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Des doyens aux présidents

Les instituts universitaires (de 1880 à 1968) et la place de leurs directeurs dans la constitution des universités (1968 à 1971)

University Institutes (1880‑1968) and the Role of their Directors in the Constitution of Universities (1968‑1970)
Los institutos universitarios (1880‑1968) y el papel de sus directores en la constitución de las universidades (1968‑1971)
Jean-Yves Mérindol

Résumés

Après la crise de mai 1968, les universités françaises qui étaient encore, pour l’essentiel, régies par des dispositions établies à la fin du xixe siècle, sont réformées à travers la loi Faure. Les facultés disparaissent au profit des unités d’enseignement et de recherche (UER). Il n’y a plus de doyens mais des directeurs d’UER. Dans ce bouleversement, il a fallu tenir compte de la présence de plusieurs centaines d’instituts de facultés ou d’universités, dont certains deviendront des UER.

On décrit ici les grandes étapes, de 1880 à 1968, de création de ces instituts, ainsi que les objectifs principaux de ceux qui les ont fondés.

On montre ensuite, en comparant leurs rôles respectifs dans les instances des années 1970 de la Conférence des présidents d’université, la place significative prise par d’anciens directeurs de certains instituts, dont les instituts d’études politiques (IEP), les instituts d’administration des entreprises (IAE) et des structures de recherche. Alors que, dans le même moment, les présidents anciens doyens ne jouent qu’un rôle plus modeste.

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Texte intégral

1Introduction

  • 1 On renvoie aux ouvrages suivants : Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure : réf (...)

2En 1967, et depuis le début du xixe siècle, l’enseignement supérieur universitaire est construit autour des facultés (médecine, droit, lettres, sciences, pharmacie). Les statuts des enseignants, les grades, la composition des instances locales (assemblée et conseil de faculté, conseil de l’université) et nationales (conseil supérieur de l’instruction publique, comité consultatif des universités) : sur chacun de ces sujets, la réglementation renvoie au système facultaire. La loi Faure, promulguée en novembre 1968, bouleverse ce paysage1. Les facultés n’y sont plus mentionnées et les universités y sont définies comme le regroupement organique d’unités d’enseignement et de recherche (UER) et de services communs à ces unités.

  • 2 Ces annexes de facultés, initialement destinées aux enseignements de première année de licence, a (...)
  • 3 Les IEP étaient depuis 1945 des instituts internes d’une université, associant les facultés de dr (...)

3Quelques chiffres donnent l’ampleur de ce changement. À la fin de l’année 1968, on compte 21 universités (il y en avait 16 en métropole en 1960) regroupant 119 facultés (il y en avait 74 en 1960), 28 collèges universitaires2 créés à partir de la fin des années 1940, 47 instituts universitaires de technologie (IUT) créés à partir de 1965 qui regroupent 139 départements. En 1969, on passe à 56 universités regroupant environ 700 UER, trois instituts nationaux polytechniques, l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris3 et huit centres universitaires.

4Le passage de 21 à 56 universités, lié à la croissance des effectifs étudiants, résulte de deux décisions. D’une part, assumant la rupture avec la règle établie depuis 1808, il peut y avoir plusieurs universités par académie, voire dans la même ville. Ainsi, en 1971, l’Île‑de‑France a 13 universités et 10 métropoles de province en ont chacune deux ou trois. D’autre part, plusieurs collèges universitaires (Amiens, Brest, Limoges, Metz, Pau, Reims, Saint‑Étienne) deviennent des universités.

5Ces deux décisions ne suffisent pas à expliquer l’écart spectaculaire entre le nombre de facultés et celui des UER. S’ajoutent, pour Edgar Faure, deux raisons complémentaires : il veut démanteler les facultés des sites importants afin que les universités puissent s’imposer comme structures centrales de l’enseignement supérieur ; il prend en compte celles (autour de 500 dans le milieu des années 1960) qui existent au sein des facultés ou sur leurs marges : les écoles, instituts, centres, départements, etc.

  • 4 En voici quelques‑unes parmi les plus récentes : Philippe Boutry, Christophe Charle, Marie‑Caroli (...)

6Ces structures, un peu méconnues, certes abordées dans les monographies particulières à chaque université4, sont peu étudiées dans leur ensemble. La première partie de cet article trace un panorama de leur création, de la fin du xixe siècle à 1968 et des espoirs qu’ils ont suscités auprès de plusieurs générations de réformateurs universitaires désireux de s’écarter des rigidités du système facultaire.

7La rupture de 1968 se traduit, comme on le montre ici dans la seconde partie, par l’effacement des doyens des années 1960 : très peu seront élus présidents d’université en 1970 et 1971 et un seul d’entre eux prend des responsabilités au sein de la Conférence des présidents d’université. Le vivier des présidents d’université se trouve largement formé de professeurs ayant exercé d’autres responsabilités, dont celles de directeurs d’instituts et d’écoles.

1. Les instituts et écoles

8Les instituts, écoles, départements qui existent dans les facultés et universités des années 1960 sont créés dès la fin du xixe siècle. Ils résultent de préoccupations variées et de décisions prises pendant près de 70 ans dans des contextes politiques et sociaux divers. Presque toujours, il s’agit de traiter de sujets que les facultés, principalement centrées sur la préparation des grades, peinent à traiter : professionnalisation des études, laboratoires de recherche, interdisciplinarité. La diversité des situations rencontrées en 1968 résulte d’une histoire que l’on présente ici de façon synthétique en distinguant trois grandes périodes : 1897‑1919 ; 1920‑1939 ; 1945‑1967.

1.1 Les premiers instituts

  • 5 George Weisz, The Emergence of Modern Universities, op. cit. supra.
  • 6 Extrait de l’exposé des motifs de décrets du 21 juillet 1897.

9Revenons aux années 1880 quand évolue le mode d’organisation facultaire institué par Napoléon 1er en 1808, avec des facultés mais sans universités, qui avait été confirmé par la Restauration et le Second Empire. En 1885, les républicains dotent les facultés de la personnalité civile, puis, en 1896, créent les universités (loi Poincaré) définies comme regroupements de facultés5. Dans la foulée, en 1897, les pouvoirs publics donnent la liberté aux universités (pas aux facultés) de délivrer des « titres d’ordre exclusivement scientifique » qui ne peuvent « en aucun cas être déclarés équivalents aux grades », « preuves d’un savoir acquis en pleine liberté d’études6 ».

  • 7 Ces diplômes dont le contenu est laissé à l’initiative des facultés, mis en place à partir de 189 (...)

10Cette liberté est largement utilisée pour ouvrir de nouvelles formations, débouchant sur des titres (Brevets ou diplômes, dont ceux d’ingénieurs, voire Licences et Doctorats d’université), principalement autour des formations techniques ou appliquées (chimie, électrotechnique, agriculture, brasseur, électricien, mécanicien et géologue, des diplômes de hautes études commerciales, de chirurgien‑dentiste, laiterie, études notariales, œnologie, hydrobiologie et pisciculture, français langue étrangère, études coloniales, pratique du droit…), ou pour des cursus à cheval sur plusieurs facultés (psychologie, géographie, économie). En 1912, les 16 universités délivrent autour de 300 de ces diplômes spécifiques, diplômes d’études supérieures7 compris. Dans bon nombre des facultés des sciences de province, les étudiants inscrits dans les formations relevant du décret de 1897 sont nettement plus nombreux que ceux qui suivent les études conduisant aux grades de Licence et de Doctorat.

  • 8 Dès les années 1900, de nouveaux bâtiments sont construits, souvent avec l’aide de mécènes, pour (...)

11Cette floraison de formations s’accompagne de l’ouverture d’écoles ou d’instituts, structures plus ou moins formelles, intégrées aux universités ou aux facultés ou indépendantes (Institut Pasteur, Institut du radium). La distinction entre écoles et instituts n’est pas stricte : si les premières ont toujours une offre d’enseignement, la plupart des instituts, même ceux centrés sur la recherche, participent à des formations. Certaines de ces structures disposent de locaux spécifiques8 et d’enseignants plus divers que celui des facultés, notamment de professionnels non universitaires (ingénieurs, notaires, avocats, fonctionnaires, etc.). Contrairement aux facultés et aux universités, les écoles et instituts intégrés aux universités ne disposent pas de la personnalité civile, ce qui limite leur autonomie en matière de recrutement des personnels et de budget. Elles bénéficient cependant de ressources provenant du mécénat : financement de chaires dans de nouvelles disciplines, construction de nouveaux bâtiments, soutien au fonctionnement.

  • 9 Bruno Garnier, L’Université nouvelle : les Compagnons, édition critique, [Lyon], INRP, « Éducatio (...)
  • 10 Revue internationale de l’enseignement supérieur, t. 74, 1920, p. 49‑74, <https://gallica.bnf.fr/ (...)
  • 11 André Mayer (rapporteur), Sur quelques questions relatives à l’organisation des recherches scient (...)
  • 12 Michel Pinault. La science au Parlement : les débuts d’une politique des recherches scientifiques (...)

12Cette diversification permet d’échapper partiellement aux contraintes étatiques sur les grades et sur les chaires. Il n’est guère surprenant que ceux qui réclament, à partir des années 1900, des réformes profondes de l’enseignement supérieur et/ou de la recherche se réfèrent toujours aux instituts. Ces préoccupations sont centrales dans les analyses et les projets défendus à partir de 1918 pour l’enseignement supérieur par les Compagnons de l’Université Nouvelle9 ou dans le rapport rédigé en 1920 par le zoologiste Maurice Caullery (1868‑1958) à la demande de l’Association amicale du personnel enseignant des facultés des sciences10. Le physiologiste André Mayer (1875‑1956) va plus loin dans le rapport sur l’organisation des recherches scientifiques11 qu’il rédige pour la Confédération des sociétés scientifiques françaises. Après avoir critiqué l’insuffisance en la matière des universités et des facultés des sciences et de médecine, il propose de donner « à la recherche les moyens d’action dont elle a besoin pour l’étude des questions liées à la production nationale », « soit par des instituts permanents, à cadre rigide, soit par un Office central pourvu de grands moyens d’action, soit par des regroupements temporaires de laboratoires ». Ce rapport inspire la création à Paris de l’Institut de biologie physico‑chimique en 1927 (codirigé par A. Mayer), puis, par des cheminements complexes12, celle du CNRS en 1939.

1.2 Les instituts institutionnalisés (décret Honnorat, 1920)

  • 13 Décret du 31 juillet 1920.

13Plusieurs des responsables d’instituts se plaignent de l’absence de définition réglementaire des structures qu’ils dirigent. Ce sujet est traité en 1920 par le ministre de l’Instruction publique André Honnorat (1868‑1950) qui signe un décret13 classant les instituts (qui peuvent, « dans certains cas », porter le nom d’École) en deux catégories :

14Les instituts des facultés « destinés aux recherches scientifiques ou aux applications pratiques ». Leur création, proposée par la faculté, est soumise, après validation par le conseil d’université, à l’approbation du ministre ;

15Les instituts d’université créés « sur proposition d’une ou de plusieurs facultés ». Ils peuvent être installés à l’étranger. Ils ont un budget spécial incorporé au budget de l’université, ce qui leur donne une relative autonomie. Ces créations doivent être approuvées par décret.

  • 14 Michel Pinault, Maurice Barrès et “la grande pitié des laboratoires de France” : discours parleme (...)
  • 15 Créé en novembre 1907 par l’Université de Grenoble à l’initiative de Julien Luchaire, qui sera ch (...)
  • 16 Annuaire général de l’université 1930‑31, Paris, Publication annuelle de l’Information universita (...)

16Les missions que ce décret confère aux instituts sont la recherche, ce qui répond à la campagne d’opinion menée depuis la fin de la guerre14 ; les applications pratiques, ce qui intéresse une bonne part des instituts et écoles existants ; les implantations à l’étranger, ce qui s’explique par des initiatives prises depuis le début du siècle (dont les instituts français de Florence15, de Madrid et de Londres). Les instituts ne délivrent pas de grades, privilège des seules facultés, et n’ont pas de personnel en propre. En 1930, on en compte près de 150, dont un peu moins de 25 au niveau des universités, les autres au niveau des facultés16. La plupart des écoles techniques reconnues dans le cadre du décret Honnorat font partie des écoles habilitées en 1936 à délivrer le tout nouveau titre d’ingénieur‑diplômé (loi du 10 juillet 1934).

1.3 Expansion et instituts d’État

17Après 1945, l’État prend la main sur la création de certains instituts. Alors que, depuis la fin du xixe siècle, leur création résultait d’une initiative locale, qui devait certes être ratifiée nationalement par le Conseil supérieur de l’Instruction publique puis par le ministre, des instituts d’un nouveau type apparaissent en 1945 (les Instituts d’études politiques ‑ IEP) puis en 1947 (les écoles nationales supérieures d’ingénieurs ‑ ENSI, qui prennent la suite de certaines des écoles d’ingénieurs d’avant‑guerre en uniformisant les conditions de recrutement et d’études) : ces instituts d’université (IEP) ou de facultés des sciences (ENSI), créés par décrets, répondent à des cahiers des charges fixés par l’État (ordonnances et décrets du 15 octobre 1945, décret du 16 janvier 1947). Cette façon de faire se poursuit en 1957 avec la création à Lyon du premier Institut national des sciences appliquées (INSA), cette fois‑ci hors université, puis en 1965 avec les IUT intégrés aux universités, mais hors facultés, avec des personnels en propre.

18En parallèle, dans les années 1950, les universités s’engagent, avec le soutien de la direction de l’enseignement supérieur du ministère, dans de nouvelles formations (journalisme, démographie, administration des entreprises ‑ IAE, préparation aux affaires ‑ IPA, institut du travail, préparation aux enseignements du second degré – IPES, centre de calcul, etc.), souvent installées dans des instituts créés à cet effet, parfois avec un cadrage national.

  • 17 Décret Berthoin 59‑57 du 6 janvier 1959, art. 42‑44. Le décret 60‑618 du 24 juin 1960 modifie lég (...)
  • 18 Cette notion de département, déjà utilisée en 1957 pour l’INSA de Lyon, sera imposée aux IUT.
  • 19 Circulaire du 10 novembre 1960.

19Les conseils des facultés qui réunissent tous les professeurs titulaires (les maîtres de conférences ne siègent que dans l’assemblée de la faculté) atteignent peu à peu des tailles peu propices à des débats collégiaux (en 1960, le conseil de la faculté des sciences de Paris rassemble plus de 250 professeurs titulaires). Le décret Berthoin17 de 1959 incite les facultés à mettre en place des « départements groupant les enseignements et les recherches qui relèvent d’une même discipline ou de disciplines voisines18 ». À partir de 1960, le gouvernement, qui incite à la création des départements, freine celle d’instituts émanant des initiatives des facultés et universités19. Cette incitation n’est pas un succès : en 1967, il n’y en a que 50 départements, principalement dans les facultés de sciences (il s’agit le plus souvent de départements portant à la fois sur l’enseignement et la recherche, parfois ne visant que l’un ou l’autre), parfois en lettres et dans une seule faculté de droit.

  • 20 Catherine Nicault (dir.), Histoire documentaire du CNRS : t. 2, Années 1950‑1981, Paris, CNRS éd. (...)
  • 21 Georges Amestoy, Les Universités françaises, Paris, nº spécial d’« Éducation et gestion », 1968,  (...)

20La structuration de la recherche universitaire évolue dans les années 1960. La création en 1964 de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) s’accompagne d’un plan volontariste de créations d’unités de recherche (d’une vingtaine d’unités en 1964 à 88 en 1968). De son côté, à partir de 1965, le CNRS finance par convention des laboratoires associés (LA) et des équipes de recherche associées (ERA) dont la plupart sont installées au sein des facultés : fin 1969, on compte 139 LA et 224 ERA20. Ces laboratoires liés à l’Inserm ou au CNRS ne disposent pas de statuts explicites au sein des universités ou des facultés : certains sont identifiés, comme des départements ou des instituts, d’autres n’existent qu’à travers l’organisme qui les reconnaît et les soutient. Les textes, pourtant nombreux et détaillés, régissant l’enseignement supérieur sont presque muets sur l’organisation de la recherche collective au sein des facultés, ce que remarque un expert : « C’est donc à juste titre que l’on a pu dire que l’organisation de la recherche dans les facultés, les instituts et les universités était, dans son ensemble, à imaginer et à réaliser21 ».

  • 22 On en trouve une liste dans la Revue de l’enseignement supérieur, nº 1, 1964.
  • 23 Le Doctorat de troisième cycle est créé en 1955 pour les sciences, un peu plus tard en lettres et (...)

21En 1964, on compte22 441 instituts (ou structures assimilées, dont les collèges universitaires), contre 230 en 1950 : 188 d’entre eux sont directement rattachés aux universités, 60 aux facultés de droit, 62 à celles de lettres, 79 en sciences et 52 en médecine. Ces instituts, créés de 1880 à 1968, en réponse à des préoccupations variées, sont divers tant pour leurs missions (formation, recherche, international, troisième cycle23, etc.) que pour leurs statuts (décret, arrêté ministériel, ou simple décision d’un conseil d’université ou de faculté). Ils concernent la quasi‑totalité des disciplines et sont particulièrement nombreux pour les formations professionnelles.

1.4 De la critique des facultés à la création des UER et des universités

  • 24 Pour une école nouvelle, formation des maîtres et recherche en éducation, actes du colloque d’Ami (...)
  • 25 Esprit, n 5‑6 (Faire l’Université. Dossier pour la réforme de l’enseignement supérieur), mai‑juin (...)
  • 26 Cahier de l’Unef, nº 7 (Manifeste pour une réforme démocratique de l’enseignement supérieur), 196 (...)
  • 27 École et Nation, 1966, p. 100.

22Des cercles d’universitaires critiques vis‑à‑vis du système facultaire se mobilisent dans les années 1950 et 1960 pour proposer des réformes : colloques de Caen (1956 puis 1966) et d’Amiens24 (mars 1968) organisés par l’Association d’études pour l’expansion de la recherche scientifique, numéro spécial25 d’Esprit coordonné par Paul Ricœur (1913‑2005), articles de la Revue de l’enseignement supérieur publiée de 1956 à 1969 avec le soutien actif des directeurs successifs de l’enseignement supérieur – de Gaston Berger (1896‑1960) à Pierre Aigrain (1924‑2002) – qui en sont les directeurs de rédaction. L’UNEF appelle en 1964 à la disparition des facultés au profit de départements qui pourraient être des instituts de recherche, pédagogiques, technologiques ou des structures interdisciplinaires à cheval sur deux départements26. Le PCF souhaite en 1966 que les facultés cèdent la place à des départements d’enseignement ou à des instituts de recherche27. Les participants du colloque de Caen de 1966, moins radicaux, demandent :

  • 28 Les chefs de départements étaient alors nommés par le ministre sur une liste présentée par les pr (...)
  • 29 Revue de l’enseignement supérieur, nº 4 (L’Université face à sa réforme), 1966.

L’articulation dès maintenant des facultés actuellement existantes en départements d’enseignement et instituts de recherche dotés de présidents élus28 pour un temps limité. La pleine responsabilité de l’enseignement de chaque discipline devrait incomber au département correspondant et ne plus être le privilège d’une ou plusieurs chaires29.

  • 30 Jacques de Chalendar, Une loi pour l’Université : avec le manuscrit inédit d’Edgar Faure, Paris, (...)

23E. Faure, quand il esquisse en juin 1968 son projet de loi, envisage d’abord d’organiser les universités autour de « départements » dotés de la personnalité juridique constitués « autour d’une discipline dominante et de ses disciplines connexes30 ». Mais il renonce vite à cette définition trop restrictive qui ne tient pas compte de l’existence d’instituts de recherche et qui pose problème dans les universités de petite taille. Faure choisit dès lors de parler « d’unités », désignées dans la loi comme « d’enseignement et de recherche », ce qui permet tout à la fois de faire perdurer certaines structures d’avant 1968, dont les IUT, écoles, instituts, voire départements ; et de rendre possible de nouveaux projets innovants, dont des UER organisés par cycles (celles pluridisciplinaires de premier cycle, ou autour de certaines spécialités de troisième cycle) ou conçues autour de projets plus originaux (nutrition, traitement de l’information juridique, études théâtrales, didactique des disciplines scientifiques, sciences des organisations, etc.).

24Leur mise en place est menée à bien en quelques mois. La loi de 1968, si elle ne traite pas directement de l’organisation de la recherche au sein des universités, prévoit la disparition des chaires, ce qui libère en partie l’alignement de la recherche universitaire sur la structuration des corps enseignants. Dans sa première note d’information sur la mise en œuvre de la loi d’orientation, en octobre 1968, le ministère signale que les UER « peuvent être principalement consacrées à la recherche ou combiner dans des propositions variables l’enseignement et la recherche », celles du premier type pouvant « grouper des équipes de chercheurs actuellement réparties en plusieurs laboratoires ou appartenant à un laboratoire important ». Au total, en 1969, on arrive à près de 600 UER : 368 dites normales, 114 à dominante recherche (tentative de structuration spécifique de la recherche) et 102, dites dérogatoires (principalement les facultés de médecine et des écoles et instituts créés avant 1968). Soixante‑deux de ces UER sont érigées en établissements publics à caractère scientifique et culturel intégrés à leur université : les 43 UER médicales, les six IEP de province, neuf ENSI, certaines écoles internes et l’Inalco (au sein de Paris 3).

25Si le monde facultaire s’effondre en 1968, la structuration en instituts, départements et écoles, plus discrète et plus souple, perdure en large partie via les UER d’après 1968.

2. Directeurs, doyens et présidents

  • 31 On n’a pas identifié de responsabilités de ce type pour les présidents d’Aix‑Marseille 1, Bordeau (...)

26L’une des grandes nouveautés de la loi Faure (envisagée par Jules Ferry dès 1883, réclamée par les réformateurs en conclusion du colloque de Caen de 1966) est que l’université, comme établissement public, n’est plus dirigée par le recteur d’académie, haut fonctionnaire nommé en Conseil des ministres, mais par un président élu par le conseil d’université. C’est en 1970 et 1971 que sont élus ces présidents (56 universités, huit centres universitaires, trois instituts nationaux polytechniques). On donne, dans les trois tableaux qui suivent, des renseignements sur les parcours de ceux d’entre eux (l’énorme majorité31) qui ont préalablement été doyens ou directeurs d’instituts, d’écoles ou de départements.

2.1 Les présidents ex‑doyens

  • 32 Depuis 1970, les anciens recteurs élus présidents d’université sont les juristes Jean Imbert (191 (...)

27Treize de ces présidents ont été doyens de facultés avant le vote de la loi d’orientation : trois de médecine (Aix‑Marseille, Lille, Nantes‑Angers), quatre de droit (Aix, Montpellier, Poitiers, Toulouse), trois de lettres (Montpellier, Reims, Rennes, Tananarive) et trois de sciences (Lille, Alger et Montpellier, Clermont‑Ferrand) (tableau 1). Trois d’entre eux sont élus présidents d’une université autre que celle où ils étaient doyens (d’Aix vers Paris 2, de Clermont vers Paris 13, d’Alger vers Montpellier 2). Le président de l’Université de Metz dirigeait depuis 1959 le collège scientifique universitaire de cette ville. Le directeur du Collège littéraire de Saint‑Étienne, qui fut doyen des lettres à Tananarive, devient président de cette université nouvelle. Le Centre universitaire de Chambéry est dirigé par un ancien doyen de la faculté de droit de Dakar, celui d’Angers par l’ancien doyen de la faculté de médecine Nantes‑Angers (qui a succédé en 1965 à l’école de médecine d’Angers) et celui de Valenciennes par l’ancien directeur du collège scientifique universitaire. Notons la situation particulière de Michel Alliot (1924‑2014), président de Paris 7 : ancien recteur de Madagascar32 et ancien directeur du cabinet d’E. Faure, qui n’est pas professeur dans l’université qu’il préside (mais à Paris 1).

28Il n’y a que quatre présidents anciens doyens qui ont dirigé une faculté avant 1965 : celui de Toulouse 1, doyen depuis 1957 ; ceux de Montpellier 1 et Rennes 1 depuis 1962 et celui de Lille 2 depuis 1963. Quatre universités qui sont les héritières directes des facultés de ces doyens devenus présidents.

Tableau 1 : Les doyens d’avant 1967 élus présidents

  • 33 Collège scientifique universitaire.
  • 34 Collège littéraire universitaire.

Université

Président

Doyen ou directeur

Aix‑Marseille 2

Henri Gastaut (1915‑1995)

Médecine 67‑70

Lille 1

René Defretin (1903‑1984)

Sciences 67‑71

Lille 2

Henri Warenbourg (1905‑1993)

Médecine 63‑71

Metz

Jean‑Pierre Longchamp (1922‑2013)

CSU33 59‑69

Montpellier 1

Georges Péquignot (1914‑2003)

Droit 62‑69

Montpellier 2

Pierre Dumontet (1927‑1985)

Sciences Alger 63, Montpellier 69

Montpellier 3

Pierre Laubriet (1918‑2013)

Lettres, février 68

Nantes

Jean‑Pierre Kerneis (1918‑1999)

Médecine 67‑70

Paris 2

Jean Boulouis (1927‑1997)

Droit Aix 61‑67

Paris 13

Jean Saurel (1924‑2020)

Sciences Clermont 67‑69

Poitiers

Benoît Jeanneau (1928‑2004)

Droit 66‑71

Rennes 2

René Marache (1914‑1993)

Lettres 62‑70

Saint‑Étienne

Pierre‑Roger Gaussin (1922‑1999)

Lettres Tananarive 64‑65, directeur CLU34 65‑70

Toulouse 1

Gabriel Marty (1905‑1973)

Droit 57‑70

Centre universitaire

Doyen ou directeur

Angers

René Rouchy (1907‑1995)

Médecine Nantes‑Angers

Chambéry

Roger Decottignies (1923‑2005)

Droit Dakar 54‑68

Mulhouse

Pierre Tagland (1920‑1990)

Directeur CSU 59‑70

Valenciennes

Michel Moriamez (1932‑2000)

Directeur CSU 64‑70

29Dans les sept villes où s’est maintenue une unique université existant déjà avant 1968, deux des présidents élus avaient récemment accédé au décanat (en 1966 ou 1967) : Jean‑Pierre Kerneis (1918‑1999) à Nantes, élu président par 42 voix contre 21 à Jean‑Michel Dunoyer de Ségonzac (1913‑2008), doyen des sciences depuis 1968 ; Benoît Jeanneau (1928‑2004) à Poitiers.

  • 35 C’est le cas de Raymond Aron, qui est intervenu en conclusion du colloque de Caen de 1966, et de (...)

30Comment expliquer cet effacement des anciens doyens ? On comprend facilement le retrait de ceux qui sont hostiles à la loi de Faure, notamment parce qu’elle n’autorise pas la sélection à l’entrée des universités35 ou parce qu’ils refusent le principe même de la participation étudiante. Mais ces positions sont loin d’être majoritaires parmi les anciens doyens. Dans les années 1960, leur préoccupation majeure a été de faire face aux progressions rapides des effectifs étudiants : l’encadrement enseignant est insuffisant, particulièrement dans les premières années (propédeutiques et grades de Licence), la construction de nouveaux locaux est presque toujours trop tardive. À ces questions, qui ne disparaissent pas en 1970, s’ajoutent pour les présidents les défis que représentent l’organisation d’un nouvel établissement public et de son insertion dans son environnement territorial, ce qui nécessite des capacités d’innovation internes et externes (partenariats avec les entreprises, syndicats, collectivités, etc.). Certains doyens avaient déjà l’habitude de raisonner et d’agir en entrepreneurs publics. Mais les facultés, plus que les instituts, dépendaient d’abord des relations avec la Direction de l’enseignement supérieur du ministère de l’Éducation nationale, passage obligé pour obtenir postes, locaux et crédits. La prise en compte de ces défis, et la volonté de tourner la page de tensions qui se sont cristallisées lors des événements de 1968, ont justifié de l’arrivée de nouveaux acteurs.

  • 36 Certaines de ces facultés sont créées après octobre 1968, dans l’attente des listes des UER et un (...)

31Le processus de constitution des universités et des UER passe, entre juin 1968 et 1970, par l’élection de doyens36 ou de directeurs d’UER, dont 14 deviennent présidents d’université : trois venant de médecine (Nancy 1, Rouen, Paris 12), quatre de droit (Amiens, Nice, Paris, Lyon 2), deux de lettres (Paris, Nanterre), quatre des sciences (Besançon, Clermont, Dijon, Limoges) et un de théologie (Strasbourg 2) (tableau 2). Quand ils se sont présentés aux fonctions de doyens ou de directeurs, ces professeurs savaient qu’on allait bientôt élire des présidents d’université. Leur élection à la tête de leur faculté ou UER est à comprendre dans ce contexte de précampagne.

Tableau 2 : Les doyens d’après mai 1968 élus présidents

Université

Président

Doyen ou directeur

Amiens

Dominique Taddéi (1938‑…)

Droit 69‑71

Besançon

Jean Thiébault (1922‑2014)

Sciences juin 68‑71

Bordeaux 1

Jean‑Marie Auby (1922‑2000)

Droit août 68‑71

Clermont‑Ferrand

Robert Kohlmuller (1929‑1996)

Sciences 70

Dijon

Françoise Moret‑Bailly (1934‑)

Sciences 70

Limoges

Bernard Desbals (1936‑2019)

Sciences 70

Lyon 2

Jean‑Pierre Lassale (1933‑2002)

Droit 69

Nancy 1

Joseph Helluy (1911‑1976)

Médecine 71

Nice

Jean‑Claude Dischamps (1932‑ )

Droit 68

Paris 3

Raymond Las Vergnas (1902‑1994)

Lettres 68

Paris 5

Jean Frézal (1922‑2007)

UER médecine 69‑71

Paris 10

René Rémond (1918‑2007)

Lettres Nanterre 70‑71

Rouen

Maurice Maisonnet (1926‑2006)

UER médecine 68

Strasbourg 2

Max‑Alain Chevallier (1922‑1990)

Théologie 69

32Vingt‑six des présidents des assemblées constitutives des 56 universités ont été élus présidents. Plus de la moitié de ceux qui ont assuré ces fonctions transitoires, dont nombre de doyens, ne se présentent pas à l’élection présidentielle. Joue ici la lassitude après la gestion d’assemblées houleuses dans le contexte tendu de l’après 1968, mais aussi le choix délibéré de se limiter à ce rôle de transition.

33Cet effacement des anciens doyens est perceptible aussi dans la nomination des recteurs dans l’immédiat après 68 : parmi la vingtaine de nouveaux recteurs nommés entre 1969 et 1973, on trouve un ancien doyen d’avant 1968 (un juriste de Dijon, nommé vice‑recteur de l’académie de Paris), deux doyens (Brest et Besançon) élus après le vote de la loi Faure (dont A. Saunier‑Seïté), un directeur d’un collège juridique (celui de Sceaux), un directeur d’IUT (Reims) et un président d’université (J. Saurel de Paris 13). À titre de comparaison, neuf des présidents d’université élus en 1970 et 1971 seront nommés recteurs entre 1973 et 1988.

2.2 Les présidents ex‑directeurs

  • 37 Ce qui conduira à la création des INP (Institut national polytechnique) de Grenoble, Nancy et Tou (...)

34Les directeurs des instituts et écoles qui bénéficient de la plus grande autonomie interne avant 1968 (écoles d’ingénieurs dont ENSI, IEP ; IUT) ont deux types de réponses à la loi Faure : une partie (principalement les écoles d’ingénieurs) cherche à se dégager de la tutelle de leur université37 et ne s’investit pas dans la construction des universités post‑1968 ; d’autres, plus impliqués dans les réformes des années 1960 (IEP de province, IAE), vont au contraire participer activement à la création des universités. C’est aussi le cas de plusieurs directeurs de laboratoires ou de départements. Ainsi, au moins 20 des présidents de 1970 et 1971 ont dirigé, avant leur élection, ce type de structures (tableau 3).

Tableau 3 : Les directeurs élus présidents

Université

Nom du président

Anciennes fonctions

Aix‑Marseille 2

Henri Gastaut (1915‑1995)

Unité Inserm 1960‑71 + doyen médecine 67‑70

Besançon

Jean Thiébaut (1922‑2014)

Labo pétrographie et minéralogie + doyen sciences 68

Bordeaux 1

Jean‑Marie Auby (1922‑2000)

IEP (Phnom‑Penh, Fort‑de‑France) + doyen droit

Bordeaux 2

Henri Bricaud (1925‑2010)

Unité Inserm 1969‑84

Grenoble 1

Michel Soutif (1921‑2016)

Département de physique + laboratoire de physique générale

Grenoble 2

Jean‑Louis Quermonne (1927‑2024)

IEP Grenoble (1958‑1969)

Grenoble 3

Henry Bonneville (1918‑1999)

Département d’études ibériques 62‑74

Le Mans

René Lehmann (1921‑2004)

IUT du Mans

Lyon 2

Jean‑Pierre Lassale (1933‑2002)

Centre recherches européennes

Nancy 2

Pierre Danchin (1918‑2018)

IPES + département des langues et littératures étrangères

Nice

Jean‑Claude Dischamps (1932‑…)

IAE Aix puis Nice

Orléans

Max Plan (1922‑2004)

Département mécanique de l’ENSEM Nancy

Paris 1

François Luchaire (1919‑ 2009)

Institut des hautes études d’outre‑mer

Paris 3

Raymond Las Vergnas (1902‑1994)

Annexe de Censier

Paris 5

Jean Frézal (1922‑2007)

Unité Inserm 1960‑85

Paris 6

André Herpin (1920‑1998)

Équipe CEA

Paris 9

Paul Didier (1931‑…)

IAE de Lyon

Paris 11

Bernard Picinbono (1933‑…)

Études nucléaires d’Alger

Paris 12

Jean‑Louis Beaumont (1925‑2013)

Unité Inserm 1961‑84

Pau

Maurice Descotes (1923‑2000)

Section française de l’Université de Mayence

Rennes 1

Claude Champaud (1929‑2019)

IAE Rennes 68‑71

Strasbourg 1

Guy Ourisson (1926‑2006)

Institut chimie

Toulouse 2

Joseph Verguin (1925‑1989)

Département linguistique

Tours

Jacques Body (1929‑…)

IPES + département de littérature

35En 1970 et 1971, les IUT sont trop récents (les plus anciens datent de 1965), avec des implantations encore fragiles, pour que leurs directeurs, ou les rares professeurs titulaires de chaire qui y sont affectés, cherchent fréquemment à présider leur université. Aucun des responsables, ou anciens responsables, des grands instituts parisiens créés entre‑deux‑guerres (géographie, psychologie, art et archéologie, Institut Henri‑Poincaré, chimie, biologie physico‑chimique) ne devient président d’université. Leurs engagements institutionnels se mènent ailleurs, comme au sein du CNRS.

2.3 Les dirigeants de la Conférence des présidents d’université

  • 38 Louis Lareng (1923‑2019) est maire socialiste de son village natal d’Ayzac‑Ost (Hautes‑Pyrénées) (...)

36La Conférence des présidents d’université est créée en 1971, prenant la suite de réunions informelles organisées dès 1970 à l’initiative de Michel Devèze (1914‑1979), président de l’Université de Reims, et de Louis Lareng (1923‑2019), président de l’Université de Toulouse 3, ayant l’un et l’autre une expérience politique directe38. Elle comporte six commissions (vie sociale, recherche, pédagogie, moyens, règlement, international).

  • 39 Étienne Bordes, La Conférence des présidents d’université (19712007) : une sociohistoire du gou (...)

37La CPU élit chaque année ses dirigeants dont trois constituent son bureau. Celui de 1971 est composé de J.‑L. Quermonne, J. Frézal et P.‑R. Gaussin tandis que les commissions sont présidées par H. Gastaut (vie sociale), M. Soutif (recherche), J.‑C. Dischamps (Corex‑relations internationales), R. Rémond (pédagogie), G. Marty (règlement) et L. Lareng (moyens). On ne trouve, dans la liste39 établie par Étienne Bordes des 20 présidents les plus investis dans la CPU de 1971 à 1976, qu’un ancien doyen d’avant 1966 (G. Marty à la commission du règlement de 1971 à 1973) contre neuf anciens directeurs d’instituts ou de laboratoires (H. Gastaut, M. Soutif, J.‑L. Quermonne, J.‑C. Dischamps, J. Luchaire, B. Pincibono, J. Frézal, C. Champaud, G. Ourisson).

38Le constat est voisin pour les 10 vice‑présidents de la CPU de 1971 à 1976 : alors qu’aucun d’entre eux n’a été doyen avant 1966, un a dirigé un collège universitaire (Gaussin) et six des instituts ou laboratoires : Quermonne (IEP), Champaud (IAE), Ourisson (chimie), Soutif (physique), Gastaut et Frézal (médecine). Les trois autres sont deux historiens : R. Rémond et P. Deyon (1927‑2002) et un gestionnaire : Roland Pérez (1941‑…), élu président de l’Université d’Amiens en 1973.

39Ces énumérations montrent qu’une partie significative des présidents d’université élus en 1970 et 1971, notamment de ceux les plus investis au sein de la CPU, ont déjà eu des responsabilités au sein d’une université. Très peu comme doyens et aucun comme directeur d’une école d’ingénieurs interne, ENSI ou autre. On trouve un directeur d’IEP (Grenoble) et trois d’IAE (Aix, Rennes, Lyon), structures liées aux responsables politiques et économiques locaux, ce qui compte pour les nouvelles universités, ainsi que huit responsables de structures de recherche, parfois liées aux organismes nationaux (Inserm, CNRS, CEA), parfois purement universitaire. Quatre des présidents particulièrement investis en recherche sont issus des facultés de médecine. On sait qu’une bonne partie du corps enseignant de ces facultés est plus concernée par les enjeux hospitaliers que par les liens avec l’université. Il est dès lors logique que ce soit parmi les enseignants particulièrement investis en recherche que l’on trouve les médecins candidats à la présidence.

2.4 Les universitaires réformateurs des années 1960

  • 40 On trouve ces projets, dont le plan Langevin‑Wallon remis en 1947, in Luc Decaunes, Maris‑Louise  (...)
  • 41 Ce numéro est vendu avec un bandeau sur lequel on lit « Naufrage de L’UNIVERSITÉ ? Une enquête, d (...)
  • 42 Le mathématicien Marc Zamansky (1916‑1996) fut le dernier doyen de la faculté des sciences de Par (...)
  • 43 Le juriste Georges Vedel (1910‑2002), avant‑dernier doyen de la faculté de droit de Paris (1962 à (...)
  • 44 Le germaniste Pierre Grappin (1915‑1997) fut le seul professeur de la Sorbonne ayant accepté son (...)
  • 45 L’historien Michel de Boüard (1909‑1989), doyen de la faculté des lettres de Caen de 1954 à 1967 (...)

40Dès 1945, la plupart des observateurs lucides s’accordaient sur l’obsolescence des structures universitaires. Les gouvernements multiplient les projets de réforme40, en général sans résultats. La progression des effectifs étudiants, très nette à partir du début des années 1960, installe une tension entre les missions de formation et de recherche des facultés. Ce qui préoccupe une frange moderniste d’universitaires regroupés au sein d’associations (Association pour l’expansion de la recherche scientifique, Mouvement national pour le développement des sciences…) mobilisées à l’occasion des deux colloques de Caen. Ces derniers, et quelques autres (dont ceux impliqués dans les activités prospectives du Commissariat au Plan), interviennent dans les années 1960, participant à des numéros spéciaux de revues (on a déjà mentionné la Revue de l’enseignement supérieur et Esprit en 196441) ou des dossiers sur la « crise universitaire » dans la presse généraliste (Le Monde, L’Observateur, L’Express, Le Figaro…). On trouve, parmi les universitaires qui prennent alors position, des doyens (dont Marc Zamansky42, Georges Vedel43, Pierre Grappin44, Michel de Boüard45), des directeurs d’instituts, d’écoles ou de centres de recherche, voire des recteurs. Il est frappant de constater que la plupart d’entre eux ne vont pas se porter candidat à la présidence des universités d’après 1968.

  • 46 Ce professeur de sciences politiques, à Grenoble depuis 1952, a été actif dans les commissions ay (...)

41On compte seulement trois exceptions à cette mise en retrait. M. Soutif, alors directeur du département de physique de la faculté des sciences de Grenoble, futur président de l’Université Grenoble 1, a publié en 1964 dans Esprit une note proposant des remèdes afin de lutter contre les échecs en propédeutiques scientifiques. On trouve dans ce même numéro le texte d’un collectif anonyme d’enseignants de la faculté de droit et de l’IEP de l’Université de Grenoble qui a certainement impliqué J.‑L. Quermonne46, directeur de cet IEP depuis 1958, futur président de l’Université Grenoble 2. Quermonne intègre en 1965 le comité de rédaction de la Revue de l’enseignement supérieur et publie alors dans cette revue un article cosigné avec Marcel Merle (1923‑2003) (directeur de l’IEP de Bordeaux), intitulé « Instituts d’études politiques ou facultés des sciences sociales ? ». Quermonne et Devèze, alors directeur du collège littéraire universitaire de Reims et futur président de cette université, participent au colloque d’Amiens, plus centré sur les formations que ceux de Caen.

  • 47 En voici quelques exemples : Georges Gusdorf, L’Université en question, 1re éd., Paris, Payot, «  (...)

42E. Faure a certes tenu compte, dans la loi qui porte son nom, des contributions publiées dans les années 1960 par des universitaires47. Mais leurs auteurs, dont certains ont un rôle important dans la République des idées, sont peu nombreux à vouloir accéder aux présidences des universités après 1968.

2.5 Le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche

  • 48 L’une des innovations de la loi Faure est de prévoir au Cneser des représentants élus des étudian (...)

43Si l’organisation facultaire disparaît en 1968, les bouleversements ne sont pas tous aussi intenses. Un exemple est donné par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), organisme national consultatif qui prend la suite48, pour l’enseignement supérieur, du Conseil supérieur de l’éducation nationale et du Conseil de l’enseignement supérieur.

44Cette instance nationale est composée de 90 membres dont 54 représentants des universités élus en mars 1971 par les 3 407 personnes qui siègent alors dans les conseils d’université. Les professeurs et assimilés doivent désigner 18 de ces élus. Six des neuf listes de candidats déposées dans ce collège obtiennent des élus :
- Fédération nationale des syndicats autonomes (37 % des voix, 7 sièges) ;
- Snesup (20 %, 4 sièges) ;
- Union nationale interuniversitaire (11 %, 2 sièges) ;
- Progrès de l’enseignement et de la recherche par l’adaptation des structures nouvelles (10 %, 2 sièges) ;
- Sgen‑CFDT (9 %, 2 sièges) ;
- Défense des universités méridionales (6 %, 1 siège).

45Quatre de ces listes ont placé en bonne position d’anciens doyens : la tête de la liste des syndicats autonomes est composée de Georges Vedel et de Christian Benezech (1917‑1984), doyen de médecine à Montpellier depuis 1965 ; le second de la liste Snesup est l’helléniste Pierre Levêque (1921‑2004), doyen des lettres à Besançon de 1964 à 1971 (il présidera son université de 1975 à 1980) ; la liste Progrès… est dirigée par Jean‑Henri Vivien (1905‑1997), ancien doyen des sciences à Strasbourg, qui a dirigé l’Association des doyens de sciences et présidé l’assemblée constitutive de l’Université Strasbourg 1. Le second de la liste Uni est le directeur de l’École nationale de chimie de Lille. L’historien Philippe Vigier (1924‑1995), premier sur la liste Sgen‑CFDT, a été assesseur du doyen des lettres à Tours et directeur du Collège littéraire universitaire d’Orléans (1966‑1969), directeur de l’UER de lettres d’Orléans (1968‑2969). Il est alors directeur de l’UER d’histoire de Paris‑10 Nanterre et vice‑président de son université : la façon dont évoluent ses responsabilités symbolise la transition entre l’ancien système facultaire et le nouveau système universitaire.

  • 49 Jean‑Yves Mérindol, « Les universitaires et les élections professionnelles », Actes de la recherc (...)

46Cette présence significative des doyens s’explique : les élections au Cneser justifiaient de présenter des candidats connus nationalement, ce qui était le cas de plusieurs des doyens (et moins des directeurs d’instituts). Le bon score de la liste autonome s’explique d’ailleurs largement par l’attachement des juristes et des médecins au système facultaire : avoir placé en tête deux anciens doyens de ces anciennes facultés a été un bon calcul électoral. Reste que les élections Cneser suivantes verront un affaiblissement de ce courant de pensée49, nouveau signe de l’affaiblissement du pouvoir d’influence des doyens d’avant 1968.

47Conclusion

  • 50 Jean‑François Condette, « La réforme de la pédagogie universitaire dans la Revue de l’enseignemen (...)

48Les anciens directeurs d’instituts (ou structures assimilées) représentent plus de 40 % élus en 1970 et 1971. Et une bonne part avait exercé de fortes responsabilités en recherche, ce qui marque une certaine continuité avec les préoccupations du colloque de Caen de 1966, plus centré sur la recherche que sur la formation50. Cette continuité thématique s’accompagne d’un renouvellement des acteurs : presque aucun de ceux qui étaient actifs dans les associations liées à ce colloque où dans les débats du milieu des années 1960 ne se sont présentés à la présidence de leur université.

  • 51 Étienne Bordes, La Conférence des présidents d’université…, op. cit.

49Seuls quatre des présidents élus en 1970 ou 1971 ont une longue expérience (plus de trois ans avant 1968) du décanat dans l’université qu’ils vont présider. Cet effacement des anciens doyens se confirme à partir du milieu des années 1970 au moment des successions des premiers présidents qui offrent alors de fortes chances à ceux qui ont été vice‑président d’université ou qui ont dirigé des UER. L’ampleur de la rupture institutionnelle de 1968, qui a mis à bas le système facultaire, se lit donc aussi dans les trajectoires professionnelles des premiers présidents d’université : l’accès à ce nouveau type de responsabilité (la présidence) permet l’émergence d’une génération de responsables n’ayant pas eu l’expérience directe du décanat. Une partie de ces pionniers va ensuite exercer des responsabilités nationales (directeurs d’administrations centrales, recteurs, cabinets ministériels), parfois jusqu’au début des années 199051.

50Cette rupture est moins marquée pour les instituts internes, parfois transformés en UER, dont les directeurs restent actifs dans les instances des universités et UER de l’après 1968. Il serait intéressant de comparer la proportion de ces premiers directeurs ayant déjà dirigé, avant 1968, des instituts, départements ou laboratoires à celle de ceux sans responsabilités préalables. Ce qui nécessiterait un travail de recueil de données biographiques d’une autre ampleur que celui réalisé ici.

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Notes

1 On renvoie aux ouvrages suivants : Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure : réformer l’université après 1968, [actes de colloque, Paris, 22‑23 septembre 2011], Rennes, PUR, « Histoire », 2016 ; Corinne Manson, Emmanuel Aubin et Emmanuel Guiselin (dir.), (Re)penser l’université française : de la loi Faure à l’université du xxie siècle, [actes de colloque, Tours, 23‑24 mars 2023], Presses universitaires juridiques, Université de Poitiers, « Coll. de la Faculté de droit et des sciences sociales, Actes & colloques, 130 », 2024 ; Charles Mercier, Autonomie, autonomies : René Raymond et la politique universitaire aux lendemains de mai 1968, Paris, Pub. de la Sorbonne, « Histoire de la France aux xixe et xxe siècles, 77 », 2016, Doi : 10.4000/books.psorbonne.55948 et Charles Mercier, René Rémond et Nanterre : les enfantements de 68 : contribution à l’histoire d’un universitaire et d’une université iconiques, 1968‑1976, Lormont, le Bord de l’eau, « Documents », 2016 ; Arnaud Desvignes, L’université française entre autonomie et centralisme : des années 1950 aux années 1970, [Aubervilliers], Éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, « CTHS histoire, 67 », 2022.

2 Ces annexes de facultés, initialement destinées aux enseignements de première année de licence, assurent, le temps passant, des enseignements plus étendus.

3 Les IEP étaient depuis 1945 des instituts internes d’une université, associant les facultés de droit et des lettres.

4 En voici quelques‑unes parmi les plus récentes : Philippe Boutry, Christophe Charle, Marie‑Caroline Luce, L’Université Paris 1 PanthéonSorbonne : cinquante ans entre utopie et réalités, 19712021, Éd. de la Sorbonne, « Histoire de la France aux xixe et xxe siècles », 2021 ; Marie Barral‑Baron, Jean‑Paul Barrière, Pascal Brunet, Maryse Graner et Pierre Verschueren (dir.), Trésors du savoir, 14232023, 600 ans d’histoire(s) de l’université de Franche‑Comté : t. i, Besançon, Presses universitaires de Franche‑Comté, « Hors‑collection », 2023 ; René Favier, Le roman de l’université : Grenoble 1339‑2016, Fontaine/Saint‑Martin‑d’Hères, PUG/UGA éditions, 2017. On renvoie, aussi à Harry W. Paul, From Knowledge to Power: The Rise of the Science Empire in France: 1860‑1939, 1re éd., Cambridge, Cambridge University Press, 1985, Doi : 10.1017/CBO9780511529672 ; George Weisz, The Emergence of Modern Universities in France, 18631914, 1re éd., Princeton/Guildford, Princeton University Press, 1983 ; Michel Grossetti, Science, industrie et territoire, 1re éd., Toulouse, Presses universitaires du Mirail, « Socio‑logiques », 1995, Doi : 10.4000/books.pumi.13572.

5 George Weisz, The Emergence of Modern Universities, op. cit. supra.

6 Extrait de l’exposé des motifs de décrets du 21 juillet 1897.

7 Ces diplômes dont le contenu est laissé à l’initiative des facultés, mis en place à partir de 1894, sont préparés au sein des facultés des lettres et des sciences. Ils sont des points de passages obligés pour se présenter aux agrégations du secondaire.

8 Dès les années 1900, de nouveaux bâtiments sont construits, souvent avec l’aide de mécènes, pour héberger ces instituts. C’est le cas à Paris avec les instituts de géographie, d’océanographie, d’arts et archéologie, Henri Poincaré (mathématique et physique théorique), de biologie physico‑chimique.

9 Bruno Garnier, L’Université nouvelle : les Compagnons, édition critique, [Lyon], INRP, « Éducation, histoire, mémoire », 2008 [1918].

10 Revue internationale de l’enseignement supérieur, t. 74, 1920, p. 49‑74, <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4037556w/f49>.

11 André Mayer (rapporteur), Sur quelques questions relatives à l’organisation des recherches scientifiques, rapport présenté aux comités nationaux de recherches par les fédérations des sociétés de chimie et des sociétés de sciences naturelles, s. l., 1920.

12 Michel Pinault. La science au Parlement : les débuts d’une politique des recherches scientifiques en France, Paris, Éd. du CNRS, « Histoire contemporaine », 2006.

13 Décret du 31 juillet 1920.

14 Michel Pinault, Maurice Barrès et “la grande pitié des laboratoires de France” : discours parlementaires pour une politique des recherches scientifiques en France, 1919‑1923 », Paris, l’Harmattan, 2015.

15 Créé en novembre 1907 par l’Université de Grenoble à l’initiative de Julien Luchaire, qui sera chef de cabinet d’Honnorat en 1920.

16 Annuaire général de l’université 1930‑31, Paris, Publication annuelle de l’Information universitaire.

17 Décret Berthoin 59‑57 du 6 janvier 1959, art. 42‑44. Le décret 60‑618 du 24 juin 1960 modifie légèrement les conditions de création des départements.

18 Cette notion de département, déjà utilisée en 1957 pour l’INSA de Lyon, sera imposée aux IUT.

19 Circulaire du 10 novembre 1960.

20 Catherine Nicault (dir.), Histoire documentaire du CNRS : t. 2, Années 1950‑1981, Paris, CNRS éd., « Histoire documentaire du CNRS », 2006, p. 324‑329. Voir aussi Denis Guthleben, Histoire du CNRS de 1939 à nos jours : une ambition nationale pour la science, Paris, A. Colin, « Comité pour l’histoire du CNRS », 2009.

21 Georges Amestoy, Les Universités françaises, Paris, nº spécial d’« Éducation et gestion », 1968, p. 99.

22 On en trouve une liste dans la Revue de l’enseignement supérieur, nº 1, 1964.

23 Le Doctorat de troisième cycle est créé en 1955 pour les sciences, un peu plus tard en lettres et droit.

24 Pour une école nouvelle, formation des maîtres et recherche en éducation, actes du colloque d’Amiens, mars 1968, Dunod, 1969. Ce colloque rassemble 600 personnes dont 4 recteurs, 26 doyens, 74 professeurs et 36 assistants ou maîtres‑assistants. On renvoie à l’analyse d’Antoine Prost, Le colloque d’Amiens, in La formation des maîtres de 1940 à 2010, Rennes, PUR, 2019.

25 Esprit, n 5‑6 (Faire l’Université. Dossier pour la réforme de l’enseignement supérieur), mai‑juin 1964.

26 Cahier de l’Unef, nº 7 (Manifeste pour une réforme démocratique de l’enseignement supérieur), 1966.

27 École et Nation, 1966, p. 100.

28 Les chefs de départements étaient alors nommés par le ministre sur une liste présentée par les professeurs.

29 Revue de l’enseignement supérieur, nº 4 (L’Université face à sa réforme), 1966.

30 Jacques de Chalendar, Une loi pour l’Université : avec le manuscrit inédit d’Edgar Faure, Paris, Desclée de Brouwer, 1970, p. 258. L’auteur, qui est l’un des conseillers d’É. Faure en 1968, présente le « système antérieur » comme construit autour des « facultés et instituts » (p. 161).

31 On n’a pas identifié de responsabilités de ce type pour les présidents d’Aix‑Marseille 1, Bordeaux 3 (Yves Lefèvre fût cependant assesseur du doyen des lettres de 1961 à 1971), Caen (Jacques Izard fût assesseur du doyen de médecine en 1969), Lille 3, Lyon 1 (Jacques Boidin fût assesseur du doyen de sciences de 1963 à 1969), Strasbourg 3 et Toulouse 3 (Louis Lareng avait créé et dirigé un Samu en 1968).

32 Depuis 1970, les anciens recteurs élus présidents d’université sont les juristes Jean Imbert (1919‑1999) et André Legrand (1939‑2024). Le premier a été recteur à Yaoundé, puis en métropole, de 1970 à 1975 avant de présider Paris 2 de 1984 à 1988. Le second, recteur de 1981 à 1988, préside Paris 10 de 1998 à 2003. Les deux ont été directeurs d’administration centrale.

33 Collège scientifique universitaire.

34 Collège littéraire universitaire.

35 C’est le cas de Raymond Aron, qui est intervenu en conclusion du colloque de Caen de 1966, et de Laurent Schwartz qui a répondu à l’enquête d’Esprit.

36 Certaines de ces facultés sont créées après octobre 1968, dans l’attente des listes des UER et universités. Ainsi, Alice Saunier‑Seïté, directrice depuis 1966 du collège universitaire de Brest devient « doyen » de l’éphémère faculté des lettres et sciences sociales créée en juillet 1968, fonction qui disparaît quelques mois plus tard quand est reconnue (27 mars 1969) l’Université de Brest. Elle devient directrice de l’IUT de Sceaux en 1970.

37 Ce qui conduira à la création des INP (Institut national polytechnique) de Grenoble, Nancy et Toulouse, mais aussi à la transformation de certaines écoles en établissements publics, parfois rattachés à leur ancienne université.

38 Louis Lareng (1923‑2019) est maire socialiste de son village natal d’Ayzac‑Ost (Hautes‑Pyrénées) de 1965 à 1977. Il sera élu député de la Haute‑Garonne de 1981 à 1986. Michel Devèze (1914‑1979) est un historien qui dirige le Collège littéraire universitaire de Reims depuis 1966. Il a été député MRP de 1945 à 1946, conseiller de ministres et conseiller général de 1945 à 1964.

39 Étienne Bordes, La Conférence des présidents d’université (19712007) : une sociohistoire du gouvernement des universités, Thèse en histoire, Jacques Cantier et Emmanuelle Picard (dirs), Université de Toulouse 2 Jean Jaurès, 2021, p. 299‑300, Doi : 10.70675/b73fdf15z5e57z451ez88a7z9ea0950eb150.

40 On trouve ces projets, dont le plan Langevin‑Wallon remis en 1947, in Luc Decaunes, Maris‑Louise Cavalier, Réformes et projets de réforme de l’enseignement français de la Révolution à nos jours, 1789‑1960 : étude historique, analytique et critique, Paris, Institut pédagogique national, « Mémoires et documents scolaires, Nouvelle série, 16 », 1962. Voir aussi le texte de Lucien Febvre, « L’enseignement supérieur en France », Europe, nº 13, janvier 1947, p. 1‑21.

41 Ce numéro est vendu avec un bandeau sur lequel on lit « Naufrage de L’UNIVERSITÉ ? Une enquête, des projets de réforme ».

42 Le mathématicien Marc Zamansky (1916‑1996) fut le dernier doyen de la faculté des sciences de Paris (1961 à 1970). Il participe à la fondation du Mouvement national pour le développement scientifique (MNDS) et milité pour établir une sélection à l’entrée des facultés des sciences.

43 Le juriste Georges Vedel (1910‑2002), avant‑dernier doyen de la faculté de droit de Paris (1962 à 1967). Il a présidé la Fédération nationale des syndicats autonomes de l’enseignement supérieur, d’inspiration conservatrice, et est très critique vis‑à‑vis des conclusions du colloque de Caen de 1966 et de la loi Faure de 1968.

44 Le germaniste Pierre Grappin (1915‑1997) fut le seul professeur de la Sorbonne ayant accepté son transfert à la faculté des lettres de Nanterre dont il fut le premier doyen (1964 à 1968).

45 L’historien Michel de Boüard (1909‑1989), doyen de la faculté des lettres de Caen de 1954 à 1967 est un marxiste et catholique engagé.

46 Ce professeur de sciences politiques, à Grenoble depuis 1952, a été actif dans les commissions ayant conçu la création des IUT.

47 En voici quelques exemples : Georges Gusdorf, L’Université en question, 1re éd., Paris, Payot, « Études et documents Payot », 1964 ; Charles Morazé, « La création éventuelle de facultés de sciences sociales », Revue française de sociologie, vol. 6, nº 3, 1965, p. 336‑348, <www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1965_num_6_3_6443> ; Jean Capelle, « Rénover l’université », Études, Tome 323, nº 10, 1965, p. 299‑317 ; Gérald Antoine et Jean‑Claude Passeron, La réforme de l’Université : conservatisme et novation à l’Université, 1re éd., Paris, Calmann‑Lévy,« Questions d’actualité », 1966.

48 L’une des innovations de la loi Faure est de prévoir au Cneser des représentants élus des étudiants et des personnels non enseignants, ce qui n’étaient pas le cas dans les conseils d’avant 1968 où les seuls élus étaient des enseignants (très majoritairement des professeurs titulaires de chaire).

49 Jean‑Yves Mérindol, « Les universitaires et les élections professionnelles », Actes de la recherche en sciences sociales, nº 86‑87 (Éducation et sociétés), 1991, p. 85‑91, Doi : 10.3406/arss.1991.2971.

50 Jean‑François Condette, « La réforme de la pédagogie universitaire dans la Revue de l’enseignement supérieur, le faible intérêt d’un lobby réformateur influent (1956‑1968) », Carrefour de l’éducation, vol. 59, nº 1 (Changer la pédagogie dans l’enseignement supérieur ?), 2025, p. 23‑44, Doi : 10.3917/cdle.059.0023.

51 Étienne Bordes, La Conférence des présidents d’université…, op. cit.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Yves Mérindol, « Les instituts universitaires (de 1880 à 1968) et la place de leurs directeurs dans la constitution des universités (1968 à 1971) »Les Cahiers de Framespa [En ligne], 48 | 2026, mis en ligne le 15 juin 2026, consulté le 08 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/framespa/27465 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16gjf

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Auteur

Jean-Yves Mérindol

Jean‑Yves Mérindol, professeur honoraire de mathématique (Université de Strasbourg).

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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