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Comptes rendus

Myriam Carminati, Marie-Jeanne Verny (dir.), Figures de l’errance et du labyrinthe. Le mythe revisité

Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2022
Sara Vergari
p. 414-416
Référence(s) :

Myriam Carminati, Marie-Jeanne Verny (dir.), Figures de l’errance et du labyrinthe. Le mythe revisité, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2022, 293 pages

Texte intégral

1Ce volume collectif réunit des réflexions transversales conduites dans différents domaines linguistiques et culturels au sein de l’Unité de Recherche LLACS‑ReSO de l’Université Paul Valéry Montpellier 3. Les travaux portent sur le mythe, notamment sur la perspective de l’errance et sur la figure du labyrinthe. Ils proposent une démarche interculturelle qui va au-delà des différentes époques, des lieux et des langues. En partageant la définition de Mircea Eliade et de Claude Lévi-Strauss, le volume se fonde sur la conception du mythe comme récit fondateur de vérité, qui garde sa validité même s’il est transformé et revisité dans le temps. Les contributions sont structurées selon trois axes : 1/ Mythe, mémoire, pensée, 2/ Ici et Ailleurs, l’errance, 3/ Épreuve du labyrinthe.

2Le premier axe comprend quatre interventions focalisées sur des auteurs italiens (Foscolo, Leopardi et Pavese) mais il développe aussi des réflexions théoriques autour de la perception du mythe entre les XIXe et XXe siècles. Matteo Palumbo réfléchit sur le pouvoir de la poésie pour figurer le mythe à partir de l’œuvre de Foscolo. En particulier, les fables du mythe constituent chez l’auteur le langage et la substance de la poésie, qui doit représenter la vie et ses vérités. C’est pour cette raison que Palumbo met en relief la fonction civilisatrice du mythe en tant qu’instrument de connaissance du monde. Dans l’article suivant, Andrea Natali analyse le Dialogo d’Ercole e di Atlante de Giacomo Leopardi, dans lequel il réalise une satire du genre humain en utilisant les matériaux mythologiques. Natali met au centre de son discours la représentation de l’errance de la terre, utilisée par les deux personnages comme une balle pour jouer. Les deux articles suivants sont centrés sur Cesare Pavese et sa réinterprétation du mythe. Francesca Belviso propose une étude du mythe de l’errance chez l’auteur piémontais avec une partie théorique très riche où l’on rencontre la pensée d’auteurs tel que Mircea Eliade, Karl Kerényi, Carl G. Jung. Comme Belviso l’explique, Pavese montre le déclin de Dionysos considéré comme le plus errant des dieux, et dans I dialoghi con Leucò l’auteur propose un renversement du dyonysisme de Nietzsche. L’article de Riccardo Pineri est consacré au mythe de I mari del Sud de Pavese. Les lieux de l’enfance décrits, le paysage et les lectures contribuent à créer les « universaux fantastiques » qui seront élaborés dans l’écriture. Mais, dans cette opération mythopoïétique, il doit aussi constater que l’Histoire détruit la dimension festive et originaire du mythe, qui peut seulement se conserver sous la forme de récit.

3Le deuxième axe du volume est consacré aux formes de l’errance à travers les mythes fondateurs issus de la Bible ou des mondes gréco-romain, chinois et précolombien. Les interventions, bien qu’elles traitent une vaste hétérogénéité d’arts et de cultures, montrent l’universalité du mythe, qui parle le même langage. L’article de Marie-Noëlle Ciccia porte sur le poème du portugais Manuel da Silvia Gaio Dom Joaõ, dans lequel le personnage tient à la fois d’Ulysse et du Christ et où le mythe est utilisé en tant que message de refondation de l’être et du monde. Daniela Vitagliano revient sur Cesare Pavese en parlant de la figure de l’île comme point de départ et d’arrivée dans le dialogue L’isola. L’Ulysse de Pavese est rendu humain par son errance et son inquiétude, et aussi pour avoir refusé l’immortalité que Calypso lui avait proposée. L’étude d’Albane Julien est consacrée à la question de l’identité et aux figures de Diane et d’Apollon chez la peintre du XVIIIe siècle Rosalba Carriera. Cette question se retrouve aussi dans l’intervention suivante de Julio Zaraté, entre Espagne et Mexique, qui propose une analyse du roman Méjico de l’auteur contemporain Antonio Ortuño. L’article de Marie-Jeanne Verny se focalise sur de nombreuses figures de l’errance chez l’écrivain occitan Max Rouquette, comme Caïn ou Médée. Daniele Comberiati et Flaviano Pisanelli reviennent sur le mythe de Médée, dont ils analysent les réécritures dans la contemporanéité, et notamment dans La lunga notte di Medea de Corrado Alvaro et dans Medea de Pier Paolo Pasolini. Dans l’intervention suivante Sergio Fregoso Sanchez met au centre la question de l’homologation en relation avec l’appartenance identitaire au Mexique à partir du Codex Espangliensis d’Enrique Chagoya. Le personnage exilé et peu accepté dans la société moderne est assimilé à la figure de l’errant qui réinterprète le mythe fondateur de l’empire Aztèque afin d’instaurer une identité propre. Chiara Nannicini Streitberger étudie l’errance dans les récits de l’écrivaine italienne d’origine hongroise Edith Bruck, dans lesquels émerge la violence subie par les juifs hongrois. Le dernier article de l’axe, écrit par Olivier Pasquetti, est consacré à la poésie de l’errance chez l’auteur niçois occitan Joan Luc Sauvaigo, à travers le personnage vagabond de Gracchus Ontario.

4L’axe intitulé Épreuve du labyrinthe envisage le thème de l’errance en tant qu’épreuve physique et psychique au sein des méandres du dédale. L’article de Daphné Deliyanni et Madeleine Voga porte sur la métaphore du tissage (Pénélope) et du labyrinthe d’un point de vue linguistique dans la langue grecque. Ainsi, l’article montre que langue et cognition sont strictement liées et opèrent de manière métaphorique. Julien Calvé analyse le film de Bernardo Bertolucci La Stratégie de l’araignée où s’entremêlent le mythe de Thésée et du labyrinthe avec celui d’Œdipe et de Laïos. L’article suivant, de Chanyueh Liu, analyse la figure du labyrinthe chez l’auteur néerlandais Robert Van Gulik, utilisé pour construire une fiction policière chinoise à l’époque de la Chine impériale. L’intervention de Solange Cruveillé revient sur le thème du labyrinthe dans l’imaginaire chinois, et notamment dans les écrits militaires attribués à Zhuge Liang, philosophe et tacticien. Sylvan Chabaud nous conduit dans l’univers du poète occitan Bellaud de la Bellaudière, qui décrit l’errance de la descente aux Enfers et sa souffrance. L’étude suivante, de Catherine Kirkby, porte sur l’Inferno Monacale d’Arcangela Tarabotti, qui évoque son expérience du couvent, assimilé à l’emprisonnement du labyrinthe. Janice Valls-Russell s’intéresse aux liens entre traduction et création chez l’auteur anglais du XVIe siècle John Studley, à travers le motif du labyrinthe dans sa version de Phèdre de Sénèque. Myriam Carminati focalise son attention sur une autre forme d’enfermement affectif, celui qui a été mis en peinture par Annibale Carracci à partir d’un épisode tiré de la Jérusalem délivrée du Tasse (Renaud et Armide). Ici, le labyrinthe devient l’expression de l’ambiguïté des sentiments, du double, de la perte de l’identité. Le dernier article, par Claire Torreilles, propose un regard sur l’œuvre poétique d’Henri Espieux, auteur occitan, où l’on trouve plusieurs formes de labyrinthe, qui se présente comme un reflet de nous-mêmes.

5Au travers des multiples cultures des Suds et des Orients – auxquelles est consacré le centre de recherche montpelliérain – le volume collectif parcourt des espaces d’enfermement, de perdition ou d’errance au prisme d’éléments et de personnages relevant du mythe. Il montre aussi que l’interdisciplinarité entre littérature, arts visuels et linguistique porte ses fruits quand il s’agit de sonder la construction d’imaginaires artistiques, individuels et collectifs.

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Pour citer cet article

Référence papier

Sara Vergari, « Myriam Carminati, Marie-Jeanne Verny (dir.), Figures de l’errance et du labyrinthe. Le mythe revisité »Cahiers d’études romanes, 46 | 2023, 414-416.

Référence électronique

Sara Vergari, « Myriam Carminati, Marie-Jeanne Verny (dir.), Figures de l’errance et du labyrinthe. Le mythe revisité »Cahiers d’études romanes [En ligne], 46 | 2023, mis en ligne le 16 juin 2023, consulté le 08 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudesromanes/16416 ; DOI : https://doi.org/10.4000/etudesromanes.16416

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Auteur

Sara Vergari

Aix Marseille Université, CAER, Aix‑en‑Provence, France

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