Le discours féministe de L’Éducation sentimentale : autour des femmes de 1848
Résumés
Le présent article examine la représentation du féminisme dans L’Éducation sentimentale, en mettant l’accent sur le personnage féministe la Vatnaz. Amélie Bosquet, amie de Flaubert, a critiqué cette représentation qu’elle juge caricaturale, et plusieurs chercheurs estiment que Flaubert y tourne en dérision le féminisme en le réduisant à la rancœur d’une vieille fille. Cependant, une lettre adressée à Alfred Darcel révèle que les idées socialistes de la Vatnaz s’enracinent dans les imprimés de 1848. L’article replace cette figure dans le contexte historique du féminisme au XIXe siècle, en rappelant l’engagement actif des femmes durant la révolution de 1848. Présentée d’abord comme une entremetteuse, la Vatnaz se convertit au féminisme après ces événements, avant d’abandonner sa cause à la suite des journées de juin. L’analyse de ses discours montre comment Flaubert intègre les idées de diverses féministes de l’époque dans le discours de son personnage. La rivalité entre la Vatnaz et Rosanette, à la fois idéologique et amoureuse, confère une dimension personnelle aux tensions politiques du roman. Enfin, l’étude de la lettre à Alfred Darcel, où Flaubert évoque les « bas-bleus » souvent associés à George Sand, suggère que sa critique vise moins les femmes écrivaines que certaines formes de féminisme liées au socialisme.
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1On sait depuis longtemps que Flaubert s’est documenté avec minutie sur la révolution de 1848 en vue d’écrire L’Éducation sentimentale. L’examen de ses notes de lecture permet de comprendre comment le romancier aborde les événements contemporains. Certes, de nombreuses études ont déjà été consacrées à cette documentation, mais peu de chercheurs ont accordé de l’importance aux notes prises sur le discours féministe, à quelques exceptions près. Nous examinerons donc la documentation de Flaubert sur le féminisme de 1848 à travers un personnage féministe, la Vatnaz, dans L’Éducation sentimentale.
2Néanmoins, Amélie Bosquet, amie de Flaubert et féministe, a mis en cause la description de ce personnage :
- 2 Cf. André Dubuc, « Flaubert et la Rouennaise Amélie Bosquet », Les amis de Flaubert et Maupassant, (...)
- 3 Amélie Bosquet, « Gustave Flaubert : L’Éducation sentimentale », Le droit des femmes, le 11 et le 1 (...)
3Il est évidemment question de la Vatnaz. Amélie Bosquet conteste la représentation de cette défenseure des droits des femmes dans le roman, parce que celle-ci lui semble sarcastique envers le féminisme, et qu’elle se sent visée par le portrait de la Vatnaz2. Elle publie donc un article très critique sur le roman3 ; et les relations entre Flaubert et Bosquet s’en trouvent rompues.
- 4 Lucette Czyba, La Femme dans les romans de Flaubert : Mythes et idéologie, Lyon, Presses Universita (...)
- 5 Lucette Czyba, « La caricature du féminisme de 1848 : de Daumier à Flaubert », dans Écrire au XIXe (...)
4Lucette Czyba, dans La Femme dans les romans de Flaubert, souligne que Flaubert ridiculise dès le début le féminisme de la Vatnaz en le réduisant à la rancœur d’une vieille fille aigrie4. De plus, elle observe dans l’attitude de Flaubert envers les femmes une certaine affinité avec celle d’Honoré Daumier, graveur-caricaturiste, qui manifeste sa misogynie en publiant les séries Les Bas-bleus et Les Femmes socialistes dans Le Charivari5. Selon elle, la satire du féminisme repose sur les attentes « normales » de la bourgeoisie contemporaine à l’égard des femmes.
5Cependant, si les remarques d’Amélie Bosquet et de Lucette Czyba sont tout à fait justes, peut-on en conclure que Flaubert formule une critique du féminisme et des femmes, manifestant ainsi une forme de misogynie ? En fait, Flaubert écrit à son ami Alfred Darcel :
- 6 Lettre de Flaubert à Alfred Darcel du 14 décembre 1869, dans Correspondance [Corr.], édition présen (...)
Quant aux idées socialistes de la Vatnaz, je vous jure (et je peux vous le prouver textes en main) qu’il n’y a aucune exagération. Tout cela a été imprimé en 1848. En fait de bas-bleu, j’ai connu la fleur du panier et qui ne ressemblait nullement à la Vatnaz6.
6Ce qui est intéressant, c’est que Flaubert qualifie les idées de la Vatnaz de socialistes. Que signifie ce passage ? Il ne serait certainement pas question pour Flaubert de défendre ces idées, mais la situation est sans doute plus compliquée qu’il n’y paraît. Afin de mieux comprendre la vision flaubertienne du féminisme, nous replacerons d’abord la représentation de la Vatnaz dans le contexte de l’époque, avant d’examiner ses discours à la lumière des sources documentaires et du contexte historique.
Représentation de la Vatnaz
7Tout d’abord, nous allons esquisser les contours des mouvements féministes de la première moitié du XIXe siècle. L’idée de défendre les droits des femmes existait depuis longtemps, mais c’est en 1789 que les femmes commencent véritablement à les revendiquer avec ardeur. Alors que les citoyens cherchent à réaliser l’égalité entre les hommes lors de la Révolution de 1789, il en découle naturellement que les citoyennes aspirent à l’égalité entre les sexes. Le mouvement de libération des femmes prend de l’ampleur lors de la révolution de 1848, période à laquelle la Vatnaz y adhère activement.
- 7 La Voix des femmes est un journal socialiste et féministe créé par Eugénie Niboyet le 20 mars 1848 (...)
- 8 Maïté Albistur et Daniel Armogathe, Histoire du féminisme français : du moyen âge à nos jours, Pari (...)
8Il est bien connu que l’enthousiasme pour l’égalité pendant les événements de 1848 trouve en partie ses racines dans le socialisme, et que les femmes qui se sont distinguées durant cette période sont souvent d’anciennes adeptes du saint-simonisme et du fouriérisme. Le mouvement féministe se développe jusqu’aux émeutes de juin. Ainsi, de nombreux clubs réservés aux hommes ouvrent désormais leurs portes aux femmes dès février ; celles-ci fondent ensuite leurs propres clubs. L’un des plus célèbres est la société La Voix des femmes, fondée par Eugénie Niboyet, qui a créé le premier quotidien féministe portant le même nom7. Cependant, après l’insurrection des journées de juin, le gouvernement décide de fermer les clubs et d’interdire aux femmes d’en être membres et d’y assister. Les femmes sont alors assimilées aux mineurs, dans une situation comparable à celle de 1793, époque où les hommes avaient déjà exclu les femmes de la sphère publique et politique. Ainsi, le 18 juin marque la date de la dernière publication du journal La Voix des femmes8.
9Examinons maintenant le portrait de la Vatnaz. Elle est une femme artiste, amoureuse d’un acteur nommé Delmar, et ne manifeste pas encore l’intention de défendre les droits des femmes au cours de la première moitié du roman. Flaubert ne la présente comme féministe qu’à la fin de la deuxième partie du roman. Voici sa première apparition :
- 9 Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, textes établis, présentés et annotés par Gisèle Séginge (...)
Un soir, au théâtre du Palais-Royal, il [=Frédéric] aperçut, dans une loge d’avant-scène, Arnoux près d’une femme. […] C’était une longue personne, de trente ans environ, fanée, et dont les grosses lèvres découvraient, en riant, des dents splendides. Elle causait familièrement avec Arnoux et lui donnait des coups d’éventail sur les doigts. Puis une jeune fille blonde, les paupières un peu rouges comme si elle venait de pleurer, s’assit entre eux9.
- 10 ES, p. 463.
10Le narrateur ne révèle pas encore l’identité de cette femme élancée, qui agit comme intermédiaire au théâtre. Ce n’est qu’après le voyage de Frédéric avec Rosanette à Fontainebleau, pendant les émeutes de juin, que cette femme est identifiée à la Vatnaz. Frédéric comprend alors que la jeune femme blonde aperçue au Palais-Royal était Rosanette, en compagnie d’Arnoux et de la Vatnaz10. Comme le souligne Amélie Bosquet, la Vatnaz est présentée comme une entremetteuse.
11Son engagement en faveur des droits des femmes passe au premier plan après la révolution de février. Dans le premier chapitre de la troisième partie du roman, nous lisons la description suivante de sa vie et de sa position politique :
- 11 ES, p. 432-433.
Elle [=la Vatnaz] était une de ces célibataires parisiennes qui, chaque soir, quand elles ont donné leurs leçons, ou tâché de vendre de petits dessins, de placer de pauvres manuscrits, rentrent chez elles avec de la crotte à leurs jupons, font leur dîner, le mangent toutes seules, puis, les pieds sur une chaufferette, à la lueur d’une lampe malpropre, rêvent un amour, une famille, un foyer, la fortune, tout ce qui leur manque. Aussi, comme beaucoup d’autres, avait-elle salué dans la révolution l’avènement de la vengeance ; — et elle se livrait à une propagande socialiste effrénée11.
- 12 ES, p. 267.
- 13 Gisèle Séginger fait remarquer ce trait dans le Dictionnaire Flaubert (dir. Gisèle Séginger, Paris, (...)
12Ce passage montre que la Vatnaz incarne un type de femme artiste, et Flaubert la présente comme une femme aux longues dents12, expression qui connote ambition et envie13.
13Après les événements de juin, elle prend soin de Dussardier, blessé lors de la bataille de l’émeute, et ils entretiennent par la suite des relations intimes. Ensuite, elle exprime le désir de se marier avec lui, abandonnant ainsi sa cause féministe :
- 14 ES, p. 525.
Une pareille bonne fortune à son âge était inespérée. Elle [=la Vatnaz] se jeta dessus avec un appétit d’ogresse ; — et elle en avait abandonné la littérature, le socialisme, « les doctrines consolantes et les utopies généreuses », le cours qu’elle professait sur la Désubalternisation de la femme, tout, Delmar lui-même ; enfin, elle offrit à Dussardier de s’unir par un mariage14.
- 15 « Mme Louise D[auriat]... le 19 mars 1836 ouvrit au Ranelagh un cours de droit social du sexe, pour (...)
14Il est important de remarquer que le terme « désubalternisation », mis en italique, était utilisé à l’époque dans le contexte du féminisme socialiste, et que nous pouvons trouver ce mot dans une page des notes de lecture prises par Flaubert pour ce roman15. En effet, Louise Dauriat, une femme socialiste, a donné un cours sur la Désubalternisation des femmes en 1836. Comme nous le verrons, le discours de la Vatnaz constitue une mosaïque discursive empruntée à plusieurs figures féministes réelles.
15Ce qui suscite l’intérêt ici, c’est que la Vatnaz abandonne sa cause féministe et socialiste après juin. Nous pourrions considérer cette décision comme une preuve de son désengagement dans l’arène politique, puisque, comme précédemment mentionné, c’est précisément en juin que la publication du journal La Voix des femmes prend fin et que les femmes sont exclues de la sphère politique. À partir de ce moment-là, le mouvement féministe perd en intensité et les femmes sont reléguées en arrière-plan, souvent confinées au foyer. Ainsi, l’attitude de la Vatnaz, qui abandonne le socialisme et le féminisme, doit s’interpréter par rapport à ce contexte historique.
- 16 Eugénie Niboyet, Le Vrai Livre des femmes, E. Dentu, 1863, p. 17.
- 17 « Mais “ le Sacerdoce ” avant tout ! Que l’ombre d’Eugénie Niboyet la bénisse ! », lettre à Darcel (...)
- 18 Eugénie Niboyet, op. cit., p. 103.
16Une autre approche possible pour mieux cerner l’image de la Vatnaz consiste à se référer à Eugénie Niboyet, l’une des féministes les plus connues de l’époque révolutionnaire. Dans son ouvrage intitulé Le Vrai Livre des femmes, publié en 1863, Niboyet exprime l’idée que les hommes sont destinés à « la politique, les lois, la défense du pays, les hasards de la navigation, les risques du commerce, les affaires étrangères », tandis que les femmes sont vouées au « sacerdoce de la morale, le culte de la famille, le maintien du devoir, l’égalité par le mérite16 ». Bien que nous ne sachions pas si Flaubert avait lu cet ouvrage, il est intéressant de noter qu’il utilise le terme « Sacerdoce17 » pour désigner Niboyet dans sa lettre adressée à Alfred Darcel. Dans cet ouvrage, Niboyet écrit également que « les hommes font les lois, les femmes font les mœurs18 ». En somme, ses idées féministes, telles qu’elles sont exprimées dans ce livre, paraissent moins radicales qu’elles ne l’étaient en 1848.
- 19 Alfred Darcel, « L’Éducation sentimentale, Histoire d’un jeune homme, roman par M. Gustave Flaubert (...)
17En effet, Alfred Darcel affirme, dans son article sur L’Éducation sentimentale, que « les citoyennes d’aujourd’hui ont des idées moins belliqueuses que la Vatnaz19 ». Il est bien établi que le mouvement féministe a connu un recul au cours de la réaction politique et morale des années cinquante. Durant le Second Empire, l’antiféminisme virulent prend de l’ampleur, notamment avec des figures telles que Proudhon. En ce qui concerne la Vatnaz, elle abandonne ici sa cause féministe par amour pour Dussardier, mais son destin rejoint celui d’autres militantes de cette époque.
18Pour approfondir la relation entre la représentation du féminisme et la description de la Vatnaz, examinons quelques détails du roman. Voici la scène où Frédéric et Delmar visitent divers clubs dans le premier chapitre de la troisième partie :
- 20 ES, p. 435-436.
Delmar ne ratait pas les occasions d’empoigner la parole ; et, quand il ne trouvait plus rien à dire, sa ressource était de se camper le poing sur la hanche, l’autre bras dans le gilet, en se tournant de profil, brusquement, de manière à bien montrer sa tête. Alors, des applaudissements éclataient, ceux de Mlle Vatnaz au fond de la salle20.
19La Vatnaz est clairement éprise de Delmar, d’où son enthousiasme à l’applaudir. Toutefois, nous pouvons aussi faire une observation d’ordre historique : comme nous l’avons déjà signalé, les femmes furent autorisées à assister aux clubs de février à juin 1848. Ainsi, Flaubert inscrit subtilement l’histoire du rôle féminin dans le texte.
20Prenons un autre exemple. La Vatnaz participe à la réunion d’un club de femmes :
- 21 ES, p. 444.
Un jour, elle arriva tout indignée contre Hussonnet, qui venait de se permettre des polissonneries, au Club des femmes. Rosanette approuva cette conduite, déclarant même qu’elle prendrait des habits d’homme pour aller « leur dire leur fait, à toutes, et les fouetter »21.
21Rappelons que les femmes avaient alors la possibilité d’établir leurs propres clubs après la révolution, mais qu’elles furent ensuite interdites d’y participer ou de les organiser. Cela marque donc un moment particulièrement significatif de la révolution. Le narrateur n’explicite pas la nature de ce club des femmes ni les raisons pour lesquelles Hussonnet s’y est comporté de manière déplacée. À première vue, on pourrait supposer qu’il s’agit d’un simple conflit personnel entre la Vatnaz, Rosanette et Hussonnet. Cependant, l’analyse des sources documentaires du roman nous permet d’apporter un nouvel éclairage sur la dimension historique du féminisme incarné par la Vatnaz. Flaubert mobilise plusieurs documents pour décrire cette scène, parmi lesquels le plus important est le cahier de Maurice Schlésinger intitulé « Club de femmes en mars 1848 ». Voici la conclusion de ce mémoire :
- 22 « Club de femmes en mars 1848 » par Maurice Schlésinger, Ms. g2264, fo 163 ro.
Cela devenant trop fort, je montai à la tribune où très gracieusement je les priai de plier bagage et de se retirer. La Présidente ne voulant pas entendre raison, je la pris par le bras et je la mis à la porte aidé par mes 6 camarades — Toutes fuirent et le club fut fermé à tout jamais22.
- 23 Lucette Czyba, La Femme dans les romans de Flaubert, op. cit., p. 191-197.
22La présidente prononce un discours en faveur des droits des femmes depuis une estrade, et les auditrices applaudissent. Cependant, son ton devient trop véhément, et Schlésinger la fait descendre de la tribune. En fin de compte, le club est définitivement fermé. Comme l’a souligné Lucette Czyba23, Flaubert s’inspire directement de ce compte rendu pour façonner l’image de la Vatnaz.
23Toutefois, il convient également d’examiner Les Souvenirs de l’année 1848 de Maxime Du Camp, qui permet de mieux comprendre la position de Schlésinger, restée ambiguë dans son propre mémoire :
- 24 Maxime Du Camp, Souvenirs de l’année 1848 : la révolution de février, le 15 mai, l’insurrection de (...)
Quelques gardes nationaux facétieux, guidés par un ancien éditeur de musique qui aimait « le petit mot pour rire », tombèrent, un soir, inopinément dans le conciliabule, au moment où une oratrice répétait les paroles aimables par lesquelles M. Crémieux avait accueilli une députation chargée d’exiger le divorce immédiat et « sans phrase ». Ces barbares — je parle des gardes nationaux — furent sans pitié ; rien ne les désarma, pas même une carafe d’eau que la présidente leur jeta virilement à la tête. Les infortunées furent saisies, entraînées dans un couloir peu éclairé et fouettées. Le club des femmes avait vécu24.
- 25 Voir ES, p. 447.
- 26 Il est important de noter que les Souvenirs de Du Camp furent publiés en 1876, donc après la paruti (...)
24Cet éditeur de musique pourrait bien être Maurice Schlésinger, et le fait qu’il ait conduit les gardes nationaux n’est pas anodin, quand on pense que Hussonnet est lui-même garde national25. En outre, le détail du fouettement rappelle les propos de Rosanette lorsqu’elle déclare vouloir « fouetter » les femmes du club. Par ce mot, le romancier projette sur la Vatnaz l’image emblématique des femmes de 184826.
25Flaubert ne précise pas pourquoi Hussonnet se trouve au club des femmes, ce qui conduit les lecteurs à supposer que la réaction de Rosanette provient d’une rivalité amoureuse avec la Vatnaz à propos de Delmar. Cependant, dans les Souvenirs de l’année 1848, ce sont des hommes — les miliciens — qui infligent les coups de fouet aux femmes. Le romancier semble donc vouloir transformer l’action des miliciens en celle de Rosanette, ce qui renforce la rivalité entre les deux femmes.
- 27 ES, p. 545.
- 28 Jacques Neefs, « Flaubert, sous Napoléon III », dans Comment meurt une République : autour du 2 déc (...)
26Le féminisme de 1848 a connu un échec, mais, même après cette défaite, les idées visant à défendre les droits des femmes ont continué à circuler. Cependant, on a brisé l’élan de ces militantes, et les féministes deviennent « moins belliqueuses ». Pour comprendre cette apparente disparition du mouvement féministe dans la sphère publique, examinons la rupture entre la Vatnaz et Dussardier dans le roman. Ce républicain refuse la proposition de mariage de la Vatnaz, et il périt ensuite en 1851, les bras en croix, répétant inlassablement « Vive la République ! » jusqu’à son dernier souffle27. Selon Jacques Neefs, cette persévérance constitue une forme de « ponctualité » historique28. Ainsi, la réponse négative de Dussardier à la Vatnaz n’est pas seulement un événement personnel, mais représente également le rejet symbolique du féminisme socialiste par la Seconde République. Cela explique pourquoi, malgré la persistance des idées féministes, celles-ci n’ont pas trouvé de place dans la société après la révolution.
Discours des femmes
27Nous avons analysé le lien entre l’histoire du féminisme et la représentation de la Vatnaz. Examinons à présent la source documentaire du discours de ce personnage. Les déclarations de la Vatnaz trouvent leur origine dans plusieurs discours féministes :
- 29 ES, p. 433. Souligné et numéroté dans cette citation par l’auteur du présent article.
(1) L’affranchissement du prolétaire, selon la Vatnaz, n’était possible que par l’affranchissement de la femme. (2) Elle voulait son admissibilité à tous les emplois, (3) la recherche de la paternité, un autre code, l’abolition, ou tout au moins « une réglementation du mariage plus intelligente ». (4) Alors, chaque Française serait tenue d’épouser un Français ou d’adopter un vieillard. (5) Il fallait que les nourrices et les accoucheuses fussent des fonctionnaires salariés par l’État ; (6) qu’il y eût un jury pour examiner les œuvres de femmes, des éditeurs spéciaux pour les femmes, une École polytechnique pour les femmes, une garde nationale pour les femmes, tout pour les femmes ! Et, puisque le Gouvernement méconnaissait leurs droits, (7) elles devaient vaincre la force par la force. Dix mille citoyennes, avec de bons fusils, pouvaient faire trembler l’Hôtel de Ville29 !
- 30 Gisèle Séginger indique les sources de ce discours dans les notes de son édition : l’ES, p. 1148. C (...)
28Il est bien connu que le romancier détache souvent les discours de leur contexte originel pour les intégrer dans son œuvre. Dans ce cas précis, Flaubert effectue de minutieuses recherches sur les discours féministes, puis les assemble et les insère dans les énoncés de la Vatnaz. Le narrateur présente ces opinions en utilisant l’expression « selon la Vatnaz », bien que ces idées proviennent toutes, ou presque, des féministes de 184830.
- 31 Claire Démar, Ma loi d’avenir (1833), ouvrage posthume, publié par Suzanne [Voilquin], Au bureau de (...)
- 32 « Les Vésuviennes, ou Constitution politique des Femmes par une société de Françaises, 1848 […] Art (...)
- 33 L’Opinion des femmes du 10 avril 1849. Voir Carnet 14, fo 11 vo, dans Carnets de travail, édition c (...)
- 34 « “Les sages-femmes veulent devenir fonctionnaires sociales salariées par l’État.” (Pétition rédigé (...)
- 35 Ms. g2264, fo 161 ro et voet fo 163 ro (« Club de femmes en mars 1848 »).
29La ligne (1) provient de Ma loi d’avenir, publié en 1834, ouvrage de Claire Démar, féministe saint-simonienne31. Les lignes (2) et (4) ont pour origine Les Vésuviennes ou la constitution des femmes publié par la Société des Françaises en 184832. Cet ouvrage débute avec les mots de Jeanne Deroin, une autre saint-simonienne, à l’origine destinés au journal La Voix des femmes. La ligne (3) a pour source l’article d’Henriette (artiste) publié dans L’Opinion des femmes33. La ligne (5) provient d’une pétition rédigée par une saint-simonienne, Suzanne Voilquin34. Les lignes (6) et (7) dérivent en grande partie du mémoire de Maurice Schlésinger déjà cité35.
- 36 Cf. Maxime Du Camp, Souvenirs d’un demi-siècle, Paris, Hachette, 1949, t. I, p. 93-94.
30Maxime Du Camp témoigne que la présidente du club des femmes était Eugénie Niboyet, qui intégrait dans son discours des idées empruntées à Fourier, Saint-Simon et d’autres socialistes. Toutes ces phrases ont été relevées soit dans les Carnets de travail, soit dans les Dossiers de Bouvard et Pécuchet. L’unité apparente, que le narrateur souligne par l’expression « selon la Vatnaz », dissimule non seulement la pluralité idéologique des sources, mais également la distance prise par certaines féministes socialistes à l’égard d’une Niboyet jugée conservatrice. Cependant, un examen plus attentif révèle que ces phrases ont des natures différentes36. D’après Les Clubs et les clubistes d’Alphonse Lucas, dont le nom apparaît dans les notes de Flaubert, les femmes socialistes telles que Jeanne Deroin, Désirée Gay, Pauline Roland et d’autres jugeaient Eugénie Niboyet trop conservatrice sur le plan politique. Flaubert intègre donc, dans le discours de la Vatnaz, des opinions empruntées à des féministes appartenant à des courants idéologiques distincts.
31Il est possible de poursuivre notre analyse en examinant une autre querelle entre la Vatnaz et Rosanette :
- 37 ES, p. 444.
Et, malgré sa présence, elles se chamaillèrent, l’une faisant la bourgeoise, l’autre la philosophe.
Les femmes, selon Rosanette, étaient nées exclusivement pour l’amour ou pour élever des enfants, pour tenir un ménage.
D’après Mlle Vatnaz, la femme devait avoir sa place dans l’État. Autrefois, les Gauloises légiféraient, les Anglo-Saxonnes aussi, les épouses des Hurons faisaient partie du conseil. L’œuvre civilisatrice était commune. Il fallait toutes y concourir, et substituer enfin à l’égoïsme la fraternité, à l’individualisme l’association, au morcellement la grande culture37.
32Quelques lignes plus loin, la Vatnaz se dispute avec Rosanette au sujet d’une dette, ce qui pourrait donner l’impression d’une simple querelle sans enjeu majeur. Cependant, il s’agit en réalité d’un véritable clivage idéologique qui les oppose. L’auteur prend soin d’indiquer : « l’une faisant la bourgeoise, l’autre la philosophe ». Il est en effet intéressant de noter que la Vatnaz ne dirige pas ses arguments principalement contre les hommes, mais plutôt contre Rosanette.
33Il convient d’évoquer la scène précédemment étudiée où Hussonnet intervient au club des femmes : le narrateur ne détaille pas ses actions, mais met en avant la haine de Rosanette envers les féministes. De même, il présente ici les idées de la Vatnaz comme si elles ne se rapportaient qu’à une simple chamaillerie. De cette manière, la gravité du problème des droits des femmes se trouve atténuée par la mise en scène narrative.
- 38 Flaubert a pris des notes dans ce numéro. Voir Carnet 14, fo 9 ro, dans Carnets de travail, op. cit (...)
34En outre, grâce aux Carnets de travail, nous pouvons constater que la phrase « les Gauloises légiféraient, les Anglo-saxonnes […] » provient d’une déclaration publiée dans La Voix des femmes du 23 mars 184838, journal explicitement sous-titré « journal socialiste ». Flaubert combine ici des sources saint-simoniennes et fouriéristes, sans attribuer à la Vatnaz aucun discours proudhonien, reconnu pour son caractère misogyne. De plus, par les formules « selon Rosanette » et « d’après Vatnaz », le narrateur attribue aux personnages féminins des énoncés issus de textes imprimés, en brouillant délibérément leur origine.
35À ce propos, il importe de remarquer les relations entre les féministes de l’époque et les hommes socialistes. En général, le socialisme prône l’égalité entre les êtres humains, ce qui correspond aux aspirations des femmes pour l’égalité des sexes. Pour citer un exemple, la une de La Voix des femmes du 31 mars commence par des remerciements à Étienne Cabet parce que cet utopiste a plaidé en faveur des droits politiques et sociaux des femmes. Cependant, ce fait soulève une question importante : les féministes avaient-elles véritablement besoin du soutien des hommes contre lesquels elles luttaient ? Dans L’Éducation sentimentale, le romancier décrit une telle situation :
- 39 ES, p. 433.
La candidature de Frédéric lui [=Vatnaz] parut favorable à ses idées. Elle l’encouragea, en lui montrant la gloire à l’horizon39.
36Dans cette scène où Frédéric, encouragé par Dambreuse, tente de se porter candidat aux élections, le romancier suggère implicitement la condition historique des féministes : les femmes devaient s’appuyer sur des intermédiaires masculins pour faire entendre leurs revendications. En mettant l’accent sur la candidature de Frédéric, le narrateur suggère que la Vatnaz, comme les femmes de 1848, ne pouvait envisager l’accomplissement de ses idéaux qu’à travers un représentant masculin, ce qui la rend dépendante de l’autorité des hommes.
37Jusqu’ici, nous avons cerné le contexte historique du féminisme de la Vatnaz. Revenons maintenant sur la lettre de Flaubert à Alfred Darcel citée au début de cet article. En fait, cette lettre répond à un compte rendu du roman par Darcel. En commentant le portrait de la Vatnaz, Darcel la qualifie de « citoyenne de la revendication des droits de la femme ». Il ajoute ensuite :
- 41 L’attitude de Flaubert à l’égard du « bas-bleu » est ambivalente. Comme le dit Thierry Poyet (« Lou (...)
- 42 Jules Barbey d’Aurevilly consacre un chapitre de son ouvrage à Sand. Il écrit ainsi : « Si vous vou (...)
38Darcel qualifie la Vatnaz de « bas-bleu », terme que Flaubert conteste dans sa lettre du 14 décembre 1869. Le « bas-bleu » ne désigne pas la femme socialiste, mais plutôt la femme savante qui écrit, même si ce mot est employé avec ironie41. Ce terme ne s’applique donc pas aux femmes ouvrières qui, en 1848, cherchaient à défendre leurs droits. On sait que George Sand, amie de Flaubert, était souvent considérée comme un « bas-bleu42 ». Elle avait de la sympathie pour le socialisme, mais elle s’en tenait à l’écart en 1848. En effet, lorsque les rédactrices de La Voix des femmes lui demandèrent de poser sa candidature à l’Assemblée nationale, Sand refusa cette proposition dans La Réforme du 9 avril. Ainsi, elle maintenait délibérément ses distances à l’égard du mouvement féministe de l’époque.
- 43 Daniel Stern, Histoire de la révolution de 1848, 2e édition, Paris, Charpentier, t. II, 1862, p. 34
39Selon l’Histoire de la révolution de 1848 de Marie d’Agoult, connue sous le pseudonyme de Daniel Stern, le saint-simonisme engendra chez plusieurs femmes des idées d’émancipation dès 1830, mais celles-ci se seraient rapidement perverties. Marie d’Agoult écrit : « Les femmes qui s’étaient jetées dans le saint-simonisme, sans bien comprendre le sens mystérieux de certaines formules, se troublèrent43 ». Elle mentionne ensuite qu’à la même époque parut George Sand, soulignant son talent féminin et son refus de la propagande saint-simonienne. Stern valorise ainsi Sand tout en dépréciant les femmes saint-simoniennes de 1848. Or, elle admire aussi celles qui, pendant la révolution, réclamaient l’égalité des droits entre les sexes. Il existerait donc, selon elle, deux écoles dans le mouvement féministe : d’un côté, les femmes socialistes comme la Vatnaz ; de l’autre, les « bas-bleus » comme Sand.
- 44 Voir Ms. g2266, fo 155 ro - fo 157 vo. Les dossiers de Bouvard et Pécuchet incluent des notes de le (...)
40L’examen des notes de lecture de Flaubert montre qu’il a lu l’ouvrage de Daniel Stern pour rédiger son roman parisien44, ce qui permet de supposer qu’il partageait au moins partiellement la perspective de l’historienne. Certes, le romancier décrit la Vatnaz avec ironie comme l’ont souligné Amélie Bosquet, Alfred Darcel ou Lucette Czyba, mais il vise surtout à critiquer un féminisme trop lié au socialisme et dépendant des hommes.
41En effet, une certaine ironie transparaît dans le passage où Regimbart compare la Vatnaz à Madame de Staël, souvent considérée comme le premier bas-bleu :
- 45 ES, p. 205.
En fait d’art (bien qu’il [=Regimbart] fréquentât les ateliers, où quelquefois il donnait, par complaisance, une leçon d’escrime), ses opinions n’étaient point transcendantes. Il comparait le style de M. Marrast à celui de Voltaire et Mlle Vatnaz à Mme de Staël, à cause d’une ode sur la Pologne, « où il y avait du cœur »45.
42Regimbart loue l’écrit de la Vatnaz, mais le narrateur souligne le manque de pertinence de sa critique. Cela implique que la Vatnaz est loin d’égaler Madame de Staël. Flaubert introduit ici cette comparaison non seulement pour ridiculiser le talent littéraire de la Vatnaz, mais aussi pour marquer la différence entre la femme socialiste et la femme écrivaine. Comme le précise Flaubert lui-même dans sa lettre, la notion de « bas-bleu » ne s’applique en aucune manière à la Vatnaz.
43À la fin de sa lettre à Darcel, après avoir énuméré ses griefs contre Bosquet, Flaubert ajoute : « Mon livre est pris, généralement, à rebours. Mais dans peu de temps il paraîtra tout simple ». Il est difficile de préciser l’intention exacte de Flaubert dans cette phrase, mais si celle-ci vise bien l’interprétation de Bosquet, le romancier invite ses lecteurs à saisir la subtilité de sa composition. Il convient enfin de noter que, si la Vatnaz est caricaturée, son discours n’est pas plus disqualifié que le socialisme de Sénécal qui, lui, subit une défaite manifeste.
Conclusion
44Un certain nombre de femmes ont exprimé leur opposition à la domination masculine tout au long du XIXe siècle. Les femmes socialistes sont apparues au premier plan de l’histoire lors d’un moment clé, celui de 1848. L’examen de la lettre à Darcel et l’analyse de la représentation de la Vatnaz dans L’Éducation sentimentale mettent en lumière la complexité des intentions de Flaubert. Si l’auteur semble critiquer le féminisme socialiste à travers le personnage de la Vatnaz, il ne s’agit pas pour autant d’une attaque contre les femmes défendant leurs droits. La Vatnaz incarne un type de féminisme qui, selon Flaubert, s’est éloigné des idéaux initiaux d’égalité entre les sexes pour devenir une forme de radicalisme difficilement praticable. Les comparaisons ironiques avec des figures littéraires et intellectuelles renforcent cette critique, mais elles ne peuvent pas être interprétées comme une condamnation générale du féminisme.
45La lettre à Alfred Darcel souligne également la rigueur historique de Flaubert dans la représentation des idées attribuées à la Vatnaz. En somme, Flaubert semble décrire la Vatnaz pour interroger et critiquer certains aspects du féminisme, mais sa critique, nuancée et historiquement informée, repose sur une compréhension approfondie des débats sociaux et intellectuels de son époque.
Notes
1 Lettre d’Amélie Bosquet à Flaubert du 23 novembre 1869, dans Lettres à Flaubert, textes présentés et annotés par Rosa M. Palermo Di Stéfano, vol. I, Napoli, Edizioni Scientifiche Italiane, 1997, p. 655.
2 Cf. André Dubuc, « Flaubert et la Rouennaise Amélie Bosquet », Les amis de Flaubert et Maupassant, no 27, 1965, p. 19-23.
3 Amélie Bosquet, « Gustave Flaubert : L’Éducation sentimentale », Le droit des femmes, le 11 et le 18 décembre 1869, disponible en ligne sur le site Flaubert de l’Université de Rouen.
4 Lucette Czyba, La Femme dans les romans de Flaubert : Mythes et idéologie, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1983, p. 191-197.
5 Lucette Czyba, « La caricature du féminisme de 1848 : de Daumier à Flaubert », dans Écrire au XIXe siècle : recueil d’articles offert par ses amis collègues et disciples, Besançon, Annales littéraires de l’Université de Franche-Comté, 1998, p. 141-153.
6 Lettre de Flaubert à Alfred Darcel du 14 décembre 1869, dans Correspondance [Corr.], édition présentée, établie et annotée par Jean Bruneau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. IV, 1980, p. 139-140.
7 La Voix des femmes est un journal socialiste et féministe créé par Eugénie Niboyet le 20 mars 1848 et diffusé jusqu’au 18 juin 1848.
8 Maïté Albistur et Daniel Armogathe, Histoire du féminisme français : du moyen âge à nos jours, Paris, des Femmes, 1977, p. 300-310.
9 Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, textes établis, présentés et annotés par Gisèle Séginger, dans Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. IV, 2021, p. 173. Désormais abrégé en ES.
10 ES, p. 463.
11 ES, p. 432-433.
12 ES, p. 267.
13 Gisèle Séginger fait remarquer ce trait dans le Dictionnaire Flaubert (dir. Gisèle Séginger, Paris, Honoré Champion, 2017, p. 1700).
14 ES, p. 525.
15 « Mme Louise D[auriat]... le 19 mars 1836 ouvrit au Ranelagh un cours de droit social du sexe, pour “la désubalternisation” des femmes » (Ms. g2267, f° 232 v°). Cf. Charles Louandre, « De l’association littéraire et scientifique en France. I. Les Sociétés savantes et littéraires de Paris », Revue des Deux Mondes, t. 16, 1846, p. 513-537.
16 Eugénie Niboyet, Le Vrai Livre des femmes, E. Dentu, 1863, p. 17.
17 « Mais “ le Sacerdoce ” avant tout ! Que l’ombre d’Eugénie Niboyet la bénisse ! », lettre à Darcel du 14 décembre 1869, Corr., t. IV, op. cit.
18 Eugénie Niboyet, op. cit., p. 103.
19 Alfred Darcel, « L’Éducation sentimentale, Histoire d’un jeune homme, roman par M. Gustave Flaubert », Journal de Rouen, le 2 décembre 1869, disponible en ligne sur le site Flaubert de l’Université de Rouen.
20 ES, p. 435-436.
21 ES, p. 444.
22 « Club de femmes en mars 1848 » par Maurice Schlésinger, Ms. g2264, fo 163 ro.
23 Lucette Czyba, La Femme dans les romans de Flaubert, op. cit., p. 191-197.
24 Maxime Du Camp, Souvenirs de l’année 1848 : la révolution de février, le 15 mai, l’insurrection de juin, présentation de Maurice Agulhon, Paris ; Genève, Slatkine Reprints, 1979, p. 125-126.
25 Voir ES, p. 447.
26 Il est important de noter que les Souvenirs de Du Camp furent publiés en 1876, donc après la parution de L’Éducation sentimentale. À ce sujet, Alberto Cento (dans Il realismo documentario nell’« Éducation sentimentale ») et Pierre-George Castex (dans Flaubert : L’Éducation sentimentale) supposent que Flaubert aurait demandé à Du Camp de lui fournir ses notes, et nous partageons leur avis.
27 ES, p. 545.
28 Jacques Neefs, « Flaubert, sous Napoléon III », dans Comment meurt une République : autour du 2 décembre 1851, dir. Sylvie Aprile et. al., Paris, Créaphis, 2004, p. 264.
29 ES, p. 433. Souligné et numéroté dans cette citation par l’auteur du présent article.
30 Gisèle Séginger indique les sources de ce discours dans les notes de son édition : l’ES, p. 1148. Cf. Alberto Cento, Il realismo documentario nell’« Éducation sentimentale », Liguori, 1967, p. 209-238.
31 Claire Démar, Ma loi d’avenir (1833), ouvrage posthume, publié par Suzanne [Voilquin], Au bureau de la Tribune des femmes, 1834. Flaubert a pris des notes sur cet ouvrage. Voir Ms. g2267, fo 227 ro et vo.
32 « Les Vésuviennes, ou Constitution politique des Femmes par une société de Françaises, 1848 […] Article I. Toute Française, épouse un Français ou adopte un vieillard » (souligné par Flaubert), Ms. g2264, fo 180 ro. Ce feuillet est intitulé « Femmes ».
33 L’Opinion des femmes du 10 avril 1849. Voir Carnet 14, fo 11 vo, dans Carnets de travail, édition critique et génétique établie par Pierre-Marc de Biasi, Paris, Balland, 1988, p. 387-383.
34 « “Les sages-femmes veulent devenir fonctionnaires sociales salariées par l’État.” (Pétition rédigée par Suzanne Voilquin) », Carnet 14, fo 10 vo, dans ibid., p. 386.
35 Ms. g2264, fo 161 ro et voet fo 163 ro (« Club de femmes en mars 1848 »).
36 Cf. Maxime Du Camp, Souvenirs d’un demi-siècle, Paris, Hachette, 1949, t. I, p. 93-94.
37 ES, p. 444.
38 Flaubert a pris des notes dans ce numéro. Voir Carnet 14, fo 9 ro, dans Carnets de travail, op. cit., p. 384-385.
39 ES, p. 433.
40 Alfred Darcel, « L’Éducation sentimentale, Histoire d’un jeune homme, roman par M. Gustave Flaubert », op. cit., sur les pages 432 et 444 de l’ES,
41 L’attitude de Flaubert à l’égard du « bas-bleu » est ambivalente. Comme le dit Thierry Poyet (« Louise Colet, “ écriture féminine ” et codification du féminin », Sociopoétiques [En ligne], no 4, 2019 [URL : http://revues-msh.uca.fr/sociopoetiques/index.php?id=698]), Flaubert essayait de réduire l’esprit bas-bleu qu’il percevait chez Louise Colet dans plusieurs lettres, ce qui implique qu’il le déniait à cette époque. Mais nous savons qu’il est un futur admirateur de George Sand, qu’il avait critiquée plusieurs fois dans la correspondance. Nous pouvons supposer que Flaubert a réorienté sa pensée dans les années 1860, en réunissant la documentation sur le bas-bleu et les femmes socialistes. Le Dictionnaire des idées reçues définit le « bas-bleu » comme suit : « Terme de mépris pour désigner toute femme qui s’intéresse aux choses intellectuelles. Citer Molière à l’appui “Quand la capacité de son esprit se hausse etc.” », Le Dictionnaire des idées reçues, textes établis, présentés et annotés par Anne Herschberg Pierrot et Jacques Neefs, dans Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. V, 2021, p. 1139.
42 Jules Barbey d’Aurevilly consacre un chapitre de son ouvrage à Sand. Il écrit ainsi : « Si vous voulez, je l’appellerai Monsieur George Sand, au lieu de Madame », dans Les Œuvres et les Hommes : V. Les bas-bleus, Paris ; Genève, Slatkine Reprints, 1968, p. 45.
43 Daniel Stern, Histoire de la révolution de 1848, 2e édition, Paris, Charpentier, t. II, 1862, p. 34.
44 Voir Ms. g2266, fo 155 ro - fo 157 vo. Les dossiers de Bouvard et Pécuchet incluent des notes de lecture sur l’ouvrage de Daniel Stern, mais ces notes ont été prises pour L’Éducation sentimentale. Cf. Gilbert Guisan, « Flaubert et la Révolution de 1848 », Revue d’Histoire littéraire de la France, 58e Année, no 2, 1958, p. 183-204 et Alberto Cento, op. cit., p. 96.
45 ES, p. 205.
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Référence électronique
Yujin Morimoto, « Le discours féministe de L’Éducation sentimentale : autour des femmes de 1848 », Flaubert [En ligne], 35 | 2026, mis en ligne le 14 juillet 2026, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/flaubert/7641 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lja
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