Carl J. Griffin, Protest, politics and work in rural England, 1700-1850
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Carl J. Griffin, Protest, politics and work in rural England, 1700-1850. Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2013, 228 p.
1Enseignant à l’Université du Sussez, Carl J. Griffin offre ici une remarquable réflexion sur les contestations rurales dans l’Angleterre préindustrielle et manufacturière, des années 1700 aux années 1850, quand la population urbaine était supérieure à la population rurale. Organisé en sept chapitres, l’ouvrage explore les formes de protestation, les modes de diffusion de leurs messages, leur nature et leur sens, avec l’idée d’en saisir la diversité régionale et d’insister sur les liens entre populations rurales et populations urbaines.
2L’introduction dresse un bilan historiographique des travaux sur ce sujet effectués depuis les années 1790. Les protestations se lisent sous l’angle religieux, politique ou économique en fonction du contexte intellectuel dans lequel les auteurs travaillent : la Révolution française ; les tensions religieuses ; les revendications démocratiques ; la pauvreté. À partir des années 1960, la réflexion portera davantage sur les conflits de classe. Beaucoup d’auteurs évoquent la colère de travailleurs ruraux pluriactifs menacés par l’essor manufacturier, celle de petits artisans indépendants, celle, encore, de fermiers dont les conditions de travail se dégradent.
3Carl J. Griffin estime qu’il n’est guère possible, pour l’ensemble de l’Angleterre, de parler d’une évolution simple et homogène de la protestation rurale. Grâce à une approche culturelle, anthropologique et géographique, il montre la grande variété des types et des moments de contestation dans les différentes régions anglaises. Les émeutes rurales sont, en réalité, la part visible de l’iceberg contestataire, dont l’expression est beaucoup plus quotidienne. L’auteur entend en restituer l’ampleur en conjuguant l’approche globale et des études microhistoriques.
4Le premier chapitre rappelle que le travail est au cœur du quotidien, sous la forme agricole et artisanale, avec l’essor d’un salariat pluriactif lié au négoce urbain. À compter des années 1750, les conditions de vie des ruraux se détériorent sous l’effet des enclosures, de la hausse des prix et du développement de l’activité manufacturière. Pour pallier le sous-emploi et la pauvreté, pour éteindre les menaces à l’ordre public et à la propriété, des lois des pauvres sont élaborées : le Spenhamland Act de 1798, ou la New Poor Law de 1834.
5Or, à la fin du XVIIIe siècle, l’idée de fournir une aide monétaire aux familles considérées comme pauvres suscite des critiques chez les contribuables et donne lieu à de vifs débats politiques. L’obligation, pour les bénéficiaires, de travailler dans des maisons spéciales suscite, elle aussi, de violentes réactions dans l’East Anglia, la loi de 1834 agitant, quant à elle, le nord de l’Angleterre.
6Dans le deuxième chapitre, l’auteur souligne que les sources enregistrent les contestations rurales qui contreviennent aux lois définissant l’ordre public. Les ruraux se positionnent, eux, par rapport au système coutumier, à la morale religieuse et aux usages locaux. Mais l’hostilité aux lois peut aussi être dirigée contre l’État, comme lors des levées d’hommes dans les dernières décennies du XIXe siècle.
7La résistance au mouvement des enclosures a fait l’objet de nombreuses publications. Ce changement dans l’organisation agraire a été particulièrement significatif entre 1760 et 1820. Le troisième chapitre revient sur l’impact que ce processus a eu sur la vie des communautés en mettant fin à certains droits des travailleurs agricoles. Transformant la manière dont les populations tiraient parti de leur environnement, les enclosures ont généré des difficultés sociales, parfois, des mécontentements, voire des révoltes.
8Le quatrième chapitre montre comment les changements productifs affectent les solidarités communautaires et en font naître de nouvelles. Il présente notamment, à travers diverses configurations sociales, les moments et les formes que prennent les protestations du quotidien.
9Les deux chapitres qui suivent se penchent sur l’émeute frumentaire, l’incendie, et les grands mouvements qui ont touché le pays : le luddisme (1811-1813), le Bread and Blood Riots dans l’East Anglia (1816), le East Anglia Rising (1822) et les Swing Riots (1830). Tous ces moments lient les colères rurales aux milieux du négoce et aux bourgs. Tous témoignent d’une lutte contre les transformations du travail dues à la mécanisation. Enfin, dans le dernier chapitre, l’auteur revient sur les significations politiques de ces transformations.
10Ainsi, à une synthèse historiographique l’ouvrage associe une réflexion globale sur le sort des travailleurs ruraux durant un siècle et demi. Il apporte un éclairage inédit sur la régionalisation des contestations et sur la chronologie de leur expression, de leur déploiement et de leur recul. On ne saurait que trop en recommander la lecture à tous ceux qui s’intéressent aux mutations de l’Angleterre à l’heure de la Révolution agricole et industrielle.
11Une réserve toutefois : l’auteur aurait pu muscler davantage son argumentation en y intégrant plus qu’il ne l’a fait les grands débats politiques et idéologiques que les libéraux menaient à l’époque. Les militants du libre-échange, comme David Ricardo (vers 1820), et les membres de l’Anti-Corn Law League (dans les années 1830-1840) ont pesé dans le choix de privilégier les manufactures contre l’agriculture, ce qui a achevé de révolutionner l’organisation rurale du pays.
12Le lecteur aura entre ses mains un travail de référence, d’une rare qualité intellectuelle, qui, par-delà le cas anglais, permet de comprendre comment s’opère le bouleversement social sous l’effet conjoint de la hausse démographique, des mutations techniques, des restructurations agraires et de l’individualisme d’essence libérale. Au fond, la réflexion sous-jacente permet de saisir des processus toujours à l’œuvre dans bien des régions du monde.
Pour citer cet article
Référence électronique
Fabien Gaveau, « Carl J. Griffin, Protest, politics and work in rural England, 1700-1850 », Études rurales [En ligne], 193 | 2014, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/etudesrurales/10080 ; DOI : https://doi.org/10.4000/etudesrurales.10080
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