Navigation – Plan du site

AccueilNuméros29ArticlesL’archive sonore, moteur pour une...

Articles

L’archive sonore, moteur pour une création située

The sound archive, a driving role for situated creation
Corsin Vogel

Résumés

La réappropriation d’archives sonores dans un processus de création constitue une pratique que l’on peut retrouver depuis des décennies dans les musiques actuelles ou la musique contemporaine et qui est intimement liée à la démocratisation du support audio enregistré. En parcourant ma propre démarche artistique, je propose dans un premier temps de définir les contours de l’archive sonore, du support enregistré documentaire et scientifique à tout support disponible à l’écoute. Dans un second temps, je m’efforcerai de décrire à travers des exemples personnels diverses manières d’utiliser une archive sonore dans une visée de création : littérale, abstraite ou par traitements acoustiques intermédiaires, me permettant de jouer avec les frontières perceptives et les représentations mentales du public, avec l’épaisseur originelle, historique, culturelle et territoriale de l’archive sonore.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Pierre Schaeffer, Archives sonores : le temps retrouvé (Radiodiffusion Télévision Française/INA, 19 (...)
  • 2 Voir par exemple : Jonathan Sterne, Une histoire de la modernité sonore (La Découverte, coll. « C (...)

1Dans son acception habituelle, l’archive sonore est depuis moins de deux siècles constituée de captations à destination scientifique de conservation, de consultation et de recherche sur l’histoire de notre humanité. Elle est stockée sur divers supports dans d’innombrables sites, en France par exemple, à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), à l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam), ou encore au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem). En 1952, dans une archive sonore de l’INA, Pierre Schaeffer la définit comme le « temps retrouvé » : « à côté du temps qui passe, […] il y a le temps passé […]. Ce temps perdu […] est tout entier contenu dans des réservoirs de temps retrouvé qu’on appelle des discothèques ».1 Mais l’utilisation de ces enregistrements sonores peut être bien plus variée, liée à une culture donnée :2 servir de matériau pour produire ou alimenter interviews et documentaires radiophoniques, fournir les rushs pour des créations en field recording et des ambiances de films, ou encore venir nourrir des compositions musicales de tous genres. Afin de questionner la notion d’archive dans une visée compositionnelle, je décris dans cet article de quelle façon je circonscris le terme d’archive sonore et comment j’appréhende l’archive dans ma propre démarche artistique.

2Je considère comme archive tout objet sonore enregistré dans notre environnement, ainsi que toute composition musicale d’ores et déjà mixée et éditée sur support. Le présent article concerne donc une démarche artistique où tout enregistrement sonore, au moment de sa mise à disposition du public, devient potentiellement archive : matière prête à être découverte, appréciée, critiquée, mais également manipulée, réinterprétée, déstructurée et reconstruite. Cela englobe évidemment tous les enregistrements ethnologiques au sens large, tous les matériaux de captation de notre environnement réel, ainsi que les documentaires, fictions et créations sur tous supports finalisés par les artistes, réalisateurs, scénographes, mixeurs... Dès lors, les très nombreuses reprises, par d’autres artistes, de pièces musicales ou de théâtre, entrent aussi dans ce cadre où l’archive est matière à (re-)création.

  • 3 Beat Stutzer, Alberto Giacometti. A casa (Museo Ciäsa Granda, 2016), 72-74, au sujet de mes install (...)

3À partir de plusieurs exemples de re-compositions sonores et d’installations contextualisées, associées à des espaces et des temporalités déterminés, je vais questionner les processus de création mis en œuvre dans la réappropriation d’archives sonores, entre textures et apports sémantiques, entre espaces et territoires, entre frontières perceptives et ambiguïtés de sens, et décrire ma façon d’appréhender la création dans « l’écho de la patine du temps qui résonne ».3 Nous aborderons ici ces processus compositionnels sous trois angles, correspondant à trois approches complémentaires de mon utilisation sonore de l’archive : un usage littéral de l’archive sonore avec son contenu sémantique originel, un usage plus abstrait par la transformation radicale du son, et un usage mixte, intermédiaire, qui joue avec nos frontières perceptives.

Composer à partir d’archives sonores

  • 4 Séverine Morange et al., « Appartenances catégorielles d’un objet complexe, la voix  : approches li (...)
  • 5 Corsin Vogel et Danièle Dubois, « L’immersion sonore  : réalités physique et virtuelle, réalités ps (...)

4Partant de la définition assez large pour laquelle tout enregistrement fixé sur support, y compris monté, mixé et édité, peut être considéré comme archive sonore, il devient intéressant de concevoir cette dernière comme une matière première à malaxer pour situer ou resituer un contexte culturel, historique, territorial et esthétique. Créer à partir d’archives sonores suppose par conséquent de composer avec un matériau existant qui dispose de sa propre épaisseur historique, ainsi que de caractéristiques sonores et plastiques qui colorent déjà d’une façon particulière les contenus véhiculés par ces documents. On pense aux caractéristiques acoustiques d’enregistrements du début du XXe siècle, époque aux technologies audio encore limitées, qui filtrent le spectre sonore de façon importante et lui confèrent à l’écoute un caractère d’ancienneté. Dans le cadre d’un projet de recherche collectif sur le remastering de sons anciens pour leur diffusion sur CD-Audio, je me suis intéressé en 2005 à la voix du chanteur lyrique Enrico Caruso, dont les nombreuses rééditions d’une même archive sonore datant de 1907 donnent des résultats sonores très différents.4 La captation avait été effectuée dans une chambre d’hôtel, en une seule prise monophonique à travers le pavillon d’un gramophone, et gravée directement sur un disque recouvert de gomme-laque. Lors de la réédition de l’enregistrement sur support numérique se sont posées de délicates questions d’équilibre du son, de confort d’écoute et de modernisation du son analogique monophonique, pour un public ayant vécu les passages successifs à l’ère de la stéréophonie, puis à celle de l’audionumérique. Certains éditeurs ont ainsi adopté des directions artistiques audacieuses, projetant par exemple Caruso et ses musiciens dans l’acoustique d’une salle de concert, par un traitement stéréophonique et l’ajout de réverbération, modifiant par la même occasion, pour ce document d’archive, les repères perceptifs spatiaux et temporels des auditrices et auditeurs. De fait, dès qu’il y a modification d’une captation sonore – qui constitue déjà en soi une abstraction du monde réel perçu –, il s’opère un changement dans les représentations mentales des individus.5 Le caractère historique et contextuel intrinsèque à l’archive sonore peut donc aisément être manipulé et je vais m’attacher à décrire certaines de ces transformations qui permettent de jouer avec nos imaginaires et nos frontières perceptives.

Intégration littérale de l’archive sonore

  • 6 Mickael Jackson, HIStory, HIStory-Back, Present and Future, Book I (EPIC, 1995).
  • 7 Common Feat. will.i.am, I have a Dream, Dream (Hollywood, 2006).
  • 8 Bakermat, One Day, Vandaag (Délicieuse, 2012).

5À l’instar des documents anciens abordés précédemment, l’utilisation « telle quelle » d’extraits d’une archive sonore, avec leurs contenus sémantiques et émotionnels intrinsèques, permet de les intégrer dans une nouvelle création en travaillant avec les représentations mentales premières véhiculées par ces morceaux d’archive. Cette pratique est courante dans les traditions populaires et il s’agit alors d’« emprunts », de samples, échantillons prélevés dans des œuvres plus anciennes. Les exemples de références à des voix historiques sont innombrables, notamment dans les musiques urbaines comme le rap. Il est possible, par exemple, de retrouver la voix du pasteur et militant afro-américain Martin Luther King Jr. chez de nombreux artistes musiciens : Michael Jackson dans HIStory,6 Common feat. will.i.am dans I have a Dream,7 ou encore Bakermat dans One Day.8

6Dans mon propre travail de création, les emprunts de voix historiques sont toujours en relation avec le contexte de déploiement de l’œuvre. Je présenterai ici deux de mes installations sonores : Tra Stampa et Paris9 (2016), créée dans l’atelier du sculpteur et peintre Alberto Giacometti (1901-1966) à Stampa, dans les Grisons suisses ; et Lire Freud… Écouter Freud10 (2012), présentée dans la bibliothèque Sigmund Freud, à Paris.

Le souvenir de voix célèbres

  • 11 Notamment : Jean-Marie Drot, Un homme parmi les hommes : Alberto Giacometti. Les heures chaudes de (...)

7Tra Stampa et Paris propose des extraits de la voix d’Alberto Giacometti en italien et en français, issus d’archives sonores radiophoniques et télévisuelles.11 La voix du sculpteur dans son atelier a une portée particulière, résonnant dans l’espace occupé par le sculpteur lui-même un demi-siècle plus tôt. Cette présence sonore de Giacometti au milieu de ses propres meubles confère au lieu une nouvelle dimension, une réactivation du passé par le son, une intimité qui nous immerge davantage dans la perception sensible de l’atelier à l’époque où l’artiste y travaillait, entouré d’œuvres de son père Giovanni. Les phrases prélevées dans les archives, puis réordonnées selon un choix personnel de narration, ont pour fonction non seulement de faire sonner la voix de l’artiste dans son propre atelier, mais également de donner des éléments de compréhension de sa démarche créative, de ses questionnements, de son rapport à la vie parisienne, puisqu’il partageait son temps entre Paris et les Grisons en Suisse.

8Dans le cas de Lire Freud… Écouter Freud, il s’agissait de faire vivre la voix du neurologue autrichien Sigmund Freud (1856-1939) au milieu de ses propres ouvrages et dans un espace dédié à la psychanalyse. S’il n’a pas précisément fréquenté ce lieu, la référence à sa voix dans une bibliothèque qui lui est dédiée a également une portée singulière permettant de découvrir une autre facette du personnage : sa propre voix, dans l’unique enregistrement connu de Freud, réalisé par la BBC à Londres en 1938. Il s’agit là d’un matériau brut qui possède d’emblée un important pouvoir de fascination et d’interprétation et que j’ai voulu soumettre à la libre appropriation de chaque visiteur et visiteuse de la bibliothèque. L’installation sonore constitue donc une réflexion sur la notion d’interprétation, en respectant scrupuleusement la temporalité de la prosodie de Freud et en utilisant comme unique matériau sonore l’intégralité de l’enregistrement de la BBC. La voix, très distincte et présente au début de la pièce, restituée avec le timbre de l’enregistrement d’époque, glisse petit à petit vers une musicalité plus abstraite, tout d’abord par une démultiplication et une aliénation de la voix et du langage, puis par des transformations plus radicales venant métamorphoser le discours en une suite d’objets sonores étranges qui laissent libre cours au surgissement des images et des associations. Dans une dernière partie, la voix s’est finalement épurée jusqu’à ne plus devenir qu’un unique instrument, un sifflement, dont la prosodie reste celle du psychanalyste, mais dont la matérialité a donné naissance à une musique et une poésie minimalistes – j’aborderai ce dernier point plus précisément dans la troisième partie de l’article.

Réécrire notre environnement sonore

  • 12 Jim Fassett, Symphony of the Birds, Vinyle (EM Records, 1960).
  • 13 Jerry Stillwell et Norma Stillwell, Bird Songs of Dooryard, Field and Forest, Vinyle, vol. 1, 2 & 3 (...)

9Cependant, les emprunts auxquels je procède ne sont pas nécessairement liés au contenu sémantique et au timbre d’une voix. Ils peuvent être tout aussi bien liés à un environnement naturel ou urbain, à des animaux, permettant aux auditrices et auditeurs de réactiver des représentations mentales en mémoire, selon la destination de l’œuvre : in situ ou sur simple support audio. Cette pratique a été largement développée par d’autres artistes, comme par exemple Jim Fassett dès 1960. Directeur artistique de CBS (Columbia Broadcast System), il compose, avec son collaborateur technicien radio à CBS Mortimer Goldberg, Symphony of the Birds,12 à partir d’archives d’enregistrements d’oiseaux réalisés par Jerry et Norma Stillwell dans les années 1950 et publiées sous forme de trois disques vinyles Bird Songs of Dooryard, Field and Forest, No. 1, 2 & 3.13 Si les sons d’oiseaux y sont clairement identifiables, l’utilisation de traitements sonores tels que des changements de hauteurs et des ralentissements, ainsi que des jeux de spatialisation stéréophonique, rapprochent l’œuvre de la musique concrète. Je reviendrai sur cet exemple inspirant plus tard dans cet article.

10Pour ma composition Borgonovo via Paris14 (2007), pièce mixte en cinq mouvements, pour support enregistré, voix, guitare et électronique, j’ai effectué des enregistrements dans différents lieux parcourus par Alberto Giacometti de son vivant. Ils viennent ponctuer et enrichir un texte extrait de son livre posthume Paris sans fin,15 interprété par la comédienne Claire Chaufour. Ainsi, par exemple, je donne à entendre le cimetière de Borgonovo à Stampa où Giacometti repose, le boulevard de l’Hôpital à Paris où il se promenait, ou encore le train entre Coire et Paris – avant son remplacement par le TGV – qu’il empruntait chaque année pour rentrer au pays. Si certaines captations sonores ont été réalisées spécifiquement pour cette œuvre (la porte du cimetière, le train en gares de Coire et de Paris gare de l’Est), devenant de fait des archives sonores, d’autres enregistrements (le boulevard de l’Hôpital) sont issus d’archives liées à mes travaux de recherche réalisés dans le cadre d’une thèse de doctorat sur les ambiances sonores urbaines.16 Borgonovo via Paris associe à la guitare et à la voix des sons d’archives réutilisés tels quels, ou d’autres ayant subi des traitements sonores (étirements, ralentissements, filtrages).

11En prolongeant ce travail de recontextualisation d’archives, je me suis aussi régulièrement attaché à rendre sonores des écrits publiés, autre forme d’archive, comme dans l’exemple précédent. Avec l’installation Immer weiter in die Ferne sehen / Voir au loin, toujours plus loin17 (2023) présentée dans le cadre de la triennale d’art contemporain de Pontresina en Suisse, je tenais à restituer un écrit de jeunesse de Marcel Proust, relatant son voyage en 1893 dans les Grisons, plus précisément sur l’Alpe Grüm, en compagnie de son ami Louis de la Salle. Proust écrit à propos de ce séjour :

  • 18 Marcel Proust, « Poème XXII  : présence réelle », in Les plaisirs et les jours, vol. 9, Œuvres comp (...)

12À côté de nous, des glaciers étincelaient. À nos pieds des torrents sillonnaient un sauvage pays d’Engadine d’un vert sombre. Puis, une colline un peu mystérieuse ; et après des pentes mauves entrouvraient et fermaient tour à tour une vraie contrée bleue, une étincelante avenue vers l’Italie.18

13Dans ce haut lieu touristique que constitue l’Alpe Grüm en Haute-Engadine, située sur la ligne de chemin de fer classée au patrimoine culturel de l’Unesco, quelques mots clés du texte de Proust sont affichés le long d’un sentier, comme autant de gares aux noms évocateurs (figure 1). Ils conduisent le public à une installation, sculpture sonore constituée de trois tubes, comme une longue-vue orientée vers l’Italie, dont les deux tubes externes sont équipés de haut-parleurs et restituent le texte de Proust en cinq langues : allemand, italien, français, anglais et japonais (figure 2). Les voix, tout d’abord bien distinctes, se mêlent ensuite de plus en plus pour aboutir progressivement à une sorte de Babel sonore. Dans cette installation, l’archive sonore à caractère historique est absente car il n’existe pas d’enregistrement de la voix de Marcel Proust, à la différence d’Alberto Giacometti ou de Sigmund Freud. Mais la démarche reste la même, l’écrit de Proust étant réinterprété dans différentes langues pour être restitué au public in situ, avec 130 ans de décalage : elle me permet de proposer une réflexion sur la perception du lieu, l’Alpe Grüm, son évolution avec l’arrivée du chemin de fer en 1911, et sur nos capacités à « repenser les destinations », qui était l’intitulé de la thématique de la triennale d’art contemporain 2023.

Figure . Installation sonore Immer weiter in die Ferne sehen / Voir au loin, toujours plus loin, vue générale. Alpe Grüm, Suisse, 2023

Figure . Installation sonore Immer weiter in die Ferne sehen / Voir au loin, toujours plus loin, vue générale. Alpe Grüm, Suisse, 2023

Photo Corsin Vogel

Figure . Installation sonore Immer weiter in die Ferne sehen / Voir au loin, toujours plus loin, vue depuis la diffusion stéréophonique. Alpe Grüm, Suisse, 2023

Figure . Installation sonore Immer weiter in die Ferne sehen / Voir au loin, toujours plus loin, vue depuis la diffusion stéréophonique. Alpe Grüm, Suisse, 2023

Photo Corsin Vogel

14L’utilisation de l’archive comme base de création prend donc ici un aspect multiforme, sous forme textuelle et sonore, enregistrements réalisés à partir d’un support écrit.

Intégration abstraite de l’archive sonore

15Une autre forme d’utilisation de l’archive sonore consiste en sa transformation radicale, par l’intermédiaire d’un traitement conséquent du signal acoustique, avec perte complète des repères perceptifs liés au contenu du document audio, en ne conservant ainsi qu’un lien conceptuel à l’archive sonore. Ces modifications sonores rendent l’archive plus difficile à déceler si elle n’est pas clairement désignée et signalée par l’auteur, car elle devient totalement méconnaissable. Mais le fait même d’utiliser une archive comme matière première, parfois exclusive, pour la réalisation d’une nouvelle création sonore, confère d’emblée à cette œuvre une épaisseur qui contient le sens originel véhiculé par l’archive.

16Dans l’installation Sotto l’Atelier19 (2016), réalisée dans le sous-sol de l’atelier d’Alberto Giacometti (figure 3), j’ai retravaillé la voix du sculpteur issue d’archives radiophoniques pour la transformer en sons abstraits qui peuvent être perçus tantôt comme les doigts de l’artiste travaillant la glaise, tantôt comme un orage naissant au-dessus de la vallée, et ainsi proposer une composition sonore qui permette au public de se projeter dans « une nouvelle perception de l’espace, une autre réalité ».20

Figure . Installation Sotto l’Atelier, diffusion en format audio 5.1, avec sur l’image un sonagramme de la voix d’Alberto Giacometti représentant visuellement l’archive utilisée pour la composition. Atelier Giacometti, Stampa, 2016

Figure . Installation Sotto l’Atelier, diffusion en format audio 5.1, avec sur l’image un sonagramme de la voix d’Alberto Giacometti représentant visuellement l’archive utilisée pour la composition. Atelier Giacometti, Stampa, 2016

Photo Corsin Vogel

17Il peut alors devenir particulièrement intéressant de travailler des créations avec de fortes contraintes compositionnelles, tel l’usage exclusif d’une archive sonore pour une nouvelle pièce. En effet, l’exercice de style qui consiste à créer une œuvre musicale à partir de presque rien, d’une simple impulsion acoustique, à savoir un clic analogique et un clic numérique comme dans ma pièce électroacoustique Rencontre du troisième clic #Évolution21 (2009), peut s’avérer riche et ludique. Mais lorsque du sens est véhiculé à travers la voix d’une personne retrouvée dans une archive, utiliser cette mémoire sonore comme matériau exclusif constitue également une forme d’hommage à cette personne.

18Un demi-siècle plus tôt, Jim Fassett rendait hommage aux audio-naturalistes Jerry et Norma Stillwell en composant Symphony of the Birds22 à partir d’enregistrements sonores d’oiseaux qu’ils avaient captés dans les années 1950.23 En me réappropriant et en recomposant la pièce Symphony of the Birds pour le projet d’installation Musique pour plante verte24 avec l’artiste française Morgane Tschiember, je poursuis la démarche de Fassett en la déployant dans d’autres directions. Les captations originales d’oiseaux, réarrangées en Symphonie des Oiseaux, se muent désormais en une rumeur de sève, dans une composition au titre éponyme Musique pour plante verte (2016). La pièce se transforme en un voyage auditif au cœur d’une plante, où de petits craquements évoluent progressivement vers un flux sonore liquide, laissant seulement surgir de temps à autre de vagues évocations de chants d’oiseaux… La transformation de l’archive sonore déplace ainsi les sons modifiés vers de nouveaux univers perceptifs. Dans cet exemple, les réappropriations successives d’un matériau sonore ancien, capté dans des conditions difficiles par le couple Stillwell, montrent à quel point le son est malléable, renouvelable, réinventable, et comment le sens véhiculé par une archive sonore ornithologique peut se transformer en objet de création, voire se muer en un nouvel objet botanique imaginaire.

Jouer avec les frontières perceptives

  • 25 Corsin Vogel, « Un art sonore situé  : le sens et l’espace », Etnografica 17, n° 3 (30 octobre 2013 (...)
  • 26 William W. Gaver, « What in the world do we hear? An ecological approach to auditory event percepti (...)
  • 27 Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux (Seuil, 1966).

19Dans ma pratique artistique, nombreuses sont les situations dans lesquelles le traitement de l’archive sonore correspond à une position intermédiaire entre les deux conditions extrêmes présentées précédemment, conduisant à une perception située entre la perte de sens et la découverte de nouvelles sonorités. En effet, certaines transformations d’archive sonore jouent avec les limites perceptives entre l’objet originel et les sonorités inouïes auxquelles celui-ci peut donner naissance.25 Elles aboutissent alors à une nouvelle compréhension de l’archive, soit en termes de reconnaissance d’une voix ou d’un discours – l’écoute « quotidienne » selon Gaver26 –, soit en termes de reconnaissance de formes sonores, d’instrumentarium - l’écoute « réduite » selon Schaeffer.27 La nouvelle pièce créée permet de laisser naviguer le public entre découverte de sons inouïs et redécouverte de références culturelles liées à l’archive. La question de la narration, d’une certaine façon toujours associée à l’archive, reste ici essentielle ; je l’ai rapidement évoquée dans la deuxième partie de cet article, avec les traitements sonores de la voix de Sigmund Freud qui respectent strictement sa prosodie dans la pièce Lire Freud… Écouter Freud. Les compositions électroacoustiques résultant de cette démarche convoquent systématiquement l’archive pour la réinterpréter, la mettre en lumière et la débattre dans une évolution historique et sociale. Je distingue deux approches de ces frontières perceptives, l’une spatiale et l’autre temporelle, les deux pouvant bien évidemment s’interpénétrer au sein d’une création.

Les frontières temporelles, historiques

20Lors d’une résidence à la Cité Internationale des Arts de Paris en 2012, j’ai eu l’opportunité de travailler les aspects temporels du son, notamment à partir des œuvres d’Edgard Varèse, qui sont d’une grande richesse sonore. La pièce musicale Varèse Expanded28 (2012) repose ainsi sur deux principes antagonistes : une compression temporelle de l’intégralité de l’œuvre d’Edgard Varèse et une expansion temporelle d’une partie de son Poème électronique, composé à la fin de sa vie pour le Pavillon Philips. Celui-ci a été conçu par Iannis Xenakis et Le Corbusier dans le cadre de l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. Le bâtiment devait s’apparenter à une « sorte d’estomac, avec une entrée et une sortie différentes »,29 couvert de trois sommets élancés vers le ciel et que le public devait traverser de part en part. La pièce Varèse Expanded est uniquement composée des œuvres de Varèse, à partir d’archives sonores de leurs représentations publiques, et dure 8 min 05 s, soit exactement la durée du Poème électronique. Elle est écrite en monophonie pour être diffusée par un unique haut-parleur disposé au cœur de la sculpture sonore Pavillon Varèse30 (2012), elle-même pensée comme support, comme enveloppe de restitution de Varèse Expanded. Pavillon Varèse reprend les principes du Pavillon Philips de l’exposition universelle en inversant le paradigme de l’espace sonore et visuel traversé par le public : ici, le visiteur survole, contourne cet objet qui donne l’illusion d’être traversant et qui, émettant à travers un unique haut-parleur, fonctionne comme deux ouïes, deux pavillons (figure 4). Afin de répondre à l’effet immersif des 425 haut-parleurs disséminés dans tout le Pavillon Philips et diffusant le Poème électronique, j’ai ajouté à Varèse Expanded, à l’aide du logiciel de réverbération à convolution Altiverb (AudioEase), l’infinie richesse de l’acoustique enveloppante du mausolée indien Gol Gumbaz à Bijapur, construit au XVIIe siècle, qui aurait pu contenir en son sein le Pavillon Philips tout entier. La composition sonore, construite à partir d’archives musicales, sert donc ici à faire le lien entre les processus compositionnels contraints par les outils de l’époque de Varèse et les processus actuels, beaucoup plus riches et faciles à intégrer, grâce à l’apport de l’informatique musicale.

Figure . Sculpture sonore Pavillon Varèse diffusant la pièce Varèse Expanded, festival Back to the Trees, Saint-Vit, 2018

Figure . Sculpture sonore Pavillon Varèse diffusant la pièce Varèse Expanded, festival Back to the Trees, Saint-Vit, 2018

Photo Corsin Vogel

21En 2014, la pièce Varèse Expanded a été sélectionnée par le jury du concours Banc d’Essai, organisé par l’Ina-GRM (Institut National de l’Audiovisuel – Groupe de Recherches Musicales) pour une diffusion sur la quarantaine de haut-parleurs de leur acousmonium dans le cadre du festival Akousma. L’enjeu pour moi était de spatialiser ma propre œuvre, qui est de fait elle-même devenue archive sonore d’une précédente installation – Pavillon Varèse. Il s’agissait par conséquent de sélectionner les objets sonores conçus dans Varèse Expanded, de les isoler les uns des autres, et de les projeter tout autour du public de la salle de concert, à l’instar de la projection du Poème électronique de Varèse dans le Pavillon Philips en 1958.

Les frontières spatiales et environnementales

22Recréer un espace immersif avec une localisation précise des sources virtuelles et une sensation d’enveloppement spatial fait souvent appel à des technologies complexes de son multicanal, nécessitant un grand nombre de haut-parleurs. Cependant, nos capacités d’abstraction et de représentations mentales des phénomènes sonores nous permettent de jouer avec nos frontières spatiales, notamment en nous projetant dans de nouveaux espaces imaginaires, faisant abstraction de notre environnement « réel ».31 Une série de créations immersives écrites dans cette optique sont les Sequenze ambientali, qui reprennent l’idée de Luciano Berio d’explorer dans ses propres Sequenze la virtuosité et la diversité de chaque instrument de musique, en l’appliquant à la richesse des environnements sonores et à leurs propres structures musicales. À ce jour, j’ai composé deux Sequenze alpines32, 33 (2010 et 2017) et une Sequenza jurassienne34 (2018). Prenons l’exemple de la Sequenza III jurassienne, qui est construite à partir des sonorités du Parc Naturel Régional du Haut-Jura, en France (figure 5). Si le titre s’inspire de Berio, la composition se nourrit plutôt de l’approche « anecdotique » de Luc Ferrari, laissant la part belle aux ambiances captées. Ainsi, des prises de son réalisées in situ, devenant par la même occasion archives sonores, à l’instar des enregistrements d’oiseaux de Jerry et Norma Stillwell, alimentent une composition spatialisée dans laquelle l’auditrice et l’auditeur peuvent s’immerger pour se projeter dans de nouvelles représentations mentales.

Figure . Installation sonore Sequenza III jurassienne, diffusée en hexaphonie. Maison du Parc Naturel Régional du Haut-Jura, Lajoux, 2018

Figure . Installation sonore Sequenza III jurassienne, diffusée en hexaphonie. Maison du Parc Naturel Régional du Haut-Jura, Lajoux, 2018

Photo Corsin Vogel

  • 35 Michel Foucault, « Des espaces autres », in Architecture, Mouvement, Continuité, Conférence au Cerc (...)

23La technique immersive à six canaux, développée spécifiquement pour les Sequenze ambientali, et qui ne privilégie aucune direction de l’espace acoustique, permet au public de se laisser transporter facilement vers ces nouveaux horizons imaginaires. Le résultat est une forme d’ubiquité perceptive, de plongée dans un univers de représentations sculptées par notre propre vécu. L’installation sonore devient – comme la salle de cinéma – un espace concret qui héberge l’imaginaire, un de ces lieux que Michel Foucault appelle hétérotopies, « sortes d’utopies effectivement réalisées ».35

À la croisée des frontières perceptives

  • 36 http://www.corsinvogel.com/installations/sut-vusch/
  • 37 Le rhéto-romanche, ou romanche, est la quatrième langue officielle de la Suisse, parlée dans le can (...)
  • 38 Notamment : Dolf, Tumasch, La chanzun populara rumantscha, Radioscola 1961-1965, 13 mars 1962, RTR (...)
  • 39 « La chanson de la cigale et la fourmi » de Tumasch Dolf.

24Certaines conditions de créations sonores, tant liées au lieu de diffusion qu’à l’archive traitée, permettent de jouer sur les deux aspects des frontières perceptives, à la fois temporels et spatiaux. L’archive sonore conserve une part d’intelligibilité de son contenu sémantique tout en devenant un matériau brut pour produire de nouvelles formes sonores. C’est le cas de l’installation sonore Sut vusch / À voix basse36 (2017), créée dans la maison natale du compositeur et chef de chœur rhéto-romanche37 Tumasch Dolf (1889-1963) à Mathon, en Suisse (figure 6). La pièce est composée uniquement à partir d’archives sonores de Dolf38 : ses chansons ont été déformées, remodelées, laissant la place à des bribes de mélodies, jouant avec les frontières perceptives de ses compositions, tandis que les seuls mots clairement distincts proviennent de sa propre voix, tel un leitmotiv, correspondant au refrain de sa chanson La chanzun dil salep e la furmicla.39 Pour cette installation, il s’agissait de recréer la présence du compositeur dans sa maison en restituant sa voix, mais également d’évoquer son travail musical par des fulgurances sonores pour les publics de passage, l’ayant connu ou connaissant ses chansons, qu’il enseignait à ses élèves en école primaire. Les frontières temporelles entre les années 1950 et aujourd’hui, celles entre ses chansons et mon propre rapport à la musique, constituent autant de possibilités d’écoute de la nouvelle pièce.

Figure . Installation sonore Sut vusch / À voix basse, en quadriphonie, avec à gauche, l’entrée et le point d’écoute principal, et à droite, une diffusion omnidirectionnelle, à travers les poutres horizontales. Maison de Tumasch Dolf, Mathon, Suisse, 2017

Figure . Installation sonore Sut vusch / À voix basse, en quadriphonie, avec à gauche, l’entrée et le point d’écoute principal, et à droite, une diffusion omnidirectionnelle, à travers les poutres horizontales. Maison de Tumasch Dolf, Mathon, Suisse, 2017

Photo Corsin Vogel

25L’aspect spatial a été travaillé sous forme de diffusion en quadriphonie à travers l’ancienne étable mitoyenne à la maison, dont les poutres horizontales, largement espacées pour laisser sécher le foin, confèrent une perméabilité acoustique qui laisse le son se propager tout autour du bâtiment. Cette présence sonore dans le village à chaque lancement de la composition – par simple appui sur un bouton – autorise là aussi une forme d’hétérotopie qui nous projette à la fois dans la musique de Dolf, du temps de son vivant, et dans l’espace situé au-dessus de l’installation, à savoir sa propre maison natale.

Conclusion

26Le propos de cet article était de questionner la réappropriation d’archives sonores par le biais de processus créatifs, en investiguant mon propre travail artistique. Ainsi, j’ai exploré quelques-unes de mes compositions sonores pour mettre en exergue l’importance des archives dans ma démarche créatrice. J’ai présenté trois types de processus de création, trois utilisations complémentaires du son de l’archive : un usage littéral de l’archive sonore avec son contenu sémantique originel, un usage abstrait par la transformation en profondeur du son, et un usage intermédiaire, qui engage le public dans des ambiguïtés perceptives. Qu’il s’agisse d’une utilisation littérale, au contraire abstraite, ou encore de traitements acoustiques jouant avec la perte de sens, l’archive sonore constitue toujours dans mon travail le premier matériau de l’œuvre.

27Dès lors que l’archive est située spatialement, donc associée perceptivement à un lieu ou à un territoire, je peux la recomposer, la réinterpréter dans ma propre création afin de permettre un raccourci référentiel immédiat pour le public. Il en va de même pour une archive sonore à caractère politique ou dont le contexte historique est perceptible de façon évidente et immédiate lors de l’écoute.

28Tous ces éléments fortement connotés, liés à l’archive et son contenu, mais également au vécu de chacune et chacun d’entre nous, constituent autant de clés à la compréhension d’une œuvre nouvelle et de sa narration.

Haut de page

Bibliographie

Association Presque Rien. Prix Presque Rien. CD-Audio. 3 vol. Metamkine, 2017.

Bakermat. One Day. Vandaag. Délicieuse, 2012.

Common Feat. will.i.am. I have a Dream. Dream. Hollywood, 2006.

Fassett, Jim. Symphony of the Birds. Vinyle. EM Records, 1960.

Foucault, Michel. « Des espaces autres ». In Architecture, Mouvement, Continuité, Conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967, n° 5 (1984) : 46-49.

Gaver, William W. « What in the world do we hear? An ecological approach to auditory event perception ». Ecological psychology 5, n° 1 (1993) : 1-29.

Giacometti, Alberto. Paris sans fin. Buchet-Chastel, 1969.

Jackson, Mickael. HIStory. HIStory-Back, Present and Future, Book I. EPIC, 1995.

Le Corbusier. Le poème électronique. Éditions de Minuit, 1958.

Morange, Séverine, Jean-Marc Fontaine, Corsin Vogel, Danièle Dubois, et Jacques Poitevineau. « Appartenances catégorielles d’un objet complexe, la voix  : approches linguistiques et psycho-cognitives ». In 3e journée annuelle du Sensolier. Catégorisation et catégories  : des théories cognitives aux pratiques en évaluation sensorielle. Paris, 2005, 14-17.

Proust, Marcel. « Poème XXII  : présence réelle ». In Les plaisirs et les jours, vol. 9, Œuvres complètes de Marcel Proust. NRF, 1896.

Rosch, Eleanor. « Principles of Categorization ». In Cognition and Categorization (2748), dir. E. Rosch & B. B. Lloyd. Lawrence Erlbaum Associates, 1978.

Schaeffer, Pierre. Traité des objets musicaux. Seuil, 1966.

Stillwell, Jerry et Norma Stillwell. Bird Songs of Dooryard, Field and Forest. Vinyle. vol. 1, 2 & 3. Old Greenwich Conn.: Ficker Recording Service, 1956.

Stutzer, Beat. Alberto Giacometti. A casa. Museo Ciäsa Granda, 2016.

Vogel, Corsin. « Étude sémiotique et acoustique de l’identification des signaux sonores d’avertissement en contexte urbain ». Thèse de doctorat, Sorbonne Université, 1999.

Vogel, Corsin. « Un art sonore situé  : le sens et l’espace ». Etnografica 17, n° 3 (30 octobre 2013) : 605617. https://doi.org/10.4000/etnografica.3260.

Vogel, Corsin et Danièle Dubois. « L’immersion sonore  : réalités physique et virtuelle, réalités psychologiques et culturelles ». In La perception du son spatialisé  : un son propre pour un sens figuré, Cahier Louis-Lumière, n° 15 (2022) : 31-47.

Créations sonores personnelles citées

Vogel, Corsin. C’est pour toi que sonne la glace, 4 canaux, 6 min 40 s, 2023.

Vogel, Corsin. Immer weiter in die Ferne sehen, 2 canaux, 2 min 40 s, 2023.

Vogel, Corsin. Sequenza jurassienne (Sequenza III), 6 canaux, 14 min 48 s, 2018.

Vogel, Corsin. Sut vusch, 4 canaux, 6 min 34 s, 2017.

Vogel, Corsin. Bärgstall am Gadäwäg (Sequenza II), 6 canaux, 11 min 11 s, 2017.

Vogel, Corsin. Sotto l’Atelier, 5.1 canaux, 13 min 53 s, 2016.

Vogel, Corsin. Tra Stampa et Paris, 2 canaux, 28 min, 2016.

Vogel, Corsin. Musique pour plante verte, 2 canaux, 11 min 30 s, 2016.

Vogel, Corsin. Varèse Expanded, 1 canal, 8 min 05 s, 2012.

Vogel, Corsin. Lire Freud… Écouter Freud, 1 canal, 7 min 40 s, 2011.

Vogel, Corsin. Schamser Klangskulptur (Sequenza I), 6 canaux, 26 min 42 s, 2010.

Vogel, Corsin. Rencontre du troisième clic #Évolution, 2 canaux, 4 min 40 s, 2009.

Vogel, Corsin. Borgonovo via Paris, 2 canaux, 22 min 30 s, 2007.

Haut de page

Notes

1 Pierre Schaeffer, Archives sonores : le temps retrouvé (Radiodiffusion Télévision Française/INA, 1952). https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/audio/phz03001361/archives-sonores-le-temps-retrouve

2 Voir par exemple : Jonathan Sterne, Une histoire de la modernité sonore (La Découverte, coll. « Culture sonore », 2015), 450 p., trad. Maxime Boidy.

3 Beat Stutzer, Alberto Giacometti. A casa (Museo Ciäsa Granda, 2016), 72-74, au sujet de mes installations Tra Stampa et Paris et Sotto l’Atelier.

4 Séverine Morange et al., « Appartenances catégorielles d’un objet complexe, la voix  : approches linguistiques et psycho-cognitives », in 3e journée annuelle du Sensolier. Catégorisation et catégories  : des théories cognitives aux pratiques en évaluation sensorielle (Paris, 2005), 14-17.

5 Corsin Vogel et Danièle Dubois, « L’immersion sonore  : réalités physique et virtuelle, réalités psychologiques et culturelles », in La perception du son spatialisé  : un son propre pour un sens figuré, Cahier Louis-Lumière 15, (2022) : 31-47.

6 Mickael Jackson, HIStory, HIStory-Back, Present and Future, Book I (EPIC, 1995).

7 Common Feat. will.i.am, I have a Dream, Dream (Hollywood, 2006).

8 Bakermat, One Day, Vandaag (Délicieuse, 2012).

9 http://www.corsinvogel.com/installations/sotto-latelier/

10 http://www.corsinvogel.com/installations/lire-freud-ecouter-freud/

11 Notamment : Jean-Marie Drot, Un homme parmi les hommes : Alberto Giacometti. Les heures chaudes de Montparnasse, Émission n° 9, documentaire, 54 min (Radiodiffusion Télévision Française/INA, 1963) ; Sergio Genni, Alberto Giacometti, scultore mancato, Meridiana, documentaire, 10 min (Radio Svizzera Italiana, 1963).

12 Jim Fassett, Symphony of the Birds, Vinyle (EM Records, 1960).

13 Jerry Stillwell et Norma Stillwell, Bird Songs of Dooryard, Field and Forest, Vinyle, vol. 1, 2 & 3 (Old Greenwich Conn.: Ficker Recording Service, 1956).

14 http://www.corsinvogel.com/compositions/

15 Alberto Giacometti, Paris sans fin (Buchet-Chastel, 1969).

16 Corsin Vogel, « Étude sémiotique et acoustique de l’identification des signaux sonores d’avertissement en contexte urbain » (Thèse de doctorat, Paris : Sorbonne Université, 1999).

17 http://www.corsinvogel.com/installations/voir-au-loin-toujours-plus-loin/

18 Marcel Proust, « Poème XXII  : présence réelle », in Les plaisirs et les jours, vol. 9, Œuvres complètes de Marcel Proust (NRF, 1896), 188-189.

19 http://www.corsinvogel.com/installations/sotto-latelier/

20 Stutzer, Alberto Giacometti. A casa.

21 http://www.corsinvogel.com/compositions/

22 Fassett, Symphony of the Birds.

23 Stillwell et Stillwell, Bird Songs of Dooryard, Field and Forest.

24 http://www.corsinvogel.com/complicites/musique-pour-plante-verte/

25 Corsin Vogel, « Un art sonore situé  : le sens et l’espace », Etnografica 17, n° 3 (30 octobre 2013) : 605‑617, https://doi.org/10.4000/etnografica.3260

26 William W. Gaver, « What in the world do we hear? An ecological approach to auditory event perception », Ecological psychology 5, n° 1 (1993), 1-29.

27 Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux (Seuil, 1966).

28 http://www.corsinvogel.com/compositions/

29 Le Corbusier, Le poème électronique (Éditions de Minuit, 1958), 24.

30 http://www.corsinvogel.com/installations/pavillon-varese/

31 Vogel et Dubois, « L’immersion sonore  : réalités physique et virtuelle, réalités psychologiques et culturelles ».

32 http://www.corsinvogel.com/installations/schamser-klangskulptur/

33 http://www.corsinvogel.com/installations/bargstall-gadawag/

34 http://www.corsinvogel.com/installations/sequenzajurassienne/

35 Michel Foucault, « Des espaces autres », in Architecture, Mouvement, Continuité, Conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967, n° 5 (1984), 46-49.

36 http://www.corsinvogel.com/installations/sut-vusch/

37 Le rhéto-romanche, ou romanche, est la quatrième langue officielle de la Suisse, parlée dans le canton des Grisons.

38 Notamment : Dolf, Tumasch, La chanzun populara rumantscha, Radioscola 1961-1965, 13 mars 1962, RTR Radiotelevisiun Svizra Rumantscha : Archive 2056, 24 min.

39 « La chanson de la cigale et la fourmi » de Tumasch Dolf.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure . Installation sonore Immer weiter in die Ferne sehen / Voir au loin, toujours plus loin, vue générale. Alpe Grüm, Suisse, 2023
Crédits Photo Corsin Vogel
URL http://journals.openedition.org/filigrane/docannexe/image/2050/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 293k
Titre Figure . Installation sonore Immer weiter in die Ferne sehen / Voir au loin, toujours plus loin, vue depuis la diffusion stéréophonique. Alpe Grüm, Suisse, 2023
Crédits Photo Corsin Vogel
URL http://journals.openedition.org/filigrane/docannexe/image/2050/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 271k
Titre Figure . Installation Sotto l’Atelier, diffusion en format audio 5.1, avec sur l’image un sonagramme de la voix d’Alberto Giacometti représentant visuellement l’archive utilisée pour la composition. Atelier Giacometti, Stampa, 2016
Crédits Photo Corsin Vogel
URL http://journals.openedition.org/filigrane/docannexe/image/2050/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 290k
Titre Figure . Sculpture sonore Pavillon Varèse diffusant la pièce Varèse Expanded, festival Back to the Trees, Saint-Vit, 2018
Crédits Photo Corsin Vogel
URL http://journals.openedition.org/filigrane/docannexe/image/2050/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 516k
Titre Figure . Installation sonore Sequenza III jurassienne, diffusée en hexaphonie. Maison du Parc Naturel Régional du Haut-Jura, Lajoux, 2018
Crédits Photo Corsin Vogel
URL http://journals.openedition.org/filigrane/docannexe/image/2050/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 321k
Titre Figure . Installation sonore Sut vusch / À voix basse, en quadriphonie, avec à gauche, l’entrée et le point d’écoute principal, et à droite, une diffusion omnidirectionnelle, à travers les poutres horizontales. Maison de Tumasch Dolf, Mathon, Suisse, 2017
Crédits Photo Corsin Vogel
URL http://journals.openedition.org/filigrane/docannexe/image/2050/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 418k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Corsin Vogel, « L’archive sonore, moteur pour une création située »Filigrane [En ligne], 29 | 2024, mis en ligne le 29 novembre 2024, consulté le 09 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/filigrane/2050 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12six

Haut de page

Auteur

Corsin Vogel

Corsin Vogel est artiste, professeur associé à l’ENS Louis-Lumière et au CNSMD de Paris, et chercheur associé au laboratoire PRISM, Aix-Marseille Université – CNRS. Titulaire d’un Master 2 en acoustique et vibrations (Aix-Marseille Université) et d’un doctorat en acoustique musicale (Sorbonne Université), il s’est formé et a développé ses recherches dans un contexte pluridisciplinaire associant les sciences physiques et cognitives. Sa pratique artistique, nourrie du patrimoine culturel et des territoires, se déploie sous différentes formes : installations, compositions électroacoustiques et mixtes, mais également commissariat d’expositions et scénographie. Il poursuit ses recherches en perception auditive autour du son immersif.

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search