Recteur, président, doyens : un continuum d’acteurs et de pratiques plus qu’une rupture institutionnelle ? Le cas lillois (1960-1975)
Résumés
La gouvernance des facultés et des universités réformées dans les années 1885‑1896 se maintient jusqu’en 1968. Elle met en place, au sein d’un système contrôlé par l’État et par les seuls professeurs, une direction à deux têtes avec le doyen qui dirige la faculté et le recteur d’académie, nommé par le ministre, qui dirige, à partir de 1896, le conseil de l’université. Les événements de mai‑juin 1968 et la loi Faure du 12 novembre 1968 transforment cette gouvernance en affirmant la légitimité du président d’université élu par le conseil d’université, composé de représentants élus et issus de toutes les catégories d’usagers. Sur le terrain lillois, ces mutations sont profondes, même si l’on peut constater certaines continuités dans les hommes placés aux commandes du « nouveau monde » universitaire.
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Mots-clés :
doyen de faculté, président d’université, recteur d’académie, loi Faure, événements de mai-juin 1968Palabras claves:
decano de facultad, rector de universidad, rector de academia, ley Faure, acontecimientos de mayo-junio de 1968Plan
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1Introduction
- 1 René Rémond, La règle et le consentement : gouverner une société, 1re éd., Paris, Fayard, 1979, c (...)
La fonction de président est nouvelle dans l’université française ; le titre même n’y avait jamais eu cours. Beaucoup ont regretté sur le moment, qui s’y sont habitués depuis – quelques‑uns le déplorent encore – l’abandon des appellations traditionnelles qui avaient une connotation historique et qui soulignaient d’un trait appuyé l’originalité des institutions universitaires : parlant à un doyen, on n’était pas tenté de le confondre avec quelque autre fonctionnaire d’autorité ou de l’assimiler au directeur d’une autre administration d’État […]. Pourtant et contrairement à ce qu’on aurait pu croire, le titre de président s’est, à l’intérieur des universités, très vite imposé 1.
- 2 Guy Debeyre et Rectorat de Lille (dir.), L’Académie de Lille : 1955‑1965, Lille, G. Sautai, 1967 (...)
- 3 Parmi de nombreux dossiers : sous série 2T (avant 1940), sous‑série 5T sur la Faculté de droit de (...)
- 4 Jean‑François Condette, Histoire de la Faculté des Lettres de Lille de 1887 à 1974 : les métamorp (...)
- 5 Jean‑François Condette (dir.), Histoire de l’Université de Lille : t. 1 : Des origines douaisienn (...)
2C’est ainsi que René Rémond (1918‑2007), premier président de l’Université de Nanterre (février 1971‑février 1976) précise dans La règle et le consentement : gouverner une société (1979), ce qui, selon lui, est l’une des grandes mutations de l’Université française liées aux événements de mai‑juin 1968. Les anciennes facultés, héritées du xixe siècle, regroupaient des disciplines proches et avaient, en effet, à leur tête un doyen, élu par les professeurs titulaires et nommé par le ministre. La loi d’orientation sur l’enseignement supérieur du 12 novembre 1968 détruit ce système, affirme le triptyque pluridisciplinarité, participation et autonomie, et met en place des unités d’enseignement et de recherche (UER) qui doivent se fédérer ensuite en universités pluridisciplinaires. La loi Faure repose sur la mise en œuvre de processus électifs à tous les niveaux et pour tous les acteurs. Le conseil de l’université devient l’organe central qui élit ensuite son président. R. Rémond a raison de dire que la fonction est « nouvelle » même s’il faut modérer son propos. Depuis la loi du 10 juillet 1896, qui avait permis la restauration en France des universités conçues comme la fédération des facultés d’un même ressort académique, celle de Lille avait déjà un président mais qui était nommé par le ministère en la personne du recteur d’académie. Doyen de faculté, recteur‑président, président élu d’une université post‑soixante‑huitarde sont des acteurs majeurs du développement universitaire sur lesquels nous voulons centrer notre analyse entre 1960 et 1975, tout en ancrant notre étude sur le cas lillois. L’Université lilloise, née en 1896, est composée de quatre facultés apparues progressivement au cours du xixe siècle (lettres, sciences, médecine‑pharmacie, droit). Son histoire est en partie spécifique, par sa relative jeunesse historique, même si ses fondements peuvent être localisés à Douai dès le xvie siècle, par sa position dans un espace frontière marqué par les guerres et les occupations allemandes, par la présence proche également du centre universitaire majeur parisien. Elle est aussi caractérisée par la croissance rapide de ses effectifs après 1955, au sein d’un espace très dynamique démographiquement, mais fortement marqué par les activités industrielles et la présence du monde ouvrier, alors que la région est aussi identifiée par un fort retard scolaire et universitaire2. Elle rejoint cependant, dans ses évolutions au cœur des années 1960‑1970, l’histoire plus générale des universités françaises soumise à la première vague de massification de ses effectifs. Dès lors, comment les fonctions traditionnelles de doyen et de recteur vivent‑elles ces années de profondes transformations ? Y a‑t‑il crise du système de gouvernance ? Les événements de mai‑juin 1968 signifient‑ils immédiatement la mise à mort des pouvoirs anciens et l’émergence de nouvelles figures dirigeantes ? Cette contribution repose sur de nombreux dépouillements d’archives à la fois aux Archives départementales du Nord3 et au sein des fonds de l’Université de Lille réunifiée en 2018, dépouillements opérés en deux temps, d’abord pour notre Thèse de doctorat sur l’Histoire de la Faculté des lettres de Lille de 1887 à 1974 (soutenue en 1997)4, puis pour l’écriture collective plus récente d’une synthèse sur l’histoire de l’Université de Lille de l’Ancien Régime à nos jours5. Plusieurs entretiens réalisés entre 1994 et 1996 sont aussi mobilisés, en particulier celui du premier président de Lille III (Pierre Deyon) et du recteur d’académie (Guy Debeyre).
1. Une gouvernance traditionnelle en crise dans les années 1960 ? : le recteur‑président et les doyens de faculté face à la massification
3En apparence, le système de gouvernance rénové par les Républicains dans les années 1885‑1896 se maintient au cœur des années 1960, sans poser de problèmes majeurs à Lille. Il n’y a pas de crises qui bloquent la prise de décision au sein des facultés même si les tensions catégorielles sont bien là, en particulier dans l’accès des maîtres‑assistants et des assistants au conseil et à l’assemblée de chaque faculté, alors que les étudiants réclament également un droit de participation aux instances.
1.1. La « République des facultés6 » et le rôle du recteur d’académie (1885‑1968)
- 6 Christine Musselin, La longue marche des universités françaises, Paris, PUF, « Sciences sociales (...)
4En fait, le système universitaire français est encore, au cœur des années 1960, marqué par la refondation napoléonienne née de la loi du 10 mai 1806 et des décrets du 17 mars 1808. Les facultés sont des centres isolés et il n’y a pas de liens institutionnels entre elles, ne formant pas une entité fédérative plus large. Elles ne sont dotées d’aucune autonomie. La plus petite décision doit être validée par les bureaux parisiens et, localement, par le recteur d’académie qui, lui aussi, apparaît dans les décrets du 17 mars 1808.
- 7 Arthur Marais de Beauchamp, Recueil des lois et règlements sur l’enseignement supérieur, Paris, D (...)
5Après la défaite de 1870‑1871, l’enseignement français est montré du doigt, lui qui n’a pas su former de bons soldats et de bons patriotes. Un lobby réformateur, regroupant savants, universitaires, politiques et administrateurs, se met en place, en particulier au sein de la Société pour l’étude des questions d’enseignement supérieur, fondée en 1878. Louis Liard (1846‑1917), directeur de l’Enseignement supérieur de 1884 à 1902, est alors le grand artisan de cette rénovation. Son projet initial, très ambitieux, qui veut créer des universités peu nombreuses mais puissantes, est repoussé par l’hostilité des notables locaux. La Longue marche des universités françaises, étudiée par Christine Musselin, est lente. Par deux décrets du 25 juillet 1885, René Goblet (1828‑1905) dote les facultés de la personnalité civile, ce qui les rend aptes à recevoir dons, legs et subventions particulières, et crée dans chaque ressort académique un conseil général des facultés. Le décret du 28 décembre 1885 redéfinit ensuite les principaux rouages administratifs. Le titre I concerne ce conseil général où les enseignants doivent apprendre à travailler ensemble en dépassant leurs intérêts disciplinaires (gestion des services communs comme la bibliothèque, avis sur les chaires vacantes, délibération sur le budget de chacune, etc.). Il est composé du recteur d’académie, qui en est son président, des doyens mais aussi de deux délégués de chaque faculté élus pour trois ans par l’assemblée parmi les professeurs titulaires7.
- 8 Jean‑François Condette, « Primus inter pares ». Être doyen de faculté sous la IIIe République. En (...)
6Les pouvoirs décisionnels majeurs sont aux mains du conseil de faculté où ne siègent que les professeurs titulaires (titre II). Le titre III définit les attributions de l’assemblée de la faculté, composée des professeurs titulaires, des agrégés chargés d’un enseignement ou qui dirigent les travaux pratiques, des chargés de cours et des maîtres de conférences. Tous doivent être pourvus du titre de docteur pour avoir voix délibérative. L’assemblée délibère sur toutes les questions qui se rapportent à l’enseignement. Le titre IV concerne le doyen8.
- 9 Revue internationale de l’enseignement, « Documents relatifs au décret du 28 décembre 1885 sur l’ (...)
Art. 22. — Le doyen, placé à la tête de chaque Faculté, est nommé pour trois ans par le ministre, parmi les professeurs titulaires, sur une double liste de deux candidats, présentée, l’une par l’assemblée de la Faculté, l’autre par le conseil général des Facultés […]. Art. 24. — Le doyen représente la Faculté. Il accepte les dons et legs ; il exerce les actions en justice, conformément aux délibérations du conseil de la Faculté. Art. 25. — Il préside le conseil de la Faculté et l’assemblée, ainsi que les commissions dont il fait partie. En cas de partage, il a voix prépondérante. Art. 26. — Il est chargé de l’administration intérieure et de la police de la Faculté ; Il assure l’exécution des délibérations du conseil et de l’assemblée ; Il exécute les décisions du conseil général en ce qui concerne la Faculté ; Il veille à l’observation des lois, règlements et instructions, et à l’exercice régulier des cours, conférences et examens ; Il règle le service des examens […]. Art. 27. — Le doyen administre les biens propres de la Faculté ; Il signe les baux et passe les marchés et les adjudications dans les formes prescrites par les lois et règlements, pour les fournitures et les travaux imputables sur les biens propres de la Faculté ; Il prépare les budgets de la Faculté ; Il engage les dépenses conformément aux crédits ouverts aux budgets […]. Il présente chaque année deux comptes d’administration, l’un pour le budget ordinaire, l’autre pour le budget sur fonds de concours […]9.
7On a bien un exécutif bicéphale avec, d’un côté le doyen, son conseil et son assemblée de faculté, et, de l’autre le recteur d’académie qui est le président du conseil général des facultés, tout en étant le représentant direct du ministre. Les étudiants ne sont pas associés à la gouvernance, pas plus que les rares personnels administratifs et de services.
8Après plus de 10 années d’expérimentation, la loi du 10 juillet 1896 décide la création des universités. Il faut attendre le décret du 21 juillet 1897 pour saisir les attributions du nouveau conseil d’université. Le titre i donne sa composition qui comprend le recteur, président de droit, les doyens et le directeur de l’École supérieure de pharmacie ainsi que deux délégués de chaque faculté ou école, élus pour trois ans par l’assemblée parmi les professeurs titulaires. Le titre II précise les attributions du conseil et suit les prérogatives antérieures attribuées au conseil général des facultés. Le président du conseil de l’université est, de facto, le recteur d’académie jusqu’en 1968 et non un professeur élu par ses pairs. Rien ne change pour la participation étudiante, elle est exclue des différents conseils. Le décret du 7 février 1934 et la circulaire du 26 mai 1934 précisent que pour les affaires disciplinaires concernant les étudiants, des étudiants seront admis au conseil de l’université. Le décret du 16 mai 1945 permet ensuite à cinq délégués étudiants représentant chaque faculté d’être présents au même conseil.
1.2. Tensions croissantes des années 1960 et routine fonctionnelle
- 10 Jean‑François Condette, Histoire de l’enseignement supérieur en France…, op. cit., p. 303 ; Didie (...)
- 11 Jean‑François Condette (dir.), Histoire de l’Université de Lille : t. 1, op. cit., chap. 9 : « Le (...)
- 12 Antoine Prost, Éducation, société et politiques : une histoire de l’enseignements en France de 19 (...)
- 13 Antoine Prost et Jean‑Michel Cytermann, « Une histoire en chiffres de l’enseignement supérieur en (...)
- 14 Antoine Prost, Du changement dans l’école : les réformes de l’éducation de 1936 à nos jours, Pari (...)
9La période 1945‑1968 ne connaît pas de changements majeurs dans ces structures administratives alors que les universités connaissent, après 1955, un fort mouvement de massification de leurs effectifs, qui pose de nombreux problèmes de locaux et de moyens. Les 123 058 étudiants de l’année 1945‑1946 sont 214 672 en 1960‑1961, 504 540 en 1967‑1968 et 711 683 en 1973‑197410. À Lille11, ils sont 7 017 en 1955‑1956 mais 26 072 en 1968‑1969. Cette hausse exige un renforcement de l’encadrement enseignant qui repose sur le recrutement de personnels moins gradés que les professeurs et les maîtres de conférences. Les anciennes équipes enseignantes, très structurées autour des chaires de professeurs, sont déstabilisées par l’arrivée en masse de nouveaux enseignants plus jeunes. « Pour les lettres, les sciences sociales, le droit et les sciences exactes, on passe de 4 500 enseignants en 1960 à plus de 15 000 en 1967 12». Les enseignants du supérieur sont quasiment 13 fois plus nombreux en 1970‑1971 qu’en 1949‑1950, passant de 2 405 à 30 598 unités13. Les tensions se multiplient. Les assistants et les maîtres‑assistants réalisent une grande partie des cours, des travaux pratiques et des corrections mais ils s’estiment exploités par les professeurs qui disposent de l’essentiel des pouvoirs14.
- 15 Jean‑François Condette, Histoire de la Faculté des Lettres de Lille…, op. cit., t. 3, p. 985‑989.
10La faculté des lettres de Lille regroupe 38 enseignants en 1947‑1948 (16 professeurs). En 1967‑1968, on compte désormais 249 enseignants (26 professeurs). Les professeurs qui représentaient 42,1 % de l’équipe enseignante en 1947‑1948 n’en représentent plus que 10,4 % alors que les maîtres de conférences restent peu nombreux (10,5 % du personnel puis 1,6 %). Ce sont les assistants et les maîtres assistants qui deviennent les piliers de l’institution avec respectivement 28,5 % et 13,6 % des personnels enseignants en 1967‑1968. Les chargés de cours et de conférences complémentaires jouent aussi un rôle non négligeable. Dans les facultés et au conseil de l’université, les nouvelles catégories enseignantes n’ont que peu de place, les seuls professeurs titulaires pouvant voter au conseil de faculté et au conseil de l’université. Au cas par cas, dans certaines facultés, il leur est accordé un droit de représentation et de vote à l’assemblée et au conseil, mais de manière réduite. Dans celle des lettres et des sciences humaines, par exemple15, après de très nombreuses discussions très tendues, tous les assistants et maîtres assistants obtiennent le droit d’assister avec voix délibératives à l’assemblée, le 6 décembre 1967.
1.3. Un fonctionnement administratif apaisé à Lille dans les années 1960 ?
11Au sein de l’université et de ses quatre facultés, les rouages administratifs fonctionnent sans grande tension jusqu’en 1968. Si l’on isole la période 1960 à 1968‑1970, on relève au total quatre doyens en sciences, deux en médecine‑pharmacie et un seul sur la période en lettres mais aussi en droit. Ces huit doyens travaillent en étroites relations avec le recteur Guy Debeyre (1911‑1998), ancien professeur et doyen de la Faculté de droit de Lille, qui dirige l’Académie de Lille de 1955 à 1972, connaissant très bien l’ensemble des acteurs universitaires et politiques de la région (tableau 1).
Tableau 1 : Les huit doyens des quatre facultés lilloises de 1960 à 1970
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Sciences |
Henri Lefebvre (1950‑1961) Michel Parreau (1961‑1964) Jacques Tillieu (1964‑1967) René Defretin (1967‑1970) |
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Lettres |
Pierre Reboul (1959‑1969) |
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Droit |
Gérard Dehove (1957‑1970) |
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Médecine‑pharmacie |
Pierre Combemale (1944‑1963) Henri Warembourg (1963‑1968) |
12Ils réalisent ensemble une importante œuvre de bâtisseur en créant le campus scientifique périurbain d’Annappes pour les sciences (installation à partir de 1964) et en commençant à imaginer le transfert de la faculté des lettres et des sciences humaines mais aussi de celle de droit vers un autre campus périphérique (Pont de bois, inauguré en 1974). Le recteur et les doyens trouvent des solutions temporaires d’hébergement en attendant la fin des constructions, obtiennent des postes d’enseignants, tout en mettant en œuvre les réformes des études (réforme des premiers cycles en 1966, création des instituts universitaires de technologie, etc.). Ils gèrent aussi la montée des mécontentements et des revendications étudiantes. Le système réformé en 1885‑1896 continue donc à fonctionner à Lille, même s’il doit faire face à des tensions croissantes liées à la massification des effectifs.
2. Les remises en cause de mai‑juin 1968 et la loi d’orientation du 12 novembre 1968
- 16 Voir La revue de l’enseignement supérieur, nº 3 et nº 4, 1966.
- 17 Julien Cahon et Bruno Poucet (dir.), Réformer le système éducatif : pour une école nouvelle, mars (...)
- 18 Jean‑François Condette, « Réformer l’enseignement supérieur français. L’action du recteur d’acadé (...)
- 19 Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure : réformer l’université après 1968, 1re (...)
13Alors que de nombreuses mutations s’opèrent dans les universités des années 1960, le système de gouvernance semble figé. Divers colloques dont ceux de Caen (novembre 1956 et novembre 196616) et d’Amiens (mars 1968)17, mais aussi plusieurs acteurs de l’enseignement supérieur proposent, dans les années 1960‑1968, des projets de réforme sans succès18. Les événements de mai‑juin 1968 remettent ensuite en cause ces institutions et la loi d’orientation de novembre 1968 propose dans l’urgence un modèle de réorganisation19.
2.1. Les doyens mis sur la touche par mai 68 ?
14La première conséquence des « événements » de mai‑juin 1968 semble devoir être la perte de contrôle des instances universitaires par ses anciens cadres, ces instances traditionnelles étant remplacées par des assemblées générales informelles puis par des assemblées et conseils qui reposent sur la participation de tous les acteurs de l’enseignement supérieur. Un tract diffusé à Paris le 3 mai 1968, signé « Mouvement d’action universitaire », appelle à l’action dès le lundi 6 mai dans les différentes facultés parisiennes et s’en prend au doyen Pierre Grappin (1915‑1997) qui dirige Nanterre, foyer de départ de la révolte et qui a demandé des sanctions contre 18 étudiants membres du Mouvement du 22 mars :
- 20 Alain Schnapp et Pierre Vidal‑Naquet, Journal de la commune étudiante : textes et documents (nove (...)
Monsieur le doyen, MM. les mandarins, la force dont vous voulez vous servir aujourd’hui est l’autre face de l’impuissance servile que vous avez manifestée hier : Vous admettez tout ce que les étudiants refusent, vous ne cédez que lorsque les étudiants vous y obligent : vous avez admis le plan Fouchet, vous avez admis les mesures Peyrefitte, qu’admettrez‑vous encore ? On vous demandait des actes et vous n’êtes que des bavards. On vous demande d’être des enseignants et vous n’êtes que des pontifes ; sous votre façade de neutralité et d’autonomie, vous n’êtes que les piliers de l’Université bourgeoise. M. le doyen, MM. les Mandarins, ne prenez pas cela pour des injures, n’y voyez aucun excès. Il fallait que cela fût dit parce que cela est […]20.
15Dans la plupart des facultés des lettres et des sciences, beaucoup plus actives dans la contestation que celles de droit et de médecine, les doyens sont souvent contestés et rapidement mis sur la touche. Des assemblées générales d’étudiants et d’enseignants débouchent sur l’élection de conseils transitoires qui élisent à leur tête de nouveaux responsables qui sont parfois les anciens doyens mais souvent de nouveaux collègues engagés dans le mouvement. Une fois le découpage des anciennes facultés en UER opéré, non sans tensions, une fois le regroupement de ces dernières négocié afin de composer de nouvelles universités, des élections générales par UER sont organisées à partir de mars 1969, qui élisent leurs conseils, avec leurs présidents ; ces élus au sein des UER élisent ensuite des représentants à une assemblée constitutive dont le rôle est de rédiger les statuts définitifs de chaque université en conformité avec le cadre fixé par la loi Faure. Ces opérations électorales multiples assurent la promotion de nouveaux responsables. Une nouvelle génération fait ici ses classes administratives dans la réorganisation post‑soixante‑huitarde.
- 21 Jean‑François Condette (dir.), Histoire de l’Université de Lille : t. 2, op. cit., chap. 11, « Ma (...)
16Ce n’est pas vraiment le cas à Lille où trois des quatre doyens restent en fait aux commandes de leur « faculté ». C’est le cas en sciences pour le biologiste René Defretin (1903‑1982) qui gère le quotidien et s’évertue à atténuer les tensions alors qu’il est aussi proche de la retraite ; c’est le cas également en droit où Gérard Dehove (1914‑1979), professeur d’économie, reste aux commandes de sa faculté qui devient ensuite une grosse UER. C’est aussi le cas du doyen Henri Warembourg (1905‑1993) à la faculté de médecine et de pharmacie, qui accepte la partition entre plusieurs UER de son institution (médecine, pharmacie, odontologie). C’est en lettres que le doyen perd rapidement ses pouvoirs. Il faut dire que Pierre Reboul (1918‑1989), professeur de littérature française, doyen depuis 1959, s’était beaucoup engagé en faveur de Charles de Gaulle lors des événements liés à la Guerre d’Algérie, apparaissant aux plus jeunes comme très conservateur. Il est rapidement écarté des rouages qui se redéfinissent peu à peu, à sa grande colère21.
2.2. Le recteur, découronné ?
- 22 Jean‑François Condette, « Recteurs des sixties » : une fonction administrative en transition », i (...)
17Pour le recteur22, la situation est également complexe. Nommé par le ministre, il est à la tête également des enseignements primaire et secondaire qu’il continue à gérer, demeurant un acteur important du système éducatif. Il est aussi le relais par lequel le ministère passe pour faire appliquer les grandes décisions concernant le supérieur. Il ne peut donc être entièrement mis sur la touche. Dans la gestion quotidienne des situations universitaires, ces années 1968‑1971 sont celles d’une transition entre l’ancien système réformé par L. Liard en 1885‑1896 et le nouveau système défini dans l’urgence par Edgar Faure (1908‑1988) en novembre 1968. Dès lors, elles échappent en partie à toute description généralisante, les contextes locaux étant très importants. Dans certaines académies, le recteur semble avoir conservé la main sur de nombreux dossiers. Dans d’autres académies en revanche, il perd rapidement tout contrôle réel sur les mouvements liés aux événements de mai‑juin 1968 et sur les différentes phases de la reconstruction.
- 23 Entretien entre Jean‑François Condette et le recteur Guy Debeyre, 7 octobre 1994 (1 h 30).
- 24 François Cadilhon, Bernard Lachaise et Jean‑Michel Lebigre, Histoire d’une université bordelaise (...)
- 25 Stéphane Coutant, L’Université de Picardie, 1960‑1971 : l’affirmation d’une identité régionale, A (...)
- 26 Charles Mercier, Autonomie, autonomies : René Rémond et la politique universitaire aux lendemains (...)
- 27 Christine Fauré, « Mai 1968 à Toulouse : le Mouvement du 25 avril », Matériaux pour l’histoire de (...)
- 28 Caroline Barrera et Michel Grossetti, « Les événements de 1968 et la refondation de l’université (...)
- 29 Jérôme Aust, « Des facultés aux universités. Appliquer la loi Faure à Lyon (1968‑1973), in Bruno (...)
18À Lille, le recteur G. Debeyre (de 1955 à 1972), ancien doyen de la faculté de droit, reste aux commandes de l’académie et de l’université. Toutes les manifestations étudiantes lui sont déclarées ainsi qu’au préfet, un service d’ordre étant organisé. Il rencontre les délégations enseignantes et étudiantes à de multiples reprises. Comme il nous l’indiquait dans un entretien en 1994, « pour une fois, on avait les mains libres23 ». Il travaille avec les assemblées transitoires au découpage en unités d’enseignement et de recherche au cours de l’année 1969, puis avec les assemblées constitutives devant élaborer les statuts des futures universités lilloises. À Bordeaux, le recteur Jean Babin (1905‑1978) semble gérer assez activement les choses24 comme le recteur Robert Mallet (1915‑2002) à Amiens25, qui se sert des événements pour affirmer l’existence d’une université autonome face à Lille dans l’Académie d’Amiens réapparue en 1964. À Paris, devant l’ampleur de la contestation et des incidents de rue, le recteur Jean Roche (1901‑1992) n’a plus beaucoup de pouvoir face au ministre et c’est son successeur R. Mallet qui interviendra, avec les nouvelles instances, afin de découper « la Sorbonne » en multiples unités de formation et de recherche (UFR) puis pour les regrouper en 13 universités parisiennes26. À Toulouse, le recteur Georges Richard (1909‑1993) semble assez vite mis de côté alors que les événements sont précoces avec des incidents graves dès le 25 avril 1968 (bagarres entre étudiants et forces de l’ordre lors d’un meeting non autorisé dans un amphithéâtre)27 et les journées de mai assez animées avec des groupes contestataires influents dans les facultés et dans les classes préparatoires aux grandes écoles du lycée Pierre de Fermat (Jeunesses communistes révolutionnaires, militants du Parti socialiste unifié, etc.)28. À Lyon, le recteur Pierre Louis (1913‑2008), qui dirige l’académie de 1960 à 1976, doit lui aussi faire face à des tensions fortes et à des troubles précoces (incidents de novembre 1967). Il rencontre beaucoup les acteurs en mai‑juin 1968, tentant au maximum d’éviter les incidents et les violences ; il est en revanche assez démuni pour coordonner les projets opposés de regroupement des UER en universités, les tensions étant très fortes et le ministère refusant le regroupement en quatre entités différentes29. La décision finale n’est tranchée que pour 1973.
19Le ministère continue cependant à s’appuyer sur les recteurs pour l’application de la loi Faure de 1968, ceux‑ci devant faire remonter au ministère les propositions des communautés universitaires en cours de recomposition et leur demandant de contribuer à des propositions cohérentes, l’objectif majeur étant que la rentrée d’octobre se passe sans incident et sans reprise du mouvement.
2.3. La loi du 12 novembre 1968 : trois grands principes
20La loi d’orientation de l’enseignement supérieur, promulguée le 12 novembre 1968, propose une reconstruction fondée sur trois principes : la pluridisciplinarité, l’autonomie et la participation.
21- la pluridisciplinarité. Une université se définit par l’association d’unités d’enseignement et de recherche regroupant diverses disciplines. Les opérations de définition de ces UER entre anciennes sections disciplinaires des facultés puis leur regroupement en universités entraînent d’importants débats. Une fois la liste des UER établie, elle est transmise au recteur d’académie qui, après son arbitrage éventuel, l’envoie au ministre, ce dernier rédigeant un arrêté qui donne une forme légale à ces unités ou refuse la proposition. Une liste provisoire est fixée le 31 décembre 1968. Une fois ce découpage en UER décidé, il faut ensuite travailler, localement, dans les instances provisoires, à la répartition des sièges aux futures élections de février‑mars 1969 destinées à élire les représentants aux conseils d’UER. Les tensions sont multiples sur cette répartition des sièges entre catégories enseignantes mais aussi sur le nombre de sièges étudiants ou des personnels administratifs. Dans le regroupement des UER en universités ensuite, les débats locaux sont aussi très vifs et s’appuient sur des considérations scientifiques mais aussi souvent sur des oppositions politiques voire personnelles entre enseignants.
- 30 Entretien de Jean‑François Condette avec Marcel Gillet, Lille, 10 février 1995.
22- La participation instaurée. Les étudiants continuaient à être en grande partie exclus des instances décisionnelles. Des tensions vives animaient également le monde des enseignants, nous l’avons vu, entre l’élite professorale et la masse des maîtres‑assistants et des assistants, exclus de la plupart des décisions. Les événements de mai‑juin 1968 entraînent une rupture majeure. Les nouvelles UER définissent leurs statuts et leurs structures internes, étant administrées par un conseil élu et dirigées par un directeur lui‑même élu par son conseil. Les élus dans les différents conseils d’UER, à leur tour, élisent des représentants aux conseils centraux, en particulier au conseil de l’université. C’est au sein de ce dernier qu’est élu le président de l’université. Dans toutes les villes universitaires, des réunions très nombreuses sont nécessaires jusqu’en 1970 pour mettre en place ces nouvelles institutions universitaires, ce qui nécessite aussi de multiples élections souvent contestées par les minorités gauchistes. Comme nous le déclarait Marcel Gillet (1922‑1996), professeur en histoire contemporaine, en 1995 : « on est passé en quelques semaines d’un monde féodal au monde démocratique du xxe siècle. Avant 1968, il y avait les suzerains et les vassaux. Tout dépendait en fait des relations personnelles et des individualités30».
- 31 Arnaud Desvignes, L’université française entre autonomie et centralisme : (des années 1950 aux an (...)
- 32 Étienne Bordes, La Conférence des présidents d’université (1969‑2007) : une socio‑histoire du gou (...)
23- L’autonomie proclamée mais limitée. À ce niveau, les avancées sont faibles. Dans la rédaction des statuts de chaque université, on comprend vite que l’autonomie est très encadrée. Le ministre Olivier Guichard (1920‑2004) institue le 23 février 1970 une commission chargée d’en vérifier la conformité, présidée par le conseiller d’État François Gazier (1919‑2005). Elle reçoit les projets de statuts et les renvoie accompagnés de commentaires critiques, les assemblées constitutives devant alors corriger les points relevés. Même sur le plan pédagogique, l’autonomie reste limitée comme le montre Arnaud Desvignes au sujet de la réforme des diplômes nationaux et du premier cycle entre 1968 et 197331. La CPU (conférence des présidents d’université), née par le décret du 24 février 1971, connaît sa première réunion le 25 mai 1971 et aborde la question des diplômes, se montrant favorable à un élargissement de l’autonomie des universités qui doivent promouvoir leurs diplômes. Elle demande à être associée étroitement à la définition des diplômes nationaux. Les négociations sur la réforme des premières années qui devaient déboucher en 1973 sur la mise en place des DEUG (Diplôme d’études universitaires générales) montrent cependant que c’est le ministère qui impose son cadre par la procédure de l’habilitation, malgré les protestations de la CPU32. Les limites de l’autonomie sont encore plus nettes sur le plan financier. Par l’attribution annuelle des postes enseignants et personnel administratifs, techniques, ouvriers, sociaux et de santé (ATOS), par les crédits de recherche, par la dotation de fonctionnement et la dotation d’équipement, le ministère contrôle ainsi les universités.
2.4. Le président d’université légitimé
24Selon la loi Faure, les présidents sont désormais élus par le conseil d’université. Le recteur d’académie est « découronné » mais demeure chancelier des universités, chargé du contrôle a posteriori des décisions prises, devant aussi veiller à la cohérence des politiques des différents établissements d’enseignement supérieur de son académie et aux liens avec le secondaire. Le président, élu pour cinq ans, apparaît légitimé par le processus électoral et doté de pouvoirs importants. La loi d’orientation du 12 novembre 1968 indique, dans ses articles 15 et 17 :
Art. 15. – Le président d’un établissement en assure la direction et le représente à l’égard des tiers. Il est élu pour cinq ans et n’est pas immédiatement rééligible. Sauf dérogation décidée par le conseil à la majorité des deux tiers, il doit avoir le rang de professeur titulaire de l’établissement et être membre du conseil ; s’il n’est pas professeur titulaire, sa nomination doit être approuvée par le ministre de l’Éducation nationale, après avis du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le directeur d’une unité d’enseignement et de recherche est élu pour trois ans. Sauf dérogation décidée par le conseil à la majorité de deux tiers, il doit avoir le rang de professeur titulaire ou maître de conférences ou maitre‑assistant de l’établissement et être membre du conseil. S’il n’est pas professeur titulaire ou maître de conférences ou maître‑assistant, sa nomination doit être approuvée par le ministre de l’Éducation nationale, après avis du Conseil de l’université dont l’unité d’enseignement et de recherche fait partie. […]. Art. 17. – Les fonctions de recteur d’académie sont incompatibles avec celles de président d’un établissement public à caractère scientifique et culturel et avec celles de directeur d’une unité d’enseignement et de recherche […]
25Ses responsabilités multiples sont davantage détaillées, ensuite, durant l’année 1970, dans les statuts adoptés par chaque université et validés par le ministère.
3. Une mise en œuvre délicate de la loi d’orientation sur le terrain : l’exemple lillois
- 33 René Rémond, La règle et le consentement…, op. cit., p. 101.
26R. Rémond, élu en février 1971 premier président de Nanterre, insiste sur le fait que cela arrive au terme d’un processus « dont les étapes se sont étirées sur près de trois années33 ». On retrouve ces processus lents dans les trois universités lilloises.
3.1. Le travail de découpage en UER des quatre anciennes facultés
- 34 AD du Nord, 2978 W 111.
- 35 Pour plus de détails sur les étapes du découpage en UER des quatre facultés lilloises et les regr (...)
27À Lille comme ailleurs, c’est la question du découpage des anciennes facultés en UER, puis celle de leur fédération en universités qui exigent de difficiles négociations. Il y a certes des collaborations anciennes ou souhaitables entre disciplines proches mais aussi des désirs de rupture liés à des conflits anciens et à des querelles politiques ou syndicales. Deux jours après la promulgation de la loi Faure, le 14 novembre, le recteur G. Debeyre demande par courrier aux facultés lilloises de lui proposer pour le 20 novembre la liste des UER à créer et devant faire l’objet d’un arrêté ministériel avant la fin de l’année 1968. Le doyen des lettres, P. Reboul, lui répond le 16 novembre 1968, qu’il ne peut pas rendre le projet demandé pour le 20 novembre, étant dans « l’impossibilité de gérer la faculté dans la situation présente ». Il faut procéder à l’étude des projets à long terme. « Il ne serait pas sérieux ni démocratique de répondre avant le 20 novembre à la question posée par Monsieur le Recteur sur le découpage de la faculté en unités d’enseignement34 ». Il faut du temps pour réfléchir à ces découpages35. Des projets émergent, venant des doyens mais aussi de collectifs d’enseignants, les étudiants ne semblant pas jouer un rôle très important dans le processus. Ainsi, les sciences économiques espèrent se détacher de la tutelle très ancienne du droit en rejoignant une Université des sciences de l’homme et de la société ; les différents champs de la santé espèrent longtemps former une université à eux tous seuls (médecine, odontologie, pharmacie et sciences et techniques des activités physiques et sportives). En sciences, les découpages et regroupements apparaissent plus faciles, même si des disciplines hésitent entre appartenance aux sciences humaines et départ vers des UER plus connotées « sciences dures » comme la géographie ou la sociologie. Les « ex‑doyens », dans ces négociations, sont toujours bien là, en lien avec le recteur Debeyre, même si des enseignants, issus des diverses élections opérées depuis juin 1968, affirment leur présence au sein de collectifs, faisant des propositions ou des contre‑propositions.
- 36 AD du Nord, 1008 W188.
28Dans les facultés, le conseil transitoire de gestion, rassemblant les principaux acteurs de mai‑juin 1968 chez les enseignants et les étudiants, élu à la fin de l’année 1968, gère l’ordinaire et se sait être un organe transitoire qui n’a pas été élu dans le cadre des UER exigées par la loi Faure. En lettres et sciences humaines, les élections au conseil de direction (de gestion) ont ainsi eu lieu, en décembre 1968, dans le cadre des anciennes sections et non dans celui des UER prescrites par la loi. La parité entre enseignants et étudiants au conseil est totale. La répartition des mandats entre catégories enseignantes est également très égalitaire. 50 % des sièges sont au collège A (professeurs et maîtres de conférences) et 50 % vont aux autres catégories enseignantes. Le conseil de direction élu en décembre 1968 se réunit pour la première fois, le 8 janvier 1969, puis le 16 janvier et le 23 janvier. Il s’agit de préparer les nouvelles élections de mars 1969 qui doivent cette fois se dérouler dans le cadre des UER. Le rapport des Renseignements généraux du 11 février 1969 signale des tensions : « À la faculté des lettres, la situation est confuse. À la suite d’élections générales qui ont eu lieu en décembre 1968, il n’a pas été possible d’élire un doyen et les intéressés ne parviennent pas non plus à se mettre d’accord sur la définition des futures universités36 ». C’est P. Reboul, l’ancien doyen, qui est finalement élu le 26 mars 1969.
- 37 Le Monde des 30 et 31 mars 1969.
29C’est dans ce contexte tendu que se déroulent les élections en lettres et sciences humaines du 24 au 27 mars 1969 qui doivent permettre d’élire les représentants aux divers conseils d’UER. Neuf UER ont été constituées même si le découpage définitif de la future université de Lille III n’est pas encore stabilisé. Ces élections voient un net succès des listes soutenues par l’UNEF‑Renouveau, proches des revendications des étudiants communistes lillois. Les listes de l’UNEF nationale, plus radicales, ont beaucoup moins de succès37. La moyenne générale, qui est de 42,25 % de participation étudiante, cache des situations très variables selon les UER, celles de sociologie, ethnologie et démographie ayant une nouvelle fois fait de la résistance (aucune liste de candidats déposée). L’administration a également élu cinq représentants, le personnel de service deux, et le personnel technique deux. Les enseignants des UER sont également allés voter pour élire leurs représentants qui composeront leurs conseils. Aux lendemains des élections, l’essentiel est donc atteint. Des élections se sont déroulées dans le cadre prescrit par la loi. Les UER sont dotées de conseils élus et peuvent désormais élire leurs directeurs. Les opérations se déroulent, avec quelques décalages dans les calendriers, de la même manière, dans les autres UER devant constituer les futures universités de Lille II et de Lille I. Si le processus se déroule sans violence, il n’en demeure pas moins, au regard des archives conservées et des entretiens, que les tensions à la fois politiques et syndicales sont fortes chez les étudiants. À la Faculté des lettres et des sciences humaines, les membres du SNESup et ceux du SGEN‑CFDT (Pour l’université de demain), au‑delà d’oppositions ciblées, semblent faire front commun le plus souvent pour mettre en place une profonde réforme alors que des listes plus conservatrices veulent freiner la réforme et dénoncent la politisation des élections. À la faculté des sciences, le SNESup domine largement les débats au sein des nouvelles instances.
3.2. D’intenses discussions sur le rassemblement des UER en universités
30Une fois le premier découpage en UER réalisé, encore provisoire, il faut tenter ensuite de les rassembler pour former des universités. Le procès‑verbal d’une réunion au rectorat, le 23 avril 1969, sous la direction du recteur G. Debeyre, regroupant les délégués et les présidents des UER récemment élus, tente de fixer un cadre.
- 38 AD du Nord, 3268 W 104, Procès‑verbal de la réunion au Rectorat, 23 avril 1969.
Monsieur le Recteur, ouvrant la séance, précise que son but est l’information sous la forme d’un dialogue. Si le recteur peut dire ce qu’il sait de toutes les discussions qui se sont déroulées au cours de réunions à Paris, il a également besoin d’être informé de tout ce qui s’est déjà décidé sur le plan local. Mais il prévient cependant l’auditoire qu’il n’est pas question pour lui de discussion ni de critique de la loi ou des décisions de Monsieur le Ministre. Monsieur le Recteur invite d’abord les délégués à bien distinguer les conseils transitoires de gestion, mis en place conformément à l’arrêté nº 1104 du 7 décembre 1968 et les conseils des UER. Les conseils transitoires de gestion sont tournés vers le passé : ce sont des syndics liquidateurs des facultés. Ils ont la compétence des anciens organismes (conseils et assemblées). Par contre, les conseils des UER sont tournés vers l’avenir […]. Ce sont ces conseils d’UER qui auront pour tâche principale de créer des universités futures38.
31Les directeurs des UER (nouveaux acteurs du pouvoir universitaire), les enseignants, les étudiants, les sections syndicales se positionnent peu à peu face à la fédération des diverses UER en plusieurs universités. Le responsable du SNES‑SUP de l’époque, Gérard Simon (1931‑2009), professeur de philosophie à la faculté des lettres, dans une mise au point parue dans La Voix du Nord du 6 novembre 1968 relève que trois solutions lui semblent possibles. La première est de regrouper en une seule université les quatre facultés, ce qui assure en effet la pluridisciplinarité générale. Mais cela donne naissance à « un monstre que ses dimensions rendraient invivable ». La seconde piste est de rebaptiser universités les quatre facultés existantes, en bricolant quelques entités complémentaires pluridisciplinaires. Mais cela sera refusé par le ministère. La dernière solution, la seule en fait, est de créer plusieurs entités mais là commencent les difficultés car il faut décider des regroupements disciplinaires.
- 39 Jean‑François Condette, « “Autour de mai 1968” : de la faculté des lettres à l’Université de Lill (...)
32Après bien des tensions, trois entités sont définies que valide l’arrêté du 18 décembre 1969 paru au Journal officiel du 17 janvier 1970. L’Université de Lille i regroupe l’ensemble des champs liés aux sciences et aux techniques en 16 entités différentes (UER, instituts, écoles). Il faut noter la présence d’une UFR Psychologie et éducation, justifiée par le champ de la formation continue et la dimension scientifique de la psychologie revendiquée par certains enseignants‑chercheurs, ainsi que le transfert décidé de la géographie, traditionnellement couplée avec l’histoire, et qui fait le choix en 1969 de migrer vers Lille i. L’UER des sciences économiques et l’Institut de préparation aux affaires s’y rattachent, les économistes n’étant pas mécontents d’enfin couper le lien avec les juristes. L’Université de Lille iii, quant à elle, regroupe essentiellement les champs se rattachant aux sciences humaines et sociales, aux lettres et langues, les neuf UER proposant des associations de disciplines assez logiques, même s’il faut noter l’existence d’une UER de « Statistique mathématique » et d’une UER des « Techniques de réadaptation » liée à la formation de spécialistes pour encadrer les personnes souffrant de handicaps39. L’Université de Lille II, quant à elle, le ministère n’acceptant pas la présence de quatre universités, propose « le mariage de la carpe et du lapin » comme le diront de nombreux acteurs, par le regroupement des formations liées au droit et à la santé (six composantes : médecine ; pharmacie ; odontologie ; sciences juridiques ; Institut régional d’éducation physique et sportive ; Institut des sciences du travail).
3.3. Le travail des assemblées constitutives des trois universités lilloises
33Par trois décrets du 20 janvier 1970, parus au Journal officiel de la République française du 24 janvier 1970, le premier ministre Jacques Chaban‑Delmas (1915‑2000) et le ministre de l’Éducation nationale Olivier Guichard (1920‑2004) valident les regroupements en UER pour les trois universités lilloises et acceptent la répartition des sièges selon les catégories de personnels et d’usagers. Dans les nouvelles institutions universitaires, il faut donc organiser un vote général sur la base des UER afin d’élire les conseils des UER définitifs qui gèrent le quotidien universitaire, mais aussi pour que ces élus élisent à leur tour des représentants à une assemblée constitutive chargée de rédiger les statuts définitifs de l’université. Une fois les élections réalisées, en février‑mars 1970, les statuts sont progressivement rédigés. Les 90 élus de l’assemblée constitutive de la future université de Lille i, les 71 élus de la future université de Lille ii et les 92 élus de l’assemblée constitutive de la future université de Lille iii doivent travailler au sein de leur assemblée constitutive respective. Il s’agit de faire rentrer dans le cadre de la loi Faure les structures temporaires reconstruites entre mai 1968 et décembre 1969 dans une forme d’autonomie de l’urgence.
- 40 Archives de l’Université de Lille III, réunion de l’assemblée constitutive du 18 mars 1968.
34Nous disposons des archives qui permettent de suivre les réunions de l’assemblée constitutive de la future Lille iii. Comme le note la première réunion qui se tient le 18 mars 1970, « sa mission consistera exclusivement à fixer les structures de l’université et à rédiger ses statuts40 ». Cette réunion est d’abord présidée par le doyen d’âge, le professeur Marc Defradas (1911‑1974), puis on procède à l’élection du président de cette assemblée constitutive qui est P. Deyon (53 voix sur 74 votants), professeur d’histoire moderne. Les réunions se succèdent ensuite régulièrement ainsi que les négociations tendues avec le ministère sur certains articles des statuts. Les tensions se focalisent essentiellement sur la représentativité des personnels enseignants. Le président P. Deyon a écrit au directeur du cabinet du ministre afin de demander une dérogation à l’article 13 de la loi du 12 novembre 1968, à savoir la réduction à 50 % de la représentation du collège A (professeurs et maîtres de conférences) pour les enseignants appelés à siéger au conseil de l’université. La loi prévoit en effet 60 % mais les textes élaborés à Lille ont toujours pris pour base une répartition 50/50. Séance après séance, la rédaction des statuts s’opère. La neuvième séance a lieu le 29 mai 1970 au matin. Le président Deyon est à la réunion des présidents d’assemblées constituantes. À 11h20, une suspension de séance est décidée afin de lire la version définitive des statuts. La séance reprend à 11h45. On revient d’abord sur quelques points mineurs du texte (ponctuation, vocabulaire). Le moment tant attendu vient ensuite avec le vote qui approuve les statuts de l’Université à l’unanimité moins une voix et une abstention. La joie est cependant de courte durée car divers points sont refusés par le ministère. Le 25 juin 1970, l’assemblée constitutive se réunit donc une nouvelle fois. Le président Deyon fait part du refus de Jean Sirinelli (1921‑2004), directeur au ministère, délégué aux Enseignements supérieurs, à la demande de dérogation présentée par l’université concernant la représentativité enseignante (50/50 au lieu de 60/40). Une motion est votée par l’assemblée constitutive de Lille III, le 25 juin 1970 qui obtient 30 voix pour, quatre non et trois abstentions. Elle demande le maintien des 50/50.
- 41 AD du Nord, 3605 W1, motion Quillien, 25 juin 1970.
Ainsi, en retenant la proportion 60/40, les collèges B et C auraient 12 élus pour 194 membres et le collège A, 18 élus sur 76 membres. Les collèges B et C seraient donc moins représentés que les personnalités extérieures (13) et apparaîtraient comme des « invités » dans un établissement où ils dispensent 73 % des heures d’enseignement […]. Le refus de ce vote peut apparaître en contradiction avec le principe de l’autonomie des universités […]41.
- 42 Archives de l’Université de Lille 3, Assemblée constitutive, séance du 26 octobre 1970.
35Une onzième séance est organisée le 8 octobre 1970. Le président Deyon condamne la réduction des libertés universitaires mais signale les risques de crise en cas de non‑révision des statuts. Une motion est rédigée qui proteste contre la restriction de l’autonomie des universités. Toute une série d’articles sont ensuite modifiés mais on reste ferme sur la représentativité enseignante (50/50). L’assemblée constitutive se réunit alors pour la douzième fois, le 26 octobre 1970. P. Deyon propose une solution qui permette à l’assemblée constitutive de ne pas se déjuger. Seuls l’ancien doyen (P. Reboul) et le président de l’assemblée (lui‑même) voteront les statuts modifiés. Les membres de l’assemblée constitutive refuseront de prendre part au vote et « une nouvelle motion sera adressée au ministère42». Un vote est organisé sur la motion qui obtient 36 voix pour, 6 contre et 2 bulletins blancs. Dès lors, les statuts de l’Université de Lille III sont adoptés.
36Dans les deux autres assemblées constitutives, les réunions se succèdent également mais apparaissent moins conflictuelles, même s’il existe des tensions sur la représentativité des catégories enseignantes ou sur le poids respectif des UER en nombre d’élus enseignants, étudiants, administratifs et de services dans les futurs conseils. L’assemblée constitutive de l’Université de Lille II se réunit pour la première fois le 21 avril 1970. Ce premier conseil vise à élire le président de l’assemblée. À l’issue d’un premier tour, aucun des cinq candidats n’a obtenu la majorité nécessaire. Après une suspension et des discussions internes, deux candidats se maintiennent et c’est le directeur de l’UER de médecine Henri Warembourg (1905‑1993) (ancien doyen de la faculté de médecine) qui est élu face au doyen de l’UER des sciences juridiques G. Dehove par 34 voix contre 28. Le vote final du projet de statuts est finalement obtenu après deux tours de scrutin lors de la séance du 6 novembre 1970.
3.4. Les premiers présidents des trois universités lilloises et leur travail
37Une fois les statuts définitifs votés par les assemblées constitutives et validés par le ministère, il est alors temps de mettre en place les nouvelles instances. Les statuts de l’Université de Lille I sont approuvés par l’arrêté du 29 octobre 1970, ceux de Lille II par arrêté du 16 décembre 1970 et ceux de Lille III par l’arrêté du 3 novembre 1970. Dans les trois entités, des élections générales, au sein des diverses UER, sont organisées en décembre 1970 et janvier 1971 pour élire les membres des conseils définitifs mais aussi pour élire le conseil d’université qui lui‑même doit élire son président.
- 43 La Voix du Nord, 11 décembre 1970.
- 44 Ibid. supra.
38À l’Université de Lille III, ces élections générales sont organisées les 2, 3 et 4 décembre 1970. Le pourcentage moyen de participation s’élève à 48,6 % chez les étudiants43. Ce sont les listes de l’UNEF‑Renouveau (Liste de défense des intérêts des étudiants pour l’université démocratique) qui arrivent en tête avec 53 sièges, suivies d’autres listes plus diverses dont la liste UNIE, Union nationale interuniversitaire (19 sièges). L’AGEL‑UNEF‑Renouveau, aux mains des étudiants communistes, domine donc44. Un collège des élus étudiants se tient ensuite quelques jours plus tard, pour élire les membres étudiants du conseil d’université. Les enseignants élisent eux aussi leurs représentants aux conseils d’UER. Ils votent davantage, même si les choses varient, ici aussi, dans chacune. 265 des 346 inscrits sont allés voter à Lille III soit 70,8 % du total. Les élus enseignants des divers UER se réunissent ensuite en collège enseignant pour élire leurs délégués au conseil d’université. La procédure est la même pour les personnels administratifs, techniques et de services. On peut désormais passer à l’étape finale, à savoir la réunion du premier conseil de l’Université de Lille III. Cette assemblée a lieu le 22 décembre 1970. La séance est ouverte à 17h10. Le conseil procède alors à l’élection de son président et le professeur P. Deyon obtient 40 voix alors que l’ancien doyen P. Reboul, à la tête de la faculté pendant 11 ans, sans être candidat officiellement, en obtient 19. Il y a trois votes blancs et quatre nuls ainsi qu’un refus de vote. P. Deyon est alors élu président de l’Université de Lille III. À Lille I, R. Defretin, ancien doyen de la faculté des sciences, est élu président de l’Université par le conseil, le 27 janvier 1971, l’ancien doyen de médecine, H. Warembourg, étant quant à lui élu premier président de l’Université de Lille ii (voir annexe). Cette impression de continuité dominante doit cependant être relativisée. À Lille i, le SNESup était en position d’imposer son candidat, Michel Parreau (1923‑2010), déjà doyen de 1961 à 1964, acteur important de mai‑juin 1968, mais celui‑ci estime plus tactique de proposer le doyen Defretin, pour montrer une forme de continuité, alors qu’il n’a pas démérité non plus dans le pilotage de l’institution dans ces années délicates.
- 45 René Rémond, La règle et le consentement…, op. cit., p. 13.
- 46 Ibid. supra, p. 152.
39Comme le relève R. Rémond, « la fonction du président ne ressemble que de loin à celle des doyens des anciennes facultés 45». Le président n’a plus besoin que son élection soit confirmée ; elle prend effet à la proclamation du résultat du scrutin. Sa légitimité est doublement élargie. Le doyen était élu par une fraction des enseignants, à savoir les professeurs et les maîtres de conférences titulaires ; le président est désormais élu par le conseil de l’université qui comprend des élus de l’ensemble des acteurs universitaires, de tous les corps enseignants, des étudiants et des personnels administratifs et de services. Sa légitimité est aussi élargie par le fait qu’à la différence d’un doyen de faculté qui dirigeait une communauté assez réduite, le président est élu au sein d’un établissement pluridisciplinaire. Il faut rallier des composantes beaucoup plus diverses qu’autrefois. « Tenant son pouvoir d’une source plus démocratique et procédant d’une assise plus étendue que le doyen, l’exerçant sur une collectivité souvent plus nombreuse et ordinairement plus diversifiée, le président d’université dispose aussi d’un pouvoir plus réel et plus étendu 46».
40Si l’on observe les présidents des trois universités lilloises jusqu’en 1975, nous pouvons noter quatre présidents successifs. Lille i (droit et santé) est dirigée par H. Warembourg jusqu’en 1976. À Lille iii, P. Deyon va jusqu’au bout de son mandat en décembre 1975 puis c’est l’angliciste Patrick Rafroidi (1930‑1989) qui lui succède. À Lille i, le président Defretin ne réalise pas un mandat complet et part à la retraite en 1973, M. Parreau lui succédant alors, lui qui avait été jeune doyen de la faculté des sciences de 1961 à 1964. Ces premiers présidents lillois, comme leurs confrères des autres universités françaises, ont fort à faire dans l’exercice de leur fonction nouvelle, dans un contexte post‑1968 qui demeure marqué par de nombreuses tensions sur les campus et parmi les personnels, querelles renforcées par les combats syndicaux et politiques. Les étudiants, pour certains d’entre eux, continuent de refuser le cadre de la loi Faure qu’ils considèrent comme « un piège » qui les associe de loin à la gouvernance (« élections pièges à cons ») mais dans un cadre capitaliste et libéral. Les mobilisations des forces d’extrême gauche sont épisodiques sur les campus lillois, en particulier sur celui des sciences en 1971 et 1972, mais aussi sur celui des lettres et sciences humaines. Les nouveaux présidents doivent faire face à deux oppositions radicalement différentes mais parfois promptes à se liguer pour refuser certaines décisions ; à gauche, les forces révolutionnaires sont bien présentes qui exigent toujours plus de budget ou contestent la loi Faure elle‑même ; à droite, de nombreux nostalgiques de l’ancien système espèrent aussi tordre le cou aux décisions qu’ils jugent néfastes de la loi Faure. Le président Defretin doit ainsi gérer une forte agitation sur le campus dans les années 1970‑1973, qui culmine avec l’affaire de l’expulsion de l’étudiant palestinien Michel Abdel Massih. Les policiers envahissent le campus le 19 mars 1971 dans le but de se saisir de « Michel », d’armes et d’une imprimerie susceptibles d’être présents dans les locaux du département de mathématiques. Les CRS sont alors attaqués à coups de galets par les étudiants ; les CRS lancent des gaz lacrymogènes mais, démunis de masque à gaz alors que souffle un fort vent, ils doivent reculer sous les effets de leurs propres tirs.
41Le président P. Deyon, dans Lille III‑Informations de mars 1971, relève :
- 47 Lille III‑Informations, mars 1971
L’enseignement a été troublé pendant toute une partie du mois de mars par des incidents survenus sur le campus d’Annappes où fonctionne l’essentiel de notre premier cycle. Nous comprenons et approuvons les motifs généreux de la campagne organisée en faveur d’un étudiant palestinien menacé d’expulsion et nous nous sommes associés aux protestations contre l’intervention injustifiée de plusieurs centaines de policiers dans les enceintes et locaux universitaires47.
- 48 Entretien de Jean‑François Condette avec Pierre Deyon, 25 mars 1995, Mouvaux.
- 49 La Voix du Nord du 19 décembre 1973.
42Mais le président Deyon dénonce les groupuscules qui viennent interrompre régulièrement les cours. Le 11 mars 1971, il ordonne la fermeture de Lille III à partir de 17 heures. Des éléments étrangers à l’université, entre 16 heures et 16h30, ont introduit des bouteilles d’essence, des pots de peinture, des détonateurs et « d’autres instruments de combat48 ». Pour le président Deyon, la grande affaire est celle du transfert de l’université sur le campus périphérique de Pont‑de‑Bois qui doit être opérée pour octobre 1974. Décidé bien avant son mandat, ce transfert rencontre des difficultés liées à des expropriations de terrain trop longues puis, une fois les travaux commencés en octobre 1971, à une insuffisance des crédits. Le conseil menace un temps de ne pas opérer le transfert si la desserte ferroviaire promise n’est pas réalisée, si le restaurant universitaire n’est pas agrandi et des résidences étudiantes plus nombreuses construites. Le nouveau campus ne doit pas être « une usine à cours, un campus isolé en plein champ 49».
- 50 René Rémond, La règle et le consentement…, op. cit., p. 181.
43Les présidents lillois et leur conseil doivent également gérer ce qui redevient le quotidien des institutions universitaires, c’est‑à‑dire l’organisation des formations et leur enrichissement, l’organisation des examens mais aussi le manque d’enseignants et de BIATS (personnels de bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, sociaux et de santé), tout en multipliant les demandes de postes. Il faut aussi réaliser et faire voter le budget annuel, toujours jugé insuffisant. « Les travaux et les jours » du président sont désormais très chargés ; il préside en effet l’ensemble des nouvelles instances formelles, et informelles et se doit d’en préparer les dossiers et de les défendre ; il y a le conseil de l’université mais aussi le conseil scientifique, les réunions de son équipe rapprochée chaque semaine. « Un président, c’est cela d’abord : l’animateur, le modérateur infatigable de centaines d’heures de délibération50 ». Il y a aussi des moments clés à préparer : la rentrée, les périodes d’examen, la négociation des moyens et des budgets pour la rentrée suivante. Il faut aussi communiquer à l’extérieur, représenter l’université dans de nombreuses instances et dans de multiples rencontres (communes, départements, régions, monde des entreprises, etc.), tout en venant régulièrement à Paris pour des réunions et des rendez‑vous au ministère.
44Conclusion
45Au terme du processus de reconstruction qui s’opère entre les « événements » de mai‑juin 1968 et 1971, même si d’importantes réflexions sont déjà menées dans les années 1960 face aux faiblesses de la gouvernance des facultés et des universités, les évolutions peuvent sembler paradoxales. Alors que c’était le recteur, président de droit du conseil de l’université depuis 1896, qui s’attirait le plus de critiques, comme signe évident d’une forte tutelle étatique maintenue et de la faible autonomie possédée, c’est le doyen, pourtant assez respecté et légitimé, qui a disparu. Le recteur est certes découronné, perdant la présidence, mais il demeure dans son académie chancelier des universités et joue, au quotidien, dans le début des années 1970, un rôle encore fort important dans l’Enseignement supérieur. Une nouvelle figure est apparue qui désormais dispose de plus de légitimité et de visibilité, celle du président d’université, élu par les membres de son conseil qui est composé lui‑même de membres élus par l’ensemble des acteurs de l’université, désormais pluridisciplinaire. Les ruptures sont donc notables mais ne doivent pas cacher cependant un certain nombre de continuités. Celle des hommes tout d’abord, qui souvent se maintiennent un temps avant et après la secousse soixante‑huitarde, même si certaines figures sont définitivement délégitimées alors qu’une nouvelle génération d’enseignants‑chercheurs, ayant travaillé à la recomposition des années 1968‑1971, va connaître ensuite d’importantes promotions. Celle d’un certain nombre de limites à l’idée d’université également en particulier dans le manque d’autonomie accordée aux nouvelles universités alors que la pluridisciplinarité mise en place est aussi souvent assez limitée ; celle enfin du maintien d’un certain nombre de problèmes urgents liés au manque de locaux et d’enseignants mais aussi de personnels administratifs et plus largement de moyens alors que les effectifs étudiants continuent à se développer.
Annexe 1 : Les trois premiers présidents des universités lilloises en 1970
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Université de Lille I |
René Defretin (1903‑1982) R. Defretin est né à Lille. Après des études au lycée Faidherbe, il obtient une Licence (1923) et un Diplôme d’études supérieures (DES) en sciences naturelles à la faculté ; il est nommé assistant en 1927. Prisonnier de guerre en 1940, il est libéré un an plus tard pour raison de charges familiales. Il soutient sa Thèse sur les Néréidiens (invertébrés marins) en 1947. La station marine du Portel ayant été complètement détruite pendant la guerre, il participe à la construction du laboratoire de biologie marine de Wimereux et le dirige jusqu’à sa retraite. Maître de conférences de zoologie en 1955, professeur de zoologie marine en 1959, il est doyen de la Faculté des sciences de Lille en 1967 à 1970 ; il est élu président de l’Université Lille i de 1970 à 1973. |
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Université de Lille II |
Henri Warembourg (1905‑1993) Né à Lille, élève du lycée de Tourcoing puis de la Faculté de médecine‑pharmacie de Lille ; interne des hôpitaux (1927), assistant de chimie organique dans le laboratoire du professeur Michel Polonovski, il soutient sa Thèse sur la biochimie des glucides en 1932 ; élève du professeur Jean Minet à l’hôpital de la Charité, il est chef de clinique médicale en 1933 puis médecin des hôpitaux en 1934 et agrégé de médecine générale (1939) ; professeur de thérapeutique (1953), chef de service de pneumo‑phtisiologie de l’hôpital Calmettte, professeur de clinique médicale et générale à la Cité hospitalière (1960‑1976), où il développe un important service de cardiologie ; il est élu doyen de la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille de 1963 à 1970 puis élu premier président de l’Université de Lille ii (Droit et santé) entre 1970 et 1976. Il prend sa retraite en 1977. |
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Université de Lille III |
Pierre Deyon (1927‑2002) Né à Beauvais en 1927, bachelier en 1945, licencié d’histoire à la Sorbonne en 1950, agrégé d’histoire en 1953, P. Deyon enseigne de 1953 à 1958 dans le secondaire. Attaché de recherche CNRS (1958‑1960), il arrive à la Faculté des lettres et sciences humaines de Lille en 1960 comme assistant puis devient maître‑assistant (1963‑1967). Il soutient sa Thèse de doctorat en juin 1967 sur Amiens, étude sur la société urbaine au xviie siècle, participant au profond renouvellement de l’histoire sociale et urbaine de l’époque moderne. Maître de conférences (1967‑1969), il est ensuite professeur d’histoire économique et sociale moderne et contemporaine (1969‑1981) à Lille, étant élu en décembre 1970, premier président de l’Université de Lille iii jusqu’en 1975. Il est ensuite recteur de l’Académie de Strasbourg (1981‑1991), conseiller de Jack Lang (1991‑1993). |
46Photographies : Archives de l’Université de Lille et Association de solidarité des anciens personnels de l’Université de Lille (ASAP), avec leur aimable autorisation
Notes
1 René Rémond, La règle et le consentement : gouverner une société, 1re éd., Paris, Fayard, 1979, chap. vi : « La fonction présidentielle », p. 146.
2 Guy Debeyre et Rectorat de Lille (dir.), L’Académie de Lille : 1955‑1965, Lille, G. Sautai, 1967 ; Jean‑Claude Dischamps (recteur), Une décennie de progrès éducatif dans l’académie de Lille, Lille, Centre régional de documentation pédagogique, 1989 ; Jean‑François Condette (dir.), Deux cents ans de progrès éducatif dans la France septentrionale (1808‑2008), Villeneuve‑d’Ascq, PU du Septentrion, 2008, Doi : 10.4000/books.septentrion.40047.
3 Parmi de nombreux dossiers : sous série 2T (avant 1940), sous‑série 5T sur la Faculté de droit de Lille (avant 1950), 493 W 146‑176 (élections, 1968‑1970) ; 1008 W 18 (rapports de police et des RG, 1968) ; 2895 W 1‑13 (faculté de médecine, statuts, conseils), 3507 W (papiers Alain Derville, enseignant d’histoire médiévale, nombreux tracts et CR de réunions), 3622 W (Archives Yves‑Marie Hilaire, enseignant d’histoire contemporaine, membre du SGEN), 144 J (archives Alain Lottin, très engagé dans la commission consultative en lettres‑SHS en 1970 puis président de Lille 3).
4 Jean‑François Condette, Histoire de la Faculté des Lettres de Lille de 1887 à 1974 : les métamorphoses d’une institution universitaire française, 3 vols., Thèse en histoire, Bernard Ménager (dir.), Lille, Atelier national de reproduction des Thèses, 1997.
5 Jean‑François Condette (dir.), Histoire de l’Université de Lille : t. 1 : Des origines douaisiennes à mai 1968, 1562‑1968, Villeneuve‑d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, « Histoire de l’éducation », 2025 ; t. 2 : De mai 1968 à nos jours, Villeneuve‑d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, « Histoire de l’éducation », 2026. Voir aussi Jean‑François Condette, Histoire de l’enseignement supérieur en France : xixe siècle‑xxie siècle : formation, recherche et engagement dans la vie de la Cité, Malakoff, Dunod/A. Colin, « Collection U », 2025.
6 Christine Musselin, La longue marche des universités françaises, Paris, PUF, « Sciences sociales et sociétés », 2001, p. 43.
7 Arthur Marais de Beauchamp, Recueil des lois et règlements sur l’enseignement supérieur, Paris, Delalain Frères, t. 4 : 1884‑1889, « décret du 28 décembre 1885 », 1880‑1915, p. 205‑206, <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54088236?rk=107296;4>.
8 Jean‑François Condette, « Primus inter pares ». Être doyen de faculté sous la IIIe République. Entre sacerdoce éducatif et stratégie de carrière », in Jean‑François Condette (dir.), Les chefs d’établissement : diriger une institution scolaire ou universitaire (xviie‑xxe siècle), Rennes, PUR, « Histoire », 2015, p. 291‑329.
9 Revue internationale de l’enseignement, « Documents relatifs au décret du 28 décembre 1885 sur l’organisation des facultés et des écoles d’enseignement supérieur », t. 11, janvier‑juin 1886, p. 50‑79 (ici, P. 76‑77), <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k40343924/f52.item>.
10 Jean‑François Condette, Histoire de l’enseignement supérieur en France…, op. cit., p. 303 ; Didier Fischer, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours, Paris, Flammarion, 2000, « La loi du nombre », p. 267‑307 ; Christophe Charle et Jacques Verger, Histoire des universités : xiie‑xxie siècle, Paris, PUF, « Quadrige, Manuel », 2012, p. 145.
11 Jean‑François Condette (dir.), Histoire de l’Université de Lille : t. 1, op. cit., chap. 9 : « Le développement de l’Université de Lille. La première massification et ses conséquences (1945‑1968) », p. 373‑414.
12 Antoine Prost, Éducation, société et politiques : une histoire de l’enseignements en France de 1945 à nos jours, nelle éd. augm.,Paris, Éd. du Seuil, « xxe siècle », 1997, p. 122
13 Antoine Prost et Jean‑Michel Cytermann, « Une histoire en chiffres de l’enseignement supérieur en France », Le Mouvement social, nº 233 (Mutations de la science et des universités en France depuis 1945), octobre‑décembre 2010, p. 40, Doi : 10.3917/lms.233.0031.
14 Antoine Prost, Du changement dans l’école : les réformes de l’éducation de 1936 à nos jours, Paris, Éd. du Seuil, « L’Univers historique », 2013, p. 171.
15 Jean‑François Condette, Histoire de la Faculté des Lettres de Lille…, op. cit., t. 3, p. 985‑989.
16 Voir La revue de l’enseignement supérieur, nº 3 et nº 4, 1966.
17 Julien Cahon et Bruno Poucet (dir.), Réformer le système éducatif : pour une école nouvelle, mars 1968, Rennes, PUR, « Histoire », 2021.
18 Jean‑François Condette, « Réformer l’enseignement supérieur français. L’action du recteur d’académie (1896‑1968) », Carrefours de l’éducation, nº 41‑(La réforme en éducation au xxe siècle en France, Bruno Poucet et Antoine Prost [dir.]), 2016, p. 99‑115, Doi : 10.3917/cdle.041.0099.
19 Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure : réformer l’université après 1968, 1re éd., Rennes, PUR, « Histoire », 2016.
20 Alain Schnapp et Pierre Vidal‑Naquet, Journal de la commune étudiante : textes et documents (novembre 1967‑juin 1968), nelle éd., Paris, Éd. du Seuil, « L’Univers historique », 1988 [1969], p. 180‑181.
21 Jean‑François Condette (dir.), Histoire de l’Université de Lille : t. 2, op. cit., chap. 11, « Mai 1968 et ses conséquences », p. 17‑64.
22 Jean‑François Condette, « Recteurs des sixties » : une fonction administrative en transition », in Bruno Poucet (dir.), Robert Mallet : 1915‑2002 : poète, recteur et homme d’engagements, Amiens, Encrage, « Hier, 53 », 2017, p. 17‑41.
23 Entretien entre Jean‑François Condette et le recteur Guy Debeyre, 7 octobre 1994 (1 h 30).
24 François Cadilhon, Bernard Lachaise et Jean‑Michel Lebigre, Histoire d’une université bordelaise : Michel de Montaigne, faculté des arts, faculté des lettres, 1441‑1999, Pessac, PU de Bordeaux, 1999 ; Elsa Clavel, La faculté des lettres de Bordeaux 1886‑1968 : un siècle d’essor universitaire en province, 3 vols., Thèse en histoire moderne et contemporaine, Bernard Lachaise (dir.), Bordeaux, Bordeaux 3, 2016.
25 Stéphane Coutant, L’Université de Picardie, 1960‑1971 : l’affirmation d’une identité régionale, Amiens, Encrage, « Hier, 32 », 2009.
26 Charles Mercier, Autonomie, autonomies : René Rémond et la politique universitaire aux lendemains de mai 1968, Paris, Publication de la Sorbonne, « Histoire de la France, 77 », 2015, <https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.55948> ; Florence Bourillon, Eléonore Marantz, Stéphanie Méchine et Loïc Vadelorge (dir.), De l’Université de Paris aux universités d’Île‑de‑France, Paris, PUR, « Histoire », 2016.
27 Christine Fauré, « Mai 1968 à Toulouse : le Mouvement du 25 avril », Matériaux pour l’histoire de notre temps, IHTP, nº 11‑13, 1988, p. 200‑204, Doi : 10.3406/mat.1988.403856 ; entretiens avec Alain Alcouffe et Remy Pech animés et présentés par Étienne Bordes Les Cahiers de Framespa, « Entre contestation et régulation : les expériences de deux acteurs de mai‑juin 1968 », nº 32, 2019, Doi : 10.4000/framespa.6849.
28 Caroline Barrera et Michel Grossetti, « Les événements de 1968 et la refondation de l’université », in Caroline Barrera et Patrick Ferté (dir), Histoire de l’Université de Toulouse : t. 3 : L’époque contemporaine xixe‑xxie siècle, Portet‑sur‑Garonne, Éd. Midi‑Pyrénéennes/Université fédérale Toulouse Midi‑Pyrénées, 2020, p. 114 et sq.
29 Jérôme Aust, « Des facultés aux universités. Appliquer la loi Faure à Lyon (1968‑1973), in Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure : réformer l’université après 1968, 1re éd., Rennes, PUR, 2016, p. 167‑175.
30 Entretien de Jean‑François Condette avec Marcel Gillet, Lille, 10 février 1995.
31 Arnaud Desvignes, L’université française entre autonomie et centralisme : (des années 1950 aux années 1970), [Aubervilliers], Éd. du CTHS, « Collection CTHS Histoire, 67 », 2022 ; Arnaud Desvignes, « Universités : une autonomie sous contrôle (1968‑1984) », in Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure : réformer l’université après 1968, 1re éd., Rennes, PUR, 2016, p. 157‑166.
32 Étienne Bordes, La Conférence des présidents d’université (1969‑2007) : une socio‑histoire du gouvernement des universités, Thèse en histoire contemporaine, Jacques Cantier et Emmanuelle Picard (dir.), Toulouse, Université Jean Jaurès‑Toulouse II, 2021.
33 René Rémond, La règle et le consentement…, op. cit., p. 101.
34 AD du Nord, 2978 W 111.
35 Pour plus de détails sur les étapes du découpage en UER des quatre facultés lilloises et les regroupements envisagés en universités, voir Jean‑François Condette (dir), Histoire de l’Université de Lille : t. 2, op. cit., chap. 11 sur les événements de mai‑juin 1968 et leurs conséquences.
36 AD du Nord, 1008 W188.
37 Le Monde des 30 et 31 mars 1969.
38 AD du Nord, 3268 W 104, Procès‑verbal de la réunion au Rectorat, 23 avril 1969.
39 Jean‑François Condette, « “Autour de mai 1968” : de la faculté des lettres à l’Université de Lille 3 : une mutation accélérée (1968‑1970), Revue du Nord, nº 359, 2005, p. 130‑176, Doi : 10.3917/rdn.359.0139.
40 Archives de l’Université de Lille III, réunion de l’assemblée constitutive du 18 mars 1968.
41 AD du Nord, 3605 W1, motion Quillien, 25 juin 1970.
42 Archives de l’Université de Lille 3, Assemblée constitutive, séance du 26 octobre 1970.
43 La Voix du Nord, 11 décembre 1970.
44 Ibid. supra.
45 René Rémond, La règle et le consentement…, op. cit., p. 13.
46 Ibid. supra, p. 152.
47 Lille III‑Informations, mars 1971
48 Entretien de Jean‑François Condette avec Pierre Deyon, 25 mars 1995, Mouvaux.
49 La Voix du Nord du 19 décembre 1973.
50 René Rémond, La règle et le consentement…, op. cit., p. 181.
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Pour citer cet article
Référence électronique
Jean-François Condette, « Recteur, président, doyens : un continuum d’acteurs et de pratiques plus qu’une rupture institutionnelle ? Le cas lillois (1960-1975) », Les Cahiers de Framespa [En ligne], 48 | 2026, mis en ligne le 24 juin 2026, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/framespa/32690 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16gjk
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