le pays est favorable à une transition progressive vers une économie verte qui tient compte de ses priorités et particulièrement de la question cruciale de la transition énergétique. Le plan quinquennal de croissance (2015-2019) considère l’économie verte comme un axe porteur de développement et de progrès technologique (CEA, 2016 : 2).

Conclusion

107Par les différentes définitions auxquelles il donne lieu, le concept d’agriculture durable peut être perçu soit comme un effort d’intégrer la dimension environnementale dans l’activité que constitue l’agriculture dans l’économie nationale, soit comme une remise en question des structures du complexe agroalimentaire marqué par une économie de marché dont les externalités qu’elle génère participent à la crise de l’agriculture en particulier, à la crise sociale en général (Estevez et Domon, 1999 : 104).

108Le rapide tour d’horizon de l’évolution de l’agriculture algérienne montre que la question de la sécurité alimentaire a constitué, depuis soixante ans, une préoccupation permanente des pouvoirs publics. Cette ambition a constamment légitimé les interventions de l’État dans de nombreux domaines des politiques publiques, afin d’assurer une alimentation suffisante et accessible économiquement aux couches les plus défavorisées de la population.

109Bien que la forte mobilisation des indicateurs de sources internationales offre une vision multidimensionnelle sur l’agriculture durable et la sécurité alimentaire en Algérie, l’analyse approfondie de leur apport révèle une réalité complexe et nuancée où des progrès significatifs coexistent avec des défis structurels. Ces indicateurs, répartis sur deux niveaux distincts, traduisent des progrès notables sur la situation réelle de la sécurité alimentaire dans le pays et des insuffisances concernant l’agriculture durable.

110Sous l’effet des changements climatiques et des modes de production et de consommation non durables, l’Algérie fait face à des défis environnementaux importants qui risquent de s’aggraver dans le futur tels que l’érosion des sols, les feux de forêts, la désertification et la rareté de l’eau… le fort impact de ces phénomènes sur l’agriculture, le secteur le plus fortement touché, risque de réduire considérablement la sécurité alimentaire.

111En phase avec les défis précédents, la volonté de l’Algérie est d’assigner, au secteur agricole et aux espaces ruraux des politiques productives durables, génératrices d’emploi, de revenus et en mesure de contribuer à rééquilibrer la balance commerciale de produits agricoles afin de réduire la forte dépendance du pays aux importations alimentaires.

112Pour la FAO (2018), cinq principes doivent gouverner la durabilité de l’agriculture : l’augmentation de la productivité, des emplois et l’ajout de valeur aux systèmes alimentaires ; la protection et l’amélioration des ressources naturelles ; l’amélioration des moyens de subsistance et la croissance économique ; l’amélioration de la résilience des communautés et des écosystèmes et ; l’adaptation de la gouvernance aux nouveaux défis.

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Table des illustrations

Titre Graphe 1 : Surface agricole utile par habitant en 2021 dans cinq pays méditerranéens (ha.)
Crédits Source : FAOSTAT, 2024
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/36070/img-1.png
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Titre Graphe 2 : Croissance annuelle de la population totale et taux d’urbanisation dans cinq pays méditerranéens durant la période (1962-2022)
URL http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/docannexe/image/36070/img-2.png
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Pour citer cet article

Référence électronique

Abdelhakim Moussaoui, « L’agriculture durable, levier de la sécurité alimentaire en Algérie  »Études caribéennes [En ligne], 60-61 | Avril-Août 2025, mis en ligne le 25 juillet 2025, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudescaribeennes/36070 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14ff4

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Auteur

Abdelhakim Moussaoui

MCA, Laboratoire LAREMO, Université Mouloud MAMMERI de Tizi-Ouzou

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Droits d’auteur

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