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Flaubert, Baudelaire et quelques figures romantiques

La Tentation de saint Antoine et la pensée romantique

Creuzer, Hegel et les dieux de l’Inde
Taro Nakajima

Résumés

Flaubert rêve d’une grande synthèse dans sa jeunesse. À travers les notes de lecture sur Hegel et Creuzer, nous examinons l’aspect romantique de La Tentation de saint Antoine, l’œuvre qui rapproche deux tendances de l’écrivain, le fantastique et la métaphysique. À propos de l’art indien, Flaubert prend ses distances avec Hegel, qui critique l’ambiguïté du symbole, et se rallie plutôt à Creuzer, qui en souligne la richesse figurative. La méthode synthétique de Creuzer, malgré son défaut scientifique, a pu nourrir la métamorphose incessante du divin dans La Tentation aussi bien que les interrogations de son protagoniste sur le sens des formes symboliques des dieux.

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Texte intégral

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Crédits : Domaine public (Wikimedia Commons)
  • 1 Jean Bruneau, Les Debuts litteraires de Gustave Flaubert 1831-1845, Paris, Armand Colin, 1962, p. 1 (...)
  • 2 Voir la lettre à Maxime Du Camp, 7 avril 1848 ; Gustave Flaubert, Correspondance, édition de Jean B (...)

1Nous nous proposons dexaminer l’aspect romantique de La Tentation de saint Antoine autour du thème des dieux. Flaubert n’a pas écrit ce texte sous le Second Empire, mais son écriture traverse la période impériale. Il a écrit son premier texte en 1849, il l’a remanié en 1856, et l’a repris en 1869 pour en faire une œuvre complètement nouvelle. La dernière version est publiée en 1874. L’épisode des dieux n’est pas identique de la première à la dernière version (leur défilé n’est plus conduit par la Mort mais il est exposé par Hilarion comme histoire des religions). L’œuvre est intimement liée aux souvenirs d’un ami de jeunesse, Alfred Le Poittevin. Ce guide spirituel, tout comme le diable éducateur de saint Antoine, lui fait découvrir Spinoza, Goethe, mais aussi l’Orient. Jean Bruneau écrit à propos d’un poème inédit d’Alfred Le Poittevin, intitulé « L’Orient » : « ce n’est pas l’Orient sensuel et pittoresque – celui des Orientales – mais l’Orient éternel, source de toute religion et de toute connaissance humaine1. » Lors de la veillée funèbre de son ami mort prématurément, Flaubert lit les Religions de l’Antiquité de Friedrich Creuzer2 en signe d’amitié et de reconnaissance. Cet ouvrage de Creuzer, auquel l’a initié Le Poittevin, est la source majeure de La Tentation de saint Antoine, dont la dernière version est dédiée à celui-ci.

Creuzer et la pensée romantique

2Creuzer est l’un des grands mythologues de la pensée romantique allemande. Il cherche à découvrir une origine commune derrière la vaste diversité des mythes et des religions antiques. Selon Marc-Mathieu Münch, Creuzer a mis dans son livre

  • 3 Marc-Mathieu Münch, « Présentation de Creuzer », Revue Flaubert 2, Mythes et religions, Paris, Mina (...)

non seulement la ferveur religieuse et la pensée intuitive qui l’animaient, mais encore son goût de l’histoire, son intelligence des analogies, son amour de l’Orient et son sens des symboles. La mythologie de Creuzer est, en effet, un immense tableau comparé des mythes qui se fonde sur la ressemblance des symboles pour démontrer l’origine orientale commune et partant l’unité des religions de l’Antiquité3.

  • 4 Marc-Mathieu Münch, La « Symbolique » de Friedrich Creuzer, Paris, Ophyrs, 1976, p. 27.

3Sa méthode est donc « analogique, synthétique et intuitive4 » et ce manque d’historicité est souvent critiqué comme un défaut scientifique.

  • 5 Ibid., p. 138.
  • 6 Ibid.

4Or, si le jeune Flaubert se passionne pour Creuzer, c’est qu’il y trouve un système unitaire qui lui permet de saisir le monde comme une totalité. La mythologie de Creuzer peut être considérée comme la science romantique qui cherche une immense synthèse pour répondre à « l’interrogation complète, scientifique, métaphysique et religieuse de l’homme5 », en réaction contre la science rationaliste du siècle des Lumières : « Avec l’impatience de la jeunesse qui veut tout avoir et tout de suite, les romantiques ont tenté d’immenses synthèses, recherchant partout la vérité6 ». Chez Creuzer, l’étude des formes religieuses est donc motivée par la quête d’une vérité, d’un sens absolu. Dans La Tentation de saint Antoine (1849), l’allégorie de la Science représente ce besoin d’une grande synthèse. Elle s’adresse à l’allégorie de la Foi à laquelle elle reproche de se fonder sur une vision partiale des choses :

  • 7 Gustave Flaubert, La Tentation de saint Antoine (1849), édition de Gisèle Séginger, Œuvres complète (...)

« Moi, je suis le grand amour inquiet qui s’avance pas à pas dans ce chemin de l’esprit que tu te plais à bouleverser. […] Mais un temps viendra où les choses seront lavées des malédictions dont tu les couvres, ce qui est obscur resplendira, ce qui est informe se complétera, ce qui semble monstrueux apparaîtra superbe […]7. »

5Le dialogue montre son ambition de remplacer et de détrôner la foi ancienne par une connaissance totalisante. L’idée selon laquelle toute chose est perfectible et peut s’embellir est proche de celle de Renan. Dans L’Avenir de la science, texte écrit en 1848, celui-ci rêve d’une science

  • 8 Ernest Renan, L’Avenir de la science, édition d’Annie Petit, Paris, Flammarion, « GF », 1995, p. 32 (...)

qui ne serait plus sèche, aride, exclusive, mais qui, en devenant complète, deviendrait religieuse et poétique […] Le mot nous manque pour exprimer cet état intellectuel, où tous les éléments de la nature humaine se réuniraient dans une harmonie supérieure, […] Je l’appelle volontiers synthèse8.

  • 9 « Trop peu naturaliste pour suivre les voies de la vie dans le labyrinthe que nous voyons sans le v (...)

6Dans la préface écrite quarante ans plus tard, Renan se souviendra de ce texte en regrettant d’avoir été trop évolutionniste comme Hegel sans être suffisamment naturaliste9.

Le fantastique et la métaphysique

  • 10 Gisèle Séginger, « Notes de Flaubert sur l’Esthétique de Hegel », Gustave Flaubert 5, Dix ans de cr (...)
  • 11 Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale (1845), édition de Claudine Gothot-Mersch, Œuvres complè (...)

7Flaubert a lu aussi Hegel, probablement en 1844. La critique a montré, à partir du dossier de notes prises sur l’Esthétique, que les notions flaubertiennes d’art pur et d’impersonnalité ont pu s’élaborer dans un dialogue avec Hegel10. Dans la première Éducation sentimentale, le mot « synthèse » est utilisé pour le personnage de Jules, le poète qui devient artiste en s’interrogeant sur la place du fantastique et du monstre dans l’art. Jules rêve, dans un état lyrique, d’« une synthèse immense dont il respectait chaque partie par amour de l’ensemble, sans vouloir ôter une seule larme des yeux humains ni une seule feuille aux forêts11 ». Par cet amour de l’ensemble qui ne néglige aucun élément de l’esprit humain, l’artiste doit accepter le fantastique qui se transforme à chaque époque mais sans jamais disparaître dans l’histoire de l’art.

8À cet égard, rappelons ce que Flaubert dit dans la Correspondance :

  • 12 Lettre à Louise Colet, 6 avril 1853 ; Correspondance, op. cit., t. II, 1980, p. 297.

Ce qui m’est naturel à moi, c’est le non-naturel pour les autres, l’extraordinaire, le fantastique, la hurlade métaphysique, mythologique. Saint Antoine ne m’a pas demandé le quart de la tension d’esprit que la Bovary me cause. C’était un déversoir […]12.

  • 13 Lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852 ; ibid., p. 31.

9On y trouve les deux aspects essentiels de La Tentation : le fantastique et la métaphysique. Le hurlement, le cri violent, la gueulade — « lyrisme, mouvements, désordonnements13 » qui constituent le caractère naturel de Flaubert — ont rapport avec tout ce côté métaphysique et transcendant de La Tentation, dont témoignent les images de l’ascension dans la Correspondance (« vols d’aigle », « sommets de l’idée »), reprises dans le voyage céleste avec le Diable. La mythologie romantique de Creuzer a dû satisfaire ces tendances naturelles de Flaubert, d’où l’écriture pulsionnelle de La Tentation à la différence de l’écriture ascétique de Bovary, qui force l’écrivain à la tension et au silence.

  • 14 Gustave Flaubert, La Tentation de saint Antoine (1874), édition d’Anne Herschberg Pierrot et Jacque (...)

10Dans le fantastique et la métaphysique, il est question des rapports entre la forme et l’idée, le fini et l’infini, la matière et l’esprit. Pendant le défilé des dieux de La Tentation, Antoine est effrayé ou scandalisé par les formes bizarres des dieux de l’Orient. Mais en même temps, il s’interroge sur le sens de leurs formes mystérieuses, tout comme le personnage de Jules. Le monologue d’Antoine, ajouté à la version définitive de 1874, raconte son souvenir des monstres vus dans la ville antique d’Égypte : « Quand j’habitais le temple d’Héliopolis, j’ai souvent considéré tout ce qu’il y a sur les murailles […] leurs formes surnaturelles m’entraînaient vers d’autres mondes. J’aurais voulu savoir ce que regardent ces yeux tranquilles14. » Cet épisode qui ne se trouve pas dans la version de 1849 est probablement une des réminiscences du voyage en Égypte pendant lequel Flaubert s’interroge lui-même sur le sens des figures étranges peintes sur les murailles des temples antiques. Or, la question du symbolisme oriental, dont le sens échappe à celui qui le regarde, s’inscrit dans la première Éducation sentimentale. En essayant de comprendre le rôle du surnaturel dans l’art, Jules se dit :

  • 15 L’Éducation sentimentale (1845), op. cit., p. 1038.

C’était sans doute pour exprimer quelque chose que se taillaient dans le granit ces sphinx monstrueux qui restent couchés sur le sable des déserts. Vers quel horizon regardent, du fond de leurs pagodes, les yeux béants des idoles ? Que signifie leur sourire d’ivresse ? Et pour quoi prendre sont ces bras nombreux qui leur pendent le long du corps ? On les contemplera longtemps et pas un homme ne saura ce qu’elles veulent dire15.

  • 16 Philippe Dufour, « La symbolique fantastique », Romantisme, no 168, 2015, p. 91.

11Il s’agit, comme la critique l’a montré16, d’une trace de la lecture de l’Esthétique de Hegel. On s’aperçoit, en lisant le dossier de notes établi par Gisèle Séginger, que le chapitre de l’art symbolique a beaucoup à voir avec les figures monstrueuses de La Tentation. Pour Hegel, l’art indien appartient à la forme symbolique qui constitue avec l’art classique et l’art romantique les trois étapes de l’histoire de l’art. Alors que l’art classique grec se caractérise par l’adéquation parfaite de l’idée et de la forme, l’art symbolique indien est incapable d’y parvenir, à cause de la dimension démesurée du symbole. Flaubert écrit dans le dossier de notes :

  • 17 fo 23 ro (G. Séginger, « Notes de Flaubert sur l’Esthétique de Hegel », op. cit., p. 287). Nous avo (...)

Imaginations monstrueuses des anciens Indous. – ivresse et vertige de l’esprit humain – l’imagination étend indéfiniment les dimensions de la forme, s’égare dans des créatures gigantesques, caractérisées par l’absence de toute mesure [...] Traits saillants de cet état de délire, c’est un idéalisme insaisissable et un naturalisme effréné17.

  • 18 fo 23 vo (ibid., p. 288).

12L’imagination indienne, malgré ses efforts pour atteindre l’infini au-delà du monde sensible, est incapable de résoudre la contradiction entre les deux éléments (idée et forme), parce qu’elle croit, comme Flaubert l’a noté, « par cette absence de mesure et de limite avoir détruit et fait disparaître la différence et la contradiction entre l’absolu et sa manifestation extérieure18 ». D’où l’attitude assez critique de Hegel par rapport aux représentations extravagantes des Indiens.

Les dieux monstrueux de l’Inde : Flaubert contre Hegel

  • 19 Ibid. C’est Flaubert qui souligne.
  • 20 fo 25 ro (ibid., p. 289).
  • 21 Ibid.
  • 22 Sur ce point, voir René Gérard, L’Orient et la pensée romantique allemande, Paris, Marcel Didier, 1 (...)
  • 23 La Tentation de saint Antoine (1874), op. cit., p.114.

13Malgré la prise de notes systématique et assez fidèle, il y a des moments où Flaubert n’hésite pas à réagir contre Hegel qui manifeste son mépris pour les dieux indiens : « Idée de la génération naturelle mise à la place d’une création spirituelle. L’obscénité est poussée à son dernier degré dit Hegel19 » ; « [...] l’idée dominante est toujours celle de la force génératrice : “aucune ne se laisse aller avec une telle licence et une pareille absence de mesure à des représentations aussi grossières”20 ». Et Flaubert de se révolter contre le philosophe en ajoutant un commentaire : « il n’y a de grossier là-dedans que l’esprit de l’homme qui écrit de pareilles phrases et qui découvre des saletés [...] là où il y a une croyance21. » À la différence de Hegel, Flaubert qui prend la défense du fantastique dans l’art, apprécie profondément le symbolisme et le panthéisme indiens. On peut dire qu’il partage « l’indomanie » des romantiques allemands22 (tels que Herder et Schelling), la passion pour l’Inde et pour l’art indien. Il est d’ailleurs significatif que la traduction de Creuzer par Guigniaut, lue par Flaubert, commence par la religion de l’Inde, de la Perse et de l’Égypte tandis que dans le texte original, c’est d’abord l’Égypte, puis l’Inde et la Perse. En tout cas, à travers la réaction de Flaubert contre Hegel, on voit déjà quelques motifs importants de La Tentation de saint Antoine : la force génératrice commune à toutes les cosmogonies, la représentation symbolique des dieux, le goût de la démesure, le respect du sentiment religieux qui prend des formes grotesques. Lorsqu’il réagit avec son commentaire : « [...] là où il y a une croyance », on entend déjà la voix du diable Hilarion qui reproche à Antoine de mépriser les dieux païens : « Rappelle-toi dans l’Écriture toutes les choses qui te scandalisent, parce que tu ne sais pas les comprendre. De même, ces Dieux, sous leurs formes criminelles, peuvent contenir la vérité23. »

  • 24 Lettre à Mlle Leroyer de Chantepie, 30 mars 1857 ; Correspondance, op. cit., t. II, p. 698.

14Le mépris de l’Orient va de pair avec l’éloge de la Grèce. Ce schéma hégélien se retrouve chez Benjamin Constant. La pensée de Constant qui consiste à séparer le sentiment religieux de sa forme extérieure semble avoir bien des points communs avec Flaubert (« Chaque dogme en particulier m’est répulsif, mais je considère le sentiment qui les a inventés comme le plus naturel et le plus poétique de l’humanité24. »). Mais il y a une divergence importante, c’est que l’histoire des religions selon Constant est essentiellement progressiste et qu’il reproche au polythéisme oriental d’avoir retardé la marche de l’esprit humain :

  • 25 Benjamin Constant, De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements, text (...)

Tout progrès est interdit à l’intelligence, tout avancement est un crime, toute innovation un sacrilège. La religion ne dépose point les hideux vestiges du fétichisme, la figure des dieux reste informe, leur caractère vicieux. La morale est faussée, la liberté proscrite, le crime ordonné25

  • 26 Ibid., p. 568.

15C’est ainsi qu’il oppose « l’immobilité sacerdotale » de l’Orient à « la Grèce libre et progressiste26 ».

  • 27 Sur les deux aspects du romantisme que représentent Constant et Creuzer, voir Kurt Kloocke, « Benja (...)
  • 28 Voir Frédéric Creuzer, Religions de l’Antiquité, considérées principalement dans leurs formes symbo (...)
  • 29 Philippe Dufour, « Le symbole, le mythe, l’allégorie : Creuzer, Hegel et Renan », Flaubert. Genèse (...)

16À la vision rationaliste et progressiste (Hegel, Constant), Flaubert aurait préféré la méthode non-progressiste et antirationaliste de Creuzer27 qui cherche une religion primitive « pure » dans un retour vers les origines. Selon lui, la Grèce est une régression, une perte, parce que Homère a malheureusement transformé en beaux mythes les anciens symboles qui renfermaient un sens religieux profond. Entre le symbole et le mythe qu’il compare respectivement à la chrysalide et au papillon28, Creuzer accorde plus d’importance à la chrysalide. Philippe Dufour a déjà montré les divergences et la parenté d’idées entre Creuzer et Hegel29. Alors que pour Hegel, le symbole, essentiellement « irréfléchi » (donc inconscient), doit être dépassé par le rationnel, Creuzer y cherche un sens philosophique par une lecture allégorique. Pour celui-ci, le génie oriental précède le génie grec, et cela explique pourquoi il ne montre aucun mépris pour les dieux monstrueux de l’Orient.

La laideur des dieux ou l’ambiguïté du symbole

  • 30  « [...] dans la Trimourti, le troisième dieu n’est pas un tout concret, c’est seulement une face, (...)

17Hegel affirme à propos de la trinité indienne, Trimourti, qu’elle manifeste une forme d’insuffisance philosophique30, tandis que Creuzer en vante le système d’émanation, comme Flaubert le note dans ses manuscrits préparatoires à La Tentation de saint Antoine :

  • 31 NAF 23671, fo 179 (« Inde »).

Brahma a pour symbole la terre / Siva a pour symbole le feu / Vichnou a pour symbole l’eau [...] Antérieur à eux, Brahm, l’être existant par lui-même, la Substance. (v. Creuz. 1er. 152) Dieu coexiste avec la nature. Il en est la vie partout répandue. Il s’appelle la grande âme, Maha Atma, la nature est son corps31.

  • 32 Creuzer, op. cit., t. I, p. 150-151.
  • 33 La Tentation de saint Antoine (1874), op. cit., p. 143.
  • 34 Sur les sources de cet épisode, voir Haruyuki Kanasaki, « Les dieux de l’Inde dans La Tentation de (...)
  • 35 À Antoine qui s’étonne de voir les avatars de Vichnou où du nombril de celui-ci s’élève un lotus qu (...)
  • 36 NAF 23671, fo 179.
  • 37 Frédéric Ozanam, Essai sur le bouddhisme (1842), dans Mélanges, religion, philosophie, politique, j (...)
  • 38 NAF 23671, fo 101 vo (Scénarios de La Tentation de saint Antoine. Le Temps de l’œuvre, présentation (...)

18À propos de ce Dieu suprême, Brahm, Creuzer écrit : « Cet être éternel, incorporel, invisible, présent partout, substance universelle, [...] il ne saurait avoir aucune figure, quoiqu’à l’extérieur il se manifeste sous des figures innombrables ; il est l’unité et le tout à la fois, plus petit qu’un atome, plus grand que le monde, ineffable et inexprimable par son essence32. » On pense au monologue d’Antoine de 1874 : « Mais la Substance étant unique, pourquoi les Formes sont-elles variées ?33 » La substance peut être spinoziste et brahmanique à la fois. La Trimourti, constituée par les trois dieux, « émanations premières de la suprême unité » selon Creuzer, et évoquée assez vaguement dans la première version34, finit par être raccourcie mais plus accentuée dans la version finale, qui la rapproche explicitement de la trinité chrétienne35. Mais dans la religion indienne, Flaubert a également apprécié l’importance accordée aux images de la génération, présentes par exemple dans le culte phallique du Lingam : « le Lingam ou yoni-Lingam. De cette union Brahma, premier-né du monde36 ». Frédéric Ozanam, en traitant du caractère démoniaque du Bouddha, se scandalise de cet « odieux emblème (Lingam) inscrit au frontispice de ses pagodes et suspendu sur la poitrine de ses adorateurs37. » Dans La Tentation, Antoine lui aussi se moque des fétiches et des idoles étranges dans l’épisode des dieux, ainsi que Flaubert le note dans un scénario : « au commencement du défilé des Dieux, il y en a de si grotesques ou de si sots qu’Antoine rit – le Diable : tu ris imbécile » ; « il rit à un moment comique – tu ris imbécile & la procession continue38 ». Ce dialogue, finalement abandonné, est repris pour la conversation avec Hilarion dans la dernière version. Au début du chapitre du défilé des dieux, Antoine s’interroge sur la contradiction entre l’esprit et la matière, sur la disproportion entre la divinité et sa forme :

Pour que de la matière ait tant de pouvoir, il faut qu’elle contienne un esprit. L’âme des Dieux est attachée à ses images...

Ceux qui ont la beauté des apparences peuvent séduire. Mais les autres... qui sont abjects ou terribles, comment y croire ?...

Et la didascalie précise :

  • 39 La Tentation de saint Antoine (1874), op. cit., p. 93-94.

Et il voit passer à ras du sol des feuilles, des pierres, des coquilles, des branches d’arbres, de vagues représentations d’animaux, puis des espèces de nains hydropiques ; ce sont des Dieux. Il éclate de rire39.

  • 40 Creuzer, op. cit., t. 1, 1re partie, p. 23. Sur l’écho des théories de Creuzer qui s’entend dans la (...)
  • 41 Creuzer, ibid., t. 1, 1re partie, p. 23-24.

19L’épisode du défilé des Dieux est donc étroitement lié avec les interrogations sur l’ambiguïté du symbole, sur laquelle l’opinion de Creuzer est plus positive que celle de Hegel : « [Le] trait [du symbole] le plus distinctif est ce vague même, cette sorte d’indécision entre la forme et l’Être40. » Le pouvoir du symbole, dont le sens profond nous excite et nous échappe toujours, consiste dans ce vague, dans « l’opposition même et, si on peut le dire, l’immense disproportion de l’Être et de la forme, de l’idée et de son expression41. »

20Contrairement à Creuzer, Antoine pense que la puissance de l’esprit ne s’exprime qu’à proportion de la beauté de sa forme. Il méprise la laideur des formes matérielles dont il ne comprend pas le sens. Flaubert écrit dans un scénario :

  • 42 NAF 23671, fo 95.

les Dieux des Indiens, monstrueux, difformes, – Decreto, Oannès, Apis mugissant, & boitant. Diane d’EphèseCybère. Antoine s’en moque. Comment a-t-on pu adorer tout cela ! quelle bêtise ! [...] Antoine s’amuse beaucoup Il méprise profondément ces dieux-là et se réjouit de ce qu’ils soient morts42

  • 43 Ibid.

21Il reste étonné, stupéfait devant l’art indien (« il rit à l’idole / est étonné devant les Vedas / étourdi devant les Indiens43 »).

22À propos de l’esprit « rêveur » des Indiens qui ne parvient pas à la désymbolisation, Hegel écrit :

  • 44 Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, trad. par J. Gibelin, Paris, J. Vrin, 1963, p. 110.

La matière et le contenu sensibles sont simplement recueillis et transportés à l’état brut dans l’universel et l’illimité, sans être libérés sous une forme belle par la libre puissance de l’esprit et idéalisés spirituellement, en sorte que le sensible ne soit que subordonné, et expression étroitement adaptée à l’esprit ; au contraire ce facteur est immédiatement et démesurément élargi, rendant ainsi le divin, bizarre, confus et inepte44.

23Quant à Flaubert, ainsi que le montre le désir final d’Antoine de pénétrer la matière et de parcourir toutes les formes, il préfère demeurer dans le monde sensible, dans les représentations bizarres. Il n’en est pas moins vrai que le côté métaphysique de La Tentation se nourrit de l’idéalisme hégélien, bien que l’écrivain ne partage pas le dédain de la forme. Dans une page de l’Esthétique certainement lue par Flaubert, on trouve même un passage qui évoque curieusement La Tentation de saint Antoine :

  • 45 Hegel, Cours d’esthétique, op. cit., t. II, p. 58-59 (pas de notes dans le dossier).

[...] l’imagination indienne se précipite immédiatement de cet idéalisme poussé à l’extrême, dans le naturalisme le plus effréné. Nous étions transportés au de-là[sic] du visible et du fini dans l’absolu ; nous nous trouvons tout-à-coup jetés de nouveau dans le monde des sens et dans ce qu’il y a de plus fini ; nous vivons au milieu de représentations extraordinaires, enfantées par l’imagination dans ce passage alternatif d’un extrême à l’autre. Il semble que nous assistions à une scène d’évocations magiques et de sorcellerie, où les images les plus bizarres et les plus monstrueuses se succèdent sans aucune fixité, passent d’une forme à une autre, et affectent les apparences les plus contraires ; s’enflent, s’étendent et prennent des proportions gigantesques et démesurées45

  • 46 Flaubert utilise le mot « brahmanique » pour Félicité dans un brouillon. À ce propos, Didier Philip (...)
  • 47 La Tentation de saint Antoine (1849), op. cit., p. 494.

24Ce passage alternatif du fini à l’infini, du sensible à l’idéal, semble préfigurer le monde hallucinatoire qui se déroule sous les yeux du saint ermite, y compris les réactions de celui-ci qui s’étonne, reste ébahi et stupéfait devant les images qui se succèdent (et on pense aussi à l’état rêveur de Félicité et au perroquet « gigantesque » qu’elle croit voir à la fin d’Un cœur simple46). On peut dire que Flaubert détourne l’idée hégélienne de l’obscurité du symbole pour mettre en scène la diversité et la plasticité des formes de croyance. Chez les Indiens, le divin ne s’exprime que de manière quantitative : c’est ce que Flaubert a compris en lisant Hegel et Creuzer, et cela nous amène à rapprocher l’épisode des Dieux et celui des Animaux dans la même image de prolifération. Lors de l’apparition des Animaux fantastiques (dans La Tentation de 1849), Antoine s’écrie : « Quelle quantité ! quelle variété ! quelles formes ! quelles créations !47 » De même, il voit défiler tous les Dieux comme « une marée montante » :

  • 48 Ibid., p. 557.

Ce sont encore des Dieux, si nombreux qu’on ne les peut compter ; ils vocifèrent tous à la fois, on n’entend pas leurs paroles, et l’on dirait qu’ils naissent et meurent dans le même moment tant paraît instantanée leur apparition et leur départ48

25Le crépuscule ou la mort des dieux est un thème littéraire du xixe siècle qui voit tomber toutes les croyances. Tout en utilisant la mythologie romantique de Creuzer, Flaubert la réécrit comme un cortège funèbre des dieux guidés par le Diable et par la Mort. Cet orientalisme pessimiste n’existe ni chez Creuzer ni chez Quinet (celui-ci pourtant met en scène dans l’Ahasvérus l’errance éternelle et la danse macabre). Plus tard, Renan, en reconnaissant sa dette à l’égard de Creuzer, critique la méthode de celui-ci qu’il considère comme « trop symbolique » :

  • 49 Renan, « Des religions de l’antiquité et de leurs derniers historiens » (1853), Études d’histoire r (...)

Toujours préoccupé de théologie et d’institutions sacerdotales, méconnaissant le côté naïf et vulgaire de l’antiquité, il cherche des idées abstraites et dogmatiques dans des créations légères où il n’y avait, bien souvent, que les joyeuses folies de l’enfance49.

  • 50 Sur ce point, voir Haruyuki Kanasaki, « La Tentation de saint Antoine et Creuzer », Lire Flaubert a (...)
  • 51 Michel Hulin, Hegel et l’Orient, Paris, J. Vrin, 1979, p. 105.

26Or, Flaubert, dans la lecture de Creuzer, ne se serait pas intéressé aux idées et aux dogmes, mais aux représentations, aux images, aux figures, comme en témoigne son usage fréquent des planches50. Ce qui l’intéresse dans le système d’émanation, ce n’est pas un dogme mais la métamorphose incessante du divin qui s’incarne en toutes sortes de formes et la force de la vie qui génère la multiplicité des dieux. Hegel, quant à lui, critique les trois incarnations de la Trimourti, parce que, comme l’écrit Michel Hulin, « ce sont là des puissances évanescentes, surgies de Brahm “comme les étincelles du feu”, posées un instant comme autonomes et résorbées aussitôt dans l’unité substantielle indifférenciée de Brahm51. » Ce va-et-vient fluctuant du naturalisme et de l’idéalisme irrite Hegel, mais fascine Flaubert.

Conclusion

  • 52 « Le savant allemand avait cherché à saisir la liaison des mythes et des symboles, mais il a néglig (...)
  • 53 L’Éducation sentimentale (1845), op. cit., p. 1035.

27L’ouvrage de Creuzer, bien qu’il soit plus tard critiqué par Renan et Maury en tant que méthode « immobile52 », a répondu au lyrisme du jeune Flaubert qui cherchait un système unitaire capable d’expliquer la place du fantastique dans l’art. Dans sa défense du monstre, Jules disait : « La laideur n’existe que dans l’esprit de l’homme53. » Dans le scénario déjà cité, le Diable dit à Antoine : « Tu ris, imbécile. » Hilarion rit lui aussi dans la dernière version à côté de l’ermite, mais son rire s’adresse à tous les dieux qui ne cessent de naître et de mourir à l’image d’une génération continuelle. Flaubert, qui écrit le duo de la Luxure et de la Mort avant le défilé des dieux dans la version de 1849, a été certainement intéressé par la force génératrice de la religion indienne expliquée par Creuzer :

  • 54 Creuzer, op. cit., t. 1, 1re partie, p. 154-155.

Mais tout commence et finit dans ce monde, tout naît et meurt, et la vie se renouvelle sans cesse au sein de la mort ; les phénomènes passent et se succèdent, la cause qui les produit demeure, et c’est par elle qu’ils sont reproduits : il y a, dans la nature, une continuelle génération et un continuel enfantement ; il y a une destruction et un renouvellement perpétuels ; il y a une force qui crée, une force qui dissout, une force qui conserve, répare et vivifie54

28C’est peut-être là une des clés pour penser l’épisode des Dieux mais aussi la structure d’ensemble de La Tentation, au sein de laquelle la profusion des formes est indissociable de multiples interrogations philosophiques.

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Notes

1 Jean Bruneau, Les Debuts litteraires de Gustave Flaubert 1831-1845, Paris, Armand Colin, 1962, p. 192.

2 Voir la lettre à Maxime Du Camp, 7 avril 1848 ; Gustave Flaubert, Correspondance, édition de Jean Bruneau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, 1973, p. 493-494.

3 Marc-Mathieu Münch, « Présentation de Creuzer », Revue Flaubert 2, Mythes et religions, Paris, Minard, « La Revue des lettres modernes », 1986, p. 61.

4 Marc-Mathieu Münch, La « Symbolique » de Friedrich Creuzer, Paris, Ophyrs, 1976, p. 27.

5 Ibid., p. 138.

6 Ibid.

7 Gustave Flaubert, La Tentation de saint Antoine (1849), édition de Gisèle Séginger, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, 2013, p. 445. Sur le désir métaphysique de ce personnage qui est à rapprocher de la science romantique, voir Norioki Sugaya, « Flaubert et la science romantique », Flaubert dans son siècle, dir. Philippe Dufour et Gisèle Séginger, Paris, Hermann, p. 187-199.

8 Ernest Renan, L’Avenir de la science, édition d’Annie Petit, Paris, Flammarion, « GF », 1995, p. 329.

9 « Trop peu naturaliste pour suivre les voies de la vie dans le labyrinthe que nous voyons sans le voir, j’étais évolutionniste décidé en tout ce qui concerne les produits de l’humanité, [...] Comme Hegel, j’avais le tort d’attribuer trop affirmativement à l’humanité un rôle central dans l’univers » (ibid., p. 70).

10 Gisèle Séginger, « Notes de Flaubert sur l’Esthétique de Hegel », Gustave Flaubert 5, Dix ans de critique, Paris-Caen, Minard, « La Revue des lettres modernes », 2005, p. 253. Sur Flaubert et Hegel, voir aussi du même auteur, « La philosophie de l’art : Flaubert et Hegel », Europe, 1073-1074, septembre-octobre, 2018, p. 72-85 ; Juliette Azoulai, L’Âme et le Corps chez Flaubert. Une ontologie simple, Paris, Classiques Garnier, 2014, p. 163-175.

11 Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale (1845), édition de Claudine Gothot-Mersch, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, 2001, p. 1040.

12 Lettre à Louise Colet, 6 avril 1853 ; Correspondance, op. cit., t. II, 1980, p. 297.

13 Lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852 ; ibid., p. 31.

14 Gustave Flaubert, La Tentation de saint Antoine (1874), édition d’Anne Herschberg Pierrot et Jacques Neefs, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. V, 2021, p. 93.

15 L’Éducation sentimentale (1845), op. cit., p. 1038.

16 Philippe Dufour, « La symbolique fantastique », Romantisme, no 168, 2015, p. 91.

17 fo 23 ro (G. Séginger, « Notes de Flaubert sur l’Esthétique de Hegel », op. cit., p. 287). Nous avons modifié quelques mots en consultant la transcription établie par Stéphanie Dord-Crouslé et mise en ligne en 2021 sur le site des dossiers de Bouvard et Pécuchet (http://www.dossiers-flaubert.fr/).

18 fo 23 vo (ibid., p. 288).

19 Ibid. C’est Flaubert qui souligne.

20 fo 25 ro (ibid., p. 289).

21 Ibid.

22 Sur ce point, voir René Gérard, L’Orient et la pensée romantique allemande, Paris, Marcel Didier, 1963. Sur le « mépris » de l’Inde chez Hegel (qu’il faut nuancer du point de vue de sa polémique avec les romantiques), voir Roger-Pol Droit, Le Culte du néant : les philosophes et le Bouddha, Paris, Seuil, 1997 ; Helmuth von Glasenapp, Das Indienbild Deutscher Denker, Stuttgart, K.F. Koehler, 1960.

23 La Tentation de saint Antoine (1874), op. cit., p.114.

24 Lettre à Mlle Leroyer de Chantepie, 30 mars 1857 ; Correspondance, op. cit., t. II, p. 698.

25 Benjamin Constant, De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements, texte intégral présenté par Tzvetan Todorov et Etienne Hofmann, Arles, Actes Sud, 1999, p. 566.

26 Ibid., p. 568.

27 Sur les deux aspects du romantisme que représentent Constant et Creuzer, voir Kurt Kloocke, « Benjamin Constant, De la Religion et Georg Friedrich Creuzer, Symbolik und Mythologie der alten Völker : une étude épistémologique », Cahiers staëliens, 37, 1985-1986, p. 107-116.

28 Voir Frédéric Creuzer, Religions de l’Antiquité, considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques, ouvrage traduit par J.-D. Guigniaut, Paris, Treuttel et Wurtz, t. 1, 1ère partie, 1825, p. 50 (introduction).

29 Philippe Dufour, « Le symbole, le mythe, l’allégorie : Creuzer, Hegel et Renan », Flaubert. Genèse et poétique du mythe, dir. Pierre-Marc de Biasi, Anne Herschberg Pierrot, Barbara Vinken, Paris, Archives contemporaines, 2017, p. 15-36.

30  « [...] dans la Trimourti, le troisième dieu n’est pas un tout concret, c’est seulement une face, un simple côté, une abstraction, par rapport aux deux autres dieux ; ce n’est pas un retour de la pensée sur elle-même, mais seulement un passage d’un mode d’existence à un autre, un changement, une transformation, la génération et la destruction dans leur mode alternatif » (Hegel, Cours d’esthétique, traduit par Charles Bénard, Paris, Joubert, t. II, 1843, p. 70).

31 NAF 23671, fo 179 (« Inde »).

32 Creuzer, op. cit., t. I, p. 150-151.

33 La Tentation de saint Antoine (1874), op. cit., p. 143.

34 Sur les sources de cet épisode, voir Haruyuki Kanasaki, « Les dieux de l’Inde dans La Tentation de saint Antoine (1849) », Gallia, Osaka University, LVIII, 2019, p. 49-58 (en japonais).

35 À Antoine qui s’étonne de voir les avatars de Vichnou où du nombril de celui-ci s’élève un lotus qui porte « un autre Dieu à trois visages », c’est-à-dire Brahma, Hilarion dit : « Père, Fils et Saint-Esprit ne font de même qu’une seule personne ! » (La Tentation de saint Antoine de 1874, op. cit., p. 95)

36 NAF 23671, fo 179.

37 Frédéric Ozanam, Essai sur le bouddhisme (1842), dans Mélanges, religion, philosophie, politique, jurisprudence, biographies, discours, voyages, Paris, J. Lecoffre, t. II, 1859, p. 219.

38 NAF 23671, fo 101 vo (Scénarios de La Tentation de saint Antoine. Le Temps de l’œuvre, présentation, transcription et notes par Gisèle Séginger, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2014, p. 152).

39 La Tentation de saint Antoine (1874), op. cit., p. 93-94.

40 Creuzer, op. cit., t. 1, 1re partie, p. 23. Sur l’écho des théories de Creuzer qui s’entend dans la réflexion d’Antoine, voir aussi Juliette Azoulai, op. cit., p. 159-160.

41 Creuzer, ibid., t. 1, 1re partie, p. 23-24.

42 NAF 23671, fo 95.

43 Ibid.

44 Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, trad. par J. Gibelin, Paris, J. Vrin, 1963, p. 110.

45 Hegel, Cours d’esthétique, op. cit., t. II, p. 58-59 (pas de notes dans le dossier).

46 Flaubert utilise le mot « brahmanique » pour Félicité dans un brouillon. À ce propos, Didier Philippot écrit que l’image grotesque du perroquet qui rend l’apothéose farcesque peut être une réécriture ironique de la théorie hégélienne (voir Didier Philippot, « Le Rêve de la bêtise : idole et vision chez Flaubert (L’exemple d’Un cœur simple) », dans Le Miroir et le chemin. L’univers romanesque de Pierre-Louis Rey, textes réunis et présentes par Vincent Laisney, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 2006, p. 198-199).

47 La Tentation de saint Antoine (1849), op. cit., p. 494.

48 Ibid., p. 557.

49 Renan, « Des religions de l’antiquité et de leurs derniers historiens » (1853), Études d’histoire religieuse, édition d’Henriette Psichari, Paris, Gallimard, « Tel », 1992, p. 54.

50 Sur ce point, voir Haruyuki Kanasaki, « La Tentation de saint Antoine et Creuzer », Lire Flaubert aujourd’hui, Kazuhiro Matsuzawa (dir.), Nagoya, Département de littérature française de la faculté des lettres de l’université de Nagoya, 1999, p. 47-63 (en japonais).

51 Michel Hulin, Hegel et l’Orient, Paris, J. Vrin, 1979, p. 105.

52 « Le savant allemand avait cherché à saisir la liaison des mythes et des symboles, mais il a négligé le côté historique et pragmatique ; il a considéré les religions de l’antiquité comme un grand tout dont il a donné un exposé synthétique. Mon travail, au contraire, est une œuvre d’analyse [...] rien n’est immobile dans ce qui touche à l’homme, quoique le fond sur lequel ce mouvement s’accomplit demeure immuable » (Alfred Maury, Des religions de la Grèce antique, Paris, Ladrange, t. I, 1857, préface, XI).

53 L’Éducation sentimentale (1845), op. cit., p. 1035.

54 Creuzer, op. cit., t. 1, 1re partie, p. 154-155.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Taro Nakajima, « La Tentation de saint Antoine et la pensée romantique »Flaubert [En ligne], 35 | 2026, mis en ligne le 14 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/flaubert/7497 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lj7

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