- 1 Le site était connu depuis le milieu du xixe siècle.
- 2 Pour une bibliographie complète cf. Jolivet 2013. Chaque année, un rapport de fouille a été rédigé (...)
- 3 Andreau et al. 2002, Broise et Jolivet 2004, Rebillard 2009 et Leone 2021.
- 4 Les nécropoles hellénistiques (E. Lovergne), le dépôt votif de la porte sud (O. de Cazanove et M. (...)
1En octobre 1982, la découverte fortuite d’une mosaïque géométrique, blanche et noire, portant une inscription en langue étrusque, attira à nouveau1 l’attention sur la cité de Musarna. Une campagne de fouille effectuée quelque mois plus tard permit d’établir que cette mosaïque appartenait à un complexe balnéaire d’époque tardo-républicaine. Cette découverte exceptionnelle a amené l’École française de Rome, en collaboration avec la Soprintendenza Archeologica per l’Etruria Meridionale, à entreprendre des fouilles systématiques sur le site, menées jusqu’en 2003 sous la direction d’Henri Broise (ÉFR/IRAA, CCJ) et Vincent Jolivet (CNRS, UMR 8546-AOROC). Les travaux ont concerné plusieurs secteurs du site (habitat, enceinte, dépôt votif, nécropoles d’époque hellénistique et impériale) et de son territoire. Outre de nombreux articles2, quatre volumes ont paru à ce jour, consacrés respectivement à la topographie générale du site et aux trésors monétaires, aux bains hellénistiques, à la nécropole impériale et à la céramique à paroi fine3 ; quatre autres sont en cours de préparation4.
- 5 Carte IGM Fo 137 III NO (Commenda) et Fo 137 III SO (Castel d’Asso).
- 6 Petitti 1990, p. 478-479.
- 7 Broise et Jolivet 1997, p. 1327.
2Le site étrusco-romain de Musarna (fig. 1) se situe dans la région du Latium moderne à environ 80 km au nord de Rome et à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Viterbe, entre les sites de Grotte Scalina et Cordigliano au nord-est, et Castel Cardinale au sud-ouest, dans le domaine appelé aujourd’hui Macchia del Conte5. Située à 172 m d’altitude, la cité s’étend sur un plateau de tuf de 450 m x 150 m, orienté en direction nord-est/sud-ouest, et couvre une superficie intra-muros d’environ 5 hectares. Occupé dès le Néolithique final6, le plateau présente une fréquentation au Bronze moyen7, mais ce n’est que dans le dernier quart du ive siècle av. J.‑C. que le site a été urbanisé, comme en témoigne la céramique antique (bucchero gris et céramique étrusque à figures rouges) retrouvée dans les strates les plus anciennes de l’habitat, ainsi que dans les premières tombes des nécropoles ; la ville semble avoir été occupée de manière à peu près continue jusqu’au viie siècle apr. J.‑C.
Figure 1 : Extension hypothétique du territoire tarquinien avant la conquête romaine (les points pleins indiquent la présence de tombe à caisson de « type Musarna »)
DAO : E. Lovergne ; fond de carte : d-maps.com
3Musarna naît comme colonie militaire de Tarquinia au cours des décennies suivant le foedus de 40 ans signé avec Rome en 351 av. J.‑C. À cette époque, le territoire contrôlé par Tarquinia occupe une partie importante de l’Étrurie méridionale et est conçu comme un système stratégique destiné à défendre sa métropole, avec la création de plusieurs oppida et la fortification de sites préexistants. Peu après la reprise du conflit étrusco-romain, en 310 av. J.‑C., l’armée romaine, menée par le consul Fabius Maximus Rullianus, parviendra à pénétrer en territoire tarquinien en traversant les monts Ciminiens, frontière naturelle alors considérée comme infranchissable. Selon l’historiographie, en 281 Tarquinia et les villes de son territoire se soumettent définitivement à Rome.
- 8 Aucun texte antérieur au xiiie siècle ne mentionne Musarna (Lovergne 2014, p. 259, n. 2), (...)
- 9 Orioli 1850a, 1850b et 1850c ; Bazzichelli 1850.
- 10 Deux manuscrits, l’un de Feliciano Bussi (VEM 1736), l’autre de Pio Semeria (Memorie 1804-1831), m (...)
4Bien que les sources antiques sur Musarna soient inexistantes, puisque les informations dont nous disposons ne sont rapportées que par de rares auteurs d’époque médiévale8, le site a été localisé avec certitude en 18499 par Giosafat Bazzichelli, grâce aux indications de l’érudit local Francesco Orioli. C’est en 1850 que commencent les premières fouilles officielles et documentées10 ; comme cela était fréquent à l’époque, les fouilleurs s’intéressaient essentiellement aux nécropoles et aux objets précieux qu’elles contenaient.
5À cette occasion, F. Orioli11 mentionne et décrit pour la première fois des tombes à caisson de « type Musarna » sur le site.
6Pour l’étude des tombes à caisson, les données acquises par les fouilles de l’École française de Rome se sont révélées très précieuses, en permettant de proposer une première typologie de ce type de structure funéraire. Il manquait cependant des données essentielles afin de pouvoir mettre en évidence le caractère spécifique de ces tombes, car les fouilles modernes, compte tenu de pillages répétés, avaient rarement livré du mobilier, et encore moins les restes des défunts. Ces lacunes ont pu être partiellement comblées par la redécouverte d’un précieux manuscrit, le Taccuino II de Luigi Rossi Danielli, un archéologue viterbais qui fouilla à Musarna, en 1904, près de 50 tombes à caisson de « type Musarna », en notant ses observations sur 51 pages de son carnet de fouilles qui comporte descriptions, position des tombes et des défunts, ainsi que du mobilier, listes d’objets, croquis…
7Il s’agit de grandes fosses quadrangulaires ou rectangulaires creusées dans le tuf, qui mesurent en moyenne 2,25 m de côté et une profondeur de 2 m, bien que dans la plupart des cas nous ne connaissions pas leur profondeur originelle, car les travaux agricoles ont souvent abaissé de plusieurs dizaines de centimètres le banc géologique dans lequel elles ont été creusées.
8Typologiquement, la diversité est grande, mais elle peut se rapporter principalement à quatre types différents, comprenant chacun plusieurs variantes (fig. 2) :
- Type 1. Caisson sans aménagements creusés. Il s’agit d’une simple fosse dans laquelle sont disposés des éléments mobiles :
- 1a. Un ou deux sarcophages en position variable par rapport à l’axe du caisson ;
- 1b. Un lit funéraire. Cette variante n’est évoquée que très rapidement par F. Orioli qui n’indique malheureusement pas le matériau du support12 ;
- 1c. Des tuiles disposées a cappuccina, comme dans les tombes d’époque impériale, qui forment le réceptacle pour le défunt, déposé directement dans le fond du caisson. Comme pour la variante précédente, F. Orioli ne nous fournit qu’une brève description13 ;
- 1d. Un pseudosarcophage construit, où la tripartition interne du caisson est réalisée par des dalles de tuf posées verticalement14 ;
- 1e. Une structure centrale composée de deux éléments superposés, qui s’apparente à un cippe funéraire.
- Type 2. Caisson avec pseudosarcophage creusé. Le caisson présente un ou deux pseudosarcophages, aux contours très réguliers, surélevés par rapport au fond du caisson :
- 2a. Un pseudosarcophage central destiné à une seule inhumation. Les espaces latéraux peuvent être également surcreusés pour y installer une partie du mobilier d’accompagnement (fig. 3.1) ;
- 2b. Deux pseudosarcophages parallèles destinés à accueillir un couple de défunts. La présence d’appuie-tête dans chaque espace indique qu’ils étaient destinés à des inhumations.
- Type 3. Caisson avec loculus. Sa caractéristique est d’avoir un, deux ou trois loculi creusés dans le fond du caisson :
- 3a. Un loculus, dont la position peut être centrale, latérale ou oblique par rapport à l’axe du caisson (fig. 3.2). Comme pour le type 2, les loculi sont dotés d’un appuie-tête, mais, au moins dans un cas, le caisson présentait un loculus vide d’ossements15 avec du mobilier funéraire et une incinération en vase dans l’un de ses angles.
- 3b. Deux loculi disposés soit parallèlement l’un à l’autre et en axe avec le caisson, soit obliquement (fig. 3.3). La présence d’appuie-tête semble indiquer qu’ils étaient destinés à des inhumations, ici aussi de couples de défunts.
- 3c. Trois loculi disposés parallèlement (fig. 3.4). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le nombre de loculi ne correspond pas à un nombre spécifique de sépultures. Ainsi un caisson à trois loculi fouillé en 1997 semble avoir été destiné à une sépulture individuelle placée dans le loculus central, tandis que les espaces latéraux étaient destinés au mobilier d’accompagnement.
- Type 4. Caisson à incinération. De dimensions beaucoup plus réduites, ces tombes n’accueillaient que des incinérations. Bien que très proches des simples tombes à fosses, leurs caractéristiques telles que la forme, la profondeur, la présence d’un loculus central ou d’une petite fosse quadrangulaire creusés dans le fond, couplé à la chronologie du mobilier, invitent à classer ces tombes parmi les caissons.
Figure 2 : Schématisation des tombes à caisson de « type Musarna »
DAO : E. Lovergne
Figure 3 : Musarna. Tombes à caisson fouillées par l’École française de Rome
Clichés : École française de Rome
- 16 Rossi Danielli 1959, p. 187-188.
- 17 Rossi Danielli 1962, p. 102, fig. 1.
9À l’exception de la variante 1e, dont on ne retrouve qu’un seul exemple à Ferento16, les autres sont toutes attestées à Musarna, mais il convient de rappeler que nous ne disposons d’aucune description pour au moins 21 caissons indiqués sur le plan de L. Rossi Danielli17 (fig. 4).
Figure 4 : Musarna. Plan de L. Rossi Danielli
DAO : E. Lovergne d’après Rossi Danielli 1962, p. 102 pl. I
10Ces tombes pouvaient recevoir indistinctement des inhumations et des incinérations, et étaient destinées à accueillir les restes d’un ou plusieurs individus, hormis les caissons de type 4 utilisés uniquement pour des incinérations secondaires. Les sépultures plurielles ne devaient pas accueillir plus de deux individus : deux inhumations, une inhumation et une incinération, ou plus rarement deux incinérations.
- 18 Lovergne 2017, p. 558-569.
11Étant donné qu’aucune tombe n’a jamais été retrouvée intacte lors des dernières fouilles, aucune analyse anthropologique n’a pu être faite pour estimer l’âge et le sexe des défunts. La distinction de genre effectuée pendant les anciennes fouilles, fondée sur l’observation de la composition du mobilier funéraire, doit être considérée avec prudence, car certains éléments de celui-ci sont souvent, à tort, considérés comme exclusivement féminins ou masculins : des objets tels que les miroirs, les strigiles ou encore les boucles d’oreilles ne sont pas, au moins pour le territoire de Tarquinia, un indicateur de genre véritablement fiable18.
12Le caractère exceptionnel de ces tombes, ainsi que leur nombre assez important à Musarna, a porté à étendre la recherche à l’ensemble du territoire tarquinien, afin de déterminer s’il s’agissait d’un type de tombe caractéristique de cette région.
13Pour les fouilles les plus anciennes, il a été nécessaire de repartir des indications fournies dans les Notizie degli Scavi et dans le Bullettino di Corrispondenza Archeologica, afin de vérifier l’emploi du terme de « cassone » et d’identifier quelles tombes pouvaient être effectivement des caissons ; dans un deuxième temps, la recherche s’est poursuivie aux archives.
- 19 Les recherches aux archives étant encore en cours, ce nombre est susceptible d’augmenter.
14Le travail mené dans les archives nationales, dans celles des Surintendances, des communes de la région, ainsi que dans les archives personnelles des différentes branches de la famille Catalano descendantes de L. Rossi Danielli, a permis de répertorier des centaines de documents, et de recenser 69 tombes à caisson de « type Musarna »19, tandis que 14 autres caissons ont été identifiés à partir de fouilles plus récentes, y compris celles de l’École française de Rome.
- 20 Au lieu-dit Valle Palomba, probablement là où se trouvait l’église de Santa Maria della Palomba (à (...)
- 21 Memorie 1804-1831, vol. I, p. 297-298. Sur Pio Semeria cf. Carosi 1981 et Rovidotti 2005.
15Le témoignage le plus ancien de tombe à caisson remonte à une fouille effectuée en 1814 aux alentours de Viterbe20. Si les informations fournies par Pio Semeria dans ses Memorie21 ne sont pas très nombreuses, en plus d’un petit croquis en bas de page de son manuscrit, il indique également que deux autres tombes similaires auraient été retrouvées dans le territoire, sans nous fournir cependant d’indications plus précises.
- 22 Fiorelli 1876 ; Körte 1876.
- 23 Fiorelli 1877a.
- 24 Pour des raisons pratiques, les tombes ont été numérotées SC1, SC2 et SC3.
- 25 Tombe SC2 (Körte 1876, p. 211). Un dessin est reproduit dans Bazzichelli 1876, p. 85.
- 26 En particulier : Musei Etrusci quod Gregorius XVI Pon. Max. in aedibus Vaticanis constituit Monime (...)
- 27 Un personnage féminin nu, appuyé sur le pied droit et les bras levés embrassant le bassin dans la (...)
16Entre 187622 et 187723, c’est à mi-chemin entre Musarna et les rives du lac de Bolsena, dans les terrains des comtes Mimmi, situés à Sette Cannelle, que sont découvertes trois tombes à caisson24, dont deux avec sarcophage, retrouvées à proximité les unes des autres ; l’une d’elles est la plus grande jamais recensée25, avec des dimensions comparables à celles des tombes à chambre : 4,10 m x 3,11 m, pour 3 m de profondeur. Bien que la plupart des objets aient aujourd’hui disparu, les descriptions très détaillées, ainsi que les nombreux renvois aux catalogues des collections publiées à l’époque26, permettent de restituer une partie de leur mobilier funéraire, à laquelle s’ajoute un lot de bronzes acquis en 1877 par l’Altes Museum de Berlin, aujourd’hui encore conservé dans ce musée. Si parmi la céramique on ne peut identifier que de façon générique certains vases figurés étrusques à figures rouges ou à décor surpeint, chaque défunt était accompagné d’un miroir, d’un thymiaterion à trépied, d’un kados ou d’une situle, ainsi que d’une patère à manche anthropomorphe27.
17Toujours en 187728, les fouilles réalisées par Odoardo Rispoli, à San Giovenale, permettent d’établir la présence de plusieurs caissons parmi plus des 200 tombes identifiées. Il n’en décrit que trois, mais leur nombre devait être bien plus important.
- 29 Fiorelli 1879.
- 30 La localité n’apparaît plus dans la cartographie moderne, mais les rapports de fouille indiquent M (...)
- 31 Deutsches Archäologisches Institut Rom, DAI nég. 76/830, 76/8 (...)
- 32 Cristofani 1993, p. 101-102. Datée de la phase finale de son activité, vers 330-325 apr. J.‑C. (Ma (...)
- 33 Coarelli 1976, type C.
- 34 Lejars 2015, p. 145-148.
- 35 Fiorelli 1879, p. 135.
- 36 Vitali 1994, p. 216.
- 37 Vitali 2003, p. 25-27.
18En 187929, au lieu-dit Santa Rosa30, à quelques kilomètres au nord de Sette Cannelle, est découverte l’exceptionnelle tombe dite du « guerrier de Montediano ». Bien qu’elle soit généralement identifiée comme une tombe à chambre, la description de G. Fiorelli ne laisse aucun doute sur le fait qu’il s’agisse d’une tombe à caisson avec sarcophage. Le mobilier découvert, dont une partie est connue grâce aux dessins réalisés en 1880 par Francesco De Sanctis31 (fig. 5), se composait d’une kelebe à figures rouges du groupe Clusium, et plus précisément du Peintre de Montediano32, d’un casque en bronze33, d’une lance, d’une des rares épées laténiennes retrouvées dans le Latium34, encore dans son fourreau, de deux miroirs, ainsi que de « varivasi…e fittili comuni35 ». Le sarcophage et le caisson furent retrouvés complètement vides d’ossements, comme la kélébé, placée à côté du sarcophage, encore fermée par son couvercle. Le casque en bronze a été trouvé sur une tuile posée à plat au-dessus de la kélébé. L’épée, dont la lame était extraite partiellement de son fourreau et mutilée de sa moitié inférieure, tout comme le casque36, qui présentait un renfoncement dans sa partie antérieure, avaient fait l’objet d’un acte rituel de déformation mécanique, gestes couramment attestés sur des armes ou des éléments de panoplie, comme en témoigne par exemple la nécropole de Monte Tamburino à Monte Bibele37.
Figure 5 : Santa Rosa-Monte Leano. Mobilier funéraire du « guerrier de Montediano »
Dessins de F. De Sanctis, dans Vitali 1994, fig. 3, reproduits avec l’aimable autorisation de la Scuola di Specializzazione in Beni Archeologici
- 38 Iacopini 1889.
- 39 Aux alentours de l’église de la Madonna della Valle.
19Dix ans plus tard, en 188938, quatre autres tombes à caissons sont mises au jour à Poggio al Passo – Valle Prelata39 –, à l’ouest de Montefiascone, pour lesquelles nous ne disposons d’aucune information précise, mais cet ensemble demeure le témoignage le plus septentrional de la présence de tombes à caisson de « type Musarna » dans le territoire analysé.
- 40 Rossi Danielli 1959, p. 187-188 : Questo sepolcro è di forma totalmente differente dei precedenti, (...)
- 41 ASBAT, 1904, F24, Prot. 746/257.
- 42 ASBAT, 1905, F21.
20Dès le début du xxe siècle, L. Rossi Danielli commence à s’intéresser aux antiquités du Viterbais. À Ferento, dans la nécropole de Pianicara, qui se développe le long du versant méridional du site, il découvre ce que l’on peut considérer comme sa première tombe à caisson40. Si les fouilles réalisées à Musarna en 1904 n’avaient donné, selon l’archéologue, que de faibles résultats41, en 1905, ses recherches se poursuivent à Poggio Capo Ferro, et plus précisément à Contrada Barigello, à cinq kilomètres au nord-ouest de Viterbe. Dans le rapport de fouille42 n’est citée qu’une tombe à caisson qui, déjà pillée, contenait cependant encore deux cinéraires pourvus de leur couvercle. Lors de la même campagne de fouille, les recherches se concentrèrent, un peu plus au nord, à Contrada Guardiola. Ici aussi, les informations demeurent très rares, mais essentielles, et parmi un nombre indéfini de tombes à caisson fouillées, deux seulement comptaient des restes de mobilier funéraire.
- 43 Stefani 1942.
- 44 Stefani 1942, p. 142, fig. 7.
21En 1942, un petit ensemble de tombes localisé à Contrada Momi, lieu-dit Campaccio, au sud de Montefiascone, le long de la voie ferroviaire, a fait l’objet d’une brève publication par Enrico Stefani43. L’auteur publie le dessin d’une tombe à caisson44, dotée de trois loculi, déjà pillée, et signale la découverte d’un second caisson sur une petite colline à proximité. Aucune localisation précise n’est fournie sur le lieu de découverte, mais à moins de 400 mètres à l’ouest de Contrada Campaccio, le toponyme de Pozzo Cassone, assez révélateur, pourrait indiquer la présence de tombes à caisson.
- 45 Cavagnaro Vanoni 2000-2001, p. 447-455, qui les classes cependant parmi les tombes à fosse.
22Parmi les fouilles plus récentes, deux tombes à caisson45 ont été identifiées au cours des prospections géophysiques effectuées par la Fondazione Lerici entre 1959-1962 et 1966-1977, dans le secteur du Calvario de la nécropole des Monterozzi à Tarquinia.
- 46 Cavagnaro Vanoni 2000-2001, p. 447-448, fig. 75.
- 47 Cavagnaro Vanoni 2000-2001, p. 448-455, fig. 77-78.
23Leur forme est cependant légèrement différente de celles du territoire interne : le caisson est caractérisé par des contours beaucoup moins définis, plutôt irrégulièrement arrondis, mais les aménagements internes sont analogues (fig. 6). Le caisson 394346, doté d’un seul loculus latéral, était complètement vide, le second, 570447, un caisson avec un pseudosarcophage, a livré quelques restes de son mobilier, des vases en céramique étrusque à figures rouges (une œnochoé du groupe de Barbarano et un skyphos du groupe fluide, une patère du groupe du Forum), à bandes peintes (un petit plat à tige), et à vernis noir (une kylix de l’atelier des petites estampilles).
Figure 6 : Tarquinia, nécropole du Calvario. Tombes à caisson 5704 et 3943
DAO : E. Lovergne, d’après Cavagnaro Vanoni 2000-2001, p. 77‑78, fig. 75
- 48 Colonna et Di Paolo Colonna 1970, p. 85-86, tombe 3, pl. lxxvii-lxxix, lxxxiv-lxxxvi.
- 49 Colonna et Di Paolo Colonna 1970, p. 89, tombe 7 et 8, pl. lxxx et xc.
24La nécropole de Castel d’Asso a également livré trois tombes à caisson, dont une seule a fait l’objet d’une fouille complète48, tandis que les deux autres49 ont été seulement sondées avec le « spito », un outil en forme de « T » utilisé par les pilleurs de tombes.
25Parmi les 83 tombes recensées sur le territoire, l’étude des mobiliers funéraires, retrouvés lors des fouilles de l’École française de Rome, et de ceux encore conservés dans les réserves des musées ou restitués à partir des descriptions des anciennes fouilles, a mis en évidence la présence constante d’objets datables entre les dernières décennies du ive et le tout début du iiie siècle av. J.‑C., ce qui montre que ce type de tombe a été utilisé pendant un laps de temps assez court, probablement une ou deux générations au plus.
26Si cet ensemble est chronologiquement cohérent, nombreux sont également les éléments récurrents qui permettent de mieux définir les traits spécifiques de ces tombes, et de proposer plusieurs hypothèses.
27En premier lieu, la répétitivité typologique des caissons qui, hormis leurs différents aménagements internes, présentent toujours un plan analogue et les mêmes caractéristiques structurelles, indique avant tout une volonté collective d’adopter une structure funéraire complètement différente des types « conventionnels », comme les tombes à chambre ou à fosse, largement diffusées dans le territoire à la même période. Choisir une structure similaire implique également une dimension sociale particulière et suppose un système égalitaire au sein d’un même groupe culturel, aucun élément ne trahissant de hiérarchisation sociale évidente, à l’exception, peut-être, de la tombe du « guerrier de Montediano ».
28Un autre point fondamental est le nombre de dépositions installées dans le caisson. Il s’agit le plus souvent d’un individu, parfois de deux, mais aucun caisson n’a livré plus de deux dépositions, raison pour laquelle il est légitime de supposer qu’ils étaient destinés à des noyaux familiaux très réduits composés au plus d’un couple d’individus, dont les liens doivent encore être élucidés, même si l’on peut raisonnablement penser que ces sépultures étaient destinées à des époux.
29L’absence d’inscriptions funéraires et d’épitaphes étonne aussi à une époque caractérisée par la présence de familles aristocratiques dans le territoire, où la plupart des gentes tarquiniennes affirment leur statut social à travers l’image de la tombe monumentale, et en particulier, même si cet usage n’est pas systématique, à travers les inscriptions témoignant de leur appartenance à une famille déterminée.
30De ce fait, la documentation archéologique inviterait à supposer un groupe social ou une communauté composée d’individus apparemment issus du même rang, complètement intégré au sein de la population locale. Si leurs structures funéraires se distinguent des grands hypogées aristocratiques de l’époque, l’analyse des assemblages funéraires, bien que souvent incomplets, n’indique pas de différenciation sensible dans leur composition ou leur qualité : plusieurs tombes à caisson ont livré des vases peints, ainsi que des services en bronze témoignant d’une certaine richesse des défunts.
31Dans le cadre de cette recherche, le site de Musarna s’est présenté comme un cas privilégié afin de mieux comprendre certains aspects propres à ces tombes à caisson. Leur présence à Musarna incite à les mettre en stricte relation avec le phénomène de colonisation tarquinienne, car elles apparaissent au début de l’urbanisation de la ville et semblent y avoir anticipé de quelques décennies l’apparition des grandes tombes à chambre. Il s’agirait donc des tombes des premiers habitants du site, des colons pour lesquels l’adoption d’une architecture funéraire originale, complètement différente de celle des aristocrates locaux, refléterait l’isonomie en vigueur au sein de la petite cité.
- 50 Dès 1876, G. Körte et G. Fiorelli, avaient supposé la présence d’une agglomération sur la colline (...)
32À plus grande échelle, la distribution des tombes à caisson de « type Musarna » dans le territoire, avec une forte concentration au cœur de l’Étrurie rupestre, pourrait révéler la présence de plusieurs groupes de colons répartis à des emplacements stratégiques, afin de défendre le territoire de Tarquinia de l’avancée romaine. Il est probable qu’à chaque ensemble de caissons identifié puisse correspondre une agglomération ou un oppidum de dimensions réduites, qui n’a pas nécessairement été repéré50. La rareté de données dans la partie méridionale du territoire pourrait s’expliquer davantage par une lacune de la documentation archéologique que par l’absence réelle de ce type de tombes.
33Au début du iiie siècle av. J.‑C., les tombes à caisson semblent disparaître complètement. En 281 av. J.‑C. Tarquinia est conquise, et le système défensif de la ville perd toute raison d’être. Les premiers colons des oppida du territoire sont dorénavant appelés à cohabiter avec de nouveaux habitants, issus de la métropole conquise par Rome.
- 51 Tamburini 1998, p. 67 ; Cifani 2003, p. 55 ; plus récemment, Pulcinelli 2016, p. 110-111.
- 52 Colonna 1990.
34Après ce bref aperçu, il est désormais évident que les tombes à caisson de « type Musarna » doivent être considérées comme un trait distinctif de l’ager Tarquiniensis. Pour Montefiascone, un site de frontière, généralement considéré comme l’avant-poste le plus méridional de Volsinies51, la documentation recueillie plaiderait plutôt en faveur d’un site placé sous la juridiction de Tarquinia : si plusieurs éléments des mobiliers funéraires témoignent d’une forte influence du territoire volsinien, l’utilisation d’une structure funéraire spécifique est un élément important de l’identité ethnique, et relève d’une unité aussi bien culturelle que géographique. Ainsi, il serait peut-être plus judicieux de l’inclure parmi les établissements placés sous le contrôle direct Tarquinia, comme on a pu le proposer pour le site de Corchiano52, aux marges du territoire falisque, à la même époque.