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Les pauses en cours d’études à la française. Expérimenter dans la linéarité

French-style breaks during studies. Experimental linearity
Fanette Merlin et Alexie Robert

Résumés

Les parcours d’études en France restent encore aujourd’hui très marqués par un modèle linéaire. Pourtant une relative délinéarisation semble s’être engagée, observable à la fois par l’augmentation des interruptions temporaires d’études et par l’institutionnalisation en 2015 de la césure. S’intéressant aux jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 à partir des données Génération, ce travail vise à quantifier et caractériser les interruptions temporaires en cours d’études, puis à mesurer leurs effets sur l’insertion professionnelle. Il en ressort que la norme de linéarité reste en vigueur en France, où le marché du travail dévalorise globalement les parcours d’études discontinus. Seules les pauses « justifiées » procurent un avantage, et pour les publics les mieux dotés.

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Texte intégral

Introduction

1Lors de la transition entre la formation et l’emploi, les parcours les plus valorisés en France sont traditionnellement ceux qui témoignent d’une trajectoire scolaire directe et cohérente. Il n’en va pas de même dans tous les pays voisins. Logiquement, les étudiants français se sont donc longtemps conformés à cette prescription tacite de linéarité en empruntant un parcours éducatif des plus rapides pour arriver au diplôme final, c’est-à-dire notamment sans faire de pause.

2Pourtant, une relative délinéarisation semble s’être engagée en France, observable à la fois par l’augmentation des interruptions temporaires d’études et par l’institutionnalisation en 2015 de la césure. Dans ce contexte, cette recherche s’intéresse à l’augmentation des interruptions d’études chez les jeunes en France et à leur impact en début de vie active : il s’agit de savoir si l’augmentation de la pratique s’accompagne d’une meilleure considération de cette pratique par les acteurs du marché du travail.

3La première partie de l’article propose un état de l’art pour problématiser cette question. Une deuxième partie vise à quantifier et caractériser les pratiques d’interruption momentanée des études, au regard de leur forme, leur public et la manière dont elles s’inscrivent dans les parcours d’études. La troisième partie examine les conséquences de ces parcours discontinus sur l’insertion professionnelle en début de vie active.

1. Quel espace pour les « pauses » dans un système linéaire et adéquationniste ?

4Le modèle d’études en vigueur en France reste aujourd’hui encore fortement marqué par la linéarité des parcours, en comparaison avec d’autres pays européens : pour la période 2018-2021, 88 % des étudiants français ont effectué une transition directe (c’est-à-dire de moins de douze mois) entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, quand ce taux est de seulement 66 % pour la moyenne européenne (Hauschildt et al., 2022). Charles (2015) l’explique par le fait que le système d’enseignement supérieur français omet la notion de « parcours non traditionnel d’études », qui constituerait un impensé des recherches et des données statistiques nationales. La logique linéaire du cursus traditionnel reste largement dominante et rend difficile l’adaptation étudiante à des parcours moins normés. Dans une analogie entre les systèmes d’enseignement supérieur et les modes de transport, Charles associe le système français à un voyage en TGV, lorsque le système suédois s’apparenterait à un trajet en métro (infrastructure collective où chaque individu se déplace à la même vitesse que les autres, mais avec la liberté de changer d’itinéraire à tout moment) et le système anglais à la conduite automobile (autonomie totale de déplacement rendant possibles les trajets les plus sinueux et les arrêts nombreux, tant que l’individu sait à quoi il aspire). À l’inverse des deux autres, le parcours d’études en mode « TGV » ne permet que de rares arrêts et rend coûteux tout changement de direction.

5Cette norme de linéarité s’articulerait à une norme d’insertion professionnelle encore dominante en France, celle d’un moment marquant la fin d’une chronologie linéaire et rigide, le temps des études, conçu pour conduire le plus vite possible à l’insertion professionnelle (Delès, 2018). La professionnalisation, énoncée ou non, demeurerait un objectif de toutes les formations de l’enseignement supérieur, que celles-ci relèvent du régime « adéquationniste » ou « généraliste » (Delès, 2017). Le premier se fonde sur l’injonction à la compétence et au projet professionnel, le second répond à des critères académiques ; aucun d’eux ne valorise le parcours non linéaire d’études. Quand le régime généraliste légitime la performance académique et la célérité dans l’obtention du diplôme, le régime adéquationniste instrumentalise les expériences en cours d’études à des fins de renforcement de la cohérence d’un projet professionnel – à l’image des stages (Charles, 2015).

6Dans la même perspective, il y a une dizaine d’années, Cécile Van de Velde (2015) soulignait, en comparaison d’autres pays européens, l’importance du diplôme en France avec une « extrême valorisation du diplôme initial tout au long de la vie », entraînant un rapport au temps marqué par la pression à l’avancement et par l’absence de droit à l’erreur. L’interruption temporaire d’études apparaît en conséquence incongrue et sous-considérée dans le parcours des jeunes Français, en comparaison notamment avec l’Australie, l’Amérique du Nord ou le Royaume-Uni, mais aussi avec d’autres pays d’Europe (voir par exemple les travaux de Birch & Miller, 2007 ; Heath, 2007 ; Vogt, 2018 sur la place et l’effet des années sabbatiques dans les parcours d’études). D’autres travaux conceptualisent les parcours non typiques sous le nom de « variabilité des parcours » et confirment une spécificité française dans laquelle « les parcours atypiques et les erreurs d’orientation ne sont pas tolérés », par contraste avec les systèmes d’enseignement supérieur nord-américains où moins de la moitié des étudiants suivrait l’itinéraire type (Picard, Trottier & Doray, 2011).

7De ce fait, l’arrêt temporaire des études est encore peu documenté en France. Cette notion d’interruption rencontre par endroits les catégories de reprise d’études, de raccrochage scolaire ou de cheminement universitaire, mais peu de travaux portent spécifiquement sur les interruptions momentanées des études supérieures. Dans la plupart des travaux cités précédemment, la pratique d’interruption temporaire des études est étudiée comme élément d’un tout hétérogène constitué de différentes formes de parcours non typiques : la réorientation, l’expérience étudiante à l’âge adulte, à temps partiel, à distance, par intermittence (année sabbatique ou plusieurs pauses dans le cursus), le changement d’établissement, etc. Cet article s’intéresse plus précisément à l’interruption temporaire en cours d’études, quel que soit son motif (année sabbatique, bénévolat, travail, apprentissage d’une langue, etc.) et le moment de sa réalisation dans le parcours scolaire des individus, dont une modalité parmi d’autres est le dispositif institutionnel de la césure.

8Pratique facilitée et encadrée depuis 2015, la césure en cours d’études supérieures1 a pour objectif l’acquisition de nouvelles compétences grâce à une expérience supplémentaire pouvant être personnelle, associative ou professionnelle. Soumise à l’autorisation du chef d’établissement, elle permet de suspendre son cursus pendant un semestre ou une année universitaire tout en restant inscrit dans l’établissement d’origine, la place étant garantie au retour. Elle peut consister en un contrat de travail, un service civique, une activité bénévole, la préparation d’une création d’entreprise, un stage, ou encore une formation dans un autre domaine que celui de la formation d’inscription. Pendant cette période, le statut d’étudiant est conservé et la bourse peut être maintenue selon les cas.

9Si les mesures de cette pratique et des autres formes d’interruption sont peu visibles, particulièrement du côté des statistiques administratives nationales, elles commencent à se développer notamment au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) par le biais des enquêtes Génération, ainsi qu’à l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE national) avec l’enquête Conditions de vie et le programme Eurostudent. À partir de ce dernier, Ferry (2023) confirme que les trajectoires étudiantes françaises sont encore spécifiquement linéaires : parmi les pays du programme, les étudiants français sont les plus jeunes et la période de transition entre le secondaire et le supérieur est de plus de deux ans pour seulement 5 % des étudiants en France, contre 16 % en moyenne des 26 pays européens participant à ce programme.

10Néanmoins, les travaux du Céreq (Mora, 2018 ; Mora & Robert, 2017 ; Robert, 2020) montrent qu’en France, les reprises d’études intervenant rapidement après la fin de la formation initiale (notion proche de celle d’interruption temporaire d’études) ont quasiment doublé en moins de quinze ans. Ils suggèrent donc qu’une relative délinéarisation s’est engagée. Parce qu’ils sont relativement rares, les travaux portant spécifiquement sur la mesure et les conséquences des interruptions temporaires d’études sont développés avec détail ci-après.

11Certains travaux sont permis depuis l’édition 2023 de l’enquête CDV de l’OVE (Ferry, Verley & Tenret, 2025). Si les étudiants les plus favorisés et les plus performants scolairement ont dans l’ensemble, moins de chances d’interrompre leurs études que les autres, ils ont en revanche plus de probabilité de le faire dans le cadre d’une césure. Les étudiants ayant déclaré connaître des difficultés financières sont plus à même d’interrompre leurs études, de même que ceux qui se sont orientés dans l’enseignement supérieur sans disposer de projet initial. Dans les cursus les plus sélectifs, la césure est instrumentalisée pour servir l’objectif d’insertion professionnelle. Elle y prend soit une fonction d’internationalisation (avec un séjour à l’étranger), soit une fonction de professionnalisation (par un stage ou une expérience de travail).

12D’autres travaux ont été conduits plus tôt par Inès Albandea (2020), d’abord à partir d’une enquête ad hoc mobilisant la méthode des « vignettes ». Celle-ci montre qu’une fois sur le marché du travail, les parcours non linéaires sont parfois jugés défavorablement par les recruteurs : c’est le cas lorsqu’ils sont indiqués sur le CV sans motif pour les justifier. Toutefois, les parcours discontinus justifiés par un voyage ou un service civique ne reçoivent pas moins de points que les parcours continus – avec pour ce résultat, une instabilité liée au profil des recruteurs. Par ailleurs, la pénalité liée à une interruption d’études non justifiée ne s’applique pas aux diplômés des grandes écoles.

13Dans d’autres analyses développées à partir des enquêtes Génération, Albandea (2017) a également établi un avantage salarial des parcours d’études discontinus, en comparaison des parcours ininterrompus. Toutefois, les diplômes en eux-mêmes sont davantage valorisés sur le marché du travail par les jeunes au parcours continu que par ceux ayant un parcours discontinu. Deux conclusions en sont tirées : d’une part, les jeunes au parcours linéaire tirent un meilleur profit de leur diplôme sur leur marché du travail, par rapport aux jeunes au parcours discontinu, à diplôme et autres caractéristiques données ; d’autre part, les jeunes ayant interrompu leurs études arrivent à valoriser d’autres caractéristiques que le diplôme sur le marché du travail, liées à leur interruption et qui pourraient relever soit du caractère récent de cette expérience (par rapport à la formation initiale), soit aux compétences (non cognitives ou non académiques) acquises à l’occasion de l’interruption.

14C’est dans le contexte exposé précédemment que le Céreq a fait évoluer le champ de l’enquête Génération, pour avoir plus de précision sur la pratique de la « pause » en cours d’études en captant les interruptions d’études allant jusqu’à une année universitaire complète. À l’occasion de l’enquête Génération 2017, sont inclus désormais dans le champ les jeunes ayant interrompu leurs études jusqu’à 16 mois, soit une année scolaire ou universitaire complète (auparavant ce seuil était de 11 mois). Cette évolution permet d’étudier les pratiques d’interruption temporaire d’études d’une durée allant jusqu’à 16 mois pour les jeunes sortants du système éducatif en 2017, tous niveaux de diplômes et spécialités confondus. L’intérêt de ces données repose notamment sur le fait que l’ensemble de la cohorte a quitté la formation initiale la même année, que les jeunes aient interrompu leurs études précédemment ou non. En effet, cela répond à la problématique soulevée par Crawford & Cribb (2012) dans leur étude au Royaume-Uni, où les conditions d’emploi observées sont moins favorables pour ceux qui ont réalisé une année sabbatique. Cela s’expliquant en partie par l’obtention de leur diplôme plus tardivement alors que la situation d’emploi est observée à une date commune à l’ensemble de la population.

15À partir de cette enquête, Verley & Tenret (2024) montrent que les expériences en cours d’études les plus institutionnalisées et les plus professionnalisantes (que sont par exemple les stages, l’alternance ou l’expérience de travail) tendent à augmenter la satisfaction au travail, en accord avec un modèle français adéquationniste et préprofessionalisant. À l’inverse, les expériences les plus éloignées de l’emploi (ici la césure, l’interruption hors césure ou encore la mobilité internationale) impactent de façon négative le sentiment de se réaliser professionnellement.

  • 2 La question était : « [cette interruption] était-ce pour ? » avec les modalités présentées dans la (...)
  • 3 L’information sur la durée est seulement disponible en trois modalités (moins de 12 mois, 12 mois, (...)
  • 4 Si plusieurs interruptions avant l’année scolaire 2016-2017 (un cas sur dix environ selon une enquê (...)

16Les données de l’enquête Génération 2017 menée fin 2020 permettent de connaître le « motif » de l’interruption d’études2, sa durée3, son lieu (France ou étranger) et pour les sortants de l’enseignement supérieur s’il s’agit d’une césure4. À partir de ces informations et du parcours scolaire et professionnel des individus, nous chercherons ainsi dans cette étude, pour compléter les travaux évoqués précédemment, à analyser l’hétérogénéité des interruptions temporaires d’études, le public concerné selon le type d’interruption (partie 2.) et à répondre à la question : « interrompre ses études est-il rentable sur le marché du travail ? » (partie 3.). Sur ce dernier aspect, une attention particulière sera portée aux différences entre les césures et les autres interruptions. Nous nous concentrerons sur des indicateurs objectifs, l’accès à l’emploi et sa qualité, en laissant de côté d’autres types de bénéfices potentiels de ces interruptions (culturels avec l’apprentissage d’une langue par exemple, politiques avec un engagement associatif volontaire, existentiels avec une pause pour soi, etc.) non mesurables dans nos données. Plus largement, on cherchera à savoir si le développement des interruptions en cours d’études, dont la césure, correspond à un assouplissement de la norme française de linéarité des parcours. Pour répondre à ces questions, l’analyse descriptive des données sera assortie de différentes estimations économétriques (régressions logistiques binomiales et multinomiales, modèles de sélection, régressions linéaires).

2. Visages et publics de la pause en cours d’études : une hétérogénéité faite d’imbrications

17Cette première partie vise à quantifier et caractériser les publics et les pratiques d’interruption temporaires des études et la manière dont elles s’inscrivent dans les parcours d’études.

2.1. Imbrications entre parcours d’études et type d’interruption

18D’après l’enquête 2020 auprès de la Génération 2017, 15 % des jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 avaient préalablement interrompu leurs études pour une durée d’un à seize mois, soit au maximum l’équivalent d’une année universitaire (figure 1) : 6 % dans le cadre d’une césure et 9 % hors césure.

Figure 1. Part d’interruptions dont césures, dans l’ensemble des sortants du supérieur et par plus haut diplôme

Figure 1. Part d’interruptions dont césures, dans l’ensemble des sortants du supérieur et par plus haut diplôme

Lecture : parmi les jeunes sortis de l’enseignement supérieur sans y avoir obtenu de diplôme en 2017, 4,5 % avaient préalablement interrompu leurs études, dans le cadre d’une césure, pour une durée comprise entre un et seize mois.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

19Les parcours les plus continus de tous sont ceux couronnés d’un diplôme d’ingénieur ou d’un doctorat dans la santé : seul un sur dix déclare avoir interrompu ses études, pourtant parmi les plus longues de l’enseignement supérieur. Pour les diplômes d’ingénieur, les interruptions hors césure sont particulièrement rares (3 %). La césure concerne plus particulièrement les diplômés d’école de commerce : 17 % d’entre eux l’ont pratiquée, contre 8 % chez les diplômés de master et encore moins pour tous les autres diplômes.

20Plus précisément, par rapport à un parcours d’études continu, celui comportant une césure est plus souvent associé aux diplômes de l’enseignement supérieur long (à l’exception du doctorat) et aux spécialités littéraires ou tertiaires. Il concerne plus fréquemment les jeunes issus d’un milieu favorisé (modèle 1). L’interruption réalisée hors du cadre d’une césure, elle, concerne davantage les sortants de l’enseignement supérieur court (soit jusqu’au niveau bac+4), y compris ceux qui n’y ont pas obtenu de diplôme, ainsi que les parcours d’études achevés par alternance.

2.2. Interrompre en césure ou hors césure : le lien au motif et au lieu de l’interruption

  • 5 Exemples : service civique, service volontaire européen, volontariat associatif, VIE, VIA, réserves (...)

21Ces interruptions répondent à des motivations diverses (figure 2). Plus de quatre sur dix ont été réalisées pour travailler, une sur dix pour apprendre une langue (11 %), une sur dix pour faire une pause (11 %), quelques-unes pour faire du bénévolat ou du volontariat5 (4 %), ou pour des motifs de santé (4 %). Reste donc un quart des interruptions (26 %), réalisées « pour une autre raison ». L’apprentissage d’une langue et le bénévolat ou volontariat sont des motifs plus souvent cités au sein des césures (20 % et 6 %) que pour les interruptions effectuées dans un autre cadre (5 % et 3 %). Le motif plus flou de « l’autre raison » est lié pour sa part aux interruptions hors césure (31 % contre 18 % des césures). La moitié des césures ont lieu à l’étranger, contre seulement 10 % des interruptions effectuées dans un autre cadre.

Figure 2. Lieu et motif de l’interruption, dans l’ensemble et par type d’interruption

Figure 2. Lieu et motif de l’interruption, dans l’ensemble et par type d’interruption

Lecture : parmi les jeunes ayant réalisé une césure avant leur sortie de l’enseignement supérieur en 2017, 43 % ont fait cette césure pour travailler.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

2.3. Une typologie d’interruptions en cours d’études pour saisir leur multiformité et son lien au profil et au parcours

22Du fait de la forte hétérogénéité observée des interruptions selon le cadre institutionnel, le lieu et le motif de leur réalisation, elles sont maintenant déclinées en types afin de saisir les liens entre la forme de l’interruption, le profil et le parcours de ses publics. Les interruptions d’études ont été divisées en huit catégories (tableau 1) en s’intéressant en priorité au cadre formel de l’interruption (césure ou hors césure), puis au lieu de sa réalisation (France ou étranger) et enfin, à son motif.

Tableau 1. Typologie d’interruptions en cours d’études avant une sortie du supérieur

 

Effectif non pondéré

Pourcentage pondéré

1A – Césure à l’étranger pour travailler

221

7

1B – Césure à l’étranger motif hors travail

308

13

2A – Césure en France pour travailler

216

9

2B – Césure en France pour motif hors travail

194

9

3 – Hors césure à l’étranger

146

6

4A – Hors césure en France pour travailler

603

26

4B – Hors césure en France motif hors travail

583

26

5 – Raison de santé

83

4

2 354

100

Lecture : parmi les jeunes ayant interrompu leurs études avant une sortie de l’enseignement supérieur en 2017, 7 % ont fait cette interruption dans le cadre d’une césure à l’étranger pour travailler.

Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

23Les huit types d’interruption sont décrits au regard de statistiques descriptives (tableau 2) qui ont été complétées par une analyse modélisée (modèle 2 en annexe).

24Les césures à l’étranger pour travailler (7 % des interruptions) :

On trouve dans cette catégorie essentiellement des jeunes sortis in fine en 2017 avec un diplôme de l’enseignement supérieur long (86 %), pour près de la moitié du secteur d’enseignement privé (49 %) et dans les trois quarts des cas avec des diplômes de master, d’ingénieur ou d’école de commerce. À profil comparable, les probabilités d’avoir effectué ce type de césure sont particulièrement fortes pour les diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieur. Les enfants de cadres et les bacheliers généraux sont plus susceptibles d’appartenir à cette catégorie que les autres, y compris à niveau d’études donné, et les femmes y sont également surreprésentées. Les interruptions de ce type s’inscrivent souvent dans des parcours d’études achevés en 2017 par la voie scolaire.

25Les césures à l’étranger pour un motif autre que le travail (13 %) :

De nouveau, les femmes et les jeunes issus d’un ménage favorisé sont surreprésentés ici. C’est aussi le cas des diplômés de master, d’ingénieur et d’école de commerce. On observe aussi un lien entre ce type d’interruption et les parcours achevés en 2017 dans les spécialités littéraires ou tertiaires et par la voie scolaire. Toutes ces tendances persistent à profil donné (« toutes choses égales par ailleurs »).

26Les césures en France pour travailler (9 %) :

Plus empruntées par les hommes que ne le sont en moyenne les interruptions, elles rassemblent aussi plus souvent les jeunes sortis diplômés de niveau bac+3/4 ou d’école de commerce. Les bacheliers technologiques et professionnels et les parcours achevés par alternance ou dans le secteur privé sont surreprésentés. À caractéristiques comparables, ce sont de nouveau les diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieur qui ont plus de chances d’avoir réalisé ces césures.

27Les césures en France pour un motif autre que le travail (9 %) :

Le niveau de diplôme des jeunes concernés est un peu inférieur à celui de l’ensemble des jeunes ayant fait une interruption, avec une surreprésentation des jeunes sortis ultérieurement diplômés de l’enseignement supérieur court, ou non-diplômés, qui comptent au total pour deux tiers (66 %) de cette catégorie.

28Les interruptions hors césure effectuées à l’étranger (6 %) :

Elles concernent principalement des jeunes sortis ensuite avec un diplôme de l’enseignement supérieur long (69 %), et surtout un master (48 %). Les diplômés de bac+3/4, parmi lesquels figurent une majorité de licences, sont eux aussi surreprésentés (23 %) et particulièrement enclins à avoir effectué ce type d’interruption. Avec un profil plus favorisé socialement que la moyenne des jeunes concernés par les interruptions, y compris à niveau d’études donné, ces jeunes présentent des similarités avec ceux ayant effectué des césures à l’étranger (deux premières catégories). Ce qui les sépare néanmoins est la faible représentation ici (27 %) du secteur d’enseignement privé lors de l’achèvement des études (les diplômes les plus représentés dans cette catégorie étant souvent obtenus en université publique, soulignant potentiellement un manque de reconnaissance ou de promotion du dispositif de la césure dans ces universités, par comparaison avec d’autres types d’établissements).

29Les interruptions hors césure en France pour travailler (26 %) :

Les jeunes de ce groupe ont un profil socialement moins favorisé et des parcours plus souvent achevés par la voie de l’alternance (32 %) par rapport à tous les autres parcours discontinus. Un tiers d’entre eux (33 %) ont un baccalauréat technologique ou professionnel. Après cette interruption, la plupart (66 %) sont finalement sortis avec, au mieux, un diplôme de l’enseignement supérieur court.

30Les interruptions hors césure en France pour un autre motif que le travail (26 %) :

Ici, les trois quarts (73 %) des jeunes sont sortis finalement diplômés, au mieux, de l’enseignement supérieur court avec notamment une surreprésentation des sortants non diplômés du supérieur ou diplômés de BTS. Par rapport à la moyenne des jeunes aux parcours discontinus, ceux de ce groupe sont plus souvent défavorisés ou détenteurs d’un baccalauréat technologique ou professionnel. Toutes caractéristiques égales par ailleurs, c’est dans cette catégorie que les jeunes ont, le plus souvent, achevé leurs parcours d’études dans le secteur public (72 %).

31Les interruptions pour motif de santé (4 %) :

Elles concernent peu d’individus, mais sont isolées dans une catégorie à part, indépendamment du cadre ou du lieu de leur réalisation, car ce motif est très spécifique. La moitié (49 %) de ces jeunes sont finalement sortis sans diplôme du supérieur.

Tableau 2. Types d’interruption, profil socio-démographique et parcours d’études

Tableau 2. Types d’interruption, profil socio-démographique et parcours d’études

Lecture : parmi les jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 ayant préalablement fait une césure à l’étranger pour travailler, 63 % sont des femmes.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes), sauf deux dernières lignes : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

32Dans l’ensemble, les parcours d’études discontinus traduisent une grande variété de pratiques aux publics tout autant différenciés. La propension à avoir effectué tel ou tel type d’interruption varie notamment beaucoup avec le grand niveau d’études atteint in fine (figure 3).

Figure 3. Type d’interruption des sortants du supérieur, par grand niveau de sortie

Figure 3. Type d’interruption des sortants du supérieur, par grand niveau de sortie

Lecture : parmi les jeunes sortis non diplômés de l’enseignement supérieur en 2017 ayant préalablement interrompu leurs études, 1 % avaient réalisé cette interruption dans le cadre d’une césure, à l’étranger, pour travailler.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

33Ainsi, pour les jeunes sortis sans aucun diplôme de l’enseignement supérieur, 61 % des interruptions avaient été réalisées en France en dehors du cadre de la césure et 10 % pour un motif de santé. La césure à l’étranger pour travailler est très rare (1 %) dans ces parcours alors qu’elle représente 15 % des interruptions des diplômés du supérieur long. Ces derniers ont interrompu, pour moitié, dans le cadre d’une césure et pour un tiers, dans le cadre d’une césure à l’étranger. Les motifs de santé ne pèsent que 2 % dans ces parcours discontinus. De leur côté, les diplômés de l’enseignement supérieur court connaissent des interruptions très semblables à celles des non-diplômés.

3. Les effets contrastés sur l’insertion

34Cette seconde partie examine les conséquences des parcours discontinus sur l’insertion professionnelle en début de vie active, de manière globale et selon les huit types d’interruptions d’études présentés, en termes d’accès à l’emploi (3.1.) et de qualité de l’emploi occupé après trois années de vie active (3.2.). Pour cela, des analyses « toutes choses égales par ailleurs » sont menées sur l’ensemble des sortants de l’enseignement supérieur puis par grand niveau de diplôme (non-diplômés de l’enseignement supérieur, diplômés du supérieur court et diplômés du supérieur long) afin d’observer si les effets diffèrent au sein de ces trois groupes.

3.1. Un effet négatif en matière d’accès à l’emploi

35Les différents types d’interruption sont associés à des conditions d’entrée dans la vie active variables (tableau 3). Par exemple, les jeunes ayant effectué une césure à l’étranger pour travailler semblent avoir une situation particulièrement favorable en 2020 : 86 % d’entre eux sont en emploi et parmi eux, 94 % occupent une position de cadre ou profession intermédiaire. Leur salaire médian est également le plus élevé, par rapport aux jeunes ayant effectué un autre type d’interruption et par rapport à ceux qui n’ont pas interrompu leurs études.

Tableau 3. Accès à l’emploi, à l’EDI et qualité de l’emploi occupé selon le type d’interruption effectué

 

Taux d’emploi après trois ans de vie active

Parmi les jeunes en emploi en octobre 2020

 

Cadres ou profession intermédiaire

Salaire médian

1A – Césure à l’étranger pour travailler

86 %

94 %

2 450 €

1B – Césure à l’étranger motif hors travail

75 %

80 %

2 069 €

2A – Césure en France pour travailler

72 %

72 %

1 953 €

2B – Césure en France pour motif hors travail

73 %

69 %

1 700 €

3 – Hors césure à l’étranger

84 %

90 %

2 100 €

4A – Hors césure en France pour travailler

77 %

72 %

1 825 €

4B – Hors césure en France motif hors travail

69 %

68 %

1 713 €

5 – Raison de santé

50 %

66 %

1 500 €

Ensemble interrompants

74 %

75 %

1 869 €

Ensemble non interrompants

80 %

69 %

1 780 €

Lecture : parmi les jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 ayant préalablement fait une césure à l’étranger pour travailler, 86 % étaient en emploi en 2020.

Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes), sauf deux dernières lignes : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

36Pour identifier l’effet propre de l’interruption et de ses modalités sur l’insertion professionnelle, ces tris à plat ont été complétés par une série d’analyses économétriques visant à contrôler les caractéristiques sociodémographiques et scolaires des individus. Pour chaque indicateur d’insertion, quatre versions du modèle sont effectuées pour tester séparément l’effet des huit types d’interruption identifiés précédemment, l’effet du cadre (césure ou non), l’effet du lieu et de sa réalisation puis du motif. L’analyse porte d’abord sur l’ensemble des sortants de l’enseignement supérieur, ensuite sur les seuls interrompants, enfin sur un champ stratifié en trois grands niveaux de sortie : non-diplômés du supérieur, diplômés du supérieur court, diplômés du supérieur long. Dans le corps de l’article sont présentés les extraits de résultats correspondant aux quatre variables précitées concernant l’interruption dans les modèles réalisés sur l’ensemble des sortants de l’enseignement supérieur : les variables de contrôle n’y apparaissent pas, mais sont identiques à celles figurant dans les modèles stratifiés par niveau présentés intégralement en annexes. Les résultats complets des modèles commentés figurent presque tous en annexes, les autres sont disponibles sur demande auprès des auteures.

37Une première série de régressions logistiques estime les conséquences de la discontinuité du parcours d’études sur l’accès à l’emploi en trois ans (figure 4). Il en ressort que les parcours discontinus sont globalement pénalisants, par rapport aux parcours continus, pour accéder à l’emploi. En effet, les estimations montrent, au mieux, une absence d’effet des interruptions sur le taux d’emploi après trois ans de vie active et, dans presque tous les cas, un effet négatif.

Figure 4. Extrait de résultats de quatre modèles estimant les conséquences des interruptions d’études sur les chances d’être en emploi à trois ans (odds-ratios)

Figure 4. Extrait de résultats de quatre modèles estimant les conséquences des interruptions d’études sur les chances d’être en emploi à trois ans (odds-ratios)

Les autres variables mobilisées dans les modèles sont celles du modèle 3 en annexe.
Lecture : en 2020, trois ans après leur sortie du système éducatif, les jeunes qui avaient préalablement interrompu leurs études dans le cadre d’une césure à l’étranger effectuée pour travailler ont autant de chances d’être en emploi que ceux ayant eu un parcours d’études ininterrompu.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

38Ces résultats sont confortés par les modèles stratifiés par grand niveau de sortie de formation initiale (modèle 3, annexes) qui montrent que pour les deux premiers niveaux de formation visés (non-diplômés du supérieur et diplômés du supérieur court), les parcours d’études interrompus de quelque manière que ce soit sont soit associés à une moindre probabilité d’être en emploi en 2020, soit sans effet. La césure en général, ainsi que l’interruption hors césure, est significativement négative pour l’accès à l’emploi des jeunes sortis diplômés à un niveau inférieur à bac+5.

39La seule exception concerne ces derniers : lorsque les diplômés de l’enseignement supérieur long ont interrompu leur parcours en dehors de la césure et à l’étranger, ils en retirent un avantage par rapport à leurs homologues n’ayant pas fait de pause. Mais en général, même pour ces jeunes les plus diplômés, si l’interruption (en césure ou non) ne diminue pas leurs chances d’être en emploi à trois ans, elle reste non significative.

40Une fois réduite au champ des interrompants, l’analyse ne dégage pas de modalité d’interruption qui serait spécialement intéressante pour favoriser l’accès à l’emploi, si ce n’est que l’interruption réalisée pour travailler est moins pénalisante que celle opérée pour une raison de santé (modèle non reproduit en annexe, disponible sur demande).

41La convergence de ces analyses montre qu’en dessous du niveau bac+5, avoir un parcours d’études discontinu tend bien à diminuer les chances d’être en emploi trois ans après la sortie des études, par rapport à un parcours ininterrompu. Pour les diplômés du supérieur long, l’interruption en général et la césure en particulier sont sans effet sur l’accès à l’emploi. Cette absence de plus-value peut s’expliquer par la norme de linéarité des parcours entraînant, en France, une sous-considération par le marché du travail de l’éventuel apport de l’expérience obtenue pendant l’interruption.

42Ces résultats viennent compléter l’étude récente ayant montré une absence de plus-value de la césure dans le rapport au travail (Verley & Tenret, 2024) et vont à rebours des incitations récentes à recourir au dispositif de la césure le plus tôt possible dans le parcours – si tant est que l’objectif visé concerne l’insertion des jeunes. Cela ne signifie pas que les pauses en cours d’études ne constituent pas un bénéfice autre pour l’étudiant. Toutefois, cet article permet de supposer assez solidement que le bénéfice d’une interruption dépendra de toute façon, fortement, des modalités sous lesquelles elle est réalisée.

3.2. Des effets parfois positifs sur la qualité des emplois occupés

43Néanmoins, en considérant des indicateurs de qualité de l’emploi que sont la qualification de l’emploi occupé puis le salaire perçu après trois ans de vie active, certains types d’interruption semblent tout de même valorisables sur le marché du travail. Une deuxième série de régressions explore les liens entre discontinuité des parcours et position professionnelle atteinte (figure 5). On mobilise ici un modèle de sélection qui estime d’abord la probabilité d’être en emploi en 2020, puis, sous cette première condition, la probabilité d’être cadre ou profession intermédiaire (et seulement cadre pour les diplômés du supérieur long). Une troisième et dernière série de modèles vise enfin à mesurer l’impact de l’interruption d’études sur le salaire perçu à trois ans (figure 6). Pour cela une régression linéaire a été exécutée sur un logarithme du salaire.

Figure 5. Extrait de résultats de quatre modèles estimant l’effet des interruptions d’études sur les chances d’être cadre ou profession intermédiaire à trois ans (probabilités moyennes)

Figure 5. Extrait de résultats de quatre modèles estimant l’effet des interruptions d’études sur les chances d’être cadre ou profession intermédiaire à trois ans (probabilités moyennes)

Les autres variables mobilisées dans les modèles sont celles du modèle 4 en annexe.
Lecture : en 2020, trois ans après leur sortie du système éducatif, les jeunes qui avaient préalablement interrompu leurs études dans le cadre d’une césure à l’étranger effectuée pour travailler ont plus de chances d’être cadre ou profession intermédiaire que ceux ayant eu un parcours d’études ininterrompu.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

44Le bénéfice le plus tangible est associé aux jeunes ayant effectué une césure à l’étranger pour travailler, qui perçoivent un avantage salarial en comparaison de jeunes au profil comparable qui n’auraient jamais interrompu leurs études. Les diplômés du supérieur long, très majoritaires dans ce groupe, voient également augmenter leurs chances d’être cadres (davantage que n’importe quelle autre catégorie).

45Un deuxième avantage s’observe chez les jeunes ayant interrompu leurs études à l’étranger en dehors du cadre de la césure. S’ils sont sortis avec au mieux un diplôme de l’enseignement supérieur court, ils voient leurs chances d’être cadre ou profession intermédiaire augmenter après trois ans de vie active, par rapport à leurs homologues n’ayant jamais réalisé d’interruption. Précisons que ces deux premiers parcours sont aussi, dans l’ensemble, les seuls qui n’entravent pas l’accès à l’emploi (leur effet reste non significatif quand tous les autres parcours discontinus ont un effet négatif).

46Deux autres types de césure ont un effet positif sur les salaires perçus après trois ans de vie active : celles effectuées à l’étranger pour un motif hors travail et celles réalisées en France pour travailler. Le gain salarial associé à ces deux parcours ne concerne toutefois que les diplômés de l’enseignement supérieur long.

Figure 6. Extrait des résultats de quatre modèles estimant l’effet des interruptions d’études sur le salaire à trois ans (écart au salaire moyen du profil de référence)

Figure 6. Extrait des résultats de quatre modèles estimant l’effet des interruptions d’études sur le salaire à trois ans (écart au salaire moyen du profil de référence)

Les autres variables mobilisées dans les modèles sont celles du modèle 5 en annexe.
Lecture : en 2020, trois ans après leur sortie du système éducatif, les jeunes qui avaient préalablement interrompu leurs études dans le cadre d’une césure à l’étranger effectuée pour travailler perçoivent un salaire 6 % plus élevé que celui des jeunes ayant eu un parcours d’études ininterrompu.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

47Inversement, certains types d’interruption sont associés à une moins bonne qualité d’emploi, par exemple chez les diplômés du supérieur long ayant interrompu leurs études, en France, en dehors du cadre de la césure et pour un motif ne relevant pas du travail. Du point de vue du salaire comme de la qualification de l’emploi, ces jeunes sont désavantagés trois ans après leur sortie de formation initiale par rapport à ceux avec un parcours continu. L’interruption pour raison de santé, elle, entrave l’accès à l’emploi comme le niveau de salaire des sortants du supérieur.

48Au total, on retient que certaines caractéristiques de l’interruption d’études constituent parfois – mais jamais systématiquement – un atout pour le début de carrière : le fait de réaliser l’interruption dans le cadre de la césure, de la réaliser à l’étranger, ou encore pour travailler. Quand elles sont combinées, ces modalités jouent simultanément sur le niveau de salaire et la position professionnelle atteinte. Toutefois, ces effets sont la plupart du temps observés pour les diplômés de l’enseignement supérieur long. Pour les autres, interrompre ses études aura dans presque tous les cas de figure un effet négatif ou nul à l’insertion.

49Ce dernier constat rappelle que les interruptions d’études les plus valorisées sur le marché du travail sont surtout accessibles aux jeunes issus de milieu social favorisé et diplômés au moins au niveau bac+5 (particulièrement en école de commerce ou d’ingénieur). Mais il dit aussi, en creux, que les interruptions d’études revêtent des formes et valeurs bien différentes en fonction des trajectoires dans lesquelles elles s’inscrivent. Du point de vue du marché du travail, il semble y avoir des « bonnes » et des « mauvaises » interruptions d’études.

Conclusion

50En conclusion, l’étude des conséquences des interruptions sur le début de carrière montre, qu’une fois contrôlés les effets puissants liés au niveau d’études atteint et aux caractéristiques individuelles, un lien subsiste entre interruptions et insertion professionnelle. Il peut s’avérer positif dans certains cas, comme celui des interruptions réalisées à l’étranger, ou des césures si elles précèdent l’obtention d’un diplôme du supérieur long. Interrompre ses études pour travailler peut aussi s’avérer profitable, probablement car cette première incursion dans la vie active offre une expérience du marché du travail plus longue que celle des jeunes au parcours continu.

51Ces effets restent timides et observables uniquement à certains niveaux de diplôme et sur certains indicateurs d’insertion. Dans de nombreux cas, les parcours d’études discontinus sont associés à une insertion professionnelle moins favorable que celle observée parmi les jeunes au parcours continu et de profil comparable. Cette étude converge en cela avec les travaux ayant montré que les parcours discontinus restent mal considérés par le marché du travail français (Albandea, 2020).

52Toutefois, il faut surtout retenir que la diversité des pratiques d’interruption temporaire des études reflète une multitude d’expériences d’études et de transition vers la vie active, aux potentialités variables et aux publics sélectionnés. Vu l’hétérogénéité des profils et des effets, la catégorie unique d’« interruption » ne paraît pas opérante pour en étudier les causes et les effets sur les parcours.

53Du point de vue du marché du travail, il existe véritablement de « bonnes » et de « mauvaises » interruptions dans les parcours d’études supérieures, et nos résultats convergent en cela avec ceux d’Albandea (2017, 2020) autant qu’avec ceux de Ferry, Verley & Tenret (2025). Les interruptions peuvent être valorisées si elles sont mobilisées « à bon escient », si elles sont « bien racontées », ou encore lorsqu’elles sont combinées avec le « bon » diplôme. Sinon, dans l’ensemble, elles constituent plutôt un poids. Les « bonnes » pauses sont aussi celles qui ont été instrumentalisées, mobilisées dans une fonction d’internationalisation (séjour à l’étranger) ou de professionnalisation (stage ou expérience professionnelle). Les « mauvaises » sont celles qui n’ont pas d’autre fonction que de faire une pause. Les étudiants les plus favorisés accèdent aux pauses utiles et les moins favorisés, aux pauses qui pénalisent.

54De ce fait, l’étude de l’interruption en cours d’études comme élément d’un parcours dont on cherche à évaluer le potentiel de valorisation se prête finalement peu à une lecture en termes de capital humain ou d’adéquationnisme. Du fait du fort lien entre caractéristiques sociales du public et formes de l’interruption, il nous semble plus éclairant de mobiliser le cadre de la démocratisation ségrégative (Merle, 2002) offrant une approche dans laquelle l’interruption temporaire d’études peut constituer, elle aussi, un élément stratégique de diversification des parcours et par là, une nouvelle source d’inégalités. À ce stade de son développement, l’interruption temporaire d’études n’apparaît pas comme un possible facteur d’égalisation des parcours d’études, au contraire puisque celle-ci ne profite pas à tous les publics.

55Au total, si la norme de linéarité des parcours d’études (Charles, 2015) semblait à première vue en passe de s’estomper, ce n’est le cas que pour certains publics et pour certaines expériences, quand elle perdure largement dans la plupart des cas. Le marché du travail français ne tolère l’écart à cette norme que si les interruptions continuent de poursuivre un objectif d’insertion professionnelle visant une rentabilité immédiate (compétences linguistiques ou professionnelles). En ce sens, l’effet observé des interruptions dans cet article ne bouscule pas cette norme de linéarité inscrite dans un modèle adéquationniste et préprofessionnalisant. Il sera intéressant de savoir si les incitations récentes du ministère de l’Éducation nationale à développer la césure dès l’entrée dans l’enseignement supérieur, à travers notamment la possibilité de convertir cette expérience en crédits ECTS, considèrent toute césure comme valorisable, ou seulement certaines – et dans ce cas, lesquelles. D’un point de vue des politiques d’orientation et de la notion d’absence de droit à l’erreur évoqué en introduction pour le système éducatif français, le développement de la césure et de son suivi et la meilleure valorisation des parcours non linéaires dans les plateformes d’orientation (Parcoursup, Mon Master) permettrait à certains jeunes de disposer de davantage d’espaces d’exploration et d’expérimentation pendant leurs études, notamment pour affiner leur projet professionnel.

56Ces résultats dessinent des pauses assez éloignées d’une « parenthèse enchantée ». Mais il est important de rappeler certaines limites de cette étude qui peuvent nuancer ces résultats. En effet, les interruptions d’études prises en compte sont celles d’une durée maximale d’une année scolaire (maximum 16 mois). De plus, les informations dont nous disposons sur ces interruptions sont limitées (en particulier l’absence d’information sur la date de leur réalisation) et les motifs sont déclaratifs, parfois flous (« autre raison »), et peuvent relever, dans certains cas, de l’activité réalisée lors de l’interruption plutôt que du motif initial. La prochaine enquête permettra ainsi d’avoir notamment davantage de précisions sur la durée de l’interruption, son contenu, son positionnement dans le parcours d’études global, son impact sur le projet professionnel de l’individu ou encore d’estimer si l’interruption d’études était ou non un choix de l’individu. Il aurait également été intéressant de pouvoir distinguer, dans la construction des types d’interruption, les motifs hors travail (bénévolat-volontariat, apprendre une langue, etc.) mais les effectifs n’étaient pas suffisants pour cela. Par ailleurs, l’évaluation de l’interruption comme de la césure, notamment celles « pour faire une pause », mériterait des travaux qualitatifs afin de savoir ce que ces pauses revêtent comme intérêt pour leurs usagers : au-delà d’effets objectivables sur l’insertion professionnelle ou le parcours d’études, la pause constitue-t-elle un moment favorable du point de vue des étudiants ? Joue-t-elle en cela son rôle d’expérimentation et de quête de soi ? Facilite-t-elle par d’autres canaux la transition vers l’âge adulte ? À cette question, nous n’apportons pas de réponse.

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Bibliographie

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Hauschildt, K., Gwosc, C., Schirmer, H. & Wartenbergh-Cras, F. (2022). Social and economic conditions of student life in Europe. EUROSTUDENT VII Synopsis of Indicators 2018–2021. Hannover: EUROSTUDENT.

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Annexe

Modèle 1. Probabilité pour les sortants de l’enseignement supérieur d’avoir interrompu préalablement leurs études (régression logistique multinomiale – odds ratios)

Référence : ne pas avoir interrompu ses études

Probabilité d’avoir interrompu ses études…

Variables

Modalités

dans le cadre d’une césure

dans un autre cadre

Genre (réf. : homme)

Femme

1,0

0,9

Origine sociale (réf. : intermédiaire & indépendant)

Ouvrier Employé

0,9

0,9

Cadre

1,3***

1,0

Au moins un parent étranger

Oui

1,5***

1,3***

Résidence QPV au bac (réf. : non)

Oui

1,4**

1,1

Type de bac (réf. : général)

Technologique ou Professionnel

0,8***

0,8***

Plus haut niveau de diplôme (réf. : BTS)

Non-diplômés du supérieur

1,1

1,4***

DUT & Autre bac+2

1,0

2,0***

Bac+2/3/4 santé social

0,6*

1,1

Bac+3/4 (hors s.s.)

1,4***

1,5***

Master

1,7***

1,2*

Autre bac+5

1,5*

1,1

École de commerce

3,0***

0,7**

Diplôme d’ingénieur

1,6**

0,3***

Doctorat

1,1

0,9

Spécialité du plus haut niveau de diplôme (réf. : lettres sciences humaines/tertiaire)

Maths Sciences et technique/Industriel

0,7***

0,9

Secteur de l’établissement de formation (réf. : public)

Privé

1,3***

1,4***

Alternance (réf. : non)

Oui

1,0

1,5***

Travail en cours d’études (réf. : non)

Oui moins de 8 h par semaine

1,0

1,0

Oui plus de 8 h par semaine

1,4***

1,5***

* p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01

Valeur du R2 : 0,03

Lecture : parmi les jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017, les femmes présentent autant de chances que les hommes d’avoir interrompu préalablement leurs études.

Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

Modèle 2. Probabilité de faire une interruption de tel ou tel type plutôt que pas d’interruption (régression logistique multinomiale – odds ratios)

Modèle 2. Probabilité de faire une interruption de tel ou tel type plutôt que pas d’interruption (régression logistique multinomiale – odds ratios)

* p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01
Valeur du R2 : 0,28
Lecture : parmi les jeunes sortis en 2017 de l’enseignement supérieur, les femmes ont eu plus de chances que les hommes de réaliser une césure à l’étranger pour travailler, plutôt que de ne pas interrompre leurs études.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

Modèle 3. Probabilité d’être en emploi trois ans après la sortie du système éducatif, en fonction de la continuité du parcours d’études, modèles stratifiés par niveau de sortie (régressions logistiques binomiales – odds ratios)

Modèle 3. Probabilité d’être en emploi trois ans après la sortie du système éducatif, en fonction de la continuité du parcours d’études, modèles stratifiés par niveau de sortie (régressions logistiques binomiales – odds ratios)

* p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01. Les chiffres en gras correspondent aux odds-ratios significativement différent de 1 de nos variables d’intérêt.
Valeurs du R2 des trois modèles principaux : 0,07 ; 0,06 ; 0,02
Valeurs du R2 des trois modèles complémentaires : 0,07 ; 0,06 ; 0,02
Lecture : parmi les jeunes sortis sans diplôme de l’enseignement supérieur en 2017, les femmes ont eu autant de chances que les hommes d’être en emploi en 2020.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

Modèle 4. Probabilité d’occuper un emploi cadre ou cadre/profession intermédiaire trois ans après la sortie du système éducatif, modèles stratifiés par niveau de sortie (modèles de sélection – estimation)

Modèle 4. Probabilité d’occuper un emploi cadre ou cadre/profession intermédiaire trois ans après la sortie du système éducatif, modèles stratifiés par niveau de sortie (modèles de sélection – estimation)

E1 : équation 1 ; E2 : équation 2 ; * p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01. Les chiffres en gras correspondent aux estimations dont l’effet est significatif de nos variables d’intérêt.
Lecture : parmi les jeunes sortis sans diplôme de l’enseignement supérieur en 2017, les femmes ont eu moins de chances que les hommes d’être cadre ou profession intermédiaire en 2020.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

Modèle 5. Effet des interruptions sur les salaires perçus à trois ans, modèles stratifiés par niveau de sortie (régressions linéaires du salaire logarithmé – estimation)

Modèle 5. Effet des interruptions sur les salaires perçus à trois ans, modèles stratifiés par niveau de sortie (régressions linéaires du salaire logarithmé – estimation)

* p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01. Les chiffres en gras correspondent aux estimations dont l’effet est significatif de nos variables d’intérêt.
Valeurs du R2 des trois modèles : 0,09 ; 0,11 ; 0,16
Lecture : parmi les jeunes sortis sans diplôme de l’enseignement supérieur en 2017, les femmes perçoivent un salaire significativement moins élevé que les hommes, à situation donnée, trois ans après la sortie.
Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).

Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).

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Notes

1 https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/cesure-81883

2 La question était : « [cette interruption] était-ce pour ? » avec les modalités présentées dans la figure 2. Dans cette étude, le terme « motif de l’interruption » est utilisé comme étant la raison de l’interruption, mais dans certains cas l’enquêté a pu répondre à cette question en fonction de l’activité exercée pendant la période.

3 L’information sur la durée est seulement disponible en trois modalités (moins de 12 mois, 12 mois, de 13 à 16 mois) : nous ne prenons pas en compte cette dimension dans l’analyse car une durée d’interruption de 10 mois par exemple est similaire à 14 mois en fonction des mois de début et de fin des formations préparées avant et après l’interruption, donc ces trois modalités ne sont pas très discriminantes. Nous supposons que nous avons en réalité peu d’interruptions très courtes car il nous semble peu fréquent que les individus n’ayant interrompu leurs études qu’un ou deux mois répondent « oui » à la question de notre enquête « Avant l’année scolaire 2016-2017, aviez-vous interrompu vos études ? ».

4 Si plusieurs interruptions avant l’année scolaire 2016-2017 (un cas sur dix environ selon une enquête plus récente), le choix est laissé à l’enquêté de la période d’interruption qu’il souhaite décrire. Si l’absence de consigne sur ce choix ne permet pas d’identifier l’interruption choisie par l’individu, probablement la plus longue ou la plus récente, cela ne remet pas en cause la pertinence des données collectées.

5 Exemples : service civique, service volontaire européen, volontariat associatif, VIE, VIA, réserves citoyennes, sapeurs-pompiers volontaires, etc.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Part d’interruptions dont césures, dans l’ensemble des sortants du supérieur et par plus haut diplôme
Légende Lecture : parmi les jeunes sortis de l’enseignement supérieur sans y avoir obtenu de diplôme en 2017, 4,5 % avaient préalablement interrompu leurs études, dans le cadre d’une césure, pour une durée comprise entre un et seize mois.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 255k
Titre Figure 2. Lieu et motif de l’interruption, dans l’ensemble et par type d’interruption
Légende Lecture : parmi les jeunes ayant réalisé une césure avant leur sortie de l’enseignement supérieur en 2017, 43 % ont fait cette césure pour travailler.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 140k
Titre Tableau 2. Types d’interruption, profil socio-démographique et parcours d’études
Légende Lecture : parmi les jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 ayant préalablement fait une césure à l’étranger pour travailler, 63 % sont des femmes.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes), sauf deux dernières lignes : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-3.png
Fichier image/png, 30k
Titre Figure 3. Type d’interruption des sortants du supérieur, par grand niveau de sortie
Légende Lecture : parmi les jeunes sortis non diplômés de l’enseignement supérieur en 2017 ayant préalablement interrompu leurs études, 1 % avaient réalisé cette interruption dans le cadre d’une césure, à l’étranger, pour travailler.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 après une interruption préalable (68 000 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-4.jpg
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Titre Figure 4. Extrait de résultats de quatre modèles estimant les conséquences des interruptions d’études sur les chances d’être en emploi à trois ans (odds-ratios)
Légende Les autres variables mobilisées dans les modèles sont celles du modèle 3 en annexe.Lecture : en 2020, trois ans après leur sortie du système éducatif, les jeunes qui avaient préalablement interrompu leurs études dans le cadre d’une césure à l’étranger effectuée pour travailler ont autant de chances d’être en emploi que ceux ayant eu un parcours d’études ininterrompu.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-5.jpg
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Titre Figure 5. Extrait de résultats de quatre modèles estimant l’effet des interruptions d’études sur les chances d’être cadre ou profession intermédiaire à trois ans (probabilités moyennes)
Légende Les autres variables mobilisées dans les modèles sont celles du modèle 4 en annexe.Lecture : en 2020, trois ans après leur sortie du système éducatif, les jeunes qui avaient préalablement interrompu leurs études dans le cadre d’une césure à l’étranger effectuée pour travailler ont plus de chances d’être cadre ou profession intermédiaire que ceux ayant eu un parcours d’études ininterrompu.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 556k
Titre Figure 6. Extrait des résultats de quatre modèles estimant l’effet des interruptions d’études sur le salaire à trois ans (écart au salaire moyen du profil de référence)
Légende Les autres variables mobilisées dans les modèles sont celles du modèle 5 en annexe.Lecture : en 2020, trois ans après leur sortie du système éducatif, les jeunes qui avaient préalablement interrompu leurs études dans le cadre d’une césure à l’étranger effectuée pour travailler perçoivent un salaire 6 % plus élevé que celui des jeunes ayant eu un parcours d’études ininterrompu.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 310k
Titre Modèle 2. Probabilité de faire une interruption de tel ou tel type plutôt que pas d’interruption (régression logistique multinomiale – odds ratios)
Légende * p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01Valeur du R2 : 0,28Lecture : parmi les jeunes sortis en 2017 de l’enseignement supérieur, les femmes ont eu plus de chances que les hommes de réaliser une césure à l’étranger pour travailler, plutôt que de ne pas interrompre leurs études.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 196k
Titre Modèle 3. Probabilité d’être en emploi trois ans après la sortie du système éducatif, en fonction de la continuité du parcours d’études, modèles stratifiés par niveau de sortie (régressions logistiques binomiales – odds ratios)
Légende * p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01. Les chiffres en gras correspondent aux odds-ratios significativement différent de 1 de nos variables d’intérêt.Valeurs du R2 des trois modèles principaux : 0,07 ; 0,06 ; 0,02Valeurs du R2 des trois modèles complémentaires : 0,07 ; 0,06 ; 0,02Lecture : parmi les jeunes sortis sans diplôme de l’enseignement supérieur en 2017, les femmes ont eu autant de chances que les hommes d’être en emploi en 2020.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 208k
Titre Modèle 4. Probabilité d’occuper un emploi cadre ou cadre/profession intermédiaire trois ans après la sortie du système éducatif, modèles stratifiés par niveau de sortie (modèles de sélection – estimation)
Légende E1 : équation 1 ; E2 : équation 2 ; * p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01. Les chiffres en gras correspondent aux estimations dont l’effet est significatif de nos variables d’intérêt.Lecture : parmi les jeunes sortis sans diplôme de l’enseignement supérieur en 2017, les femmes ont eu moins de chances que les hommes d’être cadre ou profession intermédiaire en 2020.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
Crédits Source : enquête 2020 auprès de la Génération 2017 (Céreq).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 243k
Titre Modèle 5. Effet des interruptions sur les salaires perçus à trois ans, modèles stratifiés par niveau de sortie (régressions linéaires du salaire logarithmé – estimation)
Légende * p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01. Les chiffres en gras correspondent aux estimations dont l’effet est significatif de nos variables d’intérêt.Valeurs du R2 des trois modèles : 0,09 ; 0,11 ; 0,16Lecture : parmi les jeunes sortis sans diplôme de l’enseignement supérieur en 2017, les femmes perçoivent un salaire significativement moins élevé que les hommes, à situation donnée, trois ans après la sortie.Champ : jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 (440 660 jeunes).
URL http://journals.openedition.org/formationemploi/docannexe/image/15041/img-11.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Fanette Merlin et Alexie Robert, « Les pauses en cours d’études à la française. Expérimenter dans la linéarité »Formation emploi [En ligne], 175 | Juillet-Septembre 2026, mis en ligne le 01 août 2026, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/formationemploi/15041 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16nfj

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Auteurs

Fanette Merlin

Chargée d’études (socio-économie de l’éducation) au Département entrées et évolutions dans la vie active, Céreq.
IdHal : fanette-merlin

fanette.merlin[at]cereq.fr

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Alexie Robert

Chargée d’études (statistiques et économie) au Département entrées et évolutions dans la vie active, Céreq.
IdHal : alexie-robert

alexie.robert[at]cereq.fr

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Droits d’auteur

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