Texte intégral
- 1 L’Euphrate d’époque islamique, sans faire l’objet de monographies comme il en existe pour l’Antiqu (...)
- 2 L'orthographe « Amou-Daria » a été privilégiée, au lieu de la forme « Amou Darya » plus fréquemmen (...)
- 3 Mais aussi « al-nahr » (le fleuve), « nahr Balkh » (le fleuve de Balkh), etc.
- 4 Naršaḫī, p. 61, trad. p. 43. Voir aussi Balāḏurī, p. 410-413, trad. p. 172-176.
- 5 Le Jaxartes des textes antiques, souvent nommé Sayḥūn dans le monde islamique médiéval.
1La thématique proposée pour ce numéro de Frontière·s demeure extrêmement peu traitée à propos des fleuves de l’Orient islamique médiéval, hormis dans quelques études évoquant l’Euphrate1. Les travaux des historiens médiévistes sont tout aussi rares quant à l’Amou-Daria2 (appelé Oxus à l’époque antique, Jayḥūn3 – « l’impétueux » – dans les textes arabes et persans médiévaux), en dépit de l’évidence de sa fonction frontalière en plusieurs occasions pendant l’Antiquité et le Moyen Âge. Dès les conquêtes arabo-musulmanes des viie‑viiie siècles (l’Amou-Daria est franchi vers l’an 88 de l’hégire4/706 de n.è.), ce fleuve situé aux confins des espaces iranien et centrasiatique (fig. 1) fait partie intégrante de l’empire islamique, qui s’étend alors jusqu’aux régions voisines d’un autre fleuve d’Asie centrale, le Syr-Daria5. Au xe siècle, après l’éclatement du califat et la régionalisation du pouvoir dans les terres abbassides, les régions voisines de l’Amou-Daria – Khorassan à l’ouest et Transoxiane à l’est – sont tenues par des émirs soumis nominalement au calife de Bagdad (principalement les Samanides), ainsi que par des dynastes locaux qui parviennent à maintenir une autonomie relative et changeante.
Figure 1 : Carte des toponymes mentionnés dans l’article (au Khorassan et en Transoxiane)
DAO : A. Quer et C. Rhoné-Quer, fond de carte : Esri, GEBCO, DeLorme, NaturalVue
- 6 Muqaddasī, p. 292, trad. p. 258-259.
- 7 Sur la cartographie des frontières, voir par exemple Zadeh 2011.
- 8 Poujol 2014, p. 76.
2Si l’Amou-Daria, long de plus de 2 500 km, constitue sans nul doute un obstacle physique, doté de peu de points de franchissement6, c’est surtout à la dimension sociopolitique de la fonction frontalière du fleuve que nous nous intéresserons ici, à la fois en tant que frontière pensée7 et frontière vécue. Comment ce statut frontalier indéniable est‑il mis en récit dans les textes de l’Orient islamique préseldjoukide ? Comment la frontière fluviale est-elle vécue par les diverses composantes politiques et socioéconomiques de l’empire islamique, bien au‑delà des découpages et déterminations géopolitiques plus ou moins artificiels ? Y a-t-il par exemple des différences entre nomades et sédentaires dans leurs rapports au fleuve ? Est‑il possible d’identifier les acteurs – individus ou groupes – qui « font la frontière8 », qui la font fonctionner comme espace de contrôle et de circulation, ainsi que de percevoir les intérêts qu’ils défendent ?
3Les sources textuelles utilisées pour cet article datent quasi exclusivement du xe siècle : quel regard leurs auteurs portent-ils sur l’Amou-Daria ? À quelle échelle spatiale se placent-ils dans leur description du fleuve et dans leur analyse du fonctionnement des sociétés voisines ?
- 9 Arnould 2013, p. 397b.
- 10 Iṣṭaḫrī, p. 296; Ibn Ḥawqal, p. 475, trad. p. 457; Ḥudūd al-‘ālam, § 6.6-12, éd. p. 40-41, trad. p (...)
- 11 Muqaddasī, p. 285, 288 et 292-293, trad. p. 253-255 et 259. Voir aussi Ibn Ḥawqal, p. 478-480, tra (...)
4Les ouvrages des géographes arabes et persans du xe siècle consacrent souvent leurs premiers chapitres aux mers et aux rivières : de fait, « les fleuves sont d’abord des structures linéaires et ramifiées, repères essentiels avec le relief pour servir à l’établissement des premiers documents cartographiques9. » C’est d’abord sous cet angle que l’Amou-Daria est évoqué par les géographes du monde islamique médiéval, à travers la description du cours du fleuve et, plus largement, de son bassin hydrique, depuis les montagnes de l’Hindou Kouch (à plus de 5 000 m d’altitude), dans le Tadjikistan actuel, jusqu’à la mer d’Aral. Sont ainsi mentionnés les six affluents – tous situés sur la rive est10 – ainsi que les nombreux canaux présents sur la rive ouest, pour la plupart au Khwarezm, et dont plusieurs sont navigables11.
- 12 Spuler 1989 et 2012.
- 13 Daniel 2018.
- 14 Barthold 1968 (3e éd. de l’ouvrage issu de sa thèse soutenue en 1900) : chap. 1, en particulier p. (...)
- 15 Barthold 1968, p. 64-65.
5Fortement influencés par ce corpus de sources primaires, les travaux des spécialistes de l’Orient islamique médiéval reprennent largement cette approche : les données dans les articles de Bertold Spuler12 pour l’Encyclopaedia of Islam et pour l’Encyclopaedia Iranica se limitent à une approche hydrologique et géomorphologique du bassin hydrique. C’est seulement dans la 3e édition de l’Encyclopaedia of Islam que l’article « Amū Daryā » (2018) dû à Elton Daniel s’efforce de dépasser cette perspective13. Pourtant Vladimir Barthold, dans sa somme fondatrice consacrée au « Turkestan prémongol », écrite plus d’un siècle auparavant, proposait déjà une géographie plus historique du fleuve et s’intéressait en particulier à la réalité politique de ses deux rives14, tout en se fondant sur des sources textuelles similaires. Barthold soulignait en particulier un autre aspect mis en avant par les auteurs de l’époque : appréhendant l’Amou-Daria à petite échelle, dans le vaste cadre du monde islamique, ils en font surtout la frontière par excellence de la moitié orientale de l’empire15.
- 16 Haug 2019, p. 3-4 et 10-11.
- 17 Rhoné-Quer 2020.
- 18 Rhoné-Quer 2021.
6Certes, dans le nord-est, au xe siècle les confins du Dār al‑islām (domaine sous la direction politique de musulmans) avoisinent le Syr-Daria, bien plus éloigné du centre du califat que l’Amou-Daria16. Toutefois, ce dernier incarne encore largement l’idée de frontière politique, militaire, voire culturelle17. C’est ce qui ressort par exemple de la représentation du territoire impérial dans la chronique fondatrice que Ṭabarī (839‑923) rédigea à Bagdad, dans l’entourage des califes abbassides18.
- 19 Arnould 2013, p. 397b.
- 20 Ḥudūd al-‘ālam, § 23, éd. p. 88, trad. p. 102.
- 21 Rhoné-Quer 2021, p. 67.
- 22 Iṣṭaḫrī, p. 286 sqq. ; Ibn Ḥawqal, p. 467, trad. p. 449-450. Pour Naršaḫī (p. 120, trad. p. 88) la (...)
- 23 Ibn Ḥawqal, p. 480, trad. p. 462.
- 24 Muqaddasī, p. 294, trad. C. Rhoné-Quer.
7Inutile, ici, de rappeler le lien entre cartographie des espaces et « prise de possession, réelle ou symbolique19 », c’est-à-dire construction des territoires. Chez les géographes du xe siècle, l’Amou-Daria sépare géographiquement le Khorassan de la Transoxiane20, celle‑ci étant dénommée, dans les textes aussi bien arabes que persans, mā warā’ al‑nahr, « ce qui est de l’autre côté du fleuve », expression maintes fois commentée et qui souligne le caractère évanescent de ces terres aux horizons incertains, d’un au‑delà du fleuve souvent présenté comme menaçant21 : la Transoxiane apparaît comme une marche face à l’ennemi, généralement identifié aux Turks22. Implicitement ou non, l’Amou-Daria constitue aussi la limite entre le Khorassan et ces peuples turciques : bien qu’étant en retrait par rapport à la vaste zone frontalière orientale, la région du Khorassan est encore présentée, au xe siècle, comme une « marche frontière23 » (thaghr) voire « un bouclier face aux Turks (turs fī wujūh al‑turk), [qui sont] l’ennemi le plus courageux […]24 ».
8À une échelle supérieure, même le Khwarezm, une région pourtant généralement considérée comme formant une entité géographique unique, est marqué par la présence du fleuve. Muqaddasī le souligne :
Quant au Khwarezm, c’est un pays/district sur les deux rives du Jayḥūn. Sa capitale la plus grande est dans le Hayṭal ; il a une autre capitale au Khorassan. Les habitants des deux rives diffèrent en termes de coutumes, de langue, de disposition et de nature25.
- 26 Ibn Ḥawqal, p. 477-478, trad. p. 459-460 ; Muqaddasī, p. 287-288, trad. p. 254-255.
9Les deux capitales régionales sont respectivement al‑Jurjāniyya sur la rive ouest, et Kāth sur la rive est26. Pourtant, au‑delà de son rôle de frontière naturelle et administrative, l’Amou-Daria ne se réduit en rien à une zone marginale : la vallée de l’Amou-Daria se trouve au cœur d’un vaste réseau d’échanges.
10L’environnement du fleuve, situé à la croisée des routes de la soie et au cœur de l’Orient islamique, fait de la vallée de l’Amou-Daria un espace de vie et d’échanges à part entière. Cette fonction s’explique en particulier par la prégnance des échanges eurasiatiques et la proximité du désert.
- 27 Le terme est préféré volontairement, ici, à celui d’« environnement ». Soubeyran et Lévy 2013, p. (...)
11Pour des raisons tenant à la fois de la géomorphologie et du milieu27 (entendu ici comme conditions biologiques issues de la relation sol-climat), la vallée de l’Amou-Daria, en particulier sur ses cours moyen et inférieur, apparaît comme le lieu de passage obligé pour les échanges eurasiatiques et comme un espace de concentration de quelques centres de vie : sur ses rives l’on compte quelques villes et lieux de passage, dont la fréquentation est étroitement liée à un effet de polarisation, notamment pour drainer les richesses régionales – sur lesquelles nous reviendrons un peu plus loin –, tandis qu’à l’inverse la présence toute proche de la steppe et du désert accroît cet effet d’entonnoir au profit de localités et gués constituant un maillage lâche dans la vallée de l’Amou-Daria.
- 28 Iṣṭaḫrī, p. 281 ; Ibn Ḥawqal, p. 452, trad. p. 437 ; Ḥudūd al-‘ālam, § 7.8.
- 29 Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. C. Rhoné-Quer.
- 30 Ḥudūd al-‘ālam, § 25.3, éd. p. 106, trad. p. 113 ; Naršaḫī, p. 26, trad. p. 18.
- 31 Ibn Ḥawqal, p. 453, trad. p. 438. Voir aussi la carte par H. Renel et C. Rhoné-Quer dans Denoix et (...)
12De fait, le fleuve est bordé à l’ouest par un désert de plusieurs centaines de kilomètres de profondeur : dans cet espace du Kara Kum (« sables noirs »), en particulier depuis Merv et Balkh, les puits sont rares28. Sur l’autre rive commencent les étendues désertiques du Kyzyl Kum (« sables rouges »). Ibn Ḥawqal écrit par exemple, à propos d’Akhsīsak : « Au‑delà [des faubourgs d’Akhsīsak], dans toutes les directions il y a la steppe, des puits, des pâturages et des habitations (mafāza wa‑’ab’ār wa‑mirāʿ wa‑masākin)29. » Ce sont ces paysages hostiles que les voyageurs, marchands, espions, pèlerins et armées doivent traverser en empruntant quelques itinéraires (masālik) décrits par les géographes de l’époque. Ces axes de circulation, qui font partie des routes de la soie alimentant le commerce eurasiatique, sont interrompus par l’Amou-Daria. Comment le fleuve, lieu de rupture de charge par excellence, est‑il intégré dans cette approche réticulaire ? Les géographes mentionnent l’emplacement des gués et les ressources qui y sont disponibles. L’axe principal, à savoir la route reliant l’oasis et nœud routier de Merv (au Khorassan) et Boukhara (capitale politique de la Transoxiane samanide), passe par deux localités qui se font face : Firabr se trouve dans le désert non loin de l’Amou-Daria et constitue sur la rive orientale la première étape de la route menant à Boukhara à travers des étendues de sable30, tandis qu’Āmul est l’aboutissement de la route venant de Merv, à six étapes de là31.
- 32 Les témoignages des voyageurs européens du xixe et du début du xxe siècle à ce (...)
- 33 Ibn Ḥawqal, p. 478-480, trad. p. 460-461.
- 34 Ibn Ḥawqal, p. 451-452, trad. p. 437.
- 35 Muqaddasī, p. 291-293, trad. p. 258-259. Sur l’irrigation et les productions agricoles au Khwarezm (...)
- 36 Dictionnaire Le Robert.
13Dans ce contexte, et face aux défis que recèle un parcours de plusieurs jours dans le désert, les rives de l’Amou-Daria sont comparables à une « oasis oblongue », où l’on vient faire une halte salvatrice, se ressourcer et se ravitailler avant de poursuivre sa route32 : les rives du fleuve sont cultivées, bien que de manière discontinue33. Les localités situées aux points de passage disposent de ressources agricoles. Par exemple, à propos d’Āmul et Zamm : « toutes deux sont pourvues d’eaux courantes, de vergers et de champs de céréales34. » La fertilité d’Āmul, également réputée pour ses raisins, tient en partie à des dispositifs d’irrigation35. Ces localités associées à des gués contribuent de manière cruciale au dynamisme des échanges, à diverses échelles spatiales. Si l’Amou-Daria est entendu comme espace frontalier, peut‑on qualifier les localités fluviales, voire le lit du fleuve lui-même, de vaste emporium, au sens de « comptoir commercial en pays étranger36 » ?
- 37 Poujol 2014, p. 79.
- 38 Ibn Ḥawqal, p. 481-482, trad. p. 463 ; Muqaddasī, p. 323-326, trad. p. 285-288.
14De part et d’autre du fleuve existent de nombreux « sous-espaces géo-économiques37 », associés à des modes d’occupation de l’espace variés, déclinaisons diverses des pratiques économiques liées au nomadisme et à la sédentarité, mais aussi au relief, etc. L’Amou-Daria se trouve au cœur des principaux axes des routes de la soie reliant le Khorassan et la Transoxiane, dont les matières premières (produits agricoles et miniers) et produits manufacturés (armes, textiles, fourrures38) contribuent aux échanges économiques régionaux et supra-régionaux. Nombre de productions locales, réputées, sont exportées, et complètent les échanges du commerce de transit, comme le montrent les exemples figurant dans ce tableau (non exhaustif) :
Tableau 1 : Exemples de productions locales dans les environs de l’Amou-Daria
| Rive ouest |
Rive est |
| Jūzjān (région) |
Chevaux, peaux tannées (exportation), selles, etc.a, nombreux vergersb |
Čaghāniyān [=Ṣaghāniyān] (région) |
Tapis, safranc |
| Khuttal (région) |
Chevauxd, bétail, céréales, fruits, sables aurifèrese |
| Akhsīsak (ville face à Zamm) |
Moutons, chameauxf |
| Wakhkhān et Shiqiniyya (régions) |
Esclaves, muscg |
a. Ibn Ḥawqal, p. 443, trad. p. 429 ; Ḥudūd al-‘ālam, § 23.46, éd. p. 95, trad. p. 105-106.
b. Ibn Ḥawqal, p. 443, trad. p. 428.
c. Ḥudūd al-‘ālam, § 25.25, éd. p. 109, trad. p. 114.
d. Ibn Ḥawqal, p. 449, trad. p. 434 ; Ḥudūd al-‘ālam, § 26.1, éd. p. 119, trad. p. 119.
e. Ibn Ḥawqal, p. 476, trad. p. 458.
f. Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. p. 459.
g. Iṣṭaḫrī, p. 297 ; Ibn Ḥawqal, p. 476, trad. p. 458. Plus généralement : Ḥudūd al-‘ālam, § 23 et 26 (passim).
- 39 Ḥudūd al-‘ālam, § 25.22, éd. p. 109, trad. p. 114. La traduction de bārgah par « emporiu (...)
- 40 Ibn Ḥawqal, p. 476, trad. p. 458 ; Muqaddasī, p. 291, trad. p. 258.
- 41 Muqaddasī, p. 324, trad. p. 286.
- 42 Fusaro et al. 2022.
15Ces produits sont commercialisés, au moins en partie, via les localités fluviales. Ainsi Tirmidh, l’une des rares villes sises sur la rive même du fleuve (à l’est), fondée à l’époque antique, est qualifiée de bārgah (emporium) du Khuttal et du Ṣaghāniyān/Čaghāniyān39. Il est fort probable qu’elle ait aussi servi de débouché aux productions issues de l’oasis de Balkh, située au sud-ouest, sur l’autre rive. Si une partie des marchandises y franchit le fleuve et poursuit sur voie terrestre, une autre partie est transportée sur l’Amou-Daria, essentiellement vers l’aval : les navires circulant sur les moyen et bas Amou-Daria depuis et vers Tirmidh contribuent vraisemblablement à la commercialisation des productions régionales, même si les sources textuelles ne le disent pas explicitement40. Parmi les productions locales exportées depuis Tirmidh figurent par exemple le savon et l’asa foetida41 ainsi que, très probablement, des céramiques42.
- 43 Ibn Ḥawqal, p. 481-482, trad. p. 463.
- 44 Ḥudūd al-‘ālam, § 26.22, éd. p. 122, trad. p. 121 ; Muqaddasī, p. 286, trad. p. 254.
- 45 Iṣṭaḫrī, p. 299 ; Ibn Ḥawqal, p. 477-478, trad. p. 460.
16Par ailleurs, l’idée qu’un certain nombre de localités ou de régions des rives de l’Amou-Daria serviraient d’emporia aux populations voisines, turciques notamment, transparaît clairement dans le cas du Khwarezm : cette région carrefour tire sa richesse de ses échanges avec les populations voisines, parmi lesquelles les Slaves, les Khazars et les Turks, y compris dans l’exportation des textiles de laine ou de coton et dans le commerce des esclaves et des fourrures43. Le Khwarezm tient lieu d’espace de rencontre, notamment à Kāth, qualifiée de porte des Turks et d’emporium de divers peuples turciques44. Jurjāniyya, l’autre capitale régionale, sert également d’entrepôt (matjar) pour les Ghuzz45. Mues par divers objectifs (approvisionnement du voyageur, commerce), les populations du Khorassan et de la Transoxiane trouvent dans la vallée de l’Amou-Daria un espace propice aux brassages.
- 46 Muqaddasī, p. 284-285, 287-288, trad. p. 253, 255.
- 47 Amilhat-Szary et Lévy 2013.
- 48 Ibn Ḥawqal, p. 452, trad. p. 437.
- 49 Cette thématique sera l’objet d’une publication issue du colloque « L’eau dans le monde (...)
- 50 Ibn Ḥawqal, p. 481, trad. p. 462 ; Naršaḫī, p. 114, trad. p. 83.
17La question des interactions religieuses ne sera pas abordée ici46. C’est davantage à la rencontre entre populations aux modes de vie socioéconomiques différents que nous nous intéressons. Dans un espace fréquenté par des populations dont une partie est nomade se pose la question de l’universalité de la fonction frontalière du fleuve. Les nomades se heurtent-ils à ce dernier comme à une barrière infranchissable en raison de sa largeur et de l’impétuosité de ses eaux ? Se fondent-ils dans les cadres de l’État islamique centralisé, attaché à ses découpages administratifs ? Si les sources textuelles médiévales traitent peu du rapport des nomades aux fleuves, quelques indices épars permettent toutefois de considérer qu’ils s’affranchissent régulièrement de la frontière fluviale en tant qu’obstacle ou ligne de démarcation, témoignant ainsi, même dans le cas d’un fleuve aussi impétueux, de la porosité de la frontière fluviale47, que ce soit pour accéder aux pâturages nécessaires à leurs activités agropastorales, pour mener des campagnes de déprédation, ou encore plus simplement afin de commercialiser leur bétail : l’on sait la grande réputation des ovins élevés par les Turks48 et très prisés dans l’Orient islamique, notamment au xe siècle. Diverses modalités de franchissement du fleuve – qui seront développées dans une autre publication49 – sont connues des nomades, leurs moyens techniques étant certes modestes et rudimentaires mais relativement efficaces : citons par exemple la traversée à la nage grâce à divers supports (traction par les chevaux, utilisation de petites embarcations voire de radeaux rudimentaires dont certains faits d’outres en peau animale, etc.) ou encore le franchissement du fleuve en période de froid, sur la glace50.
18Le franchissement est plus difficile et complexe pour les tenants du pouvoir central, à commencer par les armées : celles‑ci, en raison de leurs effectifs importants, sont contraintes d’utiliser des ponts de bateaux (guère mentionnés à propos de l’Amou-Daria au xe siècle) ou de très nombreuses embarcations, requérant un nombre considérable de navettes afin de faire passer toutes les troupes, leurs montures et leur matériel, surtout dans un contexte où il n’est pas du tout assuré que les bateaux étaient disponibles en grande quantité. Quant aux acteurs de l’économie impériale – producteurs mais aussi marchands –, ils dépendent des déplacements des caravanes, pour lesquelles le phénomène de rupture de charge et les mêmes contraintes techniques rendent le franchissement du fleuve extrêmement chronophage, en dehors des périodes où l’Amou-Daria est gelé et donc plus aisément traversé. Ce point nous amène à un autre constat : le fleuve, en tant qu’espace frontalier, est marqué par un certain nombre de tensions liées aux enjeux stratégiques du contrôle des activités fluviales et transfluviales.
19Le bassin de l’Amou-Daria constituant une mosaïque de pouvoirs, de peuples et de modes de vie socioéconomiques se pose la question d’une mise en concurrence de ces diverses forces en présence. Le contrôle d’un tel lieu de passage est, avant tout, source de profits.
- 51 Ibn Ḥawqal, p. 468, trad. p. 451.
- 52 Rhoné-Quer 2021.
- 53 Ibn Ḥawqal, p. 470, trad. p. 452-453.
- 54 Iṣṭaḫrī, p. 298. Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. p. 459.
20Au xe siècle, les dirigeants des divers districts des environs de l’Amou-Daria reconnaissent nominalement le pouvoir califal et son délégué, l’émir samanide51, dont ils sont les vassaux (a minima) par intermittence. Certes, l’érection de l’Amou-Daria en frontière est avant tout le fait d’une vision théorique et centralisatrice des territoires orientaux du Dār al‑islām, relayée notamment par les géographes arabes et persans de l’époque. Quelques indices suggèrent que le pouvoir califal ou émiral s’efforce de rendre cette frontière tangible, en y établissant les marqueurs d’une réalité politique de la frontière fluviale : prélèvements fiscaux sur les marchandises, discussions entre entités politiques musulmanes voisines pour adopter le fleuve comme délimitation de leurs territoires respectifs, effort de surveillance des rives du fleuve au niveau des lieux de franchissement en contexte de tension militaire, etc52. Parmi les structures de contrôle stratégique impérial figure le barīd (réseau postal et de renseignement) : un maître du barīd est présent dans la plupart des chefs-lieux de districts, notamment dans les localités les plus proches du fleuve (telles Āmul, Firabr, Zamm, Jurjāniyya, Tirmidh)53, permettant ainsi de surveiller ces territoires. Il est fort probable que le dispositif consistant à placer Akhsīsak (rive est) et Zamm (en face, sur l’autre rive) sous une même tutelle, sise en Transoxiane54, reflète un effort de mainmise de la part du pouvoir central, de gestion cohérente des deux extrémités d’un gué. Tout cela a un coût matériel et financier élevé, même si le petit nombre de points de passage semble faciliter le contrôle et réduire les frais pour l’État.
- 55 Muqaddasī, p. 337, trad. p. 297.
- 56 Muqaddasī, p. 340, trad. p. 300-301.
21De fait, l’on relève aussi les marques d’une évidente autonomie de la part des dirigeants locaux : contrairement à la plupart des autres dirigeants de la région, les émirs du Khwarezm et du Khuttal ne reversent pas les impôts fonciers à l’émir samanide, se contentant de lui faire parvenir des cadeaux55. Voici le montant de l’impôt foncier (kharāj) de quelques-uns des districts voisins de l’Amou-Daria d’après al‑Muqaddasī56 :
Tableau 2 : Montant de l’impôt foncier dans les environs de l’Amou-Daria
| District |
Montant de l’impôt foncier (version principale des MS) |
Montant de l’impôt foncier d’après le MS. C |
| Boukhara |
1 166 897 dirhams ghiṭrīfiyyaa |
1 166 877 dirhams ghiṭrīfiyya |
| Ṣaghāniyān |
48 529 dirhams |
59 529 dirhams |
| Khwarezm |
420 120 dirhams khwārazmī |
420 120 dirhams khwārazmī |
| Tirmidh et Zamm |
/ |
67 042 dirhams |
D’après al‑Muqaddasī
a. Sur ces dirhams, voir Naršaḫī, p. 50-51, trad. p. 36-37.
22Si la somme n’est pas indiquée pour le Khuttal – peut-être est-elle similaire à celle du Ṣaghāniyān ? –, le montant de l’impôt foncier du Khwarezm témoigne de la richesse de cette vaste région et des profits qu’elle retire de son rôle de carrefour commercial.
- 57 Muqaddasī, p. 340, trad. p. 300.
- 58 Il n’est pas certain que tous les prélèvements aillent au pouvoir samanide établi alors à Boukhara (...)
23Le contrôle du franchissement du fleuve et les prélèvements de taxes qui accompagnent ce franchissement sont une source de revenus considérables : les données chiffrées bien connues, fournies par al‑Muqaddasī à propos des taxes prélevées sur les esclaves hommes et femmes ainsi que sur les chameaux57 – taxes jugées lourdes par ce dernier – laissent toutefois en suspens un certain nombre de questions sur les lieux de ce prélèvement ainsi que sur les bénéficiaires, en dernier ressort, de ces revenus lucratifs58. Quoi qu’il en soit, la délivrance de permis et l’inspection auxquelles est soumis ce commerce transfluvial témoignent de l’existence d’une frontière fiscale interne au califat abbasside et à l’émirat samanide. Cette réalité se double d’une forte identité politico-militaire des districts voisins du fleuve.
- 59 Plusieurs des dynasties locales frappent leurs propres monnaies.
- 60 Ḥudūd al-‘ālam, § 23.46, éd. p. 95, trad. p. 105-106. L’expression persane mulūk-i aṭrāf(...)
- 61 Ibn Ḥawqal, p. 443, trad. p. 428 ; Naršaḫī, p. 119, trad. p. 87 ; Bosworth 1984b.
- 62 Ḥudūd al-‘ālam, § 26.1, éd. p. 119, trad. p. 119. Voir aussi Ibn Ḥawqal, p. 481, trad. p (...)
- 63 Ḥudūd al-‘ālam, § 25.25, éd. p. 109, trad. p. 114.
- 64 Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. p. 459 ; Bosworth 1984c.
- 65 Sur le Ṣaghāniyān : Ḥudūd al-‘ālam, § 25.25, éd. p. 109, trad. p. 114. Sur le Khuttal : Ḥudūd al-‘ (...)
- 66 Bosworth 1984a.
24L’autonomie politique de ces districts59, qui jouent régulièrement de leur position frontalière et des enjeux stratégiques afférents pour défendre leurs intérêts, transparaît notamment à travers l’idée de marge qui est employée en plusieurs occasions par les auteurs du xe siècle pour les qualifier, et ce en dépit de leur positionnement géographique à l’intérieur du Dār al‑islām. Ainsi, le dirigeant du Jūzjān est considéré comme l’un des mulūk‑i aṭrāf (équivalent d’un comte de la marche), comme le souligne l’auteur anonyme des Ḥudūd al‑ʿālam, originaire de la région60. Et de fait, le Jūzjān est alors aux mains de la dynastie iranienne des Farīghūnides, qui a déjà joué de sa position sur la frontière fluviale pour défendre ses intérêts, notamment au tournant du xe siècle, dans le cadre de l’affrontement entre les dynasties émirales saffaride et samanide pour la domination de la totalité du Khorassan et de la Transoxiane61. Sur l’autre rive, le Khuttal62 – aux mains des Banijurides – et le Ṣaghāniyān63 – tenu par la dynastie des Muhtajides64 – disposent chacun, eux aussi, d’un comte de la marche. Ces deux districts voisins sont habités par une population qualifiée de belliqueuse et de courageuse65. Enfin, le Khwarezm au xe siècle est aux mains des Afrighides (jusqu’en 995)66.
- 67 Muqaddasī, p. 283, trad. p. 252.
- 68 Ḥudūd al-‘ālam, § 26.10-11, éd. p. 120, trad. p. 120.
25Certains de ces comtes de la marche encouragent par moments les désordres au cœur de l’Orient islamique. Ainsi les émirs du Ṣaghāniyān et du Khuttal accueillent sur leurs territoires des Turks Kumījī/Kījī et K.njīna67 en échange de leur reconnaissance politique. Or ces populations parfois difficiles à contrôler, désignées comme pilleuses de caravanes, voleuses, belliqueuses, mais aussi réputées pour leur richesse en moutons et esclaves68, prêtent main-forte aux émirs de ces deux districts et n’hésitent pas à lancer des campagnes de déprédation – ou de déstabilisation ? – dans les régions voisines.
- 69 Par exemple à propos de la tentative de franchissement du fleuve par Alptegīn – commandant en chef (...)
26Dans ce paysage troublé, les données textuelles demeurent trop elliptiques, voire confuses,69 pour savoir qui, des dirigeants locaux ou du pouvoir émiral samanide, contrôle réellement les points de passage au niveau des gués, en particulier en période de tensions militaires. Les populations elles-mêmes semblent marquées par une mentalité de la frontière.
- 70 Ḥudūd al-‘ālam, § 26.22, éd. p. 122, trad. (revue par C. Rhoné-Quer) p. 121.
- 71 Muqaddasī, p. 283, trad. C. Rhoné-Quer.
27Plusieurs éléments évoqués ci‑dessus témoignent des capacités militaires des populations dans le voisinage de l’Amou-Daria : non seulement les habitants de plusieurs localités sont qualifiés de belliqueux ou de combattants, mais en outre quelques données chiffrées – à manier avec précaution – illustrent leurs aptitudes guerrières et leur capacité de mobilisation. Dans certains cas, ces aptitudes semblent être mises au service de l’islam : ainsi, les habitants du Khwarezm sont investis dans le jihad en tant que ghāzī‑s (mardumān‑i ghāzī-pīšah va-jangī-and)70. Nous avons déjà vu par ailleurs que la Transoxiane était considérée dans sa globalité comme une marche faisant face aux ennemis de l’Islam. D’autres fois, le lien entre activités militaires et jihad est moins évident : par exemple, comment interpréter l’affirmation selon laquelle, dans le district du Ṣaghāniyān, qui compte 16 000 villages, « sont fournis environ 10 000 combattants (muqātil) avec leurs provisions et leurs montures, si des étrangers en attaquent le dirigeant (idha kharaja ʿalā al‑sulṭān khārijī)71 » ? Quel est le dirigeant qui bénéficie de ce soutien militaire en cas d’attaque ? En revenant ainsi à la question implicite de la fidélité des populations frontalières et de ses bénéficiaires, l’on est en droit de s’interroger, dans le même temps, sur la réalité du paysage militaire à proximité du fleuve.
- 72 Muqaddasī, p. 287-289, trad. p. 254-256.
- 73 Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. p. 459.
- 74 Muqaddasī, p. 287-288 et 291, trad. p. 255 et 258.
- 75 Muqaddasī, p. 291, trad. p. 258 ; Naršahī, p. 27, trad. p. 19.
- 76 Gelin et Tonnel 2001.
28Certes il est fait mention de quantité d’édifices à vocation militaire, en particulier au Khwarezm72. Plusieurs localités des régions évoquées – le Jūzjān, le Khuttal, le Ṣaghāniyān – abritent des fortifications, notamment des citadelles dans les chefs-lieux de district, comme dans la ville-capitale nommée elle aussi Ṣaghāniyān73. Pourtant, en définitive, les fortifications situées à proximité immédiate du fleuve sont relativement peu nombreuses, en particulier du fait du caractère impétueux de l’Amou-Daria, des inondations qui l’accompagnent, ainsi que de la présence de sables rendant impossible la construction d’infrastructures pérennes au plus près du lit du fleuve, comme le souligne al‑Muqaddasī74. De fait, certaines des localités par lesquelles passent les routes transfluviales majeures sont implantées à un farsakh (environ 6,5 km) du lit du fleuve, telles Āmul et Firabr75. Dans ce paysage, sur le cours moyen du fleuve, Tirmidh se distingue grâce à ses murailles, dont les pieds sont baignés par l’Amou-Daria depuis l’époque antique,76 complétées par d’autres fortifications :
- 77 Muqaddasī, p. 291. Voir aussi les textes similaires d’Iṣṭaḫrī, p. 298 et d’Ibn Ḥawqal, p. 476, tra (...)
Tirmidh est la ville la plus importante sur le Jayḥūn, bonne et bien tenue […]. L’eau se trouve sur [les] deux côtés [de la ville] ; les bateaux (marākib) font voile vers elle de toutes les directions. Elle a une forteresse (ḥiṣn) et une citadelle (quhandiz). La mosquée jāmiʿ est dans la forteresse. Le quhandiz est à l’extérieur de cette dernière. La forteresse a une porte, la ville (madīna) en a quatre. Elle a des faubourgs et des postes fortifiés. C’est la première des villes sur le haut [Jayḥūn]77.
- 78 Les ribāṭ-s sont des institutions militaro-défensives dans lesquelles les combattants s’adonnent é (...)
- 79 Il serait intéressant de voir si la mention de Dhū al-Qarnayn renvoie à un itinéraire des armées d (...)
- 80 Muqaddasī, p. 291, 333, trad. p. 258, 294.
29Terminons avec une autre exception, même si son rôle stratégique effectif est probablement bien plus limité et anecdotique que celui de Tirmidh en matière de contrôle de la circulation fluviale : un peu plus au nord-ouest, à Kālif, l’un des points de franchissement du fleuve, se font face deux ribāṭ‑s78, nommés respectivement Dhū al‑Qarnayn79 et Dhū al‑Kifl. Entre ces deux édifices, indique Muqaddasī, aurait été tendue une chaîne (silsila)80. Cette information, vraisemblable, souligne les tensions entre les divers protagonistes de cette frontière quant au contrôle militaire et économique des activités fluviales, au cœur du Dār al‑islām.
30L’approche multiscalaire témoigne de la diversité et de l’ambivalence du rapport à l’Amou-Daria au xe siècle. Sans se départir de son statut théorique de frontière par excellence de l’Orient islamique, le fleuve est un espace où se vivent les tensions internes à l’empire : point de passage essentiel sur les axes stratégiques du grand commerce eurasiatique, il offre un débouché crucial pour les principautés locales, dont les productions sont véhiculées à travers les localités riveraines, conçues comme autant d’emporia où s’échangent les produits des divers sous-ensembles économiques, sédentaires, nomades, semi-nomades. Ces principautés mettent à profit leur proximité avec l’Amou-Daria pour défendre leurs intérêts et une autonomie récurrente, en maniant les armes ou en monnayant leur fidélité.
- 81 Rhoné-Quer 2020, p. 59, 62, 68 sqq.
31Dès la fin du xe siècle, le paysage sociopolitique du bassin de l’Amou-Daria est bouleversé par d’importantes recompositions régionales : tandis que s’effondre la dynastie samanide, s’imposent désormais deux pouvoirs turks, les Ghaznévides à l’ouest et les Qarakhanides à l’est du fleuve, qui est officiellement présenté comme une frontière politique par les deux dynasties voisines81. Ces nouveaux pouvoirs s’efforcent, sporadiquement du moins, de réaffirmer leur contrôle sur les rives du fleuve frontière.
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Bibliographie
Sources anciennes
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Notes
L’Euphrate d’époque islamique, sans faire l’objet de monographies comme il en existe pour l’Antiquité, apparaît par exemple dans les études sur la frontière arabo-byzantine, telles celles de M. Bonner ou d’A. Eger. Quant aux nombreux travaux récents sur le Nil médiéval, ils s’inscrivent de manière bien plus marginale dans la thématique frontalière : voir notamment Cooper 2014. Voir aussi Hibon 2020. Sur les fleuves en général, voir aussi Miquel 2002, vol. 3, chap. 2.
L'orthographe « Amou-Daria » a été privilégiée, au lieu de la forme « Amou Darya » plus fréquemment utilisée par les spécialistes de cette zone géographique, afin de se conformer aux normes de référencement.
Mais aussi « al-nahr » (le fleuve), « nahr Balkh » (le fleuve de Balkh), etc.
Naršaḫī, p. 61, trad. p. 43. Voir aussi Balāḏurī, p. 410-413, trad. p. 172-176.
Le Jaxartes des textes antiques, souvent nommé Sayḥūn dans le monde islamique médiéval.
Muqaddasī, p. 292, trad. p. 258-259.
Sur la cartographie des frontières, voir par exemple Zadeh 2011.
Poujol 2014, p. 76.
Arnould 2013, p. 397b.
Iṣṭaḫrī, p. 296; Ibn Ḥawqal, p. 475, trad. p. 457; Ḥudūd al-‘ālam, § 6.6-12, éd. p. 40-41, trad. p. 71-72. Muqaddasī, p. 22, trad. p. 23.
Muqaddasī, p. 285, 288 et 292-293, trad. p. 253-255 et 259. Voir aussi Ibn Ḥawqal, p. 478-480, trad. p. 460-462.
Spuler 1989 et 2012.
Daniel 2018.
Barthold 1968 (3e éd. de l’ouvrage issu de sa thèse soutenue en 1900) : chap. 1, en particulier p. 65 sqq., 142 sqq.
Barthold 1968, p. 64-65.
Haug 2019, p. 3-4 et 10-11.
Rhoné-Quer 2020.
Rhoné-Quer 2021.
Arnould 2013, p. 397b.
Ḥudūd al-‘ālam, § 23, éd. p. 88, trad. p. 102.
Rhoné-Quer 2021, p. 67.
Iṣṭaḫrī, p. 286 sqq. ; Ibn Ḥawqal, p. 467, trad. p. 449-450. Pour Naršaḫī (p. 120, trad. p. 88) la Transoxiane « se trouve face à l’ennemi » (bar sar-i dušman).
Ibn Ḥawqal, p. 480, trad. p. 462.
Muqaddasī, p. 294, trad. C. Rhoné-Quer.
Muqaddasī, p. 284.
Ibn Ḥawqal, p. 477-478, trad. p. 459-460 ; Muqaddasī, p. 287-288, trad. p. 254-255.
Le terme est préféré volontairement, ici, à celui d’« environnement ». Soubeyran et Lévy 2013, p. 670b-671a et Emelianoff 2013.
Iṣṭaḫrī, p. 281 ; Ibn Ḥawqal, p. 452, trad. p. 437 ; Ḥudūd al-‘ālam, § 7.8.
Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. C. Rhoné-Quer.
Ḥudūd al-‘ālam, § 25.3, éd. p. 106, trad. p. 113 ; Naršaḫī, p. 26, trad. p. 18.
Ibn Ḥawqal, p. 453, trad. p. 438. Voir aussi la carte par H. Renel et C. Rhoné-Quer dans Denoix et Renel 2022, p. 277.
Les témoignages des voyageurs européens du xixe et du début du xxe siècle à ce propos seront évoqués dans une autre publication.
Ibn Ḥawqal, p. 478-480, trad. p. 460-461.
Ibn Ḥawqal, p. 451-452, trad. p. 437.
Muqaddasī, p. 291-293, trad. p. 258-259. Sur l’irrigation et les productions agricoles au Khwarezm : Ibn Ḥawqal, p. 475, 478-479 et 481-482, trad. p. 457, 460 et 462-463.
Dictionnaire Le Robert.
Poujol 2014, p. 79.
Ibn Ḥawqal, p. 481-482, trad. p. 463 ; Muqaddasī, p. 323-326, trad. p. 285-288.
Ḥudūd al-‘ālam, § 25.22, éd. p. 109, trad. p. 114. La traduction de bārgah par « emporium » est empruntée à Minorsky.
Ibn Ḥawqal, p. 476, trad. p. 458 ; Muqaddasī, p. 291, trad. p. 258.
Muqaddasī, p. 324, trad. p. 286.
Fusaro et al. 2022.
Ibn Ḥawqal, p. 481-482, trad. p. 463.
Ḥudūd al-‘ālam, § 26.22, éd. p. 122, trad. p. 121 ; Muqaddasī, p. 286, trad. p. 254.
Iṣṭaḫrī, p. 299 ; Ibn Ḥawqal, p. 477-478, trad. p. 460.
Muqaddasī, p. 284-285, 287-288, trad. p. 253, 255.
Amilhat-Szary et Lévy 2013.
Ibn Ḥawqal, p. 452, trad. p. 437.
Cette thématique sera l’objet d’une publication issue du colloque « L’eau dans le monde iranien : usages, partages, représentations », org. Camille Rhoné-Quer, Aix-en-Provence (IREMAM), novembre 2020.
Ibn Ḥawqal, p. 481, trad. p. 462 ; Naršaḫī, p. 114, trad. p. 83.
Ibn Ḥawqal, p. 468, trad. p. 451.
Rhoné-Quer 2021.
Ibn Ḥawqal, p. 470, trad. p. 452-453.
Iṣṭaḫrī, p. 298. Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. p. 459.
Muqaddasī, p. 337, trad. p. 297.
Muqaddasī, p. 340, trad. p. 300-301.
Muqaddasī, p. 340, trad. p. 300.
Il n’est pas certain que tous les prélèvements aillent au pouvoir samanide établi alors à Boukhara, bien que le texte d’al-Muqaddasī tende dans cette direction, à travers l’évocation de lingots d’argent envoyés à Boukhara.
Plusieurs des dynasties locales frappent leurs propres monnaies.
Ḥudūd al-‘ālam, § 23.46, éd. p. 95, trad. p. 105-106. L’expression persane mulūk-i aṭrāf vient de l’arabe mulūk al-aṭrāf.
Ibn Ḥawqal, p. 443, trad. p. 428 ; Naršaḫī, p. 119, trad. p. 87 ; Bosworth 1984b.
Ḥudūd al-‘ālam, § 26.1, éd. p. 119, trad. p. 119. Voir aussi Ibn Ḥawqal, p. 481, trad. p. 463.
Ḥudūd al-‘ālam, § 25.25, éd. p. 109, trad. p. 114.
Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. p. 459 ; Bosworth 1984c.
Sur le Ṣaghāniyān : Ḥudūd al-‘ālam, § 25.25, éd. p. 109, trad. p. 114. Sur le Khuttal : Ḥudūd al-‘ālam, § 26.1, éd. p. 119, trad. p. 119. Voir aussi Ibn Ḥawqal, p. 481, trad. p. 463.
Bosworth 1984a.
Muqaddasī, p. 283, trad. p. 252.
Ḥudūd al-‘ālam, § 26.10-11, éd. p. 120, trad. p. 120.
Par exemple à propos de la tentative de franchissement du fleuve par Alptegīn – commandant en chef des armées du Khorassan – lors de sa rébellion contre le pouvoir samanide au début des années 960 : Naršaḫī, p. 135, trad. p. 99 ; sur d’autres épisodes antérieurs, voir aussi Naršaḫī, p. 92-93 et 120-122, trad. p. 67 et 88-90.
Ḥudūd al-‘ālam, § 26.22, éd. p. 122, trad. (revue par C. Rhoné-Quer) p. 121.
Muqaddasī, p. 283, trad. C. Rhoné-Quer.
Muqaddasī, p. 287-289, trad. p. 254-256.
Ibn Ḥawqal, p. 477, trad. p. 459.
Muqaddasī, p. 287-288 et 291, trad. p. 255 et 258.
Muqaddasī, p. 291, trad. p. 258 ; Naršahī, p. 27, trad. p. 19.
Gelin et Tonnel 2001.
Muqaddasī, p. 291. Voir aussi les textes similaires d’Iṣṭaḫrī, p. 298 et d’Ibn Ḥawqal, p. 476, trad. p. 458.
Les ribāṭ-s sont des institutions militaro-défensives dans lesquelles les combattants s’adonnent également à des dévotions ; les édifices ainsi nommés assurent aussi parfois des fonctions caravanières, en particulier dans l’Orient islamique : Rhoné 2003 ; Picard et Borrut 2003.
Il serait intéressant de voir si la mention de Dhū al-Qarnayn renvoie à un itinéraire des armées d’Alexandre le Grand.
Muqaddasī, p. 291, 333, trad. p. 258, 294.
Rhoné-Quer 2020, p. 59, 62, 68 sqq.
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