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La Grande Séquanaise, les Belgiques et les Germanies

La topographie de Metz durant l’Antiquité tardive

The topography of Metz during Late Antiquity
Gaël Brkojewitsch, Christian Dreier, Simon Ritz et Luc Sanson
avec la collaboration de Stéphane Alix, Stéphane Augry, Jean-Denis Laffite et Franck Gama
p. 309-340

Résumés

La ville de Metz a connu une forte croissance jusqu’à la fin du Haut-Empire avec le développement de trois quartiers en périphérie du noyau urbain originel de la zone d’interfluve Moselle-Seille, qui ont porté la surface habitée à près de 120 ha. La construction de l’enceinte de la ville, à la fin du iiie ou dans la première moitié du ive s., a placé ces trois quartiers extra muros. Deux d’entre eux, les quartiers du Pontiffroy et Outre-Seille, ont alors connu une évolution comparable : au début du ive s., les habitations sont abandonnées et les matériaux de construction récupérés ; les seuls témoins d’occupation subsistant correspondent à la voirie et à quelques tombes. La périphérie méridionale de la ville, qui s’était développée autour du grand amphithéâtre, connaît une trajectoire différente. Entre le ive et le vie s., ce secteur est marqué par une succession de plusieurs phases d’aménagement, entrecoupées de périodes de fléchissement de l’occupation. L’édifice de spectacle est temporairement fortifié au moyen d’un large fossé périphérique à la fin du iiie ou au début du ive s. Il s’ensuit un hiatus dans l’occupation domestique pendant tout le ive s., alors que la présence de militaires est attestée par quelques militaria et qu’une quinzaine de tombes sont implantées sur le pourtour de l’amphithéâtre. Le quartier fait l’objet d’une réoccupation importante dans la seconde moitié du ve s. et au début du vie s., marquée par la présence d’artisanats variés, de populations de fort statut et d’individus christianisés. Ce nouveau dynamisme pourrait être en relation avec la fondation du premier sanctuaire chrétien de la ville, possiblement situé dans l’arène de l’amphithéâtre.

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Texte intégral

  • 1 Nos remerciements vont à Victoria Leitch, qui a bien voulu améliorer la traduction du résumé en ang (...)

1Chef-lieu de la cité des Médiomatriques, une des quatre cités qui forment la Belgica prima du diocèse des Gaules après les réformes de Dioclétien, Metz/Divodurum est alors la seconde ville en importance de la province après Trèves/Augusta Treverorum, située à une centaine de kilomètres au nord-est. La proximité de cette dernière, élevée au rang de résidence impériale à la fin du iiie s., contribue sans doute à expliquer le dynamisme de Metz durant l’Antiquité tardive, bien que la cité des Médiomatriques ait perdu la région verdunoise, constituée en cité indépendante au Bas-Empire (Toussaint 1951, p. 343-344 ; Burnand 1990, p. 199-201 ; Demarolle 2004, p. 111 ; Ritz 2020, p. 321). On considère généralement que cette réorganisation a eu lieu au moment de la partition de la Belgique, c’est-à-dire entre 297 et 314, selon la datation que l’on retient pour la Liste de Vérone (Barnes 1982, p. 201-208 ; Christol 2015, p. 252-253). C’est probable, sans être certain, puisque la cité de Verdun est mentionnée pour la première fois dans la Notitia Galliarum, datée des dernières décennies du ive s. ou du début du ve s. (Duval 1971, no 285 ; Chastagnol 1972, p. 279 ; Lucas 2016). À la même période à peu près, la Notitia Dignitatum (XI, 59 ; XII, 27) révèle la présence de l’appareil d’État à Metz, désormais nommée Mettis, par la mention d’un procurateur du gynécée de la ville. Au milieu du vie s., Metz prend politiquement le pas sur Trèves lorsque Sigebert en fait la capitale de l’Austrasie (Gauthier 1980 ; 1986). Conformément à l’image qu’offrent les sources écrites, l’archéologie a livré de longue date des témoignages abondants de l’Antiquité tardive à Metz. On peut citer à ce titre quelques corpus mobiliers particulièrement représentatifs, comme l’ensemble de sigillées d’Argonne décorées à la molette issu des fouilles de l’amphithéâtre de 1902-1903 (Bayard 1990), dont l’étude a apporté une contribution décisive à la révision de la chronologie du mobilier tardo-antique en Gaule septentrionale, ou le corpus d’inscriptions paléochrétiennes de la ville (RICG I), récemment complété (Vipard 2015), qui forme le deuxième plus important lot de textes des débuts du christianisme dans le nord-est de la Gaule, derrière celui de Trèves. À partir des années 1980, de nombreuses fouilles de sauvetage ont été conduites dans le centre-ville de Metz, puis l’aménagement du territoire métropolitain s’est principalement focalisé sur des quartiers situés en périphérie du centre historique à partir des années 2000, avec quelques fouilles de grande ampleur (îlot Turmel, ZAC du quartier de l’amphithéâtre, rue Paille-Maille). La dernière recension, datant de 2023, dénombre un total de 298 opérations archéologiques en sous-sol, dont 216 diagnostics et 82 fouilles. Les trois principaux quartiers placés extra muros par la construction de l’enceinte de l’Antiquité tardive (quartier de l’amphithéâtre, du Pontiffroy et Outre-Seille) ont fait l’objet d’interventions d’archéologie préventive et les résultats obtenus, parfois sur de vastes emprises, permettent désormais d’envisager une comparaison des dynamiques d’occupation dans les quartiers périphériques de Metz entre la fin du iiie et le milieu du vie s.1.

Aperçu de la topographie urbaine de Metz au Haut-Empire

2La ville romaine se développe au niveau de la confluence entre la Moselle et un de ses affluents en rive droite, la Seille (fig. 1). Elle succède à un oppidum localisé sur la colline Sainte-Croix, une petite éminence naturelle composée d’alluvions anciennes qui ponctue le plateau d’interfluve. Le rempart, le fossé défensif et quelques vestiges d’habitats laténiens sont attestés par des fouilles (Brkojewitsch et al. 2015). Il est clair que Metz disposait déjà du statut de chef-lieu dans le courant du ier s. apr. J.-C. à en juger par la liste de Pline l’Ancien (Histoire naturelle, IV, 106) et une mention de Tacite (Histoires, I, 63, 1) ; on suppose par conséquent qu’il a été acquis dès la période augustéenne (Demarolle 2004, p. 117-118 ; Ritz 2020, p. 319-320).

Fig. 1 – Plan de la ville de Metz (Moselle) au Haut-Empire

Fig. 1 – Plan de la ville de Metz (Moselle) au Haut-Empire

A, thermes du Carmel ; B, thermes de l’îlot Saint-Jacques ; C, forum (?) ; D, Maison Carrée (temple, basilique civile ?) ; E, « petit amphithéâtre » ; F, « Rome Salle » (thermes ?) ; G, cryptoportique, horreum (?) ; H, horrea ; I, grand amphithéâtre.

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap).

3La colline Sainte-Croix, siège de l’ancien oppidum, révèle les traces d’aménagements antiques les plus précoces, datés des années 10 av. J.-C. (Brkojewitsch et al. 2015). Dès le premier quart du ier s. apr. J.-C., la ville connaît une phase d’expansion, bien attestée archéologiquement, et déborde rapidement le plateau d’interfluve. Ce développement se produit en direction du nord-ouest dans l’actuel quartier du Pontiffroy, vers l’est au-delà de la Seille et vers le sud sur la colline de la Citadelle. À la fin du ier s. ou au début du iie s. apr. J.-C., une nouvelle zone au sud de la ville, dans l’actuel quartier du Sablon, connaît une importante phase d’urbanisation avec l’édification de l’amphithéâtre (Alix et al. 2009).

4Tous les monuments publics, à l’exception de l’amphithéâtre, se concentrent sur le plateau d’interfluve et ses abords immédiats. Le centre politique et religieux de la ville semble être situé entre la place Saint-Jacques et la rue au Blé, où deux édifices publics, un bâtiment à plan basilical et le second mal caractérisé (la Maison Carrée : fig. 1, D), délimitent un espace qui aurait occupé au moins deux insulae, évoquant ainsi le modèle du forum (fig. 1, C) (Brunella et al. 1992 ; Demarolle, Le Coz 2005). La ville était équipée d’au moins deux ensembles balnéaires monumentaux (les thermes du Carmel et de l’îlot Saint-Jacques : fig. 1, A et B), alimentés par un aqueduc financé par les sévirs augustaux (CIL XIII, 4325), qui aboutissait à un nymphée aujourd’hui disparu (Demarolle, Le Coz 2005, p. 78). Un troisième établissement thermal se trouvait peut-être dans l’actuelle rue des Clercs, où un ensemble de murs monumentaux était conservé sur deux étages (la « Rome Salle » : fig. 1, F), mais cette interprétation reste incertaine (Flotté 2005, p. 210-212). Un second édifice de spectacle est attesté à l’ouest de la ville, sur la rive droite du bras mort de la Moselle (fig. 1, E). Il est connu dans la littérature sous le nom de « petit amphithéâtre » – par opposition au grand amphithéâtre situé au sud de la ville (fig. 1, I) –, mais sa forme elliptique reste mal comprise : il pourrait s’agir d’un odéon, d’un théâtre ou d’un amphithéâtre (Le Coz 2005). Au sud de la ville, deux salles contiguës appartenant à une galerie monumentale ont été découvertes dans l’ancienne abbaye Sainte-Glossinde (fig. 1, G). Elles pourraient correspondre, selon les interprétations, à un cryptoportique ou à un entrepôt (Flotté 2005, p. 221). Plus au sud encore, entre le cœur de ville ancien et le quartier de l’amphithéâtre, une aile de petites cellules alignées en bord de voie a été fouillée en 1994 (fig. 1, H) ; leur appartenance à un horreum est cette fois plus assurée (Gébus et al. 1999). En l’état des connaissances, tous les monuments publics du Haut-Empire semblent avoir été construits entre le dernier quart du ier s. et la fin du iie s. apr. J.-C (Demarolle, Le Coz 2005).

5Les résidences des élites, de type domus, semblent se concentrer dans le cœur de ville, comme en témoigne la découverte de pavements de mosaïques au niveau de la place Coislin, de la rue de la Pierre-Hardie et de la rue Maurice-Barrès, ainsi que de demeures équipées de cours à péristyle à l’emplacement de l’arsenal Ney et sur la place de la République (Heckenbenner et al. 1992 ; Flotté 2005 ; Dreier et al. 2014). Les habitations aisées de rang inférieur, pourvues d’équipements d’agrément tel qu’un hypocauste, sont plus largement répandues ; on les rencontre au centre-ville, mais également dans les quartiers périphériques du Pontiffroy et Outre-Seille (Flotté 2005 ; Gama 2007 ; Brkojewitsch et al. 2017).

6Les activités artisanales semblent largement reléguées dans les quartiers périphériques Outre-Seille (atelier de potier, boucherie bovine), du Pontiffroy (ateliers de verrier, de production d’objets en matière dure animale) et du Sablon (boucherie bovine, travail de l’os, métallurgie du fer) (Brunella et al. 1992 ; Flotté 2005 ; Alix et al. 2009 ; Gama 2010). Il semble toutefois que ce processus d’éloignement des activités artisanales s’opère progressivement dans le courant du Haut-Empire, car on trouve encore au ier s. apr. J.-C un atelier de bronzier sur la colline Sainte-Croix (Brunella et al. 1988, p. 51) et une officine de potier sur la colline de la Citadelle (Reusch 1943a ; Deru 1996, p. 168).

L’enceinte du Bas-Empire

7Comme la plupart des chefs-lieux de cité du nord des Gaules et des Germanies, Metz est dotée d’une enceinte fortifiée à la fin du iiie s. ou dans le courant du ive s. apr. J.-C. Les Hauts-de-Sainte-Croix, la colline de la Citadelle et le plateau qui les sépare seront, pour l’essentiel, intégrés au périmètre fortifié. Les trois quartiers qui avaient débordé le plateau d’interfluve au Haut-Empire – le Pontiffroy, Outre-Seille et le Sablon – seront en revanche relégués extra muros et connaîtront des trajectoires différentes durant l’Antiquité tardive.

8Le tracé et l’architecture de l’enceinte tardo-antique sont relativement bien connus (fig. 2, A), grâce à des sources nombreuses et variées, qui ont de surcroît fait l’objet d’une synthèse récente (Trapp, Didiot 2017). Le mur défensif est mentionné par Venance Fortunat au vie s. (Poésies mêlées, III, 13) et par le pseudo-Frédégaire au viiie s. (Les Compilations, II, 60), pour ne citer que les sources écrites antérieures aux agrandissements et réfections du ixe et du xe s. Ses vestiges sont représentés sur une gravure de Claude de Chastillon en 1614, qui figure une des tours de l’enceinte (fig. 2, F), ainsi que sur divers plans cadastraux du xixe s. Ces sources écrites et iconographiques sont complétées par une série d’une quinzaine d’observations directes, effectuées lors des grands travaux conduits depuis le xviiie s. et surtout au début du xxe s., pendant la première annexion allemande. Ces observations ont fréquemment été documentées par des clichés de Johann Baptist Keune, directeur du musée de Metz pendant l’Annexion. Plus récemment, l’enceinte a été observée à l’occasion de surveillances archéologiques, au niveau de l’îlot Saint-Jacques en 1974 et du marché couvert en 1976 (Trapp, Didiot 2017, p. 31-39).

Fig. 2 – Enceinte tardo-antique de la ville de Metz (Moselle)

Fig. 2 – Enceinte tardo-antique de la ville de Metz (Moselle)

A, localisation des différents points d’observation ; B, courtine observée lors de la démolition de la citadelle moderne en 1901 ; C, soubassement de la courtine, composé de stèles funéraires en remploi, reconnu lors des travaux de construction du centre Saint-Jacques en 1974 ; D, parement de la courtine, identifié entre les rues de Chèvremont et des Boucheries Saint-Georges en 1962-1963 ; E, tour ronde mise au jour lors de la démolition de la citadelle moderne en 1901 ; F, gravure de Claude de Chastillon représentant les thermes du Carmel et une probable tour de l’enceinte, à l’arrière-plan à droite.

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; clichés : fonds J.-B. Keune, musée de la Cour d’Or ; gravure : Chastillon 1644.

9D’une longueur de 3 500 m environ, la fortification délimite une superficie évaluée à 58 ha, ce qui en fait une des plus grandes enceintes urbaines tardo-antiques de Gaule (Bayard, Fourdrin 2019), mais cet espace enclos n’est probablement pas entièrement occupé au ive s. (voir infra, § 16 et sq). Les seules véritables incertitudes concernant son tracé portent sur son flanc occidental, longeant la Moselle. En effet, la courtine n’a pas été observée lors des fouilles du parking de l’Esplanade en 2006 où on l’attendait pourtant, soulevant ainsi la question de la continuité du mur dans ce secteur naturellement défendu par la forte pente de la rive droite de la Moselle et par la rivière elle-même (Pernot et al. 2009). Le mur de ville semble néanmoins avoir été vu dans la cour située immédiatement à l’ouest de Saint-Pierre-aux-Nonnains, où les fouilles réalisées pendant la Seconde Guerre mondiale ont révélé « des murailles épaisses reposant sur d’énormes blocs de pierres cubiques » (Reusch 1943b ; Delore 1950, p. 55). La description et la localisation de ces vestiges paraissent très convaincantes pour y voir l’ouvrage tardo-antique. Peut-être faut-il envisager, comme l’a justement fait le fouilleur, qu’au niveau de l’esplanade, la courtine prenait appui sur des murs de terrasses étagées préexistantes et que son élévation avait disparu, ce qui expliquerait qu’elle n’ait pas été reconnue à cet endroit (Pernot et al. 2009, p. 131-132).

10Sur le plan architectural, l’enceinte correspond à un mur de 3,60 m de large, flanqué de tours rondes dont le nombre exact n’est pas connu (fig. 2, B et E). Dans les endroits non protégés par la Moselle, la courtine était peut-être précédée d’un fossé qui n’est pas attesté archéologiquement, mais est mentionné par Sigebert de Gembloux (Éloge de Metz, p. 35). Cette description date cependant du xie s. et l’on ignore par conséquent si elle renvoie à l’état architectural tardo-antique de l’enceinte, qui était encore largement en élévation, ou à un réaménagement postérieur (Trapp, Didiot 2017, p. 33). Elle pourrait avoir été desservie par sept portes, mais seules deux d’entre-elles sont archéologiquement attestées (la porte dite de Moselle et celle du Port-Sailly, à l’extrémité du cardo et du decumanus) (fig. 2, A) ; les autres sont restituées à titre hypothétique grâce à des mentions de chroniqueurs du bas Moyen Âge (Trapp, Didiot 2017, p. 34). La fondation de la courtine est composée de blocs et de dalles calcaires de pavage, surmontés par endroits d’un soubassement de grand appareil en remploi, dont des monuments funéraires et des blocs architectoniques (fig. 2, C). L’élévation prend la forme d’un mur à double parement de moellons calcaires avec blocage interne (fig. 2, D).

  • 2 Dans l’objectif d’affiner la datation de l’enceinte tardo-antique, qui reste large, une opération d (...)

11La chronologie de l’ouvrage est plus incertaine. Les auteurs allemands du début du xxe s. dataient sa construction de la dernière décennie du iiie s. apr. J.-C., notamment d’après la chronologie des invasions germaniques et le remploi supposé de blocs provenant de l’amphithéâtre (Schramm et al. 1902 ; Le Coz 2005, p. 94). Prudemment, les synthèses récentes se bornent à placer sa construction dans la seconde moitié du iiie s. ou au ive s., sans plus de précision (Brunella et al. 1992 ; Flotté 2005 ; Alix et al. 2009 ; Trapp, Didiot 2017). De manière indirecte, les fouilles réalisées en 1995 et 1998 au niveau de l’ancienne chambre des métiers ont apporté quelques précisions à ce sujet : elles ont révélé, sur les pentes de la colline Sainte-Croix, un système de terrasses étagées construites au moyen de murs de soutènement et de remblais, sur lesquelles a été installé au Haut-Empire un édifice public, sans doute un grand portique (fig. 3). Le monument a été détruit et largement récupéré dans le dernier tiers du iiie s., peut-être au moment de la construction de l’enceinte, située à une soixantaine de mètres à l’ouest. Après un abandon de quelques décennies, une aire funéraire comprenant au moins 75 tombes est installée sur la plus haute des trois terrasses. Le mobilier associé aux inhumations n’est pas très abondant, mais comprend quelques éléments remarquables, dont une bügelknopffibel de type germanique (fig. 4), caractéristique de la période 310-360 dans l’aire culturelle alamane (Böhme 2007 ; Scholz 2009), un rare bracelet composite en bronze et en perles de verre (fig. 4), plutôt typique des provinces danubiennes (Swift 2000, p. 124-129), ou encore deux nummi de Constantin du type Soli invicto Comiti placés dans les cavités orbitaires de l’individu de la sépulture no 23. Ces objets indiquent, avec d’autres éléments de parure et quelques dépôts de vaisselle, que l’espace funéraire était déjà en usage dans le deuxième quart du ive s. au plus tard (De Filippo 2000, p. 58-60 ; Bressoud 2001 ; Gazenbeek et al. 2023, p. 385). Si l’on admet que l’inhumation intra muros reste proscrite à cette période conformément aux normes antiques (Galinié 1996), la localisation de cette zone d’inhumation implique en principe que le repli urbain lié à l’érection de l’enceinte de l’Antiquité tardive avait nécessairement déjà eu lieu lors de sa fondation. Selon ces arguments, la construction du rempart semble donc intervenir entre le dernier tiers du iiie s. et le milieu du ive s.2, comme dans la plupart des autres chefs-lieux du diocèse des Gaules (Bayard, Fourdrin 2019).

Fig. 3 – Plan de masse de la fouille de la chambre des métiers à Metz (Moselle), avec localisation des tombes de l’Antiquité tardive en marge de l’enceinte

Fig. 3 – Plan de masse de la fouille de la chambre des métiers à Metz (Moselle), avec localisation des tombes de l’Antiquité tardive en marge de l’enceinte

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap).

Fig. 4 – Mobilier découvert dans l’ensemble funéraire de la chambre des métiers de Metz (Moselle)

Fig. 4 – Mobilier découvert dans l’ensemble funéraire de la chambre des métiers de Metz (Moselle)

A, sépulture no 2 : 1, bracelet composite à perles de verre enfilées sur un jonc filiforme en alliage cuivreux, placées dans des alvéoles formées par deux rubans en tôle d’alliage cuivreux ; 2, bracelet en alliage cuivreux à deux joncs torsadés tenus par un anneau ; 3, bracelet en alliage cuivreux à jonc plat décoré de stries incisées ; 4, épingle à cheveux en os ; 5, épingle à cheveux à tête polyédrique en alliage cuivreux ; 6, perles de verre colorées. B, sépulture no 11 : 1, fibule en arbalète de type germanique ; 2, ferret de ceinturon ; 3, applique de ceinturon. C, sépulture no 13 : boucle et garniture de ceinturon. D, sépulture no 23 : 1, cruche en céramique commune claire ; 2, bracelet à jonc torsadé en alliage cuivreux ; 3, anneau sigillaire en alliage cuivreux ; 4, bague en alliage cuivreux ; 5, collier de perles de verre et pendentif en alliage cuivreux ; 6, collier de perles en matière dure animale. E, sépulture no 26 : bouteille en verre à panse sphérique de type Isings 101. F, sépulture no 17 : boucle d’oreille en alliage cuivreux. G, sépulture no 27 : anneau de ceinturon. H, sépulture no 34 : boucle de ceinturon. I, mobilier erratique : 1, jatte en céramique rugueuse ; 2, gobelet en céramique métallescente tardive d’Argonne.

DAO : G. Brkojewitsch, S. Ritz (Eurométropole de Metz, Inrap) ; d’après des originaux de Blandine Daux (Afan).

L’occupation de la ville intra muros durant l’Antiquité tardive

12Les sources écrites indiquent que Mettis a conservé une certaine importance administrative et politique – sans doute stimulée par la proximité de Trèves – jusqu’au début du ve s. au moins : Julien y fait convoyer les prisonniers et le butin avant de s’y rendre après sa victoire à Strasbourg (Ammien Marcelin, Histoires, XVII, 1, 2), on y transfère les gynécées d’Autun et de Viviers (Notitia Dignitatum, XI, 59 et XII, 27) et la présence de la militia dans la ville est attestée par la stèle d’Apollinaris (voir infra, § 27), ainsi que par la découverte de fibules cruciformes (fig. 5) à l’emplacement de l’arsenal Ney (Heckenbenner et al. 1986, fig. 33 : type Keller/Pröttel 1) et dans l’ancienne rue des Bons-Enfants, entre la rue de la Tête-d’Or et la rue de la Chèvre (Pietruk 2005, p. 100, no 203 : type Keller/Pröttel 3/4a).

Fig. 5 – Topographie monumentale et religieuse de Metz/Mettis durant l’Antiquité tardive

Fig. 5 – Topographie monumentale et religieuse de Metz/Mettis durant l’Antiquité tardive

A, thermes (?) de Saint-Pierre-aux-Nonnains ; B, oratorium beati Stephani (emplacement actuel du groupe épiscopal) ; C, amphithéâtre fortifié à la fin du iiie s., oratorium Sanctus Petrus in Arenam (?) et quartier d’habitat des ve-vie s.
Habitat : D, couvent de la Visitation, Hauts-de-Sainte-Croix ; E, rue du Chanoine-Collin ; F, colline Sainte-Croix ; G, rue Taison ; H, thermes du Carmel ; I, rue de la Pierre-Hardie ; J, place de la République ; K, place de la République.
Artisanat : L, thermes Saint-Jacques ; M, arsenal Ney.

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; sources : Hatt 1958 ; 1962 ; Billoret 1966 ; 1968 ; 1974 ; Brunella et al. 1985 ; 1992 ; Thion et al. 1987 ; Heckenbenner et al. 1992 ; Gébus 1998 ; Bourada, Kuchler 2002 ; Dreier et al. 2014.

13Quelques grands programmes architecturaux sont encore menés intra muros au ive s. Sur la colline Sainte-Croix, le réseau viaire du Haut-Empire subit des modifications, peut-être pour accueillir un édifice public (Hatt 1958, p. 327-328). Au sud de la ville, c’est assurément à la fin du ive s. qu’est construit le grand bâtiment de plan basilical qui deviendra plus tard Saint-Pierre-aux-Nonnains (fig. 5, A), d’après des datations archéomagnétiques et des briques estampillées, notamment au nom d’Adiutex, que l’on retrouve dans la basilique de Constantin à Trèves. L’édifice a longtemps été identifié comme une basilique civile en raison de la proximité de son architecture avec l’aula palatina de Trèves, mais on considère aujourd’hui qu’il s’agit plus vraisemblablement d’une aile d’un ensemble thermal, car les fouilles de Jean-Jacques Hatt, conduites de 1958 à 1960, ont montré qu’il était lié à un autre bâtiment perpendiculaire, équipé de deux bassins, d’un hypocauste et de caniveaux (Gauthier 1986, p. 46 ; Delestre 1988 ; Flotté 2005, p. 231-232).

  • 3 Le premier évêque historique de Metz, Victor, est mentionné dans les actes du pseudo-concile de Col (...)

14Il existe probablement au moins un lieu de culte chrétien dans la ville intra muros au milieu du ve s. : l’oratorium beati Stephani (fig. 5, B), futur siège épiscopal, est mentionné pour la première fois à la fin du vie s. par Grégoire de Tours, qui rapporte qu’il est le seul édifice à avoir survécu à la prise de la ville par les Huns en 451 (Grégoire de Tours, Histoire des Francs, II, 6). Comme cet événement est attesté par le contemporain Hydace (Chronique, 150), on considère généralement – mais sans preuve formelle – que l’église primitive existait déjà au milieu du ve s. (Gauthier 1986, p. 41-43 ; Brunella et al. 1992, p. 26). On sait en tout cas que la dédicace de ce lieu de culte est postérieure à 415, date de l’invention des reliques du néomartyr saint Étienne, et que la cathédrale s’y trouve déjà en 616, comme l’indique le testament de l’évêque du Mans Bertrand (Actus Pontificum Cenomannis, p. 129-132). Cependant, le premier siège épiscopal ne se trouvait probablement pas à l’emplacement de l’actuelle cathédrale Saint-Étienne, car Metz semble avoir possédé un évêque avant la reconnaissance du christianisme par Constantin3, dès le iiie s., et il paraît inimaginable qu’il ait pu établir son ecclesia en plein centre-ville, à proximité du forum, à une date aussi haute. Nancy Gauthier considère alors que le siège épiscopal a probablement été transféré à Saint-Étienne vers le milieu du ve s. et que le miracle relaté par Grégoire de Tours correspondrait à un récit déformé de ce déplacement (Gauthier 1986, p. 43).

15Au milieu du vie s., probablement vers 561-562, Sigebert installe sa résidence à Metz et en fait la capitale du royaume d’Austrasie. Cette décision s’explique sans doute essentiellement par la position stratégique de Metz au sein du royaume, mais elle indique aussi que la ville devait encore offrir un cadre urbain digne d’une cour princière (Gauthier 1980, p. 162 ; 1986, p. 41 ; Parisse 1986, p. 68). On a proposé de situer ce palais dans un édifice public antique du nord de la ville, notamment dans les thermes du Carmel (Hatt 1962 ; Collot 1979) ou à la Maison Carrée (Trapp, Wagner 2015, p. 76-78). Il ne fait pas de doute que les thermes ont fait l’objet d’une occupation au ive s. et sans doute au ve s. (fig. 5, H), attestée par des niveaux d’occupation et un abondant mobilier (Hatt 1962 ; Billoret 1966, p. 293). Des maçonneries de « l’époque mérovingienne » sont également signalées, mais la céramique de cette période découverte dans les tranchées de fondation n’est pas reproduite dans le rapport et il est par conséquent impossible de confirmer ou d’affiner cette datation. Les maçonneries sont massives et le fouilleur se demandait s’il ne pourrait pas s’agir du palais mérovingien, que la tradition locale situait dans les anciens thermes (Hatt 1962, p. 2 ; Billoret 1966, p. 293 ; Collot 1979). Cependant, d’autres monuments publics du Haut-Empire étaient sans doute encore occupés aux ve et vie s., puisqu’ils ont conservé des élévations importantes jusqu’à l’époque moderne, illustrées par des gravures au xviie s. (Chastillon 1644). Tous ont pu offrir un cadre architectural adéquat à la résidence royale, que rien ne permet de situer objectivement (Gauthier 1986, p. 41).

16Les données concernant l’extension et la nature de l’habitat tardo-antique sont lacunaires et souvent dissemblables selon les secteurs considérés. Sur la colline Sainte-Croix, la continuité de l’occupation ne fait aucun doute ; c’est d’ailleurs longtemps resté le seul secteur où l’occupation était attestée pour la période comprise entre le ive et le vie s., sous la forme de constructions du Haut-Empire associées à des sols plus tardifs (Hatt 1958, p. 327-328 ; Billoret 1974, p. 354) ou de bâtiments sur poteaux (Brunella et al. 1985, p. 33 ; Bourada, Kuchler 2002, p. 50-53) (fig. 5, D à F). Le site le mieux documenté est celui de la rue Taison (fig. 5, G), où une résidence du Haut-Empire a fait l’objet d’une réoccupation aux ive-ve s., attestée par une grande fosse hémicirculaire parementée appuyée contre un mur antérieur (cellier, latrine ?) et par des vestiges d’habitats à l’architecture mixte, construits à l’aide de matériaux antiques de remploi et de poteaux en bois (Thion et al. 1987, p. 22-24). Les thermes de l’îlot Saint-Jacques (fig. 5, L), au pied de la colline Sainte-Croix, semblent avoir accueilli un atelier d’artisanat de l’os et de la corne dans le dernier tiers du iiie s., dont les vestiges sont scellés par des niveaux d’occupation témoignant d’une fréquentation du site jusqu’à l’époque constantinienne au moins, à en juger par les monnaies et la sigillée d’Argonne (Billoret 1974, p. 355-356). L’occupation se poursuit aussi dans certains secteurs à l’ouest de la ville, à proximité de la Moselle et du « petit amphithéâtre », où la fouille de la rue de la Pierre-Hardie a révélé des vestiges datés de la seconde moitié du ive s. et du premier quart du ve s. d’après les céramiques et les monnaies, relativement abondantes (fig. 5, I). Il s’agissait de constructions sur poteaux associées à des niveaux de sol, intercalées dans des couches de sédiments humiques qui surmontaient une domus du Haut-Empire. Ces « terres noires » se sont formées très progressivement par l’apport de rejets d’origine domestique, notamment des matériaux de construction organiques (terre à bâtir, végétaux), tandis qu’une activité agricole in situ semble pouvoir être écartée d’après les analyses micromorphologiques (Gébus 1998, p. 99-108).

17La situation paraît assez différente dans la partie méridionale de la ville. Les suivis de travaux effectués dans les années 1960 autour de la place de la République ont livré quelques indices d’occupation du ive s. (fig. 5, J) (Billoret 1966, p. 293 ; 1968, p. 387 ; Brunella et al. 1992, p. 28-29). Plus récemment, une fouille conduite sur la place de la République a montré que de nouveaux sols ont été aménagés dans le second quart du ive s., après 321, sur les ruines d’une taverne incendiée à la fin du iiie s. (fig. 5, K) (Dreier et al. 2014, p. 99). En revanche, les importantes fouilles conduites dans l’îlot Sainte-Chrétienne (Gébus et al. 2001a ; Augry et al. 2012) et rue Dupont-des-Loges (Bressoud, Lafosse 2023) n’ont pas livré de témoins d’occupation au-delà du iiie s., en dehors du maintien de l’utilisation de la voirie et de la formation de « terres noires ». À l’emplacement de l’ancien arsenal Ney (fig. 5, M), un atelier assurant l’ensemble de la chaîne opératoire sidérurgique, de la réduction du minerai de fer au travail du métal, succède à la destruction de l’habitat dans le dernier tiers du iiie s. Le travail du bronze est également attesté par des déchets de production (Leroy et al. 1990 ; Heckenbenner et al. 1992, p. 29-30). Dans l’îlot Sainte-Chrétienne, il est possible que la formation des « terres noires » résulte du stockage de déchets artisanaux, à en juger par les analyses chimiques effectuées sur ces dernières, qui révèlent de fortes concentrations en métaux lourds. Avec l’atelier de travail de l’os et de la corne de l’îlot Saint-Jacques, ces indices semblent indiquer un retour de l’artisanat dans le centre-ville à la fin du iiie s., alors qu’il semblait nettement relégué dans les quartiers périphériques depuis la fin du ier s. (voir supra, § 6). Une activité agricole semble en revanche pouvoir être à nouveau écartée d’après les résultats des analyses paléo-environnementales (Augry et al. 2012, p. 82-98). Quoi qu’il en soit, l’occupation paraît nettement plus clairsemée dans ce secteur – pourtant largement fouillé – que dans la ville haute à partir du ive s. Au total, il se dégage de ces données l’image d’une ville dont l’espace enclos n’est plus totalement habité, et ce dès le courant du ive s., mais où la présence de l’État et de l’armée reste bien perceptible.

L’occupation des quartiers extra muros de l’Antiquité tardive

Le Pontiffroy dans le quartier des îles

18Le secteur du Pontiffroy se situe sur la très basse terrasse de la Moselle au nord-ouest de la ville de Divodurum, sur des alluvions fluviatiles récentes datées de l’Holocène (Florentin 2005). Le quartier est séparé de la colline Sainte-Croix par un bras mort de la Moselle et délimité au nord-ouest par le lit majeur de la Moselle. Cet espace occupe en définitive la partie sud-ouest d’une île, dite de Chambière. Sa localisation au contact de la rivière conjuguée à la présence de la voie Metz-Trèves devait lui conférer une certaine importance pour l’approvisionnement et une vocation commerciale (fig. 6). Les fouilles qui y ont été conduites documentent principalement le Haut-Empire et le Moyen Âge central, lorsque l’enceinte médiévale englobe à nouveau ce quartier qui se tourne vers la production de la céramique dite très décorée du Pontiffroy (Dautremont et al. 2001). Le quartier compte à cette période trois paroisses.

Fig. 6 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier du Pontiffroy à Metz (Moselle)

Fig. 6 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier du Pontiffroy à Metz (Moselle)

A, église Saint-Livier (1978) ; B, parking du conseil de région (1986) ; C, hôtel de police (1983-1985) ; D, salle du conseil Saint-Clément (1987) ; E, jardin du Mail (1988) ; F, immeuble Saint-Vincent (1994) ; G, rue Paille-Maille (2012).

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; sources : Lefebvre 1993 ; Waton 1984 ; 1986 ; Thion 1986 ; Dautremont 1987 ; Georges 1988 ; Gébus 1997 ; Boulanger 1998 ; Brkojewitsch et al. 2017 ; plan réalisé sur la base du SIG de l’Eurométropole de Metz et du SIG Caviar de l’Inrap.

19Mises à part les quelques découvertes fortuites réalisées durant le xixe s., les recherches archéologiques dans ce secteur sont restées rares jusqu’à la mise en place du plan d’urbanisation du quartier en 1974, qui a déclenché les premières surveillances de travaux, sur une surface cumulée de près de 5 ha (Schlémaire 1974 ; 1976 ; 1978). Ces interventions ont été réalisées principalement au nord du pont Saint-Georges. À partir des années 1980, les recherches se sont déroulées dans des conditions moins précaires, avec une intervention de sauvetage lors de la construction de l’hôtel de police, qui a mis en évidence l’axe viaire antique Metz-Trèves et une importante occupation du Haut-Empire (Waton 1986). La parcelle attenante (3 000 m2) au sud a également été fouillée lors de l’aménagement de la rue Paille-Maille (Brkojewitsch et al. 2017). Quelques opérations ont apporté des informations ponctuelles et très localisées lors de sondages (Gama 2004) ou de fouilles, par exemple à un carrefour antique (Boulanger-Bouchet 2006) ou dans une probable résidence dotée d’un hypocauste (Sedlbauer et al. à paraître). Il ressort de ces différentes recherches que le secteur bordant la Moselle avait un caractère résidentiel affirmé au Haut-Empire, avec des demeures cossues, tandis que la partie septentrionale du quartier semblait plus tournée vers des activités artisanales, notamment la métallurgie du fer. Aucune intervention n’a livré de découvertes immobilières postérieures à la fin du iiie s.

20Le réseau viaire dans le quartier du Pontiffroy est a priori orthonormé, mais il répond à une logique et à des axes directeurs différents de ceux du centre-ville, dictés par les contraintes topographiques (Laffite et al. 2009). Plusieurs indices plaident en faveur de la conservation de ces rues au iiie s., voire au début du ive s. (Gama 2004). Concernant la voie principale, qui partait de Metz en direction de Trèves par la rive gauche de la Moselle, il est difficile d’imaginer que sa fréquentation ait été interrompue : elle est restée en usage durant tout le Moyen Âge sous le nom de Franconrue et n’a été condamnée que dans les années 1970. Toutefois, les preuves matérielles de cette continuité sont presque inexistantes, à l’exception peut-être de trois émissions monétaires du ive s. apr. J.-C. découvertes à proximité de la voie lors de la fouille de la rue Paille-Maille (Brkojewitsch et al. 2017). Les frappes remontent exclusivement à la première moitié du siècle (Delmace sous Constantin, Constant et une émission indéterminée située entre les années 344 et 346).

21La découverte lors de la fouille du site de l’hôtel de police d’une sépulture primaire à inhumation installée sous une bâtière de tuiles se rattache au début de l’Antiquité tardive, vers la fin du iiie s. ou le début du ive s. (Waton 1984, p. 12-13). Parallèlement, les vestiges d’habitations maçonnées sont récupérés. Des couches de destructions comportant un mélange de moellons et de tuiles (Waton 1984, p. 12) ou des enduits peints (Lemoine, Brkojewitsch 2018) sont généralement mises au jour. À l’exception de ces niveaux de démolition et de quelques monnaies découvertes dans une tranchée de récupération (Dautremont 1987 ; Georges 1988), les seules traces d’occupation tardo-antique très mal caractérisées se situent à proximité du pont Saint-Georges avec des indices de réoccupation de domus au ive s. et d’une cave, rue Chambière et place Valladier. À une cinquantaine de mètres plus au nord, des indices plus structurés sont apparus lors de la fouille du parking souterrain du conseil régional (Thion 1986). Dans ce cas, les vestiges sont de datation plus haute et les espaces sont datés du iiie s. apr. J.-C. Ils sont constitués d’un sol en terrazzo ou en plancher de bois et d’un mur décoré d’enduits peints. Trois systèmes de chauffage par hypocauste ont également été conservés et utilisés dans le courant du iiie s. apr. J.-C.

22À partir du début du ive s., l’occupation est très discrète. Elle semble s’interrompre dans la seconde moitié du siècle. Les niveaux de « terres noires » observés (Brkojewitsch et al. 2017) sont probablement à mettre en relation avec quelques découvertes archéologiques et les documents historiques qui laissent penser que le quartier, bien qu’extra muros, connaît une nouvelle phase d’essor à partir du viiie s. (Guillaume 1975 ; Thion 1986 ; Lefebvre 1993). La liste stationale de la seconde moitié du viiie s. mentionne les églises de Sanctus Poioctus Martyr, renommée Saint-Livier à compter du xie s., Sanctus Medardus et Sanctus Georgius Martyr (Bour, Klauser 1929). En 880, le lieu-dit « aux thermes » est mentionné extra muros « ad thermas, infra murum civitatis » (Schneider 1950).

Le quartier Outre-Seille

23Ce quartier est situé à l’est du bras occidental de la Seille (actuelles rue Haute-Seille et rue des Tanneurs), comblé et dévié au début du xxe s. La documentation sur son occupation antique comprend une trentaine de mentions de découvertes fortuites ou d’observations anciennes, principalement réalisées à l’occasion de travaux de voirie autour du milieu du xixe s. (Flotté 2005, p. 241-246), ainsi qu’une dizaine d’interventions préventives, conduites dans les années 1990 et 2000 pour la plupart, dans le cadre de la réhabilitation de plusieurs îlots urbains du quartier (fig. 7). Les principales opérations correspondent aux fouilles de la rue Mabille (Thion, Verdel 1985), de la rue du Petit-Champé (Faye 1994), de l’îlot de la Visitation (Henrotay 1992 ; Thion 1994), de la place Mazelle (Brkojewitsch et al. 2013) et, surtout, de l’îlot Turmel, de loin la plus étendue (Gama 2007). S’y ajoutent quelques diagnostics non suivis de fouilles, qui permettent rarement de caractériser les vestiges, mais documentent néanmoins la séquence chronostratigraphique (Verdel, Waton 1985 ; Bressoud 2006 ; Brkojewitsch et al. 2016).

Fig. 7 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier d’Outre-Seille à Metz (Moselle)

Fig. 7 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier d’Outre-Seille à Metz (Moselle)

A, rue Mabille (1985) ; B, îlot de la Visitation (1992-1994) ; C, 4-8 rue du Petit-Champé (1994) ; D, 42 rue Haute-Seille (1998) ; E, ZAC Turmel, 16-24 rue du Wad-Billy (2001) ; F, place Mazelle (2010) ; G, point d’apport volontaire rue Mazelle (2014-2016) ; H, point d’apport volontaire rue de Turmel/rue du Wad-Billy (2014-2016) ; I, point d’apport volontaire rue Vigne-Saint-Avold (2014-2016).

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; sources : Thion, Verdel 1985 ; Henrotay 1993 ; Thion 1994 ; Faye 1994 ; Bressoud 2006 ; Gama 2007 ; Brkojewitsch et al. 2013 ; 2016 ; plan réalisé sur la base du SIG de l’Eurométropole de Metz et du SIG Caviar de l’Inrap.

24Ces différentes interventions montrent que le quartier Outre-Seille a fait l’objet d’une urbanisation précoce, matérialisée par des vestiges d’habitats en matériaux périssables de la seconde moitié du ier s. apr. J.-C., auxquels succèdent généralement des résidences construites en pierre dans le courant du iie s. (Verdel, Waton 1985 ; Henrotay 1992 ; Faye 1994 ; Gama 2007 ; Brkojewitsch et al. 2016). Une production de céramique (terra nigra) est également attestée dès le ier s. dans la rue Mabille (Thion, Verdel 1985 ; Flotté 2005, p. 243-244). La voirie qui dessert ce quartier se compose de deux axes principaux ; l’un se dirigeant vers Strasbourg (voie dite de la Seille), l’autre vers Mayence (voie dite de la Nied). La voie Metz-Mayence n’est connue que par des observations anciennes à hauteur de Metz (Flotté 2005, p. 244), mais la route de Strasbourg a récemment été observée dans la rue Mazelle : elle a vraisemblablement été mise en place dans la seconde moitié du ier s. apr. J.-C. (Brkojewitsch et al. 2016, p. 154). Une nécropole se développe sans doute à la périphérie orientale du quartier, le long de la voie de la Nied, à en juger par les découvertes fortuites (crémations et inhumations, monuments funéraires) effectuées à l’occasion de travaux conduits à proximité de la porte des Allemands aux xviie et xixe s. (Flotté 2005, p. 244-245).

25La fouille de l’îlot Turmel, la plus importante opération conduite dans ce quartier, a révélé une stratigraphie de 4,80 m d’épaisseur, dont 1,30 m correspondent à des niveaux antiques. À la base de cette séquence, on observe des vestiges d’habitats en bois et en terre du ier s. apr. J.-C., auxquels succèdent des résidences maçonnées aux iie-iiie s. Ces dernières sont équipées d’éléments d’agrément (hypocauste, terrazzo, enduits peints, stucs, etc.), qui témoignent d’une certaine aisance des habitants. L’occupation semble s’interrompre dès la fin du iiie s. ou au début du ive s., période à partir de laquelle se développent d’importantes couches de « terres noires ». Elles continueront de s’accumuler pendant tout le haut Moyen Âge, pour atteindre une épaisseur totale de 1,40 m (Gama 2007, p. 79). La situation est comparable dans les autres secteurs fouillés. Dans l’îlot de la Visitation, où un segment de voie et des habitats légers et maçonnés ont été explorés, les derniers niveaux d’occupation antique sont datés du milieu du iiie s. (Henrotay 1992). Le même type de contexte (voirie et habitat) a été documenté dans la rue du Petit-Champé, où le responsable d’opération souligne l’absence remarquable de tout vestige du Bas-Empire, y compris mobilier (Faye 1994, p. 7). Les différents sondages effectués rue de Gisors, rue de Turmel, rue du Wad-Billy et rue de la Vigne-Saint-Avold ont également mis en évidence un abandon des habitations à la fin du iiie s. ou au début du ive s., suivi d’une accumulation importante de « terres noires », peut-être dès le ive s. (Verdel, Waton 1985 ; Brkojewitsch et al. 2016). La fouille de la place Mazelle n’a pas livré de contextes d’habitat, mais a révélé une zone de rejet située sur les berges de la Seille : l’abondant mobilier issu de ce dépotoir peut sans doute être considéré comme représentatif de la chronologie de l’occupation du quartier Outre-Seille, qui ne semble pas dépasser la fin du iiie s. apr. J.-C. (Brkojewitsch et al. 2013).

26La destruction des vestiges et le mobilier recueilli semblent donc signaler un abandon de l’habitat et un changement des modes d’occupation de ce secteur au tournant des iiie-ive s. La documentation disponible sur le quartier Outre-Seille reste certes assez lacunaire – avec des interventions souvent anciennes, concernant majoritairement des surfaces réduites –, mais quelques opérations plus récentes (Brkojewitsch et al. 2013 ; 2016) ou de plus grande ampleur (Henrotay 1992 ; Gama 2007) ont livré des données qui semblent suffisamment complètes pour être considérées comme représentatives de la dynamique d’occupation de ce quartier antique. Leurs résultats sont univoques : nulle part on n’observe de vestiges immobiliers assurément postérieurs à la fin du iiie s. Cette situation ne semble pas être imputable à leur état de conservation, dans la mesure où la plupart des sites fouillés ont livré d’épaisses séquences sus-jacentes aux vestiges d’époque romaine, notamment de « terres noires » tardo-antiques et médiévales. Les découvertes isolées de mobilier tardo-antique sont rares : on ne peut citer à ce titre que quelques monnaies du ive s. (de Constantin, Licinius, Valentinien Ier et Arcadius), dont la répartition spatiale semble indiquer qu’elles sont liées à une continuité d’utilisation de la voirie antique (Flotté 2005, p. 241-246), ainsi qu’une fibule cruciforme de type Keller/Pröttel 3/4a, datée du deuxième tiers du ive s., découverte anciennement dans la rue des Allemands (Pietruk 2005, p. 101, no 208).

27Les seules structures pouvant se rattacher à l’Antiquité tardive sont deux inhumations à coffrage de tuiles disposées en bâtière, mises au jour en 1866 dans la rue des Allemands (Flotté 2005, p. 244). Leur datation est uniquement fondée sur leur typologie architecturale et par conséquent peu précise. Dans ce contexte, il faut aussi mentionner la stèle d’Apollinaris (CIL XIII, 4328), découverte en 1677 lors de travaux exécutés à proximité de la porte des Allemands. Ce monument a été élevé au ive s. en mémoire d’un soldat originaire de Thrace par ses compagnons d’armes d’un contingent de Moesiaci (Fort et al. 2021, p. 115 ; Rossignol 2021, p. 33, no 45). L’origine du défunt et de son unité ont amené plusieurs auteurs à établir un lien entre cette inscription et un passage d’Ammien Marcellin (Histoires, XX, 1,3) signalant la présence en Gaule de deux contingents de Moesiaci en 360 (Robert, Cagnat 1883, p. 88 ; Keune 1896, p. 69-70 ; Toussaint 1948, p. 39-40 ; Flotté 2005, p. 245). Ce rapprochement reste hypothétique, mais on peut retenir que cette inscription signale – avec d’autres indices, comme les quelques militaria découverts à Metz ou la venue de Julien et de son armée (voir infra, § 38) – la présence de la militia, en l’occurrence d’une unité mobile d’élite de l’armée romaine tardo-antique (Speidel 1990).

La périphérie méridionale de la ville : le Sablon et le quartier de l’amphithéâtre

28L’espace situé au sud de la ville antique, aujourd’hui occupé par les quartiers de la Nouvelle Ville et du Sablon, ainsi que par la partie nord-est du ban communal de Montigny-lès-Metz, correspond à une portion du plateau d’interfluve séparant les vallées de la Moselle au nord-ouest et de la Seille à l’est. À l’époque romaine, le secteur était traversé par deux grands axes viaires : la voie Metz-Toul (ou voie de Scarpone) et la voie dite « de la Meurthe » (Alix et al. 2009 ; Laffite et al. 2009). La première correspond à un segment de la voie reliant Lyon à Cologne et faisait partie du système routier qui, selon Strabon (Géographie, IV, 6, 11), aurait été établi par Agrippa. Son tracé, qui a pu être reconnu à plusieurs reprises, semble peu ou prou identique à celui des actuelles rues du Général-Franiatte à Montigny-lès-Metz et du XXe-Corps-Américain à Metz. La voie de la Meurthe menait probablement vers Augst/Augusta Raurica sur le coude rhénan, via Nomeny et Saint-Nicolas-de-Port, en traversant les cols des Vosges du Sud ou la trouée de Belfort. À hauteur de Metz, son tracé correspond à peu près à celui de l’actuelle avenue André-Malraux. Les fouilles réalisées en 1994 sur la place du Général-de-Gaulle ont révélé une portion de la chaussée, qui était conservée sur une largeur de 6,50 m et associée à des fossés bordiers (Gébus et al. 1999). Ces derniers ont également été identifiés lors des fouilles conduites entre 2006 et 2010 à proximité de l’amphithéâtre (voir infra, § 36). La création de la voie de la Meurthe n’est pas précisément datée, mais ces différentes observations ont permis d’établir que ses fossés bordiers étaient en place dans le courant du iie s. apr. J.-C.

29Les premières découvertes dans ce secteur sont liées au renforcement, puis à la modernisation des défenses de la ville dans la première moitié du xviiie s. et dans le courant du xixe s., ainsi qu’à l’aménagement de la liaison ferroviaire à la fin des années 1840. Ces travaux ont occasionné, entre autres, les premières découvertes dans les nécropoles implantées le long de la voie Metz-Toul (Grapin 2005, p. 317-318). Entre 1890 et 1910, lors du démantèlement des fortifications médiévales et modernes, rendu nécessaire par l’extension de Metz vers le sud, les observations se sont multipliées. Ces dernières ont été méticuleusement rapportées par Johann Baptist Keune, directeur du musée de la Cour d’Or (Grapin 2005, p. 318 ; Trapp 2012, p. 40, 62 et 77). L’exploitation de sablières dans le quartier du Sablon a notamment donné lieu à l’exploration de l’aire funéraire du centre du plateau d’interfluve (Grapin 2005, p. 323-325). Les travaux liés à la construction de la nouvelle gare ont entraîné la redécouverte de l’amphithéâtre, fouillé en 1902-1903 par Erwin Schramm. Ces recherches ont abouti à un relevé en plan et en élévation de l’édifice, avec une précision – permise par l’emploi novateur d’appareils de topographie (Trapp 2018, p. 492) – qui facilite aujourd’hui l’exploitation des données, notamment au travers de logiciels de dessin assisté par ordinateur et de système d’information géographique. La publication de l’amphithéâtre est scandée en trois chapitres, portant sur l’architecture du monument, sur son devenir à la fin de l’Antiquité et sur le mobilier archéologique (Schramm et al. 1902 ; Gennesson 1961). Une troisième série de découvertes est intervenue dans les années 1934-1936, consécutivement à la reprise de l’urbanisation dans la partie centrale du plateau. Roger Clément, conservateur du musée de Metz, a alors réalisé des fouilles de sauvetage et enregistré de nombreuses découvertes (Clément 1936). La dernière phase de recherche correspond aux premières opérations préventives, mises en place à la suite de la création des services régionaux de l’archéologie en 1991. La fouille de la place du Général-de-Gaulle, située face à la gare, a pour la première fois mis en évidence l’existence d’un quartier périurbain le long de l’axe reliant le centre-ville antique et l’amphithéâtre, comprenant notamment des horrea au Haut-Empire (Gébus et al. 1999). Le secteur situé au sud de la gare (ZAC du quartier de l’amphithéâtre) a ensuite fait l’objet d’importants projets de requalification urbaine, qui ont permis de documenter la fenêtre d’observation la plus large, avec une surface totale diagnostiquée de 11 ha (Gébus et al. 2001b ; Gama et al. 2003 ; 2005 ; Moriamez et al. 2006 ; 2007 ; Dreier, Maire 2007 ; Brkojewitsch, Chevaux 2010 ; Brkojewitsch, Lemoine 2010 ; Moriamez 2010) et une surface fouillée d’environ 2,40 ha. Ces fouilles, réalisées en 2006-2008 et en 2010 en amont de la construction du centre Pompidou-Metz et du centre de congrès Robert-Schuman, ont montré qu’un important quartier résidentiel et artisanal s’est développé au sud et à l’ouest de l’amphithéâtre au Haut-Empire (Alix et al. 2009 ; Bertrand-Gehin, Gama 2010 ; Dreier et al. 2016). Elles ont également mis en évidence une réoccupation tardive de ce secteur, notamment dans la seconde moitié du ve et au début du vie s. (fig. 8).

Fig. 8 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier du Sablon à Metz (Moselle)

Fig. 8 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier du Sablon à Metz (Moselle)

A, grand amphithéâtre (1902-1903) ; B, place du Général-de-Gaulle (1994) ; C, ZAC amphithéâtre, 1re et 2e tranches (2006-2008) ; D, ZAC amphithéâtre, 3e tranche (2010).

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; sources : Schramm et al. 1902 ; Gébus et al. 1999 ; Gama et al. 2011 ; 2012a ; 2012b ; 2013a ; 2013b ; à paraître ; Dreier et al. 2016 ; plan réalisé sur la base du SIG de l’Eurométropole de Metz et du SIG Caviar de l’Inrap.

30En l’état des connaissances, à la périphérie méridionale de la ville, seul l’espace situé au départ de la voie de la Meurthe, entre le centre-ville et l’amphithéâtre, a vu le développement d’une occupation domestique importante durant l’Antiquité (voir infra, § 36). Le reste de ce vaste secteur, formant un triangle encadré par la voie Metz-Toul et la voie de la Meurthe, semble avoir accueilli les plus grandes nécropoles de la ville, depuis le Haut-Empire et jusqu’au haut Moyen Âge, probablement en raison d’une topographie favorable et de la nature sableuse de son sous-sol (d’où le toponyme du quartier du Sablon), plus facile à excaver que les calcaires marneux ou les colluvions de Moselle des autres quartiers.

Les nécropoles de la voie Metz-Toul et du centre du plateau d’interfluve

31Une première nécropole se développe le long de la voie Metz-Toul (fig. 8), sur au moins 450 m de long, au sein d’une vaste zone funéraire du Haut-Empire (Grapin 2005, p. 319). La découverte d’inhumations dotées d’armes (Flotté 2005, p. 272), la mise au jour d’épitaphes paléochrétiennes (RICG I, 244-250 ; Flotté 2005, p. 270-272) datant surtout des ve et vie s. (Vipard 2015, p. 142-144), ainsi que la présence de nombreux objets isolés en fer damasquiné, provenant sans doute de sépultures attribuables au viie s. (Flotté 2005, p. 261), suggèrent une continuité de l’occupation dans certains secteurs de la nécropole jusqu’au haut Moyen Âge. L’un d’eux semble coïncider avec la basilica sancti Arnulfi vel sanctorum Apostolorum, qui pourrait avoir succédé à un ancien oratoire cimétérial, devenu ultérieurement le tombeau d’une partie de la famille de Charlemagne (Gauthier 1986, p. 49 ; Bour 2007, p. 35 et 43 ; Vipard 2015, p. 142). Selon les connaissances actuelles, aucune occupation périurbaine ne s’est développée dans l’espace compris entre l’enceinte de l’Antiquité tardive et la nécropole. Cet espace « vide » d’environ 150 m de large pourrait correspondre à une sorte de glacis, s’il ne s’agit pas d’une lacune dans les recherches, résultant notamment des destructions provoquées par l’agrandissement des fortifications de la ville entre les xve et xviiie s.

32Une deuxième nécropole se trouvait au centre du plateau d’interfluve (fig. 8), à 1 km environ au sud de la ville antique, s’étendant sur une longueur d’au moins 430 m du nord au sud et de 200 m d’est en ouest. Sa position à l’écart des voies principales suppose l’existence d’un troisième axe (Grapin 2005, p. 317), mais on ignore s’il s’agit d’une desserte locale ou d’une autre route suprarégionale. Pendant le Haut-Empire, cet axe semble avoir donné naissance à quelques petites nécropoles à crémation dispersées (Grapin 2005, p. 324). Les résultats d’une série de datations radiocarbone placent la période préférentielle d’inhumation entre la seconde moitié du iiie et la fin du ive s., voire le premier tiers du ve s. (Dreier 2021 ; Maujean 2022 ; Dreier et al. 2023). Quelques découvertes de mobilier indiquent que l’occupation pourrait s’étendre jusqu’au viie s. (Flotté 2005, p. 288-289 ; Viller et al. 2019). La présence d’inscriptions paléochrétiennes plaide également en faveur d’une occupation tardive de cette nécropole (RICG I, 255-256 ; Vipard 2015, p. 146-147, nos 11-12).

Les sépultures aux alentours de l’amphithéâtre

33Contrairement à la voie Metz-Toul, celle de la Meurthe ne semble être accompagnée d’aucune nécropole importante durant l’Antiquité tardive. Les ensembles funéraires du Haut-Empire, attestés à 400 m et à 1 000 m au sud du quartier de l’amphithéâtre (Cartier 2008 ; Lefebvre 2020), ne sont plus utilisés au-delà du iiie s. (fig. 8). La fouille réalisée entre 2006 et 2008 aux abords de l’amphithéâtre a néanmoins révélé 14 sépultures dispersées autour du monument, dont 6 au moins sont assurément attribuables à l’Antiquité tardive. Une sépulture multiple comprenant trois individus, approximativement orientée nord-sud, a été découverte dans le comblement du fossé défensif qui entourait l’amphithéâtre (fig. 9, C et D). La mesure du radiocarbone effectuée sur un des individus a fourni une datation antérieure au deuxième quart du ive s. (Gama et al. 2012b, p. 45) ; elle indique que le fossé était déjà partiellement comblé à cette période (voir infra, § 38). Les autres sépultures étaient disposées selon des orientations diverses à la périphérie méridionale de l’amphithéâtre, dans les ruines du quartier résidentiel du Haut-Empire. Une de ces inhumations est postérieure à 336 d’après les monnaies qui l’accompagnaient ; deux autres sont datées par le radiocarbone de la fin du ive s. (Gama et al. 2012a, p. 310). Une autre sépulture, non datée mais éventuellement rattachable à ce deuxième groupe du fait de son orientation ouest-est, a livré un individu jeune-adulte de sexe masculin mort d’une lésion aux vertèbres, qui pourrait être le résultat d’un coup d’épée, de lance ou de poignard (Bertrand-Gehin, Gama 2010, p. 42).

Fig. 9 – Fossé défensif ceinturant le grand amphithéâtre de Metz (Moselle)

Fig. 9 – Fossé défensif ceinturant le grand amphithéâtre de Metz (Moselle)

A, relevé en coupe ; B, profil du fossé, vu depuis l’est ; C, sépulture 10163 à inhumation triple découverte dans le comblement supérieur du fossé, vue depuis l’est ; D, courbe de calibration Oxcal de la datation radiocarbone réalisée sur les ossements de la sépulture 10163.

DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap).

34À ce groupe s’ajoutent deux inhumations découvertes en 1903 à la périphérie sud-est de l’amphithéâtre. Disposés côte à côte selon une orientation ouest-est, les deux individus ont été identifiés comme un homme et une femme par le mobilier d’accompagnement, à défaut de diagnose sexuelle (Flotté 2005, p. 287-288). Ils reposaient chacun dans un cercueil en plomb enfermé dans un sarcophage en pierre. La sépulture féminine était dotée d’un riche mobilier d’accompagnement caractéristique du dernier quart du iiie s. et du premier quart du ive s., comprenant de nombreux éléments de parure en jais (épingles, bracelets, colliers) et de la vaisselle en verre, notamment des balsamaires et un pot de type Isings 130 (Keune 1903, p. 340-344). Les deux sépultures renvoient à une population de fort statut social, mais semblent isolées à en juger par les résultats des diagnostics réalisés aux alentours de l’amphithéâtre (Gébus et al. 2001b ; Gama et al. 2003 ; 2005 ; Moriamez et al. 2006 ; 2007 ; Brkojewitsch, Chevaux 2010 ; Moriamez 2010).

35Enfin, une dizaine de fragments d’épitaphes paléochrétiennes ont été découverts dans le comblement de l’arène de l’amphithéâtre et dans des fosses creusées autour de l’édifice, attribuables à une occupation de la seconde moitié du ve et du début du vie s. Certaines d’entre elles paraissent antérieures au milieu du ve s. d’après leur contexte de découverte ou les critères de datation épigraphiques ; elles semblent par conséquent signaler la proximité d’un cimetière de cette période (RICG I, 251-253 ; Schramm et al. 1902, p. 386-390 ; Gama et al. 2012a, p. 313-320 ; Vipard 2015, p. 137-140). Des ossements humains ont également été découverts dans le comblement des couloirs desservant la fosse technique de l’amphithéâtre (Schramm et al. 1902, p. 421). Ils pourraient provenir du démantèlement – par des aménagements postérieurs ou par la fouille elle-même – de sépultures situées dans ce secteur.

Le quartier de l’amphithéâtre

36Si la majeure partie de la périphérie méridionale de la ville était dévolue aux nécropoles, la zone située au départ de la voie de la Meurthe, entre le centre-ville et l’amphithéâtre, a vu le développement d’une importante occupation domestique durant l’Antiquité. Actuellement, les diagnostics et les fouilles suggèrent l’existence de deux pôles, d’une surface totale estimée à 7,50 ha : le premier est situé à environ 300 m au nord de l’amphithéâtre, à l’emplacement de l’actuelle place du Général-de-Gaulle, qui fait face à la gare (Gébus et al. 1999) ; le second, bordant l’édifice de spectacle au sud et à l’ouest, correspond approximativement au centre Pompidou-Metz et à ses abords. Alors que le premier noyau n’a livré, jusqu’à présent, aucun vestige tardo-antique, le second se caractérise par une reprise de l’occupation vers le milieu du ve s., après un hiatus d’environ un siècle et demi.

L’amphithéâtre et son quartier d’habitation au Haut-Empire

37C’est sans doute la construction de cet édifice de spectacle qui a déclenché l’urbanisation du quartier. Les données collectées lors de l’intervention de 1902-1903 ont amené les fouilleurs à situer chronologiquement la construction du monument à la fin du ier s. ou au début du iie s. apr. J.-C. (Schramm et al. 1902). C’est une chronologie que les fouilles récentes tendent à confirmer : elles ont mis en évidence une esplanade bordant l’édifice, notamment composée de déchets de taille associés à la phase de construction de l’amphithéâtre, qui semble effectivement intervenir au début du iie s. (Dreier et al. 2016 ; Gama et al. à paraître). Cette datation est cohérente avec le mobilier, notamment le programme décoratif révélé par certaines sculptures découvertes en position secondaire, mais formant un ensemble a priori unitaire qui pourrait se rapporter à l’édifice de spectacle (Blin 2016). Dans le courant du iie s. et du siècle suivant, un quartier d’habitation se développe au-delà de l’esplanade périphérique de l’amphithéâtre, selon une trame orthonormée dictée par le tracé de la voie de la Meurthe (fig. 10). Les bâtiments se caractérisent par un important développement architectural, la présence d’éléments d’agrément (enduits peints, hypocaustes, roches décoratives, etc.) et de boutiques en façade ; ils semblent donc signaler la présence d’une population de commerçants relativement aisés, dont l’installation a peut-être été motivée par l’activité économique générée par l’édifice de spectacle (Alix et al. 2009 ; Cabart et al. 2011 ; Gama et al. 2011 ; Dreier et al. 2016 ; Laffite 2019).

Fig. 10 – Plan du quartier de l’amphithéâtre au Haut-Empire à Metz/Divodurum

Fig. 10 – Plan du quartier de l’amphithéâtre au Haut-Empire à Metz/Divodurum

DAO : C. Dreier, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; plan réalisé sur la base du SIG de l’Eurométropole de Metz et du SIG Caviar de l’Inrap.

Abandon de l’habitat et fortification de l’amphithéâtre

38L’amphithéâtre semble avoir conservé sa fonction initiale jusque dans le troisième quart du iiie s. au moins, mais cette chronologie est essentiellement fondée sur un argument indirect, à savoir le maintien et la réfection de l’esplanade qui bordait l’amphithéâtre jusqu’à cette période (Dreier et al. 2016). Les habitations et les boutiques qui s’étaient développées autour du monument sont progressivement abandonnées et détruites dans la seconde moitié du iiie s. et au début du ive s. (Alix et al. 2009 ; Bertrand-Gehin, Gama 2010 ; Dreier et al. 2016) (fig. 11). Leurs matériaux de construction ont été systématiquement récupérés, peut-être en vue de fortifier l’amphithéâtre, dont les ouvertures (arcades, vomitoires) semblent avoir été partiellement comblées d’après le compte-rendu des fouilles du début du xxe s. (Schramm et al. 1902). En effet, il paraît clair que le monument a été fortifié dans la seconde moitié du iiie s. ou au début du ive s., à en juger par l’aménagement d’un fossé périphérique de 7 m de large et de 3,50 m de profondeur à cette période, et implanté sur un cercle concentrique à 7,50 m en avant des murs de l’amphithéâtre (fig. 9, A et B). Ce fossé défensif n’a cependant conservé sa fonction que peu de temps, puisqu’une sépulture multiple datant au plus tard des années 310 a été installée en son sein alors qu’il était partiellement comblé (voir supra, § 33). La découverte de deux fibules cruciformes de type Keller/Pröttel 3/4b et d’une agrafe de ceinturon en alliage cuivreux de type Jülich/Samson (fig. 12) – auxquelles s’ajoutent peut-être quatre autres fibules cruciformes du même type conservées au musée de Metz et découvertes anciennement au Sablon, dans des contextes inconnus (Pietruk 2005, p. 100-102) – pourrait témoigner d’une présence militaire temporaire sur le site entre les années 340-360 et le milieu du ve s., d’après la datation de ces militaria (Pröttel 1988 ; Böhme 2020, p. 97-114).

Fig. 11 – Plan du quartier de l’amphithéâtre du ive au vie s. à Metz/Mettis

Fig. 11 – Plan du quartier de l’amphithéâtre du ive au vie s. à Metz/Mettis

DAO : C. Dreier, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; plan réalisé sur la base du SIG de l’Eurométropole de Metz et du SIG Caviar de l’Inrap.

Fig. 12 – Éléments découverts dans le quartier de l’amphithéâtre à Metz (Moselle) et témoignant d’une éventuelle présence militaire aux ive-ve s.

Fig. 12 – Éléments découverts dans le quartier de l’amphithéâtre à Metz (Moselle) et témoignant d’une éventuelle présence militaire aux ive-ve s.

A, fibule cruciforme de type Keller/Pröttel 3/4b issue d’un niveau d’utilisation de l’esplanade située face à l’amphithéâtre ; B, agrafe de ceinturon de type Jülich/Samson provenant d’une fosse tardo-antique.

DAO : M. Brunet, C. Dreier (Eurométropole de Metz).

39La chronologie relative de ces différents événements – abandon et récupération des habitations, mise en défense de l’amphithéâtre, mise en place des sépultures, présence militaire éventuelle – reste mal maîtrisée. En l’état de la documentation, les indices d’occupation militaire paraissent trop tardifs pour être mis en relation avec l’érection de l’enceinte urbaine ou le creusement du fossé défensif de l’amphithéâtre. Quoi qu’il en soit, l’ensemble des données issues des fouilles récentes signale un hiatus dans l’occupation domestique du quartier durant la majeure partie du ive s. et la première moitié du ve s. Il est sans doute lié à un changement de destination de cet espace, passant par des occupations funéraires et probablement militaires, dont on ignore encore si elles sont contemporaines ou successives.

Une réoccupation des abords de l’amphithéâtre par une population de fort statut social aux ve et vie s.

40L’occupation domestique de ce secteur ne reprend qu’entre le milieu du ve s. et les premières décennies du vie s. (fig. 11). Elle est principalement matérialisée par un semis dense de fosses, généralement d’assez grandes dimensions – 2 m de diamètre en moyenne pour autant de profondeur – et de formes souvent irrégulières, disposées sans organisation apparente dans toute la zone fouillée au sud de l’amphithéâtre. Il pourrait s’agir de fosses d’extraction de sable à l’origine, qui auraient été utilisées comme dépotoirs entre le milieu du ve et le début du vie s., à en juger par le mobilier extrêmement abondant collecté dans leur comblement (Cabart et al. 2011 ; Gama et al. 2011 ; 2012a ; 2012b ; Gazenbeek et al. 2023, p. 381). Ce matériel signale non seulement la proximité d’une occupation dynamique à cette période, mais aussi la présence d’activités économiques et de pratiques de consommation bien particulières (fig. 13 et 14).

Fig. 13 – Sélection de céramiques représentatives de l’occupation des abords de l’amphithéâtre aux ve-vie s. à Metz/Mettis

Fig. 13 – Sélection de céramiques représentatives de l’occupation des abords de l’amphithéâtre aux ve-vie s. à Metz/Mettis

Céramique rugueuse de l’Eifel : 1, pot ansé Alzey 30 ; 2, pot globulaire Alzey 27 ; 3, jatte Alzey 28. Céramique sigillée tardive d’Argonne : 4, bol Chenet 320 et les deux décors à la molette les plus fréquents (U.C. 168 et U.C. 174) ; 5, terrine Chenet 324 ; 6, assiette Chenet 308 = Alzey 9/11. Dérivée de sigillée (Rot-/Rotbraungestrichene Keramik) : 7, mortier Umbau-Keramik 28 = Chenet 360 ; 8, assiette Barbarathermen 16a = Chenet 308 = Alzey 9/11 ; 9, mortier Umbau-Keramik 41 = Alzey 31.

DAO : S. Ritz (Inrap) ; d’après Unverzagt 1916 ; Chenet 1941 ; Cabart et al. 2011 ; Gama et al. 2011 ; Gazenbeek et al. 2023.

Fig. 14 – Sélection de mobilier représentatif de l’occupation des abords de l’amphithéâtre aux ve-vie s. à Metz/Mettis

Fig. 14 – Sélection de mobilier représentatif de l’occupation des abords de l’amphithéâtre aux ve-vie s. à Metz/Mettis

Vaisselle en verre : 1, coupe Feyeux 81 ; 2, gobelet à trompes Feyeux 42 ; 3, gobelet conique Feyeux 51 ; 4, coupes moulées à décor de chrisme. Tabletterie : 5 et 6, peignes en os à décor d’ocelles. Lapidaire : 7, fragment de stèle funéraire paléochrétienne avec l’épitaphe [Hic req- ou q]uiescit | [--- qui] vixit annos XXII (Ici repose —, qui a vécu 22 ans).

DAO : S. Ritz (Inrap), d’après Feyeux 1995 ; Cabart et al. 2011, p. 79, fig. 8 ; Gama et al. 2012a, p. 28, fig. 9 et p. 32, fig. 16 ; Vipard 2015, p. 139, fig. 3.

41La métallurgie du fer est documentée par une masse de près de 800 kg de déchets de production (scories, parois de four, culots de forge, demi-produits), tandis que le travail des matières dures animales (os et bois de cerf) est attesté par quelques 350 déchets de fabrication, dont des ébauches de peignes, d’étuis et d’épingles (Bertrand-Gehin, Gama 2010 ; Cabart et al. 2011 ; Gama et al. 2011 ; 2012a ; 2012b). Quelques poinçons et fusaïoles en os, ainsi que des aiguilles et épingles en alliage cuivreux, pourraient en outre signaler un travail des textiles (Gama et al. 2012a ; Dreier et al. 2016). Les céramiques associées à cette phase d’occupation relèvent d’un répertoire encore fortement romanisé, principalement composé de céramiques rugueuses de l’Eifel (fig. 13, nos 1, 2 et 3), de sigillées tardives d’Argonne (fig. 13, nos 4 et 5) et de dérivée de sigillées (fig. 13, nos 7, 8 et 9) (Cabart et al. 2011 ; Gama et al. 2011 ; Dreier et al. 2016 ; Gazenbeek et al. 2023). Trois vases en pierre ollaire, ainsi que quelques vases en verre à décor moulé remarquable (fig. 14, nos 1, 2 et 3), forment des marqueurs de pratiques de consommation élitaires (Cabart et al. 2011 ; Gama et al. 2012a). Ils sont associés à des objets en matière dure animale de belle facture (fig. 14, nos 5 et 6) et s’accordent assez bien avec le corpus de restes fauniques, qui témoigne d’une alimentation riche, principalement fondée sur le bœuf – les ovicaprinés sont remarquablement rares – et comprenant une part importante de gibier et de poissons d’eau douce, y compris des taxons rarement attestés : aurochs, cerf, ours, sanglier, brochet, silure, aigle pygargue (Gama et al. 2013a ; Dreier et al. 2016). Cette consommation cynégétique semble renvoyer à un fort statut social, la chasse étant fréquemment mise en scène comme symbole de pouvoir dans l’iconographie de l’époque romaine tardive (Legoux 2008, p. 334). Le numéraire découvert dans le comblement des fosses et dans les niveaux contemporains (79 unités), essentiellement composé d’émissions du dernier tiers du iiie et du ive s. remises en circulation aux ve-vie s., révèle une circulation monétaire intense à cette période, probablement liée à des activités commerciales (Laffite 2019). Deux coupes en verre à décor moulé (fig. 14, no 4) et cinq fragments d’inscriptions paléochrétiennes (fig. 14, no 7) suggèrent la présence de populations christianisées aux abords de l’amphithéâtre (Cabart et al. 2011 ; Trapp 2012 ; Vipard 2015, nos 2-6 ; Dreier et al. 2016).

42Le secteur de l’amphithéâtre pourrait en outre avoir accueilli une ou plusieurs fondations ecclésiales anciennes. Saint Clément, le premier évêque de Metz, aurait installé un oratoire « in cavernis amphitheatri quod extra urbem situm est » selon la tradition rapportée par Paul Diacre au viiie s. (Liber de episcopis Mettensibus, II, p. 261). Les fouilles de l’amphithéâtre conduites en 1902-1903 ont révélé, dans la fosse aux machines préalablement remblayée, un petit bâtiment tardo-antique de plan rectangulaire, divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes de remploi fondées sur des pieux en sapin (fig. 15, A et B). Le sol était constitué d’un dallage en calcaire et peut-être d’une mosaïque, à en juger par la découverte de tesselles en pâte de verre à proximité de l’édifice. Les fouilleurs ont proposé d’y voir le sanctuaire primitif de Saint-Clément, principalement en raison de son plan basilical et de la découverte de quatre fragments d’épitaphes paléochrétiennes dans la fosse aux machines (RICG I, 251-253 ; Schramm et al. 1902, p. 348-367 et pl. IX ; Vipard 2015, no 1). Deux de ces inscriptions peuvent remonter au ve s. (fig. 15, E), mais le contexte stratigraphique des découvertes est peu clair ; il est difficile de savoir s’il s’agit du remblai situé sous l’édifice à colonnes ou du niveau de démolition le surmontant (Schramm et al. 1902, p. 351-352 ; Gauthier 1986, p. 42 ; Bayard 1990, p. 276 ; Vipard 2015, p. 137). Il faut également mentionner un pied de labrum à fût torsadé en marbre (fig. 15, C), découvert dans l’amphithéâtre par Louis de Cormontaigne lors de la construction de la redoute du Pâté en 1736, qui doit provenir de thermes ou d’une très riche demeure à l’origine et pourrait avoir été remployé dans un cadre liturgique (Schramm et al. 1902, p. 365). Une église Saint-Pierre-aux-Arènes (Sanctus Petrus in Arenam) est par ailleurs attestée dans le secteur de l’amphithéâtre au viiie s. par la liste stationnale de la procession de Carême (Bour, Klauser 1929 ; Gauthier 1986, p. 33-53). Une plaque gravée découverte en 1902, présentant un décor figurant un cerf, un poisson et une croix monogrammatique dans un soleil, cantonnée d’un début d’abécédaire (fig. 15, D), est peut-être à mettre en relation avec cet édifice. Les parallèles indiquent que l’objet pourrait provenir d’un baptistère et qu’il n’est pas antérieur au viie s. ; il pourrait par conséquent être en relation avec l’église attestée par la liste stationnale (RICG I, 254 ; Gauthier 1986, p. 42 ; Vipard 2015, p. 137).

Fig. 15 – Indices trouvés de la présence d’un sanctuaire paléochrétien dans l’amphithéâtre à Metz/Mettis

Fig. 15 – Indices trouvés de la présence d’un sanctuaire paléochrétien dans l’amphithéâtre à Metz/Mettis

A, plan du monument ; B, aménagements tardo-antiques dans la salle des machines ; C, pied de labrum découvert en 1736 par Louis de Cormontaigne dans l’amphithéâtre ; D, plaque baptismale (?) trouvée dans l’amphithéâtre en 1902, gravée d’un cerf, d’un poisson et d’une croix monogrammatique solaire contenant un monogramme chi-rhô cantonné d’un début d’abécédaire, datée du viie s. ou après ; E, fragment d’inscription funéraire paléochrétienne avec l’épitaphe Hic q(u)ie(s)c[it] │Princepiu[s], datée du ve s. ; F et G, salle des machines en cours de fouille, vue du sud ; H, salle des machines en cours de fouille, vue du nord.

DAO : G. Brkojewitsch (Eurométropole de Metz) ; S. Ritz (Inrap), d’après Schramm et al. 1902 ; cliché C : L. Kieffer (musée de la Cour d’Or - Eurométropole de Metz) ; cliché D : P. Vipard, RICG I, 254 ; cliché E : P. Vipard, RICG I, 251.

43Ce cas de figure ne serait pas exceptionnel : des sanctuaires paléochrétiens sont attestés dans les amphithéâtres de Tarragone en Tarraconaise (Godoy Fernández 1994), de Salone en Dalmatie (Bulić 1914), de Césarée Maritime en Judée (Porath 1995) ou encore de Nicée en Bithynie et Durrës en Illyrie (Bowes 2014). Ils semblent généralement être en relation avec un culte martyrial. À Barcelone, des traces plus incertaines et des preuves indirectes semblent indiquer l’existence d’un édifice chrétien (Sancta Maria Arenae) de l’Antiquité tardive à l’emplacement supposé de l’amphithéâtre de Barcino (Sales Carbonnell 2011). L’existence d’une basilique paléochrétienne dans l’amphithéâtre de Metz à la fin du ive s. ou au ve s. est, en raison de ces nombreuses occurrences, aujourd’hui tenue pour plausible, sans être certaine (Bour, Klauser 1929, p. 573 ; Gauthier 1980, p. 21 ; 1986, p. 33-53 ; Bayard 1990, p. 275-276 ; Brunella et al. 1992, p. 28-29 ; Heitz 1998 ; Vipard 2015, p. 135-136). Sa fondation par saint Clément relève en revanche de la tradition, puisque l’existence du premier évêque de la ville remonte au iiie s. d’après le catalogue épiscopal (voir supra, § 14, n. 3), alors que l’édifice basilical de l’amphithéâtre ne peut être antérieur à la fin du ive s., d’après les monnaies (à l’effigie de Constantin et de Gratien) et les tuiles estampillées (au nom d’Adiutex, comme à Saint-Pierre-aux-Nonnains et dans la basilique de Constantin à Trèves ; voir supra, § 13) découvertes dans le remblai sous-jacent (Gauthier 1975, p. 48 ; 1980, p. 16-21 ; Bayard 1990, p. 288 ; Brunella et al. 1992, p. 28-29). Pour N. Gauthier, il pourrait s’agir de l’ecclesia primitive de Metz avant le transfert du siège épiscopal à Saint-Étienne vers le milieu du ve s. (Gauthier 1980, p. 17-21 et 142-143 ; 1986, p. 42-43). Un fragment d’inscription découvert dans une des fosses du ve-vie s. pourrait conforter cette hypothèse : elle mentionne très probablement des [con]sistent[es], terme utilisé dans l’Antiquité tardive pour désigner les membres de la communauté organisée des chrétiens et leur lieu de rassemblement (Vipard 2015, p. 141-142, no 5). Dans ces conditions, l’église Saint-Jean mentionnée par la liste stationnale du viiie s., qui serait voisine de l’amphithéâtre, pourrait correspondre au baptistère de ce premier groupe cathédral (Vipard 2015, p. 142, no 31). Mais la datation du texte n’est pas certaine, et il est également possible qu’il désigne des étrangers à la cité résidant dans celle-ci, selon l’acception du terme au Haut-Empire (Vipard 2015, p. 141). La primauté de Saint-Pierre-aux-Arènes sur Saint-Étienne ne fait toutefois pas l’unanimité. Paul Diacre aurait surtout cherché à justifier l’ancienneté de l’église messine, en attribuant sa fondation à un premier évêque Clément, disciple de l’apôtre Pierre (Pietri 1976, p. 196). Par ailleurs, si Saint-Pierre-aux-Arènes est bien le seul lieu de culte possiblement antérieur à Saint-Étienne en l’état des connaissances, rien ne permet pour autant de faire remonter cette église au iiie s., ni même avant le dernier tiers du ive s. : elle ne convient donc pas non plus comme siège épiscopal contemporain des premiers évêques messins historiques. En somme, on peut considérer que l’existence d’un sanctuaire chrétien dans l’amphithéâtre est probable à compter de la fin du ive s. ou plus vraisemblablement au ve s. – le culte des martyrs n’est guère attesté en Gaule avant le milieu de ce siècle (Beaujard 2000) –, mais que son antériorité par rapport à l’oratoire Saint-Étienne, et a fortiori son statut de premier siège épiscopal de la ville, restent parfaitement hypothétiques. Ce n’est d’ailleurs qu’à partir du milieu du ve s. que reprend l’occupation de ce secteur, d’après le mobilier collecté dans les fosses situées autour de l’amphithéâtre, qui atteste en sus la présence de populations aisées et de chrétiens, ce qui peut être vu comme un indice de la chronologie du sanctuaire. Quoi qu’il en soit, l’émergence d’un pôle religieux dans le secteur de l’amphithéâtre a probablement joué un rôle dans la fixation de l’occupation : la liste stationnale du viiie s., attestant l’existence de sept autres églises dans le quartier du Sablon à cette période, ainsi que la découverte d’une dizaine d’inscriptions paléochrétiennes dans et autour de l’amphithéâtre, suffisent à confirmer la présence de basiliques funéraires anciennes (RICG I, 251-254 ; Bour, Klauser 1929 ; Gauthier 1986, p. 33-53 ; Vipard 2015, nos 1-6).

44L’identification de l’habitat associé à l’occupation du ve et du vie s. reste problématique. Les fouilles de la ZAC du quartier de l’amphithéâtre ont mis en évidence au moins huit édifices en matériaux périssables sur poteaux porteurs vraisemblablement rattachables à cette phase, mais leur effectif et leur architecture – des modules simples à quatre poteaux – semblent bien modestes au regard de la culture matérielle révélée par le comblement des dépotoirs (Dreier et al. 2016 ; Gama et al. à paraître). Il n’est pas exclu qu’il s’agisse de bâtiments techniques et que les habitations soient situées en dehors des emprises fouillées. Il est également probable que des habitations se trouvent à l’intérieur de l’amphithéâtre, où le mobilier collecté lors des fouilles anciennes atteste sans ambiguïté une occupation importante entre la fin du ive et le début du vie s. (Schramm et al. 1902, p. 348-367 ; Bayard 1990 ; Gazenbeek et al. 2023, p. 379-380), c’est-à-dire largement contemporaine des fosses fouillées plus récemment en périphérie de l’édifice de spectacle. Les auteurs allemands supposaient d’ailleurs que la fosse aux machines avait connu un premier réaménagement sous la forme d’un habitat, dont proviendraient des restes d’hypocauste et des rejets domestiques. Ce n’est que dans un second temps que cet édifice aurait été transformé en lieu de culte (Schramm et al. 1902, p. 351-352 ; Bayard 1990, p. 276). Un empierrement observé au sommet du comblement de l’ancien fossé défensif pourrait en outre indiquer que l’amphithéâtre était desservi par un chemin périphérique au ve s. (fig. 16), mais il n’est pas exclu qu’il s’agisse plus simplement d’un remblai destiné à limiter le tassement du comblement du fossé (Gama et al. 2013b, p. 40).

Fig. 16 – Couche sommitale du fossé défensif entourant l’amphithéâtre à Metz/Mettis

Fig. 16 – Couche sommitale du fossé défensif entourant l’amphithéâtre à Metz/Mettis

A, détail de la surface empierrée ; B et C, le possible chemin vu du nord et de l’est ; D, dégagement du fossé après le démontage du ballast de pierre.

DAO : G. Brkojewitsch (Eurométropole de Metz) ; L. Sanson (Inrap) ; clichés : S. Augry, S. Alix (Inrap).

45Au-delà du vie s., la stratigraphie du site se caractérise par le développement de « terres noires ». Leur fouille, conduite selon des protocoles géo-archéologiques adaptés, a mis en évidence une stratification chronologique du mobilier, qui semble confirmer une formation très progressive de ces sédiments, du haut Moyen Âge à l’époque moderne. Le début du processus pourrait être la conséquence des rejets de diverses matières organiques liées à l’occupation tardo-antique, tandis que la partie supérieure de la séquence, plus épaisse, semble prioritairement procéder d’un mécanisme d’humification du sol provoqué par la mise en culture du terrain (Borderie 2011 ; Gama et al. 2013b). Ces observations, associées à l’absence de vestiges immobiliers postérieurs au début du vie s., semblent indiquer que le site n’a plus été occupé jusqu’à l’Époque moderne.

*

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46Bien que les lacunes restent nombreuses, les données archéologiques disponibles sur la ville de Metz et ses trois principaux quartiers extra muros permettent de dresser une première synthèse sur les modalités de leur occupation durant l’Antiquité tardive (fig. 17).

Fig. 17 – Proposition de chronologie comparée des quartiers urbains de Metz (Moselle) durant l’Antiquité tardive

Fig. 17 – Proposition de chronologie comparée des quartiers urbains de Metz (Moselle) durant l’Antiquité tardive

DAO : S. Ritz, L. Sanson (Inrap).

47Dans la ville intra muros, la présence de l’État et de l’armée est perceptible au ive s. au travers des sources écrites, des programmes architecturaux publics et de la présence de militaria. Un oratoire existait sans doute déjà au milieu du ve s. sur les pentes de la colline Sainte-Croix. Les données archéologiques concernant l’occupation domestique sont plus lacunaires, mais permettent de dégager quelques tendances, qui dépeignent une situation contrastée. Alors que les activités artisanales paraissent reléguées dans les quartiers périphériques depuis le iie s., des ateliers de métallurgie et de travail de l’os semblent se réinstaller dans certains secteurs du centre-ville à la fin du iiie s., à l’emplacement d’habitats ou de monuments publics déjà désaffectés. À partir de cette période, l’ensemble du périmètre fortifié par l’enceinte ne semble plus occupé : pour le ive et le ve s., les vestiges connus se concentrent dans la moitié nord de la ville, autour de la colline Sainte-Croix et du « petit amphithéâtre », alors que l’occupation paraît nettement plus clairsemée au sud, dans le secteur de la colline de la Citadelle. Des « terres noires » commencent à se former sur de vastes emprises, par l’apport de rejets domestiques, notamment des matériaux de construction périssables, et sans doute aussi de déchets artisanaux liés à la métallurgie ; en revanche, la mise en culture ou le pacage ne sont pas attestés.

48Dans les quartiers Outre-Seille et du Pontiffroy, on observe un abandon généralisé de l’habitat et un changement des modes d’occupation dès le début du ive s. Les seules structures de l’Antiquité tardive attestées au sein de ces deux quartiers correspondent à quelques tombes. Même les découvertes de mobilier sont extrêmement rares et se résument à de faibles quantités de numéraire du ive s., dont la répartition semble témoigner du maintien de l’utilisation de la voirie. Dans le quartier Outre-Seille, la découverte d’une fibule cruciforme pourrait en sus signaler la présence de la militia.

49Dans le quartier de l’amphithéâtre, les habitations qui s’étaient développées autour du monument à partir du iie s. ont été abandonnées et détruites durant la seconde moitié du iiie s. ou au début du ive s. Leurs matériaux de construction ont été massivement récupérés, peut-être en vue de fortifier l’amphithéâtre, dont les baies ont été comblées. À la même période, l’aménagement d’un large fossé autour de l’édifice de spectacle indique sans ambiguïté qu’il a acquis une fonction défensive. Loin d’être isolé, ce phénomène de mise en défense des édifices de spectacle s’observe également chez les Helvètes à Avenches/Aventicum (Matter 2009) et en Gaule Lyonnaise à Tours/Caesarodunum (Lefebvre 2019). Quelques militaria épars semblent indiquer la présence de militaires aux abords de l’amphithéâtre entre les années 340-360 et le milieu du ve s., alors que le fossé périmétral est déjà comblé depuis la première moitié du ive s. Une quinzaine de sépultures au moins ont été implantées à proximité du monument dans le courant du ive s. À cette période, hormis l’étape de mise en défense de l’amphithéâtre, la situation de ce secteur ne semble donc pas très différente de celle des autres quartiers extra muros, notamment à Outre-Seille : elle se caractérise schématiquement par un hiatus dans l’occupation domestique, associé à la présence de militaires et de tombes sporadiques.

50Ce n’est qu’à partir du milieu du ve s. que l’on observe un véritable changement dans la trajectoire des quartiers extra muros, avec l’émergence d’une occupation très particulière autour de l’amphithéâtre. Elle est principalement attestée par un semis dense de fosses, correspondant probablement à des structures d’extraction de sédiment, utilisées dans un second temps comme dépotoirs entre le milieu du ve s. et le début du vie s. Le mobilier extrêmement abondant recueilli dans leur comblement suggère la proximité d’une occupation dynamique et permet d’appréhender une partie de ses caractéristiques socio-économiques, qui traduisent la présence d’artisans, de commerçants, de consommateurs aisés et d’individus christianisés, ces quatre aspects ne renvoyant pas nécessairement à la même population. L’identification de l’habitat associé à cette occupation reste problématique, dans la mesure où les constructions rattachables à cette phase sont d’apparence assez fruste et trop clairsemées au regard des volumes de mobilier. Il est possible que l’essentiel de l’habitat à l’origine de ces rejets se trouve en dehors des emprises fouillées, peut-être à l’intérieur de l’amphithéâtre, où l’abondance du mobilier collecté lors des fouilles anciennes atteste une occupation importante aux ve-vie s.

51En l’état des connaissances, la situation de Metz durant l’Antiquité tardive évoque donc un processus de bipolarisation de l’urbanisme, opposant la ville repliée à l’intérieur de l’enceinte tardive à un second pôle d’occupation dynamique, situé à 500 m au sud de l’enceinte et centré sur l’amphithéâtre désaffecté. Cette situation n’est pas sans comparaison : elle rappelle à nouveau l’évolution de Tours à la fin de l’Antiquité, où la fortification de l’amphithéâtre et la fondation de la basilique Saint-Martin ont abouti à la formation de deux pôles urbains bien distincts (Galinié 2007). On peut également mentionner le cas de Clermont-Ferrand où, dans l’ancien espace périphérique tardo-antique, se développe le bourg monastique de Saint-Alyre, identifiable comme tel à partir du xiie s. Ce secteur, qui comprendrait une basilique paléochrétienne, est désigné dès le vie s. par Grégoire de Tours comme vicus christianorum (Pietri 1980 ; Grélois 2013, p. 68 ; Martinez 2017, p. 103-104). Par ailleurs, on peut considérer que ces exemples de bipolarisation de l’occupation ne sont que des cas particuliers d’une tendance à la multipolarisation qui semble être la règle plutôt que l’exception durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, où la ville est structurée par des tensions entre les pouvoirs politiques, économiques et religieux (Dufaÿ, Grataloup 2013). Dans ce contexte, l’intérêt de l’exemple messin tient à l’ampleur et à la fiabilité de la documentation archéologique disponible, qui permet d’examiner de façon détaillée certaines spécificités de l’occupation et ainsi d’entrevoir, mieux qu’ailleurs, les possibles déterminants de ces processus d’éclatement du tissu urbain. Sans en tirer de conclusions hâtives ou de portée générale, qui nécessiteraient d’être validées par davantage de comparaisons et une approche globale de la question, le cas de Metz met en exergue une série de paramètres qui pourraient avoir joué un rôle dans le processus de bipolarisation urbaine : la mise en défense de l’amphithéâtre, la réactivation des ateliers artisanaux, la présence de populations de fort statut social et l’érection d’un sanctuaire paléochrétien apparaissent comme autant de facteurs potentiels, dont il faudrait examiner l’importance dans d’autres chefs-lieux de cité tardo-antiques.

52Quoi qu’il en soit, le processus de bipolarisation ne semble pas avoir abouti à la fixation durable d’une seconde agglomération à Metz, puisque toute trace d’occupation domestique disparaît autour de l’amphithéâtre avant le milieu du vie s. Il est clair que d’autres espaces urbains entraient en concurrence avec le pôle économique et religieux (?) du quartier de l’amphithéâtre, puisque que l’oratoire beati Stephani, futur siège épiscopal, existait probablement déjà au milieu du ve s. sur les pentes de la colline Sainte-Croix. Un siècle plus tard environ, le cœur de ville ancien a été le théâtre d’une étape majeure du renforcement du pouvoir temporel à Metz avec l’installation de la résidence des rois mérovingiens (voir supra, § 15). Néanmoins, il est difficile d’expliquer la disparition du quartier de l’amphithéâtre par la concurrence de l’espace intra muros, car les sources médiévales montrent que le quartier du Sablon, dans lequel se trouve l’amphithéâtre, a conservé un dynamisme certain au-delà du vie s. : d’après la liste stationnale de 775, il n’abrite pas moins de dix églises à cette période, dont l’église des Saints-Apôtres fondée au ve ou vie s., qui accueille à partir du viie s. les tombeaux de membres de la famille des Pippinides et devient par la suite la puissante abbaye Saint-Arnoul (Gauthier 1986, p. 49). L’habitat médiéval est mal connu archéologiquement, mais les textes révèlent très clairement l’importance économique et la concurrence de plusieurs abbayes, particulièrement celles de Saint-Arnoul et de Saint-Clément, qui disposent d’un droit de foire et rivalisent pour obtenir le contrôle de la Seille. Les différentes sources écrites indiquent l’existence d’importants faubourgs abbatiaux au xiie s., dont l’origine pourrait être plus ancienne (Bour, Klauser 1929 ; Xandry 2013 ; Viller et al. 2019, p. 68-75). Ainsi, rien n’interdit d’envisager une continuité entre l’occupation tardo-antique des abords de l’amphithéâtre et les faubourgs médiévaux du Sablon, moyennant un glissement vers le sud et l’ouest. Il est d’ailleurs possible qu’une forme de bipolarité urbaine se soit maintenue jusqu’à la fin du Moyen Âge, entre le cœur de ville fortifié et un important faubourg abbatial, selon un modèle assez proche de celui de Clermont-Ferrand ou de Tours. L’ampleur des destructions dans le quartier du Sablon – rasé et intégré à un glacis lors des sièges de 1444 et 1552, puis reconstruit sous forme de ville neuve au xixe s. (Le Moigne 1986) – complique l’enquête archéologique et ne permet pas, pour l’instant, de suivre finement l’évolution de cet espace périurbain après l’Antiquité tardive.

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Bibliographie

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Sources anciennes

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Notes

1 Nos remerciements vont à Victoria Leitch, qui a bien voulu améliorer la traduction du résumé en anglais ; à Mmes Brigitte Boissavit-Camus, Pascale Chevalier, Jordina Maria Sales Carbonell et à MM. Sébastien Bully, Didier Bayard et Michel Kasprzyk, qui ont eu la gentillesse de nous aiguiller dans nos recherches ; à Julien Trapp, qui nous a ouvert les portes des réserves du musée de la Cour d’Or et nous a fourni de la documentation photographique ; à Pascal Vipard, qui nous a communiqué sa documentation écrite et iconographique sur les inscriptions paléochrétiennes de Metz ; à Carole Lafosse, qui a participé au dépouillement des archives et rapports d’opération de l’Inrap.

2 Dans l’objectif d’affiner la datation de l’enceinte tardo-antique, qui reste large, une opération de sondages programmés, visant notamment à extraire du mortier afin de procéder à des datations radiocarbone, a été menée en juin 2024 (Ritz et al. à paraître).

3 Le premier évêque historique de Metz, Victor, est mentionné dans les actes du pseudo-concile de Cologne de 346, qu’on sait depuis longtemps être un faux du viiie s., mais dont les signataires sont considérés comme authentiques (Gauthier 1980, p. 447-453). La liste épiscopale du sacramentaire de Drogon, également jugée fiable, indique par ailleurs que Victor est le cinquième ou sixième évêque de Metz, ce qui ferait remonter l’existence du premier évêque de la ville au iiie s. (Gauthier 1980, p. 17-23 ; 1986, p. 42).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan de la ville de Metz (Moselle) au Haut-Empire
Légende A, thermes du Carmel ; B, thermes de l’îlot Saint-Jacques ; C, forum (?) ; D, Maison Carrée (temple, basilique civile ?) ; E, « petit amphithéâtre » ; F, « Rome Salle » (thermes ?) ; G, cryptoportique, horreum (?) ; H, horrea ; I, grand amphithéâtre.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 535k
Titre Fig. 2 – Enceinte tardo-antique de la ville de Metz (Moselle)
Légende A, localisation des différents points d’observation ; B, courtine observée lors de la démolition de la citadelle moderne en 1901 ; C, soubassement de la courtine, composé de stèles funéraires en remploi, reconnu lors des travaux de construction du centre Saint-Jacques en 1974 ; D, parement de la courtine, identifié entre les rues de Chèvremont et des Boucheries Saint-Georges en 1962-1963 ; E, tour ronde mise au jour lors de la démolition de la citadelle moderne en 1901 ; F, gravure de Claude de Chastillon représentant les thermes du Carmel et une probable tour de l’enceinte, à l’arrière-plan à droite.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Fig. 3 – Plan de masse de la fouille de la chambre des métiers à Metz (Moselle), avec localisation des tombes de l’Antiquité tardive en marge de l’enceinte
Crédits DAO : G. Brkojewitsch, C. Dreier, S. Ritz, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap).
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 312k
Titre Fig. 4 – Mobilier découvert dans l’ensemble funéraire de la chambre des métiers de Metz (Moselle)
Légende A, sépulture no 2 : 1, bracelet composite à perles de verre enfilées sur un jonc filiforme en alliage cuivreux, placées dans des alvéoles formées par deux rubans en tôle d’alliage cuivreux ; 2, bracelet en alliage cuivreux à deux joncs torsadés tenus par un anneau ; 3, bracelet en alliage cuivreux à jonc plat décoré de stries incisées ; 4, épingle à cheveux en os ; 5, épingle à cheveux à tête polyédrique en alliage cuivreux ; 6, perles de verre colorées. B, sépulture no 11 : 1, fibule en arbalète de type germanique ; 2, ferret de ceinturon ; 3, applique de ceinturon. C, sépulture no 13 : boucle et garniture de ceinturon. D, sépulture no 23 : 1, cruche en céramique commune claire ; 2, bracelet à jonc torsadé en alliage cuivreux ; 3, anneau sigillaire en alliage cuivreux ; 4, bague en alliage cuivreux ; 5, collier de perles de verre et pendentif en alliage cuivreux ; 6, collier de perles en matière dure animale. E, sépulture no 26 : bouteille en verre à panse sphérique de type Isings 101. F, sépulture no 17 : boucle d’oreille en alliage cuivreux. G, sépulture no 27 : anneau de ceinturon. H, sépulture no 34 : boucle de ceinturon. I, mobilier erratique : 1, jatte en céramique rugueuse ; 2, gobelet en céramique métallescente tardive d’Argonne.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 377k
Titre Fig. 5 – Topographie monumentale et religieuse de Metz/Mettis durant l’Antiquité tardive
Légende A, thermes (?) de Saint-Pierre-aux-Nonnains ; B, oratorium beati Stephani (emplacement actuel du groupe épiscopal) ; C, amphithéâtre fortifié à la fin du iiie s., oratorium Sanctus Petrus in Arenam (?) et quartier d’habitat des ve-vie s.Habitat : D, couvent de la Visitation, Hauts-de-Sainte-Croix ; E, rue du Chanoine-Collin ; F, colline Sainte-Croix ; G, rue Taison ; H, thermes du Carmel ; I, rue de la Pierre-Hardie ; J, place de la République ; K, place de la République.Artisanat : L, thermes Saint-Jacques ; M, arsenal Ney.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 513k
Titre Fig. 6 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier du Pontiffroy à Metz (Moselle)
Légende A, église Saint-Livier (1978) ; B, parking du conseil de région (1986) ; C, hôtel de police (1983-1985) ; D, salle du conseil Saint-Clément (1987) ; E, jardin du Mail (1988) ; F, immeuble Saint-Vincent (1994) ; G, rue Paille-Maille (2012).
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 447k
Titre Fig. 7 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier d’Outre-Seille à Metz (Moselle)
Légende A, rue Mabille (1985) ; B, îlot de la Visitation (1992-1994) ; C, 4-8 rue du Petit-Champé (1994) ; D, 42 rue Haute-Seille (1998) ; E, ZAC Turmel, 16-24 rue du Wad-Billy (2001) ; F, place Mazelle (2010) ; G, point d’apport volontaire rue Mazelle (2014-2016) ; H, point d’apport volontaire rue de Turmel/rue du Wad-Billy (2014-2016) ; I, point d’apport volontaire rue Vigne-Saint-Avold (2014-2016).
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 536k
Titre Fig. 8 – Localisation des principales interventions archéologiques dans le quartier du Sablon à Metz (Moselle)
Légende A, grand amphithéâtre (1902-1903) ; B, place du Général-de-Gaulle (1994) ; C, ZAC amphithéâtre, 1re et 2e tranches (2006-2008) ; D, ZAC amphithéâtre, 3e tranche (2010).
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 602k
Titre Fig. 9 – Fossé défensif ceinturant le grand amphithéâtre de Metz (Moselle)
Légende A, relevé en coupe ; B, profil du fossé, vu depuis l’est ; C, sépulture 10163 à inhumation triple découverte dans le comblement supérieur du fossé, vue depuis l’est ; D, courbe de calibration Oxcal de la datation radiocarbone réalisée sur les ossements de la sépulture 10163.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Fig. 10 – Plan du quartier de l’amphithéâtre au Haut-Empire à Metz/Divodurum
Crédits DAO : C. Dreier, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; plan réalisé sur la base du SIG de l’Eurométropole de Metz et du SIG Caviar de l’Inrap.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 251k
Titre Fig. 11 – Plan du quartier de l’amphithéâtre du ive au vie s. à Metz/Mettis
Crédits DAO : C. Dreier, L. Sanson (Eurométropole de Metz, Inrap) ; plan réalisé sur la base du SIG de l’Eurométropole de Metz et du SIG Caviar de l’Inrap.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 204k
Titre Fig. 12 – Éléments découverts dans le quartier de l’amphithéâtre à Metz (Moselle) et témoignant d’une éventuelle présence militaire aux ive-ve s.
Légende A, fibule cruciforme de type Keller/Pröttel 3/4b issue d’un niveau d’utilisation de l’esplanade située face à l’amphithéâtre ; B, agrafe de ceinturon de type Jülich/Samson provenant d’une fosse tardo-antique.
Crédits DAO : M. Brunet, C. Dreier (Eurométropole de Metz).
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 145k
Titre Fig. 13 – Sélection de céramiques représentatives de l’occupation des abords de l’amphithéâtre aux ve-vie s. à Metz/Mettis
Légende Céramique rugueuse de l’Eifel : 1, pot ansé Alzey 30 ; 2, pot globulaire Alzey 27 ; 3, jatte Alzey 28. Céramique sigillée tardive d’Argonne : 4, bol Chenet 320 et les deux décors à la molette les plus fréquents (U.C. 168 et U.C. 174) ; 5, terrine Chenet 324 ; 6, assiette Chenet 308 = Alzey 9/11. Dérivée de sigillée (Rot-/Rotbraungestrichene Keramik) : 7, mortier Umbau-Keramik 28 = Chenet 360 ; 8, assiette Barbarathermen 16a = Chenet 308 = Alzey 9/11 ; 9, mortier Umbau-Keramik 41 = Alzey 31.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 235k
Titre Fig. 14 – Sélection de mobilier représentatif de l’occupation des abords de l’amphithéâtre aux ve-vie s. à Metz/Mettis
Légende Vaisselle en verre : 1, coupe Feyeux 81 ; 2, gobelet à trompes Feyeux 42 ; 3, gobelet conique Feyeux 51 ; 4, coupes moulées à décor de chrisme. Tabletterie : 5 et 6, peignes en os à décor d’ocelles. Lapidaire : 7, fragment de stèle funéraire paléochrétienne avec l’épitaphe [Hic req- ou q]uiescit | [--- qui] vixit annos XXII (Ici repose —, qui a vécu 22 ans).
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 444k
Titre Fig. 15 – Indices trouvés de la présence d’un sanctuaire paléochrétien dans l’amphithéâtre à Metz/Mettis
Légende A, plan du monument ; B, aménagements tardo-antiques dans la salle des machines ; C, pied de labrum découvert en 1736 par Louis de Cormontaigne dans l’amphithéâtre ; D, plaque baptismale (?) trouvée dans l’amphithéâtre en 1902, gravée d’un cerf, d’un poisson et d’une croix monogrammatique solaire contenant un monogramme chi-rhô cantonné d’un début d’abécédaire, datée du viie s. ou après ; E, fragment d’inscription funéraire paléochrétienne avec l’épitaphe Hic q(u)ie(s)c[it] │Princepiu[s], datée du ve s. ; F et G, salle des machines en cours de fouille, vue du sud ; H, salle des machines en cours de fouille, vue du nord.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Fig. 16 – Couche sommitale du fossé défensif entourant l’amphithéâtre à Metz/Mettis
Légende A, détail de la surface empierrée ; B et C, le possible chemin vu du nord et de l’est ; D, dégagement du fossé après le démontage du ballast de pierre.
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
Titre Fig. 17 – Proposition de chronologie comparée des quartiers urbains de Metz (Moselle) durant l’Antiquité tardive
Crédits DAO : S. Ritz, L. Sanson (Inrap).
URL http://journals.openedition.org/gallia/docannexe/image/9673/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 169k
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Pour citer cet article

Référence papier

Gaël Brkojewitsch, Christian Dreier, Simon Ritz et Luc Sanson, « La topographie de Metz durant l’Antiquité tardive », Gallia, 82 | 2025, 309-340.

Référence électronique

Gaël Brkojewitsch, Christian Dreier, Simon Ritz et Luc Sanson, « La topographie de Metz durant l’Antiquité tardive », Gallia [En ligne], 82 | 2025, mis en ligne le 08 janvier 2026, consulté le 15 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/gallia/9673 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15h4h

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Auteurs

Gaël Brkojewitsch

Service archéologie préventive de l’Eurométropole de Metz ; chercheur associé sous convention Aix Marseille Univ, CNRS, CCJ, Aix-en-Provence, France ; 14 rue de la Mouée, F-57071 Metz

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Christian Dreier

Service archéologie préventive de l’Eurométropole de Metz ; 14 rue de la Mouée, F-57071 Metz

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Simon Ritz

Inrap ; UMR 6298 – Archéologie, Terre, Histoire, Sociétés (ARTEHIS) ; 12 rue de Méric, CS 80005, F-57063 Metz Cedex 2

Luc Sanson

Inrap ; UMR 7324 – Cités, Territoires, Environnement et Sociétés (CITERES) ; 12 rue de Méric, CS 80005, F-57063 Metz Cedex 2

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Collaborateurs

Stéphane Alix

Inrap; CNRS-UFC, UMR 6249 – Laboratoire Chrono-Environnement (LCE) ; 5 rue Fernand-Holweck, F-21000 Dijon

Stéphane Augry

Inrap ; UMR 6566 – Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire (CReAAH) ; rue du Tertre, F-44470 Carquefou

Jean-Denis Laffite

Inrap ; 12 rue de Méric, CS 80005, F-57063 Metz Cedex 2

Franck Gama

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