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1L’enseignement supérieur est en forte évolution depuis plusieurs décennies. Si l’augmentation quantitative est bien documentée1, la diversification qualitative et ses effets sont moins visibles2. Aussi est-il nécessaire d’ausculter régulièrement ces dynamiques et leurs multiples dimensions3.
2Si on peut considérer que la norme de la carrière professionnelle est désormais à la multiplicité des emplois, dans le domaine des études cela reste encore marginal, et toutefois croissant, comme le précisent Fanette Merlin et Alexie Robert, dans le premier article de ce dossier. Pour autant, au-delà des effets de l’individualisation des parcours, les caractéristiques sociales, mais aussi les effets établissement et des territoires restent très prégnants, comme le montrent Philippe Cordazzo, Yoann Doignon et Eugenia Prosperi à propos des mobilités entre licence et master. Cette individualisation s’accompagne également d’une évolution des pédagogies à travers de la montée de l’approche par compétences, dont Azéane Le Guern analyse la mise en place dans une université.
3Pour réexaminer des questions plus classiques, Arnaud Dupray et Stéphanie Moullet s’intéressent aux effets de la poursuite d’études des bacheliers professionnels selon les spécialités de formation. Pour leur part, Magali Jaoul-Grammare et Claude Diebolt analysent sur le temps long les différences de genre à l’aune des choix d’études dans les filières historiquement prestigieuses que sont le droit et la médecine. Au-delà des choix d’études initiaux, Céline Jacob et Christophe Michaut évaluent l’impact d’une réorientation des étudiants en première année sur leur réussite académique.
4Pour clore cet édito et rendre hommage à un auteur et un collaborateur qui nous est cher, je laisse la place à notre collège du Céreq Dominique Épiphane : « Il ne fait aucun doute que ce numéro de Formation Emploi consacré à l’enseignement supérieur aurait grandement intéressé Roger Establet qui vient malheureusement de nous quitter, lui qui n’a eu de cesse de s’intéresser aux inégalités et aux rendements différenciés des études.
5Avec sa disparition, la sociologie française perd l’une de ses grandes figures. Toujours soucieux de disséquer les mécanismes de la reproduction sociale, il a montré, dès les années 70, combien le système scolaire était structuré par les besoins du système capitaliste et visait à former les individus pour les adapter aux différentes positions sociales qui les attendent. Plus d’un demi‑siècle plus tard, la question de l’inégale distribution des savoirs est toujours d’actualité.
6“Qui travaille pour qui ? ”, “Les étudiants, l’emploi, la crise”, “Le niveau monte”, “L’école est-elle rentable ? ”, “Allez les filles !”… sont autant d’ouvrages, écrits avec son acolyte Christian Baudelot, qui ont inspiré nombre de chercheurs et chercheuses travaillant sur les relations entre les formations et les emplois. Beaucoup d’entre nous garderont en mémoire son enthousiasme à transmettre à ses étudiant·es la nécessité de battre en brèches les idées reçues avec la rigueur statistique qui le caractérisait. Son humour, son énergie et sa profonde humanité manqueront à tous ceux et toutes celles qui ont eu la chance de croiser son chemin. »