La décolonisation de l’être
Résumés
En réponse à l’identification « par autrui » subie par les peuples kichwa et shuar pendant le processus de colonisation, la poésie d’auteurs autochtones équatoriens revendique une identité pour soi par le biais d’un processus d’affirmation identitaire. Enraciné dans la « blessure coloniale », ce processus qui vise à dépasser l’« insécurité identitaire » passe dans l’écriture par différentes étapes. D’abord celle de l’auto-identification par la définition, puis celle d’une auto-affirmation différenciée et hétérogène. Ce processus inclut l’élaboration d’un triple discours : celui de la dignité et la décolonisation de l’être, celui de la différence, et celui de la libération.
Entrées d’index
Mots-clés :
Littérature, poésie, chanson, Kichwa, Shuar, autoreprésentation, affirmation identitaire, kichwurbe, empowerment féminin, décolonialitéPalabras claves:
Literatura, poesía, canción, Kichwa, Shuar, autorepresentación, afirmación identitaria, kichwurbe, afirmación femenina, decolonialidadIndex géographique :
EquateurIndex chronologique :
XXe-XXIePlan
Haut de pageTexte intégral
Introduction
- 1 Nous employons la terminologie de la théorie décoloniale proposée par le groupe interdisciplinair (...)
- 2 Dérivation à partir du concept d’oraliture.
- 3 Pour la nueva canción kichwa je renvoie à ma communication pour la journée d’étude L’Équateur, Mi (...)
- 4 Nous citerons des textes extraits de son recueil Tsaitsik. Poemas para construir el futuro et de (...)
- 5 Les références bibliographiques seront signalées infra.
1L’article que nous proposons s’attache à étudier l’autoreprésentation littéraire de poètes kichwa et shuar contemporains équatoriens comme une réponse décoloniale1 ancrée dans un processus plus large d’empowerment et d’émancipation autochtones. L’apparition de textes écrits et de textes oraux depuis les années 1980 en Equateur, différenciés de la tradition orale, permet la construction d’un corpus littéraire et « oralitaire2 » dont l’une des caractéristiques est l’expression d’une affirmation identitaire menée par le prisme de la décolonisation de l’être. Dans le cadre de cet article nous citerons les textes issus du répertoire musical de ce que nous avons nommé la nueva canción kichwa et du corpus poétique de textes publiés dans différentes anthologies en Équateur, en France et aux États-Unis3. Les principaux auteurs que nous allons évoquer dans cet article sont : pour les fondateurs des années 1970-1980, le poète et essayiste kichwa otavalo Ariruma Kowii4 et les ensembles musicaux kichwa otavalo Charijayac et Ñanda Mañachi dont les textes sont extraits de différents albums ; de la génération des années 1990, nous évoquerons principalement les poètes issus de la diaspora kichwa otavalo étasunienne comme Javier Maigua dont les textes sont encore inédits et Inty Jimbo dont les textes sont issus de son recueil de jeunesse Tras la ventana, ainsi que la poétesse et essayiste kichwa otavalo Yana Lucila Lema Otavalo dont les textes sont issus de différentes anthologies équatoriennes et françaises ; enfin, de la génération siglo XXI, nous évoquerons la poétesse shuar María Clara Sharupí Hua et les jeunes poétesses kichwa otavalo Mariana del Rocio Anchatuña Rojas et Silvia Peralta et le jeune poète kichwa otavalo Manuel Paza dont les textes sont issus de différentes anthologies équatoriennes issues de l’autogestion autochtone5.
- 6 Claude Dubar, La crise des identités. L’interprétation d’une mutation, Paris, PUF, 2000.
- 7 Ñanda Mañachi, « La Gran marcha », in Bolivia Manta, Quechua Music, [s. l.], ASPIC Éditions Suiss (...)
2Le processus colonial a engendré le « pouvoir nommer » des explorateurs et colons européens et la création d’une altérité où les peuples autochtones furent relégués à une position subalterne définie par les catégories du pouvoir colonial, c’est-à-dire une identification « par autrui6 ». Un exemple significatif de la dénonciation de cette forme d’identification est la chanson « La Gran marcha » du groupe kichwa otavalo Ñanda Mañachi7 qui critique l’ensemble des institutions et ONG contemporaines qui s’intéressent à eux et les considèrent en tant qu’« objets indigènes », sans jamais pour autant améliorer leur condition. Elles sont la prolongation, dans la représentation kichwa, du problema indígena des politiques indigénistes antérieures.
- 8 Claude Dubar, op. cit.
- 9 Selon la terminologie de Walter Mignolo, La idea de América Latina. La herida colonial y la opció (...)
- 10 Ariruma Kowii, « Diversidad e interculturalidad », in Ariruma Kowii Maldonado (coord.), Intercult (...)
3L’émergence du corpus textuel contemporain kichwa et shuar pose alors la question du positionnement des auteurs face aux représentations héritées des différentes visions occidentales qui ont évolué mais gardent encore les stigmates d’un imaginaire colonial. En réponse à cette identification « par autrui », réductrice et généralisante, les textes d’auteurs autochtones équatoriens revendiquent une identité « pour soi8 » par le biais d’un processus d’affirmation identitaire. Enraciné dans la « blessure coloniale9 », ce processus, qui vise à dépasser « la vergüenza de ser lo que es y la inseguridad identitaria10 », génère une sorte de renversement des représentations qui passe dans l’écriture par différentes étapes. D’abord celle de l’auto-identification par le procédé de la (re)définition, soit-elle ethnique, soit-elle territoriale, et celle d’une auto-affirmation collective et individuelle, doublement différenciée, voire triplement chez les auteurs femmes, montrant ainsi l’hétérogénéité des représentations et des identités kichwa et shuar. Cette production textuelle procède alors à l’affirmation d’un triple discours « autre » : celui de la récupération de la dignité, celui de la différence et celui de la libération.
L’auto-identification par la (re)définition
4L’auto-définition est l’une des premières stratégies discursives des auteurs pour la revalorisation identitaire en vue d’une pleine reconnaissance. Il s’agit de reconstruire le sens, d’exprimer l’identité à partir des sensibilités propres et à partir de l’intérieur, pour ainsi se défaire d’une identification « par autrui ». L’auto-définition peut être collective et individuelle. Dans les textes que nous étudions, ces processus sont tous deux marqués par l’utilisation du pronom possessif collectif « nuestro » ou individuel « mi » associé au verbe « ser » qui en espagnol marque l’essence, la définition. L’ensemble du corpus présente les deux versants : l’auto-définition collective, particulièrement liée à l’auto-affirmation ethnique, et l’auto-définition individuelle liée à une identification différenciée à l’intérieur même du groupe. Cette dernière dévoile une auto-affirmation double, singulièrement exprimée par les autrices kichwa et shuar.
Auto-définition ethnique
5Nous rencontrons dans notre corpus plusieurs formes d’identification ethnique : l’identification de revalorisation collective et l’identification individuelle hétéro-gène. Celle-ci renvoie au débat interne des organisations autochtones sur la définition de leur identité et à une identification individuelle du XXIe siècle qui exhorte ou opère un retour identitaire.
- 11 Ariruma Kowii, Tsaitsik. Poemas para construir el futuro, Centro de Ediciones Culturales de Imbab (...)
6L’auto-définition ethnique collective est caractérisée dans l’ensemble du corpus par les différents attributs positifs visant à la valorisation, à partir de la construction d’images associées aux valeurs de sa cosmogonie. Ce processus récurrent dans l’auto-identification est à l’œuvre dans plusieurs extraits significatifs, comme la deuxième strophe du texte kichwa otavalo « Poema311 » (1) :
- 12 Javier Maigua, Poème inédit. Consultable dans F. Urrestarazu, op. cit., p. 210. Poète kichwa otav (...)
- 13 Inty Jimbo, Killapacha-Tiempo Lunar, CCE Imbabura, Colección José Ignacio Burburano, no 22, Impre (...)
Nuestro pueblo
es como una inmensa flor 5
que brilla como el sol
en el día
que brilla como la luna
en la noche […]
la cinquième strophe du poème « España no es mi madre12 » (2) :
El arco iris es nuestra bandera 30
Los cerros y montañas nuestras atalayas
El sol es la energía que mueve el universo
La poesía es nuestro lenguaje […]
et le poème bref « Tenemos el color de la tierra13 » (3) : Tenemos el color de la tierra
el color del fuego
el ritmo del viento […]
- 14 Nous traduisons : « la poésie est notre langage ».
7Ces exemples montrent l’emploi du « nous » dans le cadre d’une auto-identification en tant que groupe, en tant que peuple kichwa ((1) v.4, (2), v. 30, 31 et 33, (3), v.1). L’identification opérée par les voix poétiques se fait avec les attributs de la nature associés aux entités de la cosmovision kichwa qui renvoient à la Terre-Mère. Aussi, l’élément majeur de l’identification est celui de l’art de la parole, celle qui dans l’œuvre d’Ariruma Kowii se dresse comme une arme pacifique, reprise ici dans le dernier vers de la strophe de Javier Maigua : « la poesía es nuestro lenguaje14 ». Ces définitions renvoient à une représentation très positive de la beauté, la force, la fusion avec la nature et l’art de la parole, dans tout ce qu’elle englobe de symbolisme rituel.
Auto-définition par le lieu
- 15 Philipp Altmann, « Las autonomías indígenas en el discurso del movimiento indígena ecuatoriano », (...)
- 16 Raquel Antún Tsamaraint, « Donde Yo nací- Akinamurui », in Jennie Carrasco (coord.), Collar de hi (...)
8L’identification ethnique est étroitement liée à l’appartenance à la communauté et au territoire15. Un ensemble conséquent de notre corpus évoque cette appartenance comme intrinsèque à l’auto-définition des auteurs, la dimension géographique s’étendant de la communauté à l’espace national et à l’espace global. Les territoires présents dans notre corpus correspondent à la région d’Imbabura pour les auteurs kichwa otavalo et à la Selva pour les autrices shuar. Le poème emblématique en ce sens « Donde yo nací16 » expose l’appartenance à la Selva en tant que lieu d’identification absolu :
Nací en esta selva, de insectos y mariposas.
Nací mirando las estrellas, entre dioses y deidades.
Nací escuchando a mis abuelos
decir “los tiempos han cambiado
la guerra entre tribus terminó”. 5
Nací para defender la vida que existe en este territorio
Nací y volveré a nacer
con el anent y el ujaj
para enseñar a mis hijos
que la vida en esta tierra no es vida 10
que quieren cortar sus venas y su sangre tomar también.
- 17 L’anent est un chant du registre sacré à valeur propitiatoire. Il est chanté dans les différents (...)
- 18 Confederación de las Nacionalidades Indígenas del Ecuador.
- 19 Achik Pacari Lema Muenala, « Imbaburapi Otavalo – Otavalo en Imbabura », in Lucila Lema Otavalo ( (...)
9Dans l’espace de la Selva, tous les êtres de la nature sont imbriqués dans les croyances qui forment la cosmovision shuar ; c’est un lieu qu’il faut défendre comme étant une partie même de l’être. L’anaphore du verbe « Nací » ancre la voix poétique dans un espace défini comme originel et perpétuel, protégé par les forces des esprits (v. 7 et 8). La force propitiatoire des anent17 et le chant de guerre, l’ujaj, lui donnent la possibilité d’agir sur le monde. L’affirmation identitaire enracinée dans une tradition culturelle et guerrière shuar assure le pouvoir de renversement face aux exactions étrangères sur la forêt, symbolisées par les veines (arbres) et le sang de la terre (v. 9-11). Au-delà du territoire, la définition par le lieu s’attache également à l’appartenance à la communauté. L’attachement au lieu de naissance, renvoie directement au concept de nation ethnique sur lequel s’est construit la définition de « Nacionalidades y Pueblos » de la CONAIE18. Dans notre corpus cette identification est principalement exprimée par l’appartenance des poètes kichwa à la capitale historique et culturelle d’Imbabura, Otavalo, comme le montre le poème « Otavalo en Imbabura19 » :
Padre sol, madre luna, en esta oscura noche
surgen inmensas cascadas
afloradas por sus faldas,
y a orillas de la alta cumbre que es nuestro dios
se destacan lagos de manto azul. 5
Alumbran la hechizada roja catedral,
de sus casas de coral, pequeñas llamas incandescentes.
Niños con sus largos cabellos, sin distinción
hombre y mujer son vidas de destellos.
Ciudad histórica de saciante identidad, 10
majestuosidad creciente de juventud,
de vejez fugaz.
Vida de color maizal junto al Imbabura,
espero con gran ansiedad tu magia vesperal,
mi Otavalo 15
10La première strophe évoque la singularité géographique d’Otavalo : des cascades qui renvoient inexorablement à la cascade de Peguche (v. 2), le volcan Imbabura (v. 4 et v. 13) et les lacs San Pablo et Cuy Cocha (v. 5). Dans la deuxième strophe, la voix poétique se focalise sur le centre urbain et son architecture coloniale qui contraste avec la population identifiée par le trait culturel kichwa de la chevelure (v. 8-9). Cela évoque le métissage culturel de la ville qui, en dépit des stigmates de la colonisation, vit en assumant l’identité kichwa. Dans la strophe suivante, la voix poétique évoque la valeur historique d’Otavalo qui remonte à l’époque pré-incaïque (v. 10) et met en exergue la représentation d’un peuple fort qui ne s’est jamais laissé vaincre. L’adjectif possessif du dernier vers « mi Otavalo » rend compte de la proximité et de l’attachement de la voix poétique à la ville. Enfin, le champ lexical de l’enchantement et de la magie (v. 6 et 14) en fait un lieu sublimé (v. 11).
- 20 Charijayac, « Otavalo Y. », (Otavalo Y., 1989), La voz de la Tierra. 25 años, Ñahui 1, Prod. Zero (...)
11L’attachement des voix de la diaspora à la communauté est également représenté dans les textes, de façon différente dès lors qu’il s’agit d’un départ ou d’un retour. La chanson « Otavalo Y.20 » évoque le déchirement d’un départ vers l’exil à une époque où la reconnaissance identitaire kichwa n’était pas encore actée, et le départ vers l’étranger encore un phénomène nouveau. Charijayak est l’un des premiers groupes kichwa otavalo à quitter le territoire équatorien pour aller « travailler », notion qui induit l’aspect temporaire de l’exil, et que nombre d’imbabureños suivront par la suite. Ce déchirement est rendu par les vers « Si Otavalo me dice vuelve/dime dime la verdad » (vers introductifs et vers finaux) et par le refrain :
¡Mis amigos no me dicen nada!
¡Otavalo! Cantaré
de vuelta de mi trabajo
¡Otavalo! Volveré
¡Mis amigos no me dicen nada!
¡Otavalo! Cantaré
y mi negra que se me escapa
¡Otavalo! Volveré
- 21 Le mindalae est un commerçant itinérant. Les Kichwa otavalo se caractérisent par cette activité m (...)
12Dans les vers pairs, l’alternance des parallélismes condense l’identité même du mindalae21, donnant à voir ainsi le va et vient du mouvement migratoire caractéristique des Kichwa otavalo. Ainsi, dans certains textes le sentiment d’appartenance à la communauté s’étend à l’espace national entendu comme espace des diversités, tant par les textes créés en Équateur que dans la diaspora. C’est une identification collective construite à partir de la particularité géo-graphique dont le pays a reçu le nom, celui d’être situé sur la ligne centrale de l’Équateur, à laquelle s’ajoute sa longue histoire préhispanique. Cependant, une autre position identitaire est remarquable dans notre corpus, celle de l’identification « globale ». Elle part d’une première identification ethnique qui s’élargit ensuite vers une identification continentale, en employant toujours les mêmes marqueurs discursifs de l’emploi du verbe « ser » et des adjectifs possessifs. Elle reprend l’idée de communauté : celle des peuples partageant une histoire commune et celle de territoire, ici élargie au continent dans son ensemble puis au globe terrestre.
- 22 Terminologie décoloniale pour le continent américain. Issue des rencontres des fédérations autoch (...)
13Il s’agit d’acquérir une identité humaine commune à partir des racines kichwa, incluant dans cette union l’hémisphère Nord d’Abya Yala22 puis le monde, comme dans le texte de rap kichwa otavalo
- 23 Los NIN, « No frontera », Shinamillami kanchik, Otavalo, 2012. Disponible sur Youtube.com. C’est (...)
« No frontera23 » :
Yo no sé quién les dijo a estos señores 1
que se podía dividir el mundo por países y naciones
al carajo con sus pretensiones
reivindicamos el mundo sin esas viejas divisiones […]
Vamos a tumbar las murallas 25
vamos a quemar las banderas
vamos a borrar fronteras
que avancen los pueblos con baile y batalla […]
Somos de una misma tierra
con gente que lucha y se aferra
vamos a borrar las fronteras 35
dale lanzamos el grito de la guerra.
Entonces cual es el problema
dictar una condena
por estar pisando tierra ajena
pertenecemos a un mismo suelo
sería bueno sentirnos en casa en el lugar en el que estemos 40
sin problemas, sin conflictos, sin riñas, sin poner peros
unir lazos con todo el mundo, ese es el anhelo […]
- 24 Selon la terminologie de Claudia Zapata Silva, Intelectuales indígenas en Ecuador, Bolivia y Chil (...)
- 25 Selon la terminologie de Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
14La première strophe s’attache non seulement à dénoncer le tracé géographique arbitraire de la colonisation mais affirme une identité sans frontière, exprimant un sentiment d’appartenance globale. Cette critique se transforme en une proposition décoloniale (v. 4), renvoyant ainsi le partage du globe à un monde ancien, en rupture avec celui proposé par la « post-émergence24 » autochtone, dont l’action insurrectionnelle et émancipatrice est énoncée dans les vers 24 à 25. L’identification territoriale globale en tant qu’êtres humains égaux à tous les autres est exprimée dans la troisième strophe (v. 33), puis dans la quatrième qui répète les verbes d’appartenance attachés à une « mêmeté25 » territoriale (v. 39, 40 et 42). Ainsi, l’affirmation identitaire passe par une auto-définition ethnique et territoriale dans la diversité que nous avons évoquée, base à partir de laquelle s’établit une auto-affirmation également diverse.
Visages divers de l’auto-affirmation kichwa et shuar
- 26 cf. infra.
15L’auto-affirmation est ce qui permet de renverser le phénomène d’invisibilisation, à contrepied des politiques de négation de cette négation26. Il ne s’agit plus d’être faussement défendu par les autres, mais d’affirmer une existence à partir des catégories contemporaines propres kichwa et shuar dans un monde globalisé. Cette auto-affirmation s’exprime dans notre corpus à partir de la marge urbaine et à partir de la marginalité propre aux femmes kichwa et shuar.
L’auto-affirmation depuis la marge ethnique et urbaine : l’expression kichwurbe
- 27 Lucila Lema Otavalo, « Los rituales de la cotidianidad », Revista Yachaikuna, no 1, 2001, [s. p.] (...)
- 28 Inty Jimbo, Tras la ventana. Inédit. Cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 39-40.
16Nous proposons le concept kichwurbe pour qualifier la textualité urbaine kichwa à partir du concept mapuche mapurbe qui superpose culture ethnique et culture urbaine du Chili. En Équateur, tel que nous le voyons avec le groupe Los NIN, on pourrait parler de kichwarap, de kichwreaggae pour les groupes comme Yarina, de kichwarock pour le groupe Dos Lunas. Ces caractérisations se singularisent aussi par la figure du wambra, adolescent garçon, mêlant ainsi des cultures urbaines hétérogènes, tel que l’affirme Lucila Lema Otavalo27. En effet, elle établit les caractéristiques du processus identitaire urbain des Kichwa otavalo qui, par leur tradition mindalae, enrichissent leur identité kichwa par des apports extérieurs, réactualisant constamment leur identité dont la base culturelle, en contrepartie, reste ferme. Cette affirmation identitaire révèle donc une identité ethnique synchronique, comme le démontre le poème « Los Wambras28 »
Al mundo lo conozco
y no he cruzado el charco
llano, monte gris, edificaciones obsoletas
chacras de maíz urbanizadas
Otavalos Mochos Inn 5
borrego arriba
borrego abajo
influencias Gap Sport Center […]
la Yonny no me vuela el pelo
hablo inglés, francés, quichua y otros
pero no me digan aculturado
no quiero ser un raso
mi bandera está en el cuerpo 20
sentir me identifica
la gruta del sol, los cuartos menguantes
quebradas y manantiales
me recuerdan.
- 29 Ileana Almeida définit le concept de « mocho » de la manière suivante : « A primera vista, la cat (...)
17La voix poétique entame le poème par la mention de sa connaissance du monde à partir de son lieu d’énonciation périphérique (v. 2) et par la description d’une géographie rurale gagnée par l’urbanisation (v. 3-5) qu’elle définit par le vers mis en exergue sur la page (v. 6). Ce vers renvoie à la croissante construction d’hôtels pour touristes tenus par une petite bourgeoisie kichwa otavalo, ici dévalorisée par la qualification de « mochos29 », qui renvoie aux « otavaleños mestizados ». Ici, l’identité « mocha » est explicite et la voix poétique construit un discours à partir de l’opposition identitaire par la chevelure : « mocho » versus « guangudo » (v. 16 et 19). Nous comprenons ces vers comme le maintien identitaire kichwa et son affirmation en dépit de l’expatriation aux États-Unis. La voix poétique se défend de toute acculturation occidentale, symbolisée par la perte des cheveux. Ainsi la chevelure est la marque identitaire ultime, au-delà de la langue même, qui renvoie ici à un certain cosmopolitisme (v. 17-18). L’auto-affirmation de la voix poétique s’opère par la négation anaphorique (v. 9, 13, 14 et 19 ; et v. 2, 16 et 18) en suivant une gradation depuis la fonction du migrant kichwa, et son statut de « citoyen kichwa du monde » (v. 20-21). Elle passe par les référents mémoriels de son lieu d’origine, Peguche (v. 22-24). Par opposition, le texte est une critique de la fausse identité « mocha » à partir d’une voix kichwa qui s’affirme dans son cosmopolitisme et sa contemporanéité.
- 30 Lucila Lema Otavalo, « Aún entre las veredas », in La Marelle, L’avant garde du monde, Marseille, (...)
18De son côté, Lucila Lema Otavalo offre un subtil alliage propre à la poétique kichwurbe, où les composantes de la vision kichwa s’entremêlent au béton de la ville dans son poème en prose « Aún entre las veredas30 » (1) :
Donde quiera que estoy, no soy yo. Soy luna : reina y mendiga deambulando sobre el agua marina, que trae incontenibles los nombres de las abuelas.
Donde quiera que estoy, no soy yo. Mis rasgos arrastran las marcas de esos cuerpos rotos, tirados a las plazas.
Donde quiero que estoy, no soy yo. Soy todos y soy nadie danzando en círculo hasta que el sol se oculte sobre el maíz para amarlo.
Donde quiera que estoy no soy yo. Soy mujer jaguar parida por una madre que ama la tierra, crecida por un padre que habla con las piedras y va siguiendo sus huellas.
Donde quiera que estoy, no soy yo. Soy esta montaña de hermoso rugido, que aún entre las veredas se hace águila, se hace viento, se hace puerta y a su paso me arrastra y me consagra.
- 31 Lucila Lema Otavalo, « Suburbio – Wakcha kawsay kuska », in Jennie Carrasco, op. cit., p. 86-87. (...)
19son micro-poème « Suburbio31 » (2) :
Vuelan los besos, se llenan y salen por la puerta de este bus maltratado. 1
Son golondrinas buscan calor en los suburbios : sagrado espacio donde tienen su hueco y su nido.
- 32 Lucila Lema Otavalo, « Urbana », Prometeo : Revista Latinoamericana de poesía, jul. 2010. cf. F. (...)
20et son poème « Urbana32 » (3) :
Coincidimos profanando avenidas;
somos dos peatones tropezando con la memoria
al igual que otras estrellas,
lunas y soles : de rostros desdibujados por el viento,
indicio de tierra las manos, 5
lluvia que rememora a los abuelos,
maduración del fuego nuevo;
que a la vuelta de la esquina
se confunden con tigres,
águilas, conejos y serpientes, 10
vírgenes o jesucristos.
- 33 Les Apus sont des esprits ou entités divines.
21En premier lieu, l’espace urbain est clairement représenté dans ces trois poèmes ((1), phrase 5, (2) v. 1-2 et (3) v. 1, 2 et 8). La voix poétique crée une tension entre l’espace de la ville, que la voix poétique transgresse, et la mémoire kichwa ((3) v. 1). Tous les éléments identitaires kichwa emplis de vitalité viennent se superposer à l’espace urbain, rendus de façon intense par la phrase anaphorique « Donde quiera que estoy, no soy yo » (1) où la voix poétique fusionne avec les Apus33 et les éléments de la nature. Ces textes se veulent être ainsi le reflet de l’identité du peuple kichwa otavalo urbain. Les textes kichwurbe s’enrichissent des apports culturels et esthétiques divers, tout en conservant une fermeté identitaire rendue par des signes distinctifs reliés à la symbolique et à l’idiosyncrasie kichwa. Dans ce même élan d’auto-affirmation, les femmes s’autoreprésentent de façon à s’affirmer non seulement face à un autre allochtone, mais aussi face au genre masculin de leur communauté, à partir d’un lieu d’énonciation triplement différencié.
L’auto-affirmation féminine
- 34 Luz María de la Torre, Historia del Movimiento de mujeres en el Cantón Otavalo, 2003, p. 64.
22La prédominance des voix féminines dans notre corpus nous conduit à souligner cette particularité. En effet, dans le processus d’émancipation des peuples autochtones, celui de la femme s’est posé comme fondateur du réel « décrochage » des stéréotypes identitaires autochtones, principalement kichwa. La violence maritale s’ajoute à la concentration de la violence coloniale et sociétale sur la femme kichwa. De cette accumulation de violences symboliques et physiques émane la force de sa lutte qui acquiert ainsi la légitimité nécessaire à tout acte de rébellion. À la fin du XXe siècle, cette force s’est traduite par l’accès à des organisations autochtones, aux études secondaires et supérieures, et à la voie professionnelle, espaces de double discrimination en tant que kichwa et en tant que femmes, au sein même de leur communauté. Cette position les a conduites à former des organisations propres de défense du droit des femmes34. Dans ce processus d’empowerment féminin, comme acceptation de facto de la diversité ethnique et de genre, les textes de notre corpus s’attachent à la valorisation de la femme kichwa et shuar, en tant que femme « guerrière » et « savante », ainsi actrice prépondérante de l’émancipation autochtone.
La figure « guerrière »
- 35 Lucila Lema Otavalo, « Mujer guerrera – Hatun mama sinchi mama », in Jennie Carrasco, op. cit., p (...)
23L’auto-représentation de la femme combattante et inébranlable face à l’adversité résonne comme une particularité identitaire, comme le montre le poème « Mujer guerrera35 » (1) :
Amanecí lluvia
abundancia
libertad.
Atada solamente por los chumpis
que dan forma femenina a mi cuerpo. 5
suena igual que el aguacero mi respiro.
Mi cuerpo, montaña de los antepasados en florecimiento.
En mi alma, el alma de uno de mis finados :
Alma jaguar, que siempre me encuentra.
- Es mi abuela que ha venido- 10
como agua de lluvia
trayendo noticias de las mujeres
canciones por miles de años calladas
- es ella-
Muy dentro, mujer guerrera 15
En demasía.
- 36 Mariana del Rocío Anchatuña Rojas, « Mujeres – Warmikuna », in Jennie Carrasco, (coord.), Amanece (...)
24la dernière strophe du poème « Mujeres36 » (2) : […]
Mujeres de chuquiragua
Espinitas milagrosas
No las mueven ni los vientos 10
Resisten la tempestad
- 37 Silvia Vásquez Peralta, « Hatun nina – Fuego », in Lucila lema Otavalo (coord.), HATUN TAKI. Poem (...)
25le fragment du poème « Fuego37 » (3) :
Si mi actitud es altanera, 1
Mi carácter es de fuego,
Mis formas son raíces,
Mi voz cultivo en el desierto […]
- 38 Silvia Vásquez Peralta, « Trajinar – Kayman chayman rihuk », in Jennie Carrasco, Historias de col (...)
26le fragment du poème « Trajinar38 » (4) :
Pero lograré bajar
Vencer mis temores 25
Alcanzar mis anhelos
y combatir a mi ensalzador
a mi conquistador y convencedor
conocido como humanidad
- 39 María Clara Sharupí Jua, « Mujer shuar – Shuar nua », in Jennie Carrasco, Amanece… op. cit., p. 9 (...)
27et le poème « Mujer shuar39 » (5) :
Tú que saliste de la entraña de la madre tierra
por destino manifiesto
parte de la nación Shuar eres
llevas la esencia primaria
en el devenir veloz 5
vamos en pos de un mundo mejor
De la selva somos las voces
que quieren tener calladas
pero somos alboradas
somos amanecer 10
frente a actitudes atroces
Somos colibríes veloces
aleteando en mil colores
cuyas luciérnagas
en las noches de verano 15
En tu caminar confluyes
y paso a paso construyes
con tus manos mágicas
la obra del Gran Arutam
Somos lanza y curare del 20
listas para el combate estamos
nadie profane el útero de la madre tierra
con condones del maléfico Iwia.
28En premier lieu, la femme kichwa et shuar prend sa force de la Terre-Mère et par le pouvoir tellurique de la ceinture tissée kichwa, la chumpi ((1) v. 4, (5) v. 1). Les voix poétiques se définissent toutes en se dressant face à l’adversité et en la dominant par une attitude frontale de résistance et de combat. Elles se caractérisent d’abord par la force ((2) v. 10-11) et ((3) v. 2, 3 et 4). Cette force se trouve dans l’image de la racine, qui les « cloue » au sol et leur permet de résister à toute adversité ((2) v.10-11). Le quatrième vers du poème « Fuego » renvoie même à une force extraordinaire, le force féconde de la Pachamama qui peut faire pousser la vie dans les endroits les plus hostiles. L’association de cette image à la voix augmente la force vitale de la femme ((3) v. 4) si l’on considère la conception mythologique selon laquelle la voix est la vie et la liberté offertes à l’Humanité. Les femmes sont ensuite identifiées comme des combattantes par les champs lexicaux de la lutte, de la résistance et de la guerre ((1) v. 15-16 ; (4) v. 27-28 ; (5) v. 20-21). Le vers « listas para el combate estamos » ((5) v. 21) est d’autant plus significatif quand on sait que dans les rituels du départ à la guerre, ce sont les femmes shuar qui chantent les ujaj, chants de guerre avant le départ de leurs maris. Elles sont donc impliquées dans le processus belliqueux. Par leur force et leur attitude combatives, elles deviennent non seulement la résistance mais elles assurent l’avenir de leur peuple comme l’indique le poème « Mujer Shuar » ((5) v. 7-19). Les vers suivent une gradation dans l’empowerment, passant de l’image de la lumière dans la nuit (v. 9 et 14-15) et du lever d’un jour nouveau (v. 10) à celle de porteuse d’avenir, rendue par l’image de la marche (v.16-17) et l’expression explicite de la mise en œuvre d’un monde « réparé » à partir des catégories autochtones (v. 17-19). Enfin ce projet est rendu possible par le caractère exceptionnel, surnaturel, ou magique des femmes ((1) v.7 ; (2) v.11 ; (5) v.4 et 18).
La figure intellectuelle de l’amauta
- 40 Lucila Lema Otavalo, « Arawi (Poesía) », Prometeo : Revista latinoamericana de poesía, op. cit. c (...)
29Si traditionnellement l’amauta, le sage de la communauté, est une figure masculine, les autrices contemporaines revendiquent cette figure pour les femmes kichwa qui sont aussi des poètes et des intellectuelles ou « savantes », ce qui explique leur aptitude à diriger et à combattre, comme cela est perceptible dans le poème « Arawi40 » (1) :
Amanece y estás ahí,
con una belleza muy fuerte,
te pareces al revolotear de las aves buscando cielo para amarse;
estás en la palabra de los abuelos, en el vientre de la tierra :
que por dentro lleva el espíritu de la mujer. 5
Ocurres invisible, y en el aire queda
La energía, el color sagrado del lenguaje sembrado por los dioses.
- 41 Esperanza de Lourdes Llasag Fernández « Mishki Simita kilkakuna – Poetisas », in Lucila Lema Otav (...)
30la dernière strophe du poème « Poetisas41 » (2) :
Lindas como la flor blanca de malva
que brilla en tiempos de verano,
para estrechar nuestras manos,
nuestros pensamientos, 10
hermanas poetisas.
- 42 Esperanza de Lourdes Llasag Fernández, « Amauta », ibidem, p. 78-79. cf. F. Urrestarazu, op. cit. (...)
31et les dernières strophes du poème « Amauta42 » (3) :
Todas seguras, encantadas de ser mujeres
Amawta Warmikuna. 10
que no ven sino observan,
que no oyen sino escuchan,
como las chacritas de las abuelas,
constante florecer de la vida.
Juntas somos el espejo 15
de la Pachamama,
Belleza no siempre comprendida.
- 43 Selon la terminologie de Claudia Zapata Silva.
- 44 Nous traduisons : « être à nouveau ».
32En premier lieu, le poème, l’arawi (1), est indissociable de la vie et des femmes ((1) v. 4 - 5). À partir de cette relation intrinsèque s’ouvre un espace propice à l’action féminine dans la renaissance autochtone par la capacité d’union fraternelle qu’offre la poésie ((2) v. 11). Au-delà de la poésie, nous constatons que les femmes affirment une figure d’amawta, en contrepoint à une vision selon laquelle le savoir est réservé aux hommes. Elles portent en elles la sagesse et des capacités très affûtées ((3) v. 11-12). Leur capacité intellectuelle est celle qui, comme l’a démontré l’histoire, en fait des meneuses et des garantes de la résistance identitaire. Nous constatons encore la prédominance du féminin dans la conception vitale kichwa ((3) v. 15-16), y compris pour ce qui est du domaine de la connaissance. Dans leur stratégie discursive, ces textes se positionnent face à l’« Autre » autochtone masculin ((3) v. 17), revendiquant pour elles la capacité et la possibilité de construire la « post-émergence43 » autochtone. Ainsi, dans toute son hétérogénéité, l’affirmation identitaire est-elle le socle pour emprunter la voie du processus décolonial de la récupération de la dignité et du volver a ser44, différent et libéré du joug néocolonial.
Discours de la dignité, de la différence et de la libération
- 45 Nous traduisons : « qui consiste à nier la négation ».
- 46 Enrique Dussel, « Del Descubrimiento al Desencubrimiento », in Mario Benedetti et Heinz Dieterich (...)
- 47 Ariruma Kowii, « Diversidad e interculturalidad », op. cit., p. 22. Nous traduisons : « un haut n (...)
- 48 Ibidem. Nous traduisons : « faire des individus et des peuples sûrs et fiers d’eux-mêmes ».
33L’entreprise intellectuelle de la « post-émergence » autochtone s’est attachée à un processus d’auto-affirmation qui renvoie à la conception positive d’Enrique Dussel de transmodernité, selon laquelle il ne s’agit plus d’employer la dialectique marxiste « que consiste en negar la negación45 », mais de la dépasser par une « anadialectique » qui induirait « una afirmación primera que permitiría negar la negación46 ». Cette réflexion renvoie à l’invisibilisation, à la négation de l’Autre autochtone par le système colonial puis par le mouvement indigéniste. Ce dernier, voulant régler le problema indígena a mis en place des politiques visant à rendre visible les peuples autochtones, leur négation première étant niée à son tour. Cependant ces politiques ont été établies à partir des catégories de la classe dominante tout en excluant de la réflexion les premiers intéressés. Ainsi, l’effort émancipateur autochtone sort de cette dialectique par le processus d’affirmation, en somme, pour se nommer soit même avant que les autres ne le fassent. Pour Ariruma Kowii, ce processus est le socle qui permet la « sécurité identitaire » par l’acquisition de « un alto nivel de consciencia de su historia, su cultura, su lengua, sus recursos y sus potencialidades47 » qui permettent de « hacer individuos y pueblos seguros y orgullosos de sí-mismos48 », socle du processus de décolonisation de l’être. À ce discours s’ajoute celui de la différence, à partir d’un lieu d’énonciation autre, où les catégories occidentales, si elles ne sont pas renversées, sont réemployées à partir des catégories autochtones. Enfin, parmi les divers discours de la libération, où se mêlent les figures hautement symboliques latinoaméricaines comme autochtones, celui qui représente la femme kichwa comme élément libérateur fondamental est singulier.
L’affirmation de la dignité
- 49 Ariruma Kowii, « May Sumak Kayman – Canto a la dignidad », in Allison Adelle Hedge-Coke (coord.), (...)
34Le discours de la récupération de la dignité est explicite dans le poème « Canto a la dignidad49 », par l’affirmation frontale de la dignité et d’un ethos kichwa revalorisé :
- 50 Certaines majuscules semblent être une erreur de transcription de l’éditeur de l’anthologie.
Porque con la fecundidad de nuestra ternura
los arrullos que ahuyentaron el espanto
El calor de nuestros brazos de volcaán [sic.]
Abrigamos de seguridad y amor al futuro
No, no nos vencerán. 10
Porque a pesar de todo, la sonrisa que se dibuja
En el rostro del pueblo, es truto [sic., fruto] de nuestros largos recorridos,
de estas manos que hicieron florecer los campos áridos
que injertaron la sonrisa, la tranquilidad
en la desesperanza de nuestros hijos 15
No, no nos vencerán.
Porque nuestros sueños
aun sostienen el splendor [sic.] de nuestra dignidad
estamos aquí, de pie y de manera
frontal para decirles cara a cara, con voz de trueno 20
y el puño en alto
No, no nos vencerán.50
- 51 Ariruma Kowii, Tsaitsik poemas para construir el futuro, op. cit. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p (...)
35La voix poétique met l’accent sur le rôle actif des Kichwa dans l’amélioration de leur condition, se démarquant ainsi du topique allochtone de leur passivité. L’anaphore « porque » et le vers anaphorique « No, no nos vencerán », au-delà de créer un rythme scandé propre aux chants de lutte, met en relation la cause et l’héritage de la résistance. Le champ lexical de la vie accentue la position de la renaissance autochtone et de sa résistance face au dénigrement dont ils font l’objet. Dans la dernière strophe (v. 17-18), la dignité, personnifiée, est caractérisée par le substantif laudatif « [e]splendor », ce qui renforce sa valeur et la met au cœur de l’émancipation autochtone et de la décolonisation de l’être, entreprise clairement exprimée dans le « Poema 951 » :
Antes 1
sabiendo ser nosotros
supimos crecer
a la velocidad del tiempo […]
Antes
fuimos y supimos ser
luego
vientos enclaustrados en corazas 35
sueños enmohecidos
en la avaricia
despedazaron la sensible piel
de la sagrada vida
descuartizaron a rezos 40
el cielo
construido con tus alegrías […]
Antes 60
fuimos y supimos ser
luego
voces acostumbradas
a procurar la muerte
vidas que se escupían 65
días andrajosos
te cubrieron de miedos
de santos
de deudas
para que ignoraras y murieras 70
sin saber ni conocer
lo que es llegar a
ser […]
Así
amordazado con el tiempo
te obligaron a negarte 100
y te negaste […]
te usurparon nuestro país
y te colonizaste
te dijeron
tienes que vivir de rodillas
y les escuchaste…! […] 115
Hoy
nuestro ser
renace en tempestades
hoy
en nuestras entrañas 155
se derrama un diluvio de nuevos
seres […]
hoy volvemos a
ser
volvemos a ser 165
nosotros mismos…!
- 52 Selon la terminologie d’Ariruma Kowii, « Diversidad e interculturalidad », op. cit.
36Les anaphores temporelles « Antes » (v. 1, 31, 60) et « Hoy » (v. 151, 154, 159 et 163) rendent compte du processus mémoriel par l’évocation d’un passé idéal, de la rupture opérée par une colonisation qui a induit la négation de l’être, et la renaissance par la construction d’un être nouveau. Au-delà du processus décolonial autochtone, cette formulation fait implicitement écho à l’hombre nuevo guevarien (v. 156-157). Le mécanisme discursif décolonial de « la négation de la négation » est renforcé par la mise en exergue, en fin de vers, des différentes variantes de l’être, par l’expression du verbe « ser » (v. 32, 61, 73, 152, 164 et 165) ou du substantif « seres » (v. 157). De cette manière, la rupture est d’autant plus marquée par l’absence de ces termes dans les strophes consacrées au temps colonial où, à l’inverse, sont mis en exergue, également en fin de vers, la négation de l’être. Ce non-être (v. 101) est explicitement relié au processus de colonisation (v. 112) dont la force de domination a permis l’assimilation, l’intériorisation de cette négation. Ce mécanisme est rendu dans le texte par la forme réflexive qui attribue l’action de négation au destinataire collectif kichwa : « te neg-aste/[…] te colonis-aste », ce qui renvoie directement à la notion de colonisation de l’être. C’est pour cela que le processus de récupération de la dignité s’opère par l’affirmation d’un renouvellement identitaire, par la création de « nouveaux êtres », dont l’ethos est empreint d’une nouvelle liberté. Ainsi, cette « sécurisation identitaire52 » permet l’émergence d’un sujet autochtone politique qui peut agir sur le monde.
Le discours de la différence
- 53 Selon la terminologie de Walter Mignolo.
- 54 Selon la terminologie de Claudia Zapata Silva, op. cit.
- 55 Ibidem, p. 288.
- 56 María Clara Sharupí Jua, « Como puma herido – Yampinkia tukumua áinis », in Jennie Carrasco, Coll (...)
37Le lieu d’énonciation kichwa et shuar est doublement déplacé, se tenant à la périphérie53 de la périphérie latino-américaine. Si l’intellectuel latino-américain est considéré comme porteur d’une pensée frontalière, l’intellectuel autochtone, par sa double marginalité, est porteur d’une pensée frontalière issue du colonialisme interne. Les auteurs s’expriment alors à partir de la différence par une représentation collective du monde autochtone54, la revendication de leur singularité, et la représentation d’un « autre » allochtone55. Un exemple représentatif du discours différencié, est celui à l’œuvre dans le poème shuar « Como puma herido56 » :
Un libro ardiendo en llamas
Es triste como puma herido
Anaconda sin piel
Cielo sin nubes
Río sin piedras y sin peces 5
Árbol sin musgo
Cascada sin Arutam.
Cuentan que un papel lo aguanta todo
Quizá por ello el misterio abarca letras sin fin
Pero es tan frágil al fuego 10
Las llamas asesinan sus páginas
Las letras son manojo de cenizas
El agua difunde las ideas, ondea sus hojas
Hasta volverlas truenos, relámpagos candentes
Que las palabras siganvivas 15
Las ideas no pernocten
Las imágenes dancen al son de los tambores
La música sea sonidos sonoros que lleguen al corazón de Iwia […]
Pienso en mi padre
Junto a las hojas de un cuaderno
Tratando de esculpir formas esquivas
Para enseñar a sus hijos a descubrir con cada letra 25
El cordón umbilical de la sabiduría ancestral.
Agradezco mi origen, mi ser de Mujer Shuar
Que se multiplica en cada letra
En cada frase escrita, acariciada y amada
Mi herencia para ti son las voces de la selva 30
Y todas sus criaturas
Que con infinita ternura
Dan luz a la vida.
Tomo un libro entre mis manos
Siento el sabor de sus letras e invento palabras 35
Para que se perpetúen
Semillas para habitar en todos.
- 57 Dans la cosmovision shuar Arutam est l’esprit suprême. Il se manifeste en général dans les cours (...)
- 58 Iwia est l’esprit maléfique, ennemi direct d’Arutam.
- 59 Comme l’expression du genre Wayuu des palabras bonitas en Colombie.
- 60 Selon la terminologie de Roberto Viereck, La voz letrada. Escritura, oralidad y traducción : diál (...)
38Dans ce texte, la voix poétique opère la différenciation et la singularisation à partir de l’objet-livre, qui fut longtemps synonyme de domination et socle du projet de « civilisation ». La voix poétique opère un renversement en ce qu’elle pointe les limites et la fragilité de cet objet, hautement défendu par la pensée occidentale. L’objet-livre, personnifié, entre parmi les représentations du vivant shuar (v. 2 à 7), suivant une gradation du monde animal vers le monde divin « como cascada sin Arutam57 » (v. 7). Sa destruction par le feu est comparée à toutes les blessures de la nature amazonienne. Le renversement des représentations oppose la fragilité de l’écrit à la force de la mémoire orale (v. 15 à 18), à la force de la voix, seule voie possible qui a le pouvoir de vaincre le mal « lleguen al corazón de Iwia58 » (v. 18). Cependant, en dépit de la fragilité de l’objet-livre, la voix poétique s’en empare et fait de l’écriture un outil de diffusion de la culture shuar ; d’abord, à partir du souvenir de son père qui reproduit la tradition shuar à travers une calligraphie encore incertaine (v. 24-26) ; puis, par son propre texte. En effet, dans le vers 35, le terme « palabras » se réfère non seulement aux mots en tant que sèmes, mais au texte lui-même, renvoyant ainsi à la terminologie de l’oralité59. La diffusion de la culture shuar s’intensifie dans les vers 27-30 par l’image de la fécondité induite à l’écriture, où la lettre se fait graine (v. 37) et, de ce fait, transcende cette diffusion, en ce que la voix poétique met dans la lettre le pouvoir du chant, de l’anent, qui permet la « trans-personnalisation60 » de l’esprit avec l’humain, et ici la « trans-personnalisation » de la voix poétique avec son lecteur, comme exprimé dans le vers final « semillas para habitar en todos ». De cette manière, non seulement l’objet de « l’Autre » est remis en question quant à la valeur qui lui est conférée par le monde occidental, mais il est « désinvesti » de cette valeur au profit de celle des Shuar, qui en font un objet propice à l’imprégnation autochtone sur le monde. Cette imprégnation fut l’adage de la meneuse syndicale et communautaire Kichwa kayambi Dolores Cacuango par la métaphore de la paille poussant sur la terre, comme renaissance du peuple autochtone, renaissance pour laquelle le rôle de la femme est prépondérant.
La femme kichwa dans le discours de libération
- 61 Manuel Paza, « Achik warmi – Mujer Luz », in Lucila lema Otavalo (coord.), Ñawpa pachamanta purik (...)
39L’option décoloniale est issue d’un processus de libération dont le discours s’est institutionnalisé dans les rencontres des différentes fédérations autochtones du continent qui ont eu lieu aux Barbades. Les textes de notre corpus poétique dévoilent cet élan de libération et de décolonisation. Si la majorité des voix poétiques appelle la collectivité au réveil, à l’affirmation identitaire, voire à l’insurrection par l’union de leurs forces, une autre particularité apparaît dans le discours, celui du rôle de la femme kichwa, sur la base de la multiplication démographique autochtone comme prolongement des différents discours messianiques de Tupac Amaru II, Tupac Jatari ou Dolores Cacuango. Dans notre corpus, la femme kichwa est peinte comme élément constitutif de la renaissance autochtone dans les poèmes kichwa otavalo « Mujer-Luz61 » (1) :
mujer como la Madre Tierra, curadora, trabajadora, cariñosa, 5
filósofa
compartiendo el bienestar y la tranquilidad,
dejando la tristeza en el olvido,
acordándote de la humillación de los asesinos,
fructificando la risa, 10
en tu hermosa sonrisa.
A los pueblos de Abya Yala, nuevamente, de la ruina haces
florecer.
- 62 Ibidem, p. 90-91. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 217-218.
40et « Mujer-Warmi62 » (2) :
Tamya, amo tus ojos de capulíes impregnados en mi memoria.
Entre las grandes caminatas venciendo al tirano desde hace
cinco siglos.
Pacha, amo tu tenacidad en las grandes montañas del Chimborazo y del Imbabura […] 35
Warmi […]
Eres sabia luz.
Tú florecerás, colorearás la vida, 50
el susurro del viento acariciando las hojas de las nuevas generaciones runa.
- 63 Amaruk Kaizapanta, Visión Ancestral. Memorias de un mitimae, Barcelone, Ediciones Malla, 2010, p. (...)
- 64 Concept kichwa pour le passage d’un cycle temporel à un autre, tous les 500 ans, par une rupture (...)
- 65 Ariruma Kowii, « Pachaka – El tiempo », in Allison Adelle Hedge-Coke, op. cit., cf. Urrestarazu, (...)
41Dans ces deux textes, la femme kichwa est élevée au rang d’héroïne. Son ethos est construit d’une part sur les attributs de la douceur et de la joie, et par ceux du travail et de la sagesse ((1) v. 5-6 et (2) v. 49). À ces attributs, la voix poétique ajoute ceux de la résilience et de la résistance ((1) v. 8 à 11 et (2) v. 32 et 33). Cependant, la représentation la plus significative est celle de son rôle fécond permettant l’empowerment et la renaissance physique et symbolique des kichwa comme peuple souverain ((2) v. 50-53), par la régénération générationnelle. Cette vision de la libération par la femme kichwa est aussi visible dans les deux derniers vers du poème kichwa salasaca « Hijo tu herencia63 » : « Continuar pariendo,/la historia se está escribiendo otra vez ». L’idée de renouveau est associée à l’accouchement. La périphrase « continuar pariendo » insiste sur l’idée d’action en mouvement et de continuité, rendant l’acte de procréation et l’augmentation de la natalité comme le déclencheur d’un mouvement libérateur où la renaissance et la vie sont au centre. De cette manière, la métaphore de l’accouchement, également employée pour décrire le Pachakutik64 dans le poème « El tiempo » d’Ariruma Kowii65, se concrétise dans la femme kichwa qui, empreinte de la force de la Terre-Mère, devient le socle du renversement décolonial. Ainsi, le processus de récupération de la dignité associé aux différents positionnements identitaires et le discours de la différence permettent de mettre en relief la singularité de la pensée autochtone, à revers des représentations issues de l’imaginaire colonial.
Conclusion
42Le corpus textuel kichwa et shuar contemporain, dont nous avons montré quelques extraits ici, fonctionne comme un instrument poétique et discursif au service d’une réponse différenciée aux discours et représentations hégémoniques. Les textes s’érigent comme une contre-représentation des réalités autochtones. L’auto-définition ethnique et territoriale permet d’ancrer leur identité à partir des catégories sensibles kichwa et shuar, et d’affirmer une diversité des représentations. Face à l’identification « par autrui » en tant qu’Indiens puis Amérindiens, catégories homogénéisatrices et réductrices, les textes montrent au contraire des identités complexes et plurielles. Ce processus renvoie à une « affirmation » préalable à la « négation de la négation ». C’est donc par l’affirmation identitaire, de la culture et de l’intellectualité autochtones, par la récupération de la dignité et la décolonisation de l’être, que s’opère le processus d’empowerment. Ainsi, les Kichwa et les Shuar réussissent à dépasser leur négation et leur invisibilisation, premier pas vers la libération, dont la représentation est également singulière dès lors qu’elle se base sur la fonction guerrière, intellectuelle et vitale de la femme.
43Dans cet élan émancipateur, pour les intellectuels kichwa, au-delà de la décolonisation de l’être et pour faire face à la dynamique destructrice du monde contemporain, le besoin se fait urgent de décoloniser la langue, le savoir et l’imaginaire en récupérant les concepts, les préconcepts et l’idiosyncrasie kichwa et shuar.
Notes
1 Nous employons la terminologie de la théorie décoloniale proposée par le groupe interdisciplinaire Modernité/Colonialité, dont les principaux auteurs sont Walter Mignolo, Catherine Walsh, Enrique Dussel, Ramón Grosfoguel. Je renvoie à la traduction en français des principaux auteurs dans l’ouvrage : Ramón Grosfoguel, Claude Bourguignon Rougier, Philippe Collin, Penser l’envers obscur de la modernité. Une anthologie de la pensée décoloniale latino-américaine, Limoges, PULIM, 2014.
2 Dérivation à partir du concept d’oraliture.
3 Pour la nueva canción kichwa je renvoie à ma communication pour la journée d’étude L’Équateur, Mitad del mundo du 28 janvier 2021 : « La nueva canción kichwa ecuatoriana : una expresión glocal? », dont l’enregistrement est consultable sur le site internet de l’université Sorbonne Nouvelle. Pour le corpus poétique, je renvoie à ma thèse de doctorat, dont le troisième volume est une compilation des textes étudiés : Flor Urrestarazu, Rapports entre histoire et littérature kichwa et shuar en langue espagnole dans l’Equateur contemporain. Essai, poésie et chanson, vol. 3, thèse de doctorat, études romanes, Toulouse, Université de Toulouse Jean Jaurès, 2017.
4 Nous citerons des textes extraits de son recueil Tsaitsik. Poemas para construir el futuro et de différentes anthologies.
5 Les références bibliographiques seront signalées infra.
6 Claude Dubar, La crise des identités. L’interprétation d’une mutation, Paris, PUF, 2000.
7 Ñanda Mañachi, « La Gran marcha », in Bolivia Manta, Quechua Music, [s. l.], ASPIC Éditions Suisses, 1989 (Premier enregistrement in Ñanda mañachi 2, Llaquiglla, [s. ed.], 1979), d’après le poème de J. Galarza.
8 Claude Dubar, op. cit.
9 Selon la terminologie de Walter Mignolo, La idea de América Latina. La herida colonial y la opción decolonial, Barcelona, Editorial Gedisa, 2007.
10 Ariruma Kowii, « Diversidad e interculturalidad », in Ariruma Kowii Maldonado (coord.), Interculturalidad y diversidad, Quito, UASB, Corporación Editora nacional, 2011. Nous traduisons : « la honte d’être ce que l’on est et l’insécurité identitaire ».
11 Ariruma Kowii, Tsaitsik. Poemas para construir el futuro, Centro de Ediciones Culturales de Imbabura, Ibarra, 1993. Consultable dans Flor Urrestarazu, op. cit., p. 97.
12 Javier Maigua, Poème inédit. Consultable dans F. Urrestarazu, op. cit., p. 210. Poète kichwa otavalo de la diaspora étasunienne.
13 Inty Jimbo, Killapacha-Tiempo Lunar, CCE Imbabura, Colección José Ignacio Burburano, no 22, Impresión Studio21, Quito, 2011. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 47. Poète kichwa otavalo de la diaspora étasunienne.
14 Nous traduisons : « la poésie est notre langage ».
15 Philipp Altmann, « Las autonomías indígenas en el discurso del movimiento indígena ecuatoriano », in Veronica Bernabei, Audrey Prévôtel et Hélène Roy (comp.), Territoires, histoires et discours du conflit en Amérique latine, Poitiers, CRLA/Archivos, MSHS, 2015, p. 113-126.
16 Raquel Antún Tsamaraint, « Donde Yo nací- Akinamurui », in Jennie Carrasco (coord.), Collar de historias y lunas. Antología de poesía de mujeres indígenas de América latina, II, Quito, Ministerio de Cultura y Patrimonio, 2011, p. 14-15. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 10.
17 L’anent est un chant du registre sacré à valeur propitiatoire. Il est chanté dans les différents moments de la vie quotidienne.
18 Confederación de las Nacionalidades Indígenas del Ecuador.
19 Achik Pacari Lema Muenala, « Imbaburapi Otavalo – Otavalo en Imbabura », in Lucila Lema Otavalo (coord.), CHAWPI PACHAPI ARAWIKUNA. Nuestra propia palabra, Quito, ed. Abya Yala, 2015, p. 20-21. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 196.
20 Charijayac, « Otavalo Y. », (Otavalo Y., 1989), La voz de la Tierra. 25 años, Ñahui 1, Prod. Zerotavalo, 2011. Lire Otavalo y punto.
21 Le mindalae est un commerçant itinérant. Les Kichwa otavalo se caractérisent par cette activité migrante.
22 Terminologie décoloniale pour le continent américain. Issue des rencontres des fédérations autochtones aux Barbades, elle signifie « Terre en pleine maturité » en langue Kuna (Panama) et vise à déconstruire les concepts eurocentrés d’un « nouveau » continent, d’une terre « vierge », ainsi qu’à enrayer la nomination « par autrui » des Amériques à partir du nom Américo Vespucci.
23 Los NIN, « No frontera », Shinamillami kanchik, Otavalo, 2012. Disponible sur Youtube.com. C’est nous qui transcrivons.
24 Selon la terminologie de Claudia Zapata Silva, Intelectuales indígenas en Ecuador, Bolivia y Chile, Quito, ed. Abya Yala, 2013.
25 Selon la terminologie de Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
26 cf. infra.
27 Lucila Lema Otavalo, « Los rituales de la cotidianidad », Revista Yachaikuna, no 1, 2001, [s. p.].
28 Inty Jimbo, Tras la ventana. Inédit. Cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 39-40.
29 Ileana Almeida définit le concept de « mocho » de la manière suivante : « A primera vista, la categoría « mocho » parece identificar a “indios no-otavaleños”, es decir a indios ecuatorianos que […] no tienen trenza. […] incluso un hijo de una pareja otavaleña que se ha cortado su trenza […], va a ser considerado “mocho”. Pero, al mismo tiempo lo consideran “chaupi-mishu”, es decir, “medio-blanco”; que no es igual a la categoría de “mestizo”. Porque la distancia social que a los ojos de los otavaleños separa a verdaderos “blancos” (es decir : “mishus”) de “guangudos” (los verdaderos otavaleños), está considerada por los otavaleños como un espacio en el cual solamente el grupo de los “verdaderos otavaleños” a un lado, y el grupo de los “verdaderos mishus” al otro, tienen una identidad auténtica y real. ». Ileana Almeida, Indios : una reflexión sobre el levantamiento indígena de 1990, Quito, Ed. Abya Yala, 1991.
30 Lucila Lema Otavalo, « Aún entre las veredas », in La Marelle, L’avant garde du monde, Marseille, Le bec en l’air, coll. CoLibriS, 2012, p.65-66.
31 Lucila Lema Otavalo, « Suburbio – Wakcha kawsay kuska », in Jennie Carrasco, op. cit., p. 86-87. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 203.
32 Lucila Lema Otavalo, « Urbana », Prometeo : Revista Latinoamericana de poesía, jul. 2010. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 204.
33 Les Apus sont des esprits ou entités divines.
34 Luz María de la Torre, Historia del Movimiento de mujeres en el Cantón Otavalo, 2003, p. 64.
35 Lucila Lema Otavalo, « Mujer guerrera – Hatun mama sinchi mama », in Jennie Carrasco, op. cit., p. 86-87. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 202.
36 Mariana del Rocío Anchatuña Rojas, « Mujeres – Warmikuna », in Jennie Carrasco, (coord.), Amanece en nuestras vidas. Antología de poesía y cuento de mujeres indígenas ecuatorianas, Quito, ed. Sector público Gubernamental, 2011, p. 28-29. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 9.
37 Silvia Vásquez Peralta, « Hatun nina – Fuego », in Lucila lema Otavalo (coord.), HATUN TAKI. Poemas de la Madre Tierra y a los Abuelos, Quito, ed. Abya Yala, 2013, p. 150-151. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 235.
38 Silvia Vásquez Peralta, « Trajinar – Kayman chayman rihuk », in Jennie Carrasco, Historias de collar y lunas…, op. cit., p. 100-103. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 236.
39 María Clara Sharupí Jua, « Mujer shuar – Shuar nua », in Jennie Carrasco, Amanece… op. cit., p. 92-93. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 227.
40 Lucila Lema Otavalo, « Arawi (Poesía) », Prometeo : Revista latinoamericana de poesía, op. cit. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 200.
41 Esperanza de Lourdes Llasag Fernández « Mishki Simita kilkakuna – Poetisas », in Lucila Lema Otavalo, HATUN TAKI… op. cit., p. 76-77. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 207.
42 Esperanza de Lourdes Llasag Fernández, « Amauta », ibidem, p. 78-79. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 206.
43 Selon la terminologie de Claudia Zapata Silva.
44 Nous traduisons : « être à nouveau ».
45 Nous traduisons : « qui consiste à nier la négation ».
46 Enrique Dussel, « Del Descubrimiento al Desencubrimiento », in Mario Benedetti et Heinz Dieterich (Coord.), Nuestra América contra el V Centenario. Emancipación e identidad de América Latina, Tafalla, Txalaparta Editorial, 1990, p. 73-88. Nous traduisons : « une affirmation première qui permet de nier la négation ».
47 Ariruma Kowii, « Diversidad e interculturalidad », op. cit., p. 22. Nous traduisons : « un haut niveau de conscience de son histoire, de sa culture, de sa langue, de ses ressources et de ses potentiels ».
48 Ibidem. Nous traduisons : « faire des individus et des peuples sûrs et fiers d’eux-mêmes ».
49 Ariruma Kowii, « May Sumak Kayman – Canto a la dignidad », in Allison Adelle Hedge-Coke (coord.), Poetry International, Ahani : Indigenous American Poetry, vol. 9, 2007, p. 177-178. cf. F. Urrestarazu, op. cit, p. 75.
50 Certaines majuscules semblent être une erreur de transcription de l’éditeur de l’anthologie.
51 Ariruma Kowii, Tsaitsik poemas para construir el futuro, op. cit. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 118-122.
52 Selon la terminologie d’Ariruma Kowii, « Diversidad e interculturalidad », op. cit.
53 Selon la terminologie de Walter Mignolo.
54 Selon la terminologie de Claudia Zapata Silva, op. cit.
55 Ibidem, p. 288.
56 María Clara Sharupí Jua, « Como puma herido – Yampinkia tukumua áinis », in Jennie Carrasco, Collar…, op. cit., p. 206-207. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 224.
57 Dans la cosmovision shuar Arutam est l’esprit suprême. Il se manifeste en général dans les cours d’eau et les cascades.
58 Iwia est l’esprit maléfique, ennemi direct d’Arutam.
59 Comme l’expression du genre Wayuu des palabras bonitas en Colombie.
60 Selon la terminologie de Roberto Viereck, La voz letrada. Escritura, oralidad y traducción : diálogo con seis poetas amerindios contemporáneos, Quito, Ed. Abya Yala, 2012.
61 Manuel Paza, « Achik warmi – Mujer Luz », in Lucila lema Otavalo (coord.), Ñawpa pachamanta purik rimaykuna. Antiguas palabras andantes, Quito, CCE, Casa de la Cultura Kichwa, Coordinación Mundial de Creadores en Lenguas Originarias, 2016, p. 85-86. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 212.
62 Ibidem, p. 90-91. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 217-218.
63 Amaruk Kaizapanta, Visión Ancestral. Memorias de un mitimae, Barcelone, Ediciones Malla, 2010, p. 19. cf. F. Urrestarazu, op. cit., p. 49. Auteur kichwa salasaca issu de la diaspora espagnole.
64 Concept kichwa pour le passage d’un cycle temporel à un autre, tous les 500 ans, par une rupture radicale.
65 Ariruma Kowii, « Pachaka – El tiempo », in Allison Adelle Hedge-Coke, op. cit., cf. Urrestarazu, op. cit., p. 78.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Flor Urrestarazu, « La décolonisation de l’être », Cahiers d’études romanes, 43 | 2021, 165-189.
Référence électronique
Flor Urrestarazu, « La décolonisation de l’être », Cahiers d’études romanes [En ligne], 43 | 2021, mis en ligne le 20 janvier 2022, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudesromanes/13455 ; DOI : https://doi.org/10.4000/etudesromanes.13455
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page

