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Notes de lecture

Anne Reverseau, Jessica Desclaux, Marcela Scibiorska, Corentin Lahouste avec la collaboration de Pauline Basso et d’Andrés Franco Harnache, Murs d’images d’écrivains. Dispositifs et gestes iconographiques (xixe-xxie siècle)

Louvain, Presses universitaires de Louvain, 2022, 279 pages
Célia Honoré
Référence(s) :

Anne Reverseau, Jessica Desclaux, Marcela Scibiorska, Corentin Lahouste avec la collaboration de Pauline Basso et d’Andrés Franco Harnache, Murs d’images d’écrivains. Dispositifs et gestes iconographiques (xixe-xxie siècle), Louvain, Presses universitaires de Louvain, 2022, 279 pages.

Texte intégral

1Au croisement des études littéraires et visuelles, Murs d’images d’écrivains : dispositifs et gestes iconographiques (xixe-xxie siècle) propose une plongée dans les « chambres à soi » des écrivains, dans leur rapport intime aux images qu’ils collectent et exposent dans leurs espaces de vie et de travail, à partir du postulat d’un changement radical produit par la démocratisation de la photographie et les conditions de travail des écrivains. Écrit à douze mains, l’ouvrage est issu de la réflexion de chercheurs en littérature impliqués dans le programme de recherche « Handling: Writers Handling Pictures. A Material Intermediality (1880-today) » de l’UCLouvain dirigé par Anne Reverseau, ayant également donné naissance à l’exposition « Murs d’images d’écrivains » au Musée universitaire de Louvain en 2024, sous le commissariat d’Anne Reverseau et Jessica Desclaux. Ces dernières ont été entourées pour la rédaction de ce livre de Marcela Scibiorska, Corentin Lahouste, Pauline Basso et Andrés Franco Harnache.

2L’ouvrage est donc le fruit d’un travail collectif portant sur les pratiques iconographiques des écrivains dans leurs espaces de travail et de vie du xixe siècle à nos jours. Il prend pour point de départ la multiplication des portraits d’écrivains à leur domicile, montrant leur environnement habituel : bureaux et bibliothèques, sur fond d’assemblages muraux d’images. Les auteurs tentent de brosser une théorie des gestes iconographiques des écrivains dans toute leur diversité, à travers sept chapitres thématiques articulés autour de multiples études de cas et de très nombreux exemples. Le projet ne vise pas l’exhaustivité, mais propose un panorama des différentes formes des « murs d’images » des écrivains ainsi que de leurs fonctions, que ceux-ci influent sur le processus intellectuel et créatif ou constituent un à-côté du travail, une manière de construire un espace où la pensée peut prendre forme. Il s’inscrit dans le développement récent d’un intérêt pour les « murs d’images » et relève plus largement d’un tournant historiographique marqué par l’attraction pour la matérialité de l’image, observable en littérature, en histoire de la photographie et en études culturelles.

3De la simple décoration murale à la genèse par l’image d’une œuvre littéraire, en passant par la mémoire intime et familiale, l’image comme compagne de la création littéraire est donc l’objet de cet ouvrage, qui entend étudier ce que la production littéraire doit aux images qui entourent leurs créateurs. En envisageant ces pratiques comme une « figuration de soi par détour », les auteurs étudient la transformation de l’espace de travail en lieu « autre », en espace ritualisé où peut se produire la création littéraire. Ils s’interrogent sur les fonctions de ces assemblages iconographiques muraux, leur influence sur la création littéraire, le statut de ces gestes iconographiques (en tant qu’œuvre autonome ou au sein de l’œuvre de l’auteur) et abordent également les spécificités de leurs modalités de conservation et d’exposition, afin de montrer en quoi ils sont importants pour les études littéraires. À travers une conception souple du « mur d’images », l’ouvrage pose des jalons pour penser ces pratiques jusqu’ici peu étudiées à travers trois concepts : l’agencement, le dispositif et l’installation, permettant de les envisager dans toute leur diversité, de la pratique privée proche du pêle-mêle à l’œuvre iconographique conçue pour exister en dehors de cette sphère.

4Le premier chapitre, « Des images pour décorer ses murs. Questions d’esthétique », propose une traversée des usages de collecte et d’affichage de reproductions artistiques depuis la diffusion des reproductions d’art de la maison Adolphe Braun à la Belle Époque jusqu’aux « écrivains iconographes » de ces dernières décennies. Les auteurs envisagent la collecte de reproductions ou d’images populaires sur carte postale comme une pratique sociale créant une communauté d’écrivains esthètes préoccupés par la place à donner à ces images dans leurs intérieurs et par le rôle qu’elles pourraient jouer dans le processus créatif.

5Le deuxième chapitre, intitulé « Murs d’images, lieux de mémoire personnels », retravaille la perte benjaminienne de l’aura à travers l’étude des usages mémoriels et rituels des assemblages d’images privées par les écrivains. Le lien avec l’écriture et la continuité avec d’autres pratiques iconographiques y émergent comme deux caractéristiques des murs d’images d’écrivains.

6Le troisième chapitre, « Figures tutélaires aux murs et panthéons littéraires », explore les pratiques d’écrivains affichant sur leurs murs les portraits d’autres écrivains, créant ainsi des panthéons littéraires alternatifs et subjectifs informant à la fois sur le paysage littéraire des auteurs étudiés et sur la manière dont ils s’insèrent dans l’histoire de leur époque.

7Le quatrième chapitre, intitulé « La bibliothèque comme mur pluridimensionnel », examine la rencontre du mur d’images et de la bibliothèque des écrivains, l’un et l’autre se complétant voire s’amplifiant. Les auteurs y étudient comment la bibliothèque peut elle aussi faire office de mur d’images et comment les rapports entre livres et images nourrissent le processus créatif des écrivains.

8Le cinquième chapitre, « Un moteur pour la création », étudie les différentes fonctions des murs d’image dans le quotidien de la création littéraire et montre comment les murs d’image, véritables « laboratoires de création », peuvent être mobilisés comme sources pour éclairer une œuvre.

9Le sixième chapitre, intitulé « Montrer le mur d’images : développement d’un cliché médiatique », retrace l’émergence du portrait d’écrivain devant un mur d’images comme représentation médiatique incontournable depuis le xixe siècle et interroge son rôle dans l’affirmation d’une posture auctoriale.

10Le septième et dernier chapitre, « Exposer les murs d’images d’écrivains », analyse les conditions de la possible transformation en œuvre des murs d’images des écrivains, ainsi que leurs modalités multiples de patrimonialisation et d’exposition dans des espaces muséaux.

11L’étude présentée dans Murs d’images d’écrivains. Dispositifs et gestes iconographiques (xixe-xxie siècle) balaye un large spectre et propose un panorama extrêmement riche des environnements visuels des écrivains. L’ouvrage porte plus largement sur le rapport à l’image de ces derniers et témoigne d’un fort intérêt pour les espaces intimes de la création et leur rôle dans la production littéraire. Les auteurs de l’ouvrage explorent les conditions matérielles de la création littéraire, avec pour but de dégager les spécificités des murs d’images produits par les écrivains. Ceux-ci peinent cependant à émerger comme objet théorique et non pas seulement thématique, tant ils recouvrent de formes et de pratiques multiples. Cela soulève la question du statut de ces pratiques et des « murs d’images » ainsi créés, dont le dénominateur commun est d’être produits par des écrivains, mais dont la production relève de motivations et prend des formes très diverses, dont un certain nombre rejoint une pratique privée répandue. Cette recherche, fourmillant d’exemples, ouvre cependant de nombreuses pistes pour de futures recherches, dans un champ d’étude en plein essor.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Célia Honoré, « Anne Reverseau, Jessica Desclaux, Marcela Scibiorska, Corentin Lahouste avec la collaboration de Pauline Basso et d’Andrés Franco Harnache, Murs d’images d’écrivains. Dispositifs et gestes iconographiques (xixe-xxie siècle) »Focales [En ligne], 9 | 2025, mis en ligne le 01 juin 2025, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/focales/5045 ; DOI : https://doi.org/10.4000/141fu

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Auteur

Célia Honoré

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