Orages, tempêtes et parapluies : le para-romantisme de Flaubert
Résumés
Cet article propose de définir Flaubert comme écrivain para-romantique. Il examine la place de la tempête et de l’orage, motifs emblématiques du romantisme. L’introduction du parapluie, objet foncièrement anti-romantique, en modifie la portée. De Madame Bovary à Bouvard et Pécuchet, le sublime est détourné vers le burlesque et le parodique. Ainsi, Flaubert substitue au romantisme une esthétique para-romantique, paradoxale et ironique.
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- 1 Alain Corbin résume cette articulation météo-esthétique (la tempête et le sublime) : « On ne saurai (...)
1La tempête et l’orage constituent des thèmes privilégiés pour les romantiques, comme en témoigne indirectement l’entrée « Tempête » du Trésor de la langue française, où sont cités Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Stendhal, Sainte-Beuve, etc. La citation la plus exemplaire est celle de Chateaubriand : « Je voyais avec un plaisir indicible le retour de la saison des tempêtes [...] (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 130). » En effet, notre sensibilité à la tempête s’est développée avec le romantisme. Le temps romantique est donc celui de la tempête, sans parler du temps propre au romantisme allemand (Sturm und Drang). Si le temps romantique est orageux, il est également sublime. Pour en avoir le témoignage, il suffit de consulter l’entrée « Sublime » du même dictionnaire, qui évoque en premier lieu le même écrivain : « Un rideau [...] sépare les régions inférieures du Ciel de ces régions sublimes (Chateaubr., Natchez, 1826, p. 177). » Ainsi, la tempête sublime se place résolument sous le signe de Chateaubriand. Les romantiques comme Chateaubriand et Madame de Staël, d’une part, les théoriciens du sublime tels qu’Edmund Burke et Kant, d’autre part, élaborent une réflexion autour du paysage sublime : les montagnes, l’océan, la tempête et l’orage1.
- 2 Sous la direction d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold, Jean-Paul Sermain, Paris, Desjonquè (...)
- 3 Novembre, éd. Claudine Gothot-Mersch, dans Œuvres de jeunesse, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, (...)
- 4 Ibid., p. 820.
- 5 « Passage inspiré de Chateaubriand, de ses descriptions de l’Amérique et de l’apostrophe célèbre de (...)
2Or, la représentation de ces éléments météorologiques chez les romantiques a récemment fait l’objet d’études approfondies. Évoquons seulement deux repères : premièrement, les actes du colloque L’Événement climatique et ses représentations (XVIIe siècle – XIXe siècle), Histoire, littérature, musique et peinture, parus en 20072, où l’analyse de la tempête romantique occupe une place importante ; deuxièmement, l’exposition « Tempêtes et naufrages. De Vernet à Courbet », tenue de mai à septembre 2021, au Musée de la vie romantique. Dans cette exposition, une sélection de textes littéraires était proposée à l’écoute, parmi eux, des extraits de Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, Lamartine, Hugo. Tous ces auteurs ont contribué à la formation de la sensibilité moderne à la tempête comme celle du jeune Flaubert qui écrit ainsi : « L’aigle est un oiseau fier, qui perche sur les hautes cimes [...]. En vain la pluie ruisselle, l’orage casse les arbres, les torrents roulent avec des sanglots, la cascade fume et bondit, le tonnerre éclate et brise la cime des monts, paisible il vole au-dessus et bat des ailes3 [...] » ; « Emportez-moi, tempêtes du Nouveau Monde, qui déracinez les chênes séculaires et tourmentez les lacs où les serpents se jouent dans les flots4 ! » Symbole de la liberté, double de l’artiste, cet aigle contemple sereinement le spectacle terrifiant de la nature. On sait que le sublime est caractérisé, depuis Edmund Burke, par cette association du plaisir et du terrible. Bref, l’orage, le tonnerre, le vent, la pluie, tout s’organise ici autour du principe esthétique du sublime. Il en va de même pour l’arbre abattu par la tempête du Nouveau Monde (« qui déracinez les chênes séculaires »). L’arbre foudroyé constitue en effet un cliché incontournable du sublime. Par ailleurs, comme l’éditrice de la Pléiade le rappelle à juste titre, ces « tempêtes du Nouveau Monde » nous renvoient tout naturellement à Chateaubriand5. Comme René, le narrateur de Novembre associe l’orage à une vie passionnée et à un appel vers l’inconnu. Or, seulement trois ans plus tard, la tempête romantique subira une nette dévalorisation chez Flaubert.
Les orages et tempêtes ou les clichés du romantisme
- 6 L’Éducation sentimentale (1845), éd. Claudine Gothot-Mersch, dans Œuvres de jeunesse, op. cit., p. (...)
La tempête aussi perdit considérablement dans son estime, le lac, avec son éternelle barque et son perpétuel clair de lune lui parurent tellement inhérents aux keepsakes qu’il s’interdit d’en parler, même dans la conversation familière6.
- 7 Flaubert reviendra à ces topos romantiques dans Le Dictionnaire des idées reçus qu’il a commencé à (...)
3À la fin de son éducation sentimentale, Jules en est arrivé à écarter la tempête, ainsi que le lac, la lune, les ruines (« Quant aux ruines il finit presque par les prendre en haine »), Venise (« La fureur de Venise se passa également »), les Alpes (« [...] la bergère des Alpes, dans son chalet, lui sembla la chose du monde la plus commune »), autant de topos romantiques exemplaires7. Il en vient même à se dire qu’il « fallait être drôlement constitué pour trouver tout cela sublime ». Ce « drôlement constitué » est d’une ironie savoureuse. Cette autodérision met définitivement en cause le concept romantique du sublime si cher à Jules dans sa jeunesse.
- 8 Madame Bovary, éd. Jeanne Bem, dans Œuvres complètes, op. cit., t. III, 2013, p. 181. Yvon Le Scanf (...)
4Lieu commun par excellence du paysage romantique, la tempête nourrit immanquablement la rêverie d’Emma, consommatrice avide de keepsakes : « Elle n’aimait la mer qu’à cause de ses tempêtes8 [...] ». Or, au couvent d’Emma, on fait le dimanche une lecture du Génie du christianisme. On peut donc se demander si notre jeune héroïne a entendu ce passage d’Atala :
- 9 Chateaubriand, Atala, dans Atala suivi de René, éd. Jean-Claude Berchet, Paris, Librairie Générale (...)
[...] Alors le Grand Esprit couvre les montagnes d’épaisses ténèbres ; du milieu de ce vaste chaos s’élève un mugissement confus formé par le fracas des vents, le gémissement des arbres, le hurlement des bêtes féroces, le bourdonnement de l’incendie, et la chute répétée du tonnerre qui siffle en s’éteignant dans les eaux.
Le Grand Esprit le sait ! Dans ce moment je ne vis qu’Atala, je ne pensai qu’à elle. Sous le tronc penché d’un bouleau, je parvins à la garantir des torrents de la pluie9.
- 10 Sainte-Beuve, « Salammbô par Monsieur Gustave Flaubert. Suite de l’analyse », Le Constitutionnel, 1 (...)
5Dans ce désert ténébreux, dans ce chaos apocalyptique, l’orage apparaît comme une projection extérieure de l’état d’âme des deux amants : l’orage atmosphérique est la métaphore de l’orage intérieur. Il s’agit bien d’un orage de passion. Sainte-Beuve se rappellera cette scène hautement romantique en lisant Salammbô : « On a là, en définitive, le pendant de la scène d’Atala et de Chactas dans le désert. Salammbô, comme Atala, succombe dans l’orage, au bruit du tonnerre, et il y a même en sus un incendie, l’incendie du camp. L’auteur n’a rien négligé de ce qui pouvait relever et accentuer la situation10. » Cette assimilation moqueuse n’a pas manqué de provoquer une réaction, quelque peu excessive, de la part de l’auteur du roman :
- 11 Lettre de Flaubert à Sainte-Beuve, 23-24 décembre 1862 ; Correspondance, éd. Jean Bruneau (et Yvan (...)
Ce n’est pas ma faute, non plus, si les orages sont fréquents dans la Tunisie à la fin de l’été. Chateaubriand n’a pas plus inventé les orages que les couchers de soleil, et les uns et les autres, il me semble, appartiennent à tout le monde. Notez d’ailleurs que l’âme de cette histoire est Moloch, le Feu, la Foudre. Ici le Dieu lui-même, sous une de ses formes, agit : il dompte Salammbô. Le tonnerre était donc bien à sa place. C’est la voix de Moloch resté en dehors. Vous avouerez de plus que je vous ai épargné la description classique de l’orage. Et puis mon pauvre orage ne tient pas en tout trois lignes, et à des endroits différents11 !
- 12 Ibid., p. 275. Et Flaubert ajoute, en continuant à accentuer le contraste avec son prédécesseur pou (...)
6L’argumentation de Flaubert comporte plusieurs strates, qui pourtant ne s’articulent pas étroitement et se contredisent même. D’abord, Flaubert dit ne pas avoir inventé l’orage (puisque l’on est en Tunisie !), mais, ensuite, il dit le contraire : c’est une invention destinée à mettre en place la relation métaphorique entre Mâtho, Moloch et la foudre. En fin de compte, Flaubert aura voulu dire en quelque sorte : c’est une invention, mais une invention bien placée. Mais il n’en reste pas là et suggère sans doute : en outre, c’est une invention bien écrite. Or bien écrire un orage, c’est ne pas l’écrire de façon « classique ». Dès lors, il faut se demander ce que veut entendre Flaubert par « classique ». Ce « classique » désigne Chateaubriand, comme la phrase tout au début de cette longue lettre le laisse entendre : « Mais vous me reprochez, vous-même, d’avoir fait un poème, d’avoir été classique dans le mauvais sens du mot et vous me battez avec Les Martyrs12 ! » Citons donc la description de l’orage, chateaubrianesque selon Sainte-Beuve, anti-chateaubrianesque selon Flaubert :
- 13 Salammbô, éd. Yvan Leclerc et Gisèle Séginger, dans Œuvres complètes, op. cit., t. III, p. 739.
« À moins, peut-être, que tu ne sois Tanit ?
— Moi, Tanit ! » se disait Salammbô.
Ils ne parlaient plus. Le tonnerre au loin roulait. Des moutons bêlaient, effrayés par l’orage.
« Oh ! approche ! reprit-il, approche ! ne crains rien13 !
7Carthage, Mégara, sa maison, sa chambre et les campagnes qu’elle avait traversées tourbillonnaient dans sa mémoire en images tumultueuses, et nettes cependant. Mais un abîme survenu les reculait loin d’elle, à une distance infinie.
- 14 Ibid., p. 742.
L’orage s’en allait ; de rares gouttes d’eau en claquant une à une faisaient osciller le toit de la tente14.
- 15 « Car la goutte coule goutte à goutte ; elle est un élément dans une série, et vit de cette success (...)
8Effectivement, on est très loin de la description de Chateaubriand ; on est au cœur du style flaubertien, avec cet éternel imparfait, avec cette syntaxe typiquement flaubertienne, comme celle de la phrase « Des moutons bêlaient, effrayés par l’orage », et enfin avec cette thématique des gouttes d’eau tombant « une à une », qu’a merveilleusement dégagée Jean-Pierre Richard à propos de Madame Bovary15. Mais l’orage flaubertien échappe-t-il toujours à la tonalité romantique ? Pas vraiment.
- 16 La Légende de saint Julien l’Hospitalier, éd. Stéphanie Dord-Crouslé et Pierre-Louis Rey, dans Œuvr (...)
Ayant allumé sa lanterne, il sortit de la cahute. Un ouragan furieux emplissait la nuit. Les ténèbres étaient profondes, et ça et là déchirées par la blancheur des vagues qui bondissaient.
Après une minute d’hésitation, Julien dénoua l’amarre. L’eau, tout de suite, devint tranquille, la barque glissa dessus et toucha l’autre berge, où un homme attendait. [...]
À chaque coup d’aviron, le ressac des flots la soulevait par l’avant. L’eau, plus noire que de l’encre, courait avec furie des deux côtés du bordage. Elle creusait des abîmes, elle faisait des montagnes, et la chaloupe sautait dessus, puis redescendait dans des profondeurs où elle tournoyait, ballotée par le vent16.
- 17 Trois contes, Paris, Librairie Générale Française, « Le Livre de poche », 1999, p. 124, note 2.
9Pierre-Marc de Biasi, dans son édition de Trois contes, note à juste titre que cet orage est décrit « sur un mode romantique » et que « Flaubert s’amuse à pasticher la tonalité romantique des “vies de saint” genre 183017 ». Sans doute faudrait-il déceler également dans ce passage le thème biblique de la « tempête apaisée ». En tout cas, on n’est pas très loin de la tempête de Chateaubriand, justement avec cette légende d’un saint.
- 18 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 469.
10Le sublime revient chez Flaubert, avec son dernier roman, mais dans un registre foncièrement parodique. On trouve le passage suivant dans le chapitre V : « Ils abordèrent la question du sublime. Certains objets sont d’eux-mêmes sublimes, le fracas d’un torrent, des ténèbres profondes, un arbre battu par la tempête18. » Ces trois clichés du sublime nous renvoient aux textes des auteurs romantiques comme Chateaubriand, mais aussi au texte de Flaubert lui-même, surtout le deuxième élément « ténèbres profondes », que nous venons de trouver dans la citation de La Légende de saint Julien l’Hospitalier. Auto-parodie ou auto-pastiche ? Fort probable. On pourrait en effet inventer l’entrée « Ténèbres » pour Le Dictionnaire des idées reçues, en le définissant ainsi : « Toujours profondes ». Quoi qu’il en soit, on sait que, selon Kant, le sublime est seulement dans la faculté de l’esprit, par conséquent, qu’aucun objet ou aucun phénomène n’est en soi sublime. En somme, celui de Bouvard et Pécuchet n’est que le fétichisme du sublime. Mais, déjà dans le chapitre II, ils ont poussé ce fétichisme jusqu’au bout :
- 19 À propos de ce passage, Florence Vatan fait remarquer une « autre figure du renversement : le passa (...)
- 20 Ibid., p. 385.
Quelque chose manquait au-delà pour compléter l’harmonie. Ils abattirent le plus gros tilleul de la charmille (aux trois quarts mort, du reste) et le couchèrent dans toute la longueur du jardin, de telle sorte qu’on pouvait le croire apporté par un torrent, ou renversé par la foudre19.
La besogne finie, Bouvard qui était sur le perron, cria de loin :
« Ici ! on voit mieux !
— Voit mieux », fut répété dans l’air20.
- 21 Madame Bovary, op. cit., p. 200-201.
11Tout se passe comme s’il suffisait d’inventer la trace imaginaire de la tempête pour en avoir une. On a bien affaire à un simulacre de tempête ; et ce simulacre engendre précisément des échos : « Voit mieux ». Décidément, Bouvard et Pécuchet ne voient rien, sauf leur propre fantasme fétiche du sublime. Un tel simulacre ordonne également le fantasme qu’Emma a de la vie parisienne : « Paris, plus vague que l’Océan, miroitait donc aux yeux d’Emma dans une atmosphère vermeille. [...] C’était une existence au-dessus des autres, entre ciel et terre, dans les orages, quelque chose de sublime21. » Ce « quelque chose de sublime » n’est rien d’autre que le simulacre du sublime. Océan, ciel, orage, tous ces éléments du sublime pittoresque n’obsèdent pas moins Emma que les deux jardiniers amateurs du jardin pittoresque codé par l’esthétique du sublime.
Les parapluies ou le para-romantisme
12Abordons maintenant le thème du parapluie, que nous mettrons en regard de celui de l’orage, deux thèmes étroitement liés par Philippe Hamon :
- 22 Philippe Hamon, « Du parapluie », dans L’Événement climatique et ses représentations (XVIIe siècle (...)
Le préfixe para- devient le préfixe emblématique d’un siècle confortable hanté par la protection : le vent, jadis instrumentiste naturel de la harpe éolienne romantique, est maîtrisé par des systèmes de ventilation et par le paravent (le « courant d’air » est la hantise de Bouvard et de Pécuchet), le feu par le pare-feu et le calorifère, le tonnerre avec sa foudre, ingrédients obligés de toute description de tempête, par le paratonnerre [...], la pluie par le parapluie22 [...].
- 23 « [...] le milieu [décrit dans les premières lignes de L’Éducation sentimentale de 1869] est évoqué (...)
13Cette remarque relative au préfixe « para » est particulièrement précieuse pour notre propos. D’ailleurs, Philippe Hamon cite deux romans de Flaubert, L’Éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet, précisément en rapport avec le thème de l’orage, pour montrer que la tempête flaubertienne apparaît comme l’« exacte antithèse ironique » de la tempête romantique23. Pour notre part, citons deux orages romanesques (avec deux parapluies) que le critique ne mentionne pas, afin d’analyser le fonctionnement des parapluies flaubertiens :
- 24 Madame Bovary, op. cit., p. 378. Rappelons, avec Jean-Pierre Saïdah, que la monarchie de Juillet es (...)
Il [Léon] la vit seule, le soir, très tard, derrière le jardin, dans la ruelle ; — dans la ruelle, comme avec l’autre ! Il faisait de l’orage, et ils causaient sous un parapluie à la lueur des éclairs.
Leur séparation devenait intolérable.
« Plutôt mourir ! » disait Emma24.
14« Plutôt mourir ! » : parole creuse, et répétée, c’est-à-dire que la même parole a sans doute déjà été adressée à « l’autre », à Rodolphe, d’ailleurs à maintes reprises, alors que personne n’est capable de mourir deux fois (en revanche, il est possible d’avoir deux amants). Bien évidemment, cet orage n’a rien à voir avec la tempête qui frappe Atala et Chactas, modèle idéal pour les deux amants amateurs d’écrivains romantiques. En effet, la présence du parapluie dévalue et dé-romantise toute cette scène qui aurait dû être romantique ou sublime. Dans l’article cité plus haut, Philippe Hamon met en exergue le passage suivant des Mémoires d’Outre-Tombe (II, 17) : « Mme de Chateaubriand [...] avait jeté son parapluie pour mieux entendre le tonnerre. » Si Emma avait voulu être une véritable héroïne romantique, elle aurait dû, au moins, jeter son parapluie. Ainsi, le parapluie marque la frontière entre le romantique et le post-romantique ou, au mieux le para-romantique.
15L’expression para-romantique pourrait être prise dans les deux sens du préfixe : en premier lieu, au sens de « protéger » ou de « garantir contre », comme dans « parapluie » ou « parachute » ; en second lieu, au sens de « contraire à » ou de « à côté de », comme dans « paradoxe » ou « paranormal ». Ce néologisme signifie donc, avec une ambiguïté assumée : se protéger contre le romantisme, s’opposer au romantisme, ou s’y tenir à côté. Autrement dit, le para-romantique signifie simultanément l’anti-romantique et le romantisme paradoxal. Passons maintenant au second parapluie :
- 25 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 561.
Le vent chassait, balayait la pluie dans l’air. [...]
Le maigre paletot de Pécuchet n’avait plus un fil de sec. L’eau coulait le long de son échine, entrait dans ses bottes, dans ses oreilles, dans ses yeux, malgré la visière de la casquette Amoros. Le curé, en portant d’un bras la queue de sa soutane, se découvrait les jambes, et les pointes de son tricorne crachaient l’eau sur ses épaules comme des gargouilles de cathédrale.
Il fallut s’arrêter, et tournant leur dos à la tempête, ils restèrent face à face, ventre contre ventre, en tenant à quatre mains le parapluie qui oscillait25.
- 26 Prenons comme exemple les casquettes de Pécuchet. On se souvient de l’apparition simultanée dans le (...)
16Tous ces éléments — le paletot, les bottes et la casquette de Pécuchet, la soutane et le tricorne de l’abbé Jeufroy, et surtout son parapluie — sont chargés de riches connotations comiques, sans parler de tous ces éléments corporels évoqués. Avant ce passage, situé au chapitre IX, on a déjà traversé des centaines de pages au cours desquelles tous ces objets matériels et éléments corporels ont eux aussi subi des mésaventures burlesques26.
- 27 Ibid., p. 415. Dans l’épisode de la géologie se présente un autre parapluie non moins significatif (...)
- 28 Ibid., p. 516.
- 29 Le couple de la casquette de Pécuchet et du parapluie du curé renvoie donc à la querelle du magnéti (...)
17La première apparition du parapluie de l’abbé dans le roman se situe au chapitre III, dans la conversation avec deux amateurs de géologie : « [...] — et malgré la chaleur, ils restèrent debout pendant longtemps, à interroger l’ecclésiastique qui s’abritait sous un parapluie de coton bleu. Il avait le bas du visage un peu lourd avec le nez pointu, souriait continuellement, ou penchait la tête en fermant les paupières27. » Le parapluie de l’abbé apparaît comme faisant partie intégrante de son portrait. Il s’agit décidément d’un « curé-parapluie » à l’instar du « roi-parapluie » Louis-Philippe. Une centaine de pages plus loin, dans le chapitre VIII, après la démonstration publique du magnétisme animal, Bouvard et Pécuchet s’interrogent sur la cause de leur échec et retrouvent le même parapluie : « Cela tenait-il à la température, ou à l’odeur du tabac, ou au parapluie de l’abbé Jeufroy, qui avait une garniture de cuivre — métal contraire à l’émission fluidique28 ? » Certains parapluies fonctionnent-ils aussi comme « para-magnétismes29 » ?
- 30 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 513-514.
- 31 Jean-Pierre Richard, « La création de la forme chez Flaubert », dans Littérature et sensation Stend (...)
- 32 Madame Bovary, op. cit., p. 378.
18Par ailleurs, ces « gargouilles de cathédrale » sont pourvues d’une virtualité comique extraordinaire : le mot « gargouille » est un hapax au moins dans la partie narrative du roman. En revanche, on trouve un « gargouillement » au chapitre VIII, toujours dans l’épisode du magnétisme animal, plus précisément celui de l’animal magnétisé : « Les gargouillements que l’on entendait dans le ventre de la vache provoquèrent des borborygmes au fond de leurs entrailles. [...] l’espérance jaillit dans un paquet de matières jaunes éclatant avec la force d’un obus30. » Ces deux « gargouillements » du liquide s’opposent radicalement au « symbolisme de la goutte31 » perceptible dans Madame Bovary : « [...] elle alla chercher son ombrelle, elle l’ouvrit. [...] Elle souriait là-dessous à la chaleur tiède ; et on entendait les gouttes d’eau, une à une, tomber sur la moire tendue32. » Autrement dit, le parapluie de l’abbé Jeufroy s’oppose, de manière profonde et intrinsèque, à l’ombrelle d’Emma.
19Quoi qu’il en soit, tout comme Pécuchet, Flaubert semble « tourn[er] le dos à la tempête » romantique de façon définitive, ce qu’implique justement ce parapluie tenu « à quatre mains ». Il existe une rupture irrémédiable entre deux « ventre contre ventre », d’une part, ceux de Pécuchet et l’abbé, et d’autre part, ceux de saint Julien et Jésus ; entre deux séries de martyrs, ceux de Chateaubriand, d’un côté, ceux de Pécuchet et de l’abbé, de l’autre. La « lutte d’érudition » de ces derniers, en effet, tourne principalement autour des martyrs. Or leur « face à face » se trouve réduit de façon grotesque au « ventre contre ventre » pour ainsi dire :
- 33 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 562.
— Et quand même ! », objecta le Prêtre, en secouant de colère son parapluie, « on ne peut les appeler des martyrs. Il n’y en a pas en dehors de l’Église.
— Un mot ! Si la valeur du martyr dépend de la doctrine, comment servirait-il à en démontrer l’excellence ? »
La pluie se calmait ; jusqu’au village ils ne parlèrent plus33.
20L’abbé se montre ainsi le plus dogmatique, « en secouant de colère son parapluie », objet iconique de la médiocrité bourgeoise. Toutefois, l’argument sceptique que Pécuchet présente pour faire tomber l’abbé dans un cercle vicieux met brusquement fin à leur lutte d’érudition ainsi qu’à l’orage. La fin de la discussion orageuse correspond à la dissipation de l’orage, mais cette correspondance ne contribue aucunement à rendre cette scène sublime : le sublime a basculé dans l’ère para-romantique.
- 34 Lettre de Flaubert à Léon Hennique, 2-3 février 1880 ; Correspondance, op. cit., t. V, 2007, p. 811
- 35 Lettre de Flaubert à Louise Colet, 16 janvier 1852 ; Correspondance, op. cit., t. II, 1980, p. 31.
21Depuis le face à face prétendument romantique sous le parapluie (Emma et Léon), en passant par le face à face sous la tente (Salammbô et Mâtho), romantique selon Sainte-Beuve, anti-romantique selon Flaubert, et le face à face romantique et biblique dans la barque (Julien et le lépreux), jusqu’à celui post-romantique sous le parapluie (Pécuchet et l’abbé Jeufroy), l’orage flaubertien apparaît sous de multiples visages, mais toujours dans un style propre à chaque œuvre. Car, en reprenant deux lettres de Flaubert, on pourrait soutenir que la tempête de saint Julien est tout aussi vraie que celle de Pécuchet (« La Tempête de Racine est tout aussi vraie que celle de Michelet. Il n’y a pas de vrai. Il n’y a que des manières de voir34 »), dans la mesure où précisément le style est une manière absolue de voir les choses (« [...] le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses35 »). Citons enfin l’orage qui frappe Flaubert lui-même dans son jardin :
- 36 Lettre de Flaubert à Louise Colet, 12 juillet 1853 ; ibid., p. 381.
Ce n’est pas sans un certain plaisir que j’ai contemplé mes espaliers détruits, toutes les fleurs hachées en morceaux, le potager sens dessus dessous. En contemplant tous ces petits arrangements factices de l’homme que cinq minutes de la Nature ont suffi pour basculer, j’admirais le Vrai Ordre se rétablissant dans le faux ordre. [...] Y a-t-il rien de plus bête que des cloches à melon36 ?
- 37 À ce sujet, voir mon ouvrage, Bouvard et Pécuchet, roman philosophique. Une archéologie comique des (...)
22Ainsi, l’orage fait éclater les cloches à melon, espèce de parapluie pour les melons, fruit emblématique du jardin de Bouvard et Pécuchet37. Il apparaît décidément que le dernier roman de Flaubert s’inscrit dans un univers para-romantique.
Notes
1 Alain Corbin résume cette articulation météo-esthétique (la tempête et le sublime) : « On ne saurait sous-estimer le rôle joué par l’imposition du code du sublime sur l’attention accordée aux météores [...]. [...] l’expérience de l’orage, de l’ouragan, de la tempête comme, d’une manière générale, le regard porté sur les espaces illimités, la montagne, la mer, la forêt, le désert, les grandes plaines, jusqu’alors objets de détestation, s’en trouvent profondément renouvelés » (Le Ciel et la mer, Paris, Flammarion, « Champs », 2014, p. 23).
2 Sous la direction d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold, Jean-Paul Sermain, Paris, Desjonquères, « L’esprit des lettres », 2007.
3 Novembre, éd. Claudine Gothot-Mersch, dans Œuvres de jeunesse, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, 2001, p. 768.
4 Ibid., p. 820.
5 « Passage inspiré de Chateaubriand, de ses descriptions de l’Amérique et de l’apostrophe célèbre de René : “Levez-vous vite, orages désirés” » (ibid., p. 1504, note 70).
6 L’Éducation sentimentale (1845), éd. Claudine Gothot-Mersch, dans Œuvres de jeunesse, op. cit., p. 1032.
7 Flaubert reviendra à ces topos romantiques dans Le Dictionnaire des idées reçus qu’il a commencé à rédiger dès la fin des années 1840 : « Keepsake. Doit se trouver sur la table d’un salon » (Bouvard et Pécuchet, éd. Anne Herschberg Pierrot et Jacques Neefs, dans Œuvres complètes, op. cit., t. V, 2021, p. 1171) ; « Lac. Avoir une femme près de soi, quand on se promène dessus » (ibid., entrée biffée) ; « Lune. Inspire la mélancolie. Est peut-être habitée ? » (ibid., p. 1173) ; « Ruines. Font rêver, et donnent de la poésie à un paysage » (ibid., p. 1184, entrée biffée).
8 Madame Bovary, éd. Jeanne Bem, dans Œuvres complètes, op. cit., t. III, 2013, p. 181. Yvon Le Scanff fait remarquer à juste titre que « L’“immense océan dans sa fureur” (Kant, Critique de la faculté de juger), l’“océan agité par la tempête” (Schiller, « Fragment sur le sublime ») [...] sont devenus des stéréotypes du sublime de puissance et de terreur » (Le Paysage romantique et l’expérience du sublime, Seyssel, Champ Vallon, « Pays/Paysages », 2007, p. 83). Par ailleurs, la ruine formant un couple inséparable avec la tempête chez des romantiques comme Emma, la phrase citée du roman se termine ainsi : « et la verdure seulement lorsqu’elle était clairsemée parmi les ruines ». Le narrateur dénonce cette « consommation immédiate de son cœur » qui motive cette perception « sentimentale » de la nature : « [...] elle rejetait comme inutile tout ce qui ne contribuait pas à la consommation immédiate de son cœur, — étant de tempérament plus sentimentale qu’artiste, cherchant des émotions et non des paysages. » L’opéra Lucie de Lammermoor lui donnera plus tard l’occasion d’une telle consommation précisément dans l’atmosphère d’une tempête : « Elle s’emplissait le cœur de ces lamentations mélodieuses qui se traînaient à l’accompagnement des contrebasses, comme des cris de naufragés dans le tumulte d’une tempête » (Madame Bovary, op. cit., p. 348).
9 Chateaubriand, Atala, dans Atala suivi de René, éd. Jean-Claude Berchet, Paris, Librairie Générale Française, « Le Livre de poche », 2007, p. 101.
10 Sainte-Beuve, « Salammbô par Monsieur Gustave Flaubert. Suite de l’analyse », Le Constitutionnel, 15 décembre 1862.
11 Lettre de Flaubert à Sainte-Beuve, 23-24 décembre 1862 ; Correspondance, éd. Jean Bruneau (et Yvan Leclerc pour le tome V), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. III, 1991, p. 281. C’est Flaubert qui souligne.
12 Ibid., p. 275. Et Flaubert ajoute, en continuant à accentuer le contraste avec son prédécesseur pour mettre en avant ses « procédés du roman moderne » : « Or, le système de Chateaubriand me semble diamétralement opposé au mien ? Il partait d’un point de vue tout idéal. Il rêvait des martyres typiques. Moi, j’ai voulu fixer un mirage en appliquant à l’Antiquité les procédés du roman moderne, et j’ai tâché d’être simple » (ibid., p. 276). Flaubert s’efforce ainsi de tracer une ligne de coupure entre le procédé « classique » (romantique) et le procédé « moderne » (post-romantique). Pierre-Marc de Biasi, dans son édition du Voyage en Égypte, souligne cette coupure séparant les romantiques et Flaubert, à propos de la sensibilité météorologique : « [...] Flaubert cherche à dire l’intensité de l’impact météorologique sur la psychologie, mais en prenant l’exact contre-pied des métaphores romantiques : le ciel, qui n’est pas un ciel rêvé, recomposé ou inventé, mais un ciel vécu et subi, ne correspond nullement à la projection extérieure d’un état d’âme ni à l’universalisation phantasmée d’un sentiment. C’est, à l’état brut, le milieu qui enveloppe, pénètre et transforme le corps et la subjectivité. Ce phénomène est particulièrement sensible dans le cas de violentes intempéries » (Voyage en Égypte, Paris, Grasset, 1991, p. 66).
13 Salammbô, éd. Yvan Leclerc et Gisèle Séginger, dans Œuvres complètes, op. cit., t. III, p. 739.
14 Ibid., p. 742.
15 « Car la goutte coule goutte à goutte ; elle est un élément dans une série, et vit de cette successivité même. Dans l’engourdissement du désir, dans la continuité de son ruissellement elle apporte un élément de brisure régulière qui suscite une demi-conscience » (Jean-Pierre Richard, « La création de la forme chez Flaubert », dans Littérature et sensation Stendhal Flaubert, Paris, Seuil, « Points », 1954, p. 160).
16 La Légende de saint Julien l’Hospitalier, éd. Stéphanie Dord-Crouslé et Pierre-Louis Rey, dans Œuvres complètes, op. cit., t. V, p. 273-274.
17 Trois contes, Paris, Librairie Générale Française, « Le Livre de poche », 1999, p. 124, note 2.
18 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 469.
19 À propos de ce passage, Florence Vatan fait remarquer une « autre figure du renversement : le passage de la sublimité individuelle au narcissisme vain » (« Le sublime et le grotesque dans Bouvard et Pécuchet », dans Le Sublime et le Grotesque, sous la direction de Jan Miernowski, Genève, Droz, 2014, p. 282).
20 Ibid., p. 385.
21 Madame Bovary, op. cit., p. 200-201.
22 Philippe Hamon, « Du parapluie », dans L’Événement climatique et ses représentations (XVIIe siècle – XIXe siècle), histoire, littérature, musique et peinture, op. cit., p. 493. Signalons au passage qu’au début les courants d’air n’obsèdent que Pécuchet : « Bouvard, — à cause de l’odeur sans doute, demanda la permission d’ouvrir la fenêtre. “Les papiers s’envoleraient !” s’écria Pécuchet qui redoutait, en plus, les courants d’air » (Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 353). Mais, au chapitre III, dans l’épisode médical, Bouvard finit par partager la même obsession : « S’attristant mutuellement, ils regardaient leur langue, se tâtaient le pouls [...] et redoutaient le froid, la chaleur, le vent, la pluie, les mouches, principalement les courants d’air » (ibid., p. 408). L’obsession des courants d’air vient donc avec celle de la pluie. Le paravent se conjugue ainsi avec le parapluie. Cette obsession bourgeoise figure naturellement dans Le Dictionnaire des idées reçues : « Air. Courants d’air. Toujours s’en méfier [...] » (ibid., p. 1136).
23 « [...] le milieu [décrit dans les premières lignes de L’Éducation sentimentale de 1869] est évoqué selon également les règles de la tempête romantique, comme un chaos d’éléments (“tourbillons”, “nuées”, “tapage”, “tumulte”). Mais ce “tableau” descriptif peut cependant être lu comme l’exacte antithèse ironique, motif pour motif, du fameux tableau d’Horace Vernet (Musée Calvet, Avignon) [...] » (Philippe Hamon, art. cit., p. 495).
24 Madame Bovary, op. cit., p. 378. Rappelons, avec Jean-Pierre Saïdah, que la monarchie de Juillet est une « monarchie du parapluie » où règne Louis-Philippe, surnommé le Roi-Parapluie, qui se plaisait à sortir prendre des bains de foule, un parapluie à la main. Saïdah fait remarquer également : « Au parapluie se trouve associé le discours bourgeois ou petit-bourgeois sur le temps qu’il fait et les préoccupations météorologiques. Les Bovary possèdent un baromètre, de même que Madame Aubain, dans Un Cœur simple. Tout le monde se souvient des discours sur le temps d’Homais et surtout de la place que tiennent chez Bouvard et Pécuchet les instruments météorologiques comme le thermomètre et le baromètre dont ils furent d’ailleurs trompés » (« La canne, la pantoufle et le parapluie », Modernités, n° 9, 1997, p 9-40).
25 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 561.
26 Prenons comme exemple les casquettes de Pécuchet. On se souvient de l’apparition simultanée dans le roman de la casquette et de son porteur : « Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue » (Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 349). Dans le chapitre VIII, la casquette de Pécuchet, plus précisément celle « dont il avait pris le modèle dans l’atlas d’Amoros » (ibid., p. 524), joue un rôle hautement important en déclenchant l’état hypnotique chez Pécuchet (le médecin Vaucorbeil explique à celui-ci que « la visière vernie vous hypnotise comme un miroir »). On ne saurait trop souligner l’importance à la fois narrative et épistémologique de cette casquette, dans la mesure où le médecin la convoque en guise de preuve décisive en faveur de la nouvelle théorie à laquelle il adhère, c’est-à-dire l’hypnotisme, opposé au magnétisme animal pratiqué clandestinement par les deux bonshommes.
27 Ibid., p. 415. Dans l’épisode de la géologie se présente un autre parapluie non moins significatif que celui de l’abbé : « Bouvard préférait une canne-parapluie, ou parapluie-polybranches, dont le pommeau se retire, pour agrafer la soie contenue, à part, dans un petit sac » (ibid., p. 418).
28 Ibid., p. 516.
29 Le couple de la casquette de Pécuchet et du parapluie du curé renvoie donc à la querelle du magnétisme qui les ont opposés dans le chapitre précédent.
30 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 513-514.
31 Jean-Pierre Richard, « La création de la forme chez Flaubert », dans Littérature et sensation Stendhal Flaubert, op. cit., p. 160.
32 Madame Bovary, op. cit., p. 378.
33 Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 562.
34 Lettre de Flaubert à Léon Hennique, 2-3 février 1880 ; Correspondance, op. cit., t. V, 2007, p. 811.
35 Lettre de Flaubert à Louise Colet, 16 janvier 1852 ; Correspondance, op. cit., t. II, 1980, p. 31.
36 Lettre de Flaubert à Louise Colet, 12 juillet 1853 ; ibid., p. 381.
37 À ce sujet, voir mon ouvrage, Bouvard et Pécuchet, roman philosophique. Une archéologie comique des idées au XIXe siècle, Saint-Denis, Presses Universitaires de Vincennes, « Manuscrits modernes », 2022, en particulier le chapitre 5 « Classification végétale », p. 67-73, et la conclusion, p. 325-334.
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Référence électronique
Atsushi Yamazaki, « Orages, tempêtes et parapluies : le para-romantisme de Flaubert », Flaubert [En ligne], 35 | 2026, mis en ligne le 14 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/flaubert/7767 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16ljd
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