Navigation – Plan du site

AccueilNuméros8DossierGraver la terre, une inclinaison ...

Dossier

Graver la terre, une inclinaison photographique

Gilles Saussier

Résumés

Comment témoigner des relations entre vécu paysan, paysage agricole et industrie agro-alimentaire comme de l’évolution du territoire rural et de ses représentations ? Dans les travaux de Nina Ferrer-Gleize, le sol agricole devient lieu d’enquête et milieu de nouveaux régimes d’attention, d’observation et de sensibilité. En s’inclinant, la photographe se rapproche d’une anthropologie du tactile. Le sol agricole devient une plaque sensible et une métaphore de la révélation photographique.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Jusqu’en 2020, l’INSEE définissait le rural comme l’ensemble des communes n’appartenant pas à une u (...)

1Érodé par l’artificialisation des terres agricoles – celles-ci représentent deux tiers des 20 000 à 30 000 hectares détruits chaque année en France –, l’espace rural français1 est aujourd’hui devenu une ZAD, non pas seulement à Notre-Dame-des-Landes, à Drucat, à Roybon, à Bure, à Sainte-Soline ou encore dans le Triangle de Gonesse, mais à l’échelle des 225 000 km2 de sols cultivés, boisés ou d’herbages qui le constituent encore pour moitié et qui ne cessent d’être dévorés à un rythme quatre fois supérieur à celui de la croissance démographique. Pourtant, peu d’œuvres documentaires, peu de corpus photographiques ont émergé en France depuis la fin du xxe siècle pour rendre compte de l’évolution du territoire rural et de ses rapports avec le champ artistique et littéraire contemporain. La thèse de doctorat en Création artistique et littéraire, « L’agriculture comme écriture, figures et inscriptions du vécu paysan » soutenue en 2021 par la photographe et chercheuse Nina Ferrer-Gleize, permet d’ouvrir une réflexion sur cette absence depuis un « site spécifique » : la ferme familiale de Mirabel, située à Vernoux-en-Vivarais en Ardèche sur quarante hectares, a été reprise depuis 1993 par l’oncle de la photographe, Jean-Louis Gleize, éleveur laitier et paysan, tout à la fois conforme et atypique. Conforme parce qu’il cède au géant agro-alimentaire Danone la totalité de sa production laitière comme 5 400 autres éleveurs français. Atypique parce que Jean-Louis Gleize n’a jamais voulu signer le contrat qui le lie au groupe agro-alimentaire et qu’il s’impose des exigences environnementales et de bien-être animal dont son encombrant client n’a que faire.

Nina Ferrer-Gleize, « Signer, capture vidéo, 2019 », in L’Agriculture comme écriture

Nina Ferrer-Gleize, « Signer, capture vidéo, 2019 », in L’Agriculture comme écriture

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

  • 2 Marguerite Duras, Les Mains négatives, 14’, 1979.

2Ce contrat, rempli nuitamment par le passage du collecteur de lait et de son camion-citerne, mais non parafé, « main négative2 », est l’un des éléments dialectiques sur lesquels s’échafaude le corpus photographique, littéraire et archivistique de « L’agriculture comme écriture, figures et inscriptions du vécu paysan ». Dialectique entre ce qui s’écrit sur le site de la ferme de Mirabel, et l’espace blanc infini des usines Danone, non-site de millions de litres de lait collectés chaque année, dont le white cube des lieux d’art contemporain où se trouve exposé le travail photographique de Nina Ferrer-Gleize (Le Bleu du Ciel à Lyon en 2021, GwinZegal à Guingamp en 2023) figure le nuage abstrait. Dans cet écart, entre Mirabel et Danone, Nina Ferrer-Gleize affronte les mêmes contradictions que les artistes précurseurs du Land Art et du site-specific : comment transposer une recherche artistique produite dans l’espace d’une ferme d’Ardèche dans l’espace blanc d’une thèse ou d’une galerie d’art ? Pour y répondre, l’artiste américain Robert Smithson, auteur des Monuments de Passaic (1967) et des Land-reclamation projects (1971-1973), projets de réhabilitation de sites et de sols dégradés, rêvait d’un « truc va-et-vient » qui inciterait les visiteurs des galeries d’exposition à effectuer le voyage en sens inverse du non-site vers le site :

  • 3 Cité par Suzanne Paquet in « Une nouvelle topographie ou l’art de la périphérie », Nouvelle revue d (...)

Eh bien, en ce qui me concerne, l’œuvre est là dans le musée, abstraite, et elle est là pour qu’on la regarde, mais vous êtes projeté loin d’elle. Vous êtes d’une certaine façon renvoyé vers les bordures du site. Le site est un endroit que vous pouvez visiter et cela suppose le voyage comme l’une des possibilités3.

  • 4 Ibid.

3Smithson cherchait à créer une nouvelle topographie et à placer le spectateur dans cet intervalle entre site et non-site qui marque aussi l’écart entre le vu (sight) et le non-vu (non-sight)4.

La photographie, une archéologie du seuil

4La topographie du monde agricole qui transparaît dans la recherche de Nina Ferrer-Gleize est celle d’un milieu ouvert et évolutif, agi et agissant, travaillé par de multiples forces et influences extérieures, un environnement poreux, dynamique, dialogique, en négociation perpétuelle de ses usages, de son expression, de ses représentations. La ferme n’est pas cet espace clos, nostalgique, sur le point de s’éteindre, tisonnant sa sagesse et ses valeurs ancestrales à l’écart du monde moderne. C’est au contraire un espace connecté, traversé et traversant, enchevêtré de normes règlementaires, d’outillage agricole, de semences hybrides, d’engrais minéraux et organiques, de relevés GPS, tout autant que d’empreintes de sabots, de pierres de sel, de noms de velles (Reine, Richesse, Roquette, Rosalie, Regain, Royaume…). Monde soumis à la logique de l’optimisation des flux comme la plupart des activités humaines aujourd’hui et dont la fluidification n’a cessé de s’accélérer comme le requiert l’agro-industrie.

  • 5 Mathieu Quet, Comment la pensée logistique gouverne le monde, Paris, La Découverte, 2022.

5Dans Flux, comment la pensée logistique domine le monde5, le sociologue Mathieu Quet estime qu’un double mouvement d’abstraction a transformé l’environnement agricole : il a d’abord été converti en un ensemble de flux canalisables, qui ont été ensuite démultipliés par la mise au point d’outils techniques (silos, élévateurs à grains…) qui font du lait, du grain, de la viande une matière en vrac à manipuler et valoriser sur les marchés internationaux. Cette abstraction n’affecte pas seulement les modes d’inscription des agriculteurs dans leur environnement socio-naturel, mais réorganise aussi les circulations symboliques, car ce ne sont pas seulement les processus productifs (du travail), mais aussi les processus de sémiose (d’élaboration et de traitement du sens) qui sont exploités par l’économie. Sitôt transvasé dans le camion-citerne, le lait produit par Jean-Louis Gleize se trouve dès le seuil de la ferme mélangé au lait collecté dans toutes les exploitations voisines, perdant irrémédiablement sa signature et son goût. Ne pas acter son contrat est une forme de résistance passive face à cette dilution des hommes, des bêtes, du biotope dont l’acceptation est la condition de la survie économique de l’agriculteur.

  • 6 Fernand Deligny, Nous et l’innocent, textes choisis et présentés par Isaac Joseph, Paris, Éditions (...)

6À cet éparpillement de la valeur travail, Nina Ferrer-Gleize oppose le détournement symbolique des outils de traçage et de puçage du cheptel. Se saisissant d’un GPS, elle relève avec son oncle les divagations nocturnes du troupeau sur des tracés cartographiques. L’artiste confronte son écriture photographique à celles des lignes d’erres des ruminants, comme le fit autrefois Fernand Deligny des trajets coutumiers des enfants autistes dans les Cévennes6. Ces tracés révèlent des nœuds et des itinérances qui sont autant d’énigmes et de semis de points qui échappent à l’emprise de la transparence logistique. Elles imagent un commun des hommes et des bêtes, un être-ensemble qui ne se réduit pas aux mètres cubes de lait à fournir. On peut en dire, comme Anne Querrien à propos des cartographies de Fernand Deligny :

  • 7 Anne Querrien, « Fernand Deligny, imager le commun », Multitudes, no 24, 2006/1, p. 167-174.

L’espace est fait de tourbillons pour l’un et de technologies de vision pour l’autre, et l’espace commun est la trace de l’un dans l’autre, la condition de l’accueil de l’un par l’autre, de la vie en commun, de la constitution du réseau. Leur société n’est pas transparente, ni à eux, ni aux autres ; les visions, les pratiques communes sont partielles, au sein du nous dans lequel évolue le réseau7.

Nina Ferrer-Gleize, « Tracé GPS du 08/08/18, 7 h 28 - 21 h 49. La traite »

Nina Ferrer-Gleize, « Tracé GPS du 08/08/18, 7 h 28 - 21 h 49. La traite »

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

7Tout autant qu’une réflexion sur la figuration littéraire, picturale ou photographique des paysans, L’Agriculture comme écriture est une démarche réflexive et expérimentale sur la manière dont une artiste-chercheuse entre en contact intellectuellement, mais aussi corporellement avec le foisonnement des formes de vivant présentes sur une exploitation agricole. Ainsi, cette recherche n’a pas seulement été écrite et photographiée mais elle a été aussi et surtout maniée. Maniée comme un outil rustique, maniée comme on manie les bêtes, maniée comme un drap ou une bâche agricole qu’on ne peut envisager de plier et de déplier seul. L’espace de la ferme de Mirabel, son sol, son substrat, sa mince pellicule arable qu’empruntent et gravent hommes et bêtes, écrivent cette recherche, tout autant que Nina Ferrer-Gleize la documente. Elle se mue en un processus interactif dans lequel les mains de l’autrice s’incorporent aux mains non artistiques des autres acteurs.

  • 8 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #10 », courriel électronique, mai 2020.

En juillet 2017, j’ai accompagné JL semer dans un champ au-dessus de la ferme []. À un moment donné, nous décidons d’échanger les rôles. Je m’installe au volant du tracteur et JL prend l’appareil photo pour filmer. Je n’avais jamais conduit le tracteur auparavant, mais j’ai été très souvent assise sur le strapontin à l’arrière, y compris quand j’étais enfant. JL n’avait jamais fait de vidéo. Nous voilà tous les deux à la place et dans le rôle de l’autre ‒ apprenant l’un à l’autre8.

  • 9 Jonathan Crary, Techniques de l’observateur, Vision et Modernité au xixe siècle, Bellevaux, Édition (...)
  • 10 Harold Garfinkel, Recherches en ethnométhodologie, Paris, PUF, 1967.

8Les mains négatives et positives s’échangent, tantôt pressant l’appareil photographique, tantôt collectant les pierres à fleur de coteau, passant de la traite à la page, du tunnel agricole effondré sous la neige à l’espace abstrait du studio, faisant de l’espace de la ferme la camera obscura de ce travail de recherche. Dans Techniques de l’observateur, Vision et Modernité au xixe siècle9, l’essayiste et critique d’art Jonathan Crary rappelle la fonction première des chambres noires qui ne servaient pas tant à produire ni à recopier des images mais d’abord à observer le monde visible, à mener des investigations scientifiques, à se divertir. L’objet de la chambre photographique introduit sur le sol de la Ferme de Mirabel un dispositif matériel et discursif pour méditer et réfléchir sur le monde environnant, entrer en relation, faire parler, éprouver la défamiliarisation de lieux connus depuis l’enfance, cultiver son attention, « s’estranger » des choses vues mais jamais véritablement regardées. En tant que pratique, la photographie permet de faire rupture dans ce quotidien à la manière des « breaching experiments » du sociologue Harold Garfinkel qui, dans ses Recherches en ethnométhodologie10, recommandait au chercheur de se conduire parfois en invité dans son propre foyer, de ne pas trop parler, de faire répéter ses interlocuteurs, de poser des questions triviales, de se confronter à la banalité d’une ferme pour déconstruire la cohorte des images d’Épinal qui lui est associée.

9Pour le photographe ou le chercheur dont la sensibilité se transforme au contact de son enquête, l’espace d’une exploitation agricole n’est nulle part vide ou muet. Dans « État des lieux #11 », le journal de ses quatre années de terrain à Mirabel, partagé par mail tout au long de sa recherche, Nina Ferrer-Gleize écrit :

  • 11 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #11 », courriel électronique, septembre 2020.

Je n’ai eu qu’à prêter l’oreille, et surtout lire les signes, les textes, les lettres intraduisibles croisées partout sur la ferme, dans les murs, dans les cahiers, dans les sillons tracés. Aujourd’hui encore, j’ai fait le tour de l’étable, et partout je voyais des choses écrites, des dessins, des formes primitives inscrites sur des surfaces. Tout parle, tout écrit11.

Nina Ferrer-Gleize, « La mer, Vernoux-en-Vivarais, 2017 » in L’Agriculture comme écriture

Nina Ferrer-Gleize, « La mer, Vernoux-en-Vivarais, 2017 » in L’Agriculture comme écriture

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

  • 12 Romain Bertrand, Le Détail du monde : l’art perdu de la description de la nature, Paris, Seuil, « L (...)
  • 13 Cité par Romain Bertrand, in ibid., p. 94.

10La vision rapprochée que développe Nina Ferrer-Gleize dans sa recherche est proche du tactile, d’une anthropologie de surface qui par une position de tact, entre contrainte et astreinte, parviendrait à suggérer la profondeur de l’histoire et l’épaisseur biographique. Le premier geste du photographe n’est-il pas de passer un chiffon doux à l’avant et à l’arrière de son objectif, de polir ce qu’il observe et s’apprête à photographier ? Photographie comme art du surfaçage qui va du dépoli de l’appareil jusqu’à la fabrication de la surface de l’épreuve photographique. Une archéologie du seuil dans laquelle le photographe suggère la profondeur par la surface, mais ne fouille pas, s’en tient à la stricte surface des choses et des lieux. L’historien Romain Bertrand, dans Le Détail du monde : l’art perdu de la description de la nature12, oppose l’art du détail et « l’antique savoir des surfaces » au parti moderne de l’entaille – ou du labour en profondeur – qui prétend aller au fond des choses quitte à détruire ce qu’il observe – ou ce qu’il cultive. Contre la vulgate philosophique selon laquelle l’apparence des choses est trompeuse et ne serait qu’un ersatz de vérité, l’intérêt superficiel et presque enfantin pour les formes extérieures du vivant (la passion des scarabées ou des papillons) fut selon le naturaliste Alfred Russel Wallace « la seule chose » qui le mena avec Charles Robert Darwin à révolutionner la théorie de l’origine des espèces et de l’évolution : « Darwin et moi avions ce qu’il appelle “la pure passion de la collecte” et non celle d’étudier tel ou tel détail de la structure interne d’un insecte13 ».

  • 14 Ibid., p. 86.
  • 15 Bruno Latour, « Les Zones critiques et la redéfinition de la notion de territoire », conférence don (...)
  • 16 Bruno Latour, Où atterrir. Comment s’orienter en politique ?, Paris, La Découverte, 2017, p. 57 : « (...)

11Cet art du détail capable de distinguer sans disséquer, est aussi celui des savoirs zoologiques et botaniques des peuples autochtones souvent aussi sophistiqués que ceux de Linné ou Buffon : « Sait-on seulement […] que les Iban du Sarawak ont près de trente termes distincts pour désigner le riz selon le galbe de ses feuilles et la cambrure de sa tige, c’est-à-dire aux différents stades de maturation de ses épis14 ? » Ces savoir-faire propres aux agricultures vivrières ou traditionnelles ne doivent pas être opposés selon Bruno Latour15 aux technologies les plus avancées de monitoring scientifique et aux chercheurs qui équipent certaines zones critiques pour rendre compte du nouveau régime climatique. À leur manière, le savoir et la sensibilité que Jean-Louis Gleize transmet à sa nièce, combinés à la vision appareillée de la photographe, transforment le site de Mirabel en une zone critique comme une plaque sensible déployée à l’échelle de l’exploitation agricole. Leur dialogue reconstruit une sensibilité du sol, ce fin substrat sur lequel pousse et s’inscrit le vivant dans un contexte où ressurgissent les enjeux du terrestre. Longtemps appréhendées comme deux couches superposées, la géographie physique et la géographie humaine, souligne Bruno Latour, sont désormais confondues dans une géohistoire qui appelle le renouvellement des représentations du territoire rural16.

Photographie et style d’attention

  • 17 Pierre Rivière assassina à coups de serpe le 3 juin 1835 sa mère (qui était enceinte de six mois), (...)
  • 18 Pierre Rivière fut condamné à mort par la Cour d’assises du Calvados, mais sa peine fut commuée peu (...)
  • 19 Michel Foucault, Blandine Barret-Kriegel, et al., Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœu (...)

12L’Agriculture comme écriture, figures et inscriptions du vécu paysan fait dialoguer les figures littéraires et artistiques du monde paysan au xixe siècle et les problématiques contemporaines de la photographie documentaire. Le choix radical de cette césure spatiale et temporelle, permet à Nina Ferrer-Gleize de replacer au centre de sa recherche la figure disruptive et réfractaire d’un jeune paysan de Basse-Normandie, Pierre Rivière, qui signa en 1835 un triple meurtre17 et un fascinant texte d’une quarantaine de pages dans lequel il raconte son enfance et explique son geste. Ce mémoire autobiographique fut exhumé des pièces de son procès18 et publié par le philosophe Michel Foucault dans un ouvrage collectif Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère : un cas de parricide au xixe siècle19. Le choc littéraire que l’on éprouve à la lecture du témoignage de Pierre Rivière résulte non pas du fait divers, explique Nina Ferrer-Gleize, mais de la révélation d’une voix singulière, celle d’un jeune paysan qui parvient :

  • 20 Ibid., p. 57.

[…] à parler en son nom, alors même que sa langue, sa parole, son existence, ne sont pas validées par les classes auxquelles son écrit est destiné. Le texte qu’il écrit est d’ailleurs comme Rivière lui-même ; il se refuse à toute qualification précise. Il est idiot-matique, c’est-à-dire unique, spécifique à une langue propre, singulière20.

13Selon les témoignages recueillis en 1835, Pierre Rivière aurait été un enfant et un adolescent au comportement bizarre, un être asocial, un imbécile ou un fou, ce qui fit écrire à l’anthropologue Jeanne Favret-Saada qui participa à l’ouvrage de Michel Foucault :

  • 21 Jeanne Favret-Saada, in Michel Foucault, Blandine Barret-Kriegel, et al., Moi, Pierre Rivière, ayan (...)

Aux humbles le silence. Et ce n’est que justice si étouffant d’y être confiné, il vient à tel d’entre eux ce rire insensé qui dit le sens à mesure qu’il glace et qu’il déchire, ce rire perpétuel de Pierre Rivière dans les années qui précédent le meurtre, ce rire qui parle de l’intolérable21.

  • 22 Raymond Depardon, La Ferme du Garet, Arles, Actes Sud, 1984.

14Tout concourait pourtant à ce que figurent au centre d’une recherche sur les représentations du monde paysan les photographies, par trop familières de La Ferme du Garet de Raymond Depardon22, œuvre de référence sur le monde rural promue dans le cadre de la mission photographique de la Datar. François Hers, commanditaire de la mission de la Datar, confiait que la discrétion du monde paysan dans les photographies de la Datar, s’expliquait par le fait que la plupart des photographes commandités n’étaient pas issus du monde rural. Faute d’attaches personnelles, ces photographes ne se seraient pas sentis légitimes pour traiter du paysage rural. Par ailleurs l’aveuglement productiviste rendait le paysage rural de l’époque illisible, y compris pour les agriculteurs eux-mêmes, incapables d’une relation autre qu’instrumentale avec l’espace de leur ferme et avec le monde vivant qui le peuple. L’espace-temps dominé par la machine et l’industrie agro-alimentaire dans lequel évolueraient désormais les agriculteurs équivaudrait donc à une forme de cécité rurale à l’endroit du paysage.

15La recherche de Nina Ferrer-Gleize se démarque de cette logique binaire – voir, ne pas voir – de la mission de la Datar, qui prêtait aux artistes et aux commanditaires, presque tous masculins, la capacité par l’artialisation des paysages de révéler aux habitants la qualité esthétique des espaces qu’ils fréquentaient au quotidien, mais auraient été incapables de percevoir. Le style d’attention photographique développé dans L’Agriculture comme écriture, figures et inscriptions du vécu paysan évoque la tradition « home-based » de l’écriture naturaliste anglo-saxonne que revisite Estelle Zhong-Mengual dans Apprendre à voir, le point de vue du vivant à travers les figures longtemps sous-estimées de Gilbert White (1720-1793), d’Arabella Buckley (1840-1929), de Frances Theodora Parsons (1861-1952) ou encore de Mary Trent (1830-1923) qui écrivirent sur le vivant et sur la campagne depuis le point focal de leur foyer ou de leur jardin. Ces naturalistes « home-based » sont parvenus à développer un style d’attention distinct selon Estelle Zhong-Mengual de celui des naturalistes des expéditions dans des contrées sauvages et lointaines (wilderness) qui peuplent les paysages de symboles, mais laissent rarement la place à une altérité qui ne soit pas projetée.

  • 23 Estelle Zhong-Mengual, Apprendre à voir. Le point de vue du vivant, Arles, Actes Sud, 2021.

Entrer en relation avec le vivant […] dans le lieu où l’on vit, permet à linverse de déborder la seule pratique de lidentification : il devient possible dapercevoir les vivants autour de soi comme possédant des mœurs et des habitudes, parce quon les suit saison après saison23.

16Ce style d’attention participe d’un « infléchissement » et d’un « enrichissement d’une attention déjà potentiellement présente » qui transcende la contrainte domestique et familiale de la Ferme de Mirabel pour en faire un lieu d’apprentissage autodidacte et une plate-forme pour de nouvelles formes de socialisation. Chaque été, autour d’une projection et d’un repas, Nina Ferrer-Gleize organisait une veillée avec des agriculteurs voisins, des habitants de Vernoux-en-Vavrais, des personnes de passage et son oncle.

  • 24 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #9 », courriel électronique, mars 2019.

La première fois, nous avons regardé des baleines nager sur les murs des bâtiments agricoles ; comme les résurgences d’un temps archaïque où la mer recouvrait tout. La deuxième fois, nous avons manipulé de vieux outils agricoles, regardé des photographies d’archives, comparé les gestes de travail, retracé l’évolution des campagnes et de la ruralité. J’ai hâte des prochaines veillées24 [écrit-elle dans son journal de terrain du printemps 2019].

Une photographie oblique

Nina Ferrer-Gleize, double page de L’Agriculture comme écriture

Nina Ferrer-Gleize, double page de L’Agriculture comme écriture

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

  • 25 Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Paris, Gallimard, 1977, p. 71.

17La recherche de Nina Ferrer-Gleize permet aussi de penser la généalogie des représentations littéraires et artistiques ayant entretenu et construit depuis la seconde moitié du xixe siècle la permanence de l’illisibilité du territoire rural et la négation de la sensibilité paysanne, tels le roman avilissant et réactionnaire d’Honoré de Balzac, Les Paysans (1855) ou celui, caricatural, d’Émile Zola, La Terre (1887). Occultation, arriération et bestialisation qui se perpétuent à plus d’un siècle de distance dans le Grand prix de littérature de l’Académie française, Archives du nord (1977) de Marguerite Yourcenar évoquant des gueux à la veillée, après une journée à biner les navets, s’agglomérant près du feu comme des « larves » et goûtant « la chaleur et la promiscuité des corps, la nudité, interdite ailleurs, le petit frisson ou le petit ricanement de l’ignoble et de l’illicite25 ». Ou Pierre Jourde dans Pays perdu, Prix Générations du roman 2003, décrivant le valet de ferme d’un village du Cantal d’où est originaire sa famille :

  • 26 Pierre Jourde, Pays perdu, Paris, L’Esprit des péninsules, 2003.

[…] perdu de gros rouge, les yeux injectés de sang [] à peine capable darticuler ses mots ou encore la bouche pleine de potage, puant la vinasse et la sueur projetant dans lassiette de lécrivain les scories dune éruption spasmodique de mots, quelques fragments de vermicelle26.

  • 27 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #11 », courriel électronique, septembre 2020.
  • 28 Voir aussi la série de films documentaires Profils paysans (2001-2008) de Raymond Depardon.

18Le valet de ferme, dans l’imaginaire collectif, n’est pas seulement un paysan rappelle Nina Ferrer-Gleize, mais le plus pauvre des paysans, celui qui, sans terre, loue ses bras ou les dresse lorsqu’il incarne en terre cuite le ravi de la crèche. Il est « un simple », autrement dit, « un idiot qui incarne à la fois le fantasme idéaliste de l’homme humble qui se contente de peu, heureux de tout, et l’image cynique et méprisante du paysan rustre et stupide qui n’a pas de bon sens. Le santon, façonné en terre, est figé comme le sont ces représentations, mains en l’air, impuissant27 ». Et Nina Ferrer-Gleize d’ajouter qu’un valet de ferme aujourd’hui est un petit tracteur équipé de griffons pour déplacer ou charger les ballots de paille. N’en déplaise aux chroniqueurs littéraires (Pierre Jourde) ou cinématographiques (Raymond Depardon)28 de l’extinction de la société paysanne française et d’un territoire rural dans lequel il n’y aurait plus à lire que quelques traces éparses et nostalgiques de nos lointaines ascendances paysannes, l’espace rural n’est ni en voie de devenir muet, ni dans l’incapacité de s’écrire et de se représenter lui-même.

19L’illisibilité du territoire rural questionne non seulement la capacité de l’observateur à voir, mais plus encore à se pencher comme le révèle la belle étude de Nina Ferrer-Gleize sur l’œuvre du peintre et graveur Jean-François Millet, intitulée « La gravité des corps ployés ». Dans sa relecture de l’huile sur toile Des glaneuses (1857), Nina Ferrer-Gleize souligne que les gestes des paysannes pauvres courbées vers le sol pour ramasser le grain épars, sont historiquement antagoniques des gestes des arpenteurs et des surveyors chargés de mesurer et de tracer les lignes de partage afin de remembrer les terres au bénéfice des grands propriétaires terriens (enclosures).

Dorothea Lange, « Philippins coupant la laitue, Salinas, Californie, 1935 », Farm Security Administration

Dorothea Lange, « Philippins coupant la laitue, Salinas, Californie, 1935 », Farm Security Administration

© Library of Congress Online Catalog.

20L’activité d’arpentage et de mesure visuelle s’oppose aux droits coutumiers de glanage et à la vaine pâture liée à l’usage des communaux (commons). Les photographes sont historiquement les descendants de ces niveleurs et topographes employés par les propriétaires fonciers et par les accapareurs de terre pour éliminer tout ce qui offusque la vue et dérange la perspective. Ceci dès les expéditions de la nouvelle frontière à des fins économiques et militaires lors de la conquête de l’Ouest américain (1860-1880) jusqu’à la délégation à l’aménagement du territoire (Datar) qui préempta 10 000 hectares au cœur du delta du Rhône entre 1966 et 1974 pour créer la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer en expulsant chasseurs, pêcheurs, cueilleurs et glaneurs d’asperges sauvages ou de roseaux.

  • 29 Voir Allan Sekula, Reading an archive: Photography between Labour and Capital (1983), traduit par F (...)
  • 30 Jacques Rancière, Le Temps du paysage. Aux origines de la révolution esthétique, Paris, La Fabrique (...)

21Cette lutte orthogonale entre plan perspectif et plan incliné, entre voir et creuser29, entre vastness et intricacy est au cœur du projet de Nina Ferrer-Gleize. Dans Le Temps du paysage. Aux origines de la révolution esthétique, Jacques Rancière montre qu’au xviiie siècle en Grande-Bretagne, la multiplication des enclosures et l’aménagement des parcs paysagers selon les codes esthétiques de la vastness se font aux dépens de l’intricacy de l’espace rural commun « où les frontières de la propriété étaient indécises, où les chemins des pauvres traversaient les chemins des riches, où la forêt était fournisseuse de biens multiples pour tous autant qu’espace de promenade et la clairière espace de jeu aussi bien que de travail30 ». Certains grands propriétaires, tel Uvedale Price, qui étaient des lettrés et des amateurs d’art, s’insurgeaient du vide produit par l’effacement du coutumier (chaumières, chemins, étangs…), de la surface des propriétés nobiliaires et du nivellement des gradations insensibles à travers lesquelles un paysage fait aussi société. Ces critiques seront à l’origine d’une prise de conscience esthétique et d’une révolution théorique de l’art des jardins et du paysage. Pour Uvedale Price, l’enjeu de l’art pictural n’était plus de rendre ressemblante la nature dans un tableau, mais à l’inverse d’intégrer à l’art la manière dont le vivant se peint et s’écrit lui-même selon sa logique propre, qui ignore l’art et n’a rien à voir avec lui. Encore faut-il, souligne Jacques Rancière :

  • 31 Ibid., p. 52.

[…] premièrement avoir pris l’habitude de sarrêter à regarder des spectacles aussi insignifiants, deuxièmement avoir l’idée que ce qu’on y voit est proprement la nature au travail, troisièmement en conclure que cest ce travail quil convient dimiter. Aucune de ces trois choses ne va de soi. Il y faut une éducation31.

  • 32 Matthieu Duperrex, « Arcadies altérées, territoires de l’enquête et vocation de l’art en Anthropocè (...)
  • 33 La théorie de la « fonction oblique » fut développée par Claude Parent et Paul Virillio dans la rev (...)

22C’est cette éducation patiente qu’a accomplie Nina Ferrer-Gleize dans sa recherche L’Agriculture comme écriture sur le site de la Ferme de Mirabel. Cet apprentissage doit être lu et vu comme une tentative pour réconcilier ceux qui écrivent le terrestre et ceux qui écrivent l’espace32. C’est aussi un exercice d’inclinaison et de subversion de l’un des mots d’ordre les plus prégnants de la modernité, du productivisme et du culte de la vitesse : ne pas se pencher. Dans ses photographies, Nina Ferrer-Gleize au contraire s’infléchit, se penche, se courbe et se dépense. Elle pratique une photographie oblique33 qui génère un rapport différent au sol et fait du glanage l’anagramme d’un nouveau langage photographique et éditorial. C’est parce que Nina Ferrer-Gleize accepte de voir avec un corps tout entier penché et incliné, qu’elle nous révèle que non seulement le monde rural est lisible, mais qu’il n’a jamais cessé d’écrire et de s’écrire.

Nina Ferrer-Gleize, « Mirabel, Le joug, 2021 »

Nina Ferrer-Gleize, « Mirabel, Le joug, 2021 »

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Nina Ferrer-Gleize, « Mirabel, Récolte, 2021 »

Nina Ferrer-Gleize, « Mirabel, Récolte, 2021 »

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Haut de page

Notes

1 Jusqu’en 2020, l’INSEE définissait le rural comme l’ensemble des communes n’appartenant pas à une unité urbaine de plus de 2 000 habitants dans un espace présentant une certaine continuité du bâti, censée caractériser les « villes ». Les territoires ruraux désignent désormais l’ensemble des communes peu denses ou très peu denses d’après la grille communale de densité. Ils réunissent 88 % des communes en France et 33 % de la population en 2017.

2 Marguerite Duras, Les Mains négatives, 14’, 1979.

3 Cité par Suzanne Paquet in « Une nouvelle topographie ou l’art de la périphérie », Nouvelle revue d’esthétique, no 1, Paris, PUF, 2008, p. 35-43.

4 Ibid.

5 Mathieu Quet, Comment la pensée logistique gouverne le monde, Paris, La Découverte, 2022.

6 Fernand Deligny, Nous et l’innocent, textes choisis et présentés par Isaac Joseph, Paris, Éditions Maspero, 1977.

7 Anne Querrien, « Fernand Deligny, imager le commun », Multitudes, no 24, 2006/1, p. 167-174.

8 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #10 », courriel électronique, mai 2020.

9 Jonathan Crary, Techniques de l’observateur, Vision et Modernité au xixe siècle, Bellevaux, Éditions Dehors, 1990.

10 Harold Garfinkel, Recherches en ethnométhodologie, Paris, PUF, 1967.

11 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #11 », courriel électronique, septembre 2020.

12 Romain Bertrand, Le Détail du monde : l’art perdu de la description de la nature, Paris, Seuil, « L’univers historique », 2019.

13 Cité par Romain Bertrand, in ibid., p. 94.

14 Ibid., p. 86.

15 Bruno Latour, « Les Zones critiques et la redéfinition de la notion de territoire », conférence donnée au Collège de France, Paris, le 6 novembre 2015, en ligne : < http://www.bruno-latour.fr/node/650 > (consulté le 9 novembre 2022).

16 Bruno Latour, Où atterrir. Comment s’orienter en politique ?, Paris, La Découverte, 2017, p. 57 : « Longtemps on a cru pouvoir distinguer une “géographie physique” et une “géographie humaine” comme deux couches superposées. Mais comment dire où nous nous trouvons si ce sur ou dans quoi nous sommes placés se met à réagir à nos actions, revient sur nous, nous enferme, nous domine, exige quelque chose et nous emporte dans sa course […] Si le terrestre n’est plus le cadre de l’action humaine, c’est qu’il y prend part. L’espace n’est plus celui de la cartographie, avec son quadrillage de longitudes et de latitudes. L’espace est devenu une histoire agitée dont nous sommes des participants parmi d’autres, réagissant à d’autres réactions. Il semble que nous atterrissions en pleine géohistoire ».

17 Pierre Rivière assassina à coups de serpe le 3 juin 1835 sa mère (qui était enceinte de six mois), sa sœur (âgée de 18 ans) et son frère (âgé de 8 ans). Il commit ainsi selon la définition légale trois parricides, mais on peut également parler, dans ces cas, de matricide et de fratricide.

18 Pierre Rivière fut condamné à mort par la Cour d’assises du Calvados, mais sa peine fut commuée peu de temps après en réclusion criminelle à perpétuité par le roi Louis-Philippe. Pierre Rivière se suicida le 20 octobre 1840.

19 Michel Foucault, Blandine Barret-Kriegel, et al., Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère : un cas de parricide au xixe siècle, Paris, Gallimard, 1973.

20 Ibid., p. 57.

21 Jeanne Favret-Saada, in Michel Foucault, Blandine Barret-Kriegel, et al., Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère : un cas de parricide au xixe siècle, op. cit., p. 243.

22 Raymond Depardon, La Ferme du Garet, Arles, Actes Sud, 1984.

23 Estelle Zhong-Mengual, Apprendre à voir. Le point de vue du vivant, Arles, Actes Sud, 2021.

24 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #9 », courriel électronique, mars 2019.

25 Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Paris, Gallimard, 1977, p. 71.

26 Pierre Jourde, Pays perdu, Paris, L’Esprit des péninsules, 2003.

27 Nina Ferrer-Gleize, « État des lieux #11 », courriel électronique, septembre 2020.

28 Voir aussi la série de films documentaires Profils paysans (2001-2008) de Raymond Depardon.

29 Voir Allan Sekula, Reading an archive: Photography between Labour and Capital (1983), traduit par Florent Le Demazel sur le site < https://www.debordements.fr/ > (consulté le 12 décembre 2023).

30 Jacques Rancière, Le Temps du paysage. Aux origines de la révolution esthétique, Paris, La Fabrique, 2020.

31 Ibid., p. 52.

32 Matthieu Duperrex, « Arcadies altérées, territoires de l’enquête et vocation de l’art en Anthropocène », Thèse de doctorat en Arts plastiques, soutenue le 7 décembre 2018, à l’Université Toulouse 2.

33 La théorie de la « fonction oblique » fut développée par Claude Parent et Paul Virillio dans la revue Architecture Principe à la recherche d’un nouveau rapport au sol fondé sur l’instabilité et sur le déséquilibre et permettant d’être en état de réceptivité, de participation et d’adhésion à une dynamique architecturale. Voir Claude Parent, Paul Virilio, Architecture Principe : 1966 and 1996, Paris, Les Éditions de l’Imprimeur, 1996.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Nina Ferrer-Gleize, « Signer, capture vidéo, 2019 », in L’Agriculture comme écriture
Crédits Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
URL http://journals.openedition.org/focales/docannexe/image/3284/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 78k
Titre Nina Ferrer-Gleize, « Tracé GPS du 08/08/18, 7 h 28 - 21 h 49. La traite »
Crédits Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
URL http://journals.openedition.org/focales/docannexe/image/3284/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 177k
Titre Nina Ferrer-Gleize, « La mer, Vernoux-en-Vivarais, 2017 » in L’Agriculture comme écriture
Crédits Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
URL http://journals.openedition.org/focales/docannexe/image/3284/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 227k
Titre Nina Ferrer-Gleize, double page de L’Agriculture comme écriture
Crédits Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
URL http://journals.openedition.org/focales/docannexe/image/3284/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 666k
Titre Dorothea Lange, « Philippins coupant la laitue, Salinas, Californie, 1935 », Farm Security Administration
Crédits © Library of Congress Online Catalog.
URL http://journals.openedition.org/focales/docannexe/image/3284/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 749k
Titre Nina Ferrer-Gleize, « Mirabel, Le joug, 2021 »
Crédits Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
URL http://journals.openedition.org/focales/docannexe/image/3284/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 158k
Titre Nina Ferrer-Gleize, « Mirabel, Récolte, 2021 »
Crédits Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
URL http://journals.openedition.org/focales/docannexe/image/3284/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 499k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Gilles Saussier, « Graver la terre, une inclinaison photographique »Focales [En ligne], 8 | 2024, mis en ligne le 01 juin 2024, consulté le 17 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/focales/3284 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11r59

Haut de page

Auteur

Gilles Saussier

Gilles Saussier est photographe et enseignant à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Il propose depuis vingt ans une démarche documentaire expérimentale dont les terrains d’actualité sont des retours sur images et des récits alternatifs de territoire. Détournant le matériau de son activité passée de photoreporter (1989-1994) ou s’emparant d’épisodes de l’histoire de l’art, son travail de relecture croise les influences critiques de la tradition documentaire, de l’anthropologie visuelle et du minimalisme.

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search