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Le vrai et le faux. Élaborations et déconstructions

Comment usait-on du vrai et du faux dans les appellations des articles de Paris ? Le cas des bijoux en jais et des peignes du Pays d’Olmes

How were Genuine and Fake used in the Designation of the “Articles de Paris”? The Case of Jet Jewellery and Combs from the Pays d’Olmes
¿Cómo se usaban autenticidad y falsedad en las denominaciones de los artículos de París? El caso de las joyas de azabache y de los peines del Pays d’Olmes
Bruno Evans

Résumés

Beaucoup d’« articles de Paris » n’avaient de Paris que le nom : tel était le cas d’une partie de la bijouterie en jais et des peignes, fabriqués en Pays d’Olmes, à 800 kilomètres au sud de la capitale. Nul acheteur ne pouvait avoir d’assurance ni quant à l’origine parisienne de ces articles, ni quant à leur authenticité. En effet, pour les hommes du temps, la qualité des produits ne se définissait pas tant par la véracité d’une matière première que par ses qualités. Dès le xviiie siècle, les bijoux en jais ont fait l’objet d’imitations si dures à distinguer que le verre noir s’appelle désormais jais français. En raison de la raréfaction du buis, les fabricants ont aussi usé d’imitation en peignant du bois. Puis, pour rehausser la gamme de leurs produits, ils qualifièrent d’Irlande et de buffle les cornes blanches et noires venues d’Amérique latine tout en estampillant « Paris » bon nombre de leurs peignes. Finalement, l’image du territoire a probablement pâti de ses stratégies du du faux.

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Texte intégral

  • 1 Jean-Marc Olivier, Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (...)

1« Analyser la branche des “articles de Paris” se révèle délicat1 ». Cette affirmation de Jean-Marc Olivier met en exergue comment cette appellation, relevant davantage du prestige que de la précision géographique, rassemble des produits fort variés tels que les boutons, les cartonnages ou bien encore les peignes. C’est pourquoi :

  • 2 Claire Lemercier, « ‘Article de Paris’, fabrique et institutions économiques à Paris au xixe siècle (...)

La plasticité de la notion d’ « article de Paris » fait soupçonner son sens plutôt politique que statistique. Au fil des recensements et des expositions, les fleurs et plumes par exemple sont aussi souvent assimilées au vêtement qu’à une catégorie « article de Paris » qui fait souvent office de « divers »2.

  • 3 Pierre Judet, « Jean-Marc Olivier, Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards morézie (...)

2Par conséquent, les « articles de Paris » nous engagent dans la voie d’une réflexion sur le vrai et le faux, d’autant plus lorsque l’on sait qu’une part importante de ces ouvrages n’a rien de parisien. En effet, nombre des objets qui portent cette appellation sont « souvent fabriqués loin de la capitale3 ». Ainsi en va-t-il des bijoux en jais et des peignes du Pays d’Olmes, pourtant éloigné de plus de huit-cents kilomètres de Paris : aucun acheteur ne pouvait distinguer le vrai du faux de l’origine de ces produits exportés au lointain, dont certains portaient même l’inscription « Paris » (Fig. 1).

Fig. 1

Fig. 1

Collier de jais avec broches, coll. Bruno Evans

© Cliché Bruno Evans

  • 4 Jean-Michel Minovez, Pays d’Olmes, l’aventure de la laine, Toulouse, Privat, 2013, p. 16-33.
  • 5 Ibid., p. 47.
  • 6 Catherine Verna, Le temps des moulines. Fer, technique et société dans les Pyrénées centrales (xiii(...)
  • 7 Jean-Claude Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l'industrie lainière en France au xixe(...)
  • 8 Comme l'indique Jean-Michel Minovez : « Dans la France méridionale […], le concept de “territoire i (...)
  • 9 Laura Michele Diener, « Production and Practice », dans A Cultural History of Hair in the Middle Ag (...)
  • 10 Philippe Wolff, Commerces et marchands de Toulouse (vers 1350 -1450), Paris, Plon, 1954, p. 132.

3Les habitants du Pays d’Olmes, espace de piémont pyrénéen situé à une centaine de kilomètres au sud-est de Toulouse, ont tôt cherché des compléments à une agriculture relativement pauvre en utilisant les différentes ressources locales4. « L’industrie de la laine du Pays d’Olmes, nous dit Jean-Michel Minovez, […] a connu un certain lustre au Moyen Âge grâce à Laroque5 ». Le bois, très abondant, a permis à la sidérurgie d’avoir aussi « une place importante bien que d’envergure plus locale6 ». Dans le même temps, les buis, très présents dans le Plantaurel, ainsi que le jais dont le sous-sol renferme plusieurs filons, ont permis la « spécialisation du territoire dans la fabrication d’un […] ensemble de produits [spécifiques] exigeant la mise en œuvre de savoir-faire accumulés localement7 », constituant ainsi les prémices de ce que Jean-Claude Daumas nomme un territoire industriel8. Les peignes sont alors « d’importants outils utilisés aussi bien pour l’hygiène que pour l’esthétique9 » : le marché est donc porteur et permet au Pays d’Olmes d’expédier, dès 1428, des caisses de peignes vers Genève10.

  • 11 Helen & Katy Muller, Whitby jet, Oxford, Shire Library, 2009, p. 5; Sergio Martínez García, «Produc (...)
  • 12 Michel Pastoureau, Noir. Histoire d’une couleur, Paris, Seuil, 2014, p. 210.
  • 13 Arch. dép. Ariège, 46 J 355, mémoire d’enquête de Mr de Lévis-Léran sur le différend qui l’oppose a (...)
  • 14 Arch. dép Héraut, C 2949, mémoire sur le commerce du Languedoc par le vicomte de Saint-Priest, inte (...)
  • 15 Pour la description des moulins à jais, nous nous permettons de renvoyer à Bruno Evans, « L’énergie (...)

4Le jais offre aussi de grandes possibilités puisqu’il permet à la fois la fabrication de bijoux et de chapelets noirs11, une couleur à la mode, respectable et même luxueuse12. Au début de l’époque moderne, à quelques kilomètres au nord du château de Montségur, les puissants seigneurs de Lévis exploitent déjà de nombreuses mines13. Puis, cette industrie connait un âge d’or au milieu du xviiie siècle : du Levant à l’Amérique en passant par l’Allemagne, « on exportait pour plus de 500 000 livres14 » de bijoux produits par quelques 1 200 personnes dans une vingtaine de moulins aux caractéristiques surprenantes15.

  • 16 Arch. dép. Ariège, 15 M 42/14, Irénée Azema-Bigou (important industriel), note sur l’industrie du p (...)
  • 17 Arch. Privées (AP) Bez-de Faucher, brochure pour la mise en action de l'entreprise Bez Père & Fils (...)

5Si cette activité est marquée par un déclin au xixe siècle, le peigne – fabriqué d’abord en bois de buis local puis aussi en corne d’ovins et de bovins à partir de 1720 – prend son envol grâce à l’importation massive de cornes d’Amérique latine après 1860 et atteint un apogée au cours des années 1920 avec une production de trente millions d’unités réalisées par trente-cinq entreprises occupant 1 500 ouvriers16. Bien que très rural, le territoire n’en a pas moins abrité des entreprises importantes telle la maison « Bez Père & Fils ». Elle « occupe plus de 300 ouvriers ou ouvrières », produit environ cinq millions de peignes, traite sur les principaux marchés […], fixe ses représentants partout » et obtient ainsi un chiffre d’affaires qui « dépasse 700 000 F en 1900 »17.

  • 18 Corine Maitte, « Imitation, copie, contrefaçon, faux : définitions et pratiques sous l’Ancien Régim (...)

6Durant les « âges d’or » successifs du territoire, les manières de nommer les matières premières utilisées et les produits eux-mêmes interrogent sur ce qu’elles ont de vrai et de faux. Par exemple, les peignes blancs étaient dits « corne d’Irlande », une appellation qui entre en contradiction avec les faits historiques puisque le Pays d’Olmes n’a pas importé de corne d’Irlande. Les fabricants ont joué sur « les frontières toujours troubles et renégociées entre imitation, contrefaçon, fraude [qui] ne sont pas dues à la qualité des produits, mais aux moyens mis en œuvre par les acteurs pour contrôler les marchés18 ».

  • 19 Alessandro Stanziani (dir.), La qualité des produits en France, Paris, Belin, 2003, p. 5-11.

7Ces stratégies invitent à examiner les processus de qualification des produits et les éventuelles asymétries d’informations19 : comment identifier la matière première si le nom qui sert à la qualifier est faux, comment repérer la provenance si l’origine indiquée n’est pas la vraie ? Ces jeux sur le vrai et le faux ont aussi eu un impact sur le fonctionnement et l’histoire du territoire qu’il convient d’évaluer.

8Pour répondre à ces interrogations, une première partie étudiera les critères de qualification de la matière première utilisée dans le jais. Puis une seconde partie mettra en évidence l’usage commercial des fausses – c’est-à-dire qui ne correspondent pas au produit – appellations des peignes.

1. La difficile distinction entre le « vrai » et le « faux » jais 

  • 20 Jean-Yves Grenier, L'économie d'Ancien Régime. Un monde de l'échange et de l'incertitude, Paris, Al (...)
  • 21 Jean-Yves Grenier, « Une économie de l’identification. Juste prix et ordre des marchandises dans l’ (...)
  • 22 Philippe Minard, « Réputation, normes et qualité dans l'industrie textile française au xviiie siècl (...)
  • 23 La production plus luxueuse de croix, pendants et autres objets montés sur l’or et l’argent est res (...)
  • 24 Jean-Yves Grenier, op. cit., p. 63.
  • 25 Au début des années 2000, sous l’égide de l’université d’Oviedo, une équipe de chercheurs a étudié (...)

9Sous l’Ancien Régime, l’identification des marchandises, qui permet leur hiérarchisation, est indispensable au bon fonctionnement de l’économie d’échange20. Pour ce faire, les règlements de manufacture établissent un cadre taxinomique21. S’ils sont anciens, ce n’est qu’à partir de Colbert qu’ils concernent l’ensemble du royaume. Ils définissent de manière détaillée les spécifications des produits par des standards locaux dans un but précis : « que chaque produit puisse être clairement identifié dans sa provenance et ses caractéristiques22 ». Or, si les plus grandes industries, telle la draperie, sont concernées par ces règlements, d’autres, plus petites et souvent rurales, leur échappent : c’est le cas du jais, bijou bas de gamme ou, au mieux, de demi-luxe lorsqu’il est monté sur l’or et l’argent23. L’apogée du jais repose sur l’importation massive d’un minerai aragonais bon marché qui n’est pas à proprement parler du jais. Or, en l’absence d’une définition précise de cette matière avant la fin du xxe siècle, les produits faits avec ce minerai portent bel et bien l’appellation « jais ». Il importe donc de comprendre quelle était la « norme extérieure de qualité, définie par des critères liés à l’usage des objets24 » qui diffèrent de ceux établis aujourd’hui par les scientifiques pour caractériser avec précision le « vrai » jais et le distinguer des autres charbons25. Passée la Révolution, le jais a connu un long déclin que l’historiographie locale explique par la concurrence des matières synthétiques dès le début du xixe siècle. Pourtant, en s’éloignant du Pays d’Olmes et en regardant vers les Asturies et la région de Whitby en Angleterre, on découvre que l’usage croissant des ersatz de jais n’a pas fait disparaître ces centres de production.

1a. Du « vrai » jais et de ses qualités au xviiie siècle

Fig. 2

Fig. 2

Morceau de jais (165 g) extrait de la mine de Valbonne, Rouffiac-des-Corbières, 2002

© Cliché Bruno Evans

  • 26 Ibid., p. 9.
  • 27 Ibid., p. 12.g
  • 28 Tomás Díaz, «Bases científicas para la denominación de origen del azabache asturiano», Sinc [En lig (...)
  • 29 Helen & Katy Muller, op. cit., p. 6.
  • 30 Isabel Suárez-Ruiz et al., art. cit., p. 12.

10Le jais est une « matière semi-précieuse, connue et utilisée depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours26 ». La définition scientifique actuelle nous apprend qu’il s’agit d’un « charbon humique traditionnellement considéré comme une variété de lignite27 », c’est-à-dire qu’il est issu de la décomposition d’arbres. L’incorporation d’hydrocarbures lors des stades précoces de son évolution lui a conféré des caractéristiques particulières. Ses qualités principales sont qu’il « est noir, compact, suave au toucher, léger et assez dur, bien que fragile28 ». Le jais se prête particulièrement bien à la bijouterie car il « prend un poli si beau qu’il peut être utilisé comme un miroir29 ». De plus, « les hydrocarbures retenus dans sa structure confèrent à cette matière une stabilité élevée et le préservent de l’altération due au temps qui passe30 ».

  • 31 Ángel Cardin Toraño, El azabache y su cultura en la Península Ibérica: formación, minería, estudios (...)

11Cette définition du « vrai » jais est très intéressante car elle explique en bonne partie l’évolution de l’image et de l’usage de ce matériau. En effet, comme il contient des hydrocarbures, le jais peut se charger en électricité. De ce fait, dès l’Antiquité, on lui a conféré des vertus surnaturelles dont la plus importante était, d’après Pline, « de protéger contre le mauvais œil, particulièrement les enfants31 ». Ses propriétés l’ont fait adopter comme amulette de protection. Plus tardivement, vers la fin du xiiie siècle, en Galice,

  • 32 Ibid., p. 284. À Saint-Jacques-de-Compostelle, les artisans en jais se constituèrent en corporation (...)

[les artisans locaux] commencèrent à tailler et vendre des petites pièces de jais : des coquilles, des personnages de l’apôtre Jacques, des rosaires, […] et bien qu’il y ait d’autres matériaux, le jais s’imposa rapidement en raison de son impossibilité à être falsifié, de sa relative rareté, de son pouvoir magique et de sa centralisation à Saint-Jacques-de-Compostelle32.

  • 33 Ángela Franco Mata, «Iconografia jacobea en azabache», dans Los Caminos de Santiago. Arte, Historia (...)
  • 34 Antoine de Gensanne, Histoire naturelle de la province du Languedoc, Montpellier, 1776-1779, T. 4, (...)

12Tout au long de l’époque moderne, tandis que le jais déclinait dans la cité compostellane, cette industrie se développait en Pays d’Olmes. Mais, alors que les Espagnols utilisaient le test de la paille (frotté – et donc chargé en électricité –, le jais attirait la paille) pour vérifier ses qualités33, les hommes du Pays d’Olmes paraissent les avoir ignorées et assimilent le jais à un beau charbon. La description de l’ingénieur Antoine de Gensanne – qui reprend les informations fournies par les fabricants – est à cet égard très instructive. Pour lui, « le jais est une substance fossile, bitumineuse, très noire, passablement dure, et d’un grain très luisant, lorsqu’il est poli. On le tire de ces veines qui sont semblables à celles du charbon de terre, dont le jais est une espèce34 ».

  • 35 Denis Woronoff, « Postface », dans Alessandro Stanziani (dir.), op. cit., p. 301.

13Ainsi, pour le xviiie siècle, la dichotomie du vrai et du faux doit être dépassée en ce qui concerne l’outillage mental des acteurs à propos de la matière première elle-même. En effet, pour les hommes du temps, le jais est un beau lignite dont il existe différentes sortes et, par suite, qualités, qui ne doivent pas être considérées dans les termes actuels ; il faut ici prendre en compte « la subjectivité du jugement de qualité35 ». Étant donné que les fabricants ne savent absolument pas que les propriétés particulières du jais – telles que sa longévité dans le temps – tiennent à son incorporation d’hydrocarbures, ce critère ne leur semble pas essentiel dans la variation de qualité. C’est pourquoi, en 1786, ils estiment que les mines de jais d’Aragon offrent, aux avantages d’une exploitation aisée,

  • 36 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire en faveur des fabricants de jayet, des communautés de Sainte-Colombe (...)

ceux d’une meilleure qualité de matière, cette dernière vérité est si bien reconnue, que notre fabrique emploie le jayet d’Espagne aux ouvrages les plus délicats, et que celui des mines de ce païs, étant mêlé de matières étrangères et métalliques, ne peut servir qu’à des ouvrages grossiers ; d’ailleurs sa fabriquation, dure et pénible, coûte vingt pour cent de plus que celle du jayet étranger36.

  • 37 G. A., « Notice sur la fabrication du jayet dans trois communes du département de l’Aude sur quelqu (...)

14Ici, le critère de qualité du jais est l’absence « de matières étrangères et métalliques37 » et non pas son beau poli dû à l’éventuelle présence d’hydrocarbures.

  • 38 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire à Mgr le contrôleur général des finances pour le sieur Courtial, con (...)

15Toutefois, certains avaient bien pressenti des différences majeures dans la composition de la matière première. En 1784, le sieur Courtial, venu de Toulouse et qui a obtenu le privilège exclusif de l’exploitation des mines de jais du diocèse de Mirepoix et d’Alet, demande dans un mémoire l’établissement de droits d’entrée sur le jais d’Espagne, ce qui entre en contradiction avec les intérêts des fabricants locaux. Pour justifier sa demande de taxation de la matière première étrangère, il avance que « les ouvrages où l’on emploie du jayet d’Espagne sont aisément détruits, lorsqu’ils viennent à être exposés au soleil, ce qui n’arrive point à l’égard du jayet de France, qui a beaucoup plus de consistance et de solidité38 ». Mais pour les fabricants locaux,

  • 39 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire en faveur…, op. cit.

cette objection n’est que spécieuse : au fonds, elle est absolument frivolle. Quoique le jayet d’Espagne soit d’un travail plus facile, il a néanmoins toutte la solidité qu’on doit exiger pour cette matière ; les épreuves qu’il subit à la fabrication, une expérience de quarante ans, la satisfaction toujours témoignée au sujet de nos ouvrages, et la continuation de leur demande, en sont une preuve certaine39.

  • 40 G. A., op. cit., p. 42.
  • 41 Daniel Roche, La Culture des apparences. Une histoire du vêtement, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Faya (...)
  • 42 Marie-Emmanuelle Chessel, Histoire de la consommation, Paris, La Découverte, 2012, p. 14.

16En somme, l’absence d’impureté de ce dernier permettrait un « travail plus facile sans le priver de la solidité nécessaire40 ». Pourtant, le minerai aragonais n’est pas du jais, mais un beau lignite qui permet la production de jolis bijoux d’un coût moindre. Cela correspond au goût des consommateurs du temps qui désirent accéder à des bijoux, certes aux apparences de luxe41, mais « moins chers [et] qui durent moins longtemps42 ». Aux risques de l’usage d’un minerai moins durable et susceptible de dégrader l’image de leur production, les fabricants craignent bien davantage la concurrence de produits manufacturés qui ne sont pas en jais – tels les boutons de corne et le verre noir – et qui, néanmoins, y ressemblent.

1b. La rude concurrence des « faux » jais : véritable explication au déclin du territoire ?

Fig. 3

Fig. 3

Collier sautoir en verre noir, coll. Bruno Evans

© Cliché Bruno Evans

  • 43 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire en faveur…, op. cit.
  • 44 Arch. dép. Aude, 9 M 32, Statistiques sur les ouvrages de jais ou jayet, Sainte-Colombe-sur-l’Hers, (...)
  • 45 Arch. dép. Ariège, 7 S 512, Lettre de Frédéric Coulon au préfet de l'Ariège, La-Bastide-sur-l’Hers, (...)

17Au xviiie siècle, si les fabricants du Pays d’Olmes mentionnent les « pendants d’oreilles et chappelets de verre qu’on fabrique en Allemagne43 » comme d’éventuels concurrents, ils ne s’y réfèrent jamais comme à des facteurs explicatifs de leurs difficultés commerciales. En revanche, cela devient le cas à partir du xixe siècle car la Révolution française a entraîné un retournement de tendance économique sur le long terme. En 1845, Adolphe Viviès, maire de Sainte-Colombe et fils de fabricant, explique que « si nous devions nous occuper des causes de la décadence de cette industrie, nous les trouverions […] dans l’introduction en France des verroteries d’Allemagne, depuis qu’on les taille sur la meule44 ». À La Bastide-sur-l’Hers, une commune voisine, Frédéric Coulon tient le même discours en affirmant que « la fabriquation du jayet éprouva une atteinte bien funeste par l’importation de l’étranger des objets en verre noir imitant parfaitement le jais et dont les prix extraordinairement bas portent un coup mortel à la fabriquation du jais45 ».

  • 46 Arch. dép. Ariège, 14 M 18/3, Situation industrielle du 4e trimestre 1872, février 1873.

18Dès lors, la concurrence de ces produits devient le facteur explicatif majeur du déclin de l’industrie du jais, comme le confirme la situation industrielle dressée pour le quatrième trimestre de 1872 : « les imitations en verre ont toujours nui et nuisent encore de plus en plus à cette industrie qui périclite46 ». Cette observation est reproduite sur chaque statistique trimestrielle comme une litanie durant une quinzaine d’années.

  • 47 Ibid., Situation industrielle du 3e trimestre 1882, février 1883.
  • 48 Paul Cathala, cité par Arlette Homs, L’industrie du jais, à compte d’auteur, 1989, p. 39.
  • 49 Maurice Daumas (dir.), Histoire générale des techniques, Paris, PUF/Quadrige, 1978/1998, t. 4, p. 5 (...)
  • 50 E. Pélissier, « Industries anciennes de l’Ariège : industrie du jayet », L’Association Économique A (...)

19Puis, à partir de 1882, les rares fabricants qui restent commencent à se plaindre d’un manque de matière première47. En réalité, il est fort probable qu’il s’agisse davantage d’un problème de qualité du minerai. En effet, Paul Cathala, fils du dernier fabricant de jais, explique en 1989 que, « conscient de la rareté croissante du jais de qualité, [son] grand-père commença à utiliser la galalithe dans la première décennie de notre siècle. Elle devait progressivement se substituer au jais48 ». Cette matière est de la caséine durcie (un plastique), mise au point en 1897 par l’Allemand Adolph Spitteler et commercialisée en France à partir de 1900 par la Compagnie Internationale de la Galalith Hoff et Cie49. Cette société dispose d’usines dans les départements de la Seine, du Nord et en Allemagne. D’après un journaliste de LAssociation Économique Ariégeoise, en 1918, l’Allemagne fournit cette matière qui, « dûment travaillée, constitue une imitation assez exacte du jayet ». Et l’auteur de rajouter : « ainsi triomphe la pratique du succédané, de la copie qui se substitue à l’original50 ».

  • 51 Nadège Sougy, « Imitations, composition et renouvellement de l’offre (xviiie-xxe siècles) », Entrep (...)
  • 52 Jacques Savary des Bruslons, Dictionnaire universel de commerce, Paris, Veuve Estienne, 1741, t. 3, (...)
  • 53 Nadège Sougy, art. cit., p. 6.
  • 54 Helen & Katy Muller, op. cit., p. 17.
  • 55 Ángel Cardin Toraño, op. cit., p. 177.
  • 56 Ibid., p. 176.

20À en croire ces explications, l’inexorable déclin du jais serait dû à deux facteurs : le premier est la difficulté d’approvisionnement en matière première, le second, la concurrence des imitations de « faux » jais – autrement dit en verre noir – qui s’adaptent « à des pouvoirs d’achat plus modestes51 ». Cependant, lorsqu’on prend un peu de recul et que l’on tente de faire une histoire davantage connectée et globale, ce schéma explicatif d’une linéarité sans faille se heurte à la réalité. Dès 1741, Jacques Savary des Bruslons attribuait la décadence des patenôtriers en jais à la concurrence des « fausses perles » en verre52 ; or, on a vu que les années qui suivirent furent prolifiques pour le Pays d’Olmes qui se joua de cette concurrence en sachant adapter son offre53. Il perd néanmoins cette compétence au xixe siècle, contrairement à trois autres centres de production qui connaissent une croissance très importante : Whitby, une ville portuaire du Yorkshire, Saint-Jacques-de-Compostelle et le Nord des Asturies, en lien avec les deux précédents. De ce fait, « […] l’industrie du jais de Whitby passa, selon Helen et Katy Muller, de deux ateliers employant 25 personnes en 1832 à deux cents ateliers employant 1 500 hommes, femmes et enfants en 187254 ». Ce formidable essor s’explique largement par le fait qu’à la suite de la mort de son mari, la reine Victoria « imposa dans la cour une longue période de deuil sévère, permettant seulement les bijoux de jais. Toute la société britannique suivit la mode de la cour55 ». Cette hausse de la production britannique entraîne une forte croissance de l’extraction de jais espagnol, en particulier dans les Asturies où 40 à 50 tonnes sont extraites chaque année entre 1880 et 1890, avec un maximum de 124 tonnes en 188656. Au début du xxe siècle, la production de bijoux en jais se relance en même temps dans les Asturies et à Saint-Jacques-de-Compostelle, centre quasi millénaire de fabrication.

  • 57 Lou Taylor, Mourning Dress: a Costume and Social History, Londres, G. Allen & Unwin, 1983, p. 238.

21Force est de constater que la disparition de la bijouterie en jais en Pays d’Olmes n’est pas une fatalité causée par la concurrence du « faux » jais. Il serait donc trop simple de suivre les fabricants du Pays d’Olmes dans l’explication linéaire de leur échec par la concurrence du faux. En effet, eux-mêmes ne savaient pas forcément distinguer un beau charbon du vrai jais et ont utilisé des matières synthétiques à la fin de la période. D’ailleurs, il est très intéressant de noter qu’à partir de la deuxième moitié du xixe siècle, le verre noir est appelé « jais français57 ». De surcroît, les acteurs du Pays d’Olmes avaient beau jeu de considérer que l’imitation était la cause de leur ruine, car il leur arrivait aussi de se lancer dans l’imitation en matière de peigne.

2. Le faux dans le peigne à des fins commerciales

22Le faux dans le peigne s’articule principalement autour de trois axes. Le premier est l’imitation du buis pour fabriquer des peignes en raison des problèmes d’approvisionnement de ce bois. Le second est la recherche de stratégies commerciales pour anoblir les cornes utilisées. Enfin, le troisième est l’usage de noms exotiques pour désigner les formes des peignes.

2a. Falsifier quand le buis vient à manquer

  • 58 Arch. dép. Hérault, C 4680, Mémoire contenant des instructions générales et particulières relativem (...)
  • 59 Georges Rives, Anciennes industries du Quercorb, Toulouse, Amis des Archives de la Haute-Garonne, 1 (...)

23Depuis au moins le xve siècle, les peignes fabriqués en Pays d’Olmes sont essentiellement en buis. Au xviiie siècle, cette matière première provient en grande partie des forêts du Comminges et, surtout, de celles d’Axat, en particulier de la forêt de Fanges. En 1779 néanmoins, la sidérurgie dite « à la catalane », en pleine expansion, vient concurrencer le peigne pour ses approvisionnements. En effet, le charbon de bois manque tellement que les charbonniers en sont venus à utiliser du buis58. Les peigniers ont alors du mal à trouver des morceaux de buis de taille suffisante. Pour pallier la pression sur les matières premières, ils élaborent une technique consistant à coller ensemble deux ou trois morceaux de buis afin de réaliser des peignes de la taille désirée. L’objet ainsi réalisé peut être relativement beau, mais il est moins solide et donc moins estimé qu’un peigne fait d’une seule pièce59. Cependant, cette technique, quoique très ingénieuse, ne semble pas avoir eu de réelle postérité au-delà des années 1830.

24Dans le même temps, une autre solution est trouvée pour pallier la raréfaction de ce bois dur : le recours à d’autres essences de bois, certes moins nobles et moins solides, mais plus abondantes. Il est difficile de dater avec certitude l’usage de ces autres essences, probablement dans la deuxième moitié du xviiie siècle, mais peut-être sont-elles aussi utilisées depuis longtemps. En 1803, l’Essai sur le département de l’Aude, rédigé par son préfet, permet de connaître avec précision les essences qui entrent dans la fabrication :

  • 60 Claude-Ignace Barante, Essai sur le département de l’Aude adressée au ministère de l’intérieur, Gen (...)

- la moitié des peignes fabriqués à Sainte-Colombe est en buis, donc de qualité supérieure
- un quart en houx, érable et également en poirier sauvage donne des peignes de qualité un peu moindre mais relativement proche
- enfin, le dernier quart, en bois de hêtre, donne des peignes de qualité inférieure60.

  • 61 AP Bez-de Faucher, Correspondance passive, années 1867 et 1883.

25L’usage d’autres essences de bois est toujours fonction de la conjoncture. Ainsi, lorsque le prix du transport baisse dans la seconde moitié du xixe siècle, le territoire peut se fournir en buis venant de l’Est de la Méditerranée en grande quantité61. Cependant, lors des deux guerres mondiales et, plus spécialement entre 1939 et 1945, le territoire recourt à nouveau à d’autres essences. Bien sûr, le buis demeure l’essence la plus recherchée et les fabricants cherchent des techniques pour que les autres bois y ressemblent.

26Pour imiter la couleur du buis, ils utilisent de la peinture ou de la teinture jaune. Mais ils omettent de préciser l’usage de cette pratique lors de la vente. Celle-ci paraît rendre difficile la distinction entre le vrai et le faux buis. À tel point qu’en 1858, lorsque Monsieur Truel Aîné, négociant à Millau, se plaint du fait que les peignes qu’il a achetés ne seraient pas en buis mais d’un autre bois plus quelconque, Jean-Paul Bez, industriel du peigne, lui répond :

  • 62 AP Bez-de Faucher, Registre de copies de lettres de l’entreprise Corneil, Bez et Courtois, copie de (...)

Nous venons Monsieur par celle-ci vous répéter que les deux peignes que vous nous renvoyez sont en vrai buis et non en bois et sommes forts surpris qu’avant de nous adresser une telle réclamation vous n’ayez pas tachés [sic] de la faire constater par des personnes abtes [sic] à distinguer le vrai buis d’avec le bois ordinaire62.

  • 63 AP Bez-de Faucher, Correspondance passive de l’entreprise Bez Père & Fils et Courtois, lettre de Je (...)
  • 64 AP Bez-de Faucher, Correspondance passive de l’entreprise Bez Père & Fils et Courtois, année 1867.

27Dix ans plus tard, Jean-Baptiste Pellat reproche à ces mêmes fabricants que leurs « peignes ne sont pas de buis, mais de bois teint63 ». S’il est difficile de savoir si ces reproches sont fondés, la correspondance de l’entreprise montre que cette dernière a acheté exclusivement du buis en 186764. En tout cas, ces plaintes révèlent l’existence de cet usage qui est aussi une pratique courante dans la production de peignes en corne.

2b. User du faux pour anoblir la corne

  • 65 AP Bez-de Faucher, Brochure pour la mise en action … op. cit., p. 7.
  • 66 Ibid., p. 9.

28Le travail de la corne ne se limite pas à donner une forme à la matière brute : plusieurs techniques ont été développées pour transformer son aspect. C’est le cas lorsque les fabricants désirent imiter d’autres matières, telles que l’ambre ou l’écaille. La première de ces techniques est utilisée au moment de l’aplatissage : après avoir découpé la corne en plaque, l’on procède à un « redressement partiel, entre les parois de plaques creuses, chauffées à la vapeur, qui dilatent la corne, l’étendent et en font des plaques régulières d’épaisseur. En même temps la corne, graissée au moyen de suif, devient verdâtre et transparente65 ». Ensuite, « on soumet les peignes à des bains tinctoriaux qui leur donnent le caractère qu’ils doivent avoir66 ».

Fig. 4

Fig. 4

Peignes Bez Père & Fils, en corne façon buffle et écaille, coll. Bez-de-Faucher

© Cliché Bruno Evans / autorisation Famille Bez-de-Faucher 

29Pour lui donner l’aspect de l’écaille, les fabricants utilisent un mélange contenant de la litharge, c’est-à-dire du protoxyde de plomb, et de la chaux vive ainsi que du savon. D’après le Manuel pratique du travail artistique de la corne,

  • 67 Joseph Pégat, Manuel pratique du travail artistique de la corne, Paris, Émotion primitive, 2011 (1r (...)

Si le choix de la corne a été judicieux, si par exemple l’artiste a choisi pour matière première une corne bariolée naturellement veinée en brun ou en roux jaunâtre, le polissage donné à l’objet terminé donnera une imitation très parfaite de l’écaille. Il nous est arrivé d’obtenir ce résultat de manière à ce qu’il fût très aisé de se méprendre sur la nature de la matière première employée67.

  • 68 Christian Bessy et Francis Chateauraynaud, op. cit., p.  314-315.

30Les peignes ainsi obtenus, prenant le nom de la matière qu’ils imitent en tant qu’objet perçu68, sont appelés « façon écaille » et coûtent de 20 à 50 % plus cher. Si le territoire du Pays d’Olmes n’a jamais produit de peignes en écaille, il a fort bien imité ceux produits par le centre de fabrication d’Ézy-sur-Eure qui s’en était fait une spécialité.

31D’autres recettes existent aussi pour donner à la corne l’aspect de l’ambre : ces peignes dits « façon ambre » sont un peu plus chers que ceux dits « façon écaille ». En 1867, l’entreprise Bez Père & fils et Courtois continue de se renseigner sur les manières d’obtenir un rouge un peu plus joli. Ils obtiennent d’un de leurs fournisseurs et d’un de leurs clients une recette à base de fuchsine pour teindre les peignes en rouge ou en orange69. On peut aussi utiliser de l’or dissout dans de l’acide nitrique mais ce procédé est nettement plus coûteux.

  • 70 André Guillerme, « Le mercure dans Paris. Usages et nuisances (1780-1830) », Histoire urbaine, 2007 (...)
  • 71 Baron Alibert, Andral, baron de Barante et al., Encyclopédie moderne ou bibliothèque universelle de (...)
  • 72 Charles Combes et Eugène-Melchior Peligot (dirs.), Bulletin de la société d’encouragement pour l’in (...)

32Le trempage de la corne dans un bain d’acide nitrique contenant du mercure permet de « de teindre la corne en noir et de donner une grande valeur à ces objets de tabletiers dont on raffole pour les étrennes70 ». L’argent peut aussi remplacer le mercure dans la solution71. À en croire certains auteurs, » les fabricants de peignes ont l’habitude de teindre en noir les peignes tachés et de leur donner l’apparence du buffle72 ». En effet, la corne de buffle est d’une plus grande noblesse et d’un plus grand exotisme que la corne de vache. Elle est aussi plus chère, c’est pour cela que les fabricants préfèrent imiter la corne de buffle plutôt que l’acheter. Par extension, les peignes prennent alors le nom de « façon buffle » et se revendent de 15 à 25 % plus cher que ceux en corne naturelle (Fig. 5).

Fig. 5

Fig. 5

La « corne d’Irlande », en-tête de l’entreprise Aimé Corneil Fils, Arch. dép. Ariège, 7 S 1310

© Libre de droits

  • 73 Pour de plus amples renseignements à ce sujet, je me permets de renvoyer à Bruno Evans, « Les conne (...)
  • 74 Louis-Eloy Bergeron, Manuel du tourneur, Paris, Hamelin-Bergeron, 1796, vol. 2, p. 201.
  • 75 Blaise Andrau, Adolphe Blanqui et Amédée Burat (dirs.), Dictionnaire du commerce et des marchandise (...)

33Parmi les cornes naturelles, la sélection des cornes blanches permet de leur donner un nom prestigieux, celui des « cornes d’Irlande » qui orne le papier à en-tête de l’entreprise Aimée Corneil qui s’en est fait une spécialité (en matière de confusion, on notera le décalage entre le dessin d’un paysage africain et l’Irlande…). Cependant, ce sont les archives de l’entreprise Bez Père & Fils et Courtois qui montrent clairement que ces belles cornes ne proviennent pas « d’Irlande » mais en réalité d’Amérique latine, en particulier d’Argentine et d’Uruguay73. Il faut remonter au xviiie siècle pour comprendre l’origine de cette réputation : « les bœufs [irlandais] étant beaucoup plus gros, la corne en est plus longue74 ». Le Dictionnaire du commerce de 1839 explique qu’elles sont longues, effilées et pointues ; il ajoute que « le corps interne de la corne est d’un blanc assez pur75 ». On voit donc s’opérer un glissement sémantique : la provenance de la matière première est remplacée par une appellation plus estimée. Il en va de même pour les formes des peignes.

2c. User de fausses origines dans la dénomination des produits selon leur forme

  • 76 La loi du maximum a fixé un maximum des prix sur la base de ceux de 1790 afin de limiter la spécula (...)

34Au xviiie siècle, les appellations des peignes de buis étaient toutes françaises. Ainsi, les listes de prix fournies à l’occasion de la loi du maximum de 1793 nous amènent à découvrir que l’on fabriquait des peignes « façon de Provence », « façon de Rouen » ou bien encore « façon de Paris très fin dits parisiens ». Ces trois appellations viennent toutes en opposition de celle des peignes dits de « façon ordinaire », beaucoup moins chers76.

35Au xixe siècle, on assiste à une internationalisation des appellations. Les noms de villes et de régions sont remplacés par des toponymes plus exotiques : les peignes Turin, London ou bien encore, pour la plus lointaine, Mexico. Ces appellations désignent en réalité les formes des peignes dits « à décrasser », c’est-à-dire ceux servant à nettoyer les cheveux. Par exemple, les peignes de forme anglaise ont leurs petits côtés arrondis. Les producteurs pouvaient aussi faire varier ces appellations au gré des désirs de leur clientèle. Progressivement, les appellations d’origine française disparaissent, à l’exception de « Paris » car cette capitale jouit alors d’un rayonnement international (Fig. 6).

Fig. 6

Fig. 6

Peignes Bez Père & Fils, en bois n° 24 et 50, coll. Bez-de-Faucher

© Cliché Bruno Evans / autorisation Famille Bez-de-Faucher 

36Le nom de Paris ne sert pas seulement à désigner les formes mais aussi un savoir-faire et une qualité de fabrication. Les peignes à retaper, c’est-à-dire à coiffer, peuvent donc eux aussi se voir attribuer ce qualificatif. Au lieu d’une marque locale, les peignes du Pays d’Olmes peuvent être gravés « Paris ». Cet usage du nom de la capitale s’explique très probablement par le fait que les peignes du Pays d’Olmes s’exportent fortement : il fallait bien trouver un nom plus porteur que La Bastide-sur-l’Hers ou Bélesta !

37Conclusion

  • 77 Didier Terrier et Patrick Verley, « Dépasser le territoire », dans Corine Maitte, Philippe Minard e (...)

38De nos jours, le peigne en corne est présenté comme une valeur intemporelle du Pays d’Olmes. Toutefois, remonter son histoire nous donne à voir un territoire qui a d’abord fabriqué des peignes en buis avant que d’utiliser d’autres essences de bois et des matières plastiques sans pour autant toujours le préciser. La corne ne devient majoritaire qu’avec ses importations massives d’Amérique latine à partir de 1860. Pourtant, les appellations données à la corne pouvaient laisser penser à bien d’autres origines : la « corne d’Irlande » pour la corne blanche, la corne « de buffle » pour la corne noire, entre autres. La véracité laisse place à l’efficacité commerciale et à l’adaptation au marché. Outre l’origine, les formes des peignes donnaient lieu à des appellations très éloignées du Pays d’Olmes telles que « Mexico », « Turin », « London », et surtout Paris car, au xixe siècle, le Pays d’Olmes est intégré au système international de la fabrique d’articles de Paris revendus aux grossistes dans la capitale77.

  • 78 Pierre-Paul Zalio, « Le “savon de Marseille”. Contribution à une sociologie économique des produits (...)
  • 79 Pour la communication autour du Roquefort, voir Sylvie Vabre, Le sacre du Roquefort : l’émergence d (...)
  • 80 Si les Sanclaudiens sous-traitaient pour l’Angleterre, ils ont aussi su forger une image forte à le (...)
  • 81 Sur l’usage économique du terroir, voir Michel Marchesnay, « Les PME de terroir : entre “géo” et “c (...)

39Finalement, les hommes du Pays d’Olmes n’ont jamais su s’ils travaillaient du « vrai » ou du « faux » jais : pour eux, là n’était pas la question. Cependant, le territoire a probablement pâti de leur ignorance des qualités véritables du jais. De même, la spécialisation du Pays d’Olmes dans les imitations de peignes a contribué à la faiblesse de son image et de son identité. En effet, à la différence de Marseille qui, à partir de 1812, a su associer un lieu à un produit, le savon78, de Roquefort qui évoque le fromage éponyme79, ou de Saint-Claude, qui renvoie aux pipes80, le nom du Pays d’Olmes n’a gardé en lui aucune trace des millions de peignes qu’il a fabriqués. L’usage du faux par des industries rurales qui produisaient une bonne partie des articles de Paris les a conduites à ne pas construire d’image de terroir81, ce qui a vraisemblablement constitué un facteur d’« invisibilisation » de certains territoires industriels ruraux.

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Notes

1 Jean-Marc Olivier, Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1780-1914), Paris, CTHS, 2004, p. 415.

2 Claire Lemercier, « ‘Article de Paris’, fabrique et institutions économiques à Paris au xixe siècle », dans Les territoires de l'industrie en Europe (1750-2000). Entreprises, régulations et trajectoires, Jean-Claude Daumas, Pierre Lamard et Laurent Tissot (dirs.), Besançon, PUFC, 2007, p. 191-206, ici p. 193.

3 Pierre Judet, « Jean-Marc Olivier, Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1780-1914), CTHS-Histoire n° 6, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2004, 608 p., préface de Claude-Isabelle Brelot », Ruralia [En ligne], 14 | 2004, mis en ligne le 23 janvier 2005, consulté le 12 novembre 2017. URL : http://ruralia.revues.org/990.

4 Jean-Michel Minovez, Pays d’Olmes, l’aventure de la laine, Toulouse, Privat, 2013, p. 16-33.

5 Ibid., p. 47.

6 Catherine Verna, Le temps des moulines. Fer, technique et société dans les Pyrénées centrales (xiiie-xvie siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, p. 17 ; voir aussi les travaux de Jean Cantelaube qui a démontré que la réussite sur le long terme de la sidérurgie directe s’explique par l’inscription dans son environnement : Forge à la catalane et forgeurs ariégeois. La longue fidélité des Pyrénées à la réduction directe du minerai de fer (xviie-xixe siècle), Thèse de doctorat, Université de Toulouse-Le Mirail, 3 vol., Toulouse, 2004.

7 Jean-Claude Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l'industrie lainière en France au xixe siècle, Villeneuve d'Ascq, PUS, 2004, p. 18.

8 Comme l'indique Jean-Michel Minovez : « Dans la France méridionale […], le concept de “territoire industriel” paraît nettement plus opératoire que celui du district car il intègre l'absence d'homogénéité sociale et culturelle supposée favorable “au consensus, à la mobilité sociale et à la flexibilité du marché du travail […] [au] développement de relations verticales entre les différents segments de la filière matière, et la faiblesse des recommandations de coopération entre unités de production” ». Cf. Jean-Michel Minovez, « Des aires de spécialisation productive aux territoires industriels », dans La gloire de l’industrie, xviie-xixe siècle, Faire de l’histoire avec Gérard Gayot, Corine Maitte, Philippe Minard et Matthieu de Oliveira (dirs.), Rennes, PUR, 2012, p. 187-199, ici p. 188-189.

9 Laura Michele Diener, « Production and Practice », dans A Cultural History of Hair in the Middle Ages, Roberta Milliken (dir.), Londres-New York, Bloomsbury Academic, 2019, p. 72.

10 Philippe Wolff, Commerces et marchands de Toulouse (vers 1350 -1450), Paris, Plon, 1954, p. 132.

11 Helen & Katy Muller, Whitby jet, Oxford, Shire Library, 2009, p. 5; Sergio Martínez García, «Producción y consumo de piedras semipreciosas al final de la edad media: el azabache de Montalbán (Aragón) en el siglo xv», dans Carlos Laliena Corbera et Mario Lafuente Gómez (coords.), Consumo, comercio y transformaciones culturales en la baja Edad Media, Aragón, siglos xiv-xv, Saragosse, Grupo de Investigación Consolidado CEMA, 2016, p. 47-68, ici p. 47.

12 Michel Pastoureau, Noir. Histoire d’une couleur, Paris, Seuil, 2014, p. 210.

13 Arch. dép. Ariège, 46 J 355, mémoire d’enquête de Mr de Lévis-Léran sur le différend qui l’oppose aux de Lévis-Mirepoix au sujet des mines de Pech Volan, liasse A 10, n°82, non datée (vers 1660).

14 Arch. dép Héraut, C 2949, mémoire sur le commerce du Languedoc par le vicomte de Saint-Priest, intendant du Languedoc, 1768.

15 Pour la description des moulins à jais, nous nous permettons de renvoyer à Bruno Evans, « L’énergie hydraulique et le développement d’un territoire industriel », dans François Jarrige et Alexis Vrignon (dirs.), Face à la puissance. Une histoire des énergies alternatives et renouvelables à l’âge industriel, Paris, La Découverte, 2020, p. 171-182, ici p. 174-175. 

16 Arch. dép. Ariège, 15 M 42/14, Irénée Azema-Bigou (important industriel), note sur l’industrie du peigne, Campredon (Lesparrou), 10 juillet 1936.

17 Arch. Privées (AP) Bez-de Faucher, brochure pour la mise en action de l'entreprise Bez Père & Fils (écrite par Léo Bez), 1906, p. 10.

18 Corine Maitte, « Imitation, copie, contrefaçon, faux : définitions et pratiques sous l’Ancien Régime », Entreprises et histoire, 2015/1, n° 78, p. 13-26, ici p. 25 ; de manière plus générale, sur les notions de vrai, de faux et de contrefaçons, voir Christian Bessy et Francis Chateauraynaud, Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Paris, Pétra, 2014.

19 Alessandro Stanziani (dir.), La qualité des produits en France, Paris, Belin, 2003, p. 5-11.

20 Jean-Yves Grenier, L'économie d'Ancien Régime. Un monde de l'échange et de l'incertitude, Paris, Albin Michel, 1996, p. 65.

21 Jean-Yves Grenier, « Une économie de l’identification. Juste prix et ordre des marchandises dans l’Ancien Régime », dans Alessandro Stanziani (dir.), op. cit., p. 25-53, ici p. 32-33.

22 Philippe Minard, « Réputation, normes et qualité dans l'industrie textile française au xviiie siècle », dans Alessandro Stanziani (dir.), op. cit., p. 69-89, ici p. 72.

23 La production plus luxueuse de croix, pendants et autres objets montés sur l’or et l’argent est restée relativement marginale par rapport aux millions de perles pour chapelets. Ainsi, si une jurande des orfèvres a existé en Pays d’Olmes à partir de 1753 (AD Haute-Garonne, 9 B 22, Ordonnance de Pierre Ducasse, général provincial subsidiaire des monnaies, visant à établir une jurande des orfèvres de Chalabre, Sainte Colombe et Le Peyrat, le 7 février 1753), son activité, non attestée par les sources, fut extrêmement réduite.

24 Jean-Yves Grenier, op. cit., p. 63.

25 Au début des années 2000, sous l’égide de l’université d’Oviedo, une équipe de chercheurs a étudié les propriétés physico-chimiques du jais qui permettent de le distinguer d’un autre charbon. Cf. Isabel Suárez-Ruiz, María José Iglesias, Amalia Jiménez, María José Cuesta et Fatima Laggoun-Défarge, «El azabache de Asturias: características fisico-químicas, propiedades y génesis», Trabajos de Geología,  2006, 26, p. 9-18.

26 Ibid., p. 9.

27 Ibid., p. 12.g

28 Tomás Díaz, «Bases científicas para la denominación de origen del azabache asturiano», Sinc [En ligne], mis en ligne le 27/09/2010 consulté le 27/08/2020. URL : http://www.agenciasinc.es/Reportajes/Bases-cientificas-para-la-denominacion-de-origen-del-azabache-asturiano,

29 Helen & Katy Muller, op. cit., p. 6.

30 Isabel Suárez-Ruiz et al., art. cit., p. 12.

31 Ángel Cardin Toraño, El azabache y su cultura en la Península Ibérica: formación, minería, estudios científicos, propiedades mágicas, artesanía y el Camino de Santiago, Santiago de Compostela, Xerais de Galicia, 2013, p. 38.

32 Ibid., p. 284. À Saint-Jacques-de-Compostelle, les artisans en jais se constituèrent en corporation en 1412. De nos jours, le jais demeure la « pierre » du pèlerinage.

33 Ángela Franco Mata, «Iconografia jacobea en azabache», dans Los Caminos de Santiago. Arte, Historia y Literatura, María del Carmen Lacarra Ducay (coord.), Saragosse, Institución « Fernando el Católico », 2005, p. 169-212, ici p. 171.

34 Antoine de Gensanne, Histoire naturelle de la province du Languedoc, Montpellier, 1776-1779, T. 4, p. 213.

35 Denis Woronoff, « Postface », dans Alessandro Stanziani (dir.), op. cit., p. 301.

36 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire en faveur des fabricants de jayet, des communautés de Sainte-Colombe, le Peyrat et la Bastide ; diocèse et Subdélégation de Mirepoix. Contre le sieur Courtial. Le mémoire est signé par les plus importants fabricants du territoire, le 7 Janvier 1786.

37 G. A., « Notice sur la fabrication du jayet dans trois communes du département de l’Aude sur quelques genres d’industries analogues établis dans les pays étrangers », Journal des mines, an III, p. 42.

38 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire à Mgr le contrôleur général des finances pour le sieur Courtial, concessionnaire des mines de jayet et charbon de terre, dans le diocèse d'Aleth et de Mirepoix contre les fabricants de jayet, établis au lieu de Sainte-Colombe, Le Peyrat, et Labastide, dans le même diocèse de Mirepoix. 1786.

39 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire en faveur…, op. cit.

40 G. A., op. cit., p. 42.

41 Daniel Roche, La Culture des apparences. Une histoire du vêtement, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1989, p. 110.

42 Marie-Emmanuelle Chessel, Histoire de la consommation, Paris, La Découverte, 2012, p. 14.

43 Arch. nat., F 14/8137, Mémoire en faveur…, op. cit.

44 Arch. dép. Aude, 9 M 32, Statistiques sur les ouvrages de jais ou jayet, Sainte-Colombe-sur-l’Hers, Adolphe Viviès, 1846.

45 Arch. dép. Ariège, 7 S 512, Lettre de Frédéric Coulon au préfet de l'Ariège, La-Bastide-sur-l’Hers, 25 juin 1846.

46 Arch. dép. Ariège, 14 M 18/3, Situation industrielle du 4e trimestre 1872, février 1873.

47 Ibid., Situation industrielle du 3e trimestre 1882, février 1883.

48 Paul Cathala, cité par Arlette Homs, L’industrie du jais, à compte d’auteur, 1989, p. 39.

49 Maurice Daumas (dir.), Histoire générale des techniques, Paris, PUF/Quadrige, 1978/1998, t. 4, p. 577.

50 E. Pélissier, « Industries anciennes de l’Ariège : industrie du jayet », L’Association Économique Ariégeoise, novembre 1918, nº 5, p. 7.

51 Nadège Sougy, « Imitations, composition et renouvellement de l’offre (xviiie-xxe siècles) », Entreprises et histoire, 2015/1, n° 78, p. 5-12, ici p. 6.

52 Jacques Savary des Bruslons, Dictionnaire universel de commerce, Paris, Veuve Estienne, 1741, t. 3, p. 735.

53 Nadège Sougy, art. cit., p. 6.

54 Helen & Katy Muller, op. cit., p. 17.

55 Ángel Cardin Toraño, op. cit., p. 177.

56 Ibid., p. 176.

57 Lou Taylor, Mourning Dress: a Costume and Social History, Londres, G. Allen & Unwin, 1983, p. 238.

58 Arch. dép. Hérault, C 4680, Mémoire contenant des instructions générales et particulières relativement au diocèse de Mirepoix même subdélégation, 1786 (à l’adresse de l’intendant du Languedoc).

59 Georges Rives, Anciennes industries du Quercorb, Toulouse, Amis des Archives de la Haute-Garonne, 1997, p. 57.

60 Claude-Ignace Barante, Essai sur le département de l’Aude adressée au ministère de l’intérieur, Genève, Louis Sestrié, 1803, p. 253.

61 AP Bez-de Faucher, Correspondance passive, années 1867 et 1883.

62 AP Bez-de Faucher, Registre de copies de lettres de l’entreprise Corneil, Bez et Courtois, copie de la lettre adressée à Monsieur Truel Aîné, négociant à Millau, 25 octobre 1859.

63 AP Bez-de Faucher, Correspondance passive de l’entreprise Bez Père & Fils et Courtois, lettre de Jean-Baptiste Grellat, de Grenoble, 15 novembre 1867.

64 AP Bez-de Faucher, Correspondance passive de l’entreprise Bez Père & Fils et Courtois, année 1867.

65 AP Bez-de Faucher, Brochure pour la mise en action … op. cit., p. 7.

66 Ibid., p. 9.

67 Joseph Pégat, Manuel pratique du travail artistique de la corne, Paris, Émotion primitive, 2011 (1re éd. 1920),  p. 58-59.

68 Christian Bessy et Francis Chateauraynaud, op. cit., p.  314-315.

69 D’après le centre national de ressources textuelles et lexicales (www.cnrtl.fr/definition/fuschine page consultée le 21 février 2018), la fuchsine est une « Substance colorante rouge préparée à partir de l'aniline, utilisée en bactériologie et en teinture ».

70 André Guillerme, « Le mercure dans Paris. Usages et nuisances (1780-1830) », Histoire urbaine, 2007/1, n° 18, p. 79 ; André Guillerme, La naissance de l’industrie à Paris, entre sueur et vapeur, 1780-1830, Paris, Champ Vallon, 2007, p. 286.

71 Baron Alibert, Andral, baron de Barante et al., Encyclopédie moderne ou bibliothèque universelle de toutes les connaissances humaines, Paris, Duménil, 1842, article « écaille », p. 41.

72 Charles Combes et Eugène-Melchior Peligot (dirs.), Bulletin de la société d’encouragement pour l’industrie nationale, Paris, Veuve Bouchard-Huzard, 1854, 53e année, p. 251.

73 Pour de plus amples renseignements à ce sujet, je me permets de renvoyer à Bruno Evans, « Les connexions matérielles entre l’Amérique latine et le territoire industriel du jais et du peigne en Pays d’Olmes, milieu xixe siècle-années 1930 », dans Amérique latine globale. Histoire connectée, globale et internationale, Daniel Emilio Rojas (dir.), Paris, L’Harmattan, 2017, p. 123-148.

74 Louis-Eloy Bergeron, Manuel du tourneur, Paris, Hamelin-Bergeron, 1796, vol. 2, p. 201.

75 Blaise Andrau, Adolphe Blanqui et Amédée Burat (dirs.), Dictionnaire du commerce et des marchandises contenant tout ce qui concerne le commerce de terre et de mer, Paris, Guillaumin, 1839, t. I, p. 682.

76 La loi du maximum a fixé un maximum des prix sur la base de ceux de 1790 afin de limiter la spéculation. Cf. AD Aude, 1 L 595, « Maximum des peignes », contenant leurs prix et leurs appellations en 1790. Le maximum des prix est une loi de 1793 contre l’accaparement fixant un plafond des prix pour les objets de première nécessité ; les fabricants durent alors fournir une liste de leurs prix de 1790.

77 Didier Terrier et Patrick Verley, « Dépasser le territoire », dans Corine Maitte, Philippe Minard et Matthieu de Oliveira (dirs.), op. cit., p. 167.

78 Pierre-Paul Zalio, « Le “savon de Marseille”. Contribution à une sociologie économique des produits », dans Alessandro Stanziani (dir.), op. cit., p. 97-98.

79 Pour la communication autour du Roquefort, voir Sylvie Vabre, Le sacre du Roquefort : l’émergence d’une industrie agro-alimentaire, Rennes, PUR, 2015, p. 435-450.

80 Si les Sanclaudiens sous-traitaient pour l’Angleterre, ils ont aussi su forger une image forte à leur produit : Thomas Figarol, Le district industriel de Saint-Claude et le monde du diamant à l'âge de la première mondialisation (années 1870-1914), thèse soutenue le 9 février 2015 à Besançon sous la direction de Jean-Claude Daumas, p. 45-113.

81 Sur l’usage économique du terroir, voir Michel Marchesnay, « Les PME de terroir : entre “géo” et “clio” stratégies », Entreprises et histoire, 2015/1, n° 78, p. 51-63.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1
Légende Collier de jais avec broches, coll. Bruno Evans
Crédits © Cliché Bruno Evans
URL http://journals.openedition.org/framespa/docannexe/image/9892/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 212k
Titre Fig. 2
Légende Morceau de jais (165 g) extrait de la mine de Valbonne, Rouffiac-des-Corbières, 2002
Crédits © Cliché Bruno Evans
URL http://journals.openedition.org/framespa/docannexe/image/9892/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 176k
Titre Fig. 3
Légende Collier sautoir en verre noir, coll. Bruno Evans
Crédits © Cliché Bruno Evans
URL http://journals.openedition.org/framespa/docannexe/image/9892/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 144k
Titre Fig. 4
Légende Peignes Bez Père & Fils, en corne façon buffle et écaille, coll. Bez-de-Faucher
Crédits © Cliché Bruno Evans / autorisation Famille Bez-de-Faucher 
URL http://journals.openedition.org/framespa/docannexe/image/9892/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 388k
Titre Fig. 5
Légende La « corne d’Irlande », en-tête de l’entreprise Aimé Corneil Fils, Arch. dép. Ariège, 7 S 1310
Crédits © Libre de droits
URL http://journals.openedition.org/framespa/docannexe/image/9892/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 96k
Titre Fig. 6
Légende Peignes Bez Père & Fils, en bois n° 24 et 50, coll. Bez-de-Faucher
Crédits © Cliché Bruno Evans / autorisation Famille Bez-de-Faucher 
URL http://journals.openedition.org/framespa/docannexe/image/9892/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 512k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Bruno Evans, « Comment usait-on du vrai et du faux dans les appellations des articles de Paris ? Le cas des bijoux en jais et des peignes du Pays d’Olmes »Les Cahiers de Framespa [En ligne], 35 | 2020, mis en ligne le 30 octobre 2020, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/framespa/9892 ; DOI : https://doi.org/10.4000/framespa.9892

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Auteur

Bruno Evans

Bruno Evans est professeur d’histoire et géographie, chargé de cours à l’Université Toulouse 2 Jean-Jaurès. Il rédige au sein du laboratoire FRAMESPA une thèse sous la direction de Jean-Michel Minovez sur le dynamisme et la connexion au monde du Pays d’Olmes à travers la production de bijoux en jais et de peignes. evansbruno@gmail.com

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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