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Comptes rendus

Stéphanie Lachaud, Le Sauternais moderne. Histoire de la vigne, du vin et des vignerons, des années 1650 à la fin du XVIIIe siècle

Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, 2012, 501 p.
Fabien Gaveau

Texte intégral

Stéphanie Lachaud, Le Sauternais moderne. Histoire de la vigne, du vin et des vignerons, des années 1650 à la fin du XVIIIe siècle. Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, 2012, 501 p.

1Cet ouvrage est issu d’une thèse, soutenue à l’Université Bordeaux III, qui s’inscrit dans la continuité des nombreuses études viticoles régionales. Pour appréhender la dynamique du Sauternais et suivre la construction de ce vignoble de qualité, Stéphanie Lachaud choisit de se centrer sur sept paroisses, du milieu du XVIIe siècle à la Révolution française, période qui a connu de profondes mutations.

2Dans une première partie, l’auteure présente tous les aspects de l’organisation du Sauternais, tant sociaux que territoriaux et agraires, en soulignant le fait que la vigne sera la grande bénéficiaire des remaniements fonciers du XVIIIe siècle.

3La deuxième partie s’intéresse particulièrement à l’évolution de l’activité viticole en insistant sur le rôle essentiel qu’ont joué les propriétaires des grands domaines.

4Bordeaux est la principale place d’exportation des produits du Sauternais qui se vendent en quantité en Angleterre, en Europe du Nord et aux Amériques. Liquoreux et sucré, le vin de Sauternes séduit, en effet, une clientèle aisée.

5Dans la troisième partie, l’auteure se penche davantage sur la société elle-même. Le travail de la vigne et du vin, qui occupe de nombreux habitants, contribue largement à structurer les hiérarchies sociales.

6L’ouvrage s’appuie sur de riches annexes statistiques et cartographiques et renvoie systématiquement aux sources auxquelles il puise, notamment les documents d’origine privée auxquels l’auteure a eu accès. Une importante bibliographie permet de mesurer l’ampleur des recherches effectuées.

7Que retenir de ce dense volume ? Le vin de Sauternes s’est, certes, construit sur des terroirs mais ce sont d’abord les pratiques viti-vinicoles des travailleurs qui ont façonné l’identité de ce vin. De plus, l’orientation strictement viticole de la région est le fait des grands domaines qui pouvaient s’inscrire dans une logique commerciale quand les petits producteurs devaient, eux, conserver des terres pour les autres ressources agricoles (céréales, élevage).

8Aussi la concentration des terres au profit des grands domaines s’est-elle accompagnée d’un appel de plus en plus important à une main-d’œuvre salariée. Seuls les propriétaires les plus riches sont parvenus à élaborer du vin doux sur la durée, ce qui, à défaut d’assurer leur fortune, a renforcé l’honorabilité de ces producteurs.

9Ce sont eux encore qui ont bénéficié, pour leurs vins blancs, des rouages du négoce international quand les petits vignerons dépendaient des rouages locaux pour une production limitée à des vins rouges souvent médiocres.

10À juste titre, l’auteure rappelle en conclusion que, à l’instar de nombreux autres vignobles, celui du Sauternais est le reflet d’une dynamique sociale globale et de l’investissement d’une force de travail dans la culture de la vigne et du vin.

11De fait, cette étude complète très utilement le corpus des monographies viticoles dont disposent les historiens. Au fil des pages, les comparaisons traversent l’esprit du lecteur. Je n’en retiendrai qu’une, sans doute trop peu mise en lumière dans ce beau travail.

12Les vins blancs sucrés ont alimenté un grand commerce depuis la Méditerranée, Livourne en particulier, place active pour les vins des possessions génoises comme la Corse. Étudiant ce vignoble insulaire, j’ai constaté que ses vins blancs sucrés étaient vendus, au XVIIIe siècle, en Angleterre, aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne et jusqu’en Russie. Les navires d’Amsterdam et de Hambourg en transportaient de pleines cargaisons.

13Les mêmes nations commerçantes s’approvisionnent à Bordeaux en vin de Sauternes. L’Europe du Nord-Ouest recherchait les vins blancs sucrés. La demande a dû jouer un rôle d’aiguillon sur la production et encourager la région à s’introduire sur un marché déjà construit qui s’appuyait sur l’aire méditerranéenne. Dans les sources, les termes génériques comme « vin de Marsala », « vin de Malaga », « vin d’Alicante », « Malvoisie », « Muscat » ne collent pas toujours à une origine géographique facile à identifier : en effet, c’est sous ces noms que, dès le XVIIIe siècle, des vins chargés à Livourne, en provenance de Corse par exemple, étaient écoulés à Londres, Hambourg et Stockholm.

14L’étude de Stéphanie Lachaud va bien au-delà d’une recomposition de la dynamique économique et sociale d’une région : elle permet d’appréhender les caractères globaux d’un des marchés qui a longtemps été central dans le commerce international européen : celui du vin.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Fabien Gaveau, « Stéphanie Lachaud, Le Sauternais moderne. Histoire de la vigne, du vin et des vignerons, des années 1650 à la fin du XVIIIe siècle »Études rurales [En ligne], 193 | 2014, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudesrurales/10075 ; DOI : https://doi.org/10.4000/etudesrurales.10075

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Auteur

Fabien Gaveau

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