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Comptes rendus

Julian Mischi ed., Campagnes populaires, campagnes bourgeoises

Revue Agone 51, 2013, 197 p.
Sophie Louey

Texte intégral

Julian Mischi ed., Campagnes populaires, campagnes bourgeoises (Agone 51), 2013, 197 p.

1La revue Agone consacre ici un dossier au milieu rural appréhendé sous l’angle des rapports de classe. Si on ne manque pas de publications sur les ouvriers en milieu urbain, plus rares sont les travaux qui portent sur la classe ouvrière des milieux ruraux. Cette livraison vient donc combler un vide bibliographique. Elle nous renseigne sur la permanence de groupes ruraux « engagés » dans la vie locale.

2Le numéro peut être divisé en trois volets.

3Dans un premier temps, les contributions privilégient l’aspect politique : elles décrivent un groupe social hétérogène qui se livre à des actions collectives. Julian Mischi rappelle que, du point de vue sociodémographique, on a affaire à une pluralité paysanne au sein de laquelle de nombreux individus travaillent comme ouvriers agricoles sur des terres qui ne leur appartiennent pas. La recomposition du secteur agricole s’est accompagnée d’une réduction du nombre des agriculteurs et d’une augmentation du nombre des ouvriers ruraux. À cette reconfiguration économique s’est ajoutée une ségrégation spatiale, avec l’exode des classes dominantes vers les villes qui a renforcé le poids des ouvriers ruraux sur la scène politique locale.

4Élise Roullaud relate les mobilisations paysannes de 1968 contre la politique de modernisation de l’État, qui, à l’époque, prenaient la forme d’occupations de terres et de blocages, les ouvriers agricoles allant parfois, pour exprimer leur mécontentement, jusqu’à monter des pièces de théâtre ou composer des chants de protestation.

5C’est aussi l’époque d’une restructuration syndicale, dans une phase de radicalisation politique. Julien Gros et Omar Tourougui s’intéressent de près à l’exploitation, dans les années 1970, d’ouvriers marocains sur un chantier forestier bourguignon. Un rapport, reproduit dans leur texte, dénonce les conditions de travail de ces ouvriers, lesquelles attestent une situation d’esclavage.

6En s’appuyant sur l’examen de coupures de presse, Jean Rivière s’attache à déconstruire le traitement des ruraux lors des campagnes électorales de 2007 et 2012. Il s’agit d’interroger la charge normative du discours médiatique qui pèse sur la catégorisation des ruraux et qui, par la suite, sera souvent reprise dans les analyses universitaires.

7Dans un deuxième temps, les auteurs présentent des trajectoires individuelles afin d’aborder la question du salariat, des rapports de genre et de l’ascension sociale.

8Sébastien Mary et Nicolas Renahy dressent ainsi le portrait de Sébastien, co-auteur de l’article et néanmoins ouvrier du bâtiment, dont l’activité est représentative des stratégies salariales de jonglage entre travail déclaré et travail non déclaré. L’ouvrier fait preuve d’une grande soif de travail et ne peut concevoir la vie qu’au jour le jour.

9Marie-Hélène Lechien suit, elle, une animatrice de loisirs isolée en milieu rural, tant du point de vue professionnel que du point de vue social et conjugal. Pour survivre, cette femme s’est construit une « philosophie protectrice ». Son témoignage apporte un éclairage précieux sur les rapports de genre en milieu rural.

10Gilles Laferté décrit, quant à lui, des trajectoires d’embourgeoisement afin de déconstruire l’image du paysan pauvre qui resterait nécessairement pauvre.

11Le troisième volet porte sur des pratiques propres au milieu rural.

12Jean-Baptiste Paranthoën s’intéresse ainsi au champ associatif et, plus particulièrement, à l’Association pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP). Son enquête révèle que, même si elle modifie légèrement les rapports entre producteurs et consommateurs, l’AMAP maintient les clivages entre groupes sociaux.

13Héloïse Fradkine s’intéresse, elle, à la chasse à courre, pratique hautement bourgeoise à travers laquelle se dessine la prégnance d’un capital d’autochtonie. Les participants se prêtent à une mise en scène de leur position sociale en reproduisant une activité « héritée », très symbolique. Cette reproduction vise à maintenir la domination de certaines familles.

14En somme, ce numéro comprend une multitude d’enquêtes dont la variété des approches (historiques, sociologiques, militantes) et des méthodes (analyse de la presse, entretiens, observations) permet de mieux saisir un espace spatial et social caractérisé par une forte hétérogénéité.

15Cette vision panoramique rend compte de la diversité des campagnes françaises qui, à l’instar des villes, ne sont pas à l’abri du clivage entre le populaire et le bourgeois. Les milieux ruraux offrent ainsi une diversité sociale en termes de rapports tant de genre que d’origine et de classe.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Sophie Louey, « Julian Mischi ed., Campagnes populaires, campagnes bourgeoises », Études rurales [En ligne], 193 | 2014, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudesrurales/10078 ; DOI : https://doi.org/10.4000/etudesrurales.10078

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