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Cinq occupations du Paléolithique moyen du Début Glaciaire weichselien : le gisement de Soindres (Yvelines). Stratigraphie et industries lithiques

Jean-Luc Locht et Christine Chaussé
Traduction(s) :
Five Middle Palaeolithic occupations from the Early Weichselian glacial: the Soindres deposit (Yvelines). Stratigraphy and lithic industries. [en]

Résumés

Résumé. La fouille du gisement paléolithique moyen a permis l’observation d’une séquence pédosédimentaire exceptionnellement dilatée et rapportée à la dernière glaciation. Cinq niveaux d’occupation paléolithique en place (A, B, C, D, F) ont été distingués en stratigraphie. Un sixième est en position remaniée. Ils sont contenus dans des dépôts du début de la dernière glaciation (Weichselien ancien) et sont contemporains des stades isotopiques 5c à 5a. Ces industries lithiques ont des caractéristiques techniques similaires. Le débitage est orienté vers la production de pointes, de lames et d’éclats. L’association de ces trois chaînes opératoires est une des spécificités des industries du Début Glaciaire weichselien dans le Nord de l’Europe, regroupées sous l’appellation de « Technocomplexe du Nord-Ouest ». Ce courant culturel s’étend de la Seine au Rhin durant le Weichselien ancien, soit une durée de près de 40 000 ans.

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Texte intégral

Avant-propos

1La fouille du gisement de Soindres a eu lieu en 2004. Un ensemble de circonstances malheureuses, notamment le décès de M. Duplessis en charge de l’étude du matériel lithique, a retardé la phase d’étude et la remise du rapport de fouille. Suite à une volonté collégiale de diffuser les principaux apports scientifiques de ce gisement remarquable, l’ensemble des données et textes existants a été repris. Un court réexamen des séries lithiques a été effectué. Une attention particulière a été portée aux nucléus sur lesquels est basée l’identification des chaînes et des schémas opératoires. Les différents plans du matériel archéologique ont été réactualisés mais l’analyse de la répartition spatiale des vestiges n’a pu être effectuée de façon approfondie car il aurait fallu réexaminer l’ensemble du matériel lithique et reprendre toutes les données topographiques. Pour les mêmes raisons, les projections verticales du matériel archéologique n’ont pu être réalisées. Plusieurs axes de travail restent à réaliser sur le gisement de Soindres dans le cadre de mémoires universitaires (analyses spatiales, fonctionnelles…). Mais il paraissait souhaitable de diffuser auprès de la communauté scientifique les premiers résultats des études sur les cinq séries lithiques et leur position chronostratigraphique qui font du site de Soindres une référence incontournable pour la connaissance du Début Glaciaire weichselien.

Localisation du gisement

2Localisé au nord du département des Yvelines au nord-ouest de l’Île-de-France, le site paléolithique de Soindres est situé en tête d’un petit vallon sec dissymétrique dit « Fond du Paradis ». Orienté SSE-NNO, il dissèque le rebord du plateau du Mantois et débouche dans le fond de la vallée de la Seine (fig. 1).

Fig. 1. 1a. Localisation du gisement de Soindres ; 1b. Extrait de la carte géologique harmonisée (feuille de Mantes-la-Jolie, BRGM) et localisation du site de Soindres « le-Bordel » (78)

Fig. 1. 1a. Localisation du gisement de Soindres ; 1b. Extrait de la carte géologique harmonisée (feuille de Mantes-la-Jolie, BRGM) et localisation du site de Soindres « le-Bordel » (78)

Légende lithologique. c4-5. Craie, Coniacien-Santonien ; c6. Craie blanche, Campanien ; e3. Argile bariolée, Yprésien inférieur ; e3-4. Argile et sable cuisien, Yprésien ; e5. Calcaire grossier, Lutétien ; e6. Sable et calcaire, Bartonien inférieur et moyen ; e7a-b. Calcaire de Champigny, Bartonien supérieur, Ludien ; g1b. Marne et Meulière, Stampien moyen Sannoisien ; g2a. Sable de Fontainebleau, Stampien moyen ; g2b. Argile et meulière de Montmorency, Stampien supérieur ; m1b. Sable de Lozères, Burdigalien ; RS et LP. Argile à silex résiduelle et Limon des plateaux ; C. Dépôts de pente ; Fz. Alluvions modernes ; Fyb. Alluvions anciennes de bas niveau ; Fya. Alluvions anciennes de moyen niveau ; Fx. Alluvions anciennes de haut niveau ; p2. Alluvions de très haut niveau

DAO C. Chaussé/Inrap

3Culminant à une altitude de 140-130 m NGF, le plateau domine de 120-110 m le fond de vallée de la Seine (± 20 m NGF). Il est façonné dans les dernières craies du Crétacé supérieur (Coniacien, Santonien, Campanien ; C4-5-6 ; cartes géologiques du BRGM, feuilles 181 et 151 de Houdan et Mantes-la-Jolie). Elles sont recouvertes en discordance et sur le secteur par une succession rapide de dépôts argileux, sableux et marno-calcaires éo-oligocènes (e3, e4, e5, e6, e7, g1). L’ensemble est nappé sur les surfaces faitières et leurs versants par des séries limoneuses et des colluvions qui en dérivent (LP et C) d’âge quaternaire. Ces séries se rattachent aux couvertures lœssiques qui recouvrent sur de fortes épaisseurs la Normandie et ses marges sud et est (Dewolf et al. 1981, Lautridou 1985).

4Le site de Soindres, au lieu-dit « le-Bordel » a été reconnu le long du talus sud-ouest du vallon du « Fond du Paradis ». Versant sous le vent exposé au nord-est, il est nappé par des ensembles limoneux d’origine éolienne, mâtinés de particules sableuses soufflées depuis les entablements stampiens reconnus à peu de distance au sud-ouest. Remaniée pour partie sur le versant, la séquence observée présente une puissance excédant 13 m en épaisseur cumulée (fig. 2a). Elle distingue plusieurs unités sédimentaires (US) qui globalement se pincent vers le haut du versant et s’épaississent vers l’aval de la pente (fig. 3). Plusieurs d’entre elles ont livré des vestiges du Paléolithique moyen ; six niveaux archéologiques ont ainsi été distingués, numérotés des plus récents aux plus anciens de A à F.

Fig. 2. a. Profil stratigraphique synthétique de Soindres, numérotation des unités sédimentaires et position des niveaux d’industrie préhistorique dans la séquence de synthèse. b. Synthèse simplifiée des principales observations micromorphologiques, des traits/caractères les plus anciens aux plus récents

Fig. 2. a. Profil stratigraphique synthétique de Soindres, numérotation des unités sédimentaires et position des niveaux d’industrie préhistorique dans la séquence de synthèse. b. Synthèse simplifiée des principales observations micromorphologiques, des traits/caractères les plus anciens aux plus récents

1. Fissuration lamellaire sur lœss non calcaire ; 2. Bioturbation ; 3. Argilanes orangés oxydés à dégradation texturale ; 4. Revêtements comprimés ; 5. Ovoïdes de gélifluxion ; 6. Bandes silto-organiques en intercalation ± horizontales ; 7. Biorturbation ; 8. Argilanes jaunes à dégradation texturale ; 9. Fracturation des revêtements ; 10. Revêtements silto-argileux et oxydation ; 11. Bioturbation ; 12. Argilanes ± humifères brun-gris, peu biréfringents fins comprimés ; 13. Argilanes jaunes biréfringents ± poussiéreux comprimés ; 14. Revêtements comprimés et fissuration lamellaire en profondeur ; 15. Bandes silto-humifères en intercalation et siltanes/squeletannes logés dans des structures en V ; 16. Bioturbation ; 17. Imprégnations ferriques ; 18. Argilanes ± humifères jaune-orangé à brun-orangé à dégradation texturale ; 19. Argilanes très humifères brun-rouge, nettement lités ; 20. Fissuration lamellaire discrète ; 21. Nodules Femn roulés et petits cailloutis de silex ; 22. Bioturbation ; 23. Imprégnations ferri-organiques ; 24. Débris organiques finement fragmentés dans la masse fine ; 25. Argilanes jaune-orangé, biréfringents et ± orientés ; 26. Revêtements humifères ± argileux, brun-orangé, nettement microlités, moyennement biréfringents ; 27. Nodules Fe-Mn roulés ; 28. Fissuration lamellaire ; 29. Ovoïdes de gélifluxion passant en profondeur à des agrégats ± émoussés ; 30. Lits fins sableux/limoneux ; 31. Nodules Fe-Mn et petits cailloutis de silex ; 32. Structure grumeleuse nette ; 33. Bioturbation ; 34. Revêtements humifères fins brun-gris ; 35. Débris organiques finement fragmentés dans la masse fine ; 36. Porosité vésiculaire ; 37. Nodules Fe-Mn roulés ; 38. Litages sableux ; 39. Structure grumeleuse tassée ; 40. Carbonates secondaires ; 41. Bioturbation ; 42. Fissuration lamellaire (observation macroscopique) ; 43. Argilanes humifères brun-gris, moyennement biréfringents et mal orientés ; 44. Juxtaposition de zones éluviées et illuviées ; 45. Argilanes jaune-brun microlités, biréfringents et bien orientés ; 46. Argilanes argilo-humifères jaune-brun moyennement orientés

DAO C. Chaussé/Inrap

Fig. 3. La séquence sédimentaire de Soindres « le-Bordel ». Vues générale (a) et de détail (b) des profils sédimentaires localisés dans l’angle sud-est de la fouille développés au-dessus du substrat crétacé et position des horizons marqueurs

Fig. 3. La séquence sédimentaire de Soindres « le-Bordel ». Vues générale (a) et de détail (b) des profils sédimentaires localisés dans l’angle sud-est de la fouille développés au-dessus du substrat crétacé et position des horizons marqueurs

US 13-9. Complexe de Sols de Saint-Sauflieu de Soindres ; US 6. Sol de Saint-Acheul/Villiers-Adam de Soindres

DAO C. Chaussé/Inrap

5Le gisement, situé sur le tracé de la déviation de la RD 928, a fait l’objet d’une fouille préventive en 2004 sur une superficie de 1 090 m².

Évolution pédosédimentaire de la séquence lœssique de Soindres, position des industries du Paléolithique et interprétation chronostratigraphique

6L’étude et l’analyse de la séquence sédimentaire a été entreprise afin de

  • replacer chacun des niveaux préhistoriques dans la chronologie relative des dépôts ;
  • et proposer in fine leur calage chronostratigraphique par comparaison moyenne-longue distance avec notamment les séries de lœss weichseliens étudiées en Picardie (Antoine et Locht 2015, Antoine et al. 2016).

7Ces travaux sont basés sur une lecture climatosédimentaire de la séquence de dépôts menée grâce à une analyse micromorphologique. Faute de moyen, celle-ci n’a pu être étendue à l’ensemble de la séquence notamment dans sa partie sommitale ni être complétée par des analyses granulométriques et géochimiques permettant de préciser les qualités texturales et élémentaires des sédiments rencontrés.

Caractérisation litho-pédosédimentaire

8Le profil cumulatif élaboré ici qui synthétise l’ensemble de la séquence de Soindres distingue une vingtaine d’unités sédimentaires constituées pour l’essentiel de dépôts fins à dominante limoneuse (fig. 2a ; tabl. 1). Reposant sur des argiles à silex (US 20) d’âge anté-quaternaire, la séquence compte des unités détritiques formées d’apports éoliens ou gravitaires interstratifiés par des unités pédosédimentaires. Les premières témoignent globalement de phases de déstabilisation du milieu induites par des conditions climatiques dégradées et froides ou glaciaires. Les secondes sont caractérisées par des traits pédologiques spécifiques signalant, dans leur ensemble, la primauté des processus d’altération physicochimiques sur le détritisme.

Tabl. 1. Synthèse litho-pédosédimentaire des observations réunies sur le terrain à Soindres « le-Bordel », synthèse simplifiée des observations micromorphologiques et interprétations

Tabl. 1. Synthèse litho-pédosédimentaire des observations réunies sur le terrain à Soindres « le-Bordel », synthèse simplifiée des observations micromorphologiques et interprétations

9Ces derniers traits désignent des paléosols dont la construction relève de conditions globales plus clémentes et/ou plus humides. À Soindres, plusieurs faciès pédosédimentaires ont été identifiés (fig. 2b, tabl. 1) ; ils sont réduits le plus souvent à leur horizon profond. En effet, dans les séquences quaternaires anté-Holocène, les paléosols apparaissent plus ou moins tronqués de leurs termes supérieurs par érosion (Paepe 1968). Quoi qu’il en soit, cinq classes de sol ont été définies par comparaison avec les horizons de référence des analogues actuels.

10Deux Sols Bruns Lessivés aussi appelés Luvisols dans la nomenclature révisée (Duchaufour 1977, Baize et Girard 2009) ont été reconnus, l’un au sommet de la séquence, l’autre à sa base (US 1 et 16 ; fig. 2a, tabl. 1). Ces sols sont caractérisés par la présence d’un horizon d’accumulation argileux, dit horizon BT. Il est matérialisé par des argilanes globalement limpides, fortement colorés jaune à jaune orangé, nettement biréfringents et bien orientés qui occupent les vides structuraux et biologiques (Duchaufour 1977, Jamagne et Fedoroff, 1969). Aujourd’hui, les Luvisols se développent sous des latitudes tempérées à influence océanique, comme en Europe du nord-ouest. Construits sous une couverture forestière à feuillus dominants, ils y bénéficient d’un régime hydrique udique déterminé par des précipitations bien réparties sur l’année (Soil taxonomy 1975, Duchaufour 1977, Bronger et al. 1998, Calvet 2003).

11Des Sols Gris Forestiers ou Greyzem ou encore Grisol dans la nomenclature révisée (Baize et Girard 2009) ont été reconnus dans les unités 9, 11 et 13 de la séquence de Soindres (fig. 2a, tabl. 1). Comme les précédents, ils présentent un horizon illuvial argileux mais qui admet ici une composante humifère plus ou moins abondante, d’apparence poussiéreuse, conférant à l’ensemble des teintes brun-gris plus ou moins prononcées ; l’horizon diagnostic est dit BTh. Ces débris biologiques fins sont observés à la fois dans la masse fine du fond matriciel et dans les cutanes argileux reconnus dans la porosité structurale et biologique où ils sont souvent nettement stratifiés. Par rapport aux illuviations reconnues dans les Luvisols, la biréfringence et l’orientation des traits cutaniques sont moins bien exprimées. Aujourd’hui, les Grisols se développent dans des contextes tempérés boréaux ou continentaux frais à froids à forts contrastes saisonniers, supportant une forêt-steppe plus ou moins riche en résineux (Duchaufour 1977, Fedoroff et Golberg 1982, Fedoroff et Tursina 1983, Miedema et al. 1999). À Soindres, la composante organique reconnue dans le fond matriciel et dans les revêtements progresse de l’unité pédosédimentaire la plus ancienne (US 13) à la plus récente (US 9). Cette évolution souligne l’accentuation de la continentalité du milieu accompagnant chacune des étapes d’édification des trois Grisols successifs.

12Un sol intergrade Grisol-Luvisol (BT-BTh) a aussi été reconnu à Soindres à la base de la séquence (US 15 ; fig. 2a, tabl. 1). Avec des cutanes argileux jaunes relativement purs, biréfringents et bien orientés, ils se rapprochent des caractéristiques micromorphologiques propres aux Luvisols. Toutefois, la reconnaissance de lits poussiéreux, plus ou moins riches en débris humifères finement fractionnés, fins et discrets, interstratifiés dans les traits d’illuviation signale un horizon aux caractéristiques intermédiaires entre un Sol Brun Lessivé (BT) et un Sol Gris Forestier (BTh). Dans la succession pédosédimentaire reconnue à Soindres, sa construction intervient entre celle du Luvisol identifié à la base de la séquence (US 16) et la suite des trois Grisols (US 13, 11 et 9).

13Un Sol Brun à horizon B a été relevé à Soindres dans l’unité 6 (fig. 2a, tabl. 1). Aussi appelé Brunisol (horizon diagnostic B) dans la nomenclature révisée (Baize et Girard 2009) ou Cambisol plus anciennement (noté horizon Bw), ses caractéristiques principales sont sa brunification et sa bioturbation ainsi que l’absence de traits d’illuviation argileuse. Les Brunisols sont aujourd’hui développés dans des régions tempérées à tendance continentale où la pluviosité est essentiellement estivale (régime hydrique ustique, Soil taxonomy 1975), peu favorable au lessivage (Jamagne et Fedoroff 1969, Duchaufour 1977, Lozet et Mathieu 1990).

14Plusieurs sols réductiques ont enfin été observés dans la partie supérieure de la séquence de Soindres (sous-unités 2c, 2e, 2g, 4b, 5a, 5c, 7l1-l2 et 8 ; fig. 2a, tabl. 1). Peu épais (5-20 cm), ils présentent tous une teinte grisâtre uniforme et sont traversés par de nombreux biopores souvent fins et courts. En lame mince, la porosité biologique dans les seules deux sous-unités pédosédimentaires examinées (US 5a et 5c, US 7l1-l2, US 8) est flagrante ; elle recoupe un matériau compact présentant quelques taches d’oxydation opaques (peu-mal cristallisées) en imprégnation dans le fond matriciel. Ces caractéristiques soulignent un milieu pédosédimentaire saturé, induisant des conditions anoxiques d’autant plus accentuées qu’elles s’accompagnent du développement de colonies de micro-organismes ferriréducteurs inféodées à la rhizosphère dont témoigne le réseau dense de chenaux biologiques (Ségalen 1964, Paskiewicz 2006, Baize et Girard 2009). Dans les milieux actuels, le développement d’horizons réduits dépend avant tout de paramètres stationnels en lien avec un drainage médiocre ou défaillant des terrains particulièrement dans les fonds de vallée où ils caractérisent des horizons profonds. Mais leur distribution apparaît plus zonale et plus superficielle dans les milieux périglaciaires de hautes latitudes où les conditions d’humidité requises sont induites par la présence en profondeur d’un pergélisol imperméable. En limitant le ressuyage des horizons de surface, celui-ci permet la formation de Sols de Toundra ou Gley de Toundra (Tedrow et Cantlon 1958, Tedrow et Harries 1960).

Interprétation chronostratigraphique

15L’interprétation chronostratigraphique de la séquence de Soindres est fondée sur une lecture climato-sédimentaire des événements litho-pédostratigraphiques qui se sont succédé et de leur confrontation avec les référentiels établis à moyenne-longue distance (Kukla 1977). Cette interprétation à Soindres ne bénéficie pas de datation numérique. Aussi, compte tenu de la cyclicité climatique Glaciaire-Interglaciaire qui rythme l’histoire terrestre depuis le début du Quaternaire (Milankovich 1941, Emiliani 1955, Imbrie et al. 1984), la démarche chronostratigraphique requiert, dans les séquences sédimentaires du domaine continental, de reconnaitre l’expression du dernier interglaciaire notamment dans les paléosols (Paepe 1968). Ce repère stratigraphique, représenté en Europe du nord-ouest par le Sol de Rocourt/Sol d’Elbeuf I (Gullentops 1954, Lautridou et Sommé 1985) permet en effet d’assurer les calages chronologiques antérieurs et postérieurs à la dernière phase tempérée qui s’est étalée entre ± 130 et 110 ka selon la chronologie isotopique et corrélé avec le stade isotopique marin 5e (SIM 5e ; Martinson et al. 1987, Lisiecki et Raymo 2005, Martrat et al. 2007, Rasmussen et al. 2014). À Soindres, le dernier interglaciaire antérieur à l’Actuel est matérialisé par un Luvisol comme ailleurs dans la moitié nord de la France (Fedoroff et Golberg 1982, Vazart 1983, Lautridou 1985, Lautridou et al. 1985, Antoine 1990). Le Sol de Rocourt/Elbeuf I (SR) a été identifié à la base de la séquence dans l’unité 16 et les conditions nécessaires à sa construction, selon l’approche comparatiste actualiste, relèvent de celles régissant la formation du présent Luvisol Tardi-Holocène reconnu au sommet de la séquence (US 1 ; fig. 4). Selon cette proposition, l’aggradation limoneuse qui suit la construction du Sol de Rocourt/Elbeuf I à Soindres (US 16) s’est produite entre la fin du dernier Interglaciaire Eemien (SIM 5e, ± 130-110 ka) et l’Actuel (SIM 1, depuis ± 14,7 ka). Elle documente en conséquence le dernier Glaciaire Weichselien (± 110-14,7 ka).

16La séquence de Soindres s’insère à la marge sud des accumulations limoneuses d’origine éolienne rapportées à la dernière période froide du Quaternaire. Particulièrement bien préservées en Normandie et dans le nord de la France, elles appartiennent plus largement à la grande ceinture lœssique de l’Europe du nord, qui s’étale depuis sa façade nord-atlantique jusqu’aux plaines de l’Europe centrale (Lautridou 1985, Frechen et al. 2003, Haase et al. 2007, Antoine et al. 2009, Bertran et al. 2016).

17La diversité des faciès sédimentaires observée à Soindres montre, au cours du Pléistocène supérieur, l’alternance de phases de stabilité relative du milieu matérialisées par des paléosols (US 15, 13, 10, 9 et 6 ; fig. 4, tabl. 1) et de reprises érosives illustrées par des ensembles détritiques (US 14, 12, 10, 8-7, 5-2). Elle souligne la variation des paramètres d’humidité et de froid qui présidaient lors de leur mise en place. L’expression pédosédimentaire de ces fluctuations, leur succession stratigraphique et leur suivi de proche en proche d’une séquence à l’autre permettent d’élaborer une analyse chronostratigraphique par comparaison moyenne-longue distance. Depuis la fin du XXe siècle, ces interprétations sont contrôlées par des mesures géochronologiques de plus en plus systématiques et précises établies dans les ensembles sédimentaires du domaine lœssique (Paepe et Sommé 1970, Paepe et Zagwijn 1972, Lautridou et Sommé 1974, Kukla 1977, Haesaerts et al. 1981, Jamagne et al. 1981, Vazart 1983, Lautridou 1985, Van Vliet-Lanoë 1988, Juvigné et Wintle 1988, Antoine 1990, Antoine et al. 1999, Haesaerts et Mestdagh 2000, Frechen et al. 2003, Antoine et al. 2003a, Haesaerts et al. 2009, Antoine et Locht 2015, Antoine et al. 2016).

Fig. 4. Hypothèse chronostratigraphique de la séquence de Soindres « le-Bordel » (a) par comparaison avec la séquence synthétique de référence de Picardie d’après Antoine et al. 2016, modifiée (b) et corrélations avec les enregistrements globaux (c)

Fig. 4. Hypothèse chronostratigraphique de la séquence de Soindres « le-Bordel » (a) par comparaison avec la séquence synthétique de référence de Picardie d’après Antoine et al. 2016, modifiée (b) et corrélations avec les enregistrements globaux (c)

DAO C. Chaussé/Inrap

18Ainsi, des correspondances de proximité peuvent être établies entre les paléosols postérieurs au Sol de Rocourt/Elbeuf I (SR ; US 16) et leur succession enregistrés dans la séquence de Soindres et ceux reconnus dans les séries lœssiques de Picardie.

19À l’issue de l’optimum climatique Eemien (± 130-110 ka), marqué à Soindres par l’installation d’un Luvisol de rang interglaciaire (US 16 ; fig. 4), le versant du Vallon du Paradis est soumis à une phase d’érosion qui étête plus ou moins profondément le Sol Brun Lessivé. Il est remanié sous la forme d’agrégats plus ou moins roulés qui structurent l’unité 15, parmi lesquels quelques ovoïdes de gélifluxion sont observés (fig. 2a). Ils traduisent l’intervention de processus de cryoreptation-solifluxion. Ils s’accompagnent de l’engel plus ou moins profond du profil et son hydromorphie d’après, plus en profondeur (US 16), l’acquisition d’une structuration lamellaire en lien avec l’alternance de gel-dégel (fissuration planaire), le caractère stressé des traits d’illuviation de l’horizon BT et les figures d’oxydation reconnues dans la porosité structurale en surimposition des cutanes argileux. Des traits d’illuviation riches en poussières et particules silteuses logés dans les vides structuraux complètent le dispositif ; ils signalent la dégradation au sol de la couverture végétale facilitant d’autant la percolation de l’eau au travers du profil et son oxydation.

20Ainsi, ces observations qui témoignent de la détérioration du milieu, rejoignent celles collectées plus au nord de la région à Villiers-Adam et en Picardie où un premier épisode froid et humide à gel saisonnier profond responsable de la troncature du Luvisol éemien est enregistré dans les séquences lœssiques (Locht et al. 2003, Antoine et al. 2003b). Cette première crise climatique a été replacée lors du SIM 5d ou du stadiaire GS 25 des chronologies isotopiques marine et Greenland, soit vers 110-109 ka (Antoine et Locht 2015, Antoine et al. 2016, Lisiecki et Raymo 2005, Martrat et al. 2007, Rasmussen et al. 2014).

21À Soindres, un sol peu épais (US 15) s’est développé aux dépens des tout premiers dépôts gravitaires (fig. 2a). Ses caractéristiques micromorphologiques permettent de le définir comme un intergrade entre un Sol Brun Lessivé (à horizon BT) et un Sol Gris Forestier (BTh). Les traits d’illuviation qui le composent, plus ou moins poussiéreux et stratifiés, sont installés autant dans la porosité structurale du sédiment que dans les nombreux chenaux biologiques, dont des striotubules laissées par des lombrics (Van Vliet-Lanoë 1990). Si par rapport à l’épisode précédent, cet ensemble témoigne d’une phase d’amélioration climatique, le retour à des conditions pleinement interglaciaires, telles celles rencontrées dans le Sol de Rocourt/Elbeuf I (US 16) n’est pas pour autant réalisé. Ses caractéristiques pédologiques traduisent plutôt un milieu tempéré frais qui manifeste d’un contexte plus boréal par rapport à celui contemporain du Luvisol éemien inférieur (Duchaufour 1977, Fedoroff et Tursina 1983).

22Ce premier sol intergrade BT-BTh (US 15) peut être rapproché du Sol de Bettencourt-Saint-Ouen (BSO ; fig. 4) reconnu dans les lœss du nord de la région et en Picardie et avec lequel il partage la même position stratigraphique (Locht et al. 2002, Antoine et al. 2003b, Antoine et Locht 2015, Antoine et al. 2016). Il peut aussi être corrélé avec le sol intergrade reconnu plus récemment dans l’unité 12 du site de Montereau-sur-le-Jard (77) sur le plateau de Brie méridional au sud-est de la région (Chaussé 2018). En Picardie comme en Brie, le sol BSO a bénéficié de mesures TL et OSL permettant de rapporter sa construction au cours du SIM 5c ou les interstadiaires GI 24 à GI 22 des chronologies isotopiques soit 108.2 et 87,6 ka (Lisiecki et Raymo 2005, Martrat et al. 2007, Rasmussen et al. 2014).

23À Soindres, l’unité 15 recèle des vestiges préhistoriques appartenant au niveau F. Leur mise en place pourrait avoir accompagné celle du dépôt de pente (SIM 5d) ou bien être plus tardive et être contemporaine du paléosol construit aux dépens des colluvions (SIM 5c). Ainsi, dans le cadre de la première alternative, ces artefacts pourraient ne pas être en place. Toutefois, les caractéristiques de cet assemblage lithique (distribution spatiale des vestiges, cohérence, structuration et usure des pièces…) permettent de trancher en faveur de la seconde hypothèse. Ainsi, l’occupation paléolithique peut être rapportée autour de 100 ka.

24Une nouvelle phase de dégradation climatique intervient ensuite à Soindres. Elle débute avec l’enrichissement progressif des traits cutaniques reconnus dans le sol intergrade précédent (US 15) par des lits de plus en plus poussiéreux et silteux, associé à une nouvelle phase d’hydromorphie (fig.2a). Ensemble, ces observations traduisent une reprise nette des processus de percolation hydrique dans le profil. Ces événements sont bientôt suivis par la mise en place d’une nouvelle génération de dépôt de pente (US 14) qui illustre le renforcement du ruissellement le long du versant. Les produits remaniés intéressent surtout une fraction fine limoneuse emballant des graviers, nodules Fe-Mn, esquilles de silex et papules d’argilane, significatives pour les dernières du démantèlement de sols précédemment formés. L’ensemble est affecté par des processus gel-dégel d’après la restructuration lamellaire rencontrée jusqu’au sommet du dépôt (US 13).

25Cette phase de détérioration climatique peut être corrélée avec le refroidissement net reconnu notamment au nord de la région à Villiers-Adam, où il est également marqué par l’érosion des sols, leur reprise sur versant et l’intervention de processus cryogéniques (gel profond) (Antoine et al. 2003b, Locht et al. 2003, Antoine et Locht 2015, Antoine et al. 2016). Il a été rapporté au SIM 5b ou au stadiaire GS 22 des chronologies isotopiques (87.6-85 ka ; fig. 4 ; Lisiecki et Raymo 2005, Rasmussen et al. 2014).

26Un niveau d’artefacts préhistoriques jalonne la base de l’unité 14 (Niveau E). Comme le précédent, il pourrait s’agir d’un niveau remanié dont la mise en place a accompagné les sédiments fins ruisselés. L’examen des caractéristiques de l’assemblage lithique permet de privilégier effectivement son remaniement.

27Un premier Sol Gris Forestier (US 13) bien structuré se développe aux dépens des colluvions fines et marque une nouvelle phase de stabilisation du milieu. Nettement bioturbé (présence de nombreux chenaux dont des striotubules), il est matérialisé par plusieurs générations de revêtements cutaniques stratifiés plus ou moins riches en particules humifères (poussiéreuses) finement fractionnées et silteuses signalant le développement au sol d’un couvert végétal moins couvrant par rapport au sol intergrade précédent (fig. 2a). Le caractère stressé ou comprimé des traits évoque en plus l’engel du profil.

28Dans le nord de la France, ce Grisol a été reconnu dans plusieurs séquences où il forme le premier membre du Complexe de Sols de Saint-Sauflieu (SS1) défini dans la Somme (fig. 4 ; Antoine 1989). Les dates TL obtenues à Mauquenchy placées entre ± 83 et 77 ka (Locht 2004, Locht et al. 2013) situent sa construction au cours de la première partie de l’interstade SIM 5a ou GI 21 de la chronologie isotopique (85-77,7 ka ; Antoine et al. 2016, Lisiecki et Raymo 2005, Martrat et al. 2007, Rasmussen et al. 2014).

29À Soindres, un troisième niveau archéologique (niveau D) a été reconnu au sommet de cet ensemble (US 13). Bien structuré d’après l’analyse de l’assemblage lithique, sa mise en place paraît plutôt accompagner la construction du sol SS1 et non être contemporaine du dépôt de pente sur lequel il s’est édifié. Il documenterait ainsi une occupation préhistorique datée autour de 80 ka.

30La suite de la séquence de Soindres est marquée par une nouvelle dégradation climatique qui débute par l’avènement de conditions nettement plus humides responsables du lessivage intense associé à un gel profond comme en témoignent les entassements et bandes silteuses et les fentes de dessiccation reconnus dans l’unité 13 (fig 2a). Ils annoncent un épisode érosif qui se manifeste par la mise en place d’un nouveau dépôt de pente (US 12) dont le caractère éluvié rend compte de la poursuite des processus de drainage à mesure de l’aggradation.

31Un quatrième niveau préhistorique (niveau C) a été repéré dans l’ensemble sédimentaire 12. Ses caractéristiques définissent un assemblage homogène et cohérent compatible avec un niveau d’occupation en place ou faiblement remanié. L’incidence de cette phase érosive sur le niveau d’occupation apparaissant modérée, les processus de mise en place des sédiments paraissent ainsi dominés par le ruissellement diffus.

32L’épisode est suivi par la construction de deux autres paléosols (US 11 et 9) édifiés chacun aux dépens de dépôts gravitaires et intercalés par un apport de versant (US 10) qui ravine nettement le membre inférieur (US 11). L’unité détritique (US 10) remanie des matériaux limoneux mêlant des agrégats grossiers pluricentimétriques érodés depuis des affleurements plus anciens (dont des paléosols ; fig. 2a) situés en amont de la pente ; cet épisode retouche fortement le profil du versant. Les deux sols reconnus à sa base et son sommet (US 11 et 9) se caractérisent par leur bioturbation, l’incorporation des débris organiques fins dans la masse fine et des traits cutaniques peu épais, plus ou moins humifères et fortement stratifiés. Ils restent cependant rares dans les deux unités comparativement aux traits à la composante humifère ou poussiéreuse reconnus dans le Sol Gris Forestier sous-jacent (SS1, US 13).

33Cette succession (US 12, 11, 10 et 9) est comparable avec celle identifiée dans les séquences du domaine lœssique du nord de la France où deux paléosols isohumiques cumuliques se succèdent, formant les deux membres supérieurs du Complexe de Sols de Saint-Sauflieu (SS2 et SS3 ; fig. 4 ; Antoine 1989, Antoine et al. 2003b, Antoine et al. 2016). Toutefois, ici, les observations s’écartent quelque peu de celles reconnues en Picardie. En effet, les traits d’illuviation enregistrés à Soindres dans les unités 11 et 9 ne se retrouvent pas dans les sols SS2 et SS3 de référence qui présentent un caractère nettement steppique. Cependant, cette distinction n’est peut-être que relative. Les deux sols de Soindres se rapprochent des sols isohumiques, si on considère que les revêtements argilo-humifères qu’ils recèlent ne sont qu’anecdotiques car sporadiques et fins, ne devant peut-être leur présence qu’à la situation plus méridionale de la séquence francilienne où des conditions climatiques un peu moins arides ont pu prévaloir. Auquel cas, les deux sols de Soindres observés dans les unités 11 et 9 peuvent être considérés comme des intergrades entre des Sols Gris Forestiers et les Sols Isohumiques Steppiques.

34En admettant leur correspondance avec les sols de référence SS2 et SS3 des séquences picardes, leur construction pourrait être intervenue au cours de la seconde partie du SIM 5a soit lors des interstades GI 20 et 19 des chronologies isotopiques (76.2-74 ka et 72.4-69,4 ka ; fig. 4 ; Lisiecki et Raymo 2005, Martrat et al. 2007, Rasmussen et al. 2014). Toutefois, l’imprécision des mesures géochronologiques réalisées en Picardie n’a pas pour le moment permis d’assurer la proposition (Antoine et al. 2016).

35Deux derniers niveaux d’artefacts préhistoriques (niveaux B et A) ont été reconnus dans les deux derniers sols intergrades (US 11 et 9) du Complexe de Sols de Saint-Sauflieu de Soindres. Homogènes et cohérents, les deux assemblages lithiques apparaissent chacun contemporains des deux pédogenèses qui se sont succédé et non des reprises détritiques sur lesquelles elles se sont exprimées. Compte tenu des remarques précédentes, l’âge respectif des deux niveaux d’occupation se situerait autour de 75 ka et 71 ka.

36Ce premier ensemble mis en place à Soindres entre l’Eemien et la fin du Weichselien ancien (SIM 5e – SIM 5a ; US 16 à 9) est recouvert par une importante série détritique qui remanie sur le versant des lambeaux grossiers plus ou moins roulés de sols érodés depuis l’amont de la pente (US 7). Ils se déclinent jusqu’à l’échelle microscopique qui montre aussi dans les lames minces des agrégats matriciels roulés et des ovoïdes à enrobement matriciel (fig. 2a). La mise en place de cette unité relève de processus de cryoreptation accélérée et gélifluxion (Vazart 1983 ; Van Vliet-Lanoë et Valladas 1983 ; Van Vliet-Lanoë 1987, 1988). Elle marque une phase d’érosion majeure qui signale l’avènement de conditions foncièrement froides.

37Dans le nord de la France, les dépôts postérieurs au Complexe de Sols de Saint-Sauflieu sont représentés par les premiers lœss weichseliens qui soulignent un milieu périglaciaire nettement aride datés autour de 65 ka par comparaison avec les données rhénanes plus orientales (Rousseau et al. 1998, Zöller et al. 1988). Mais ils apparaissent aussi très rapidement repris sur versant puis piégés au sein de vastes structures thermokarstiques qui se développent en particulier au début de l’intervalle froid ainsi qu’à son terme ; les âges radiométriques établis à Havrincourt dans le Pas-de-Calais, situent la mise en place de ces couvertures limoneuses entre ± 68 et 60 ka (Antoine et al. 2014, Antoine et al. 2016). En admettant le parallèle entre les ensembles éo-colluviaux septentrionaux et les dépôts gravitaires de Soindres (US 7), ces derniers peuvent être rapportés globalement au Pléniglaciaire inférieur, soit au SIMS 4 ou au stadiaire GS 19-18 des chronologies isotopiques (70,4-59,4 ka ; fig. 4 ; Lisiecki et Raymo 2005, Martrat et al. 2007, Rasmussen et al. 2014).

38La suite de la séquence à Soindres, est représentée par un Sol Brun ou Brunisol (US 6). En marquant une pause du détritisme, sa construction souligne le retour de conditions globales plus clémentes (fig. 2a). Les caractéristiques de ce sol nettement bioturbé sans argilluviation témoignent de la continentalité du milieu dans un contexte interstadiaire. Ses particularités se retrouvent dans le Sol de Saint-Acheul des séquences picardes avec lequel il partage la même position stratigraphique (fig. 4 ; Antoine 1988, Van Vliet-Lanoë 1988, Antoine 1990). Localement, celui-ci présente cependant un bilan sédimentaire plus complet marqué par la superposition de quatre horizons bruns boréaux devenant bruns arctiques. Ces observations acquises plus récemment lui valent dorénavant sa désignation de Complexe de Sols de Saint-Acheul – Villiers-Adam. Les datations réalisées situent sa mise en place entre ± 55 et ± 32 ka (Antoine et al. 2003b, Locht et al. 2003, Antoine et Locht 2015, Antoine et al. 2016), couvrant le SIM 3 ou les interstades GI 17 à GI 7 des chronologies isotopiques (± 55-35 ka ; Lisiecki et Raymo 2005, Martrat et al. 2007, Rasmussen et al. 2014).

39Les dernières formations sédimentaires observées à Soindres rassemblent plusieurs générations de dépôts éocolluviaux fins limoneux et carbonatés qui soulignent le retour d’une nouvelle dégradation climatique. Nettement lités dans leur grande moitié inférieure (US 5 à US 3 ; fig. 2a) où leur mise en place relève pour partie de leur reprise sur versant, ils apparaissent plus massifs dans l’ensemble supérieur (US 2) marquant sans doute une composante éolienne primaire dominante, piégée en particulier à Soindres à la base du versant sous le vent. Comme en Picardie et en Normandie, leur mise en place accompagne des conditions excessivement froides et arides qui surviennent dès 30-28 ka (fig. 4). Leur sommet, supporte comme à Soindres, le Sol Brun Lessivé actuel (US 1), dont la construction débute dès le Tardiglaciaire weichselien vers 14,7 ka (Lautridou et Sommé 1974, Lautridou 1985, Van Vliet-Lanoë 1988, Antoine et al. 2016).

40À Soindres, ces limons de couverture sont interstratifiés par une série de petits horizons réductiques bioturbés de teintes grisâtres (gley de toundra, sous-unités 5c, 5a, 4b, 2g, 2e et 2c). Les plus anciens (US 5c et 5a), les seuls qui ont bénéficié d’un examen micromorphologique, montrent que leur mise en place est réalisée sous conditions périglaciaires d’après la présence d’agrégats roulés et d’ovoïdes reconnus dans les lames minces et rendant compte de processus de reptation et de gélifluxion (tabl. 1). À l’échelle de l’Europe du Nord-Ouest et Centrale, ils constituent des marqueurs pédosédimentaires suivis sur de longues distances, associés en contexte paléotopographique plan à de grands réseaux de pseudomorphoses de coins de glace ; leur constance et leur récurrence régulière soulignent la portée globale de leur signature stratigraphique ainsi que leur valeur chronostratigraphique (Haesaerts et Van Vliet-Lanoë 1974, Antoine 1990, Frechen et al. 2003, Haesaerts et al. 2007, Moine et al. 2008, Antoine et al. 2009, Meszner et al. 2013, Antoine et al. 2016). En effet, ils représentent la réponse, dans le domaine continental, aux oscillations climatiques brèves et rapides de type Dansgaard-Oeschger (DO) enregistrées dans les glaces de l’Arctique ; ces interstades se succèdent selon un rythme millénaire à bimillénaire (Dansgaard et al. 1993, Vandenberghe et Nugteren 2001, Moine et al. 2008, Antoine et al. 2009, Antoine et al. 2016). Faute d’observations plus précises et de mesures radiométriques, les gleys de toundra observés à Soindres, ne peuvent être réinsérés dans une chronologie assurée du Pléniglaciaire supérieur. Toutefois, leur reconnaissance jusque sur la marge sud des épandages de lœss de l’Europe du Nord-Ouest (Lautridou 1985, Frechen et al. 2003, Haase et al. 2007 Bertran et al. 2016, Rousseau et al. 2018) permet de soupçonner leur extension-conservation sur la façade plus atlantique du continent et à des latitudes plus méridionales. Les plus anciens peuvent receler potentiellement des industries du début du Paléolithique supérieur, tel le niveau Gravettien de Renancourt mis au jour récemment dans la Somme dans l’un de ces sols (Paris et al. 2017).

Taphonomie des ensembles lithiques

41À l’instar du versant actuel, les unités sédimentaires pléistocènes et les niveaux archéologiques qui y sont contenus suivent un pendage d’environ 1 % en direction de l’est. Au-delà d’une rupture de pente observée lors de la fouille, ce pendage s’accentue. Aucun tamisage n’ayant été effectué, une analyse granulométrique n’a pas été possible.

42Par ailleurs, un test tracéologique a été réalisé sur une dizaine d’artefacts par Renaud Gosselin (Inrap). Les premiers résultats ont été positifs et ont révélé un travail matières végétales et tissus carnés. Ce travail reste à approfondir, mais ces résultats démontrent la bonne préservation du matériel archéologique de Soindres.

43Le niveau F est contenu dans un sol intergrade (unité stratigraphique 15 ; fig. 2a). Ces sols se mettent en place par colluvions lentes sous couvert forestier, selon une modalité non perturbante pour les niveaux archéologiques (Antoine 2002). Les artefacts conservés dans ce sédiment ne sont pas altérés ni patinés. Les arêtes sont nettes et les bords vifs. Cet ensemble lithique semble dans un état de conservation satisfaisant. Les esquilles sont nombreuses (30,45 % de l’ensemble), ce qui écarte l’hypothèse d’un important lessivage du niveau archéologique.

44Par contre, le niveau E est contenu dans des sédiments loessiques ruisselés (unité stratigraphique 14). Les artefacts ne sont pas patinés, mais les bords sont ébréchés. Comme le suppose l’analyse micromorphologique, il est très probable que cet ensemble archéologique ne soit pas en place. Les artefacts pourraient provenir du niveau F et avoir été remobilisés sur le versant, lors de la mise en place érosive de ces limons pendant la phase froide et humide du stade isotopique 5d. Ce niveau a été considéré comme remanié.

45Le niveau D est contenu dans la partie supérieure d’un sol gris-forestier (unité stratigraphique 13). Ces sols permettent en général une excellente préservation des niveaux archéologiques (Antoine 2002). Les artefacts ne sont pas altérés ni patinés. Les arêtes sont nettes et les bords vifs. Ce niveau semble en position primaire. Le très faible nombre d’esquilles (2,66 %) atteste cependant que des phénomènes de lessivage ont affecté ce niveau archéologique.

46Le niveau C semble bien préservé dans le niveau de colluvions éluviées de l’unité stratigraphique 12, mise en place par ruissellement diffus (cf. « 2.2 Interprétation chronostratigraphique »). Les artefacts ne sont pas altérés ni patinés. Les arêtes sont nettes et les bords vifs. Il semble dans un état de conservation satisfaisant, mais le faible nombre d’esquille (6,06 % de l’ensemble) indique un lessivage du niveau archéologique.

47Les niveaux B et A ont été retrouvés dans deux sols intergrades gris-forestiers isohumiques steppiques (unités stratigraphiques 11 et 9), séparés en stratigraphie par un cailloutis et des limons colluviés. Ils sont chacun contemporains des deux pédogenèses successives et non de la mise en place par colluvions des sédiments sur lesquels elles se sont développées. Leur âge peut être estimé respectivement aux alentours de 75 et de 71 ka (cf. supra, « 3. Taphonomie des ensembles lithiques »). À nouveau, ils sont dans un bon état de conservation. Les artefacts ne sont pas altérés ni patinés. Les arêtes sont nettes et les bords vifs. Ils semblent en position primaire.

48Comme souvent en contexte de versant, les différents niveaux ont subi des phénomènes de lessivage, qui ont pu entraîner les esquilles et les petits éléments. Ces évènements expliquent le faible nombre de ces types d’artefacts dans les différents ensembles archéologiques. Les esquilles n’ont été retrouvées que dans les amas de débitage, bloquées par les artefacts plus gros et sont absentes du reste du décapage (Locht et al. 2003).

Les industries lithiques du gisement de Soindres

La matière première

49Les séries lithiques ont été produites à partir du silex provenant de l’argile à silex résultant de la dissolution de la craie campanienne. Le silex du Campanien se présente sous la forme de rognons branchus avec un cortex de couleur brun jaune. Le silex est de couleur noire à gris clair à grain fin. Il présente une aptitude moyenne à la taille à cause de nombreuses plages blanches de silicification incomplète et la présence assez fréquente des cavités et géodes cristallines à l’intérieur des rognons. Certains blocs de silex ont englobé des fossiles d’oursins (Echinocorys ovatus) présents dans la craie campanienne. Le choix des hommes du Paléolithique a porté en général sur des rognons ou des fragments de rognons avec des surfaces de diaclase dues au gel, de taille moyenne ne dépassant pas une vingtaine de centimètres de longueur et une quinzaine de centimètres de largeur et d’épaisseur.

50Dans la série C, des rognons de taille plus importante dépassant 30 cm de longueur ont été débités comme le démontrent les remontages des ensembles lithiques. Le plus souvent, les gros blocs éclatent pendant l’épannelage à cause des fissures dues au gel présentes à l’intérieur, dégageant des nouvelles surfaces de diaclase. Des fragments de taille plus petite ont été ensuite débités de façon indépendante. Le remontage le plus volumineux est composé de cinq nucléus formant à l’origine un seul bloc.

51D’autres exemples, plus rares, témoignent d’une cassure volontaire de rognons volumineux en deux fragments qui, par la suite, ont été débités indépendamment.

Les chaînes opératoires

52Les cinq ensembles lithiques de Soindres possèdent les mêmes caractéristiques technologiques. Trois chaînes opératoires y coexistent, orientées vers la production d’éclats, de pointes et de lames, en proportions variables selon les niveaux archéologiques. Les principaux traits techniques de ces systèmes de production lithiques sont décrits dans les paragraphes ci-dessous pour éviter les répétitions dans la description des niveaux archéologiques.

53L’ensemble des artefacts de chacun des niveaux porte les stigmates d’une percussion directe à la pierre dure. Le bulbe est marqué, la tête du cône de percussion bien discernable. Les talons sont dans l’ensemble plutôt épais, le point d’impact nettement sous le plan d’intersection qui sépare les deux surfaces du nucléus.

La chaîne opératoire à éclats

54Cette chaîne opératoire est assez diversifiée. Plusieurs schémas opératoires ont été mis en œuvre pour l’obtention des éclats : débitage Levallois, Discoïde, direct unipolaire ou bipolaire. Dans ce dernier cas, l’exploitation du bloc commence sans préparation, dès l’ouverture des plans de frappe et en profitant des convexités naturelles du bloc.

55Le débitage Levallois est présent sous les méthodes à éclat préférentiel et récurrente (Boëda 1994). Les nucléus Levallois sont constitués de deux surfaces hiérarchisées selon un plan sécant : l’une sert de plan de frappe, l’autre de surface productive. Le nucléus garde la même structure volumétrique tout au long de la séquence de production. Le plan de fracturation des enlèvements est parallèle au plan séparant les deux surfaces.

56Le débitage Discoïde a fait l’objet d’une définition précise, qui permet d’identifier de façon claire ce concept (Boëda 1993). Les critères de reconnaissance de ce mode opératoire ont été précisés grâce à des travaux de synthèse (Peresani 2003).

57Les nucléus Discoïdes sont régis par un ensemble de critères techniques identiques malgré des morphologies parfois différentes. Ils sont constitués de deux surfaces convexes asymétriques et sécantes, s’articulant selon un plan d’intersection, parfois dénommé « charnière », en raison des profonds contre-bulbes qui résultent du détachement des éclats au percuteur dur selon un angle sécant, créant une arête sinueuse dès l’initialisation du débitage. Chaque enlèvement modifie ainsi cette ligne d’intersection tout en la conservant. Ces surfaces sont exploitées alternativement. Cette exploitation volumétrique du nucléus reste stable pendant la totalité des séquences productives. Toutefois, la morphologie du bloc peut évoluer au cours du débitage, en fonction du nombre de surfaces exploitées lors des différentes séquences de débitage. Ce débitage, par un phénomène inhérent de récurrence, va produire des éclats débordants et des pointes pseudo-Levallois lorsque la percussion est effectuée de façon cordale, c’est-à-dire « ne passant pas par le centre » (Meignen 1994), mais aussi des éclats de morphologie régulière à tranchant périphérique lorsqu’elle est centripète (éclats à profil brisé, éclats pointus, éclats plus larges que longs… ; Locht 2003, 2004).

58Les deux surfaces ne sont pas hiérarchisées. L’une et l’autre peuvent être alternativement productives et servir de surface de plan de frappe, au sein d’une même séquence de débitage.

59La percussion est effectuée de façon très sécante par rapport au plan d’intersection des deux surfaces du nucléus. Il s’agit d’un des critères essentiels dans l’identification technologique d’un nucléus Discoïde, notamment par rapport à celle d’un nucléus Levallois. Cet angle de détachement des enlèvements a une grande incidence sur les convexités des surfaces productives, en particulier par la profondeur des contre-bulbes qu’elle génère. Ainsi la silhouette et le profil d’une surface de débitage Discoïde sont le plus souvent convexes (Boëda 1993). Dans certains cas, on peut confondre les nucléus discoïdes unifaces (Jaubert 1993), c’est-à-dire exploités sur une seule surface à partir d’une seconde qui sert exclusivement de plan de frappe, et les nucléus Levallois de modalité récurrente centripète (Boëda 1993). La distinction est toutefois possible, car le débitage Discoïde sur blocs de silex laisse sur la surface productive de profonds contre-bulbes et donc une convexité irrégulière.

60Le débitage est réalisé par percussion directe au percuteur dur. Le point d’impact est situé sous la charnière.

61À la différence du débitage Levallois, le débitage direct d’éclats est caractérisé par des concepts d’exploitation différents (une ou plusieurs surfaces productives, absence de hiérarchisation des surfaces, conceptions volumétriques différentes des blocs de matière première) et par l’absence de phases d’entretien des convexités des surfaces productives. Il est ainsi caractérisé par l’absence de traces de préparation et d’entretien du nucléus avant et durant la mise en œuvre (Locht 2002). La production débute grâce aux convexités naturelles des blocs de matière première et, par la suite, grâce à un principe de récurrence qui met à profit les convexités mises en place fortuitement par le débitage successif d’éclats (fig. 5). Dans certains cas, des remontages réalisés au sein de certains ensembles lithiques (Bettencourt-Saint-Ouen ; Locht 2002) démontrent que le débitage direct conduit à la production d’éclats pouvant être considérés comme typologiquement Levallois en raison de leurs caractéristiques morphologiques. Le débitage peut être conduit selon des modalités unipolaires, bipolaire ou centripète. Le plan de fracture est parallèle ou sub-parallèle au plan d’intersection des surfaces de débitage et de préparation des plans de frappe.

Fig. 5. Bettencourt-Saint-Ouen N2b

Fig. 5. Bettencourt-Saint-Ouen N2b

1. Nucléus direct unipolaire ; 2. Nucléus direct bipolaire. Bettencourt-Saint-Ouen N3b ; 3. Nucléus direct bipolaire

DAO S. Lancelot/Inrap

La chaîne opératoire à pointes

62Les pointes sont produites via un schéma de débitage unipolaire convergent, déjà décrit sur les sites de Bettencourt-Saint-Ouen (Locht 2002) et de Villiers-Adam (Locht et al. 2003). L'exploitation de la surface productive commence par des enlèvements laminaires corticaux de section triangulaire, parfois très épais, de directions convergentes (b1 et b2 ; fig. 6). Ils ont pour but de créer des arêtes qui permettront l'obtention de pointes unipolaires (b3 ; fig. 6). Ils sont détachés dans l'axe de la plus grande longueur du nucléus. Cette séquence de base peut être répétée plusieurs fois de suite sur la même surface productive.

Fig. 6. Débitage unipolaire convergent sur une seule surface (d'après Locht et al. 2003)

Fig. 6. Débitage unipolaire convergent sur une seule surface (d'après Locht et al. 2003)

DAO P. Raymond/Inrap

63Plusieurs surfaces de débitage peuvent s’inscrire de façon indépendante dans le volume du bloc d’origine (fig. 7, 8). Elles s’articulent selon des plans qui peuvent être parallèles ou perpendiculaires. La production se déroule alors à partir de surfaces exploitées de façon successive. Ces observations évoquent celles qui ont pu être réalisées pour le Clactonien quant à la gestion des nucléus, sur lesquels les surfaces productives peuvent prendre place sur une autre partie du bloc, sans contact avec la précédente (SSDA ; Forestier 1993, Boëda 2013). L'objectif du débitage reste toutefois l'obtention de pointes typologiquement Levallois, mais qui sont produites par un débitage qui n’appartient pas à ce système (Locht 2002, Locht et al. 2003, Boëda 2013).

Fig. 7. Débitage unipolaire convergent : schéma d'un bloc à deux surfaces s'inscrivant dans des plans parallèles (d'après Locht et al. 2003)

Fig. 7. Débitage unipolaire convergent : schéma d'un bloc à deux surfaces s'inscrivant dans des plans parallèles (d'après Locht et al. 2003)

DAO P. Raymond/Inrap

Fig. 8. Débitage unipolaire convergent : schéma d'un bloc à deux surfaces perpendiculaires ou sécantes exploitées de façon alternée (d'après Locht et al. 2003)

Fig. 8. Débitage unipolaire convergent : schéma d'un bloc à deux surfaces perpendiculaires ou sécantes exploitées de façon alternée (d'après Locht et al. 2003)

DAO P. Raymond/Inrap

La chaîne opératoire à lames

64La production de lames à partir de nucléus prismatiques est une des caractéristiques du gisement de Soindres. Ce débitage laminaire est fréquent dans le Paléolithique moyen du nord de la France et a fait l’objet de nombreuses études et descriptions techniques (Cliquet 1994, Révillion 1994, Tuffreau et Révillion 1996, Locht 2002). Tous les procédés techniques de la production laminaire (lames à crêtes, tablettes…) sont connus depuis le début du Paléolithique moyen, mais ne sont utilisés que ponctuellement, en fonction de la forme d’origine des blocs de matière première et de la progression du débitage. Il s’agit d’une différence majeure avec les débitages à lames du Paléolithique supérieur, pour lesquels tous ces procédés seront désormais mis en synergie (Ortega et al. 2013).

65À Soindres, les rognons d’origine sont de forme oblongue et le débitage est initialisé par l’extraction de lames corticales. Celles-ci créent les premières arêtes qui servent ensuite de guides aux enlèvements laminaires suivants. Les lames à crêtes ne semblent être préparées qu’en cas de problèmes techniques pour l’initialisation du débitage. Le dos est souvent cortical dans les premiers temps de la production. Il est parfois aménagé en cours de débitage pour investir le volume du bloc et permettre une gestion « tournante » du bloc. Le débitage est conduit à partir d’un ou deux plans de frappe. Dans ce dernier cas, les plans de frappe sont alors situés dans des plans légèrement décalés et utilisés de façon alternée pour la production de cinq ou six lames d’affilée. Cette exploitation à partir de deux plans de frappe permet ainsi l’entretien de la table laminaire.

Le niveau F

66En stratigraphie, cet ensemble lithique se situe dans l’unité 15, corrélée avec le Sol de Bettencourt et attribué au stade isotopique 5c (fig. 4). Il comprend 358 artefacts (tabl. 2, fig. 9). Il est surtout constitué d’un amas (n° 10) de 246 artefacts et d’une petite concentration (14) composée de 91 produits qui représentent l’essentiel du mobilier. Les 21 autres artefacts sont répartis aléatoirement sur le décapage (fig. 10).

Tabl. 2. Décompte des artefacts du niveau F par catégories

Tabl. 2. Décompte des artefacts du niveau F par catégories

Fig. 9. Composition technologique du niveau F

Fig. 9. Composition technologique du niveau F

DAO J.-L. Locht/Inrap

Fig. 10. Localisation des artefacts du niveau F

Fig. 10. Localisation des artefacts du niveau F

DAO P. Raymond/Inrap

Les chaînes opératoires

67Bien qu’ils ne soient pas nombreux, les nucléus révèlent à l’examen la présence de trois chaînes opératoires distinctes. La première vise à l’obtention de pointes au moyen d’un débitage unipolaire convergent. La seconde chaîne opératoire est orientée vers la production de lames à partir de nucléus prismatiques (fig. 11). La troisième chaîne opératoire est destinée à produire des éclats. Le schéma opératoire est de type direct unipolaire parallèle, avec un investissement technologique faible (tabl. 3).

Fig. 11. Niveau F

Fig. 11. Niveau F

1. Nucléus semi-tournant bipolaire à lames. 2. Lame

DAO S. Lancelot/Inrap

Tabl. 3. Décompte des nucléus du niveau F

Tabl. 3. Décompte des nucléus du niveau F

68Une concentration d’artefacts (concentration 14) s’étend sur moins d’un mètre carré au nord de l’aire de fouille. La matière première exploitée est exclusivement constituée de silex secondaire de la craie. Le corpus de cette concentration ne s’élève qu’à 91 éléments. Parmi ceux-ci 65 %, (61 pièces), sont des esquilles ou des éclats de moins de 3 cm. La pauvreté numérique de cette série et la représentation mineure des éclats portant plus de 50 % de cortex indiquent que l’intégralité des opérations de taille n'y est pas restituée. Cette interprétation est confortée par l’absence des nucléus, ce qui rend difficile l’identification des chaînes opératoires conduisant aux objectifs de la production de cette concentration.

69Un amas de débitage (amas 10) est situé à une trentaine de mètres au sud de la concentration 14. Les esquilles et les petits éclats sont bien représentés puisqu’ils constituent presque 40 % du corpus. Des observations lors de la fouille de cet amas révèlent que les esquilles et les petits éclats étaient souvent piégés en amont ou sur les côtés des pièces plus lourdes. Quant à la représentation des surfaces corticales, elle suppose que la quasi intégralité de l’activité de taille a été réalisée sur place. La production lithique de cet amas, identifiée grâce aux quatre nucléus et aux remontages, est orientée vers l’obtention de pointes et de lames.

Les produits prédéterminés

70Tout comme les nucléus, les produits prédéterminés sont peu nombreux. Tout d’abord, il faut souligner le nombre d’éclats Levallois (10), alors que les nucléus de ce type sont absents. Toutefois, un éclat typologiquement Levallois peut être produit de manière fortuite par d’autres systèmes de débitage (débitage direct, Discoïde, unipolaire convergent…).

71Par contre, les pointes sont absentes, alors que les nucléus unipolaires convergents sont au nombre de deux. De même, une seule lame est présente, alors que deux nucléus à lames sont compris dans l’assemblage et que ce type de débitage est, par nature, récurrent (fig. 11, n° 1). Des constatations similaires ont été faites sur d’autres sites du Début Glaciaire weichselien comme à Bettencourt-Saint-Ouen (N3b) ou à Villiers-Adam, où des exportations des pointes ont été mises en évidence (Goval et al. 2016). Dans le Sud-Ouest, la mobilité des lames, mais aussi des nucléus laminaires a aussi été mise en évidence (Cantalouette 4 ; Blaser et al. 2012).

Les supports retouchés

72Avec trois produits retouchés, soit 0,84 % de l’ensemble du corpus, les supports retouchés sont peu nombreux.

73Un éclat Levallois allongé robuste a été repris en racloir droit. Les négatifs de la face supérieure indiquent un débitage bipolaire des produits précédents. La retouche est directe, semi-abrupte, courte et régulière.

74La partie distale d’un éclat Levallois a été reprise par une retouche directe, courte et semi-abrupte à rasante. Il présente aussi, sur sa face supérieure, le négatif d’un aménagement opposé.

75Un éclat Levallois allongé, au talon soigneusement préparé en chapeau de gendarme, a été transformé en racloir double droit convexe par retouche directe, fine, serrée et courte sur les deux bords.

Le niveau D

76Le niveau D a été retrouvé dans l’unité stratigraphique 13, corrélée avec le sous-stade isotopique 5a (fig. 4). Il est composé de 113 artefacts qui concernent presque exclusivement une petite concentration de silex taillés (C9 ; fig. 12, 13, tabl. 4). Le silex est de bonne qualité, frais et non patiné. On distingue peu d’inclusions cristallines ou corticales parmi les blocs débités. Cette occupation est très restreinte d’un point de vue spatial, mais elle est remarquable par l’association de trois chaînes opératoires.

Fig. 12. Composition technologique du niveau D

Fig. 12. Composition technologique du niveau D

DAO J.-L. Locht/Inrap

Fig. 13. Localisation des artefacts du niveau D

Fig. 13. Localisation des artefacts du niveau D

DAO Pascal Raymond/Inrap

Tabl. 4. Décompte des artefacts du niveau D par catégories

Tabl. 4. Décompte des artefacts du niveau D par catégories

Les chaînes opératoires

77Au nombre de six, les nucléus du niveau D mettent en évidence différentes méthodes de production selon plusieurs conceptions de débitage des blocs de matières premières (tabl. 5). Néanmoins, les remontages réalisés concernent exclusivement le schéma opératoire laminaire, qu’il s’agisse des nucléus ou de produits laminaires entre eux. Les nucléus, les pièces remontées qui leur sont associées ou les pièces caractéristiques, comme les lames de plein débitage ou lames à crête, sont au nombre de 47. Cet ensemble de pièces représente donc au minimum 41,2 % du corpus global de ce niveau.

78Aux côtés de cette chaîne opératoire laminaire, la production de pointes est attestée par la présence d’un nucléus unipolaire convergent, et celle d’éclats par l’identification d’un nucléus Levallois récurrent centripète.

Tabl. 5. Décompte des nucléus du niveau D

Tabl. 5. Décompte des nucléus du niveau D

79Il apparaît, au regard à la fois des surfaces corticales sur la face supérieure des produits mais aussi des remontages, que les nucléus n’ont pas été dégrossis à l’endroit de la concentration. Cette absence de produits corticaux en grand nombre est une des particularités de cet ensemble. L’absence de petits éléments est sans doute imputable à des phénomènes de lessivage. Néanmoins, le taux de remontage de 45,5 % et le débitage laminaire particulier de ce niveau restituent une image homogène de la concentration.

La production de lames

80Ces trois nucléus témoignent d’un investissement technique important lors de la phase de mise en forme et d’initialisation du bloc, comme l’illustre l’ensemble remonté des figures 14 et 15. Il est constitué de 12 artefacts. L’absence de produits d’entame suppose que la phase de décorticage a été réalisée à l’extérieur de la concentration. Les petites surfaces corticales sur les premiers éclats remontés et l’organisation des négatifs d’enlèvements précédant la dernière pièce remontée, tendent plutôt vers le choix d’un bloc de forme ovoïde, que le décorticage semble avoir régularisé.

Fig. 14. Niveau D. Remontage 66. Nucléus à lames (1) et éléments remontés

Fig. 14. Niveau D. Remontage 66. Nucléus à lames (1) et éléments remontés

Dessins P. Raymond/Inrap

Fig. 15. Niveau D. Remontage 66

Fig. 15. Niveau D. Remontage 66

Dessins P. Raymond/Inrap

81Les plans de frappe sont légèrement décalés et utilisés en alternance pour le détachement de courtes séries de lames. Ce procédé permet d’initialiser et de maintenir un débitage semi-tournant. Des éclats de cintrage (fig. 14, 15, n° 7,8), larges et courts, perpendiculaires à l’axe longitudinal du bloc, servent à la mise en place de deux crêtes épaisses à la ligne d’intersection très sinueuse. Ces deux crêtes se rejoignent de part et d’autre du nucléus. Un éclat (fig. 14, 15, n° 10) permet la réduction de la carène du nucléus. Un premier éclat laminaire (fig. 14, 15, n° 9) aménage le dos du nucléus circonscrit par les deux crêtes. À partir d’un plan de frappe opposé, qui deviendra plan de frappe principal pour les produits à venir, l’extraction des deux crêtes (fig. 14, 15, n° 3,12), initialise le débitage. Un nouvel éclat laminaire épais (fig. 14, 15, n° 11) achève d’éliminer le cintre et la carène du dos du nucléus. Le nucléus est alors prêt au débitage de lames. Il présente une surface de débitage assez carénée et très cintrée, opposée à un dos plat circonscrit par le négatif des deux crêtes. Les premiers produits laminaires régularisent la surface de débitage par réduction du cintre entre les deux crêtes, (fig. 14, 15, n° 2, 6). La suite du débitage témoigne d’une phase productive dont seules deux lames ont été retrouvées (fig. 14, 15, n° 4, 5). Cette série de lames, constituée d’au moins six produits, est extraite à partir du même plan de frappe, selon un schéma semi-tournant. Elles n’envahissent que les trois quarts de la surface de débitage. À la fin de cette série absente du remontage, une lame débordante réaménage le cintre du nucléus nettement réduit par l’extraction précédente des produits recherchés. Cette lame rebrousse légèrement, en raison du manque de carène du nucléus. Deux nouveaux plans de frappe sont alors réaménagés. Sur l’ancien plan de frappe principal, les convexités distales, nécessaires au bon déroulement d’un débitage opposé au premier, sont mises en place. Le réaménagement de l’autre plan de frappe réduit le nucléus jusqu’au niveau du dernier réfléchissement et sert au débitage d’une nouvelle série de trois lames absentes du remontage. Enfin, le nucléus retourné une dernière fois permet le débitage d’une dernière lame avant son abandon (fig. 14, 15, n° 1).

82Le second nucléus fait aussi partie d’un ensemble remonté (fig. 16). La production laminaire qui le caractérise relève des mêmes méthodes et techniques que celles évoquées dans le remontage précédent, à quelques exceptions près. Les deux crêtes latérales qui encadrent le dos du nucléus n’ont pas été débitées. L’une d’entre elles a été partiellement détachée pour mettre en place un nouveau plan de frappe. Le dos garde les stigmates de l’aménagement des deux crêtes.

Fig. 16. Remontage 65

Fig. 16. Remontage 65

DAO Héloïse Koehler/Alsace Archéologie

83Le débitage bipolaire a été effectué dans l’espace très cintré circonscrit par les deux crêtes. Un négatif d’éclat de cintrage au milieu de la surface de débitage marque l’initialisation du débitage par une troisième crête. La carène de la surface de débitage, presque inexistante, conduit au réfléchissement des deux derniers produits. Le nucléus est abandonné alors qu’il restait un volume non négligeable à exploiter.

84Le dernier nucléus laminaire est plus étroit que les deux précédents (fig. 17). Une crête initialise le débitage bipolaire, tandis qu’une crête partielle assure le maintien du dos. L’étroitesse de la surface de débitage conduit à la production de lames débordantes sur les flancs du nucléus. Le dernier produit est une lame débordante qui outrepasse largement.

Fig. 17. Niveau D

Fig. 17. Niveau D

1. Nucléus à lames ; 2-4. Lames

DAO Héloïse Koehler/Alsace Archéologie

La production de pointes

85Un seul nucléus unipolaire convergent témoigne de ce système de production dans le niveau D. Aucune pointe n’a été retrouvée, ce qui est sans doute une preuve supplémentaire de la mobilité de ces artefacts durant le Weichselien ancien.

La production d’éclats

86Un nucléus Levallois récurrent centripète illustre la production d’éclats. Les deux surfaces sont hiérarchisées (fig. 18). Le détachement des produits est effectué selon un plan parallèle à l’intersection des deux surfaces. Des éclats centripètes aménagent les convexités latérales et distales. Quatre éclats Levallois ont été retrouvés. Les sept éclats débordants et la pointe Levallois retrouvés dans ce niveau proviennent également d’un débitage de surface.

Fig. 18. Niveau D. Nucléus Levallois récurrent centripète

Fig. 18. Niveau D. Nucléus Levallois récurrent centripète

DAO Héloïse Koehler/Alsace Archéologie

Les produits prédéterminés

87La production de supports laminaires domine largement l’ensemble de la série (fig. 17, nos 2-6). La plupart des lames retrouvées résultent le plus souvent d’aménagement ou d’entretien des nucléus. D’après l’examen de leurs négatifs, les objectifs du débitage sont donc des lames peu épaisses, au profil rectiligne, de 7 à 11 cm de long.

88Il faut souligner la représentation très importante des lames à crête, partielles ou entières, par rapport au corpus global. Quatorze éléments, soit plus de 12 % de la série se répartissent ainsi : deux sont à un versant, quatre sont partielles et huit sont à deux versants. Cette surreprésentation s’explique selon deux axes principaux intimement liés, dont l’un relève de la méthode et l’autre de la technique. D’une part, ces crêtes installées sur les trois nucléus à lames sont si carénées qu’il est impossible de les détacher intégralement en un seul produit à la percussion directe au percuteur dur (fig. 14, 15, 16). Les Néandertaliens ont donc détaché ces produits en deux temps à partir de deux plans de frappe opposés, doublant de fait le nombre de ce type de produit.

Les produits retouchés (n=2)

89Enfin, les produits retouchés sont très peu nombreux avec seulement deux éléments. Il s’agit d’un proximal d’éclat Levallois retouché en partie mésiale ; l’autre pièce est une lame de plein débitage appointée par une petite retouche très courte, directe et semi-abrupte.

Le niveau C

90Cet ensemble lithique a été retrouvé au sein de l’unité stratigraphique 12, corrélée avec la fin du stade isotopique 5a (transition phase à sols gris forestier/phase à sols steppiques ; Antoine et al. 2003 ; fig. 4). En tenant compte de l’aspect physique du matériel lithique et des caractéristiques texturales de l’unité stratigraphique qui le contient, ce niveau a été considéré en position primaire.

91L’ensemble du mobilier lithique du niveau C est constitué de 1 453 artefacts (tabl. 6). Il s’agit de l’ensemble lithique le plus riche à la fois en termes d’effectifs que du point de vue du taux de remontages. La production a eu lieu sur place comme l’attestent la présence de la totalité des déchets de taille et la réalisation de d’importants remontages. Les nombreux éclats corticaux et les remontages mettent en évidence l’entame des blocs et renforcent l’idée d’une activité intégrale de taille sur place (fig. 19). Les 537 éclats corticaux proviennent principalement, mais pas exclusivement, de la phase de mise en forme des blocs. Parmi ces produits, 194 présentent une face supérieure couverte par plus de 50 % de cortex tandis que 343 par moins de 50 %. Les éclats de petites dimensions et les esquilles sont relativement peu nombreux avec respectivement 137 et 88 produits. Ce manque particulièrement remarquable dans les amas 3 et 4 traduit des perturbations d’ordre taphonomique imputables à la pente générale du versant et à des phénomènes de ruissellement qui ont emporté la fraction fine de l’industrie.

Tabl. 6. Décompte des artefacts du niveau C par catégories

Tabl. 6. Décompte des artefacts du niveau C par catégories

Fig. 19. Composition technologique du niveau C

Fig. 19. Composition technologique du niveau C

DAO J.-L. Locht/Inrap

92Le niveau est composé des amas 3, 4, 5 et 15 auxquels s’ajoutent les postes de débitage 1, 8 et 11, qui sont de plus petite taille (fig. 20). Aucun remontage entre les amas n’a été réalisé sur ce niveau malgré des taux de raccords extrêmement importants à l’intérieur de chaque concentration. Les postes de débitage impliquent nettement moins d’artefacts que les amas, deux blocs maximum (le plus souvent un seul) y sont débités. Dans les deux cas cependant, l’homogénéité du mobilier lithique est attestée, entre autres, par les remontages réalisés.

Fig. 20. Localisation des artefacts du niveau C

Fig. 20. Localisation des artefacts du niveau C

DAO P. Raymond/Inrap

93Les pièces plus isolées ou celles qui sont situées aux abords des amas appartenant à l’ensemble archéologique C, constituent le reste du corpus. Les remontages ont joué un rôle fondamental dans l’identification des chaînes opératoires. Ils expriment aussi les degrés de variabilité à l’intérieur d’une méthode de production. Quant aux remontages les plus complets, ils permettent de dégager clairement les intentions de débitage mis en évidence par l’absence répétée des produits recherchés dans les séquences remontées. Au total, 55 nucléus parmi 76 exemplaires se distinguent par la présence d’au moins un produit remonté. Les remontages les plus importants mettent en évidence le débitage de plusieurs nucléus à partir d’un même bloc, diaclasé ou non.

Les schémas opératoires

94La morphologie initiale des blocs de silex est peu standardisée. À cela deux raisons :

  • d’une part, les rognons de silex secondaire de Soindres présentent régulièrement des excroissances,
  • d’autre part, les inclusions et les micro-fissures fragilisent les blocs, pouvant conduire à leur fracturation au cours du débitage.

95Deux exemplaires indiquent que les blocs ont été fracturés intentionnellement avant le débitage. Les deux fragments ont été ensuite débités de manière indépendante. Le bloc ou le fragment de bloc n’excède pas une trentaine de centimètres de longueur et une vingtaine de centimètres de largeur et d’épaisseur.

96Au nombre de 76, les nucléus sont tous en silex secondaire et représentent 5,22 % de l’ensemble du mobilier lithique du niveau C. À nouveau, trois chaînes opératoires sont associées et sont orientées vers la production d’éclats, de lames et de pointes (tabl. 7).

Tabl. 7. Décompte des nucléus du niveau C

Tabl. 7. Décompte des nucléus du niveau C

La production de pointes

97Au sein de ce corpus, les nucléus unipolaires convergents sont au nombre de 34, soit 44,74 % de l’ensemble de ce type d’artefacts, dont neuf ont été réalisés sur éclat. Ils sont majoritaires dans cette série et dénotent la volonté d’obtenir des pointes typo-Levallois selon une séquence productive de base bien précise (cf. supra), identifiée à Bettencourt-Saint-Ouen (Locht 2002) et à Villiers-Adam (Locht et al. 2003).

98La séquence productive de base caractéristique des nucléus unipolaires convergents (et parallèles) est facilement identifiable (fig. 21, 22, n° 9, 10). Elle consiste à faire converger deux éclats débordants de part et d’autre du nucléus à partir d’un plan de frappe unique, puis de profiter des conditions mises en place par ces deux produits (convexités, nervure), pour détacher une pointe typologiquement Levallois (Locht et al. 2003). Au total, 137 éclats débordants corticaux ont été identifiés. Ils aménagent les convexités latérales du nucléus par débordement et, dans une moindre mesure, les convexités distales par convergence. Ils sont indispensables à la poursuite du débitage, ce qui leur confère un caractère prédéterminant.

Fig. 21

Fig. 21

1-2. Nucléus unipolaires convergents ; 3. Pointe ; 4. Éclat à dos cortical ; 5. Remontage de la pointe 3 et de l’éclat 4 sur le nucléus 2

DAO S. Lancelot/Inrap

Fig. 22

Fig. 22

1-7. Pointes ; 8. Remontage d'un éclat à dos cortical et d'une pointe ; 9-10. Nucléus unipolaires convergents

DAO S. Lancelot/Inrap

99L’outrepassage répété sur ce type de produit s’explique par la difficulté à contrôler la convexité distale du nucléus à partir d’un plan de frappe opposé. La réponse à cette difficulté technique consiste en l’enlèvement de produits plutôt épais et souvent outrepassés. L’outrepassage partiellement maîtrisé, participe alors au réaménagement de la convexité distale des nucléus unipolaires convergents.

100La séquence productive de base peut se répéter tant que les deux éclats débordants assurent l’entretien des convexités latérales et distales du nucléus.

101Parmi les 24 nucléus, sept présentent deux surfaces productives indiquant une véritable rupture dans le schéma opératoire (fig. 23). Sur ceux-ci, un plan de frappe est ouvert par un gros éclat d’épannelage, puis la séquence productive de base est mise en place dès le décorticage. Les éclats débordants entament systématiquement des bords corticaux. Un seul nucléus unipolaire convergent présente des stigmates d’aménagements distaux à partir d’un plan de frappe opposé. Aucun ne laisse d’aménagement des convexités latérales par un autre moyen que des éclats débordants. L’initialisation des blocs se résume à sa plus simple expression, débutant directement par la séquence de production.

102Les neuf nucléus sur éclats (soit 26 % des nucléus à pointes) sont réalisés sur des supports d’entame ou d’épannelage qui participent eux-mêmes à l’initialisation du nucléus. Si le plan de frappe peut être situé indistinctement sur la partie proximale ou distale de l’éclat/nucléus, la surface de débitage est invariablement positionnée sur la face inférieure du gros éclat. Les convexités naturelles indispensables au bon déroulement du débitage y sont déjà présentes. Dans ce cas (cinq nucléus), une seule phase de production a été possible, en raison de la petite taille de l’éclat support.

Fig. 23. Niveau C. Remontage d’une pointe sur chacune des deux surfaces d’un nucléus unipolaire convergent. Les deux surfaces sont exploitées successivement dans des plans parallèles

Fig. 23. Niveau C. Remontage d’une pointe sur chacune des deux surfaces d’un nucléus unipolaire convergent. Les deux surfaces sont exploitées successivement dans des plans parallèles

Dessins S. Lancelot/Inrap

103La seule variabilité de cette séquence productive de base, toutes matrices confondues, réside dans l’élargissement de la surface de débitage. Elle s’est exprimée à partir de nucléus unipolaires convergents débités dans la plus grande largeur. La surface productive est suffisamment large pour détacher plusieurs produits encadrés par les deux éclats débordants corticaux.

104Le caractère indépendant des séquences productives sur le même bloc confère aux nucléus unipolaires convergents un nombre important de morphologies. Le positionnement et l’orientation de la nouvelle séquence de débitage par rapport à la première sont variables. Ils peuvent être inscrits dans un plan perpendiculaire pour deux exemplaires, avec des plans de fracturations parallèles au plan d’intersection des deux surfaces. Les deux séquences productives peuvent aussi être parallèles mais sécantes vis-à-vis du plan d’intersection des deux surfaces (deux exemplaires). Les trois derniers indiquent des séquences productives perpendiculaires l’une par rapport à l’autre, mais sécantes au regard du plan d’intersection des deux surfaces. Cette grande diversité morphologique a également été observée à Villiers-Adam (Locht et al. 2003) et surtout à Bettencourt-Saint-Ouen (Locht 2002).

La production d’éclat

105En ce qui concerne la production d’éclats, le schéma opératoire de type direct unipolaire parallèle a été le plus utilisé (13 nucléus). Ils sont caractérisés par un faible investissement technique et un taux de réduction peu avancé (fig. 24, n° 1). C’est à partir de dièdres naturels ou de convexités marquées que le débitage s’est développé. Les produits recherchés sont allongés et épais. L’entretien des convexités de la surface de débitage est à nouveau assuré par des éclats débordants, qui réfléchissent souvent et conduisent rapidement à l’abandon du nucléus.

Fig. 24

Fig. 24

1. Nucléus unipolaire parallèle ; 2. Remontage d’une pointe pseudo-Levallois et d’un éclat sur un nucléus Discoïde uniface ; 3. Nucléus à lames ; 4-7. Lames

DAO S. Lancelot/Inrap

Fig. 25

Fig. 25

1. Pointe moustérienne ; 2. Racloir simple droit ; 3. Racloir simple convexe (dessins P. Raymond/Inrap) ; 4. Racloir simple convexe (dessins H. Koehler/Alsace Archéologie)

106Dans le niveau C, le débitage Discoïde est représenté par treize nucléus. Quatre d’entre eux sont unifaciaux, cinq présentent deux surfaces d’exploitation, tandis que les quatre derniers ont été débités sur trois surfaces (fig. 23, n° 2).

107Les nucléus Discoïdes unifaciaux sont systématiquement réalisés à partir de fragments diaclasiques. La surface naturelle constitue la surface des plans de frappes d’un débitage récurrent centripète. Les enlèvements sont détachés selon un angle sécant et laissent de profonds contre-bulbes, caractéristique morphologique absente des nucléus Levallois récurrents centripètes. Cette distinction est d’autant plus visible dans le remontage 86 où les deux systèmes de production (Levallois récurrent centripète et Discoïde) sont inscrits dans le même bloc.

108Un remontage met en évidence un débitage Discoïde sur deux surfaces où, après un accident diaclasique du bloc, chaque fragment est repris en Discoïde unifacial. Dans les deux cas, à la surface diaclasique correspond la surface des plans de frappe à partir de laquelle se développe un débitage centripète à plan de fracturation sécant.

109Les nucléus Discoïdes à deux surfaces exploitées alternativement sont de forme pyramidale quand elles sont adjacentes opposées ou de forme orthogonale à quand les deux surfaces sont perpendiculaires.

110Les quatre derniers ont été débités sur trois surfaces, par déplacement de la charnière qui délimitait les deux premières surfaces d’exploitation (Locht 2003).

111La variabilité des nucléus Discoïdes correspond à l’application d’un seul concept susceptible de produire plusieurs types d’éclats particuliers, mais à des niveaux d’exploitation différents. À Soindres, les produits issus du débitage Discoïde sont globalement moins lourds et plus petits que les autres supports prédéterminés.

112Les nucléus Levallois récurrents centripètes sont au nombre de sept, ce qui représente 9,24 % du corpus de ce type d’artefacts. Ils n’ont pas fait l’objet d’une réduction très poussée.

113Un seul nucléus a été exploité selon un débitage Levallois à éclat préférentiel (1,31 % de l’effectif). Le premier éclat préférentiel révèle une inclusion cristalline au milieu de la surface de débitage, à l’origine de l’abandon du nucléus.

La production de lames

114Un seul nucléus, difficilement caractérisable, témoigne de ce type de production. Le bloc d’origine est oblong et torse. Une tentative d’aménagement de lames à crête a été réalisée, mais a échoué, ce qui a provoqué l’abandon du nucléus avant la mise en place des plans de frappe (fig. 23, n° 3).

Les nucléus informes

115Enfin, huit nucléus informes n’ont pu être classés dans une catégorie précise Parmi ceux-ci, sept sont sur éclat et n’ont permis d’obtenir qu’un à deux produits sans organisation particulière. Les supports choisis sont invariablement des éclats corticaux (trois éclats débordants, trois éclats d’épannelage et un éclat d’entame). L’un d’entre eux présente une retouche courte sur un bord. Le dernier est trop affecté par le gel pour saisir une quelconque organisation du débitage.

Les supports prédéterminés

116L’obtention de pointes typologiquement Levallois (n=34) constituait l’objectif prioritaire de cet ensemble lithique. Peu nombreuses, au regard des nucléus unipolaires convergents dont elles sont issues (n=34), l’hypothèse d’un déplacement des pièces en dehors de la zone de fouille, voire sur un autre site est à nouveau envisageable. Leur absence régulière dans les remontages appuie cette hypothèse.

117Les pointes pseudo-Levallois (n=19) ont sans doute été produites par les nucléus de conception Discoïde. Outre la diversité des formes des nucléus, on observe une forte variété de produits issus d’un débitage de conception Discoïde (Locht 2004). La redéfinition technologique précise basée sur des critères techniques identifiables du débitage Discoïde a permis de discerner des pièces techniques prédéterminées et/ou prédéterminantes. Il s’agit principalement d’éclats débordants et de pointes pseudo-Levallois, mais aussi d’éclats allongés, d’éclats à profil brisé, éclats plus larges que longs (Boëda 1993, Locht 2003).

118Les éclats Levallois sont au nombre de 78. Ils peuvent être issus des nucléus Levallois récurrents centripètes et portent dans ce cas des négatifs convergents ou centripètes sur la face dorsale.

119Les débitages unipolaires convergents et unipolaires parallèles ont aussi produit des éclats réguliers, typologiquement Levallois. La face dorsale de ces produits indique que les négatifs précédents sont unipolaires et proviennent du même plan de frappe que cet éclat régulier, lors d’une séquence de production.

120Les lames sont très peu nombreuses (n=4). Il s’agit de produits de plein débitage (fig. 23, nos 4-7).

L’outillage retouché

121L’ensemble des supports retouchés représente, avec 50 produits, 3,51 % de l’ensemble du corpus. Néanmoins si l’on retranche les retouches marginales directes (21), ou inverses (6), le pourcentage d’outil retombe à 1, 65 %. Cette faible représentation de l’outillage est une des caractéristiques des industries du Paléolithique moyen du Nord de la France (Locht et al. 2016). Peu importe le support ou la partie retouchée, la retouche est dans tous les cas courte, très souvent semi-abrupte (fig. 24). Ces éclats à retouches marginales sont les plus nombreux (27, soit 54 % de l’effectif), suivis des encoches (12, soit 24 %), des racloirs (7, soit 14 %) et des denticulés (4, soit 8 %).

Le niveau B

122Cet ensemble lithique a été retrouvé au sein de l’unité stratigraphique 11, corrélée avec la fin du stade isotopique 5a ou le tout début du 4 aux alentours de 75 ka (fig. 4). Il n’est composé que de 72 artefacts (tabl. 8, fig. 26). Seuls 26 éléments sont répartis de façon éparse sur le décapage tandis que 46 sont regroupés au milieu de l’emprise et correspondent à la concentration C6 (fig. 27).

Tabl. 8. Décompte des artefacts du niveau B par catégories

Tabl. 8. Décompte des artefacts du niveau B par catégories

Fig. 26. Localisation des artefacts du niveau B

Fig. 26. Localisation des artefacts du niveau B

Fig. 27

Fig. 27

1. Nucléus Levallois à éclat préférentiel ; 2. Pointe

123La seule particularité de la concentration 6 relève de la nature de l’unique nucléus. Il s’agit d’un nucléus Levallois à éclat préférentiel (fig. 28, n° 1). La surface de plan de frappe est finement préparée par un léger facettage. La partie distale de la surface de débitage révèle des négatifs de petits éclats centripètes d’aménagements de la convexité de la surface de débitage. Ces aménagements sont recoupés par le dernier éclat préférentiel qui occupe les 4/5 de la surface de débitage. Le tailleur abandonne le nucléus suite à l’apparition d’une inclusion cristalline sous le dernier éclat. Les petits éclats et les esquilles représentent 54,8 % de l’ensemble du corpus. Ces artefacts représentent 66 % de la concentration 6.

Fig. 28. Plan de localisation des artefacts du niveau B

Fig. 28. Plan de localisation des artefacts du niveau B

DAO P. Raymond/Inrap

124Les supports prédéterminés sont seulement au nombre de deux : un éclat Levallois et une pointe (fig. 28, n° 2).

Le niveau A

125Cet ensemble lithique de 126 artefacts a été retrouvé au sein de l’unité stratigraphique 9, corrélée avec la fin du stade isotopique 5a ou le tout début du 4, aux alentours de 71 ka (fig. 4).

126Ce niveau est principalement constitué d’un amas de débitage (amas 13). Le taux de remontage est élevé, avec 44 % de l’effectif global et des remontages allant jusqu’à dix pièces. Cet amas, situé au-delà de la rupture de pente, est absolument horizontal, sans dispersion verticale des artefacts. Enfin, la matière première et les méthodes de débitage sont parfaitement homogènes. Cependant, les petits éléments font défaut puisque esquilles et éclats de moins de 3 cm ne sont qu’au nombre de sept. Leur absence est sans doute la cause d’un lessivage subi par ce niveau Les éclats corticaux sont correctement représentés et supposent que la taille a été réalisée intégralement sur place (tabl. 9, fig. 29, 30).

Tabl. 9. Décompte des artefacts du niveau A par catégories

Tabl. 9. Décompte des artefacts du niveau A par catégories

Fig. 29. Composition technologique du niveau A

Fig. 29. Composition technologique du niveau A

Fig. 30. Localisation des artefacts du niveau A

Fig. 30. Localisation des artefacts du niveau A

Les schémas opératoires

127Sur les treize nucléus de cette série, neuf ont été exploités selon un débitage unipolaire convergent (tabl. 10, fig. 31, n° 2). Les séquences de production sont courtes. Les nucléus sont rapidement abandonnés, d’où un nombre élevé de nucléus par rapport à la totalité du matériel.

Tabl. 10. Décompte des nucléus du niveau A

Tabl. 10. Décompte des nucléus du niveau A

Fig. 31

Fig. 31

1. Pointe ; 2. Nucléus unipolaire convergent exploité sur deux surfaces s'inscrivant dans des plans parallèles (DAO Stéphane Lancelot/Inrap) ; 3. Nucléus Levallois à éclat préférentiel (dessin P. Raymond/Inrap)

128Un nucléus Levallois préférentiel de très belle facture fait partie de cet ensemble (fig. 31, n° 3). Des petits enlèvements distaux destinés à aménager les convexités du nucléus ont permis l’obtention d’un éclat préférentiel recouvrant l’essentiel de la surface de débitage. Néanmoins, l’angle entre surface de débitage et surface des plans de frappe trop ouvert (proche des 90°) n’a pas permis le réaménagement du nucléus et a conduit à son abandon.

Les produits prédéterminés

129Les éclats Levallois sont au nombre de six, excédant la représentation des nucléus de ce type (n=2). Inversement en comparaison des nucléus, les pointes sont peu nombreuses (n=3). De plus, ces produits sont absents de plusieurs ensembles remontés, ce qui laisse supposer leur emport (fig. 31, n° 1).

130Avec quatre produits, les outils retouchés sont peu nombreux. Trois retouches courtes et marginales sur éclat et pointe pseudo-Levallois ainsi qu’une encoche sur un éclat débordant cortical constituent l’ensemble des supports retouchés.

Les occupations moustériennes de Soindres : première synthèse

131Les cinq niveaux d’occupation de Soindres sont contemporains du Début Glaciaire weichselien et concernent une période comprise entre 100 et 71 ka, soit du SIM 5c à la fin du SIM 5a (cf. supra « 2.2 Interprétation chronostratigraphique »).

132Le niveau F, le plus ancien est attribué au SIM 5c. Il n’est constitué que de 358 artefacts répartis surtout dans deux zones de concentration, qui résultent sans doute d’une occupation courte, orientée vers des activités de taille. Trois chaînes opératoires ont été mises en œuvre pour l’obtention d’éclats, de pointes et de lames. Bien que les différentes catégories d’artefacts soient peu nombreuses, certaines hypothèses peuvent être émises quant à la circulation des supports prédéterminés. Ainsi, il n’y a qu’un seul nucléus à éclats, alors que quatre éclats Levallois ont été retrouvés. Un apport de ces artefacts sur le site peut être proposé. À l’inverse, deux nucléus unipolaires convergents figurent dans cette série, alors qu’il n’y a aucune pointe. Une seule lame y est présente alors que deux nucléus à lames ont été identifiés. Pour ces deux dernières catégories d’artefacts, une exportation peut être envisagée.

133Le niveau D, du SIM 5a, vers 80 ka ans, ne contient que 113 artefacts. Il s’agit à nouveau d’une occupation courte, caractérisée par une seule concentration. Comme pour le niveau F, la taille du silex est destinée à la production de lames, de pointes et d’éclats. Un nucléus unipolaire convergent a été retrouvé, mais les pointes sont absentes, peut-être exportées.

134Le niveau C, le plus riche avec 1 453 artefacts, est contemporain de la fin du SIM 5a, vers 77 ka. La nappe de vestiges est plus dense que les deux précédentes. Elle est structurée par la présence de sept amas ou postes de taille, et résulte peut-être d’une occupation un peu plus longue, même si la durée de celle-ci ne peut être estimée. À nouveau, des importations d’éclats Levallois sur le site peuvent être évoquées, car ils sont beaucoup plus nombreux (n=78) que les nucléus caractéristiques de ce type de production (n=8). Les lames et les pointes sont par contre peu nombreuses en regard des nucléus et du principe de récurrence inhérent à ces types de production. Une exportation de ces deux types d’artefacts peut être envisagée (Koehler 2009).

135L’avant-dernière occupation du gisement, niveau B, est matérialisée par seulement 72 artefacts et semble correspondre à une occupation très courte à la fin du SIM 5a, vers 75 ka ans. La production d’éclats Levallois et de pointes est attestée. Pour la première fois à Soindres, le débitage laminaire est absent. En l’absence de nucléus, il est possible que la seule pointe de cette série ait été importée.

136Le niveau A, le plus récent, est lui aussi contemporain de l’extrême fin du SIM 5a, vers 71 ka ans. À nouveau, il correspond à une occupation courte, matérialisée par 126 artefacts regroupés principalement au sein d’un amas. La composition technologique de cet ensemble est similaire à celle du niveau B. L’objectif de la taille a été la production d’éclats et de pointes. Le débitage laminaire est absent. Les pointes (n=3) sont trop peu nombreuses par rapport aux nucléus unipolaires convergents (n=9). Une exportation en dehors du site est possible. Le phénomène est inverse pour les éclats Levallois, puisque neuf exemplaires figurent dans ce petit ensemble, alors qu’un seul nucléus y est présent. Cette fois, une importation est possible.

137Du point de vue des industries lithiques, les cinq niveaux d’occupation de Soindres, caractérisés par la production d’éclats et de pointes et, pour les trois plus anciens, de lames s’intègrent parfaitement dans le paysage archéologique du Weichselien ancien dans le Nord de l’Europe. Elles peuvent ainsi être rattachées au technocomplexe du Nord-Ouest européen (Locht et al. 2016).

138L’importation et l’exportation de supports prédéterminés (éclats Levallois, lames et pointes) à Soindres sont aussi avérées sur d’autres gisements du Début Glaciaire Weichselien. Ainsi, des exportations d’éclats Levallois ont été mises en évidence sur les sites d’Auteuil (Oise) et de Fresnoy-au-Val 1 (Somme). Des lames semblent avoir été importées sur les sites de Villiers-Adam (Val-d’Oise) et d’Auteuil (Oise). Mais ce sont les pointes qui apparaissent les plus mobiles. Des importations de ce type d’artefacts sont mentionnées pour le niveau WA2 de Mauquenchy (Seine-Maritime) et supposées sur les sites d’Auteuil (Oise), de Revelles (Somme), de Molinons, de Lailly-Beauregard et de Villeneuve l’Archevêque (Yonne). Des exportations de pointes ont été mises en évidence pour les deux niveaux archéologiques de Fresnoy-au-Val et pour l’occupation N3b de Bettencourt-Saint-Ouen (Somme) ainsi que pour le site de Villiers-Adam (Goval 2008, Koehler 2009, Goval et al. 2016). Ces différentes observations permettent d’appréhender les territoires néandertaliens, espaces inférés vers le site par ces circulations d’objets (Bracco 2004).

139Le site de Soindres est caractérisé par la succession de cinq occupations de durée relativement courte si l’on se base sur le faible nombre d’artefacts de chacune d’entre elles. Les activités semblent centrées autour des activités de taille. Chacun des niveaux archéologiques contient d’ailleurs un ou plusieurs amas ou postes de débitage. Seul le niveau C semble correspondre à une occupation un peu plus longue, avec 1 453 artefacts et 50 outils retouchés.

140Le gisement a fonctionné à plusieurs reprises en tant que halte pour des chasseurs-cueilleurs qui y ont produit des supports prédéterminés. Il s’agissait d’un point connu au sein d’un territoire, qui servait d’étape logistique pour la production des supports d’outillage. D’autres activités annexes y ont peut-être été pratiquées. Elles restent à appréhender par le biais de la tracéologie.

141À Soindres, la succession de cinq occupations humaines durant le Début Glaciaire weichselien est à mettre en parallèle avec ce qui a été observé sur le site de Bettencourt-Saint-Ouen. Sur ce gisement, cinq niveaux distincts ont été individualisés en stratigraphie. La durée d’occupation du site s’étend du stade isotopique 5d à la fin du 5a, soit près de 40 000 ans, durant une phase de transition climatique complexe entre l’interglaciaire eemien et le Pléniglaciaire inférieur. Durant cette longue période et pour répondre à leurs besoins, les Néandertaliens ont produit des lames, des pointes et des éclats avec des schémas techniques rigoureusement identiques. En dépit des modifications environnementales, le poids des traditions culturelles y a joué un rôle prépondérant. Il semble donc qu’une même entité culturelle ait occupé cette aire géographique pendant tout le Weichselien ancien (Locht 2002). À Soindres comme à Bettencourt-Saint-Ouen, la récurrence des occupations serait aussi témoin de la gestion d’un territoire et de sa transmission (Locht et al. 2014, Locht 2018).

Place et signification du site de Soindres dans le paysage archéologique du Début Glaciaire weichselien dans le Nord de l’Europe

142Le Début Glaciaire weichselien est une période de transition longue et complexe entre la fin de l’interglaciaire Eemien (SIM 5e) et le début du Pléniglaciaire inférieur (SIM 4), soit de 115 000 à 60 000 ans. D’une manière générale, le paysage est en mosaïque, avec des espaces ouverts, couverts d’herbacées hautes et des zones boisées où dominent le bouleau et le pin (Antoine et al. 1995). Ce type d’environnement, avec une biomasse importante, semble être particulièrement attractif pour les chasseurs du Paléolithique moyen.

143Les niveaux archéologiques de cette période sont souvent représentés, comme à Soindres, par de grandes nappes assez denses d’artefacts, avec des postes de débitage bien circonscrits (Bettencourt, Fresnoy-au-Val, Villiers-Adam). Les restes fauniques sont rares en raison de problèmes de conservation (décarbonatation des sédiments). À ce jour, seul le site de Bettencourt-Saint-Ouen et celui, non fouillé, de Saint-Sauveur, dans la Somme, ont livré quelques ossements (Locht 2002, Antoine et al. 1995).

Les industries lithiques du Weichselien ancien dans le nord de la France

144Les paléosols du début de la dernière glaciation, correspondant aux sous-stades isotopiques 5d à 5a, ont permis la bonne préservation de nombreux ensembles lithiques, à l’origine de la définition du Technocomplexe du Nord-Ouest (fig. 32, 33). D'un point de vue technologique, cette période est remarquable par la grande variabilité des systèmes de production d'outils de pierre (Tuffreau et Révillion 1996). Les chaînes opératoires destinées à l'obtention de supports variés et standardisés (éclats, lames, pointes) coexistent souvent au sein de mêmes assemblages lithiques. Rares sont les industries ne présentant qu'une seule chaîne opératoire. Dans la plupart des cas, l’intégralité du débitage s’effectue sur place, de la phase d’initialisation jusqu’à l’abandon des nucléus. Le façonnage de bifaces est quant à lui très faiblement représenté au sein des séries de cette période (Locht et Antoine 2001). Cette variabilité des systèmes techniques distingue les industries lithiques du Weichselien ancien des rares exemples antérieurs du SIM 6, plutôt dominée par le débitage Levallois. Les industries lithiques de la phase chronoclimatique suivante (SIM 4) seront caractérisées par une réduction de l’éventail technologique et la prédominance du débitage Levallois, voire du débitage Discoïde (Locht et al. 2016).

Fig. 32. Localisation des sites mentionnés dans le texte

Fig. 32. Localisation des sites mentionnés dans le texte

1. Bettencourt-Saint-Ouen ; 2. Revelles ; 3. Fresnoy-au-Va ; 4. Riencourt-lès-Bapaume ; 5. Seclin ; 6. Gouy-Saint-André ; 7. Saint-Hilaire-sur-Helpe ; 8. Saint-Sauveur ; 9. Blangy-Tronville ; 10. Ailly-sur-Noye ; 11. Mauquenchy ; 12. Saint-Just-en-Chaussée ; 13. Cuvilly ; 14. Auteuil ; 15. Soindres ; 16. Villiers-Adam ; 17. Ploisy ; 18. Chavignon ; 19. Lailly-Tournerie ; 20. Lailly Beauregard ; 21. Molinons ; 22. Corbie ; 23. Remicourt ; 24. Rocourt ; 25. Liège ; 26. Tönchensberg ; 27. Wallertheim ; 28. Angé ; en pointillé : extension du Technocomplexe du Nord-Ouest

DAO R. Kaddèche, J.-L. Locht/Inrap

Fig. 33. Position chronostratigraphique des principaux niveaux du Paléolithique moyen du nord de la France (d’après Antoine et al. 2016, modifié)

Fig. 33. Position chronostratigraphique des principaux niveaux du Paléolithique moyen du nord de la France (d’après Antoine et al. 2016, modifié)

DAO J.-L. Locht/Inrap

145Le débitage Levallois est toujours bien représenté et constitue, sous ses différentes modalités de production (méthodes à éclat préférentiel, récurrente unipolaire, bipolaire ou centripète), le bruit de fond des industries du Début Glaciaire weichselien.

146L’une des principales caractéristiques de ces assemblages lithiques est la fréquente présence d’une production de lames, selon un mode opératoire semi-tournant ou tournant (Locht 2005).

147La production de pointes typologiquement Levallois constitue également un trait récurrent de ces industries du Weichselien ancien dans le nord de la France (Goval 2008, Goval et al. 2016, Locht et al. 2016a). Elles sont produites par le biais d’un schéma unipolaire convergent. Ce système productif se différencie d’une production de type Levallois par l’exploitation successive de plusieurs surfaces sécantes sans rupture dans l’exploitation du bloc (Bettencourt-Saint-Ouen, niveau N2b3 : Locht (dir.) 2002 ; Villiers-Adam : Locht et al. 2003).

148Par les productions associées de lames, d’éclats et de pointes, les industries lithiques de Soindres s’intègrent sans aucun problème dans la variabilité du paysage technologique du Paléolithique moyen du début de la dernière glaciation. L’étude du mobilier lithique a mis en évidence une industrie orientée principalement vers la production de pointes Levallois selon les schémas opératoires déjà identifiés à Villiers-Adam et à Bettencourt-Saint-Ouen. D’autres concepts de tailles, associés à cette séquence productive de base, minoritairement présents à Soindres (Discoïde, Levallois) ont aussi produit des pointes et des éclats aux morphologies particulières.

149Des travaux récents ont mis en évidence la mobilité (import/export) de ces lames et de ces pointes durant le Début Glaciaire weichselien dans le nord de la France (Goval 2008, 2012) et dans le Bassin parisien (Koehler 2009, Koehler et al. 2014), ce qui est aussi le cas à Soindres puisque les niveaux archéologiques présentent tous les caractéristiques de débitages réalisés sur place. En effet, les produits d’entame sont présents, les faces supérieures recouvertes par plus de 50 % de cortex également. Les supports recherchés (éclats Levallois, lames et pointes) sont absents, autant dans les corpus que dans les remontages, au même titre que les outils retouchés.

Le stade isotopique 5d

150Absent de la stratigraphie de Soindres cette première phase de dégradation climatique post-eemienne est en l’état actuel des recherches, seulement représentée par deux niveaux archéologiques. Le site de Saint-Sauveur (Somme), simplement sondé, a livré quelques artefacts qui attestent de l’utilisation de schémas opératoires Levallois récurrents unipolaire et récurrent (Antoine et al. 1995, Locht et al. 2013).

151Le niveau N3b de Bettencourt-Saint-Ouen (Somme) est caractérisé par l’association de trois chaînes opératoires orientées vers la production d’éclats, de pointes et de lames (fig. 34 ; Locht 2002 ; Locht et al. 2016a).

Fig. 34. Proportion des différentes chaînes opératoires du niveau N3b de Bettencourt-Saint-Ouen (SIM 5d) d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)

Fig. 34. Proportion des différentes chaînes opératoires du niveau N3b de Bettencourt-Saint-Ouen (SIM 5d) d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)

DAO J.-L. Locht/Inrap

Le stade isotopique 5c (interstade de Brørup)

152D’après les données stratigraphiques et les données micromorphologiques, le niveau F de Soindres serait contemporain du stade isotopique 5c (interstade de Brørup/Saint-Germain I : première phase à sol gris forestier/Sol de Bettencourt). Les trois systèmes de production sont destinés à la production d’éclats, de pointes et de lames (fig. 35). De ce point de vue, cette industrie peut être rapprochée de celle, antérieure, du niveau N3b de Bettencourt-Saint-Ouen (Locht 2002).

Fig. 35. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux du SIM 5c d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)

Fig. 35. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux du SIM 5c d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)

DAO J.-L. Locht/Inrap

153D’autres industries de cette phase chronoclimatique possèdent des caractéristiques technologiques comparables au niveau F de Soindres. À Villiers-Adam (Val-d’Oise), les productions de pointes et d’éclats sont majoritaires. La production de lames n’est représentée que par quelques produits laminaires et un seul nucléus prismatique de très petite taille retrouvé dans le second secteur de l’aire de fouille (Locht et al. 2003). Cette occupation a pu être datée aux alentours de 110 ± 11 ka par thermoluminescence sur silex chauffés.

154Deux chaînes opératoires distinctes sont présentes dans la série 2 de Fresnoy-au-Val. Elles sont orientées vers la production d’éclats Levallois et de pointes. Le débitage laminaire est totalement absent de cet ensemble. Le débitage Levallois est majoritairement orienté vers le débitage de nucléus Levallois préférentiel. Cette occupation a été datée vers 106,8 ± 7,5 ka par thermoluminescence sur silex chauffé (Goval et Locht 2009).

155Les ensembles lithiques D6 et D7 du site de Seclin (Nord) ont été retrouvés au sein d’un sol gris-forestier et l’attribution chronostratigraphique proposée est à nouveau le sous-stade isotopique 5c. Des datations par thermoluminescence ont été réalisées sur silex chauffés. Les résultats ont donné des âges qui vont de 91 ± 11 ka à 95 ± 11 ka. Cette série est caractérisée par une production laminaire importante. Toutefois, le débitage Levallois coexiste avec ce système d’exploitation (Tuffreau et al. 1994).

156À Saint-Hilaire-sur-Helpe (Nord), des datations TL ont donné un âge de 98,9 ± 9,3 ka pour l’industrie contenue dans un sol humifère et associant débitages Levallois et laminaire (Locht et al. 2015).

157À Cuvilly (Oise), le niveau archéologique a été attribué au stade isotopique 5c sur des bases chronostratigraphiques. Il est caractérisé par la production d’éclats (débitages Levallois, Discoïde et unipolaire parallèle). Le débitage laminaire est attesté par la présence de deux artefacts et une seule pointe témoigne de la présence de cette chaîne opératoire (Locht et al. 2016b).

158Enfin, fouillé récemment, le site de Corbie (Somme) a livré un petit lot d’artefacts retrouvés au sein du Sol de Bettencourt. Ce petit ensemble lithique s’intègre dans la variabilité des industries du Début Glaciaire weichselien (présence des débitages Levallois, Discoïde et unipolaire parallèle). Il faut y noter la présence de deux pièces bifaciales (Kiefer et Coutard 2019).

Le stade isotopique 5a (interstade Odderade)

159Le niveau D de Soindres a été attribué au stade isotopique 5a (interstade d’Odderade/Saint-Germain II : deuxième phase à sol gris forestier). Il s’agit d’un petit ensemble lithique de cent treize artefacts et de seulement six nucléus qui permettent d’avoir un aperçu restreint des systèmes de production. Les chaînes opératoires sont orientées vers la production d’éclats, de pointes et surtout de lames (fig. 36).

Fig. 36. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux du SIM 5a d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)

Fig. 36. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux du SIM 5a d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)

DAO J.-L. Locht/Inrap

160Les industries lithiques de cette phase chronoclimatique sont surtout représentées par celles du niveau CA de Riencourt-les-Bapaume (Pas-de-Calais) (Tuffreau 1993), du niveau N2b de Bettencourt-Saint-Ouen (Locht 2002) et de la série 1 de Fresnoy-au-Val (Goval et Locht 2009). Le spectre technologique des deux derniers sites les rapproche du niveau D de Soindres par la coexistence de chaînes opératoires orientées vers la production de lames et de pointes.

161Le niveau N2b de Bettencourt-Saint-Ouen est localisé à la base d’un sol gris forestier. Le profil technologique de cette industrie est varié. Le débitage Levallois est surtout représenté par les modalités récurrentes bipolaires et centripètes. Cependant, les deux principaux systèmes de débitage sont orientés vers la production de pointes, selon un schéma unipolaire convergent et de lames. L’analyse fonctionnelle de cette série a mis en évidence l’usage d’une pointe en tant qu’arme de hast (Locht 2002).

162La série 1 de Fresnoy-au-Val se localise dans un contexte stratigraphique similaire à celui de la série N2b de Bettencourt-Saint-Ouen. Différents systèmes de production ont permis la production d’éclats Levallois, de lames et de pointes. Les modalités d’exploitation Levallois préférentiel, récurrente centripète et récurrente bipolaire sont attestées. Les pointes sont obtenues par un débitage Levallois ou par un débitage unipolaire convergent. Les nucléus laminaires sont majoritairement exploités selon un schéma unipolaire (Goval et Locht 2009).

163Le niveau CA de Riencourt-lès-Bapaume a révélé la présence d’une production d’éclats Levallois, présente sous les méthodes linéales ou récurrentes, associée à une production laminaire (Ameloot-Van-der Heijden et Tuffreau 1993).

164Plus à l’ouest, le secteur 1 du gisement de Saint-Germain-des-Vaux (Manche) est majoritairement caractérisé par la production d'éclats Levallois et, plus minoritairement, de lames (Cliquet 1994). Le débitage laminaire est identique à celui de l'industrie D7 de Seclin (Révillion 1994).

165Deux industries ont été identifiées sur le gisement de Mauquenchy (Seine-Maritime). La première, localisée à la base d’un sol gris forestier, est attribuée au sous-stade isotopique 5a d’après le faciès de ce sol. Elle est caractérisée par un système de production Levallois (Locht et al. 2013). Une datation sur silex chauffé a livré un âge de 83 ka ± 7,6 ka. Le second niveau se trouve dans la partie supérieure du même sol. Il est surtout caractérisé par la présence d’un amas de façonnage d’un biface qui n’a pas été retrouvé. Cette seconde occupation a été datée par la même méthode, qui atteste d’un âge de 77 ka ± 7,2 ka. Ces deux dates permettent en outre d’affiner l’âge de la seconde phase à sol gris-forestier.

Fin du stade isotopique 5/transition stade isotopique 4

166Les assemblages lithiques présents au sein de ces paléosols sont aussi caractérisés par leur complexité et leur variabilité. Le positionnement chronostratigraphique de ces industries est très précis, car ces sols steppiques se développent entre 78 000 et 70 000 BP (Antoine et Locht 2015). Les sites de Bettencourt-Saint-Ouen (niveau N1 ; Locht 2002) et de Blangy-Tronville (Depaepe et al. 1999) situés dans la Somme, ainsi que celui de Gouy-Saint-André (Depaepe et Deschodt 2001) ont livré des ensembles lithiques dont la variabilité des systèmes de production est semblable à celle des industries des phases à sols gris forestier (stades isotopiques 5c et 5a). Une production laminaire y est attestée et coexiste avec un débitage Levallois (fig. 37).

Fig. 37. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux de la fin du SIM 5a (phase à sols steppiques) d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al.,2016, modifié)

Fig. 37. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux de la fin du SIM 5a (phase à sols steppiques) d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al.,2016, modifié)

DAO J.-L. Locht/Inrap

167Les trois derniers niveaux d’occupation de Soindres sont contenus dans des sols intergrades sols gris forestiers – sols isohumiques de type steppique qui marquent la fin du stade 5a et le début du Pléniglaciaire inférieur. Les niveaux A et B de Soindres sont trop faibles numériquement pour être comparés à d’autres séries. La production de lames y est absente. Le niveau C peut être comparé au niveau N1 de Bettencourt-Saint-Ouen et à celui de Gouy-Saint-André (Pas-de-Calais). Ces trois ensembles sont caractérisés par des productions d’éclats, de pointes et, dans une moindre mesure, de lames.

168La position stratigraphique du niveau supérieur de Saint-Just-en-Chaussée (Oise) peut être précisée à la lueur des recherches récentes et serait préservée au sein d’un sol de type steppique contemporain de la fin du SIM 5a (Tuffreau 1977, Locht et Feray, en cours). Il se distingue par la présence importante de bifaces, associés à une production d’éclats Levallois et de pointes.

169Au sud-est du Bassin Parisien, dans la vallée de la Vanne (Yonne), quatre niveaux archéologiques ont également un spectre technologique comparable (Molinons, Lailly Beauregard, Lailly Tournerie et Villeneuve l’Archevêque). Les productions d’éclats, de lames, de pointes, mais aussi de bifaces, y sont associées (Deloze et al. 1994, Depaepe 2007).

170Ces sites, retrouvés dans des sols humifères de type steppique, sont les derniers à présenter une composante laminaire et une production de pointes associées. En l'état actuel des recherches, celles-ci semblent disparaître à la fin du stade isotopique 5a ou au tout début du stade isotopique 4 (Locht et al. 2016).

171Par contre, d'autres sites sont caractérisés par la présence exclusive du débitage Levallois. L’atelier spécialisé dans la production d’éclats Levallois préférentiels d’Hermies (Pas-de-Calais ; Vallin et Masson 1998) est aussi rapporté à la phase à sols steppiques. Un seul mode opératoire est ici observé et a produit des supports réguliers très standardisés, dont la destination était un usage brut. Le gisement d’Auteuil (Oise) a également livré une industrie où le débitage Levallois est le système de production principal (Swinnen et al. 1996). La présence de deux possibles ébauches de bifaces y témoigne cependant de la connaissance d’une autre chaîne opératoire.

Le Weichselien ancien dans les régions limitrophes

172Au sud du Bassin parisien, dans la vallée du Cher, le site d’Angé présente des points de comparaison avec les industries du Nord de la France. L’occupation archéologique a été attribuée au SIM 5. Elle peut être apparentée aux séries étudiées dans le Nord de la France, qui sont caractérisées par l’association de chaînes opératoires orientées vers la production d’éclats, de lames et de pointes. Elle s’en distingue par un nombre important d’outils retouchés dont le style la rapproche du Moustérien charentien de type Ferrassie. Enfin, une série de 25 bifaces évoque le complexe « micoquien » d’Europe centrale (Locht et al. 2015).

173À l’échelle du nord-ouest européen, les industries à composante laminaire de cette période trouvent leur équivalent en Belgique, avec les ensembles lithiques de Rémicourt et du Mont Saint-Martin à Liège (SIM 5b : Van Der Sloot et al. 2011, Bosquet et al. 2004) et de Rocourt (SIM 5c : Otte et al. 1990 ; fig. 32). Ce type de production laminaire se trouve de façon exclusive dans les gisements de plein air, et n’a pas été identifié en grottes (Di Modica et al. 2016).

174En Allemagne, ce technocomplexe pourrait être représenté par les niveaux d’occupations de Tönchesberg 2B (SIM 5d) et de Wallertheim D (SIM 5a). Dans le premier ensemble, la production lithique est orientée vers l’obtention d’éclats et de lames (Conard 1990). Le second est caractérisé par une production laminaire (Conard et Adler 1996). Le niveau B1 de Rheindahlen a longtemps été attribué au SIM 5 (Bosinski 1995). Au vu de la date de la découverte, en 1966, il aurait été même logique que les industries à composante laminaire soient regroupées sous le terme de « Rheindahlien » comme G. Bosinski l’avait proposé (Bosinski 1967, 1995). Une révision de la séquence pédosédimentaire a plus récemment replacé ce niveau à la fin du SIM 7 (Schirmer 2002, Richter 2016), mais à l’heure actuelle, la question n’a pas encore été tranchée au sein de la communauté scientifique allemande. Dans l’hypothèse où Rheindahlen B1 serait contemporain du Début Glaciaire weichselien, ce niveau s’intègre sans problème dans le paysage archéologique du Nord de l’Europe (Locht et al. 2010).

175Ce technocomplexe caractérise le Nord-Ouest de l’Europe, mais ne s’étend pas au-delà du Rhin, qui semble matérialiser une frontière (Locht, sous presse). Tönchesberg et Wallertheim se trouvent en effet sur sa rive gauche. Pour l’instant, aucune industrie à composante laminaire n’a été trouvée plus à l’est, les productions laminaires de Piekary II et de Cracovie étant plus récentes (SIM 4 ou 3 : Kozlowski, 2001, 2002, 2006, Valladas et al. 2003).

176Les pointes y sont produites par le biais d’un schéma unipolaire convergent simple. Il s’agit d’un mode de débitage original, identifié uniquement durant le Début Glaciaire weichselien en ce qui concerne la France septentrionale. À l’instar des lames, les pointes font partie du bagage technique des Néandertaliens septentrionaux durant le Weichselien ancien et ce système de production disparaît aussi à la fin du stade isotopique 5.

Conclusion

177La fouille du gisement de Soindres a permis l’étude détaillée d’une séquence pédosédimentaire du Pléistocène supérieur, caractérisée par une exceptionnelle dilatation du complexe de sols du Début Glaciaire weichselien. Cinq niveaux d’occupation en place et distincts en stratigraphie (A, B, C, D et F) y ont été préservés et fouillés sur une superficie totale de 1 728 m². Un sixième niveau (E) semble en position remaniée.

178La dilatation exceptionnelle du complexe de sols du Weichselien ancien permet une attribution chronostratigraphique relativement précise des niveaux d’occupations humaines. Le niveau F est contemporain du SIM 5c. Le niveau D a été attribué au SIM 5a, tandis que les trois dernières occupations du site ont été replacées à la fin de ce même stade. Le gisement de Soindres est ainsi un jalon important pour la connaissance des sociétés humaines du Début Glaciaire weichselien et, par extension, pour celle des modalités de peuplement du nord de l’Europe au Pléistocène.

179La composition technologique des niveaux archéologiques de Soindres correspond à celle que l’on retrouve dans le nord de la France au Weichselien ancien. Les productions de pointes, de lames et d’éclats sont fréquemment associées, alors que les bifaces sont rares (et absents à Soindres). Durant le Début Glaciaire weichselien, les industries lithiques présentent une très grande variabilité technique, qui les distingue de la phase chronologique précédente. Durant le SIM 6, les quelques ensembles lithiques retrouvés dans le Nord sont dominés par le débitage Levallois. Les industries postérieures du SIM 4 sont caractérisées par une réduction de l’éventail technique avec la présence quasi-exclusive des débitages Levallois ou Discoïdes.

180La mobilité de certains produits est attestée à Soindres. Éclats Levallois, lames et surtout pointes ont fait l’objet d’importation et d’exportation. Des observations similaires ont été réalisées sur d’autres gisements de cette période. Les pointes en particulier apparaissent comme des éléments très mobiles. Plusieurs observations du même type ont été réalisées sur d’autres gisements de cette période et permettent de replacer le gisement au sein d’un territoire, ce qui suppose des relations avec d’autres sites non connus.

181En raison de leur faible nombre d’artefacts, les cinq niveaux d’occupations de Soindres peuvent être interprétés comme de courts passages de chasseurs paléolithiques qui y ont produit des artefacts prédéterminés (éclat Levallois, lames et pointes). Il s’agissait d’un point connu au sein d’un territoire, qui servait d’étape logistique pour la production des supports d’outillage.

182La persistance des mêmes traditions techniques pour la production de ces supports au Début Glaciaire weichselien, pendant une période correspondant à près de 40 000 ans, laisse supposer que des groupes culturels, identiques ou proches, ont parcouru ces territoires au début de la dernière glaciation. Elle permet d’envisager la connaissance d’un territoire, ainsi que sa transmission, comme cela a déjà été proposé à partir du site de Bettencourt-Saint-Ouen.

183Le site de Soindres s’intègre parfaitement dans le paysage archéologique de l’Europe du Nord-Ouest au Début Glaciaire weichselien, qui est sans doute la période optimale d’occupation de cette région par les Néandertaliens. Les industries lithiques sont alors caractérisées par une diversité et une variabilité des schémas de production inégalée au Paléolithique moyen. Elles constituent un technocomplexe qui s’étend du sud du Bassin Parisien à la rive gauche du Rhin.

Les auteurs tiennent à remercier toute l’équipe de fouille de l’Inrap Centre-Île-de-France, en particulier Gabriel Dwrila et Pascal Raymond. La Direction Scientifique et technique, par l’intermédiaire de Thibaud Guiot et Olivier Blin, a aussi contribué à la réalisation de cet article. Nos remerciements s’adressent aussi aux deux relecteurs qui ont permis d’améliorer la qualité de ce manuscrit.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. 1a. Localisation du gisement de Soindres ; 1b. Extrait de la carte géologique harmonisée (feuille de Mantes-la-Jolie, BRGM) et localisation du site de Soindres « le-Bordel » (78)
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-1.jpg
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Légende Légende lithologique. c4-5. Craie, Coniacien-Santonien ; c6. Craie blanche, Campanien ; e3. Argile bariolée, Yprésien inférieur ; e3-4. Argile et sable cuisien, Yprésien ; e5. Calcaire grossier, Lutétien ; e6. Sable et calcaire, Bartonien inférieur et moyen ; e7a-b. Calcaire de Champigny, Bartonien supérieur, Ludien ; g1b. Marne et Meulière, Stampien moyen Sannoisien ; g2a. Sable de Fontainebleau, Stampien moyen ; g2b. Argile et meulière de Montmorency, Stampien supérieur ; m1b. Sable de Lozères, Burdigalien ; RS et LP. Argile à silex résiduelle et Limon des plateaux ; C. Dépôts de pente ; Fz. Alluvions modernes ; Fyb. Alluvions anciennes de bas niveau ; Fya. Alluvions anciennes de moyen niveau ; Fx. Alluvions anciennes de haut niveau ; p2. Alluvions de très haut niveau
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-2.jpg
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Titre Fig. 2. a. Profil stratigraphique synthétique de Soindres, numérotation des unités sédimentaires et position des niveaux d’industrie préhistorique dans la séquence de synthèse. b. Synthèse simplifiée des principales observations micromorphologiques, des traits/caractères les plus anciens aux plus récents
Légende 1. Fissuration lamellaire sur lœss non calcaire ; 2. Bioturbation ; 3. Argilanes orangés oxydés à dégradation texturale ; 4. Revêtements comprimés ; 5. Ovoïdes de gélifluxion ; 6. Bandes silto-organiques en intercalation ± horizontales ; 7. Biorturbation ; 8. Argilanes jaunes à dégradation texturale ; 9. Fracturation des revêtements ; 10. Revêtements silto-argileux et oxydation ; 11. Bioturbation ; 12. Argilanes ± humifères brun-gris, peu biréfringents fins comprimés ; 13. Argilanes jaunes biréfringents ± poussiéreux comprimés ; 14. Revêtements comprimés et fissuration lamellaire en profondeur ; 15. Bandes silto-humifères en intercalation et siltanes/squeletannes logés dans des structures en V ; 16. Bioturbation ; 17. Imprégnations ferriques ; 18. Argilanes ± humifères jaune-orangé à brun-orangé à dégradation texturale ; 19. Argilanes très humifères brun-rouge, nettement lités ; 20. Fissuration lamellaire discrète ; 21. Nodules Femn roulés et petits cailloutis de silex ; 22. Bioturbation ; 23. Imprégnations ferri-organiques ; 24. Débris organiques finement fragmentés dans la masse fine ; 25. Argilanes jaune-orangé, biréfringents et ± orientés ; 26. Revêtements humifères ± argileux, brun-orangé, nettement microlités, moyennement biréfringents ; 27. Nodules Fe-Mn roulés ; 28. Fissuration lamellaire ; 29. Ovoïdes de gélifluxion passant en profondeur à des agrégats ± émoussés ; 30. Lits fins sableux/limoneux ; 31. Nodules Fe-Mn et petits cailloutis de silex ; 32. Structure grumeleuse nette ; 33. Bioturbation ; 34. Revêtements humifères fins brun-gris ; 35. Débris organiques finement fragmentés dans la masse fine ; 36. Porosité vésiculaire ; 37. Nodules Fe-Mn roulés ; 38. Litages sableux ; 39. Structure grumeleuse tassée ; 40. Carbonates secondaires ; 41. Bioturbation ; 42. Fissuration lamellaire (observation macroscopique) ; 43. Argilanes humifères brun-gris, moyennement biréfringents et mal orientés ; 44. Juxtaposition de zones éluviées et illuviées ; 45. Argilanes jaune-brun microlités, biréfringents et bien orientés ; 46. Argilanes argilo-humifères jaune-brun moyennement orientés
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Titre Fig. 3. La séquence sédimentaire de Soindres « le-Bordel ». Vues générale (a) et de détail (b) des profils sédimentaires localisés dans l’angle sud-est de la fouille développés au-dessus du substrat crétacé et position des horizons marqueurs
Légende US 13-9. Complexe de Sols de Saint-Sauflieu de Soindres ; US 6. Sol de Saint-Acheul/Villiers-Adam de Soindres
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-4.jpg
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Titre Tabl. 1. Synthèse litho-pédosédimentaire des observations réunies sur le terrain à Soindres « le-Bordel », synthèse simplifiée des observations micromorphologiques et interprétations
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Titre Fig. 4. Hypothèse chronostratigraphique de la séquence de Soindres « le-Bordel » (a) par comparaison avec la séquence synthétique de référence de Picardie d’après Antoine et al. 2016, modifiée (b) et corrélations avec les enregistrements globaux (c)
Crédits DAO C. Chaussé/Inrap
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Titre Fig. 5. Bettencourt-Saint-Ouen N2b
Légende 1. Nucléus direct unipolaire ; 2. Nucléus direct bipolaire. Bettencourt-Saint-Ouen N3b ; 3. Nucléus direct bipolaire
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-9.jpg
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Titre Fig. 6. Débitage unipolaire convergent sur une seule surface (d'après Locht et al. 2003)
Légende DAO P. Raymond/Inrap
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Titre Fig. 7. Débitage unipolaire convergent : schéma d'un bloc à deux surfaces s'inscrivant dans des plans parallèles (d'après Locht et al. 2003)
Crédits DAO P. Raymond/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-11.jpg
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Titre Fig. 8. Débitage unipolaire convergent : schéma d'un bloc à deux surfaces perpendiculaires ou sécantes exploitées de façon alternée (d'après Locht et al. 2003)
Crédits DAO P. Raymond/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-12.jpg
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Titre Tabl. 2. Décompte des artefacts du niveau F par catégories
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Titre Fig. 9. Composition technologique du niveau F
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-14.jpg
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Titre Fig. 10. Localisation des artefacts du niveau F
Crédits DAO P. Raymond/Inrap
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Titre Fig. 11. Niveau F
Légende 1. Nucléus semi-tournant bipolaire à lames. 2. Lame
Crédits DAO S. Lancelot/Inrap
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Titre Tabl. 3. Décompte des nucléus du niveau F
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Titre Fig. 12. Composition technologique du niveau D
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
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Titre Fig. 13. Localisation des artefacts du niveau D
Crédits DAO Pascal Raymond/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-19.jpg
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Titre Tabl. 4. Décompte des artefacts du niveau D par catégories
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Titre Tabl. 5. Décompte des nucléus du niveau D
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Titre Fig. 14. Niveau D. Remontage 66. Nucléus à lames (1) et éléments remontés
Crédits Dessins P. Raymond/Inrap
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Titre Fig. 15. Niveau D. Remontage 66
Crédits Dessins P. Raymond/Inrap
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Titre Fig. 16. Remontage 65
Crédits DAO Héloïse Koehler/Alsace Archéologie
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Titre Fig. 17. Niveau D
Légende 1. Nucléus à lames ; 2-4. Lames
Crédits DAO Héloïse Koehler/Alsace Archéologie
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Titre Fig. 18. Niveau D. Nucléus Levallois récurrent centripète
Crédits DAO Héloïse Koehler/Alsace Archéologie
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Titre Tabl. 6. Décompte des artefacts du niveau C par catégories
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Titre Fig. 19. Composition technologique du niveau C
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-28.jpg
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Titre Fig. 20. Localisation des artefacts du niveau C
Crédits DAO P. Raymond/Inrap
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Titre Tabl. 7. Décompte des nucléus du niveau C
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Titre Fig. 21
Légende 1-2. Nucléus unipolaires convergents ; 3. Pointe ; 4. Éclat à dos cortical ; 5. Remontage de la pointe 3 et de l’éclat 4 sur le nucléus 2
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-31.jpg
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Titre Fig. 22
Légende 1-7. Pointes ; 8. Remontage d'un éclat à dos cortical et d'une pointe ; 9-10. Nucléus unipolaires convergents
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-32.jpg
Fichier image/jpeg, 367k
Titre Fig. 23. Niveau C. Remontage d’une pointe sur chacune des deux surfaces d’un nucléus unipolaire convergent. Les deux surfaces sont exploitées successivement dans des plans parallèles
Crédits Dessins S. Lancelot/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-33.jpg
Fichier image/jpeg, 173k
Titre Fig. 24
Légende 1. Nucléus unipolaire parallèle ; 2. Remontage d’une pointe pseudo-Levallois et d’un éclat sur un nucléus Discoïde uniface ; 3. Nucléus à lames ; 4-7. Lames
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-34.jpg
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Titre Fig. 25
Légende 1. Pointe moustérienne ; 2. Racloir simple droit ; 3. Racloir simple convexe (dessins P. Raymond/Inrap) ; 4. Racloir simple convexe (dessins H. Koehler/Alsace Archéologie)
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-35.jpg
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Titre Tabl. 8. Décompte des artefacts du niveau B par catégories
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-36.jpg
Fichier image/jpeg, 114k
Titre Fig. 26. Localisation des artefacts du niveau B
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-37.jpg
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Titre Fig. 27
Légende 1. Nucléus Levallois à éclat préférentiel ; 2. Pointe
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-38.jpg
Fichier image/jpeg, 164k
Titre Fig. 28. Plan de localisation des artefacts du niveau B
Crédits DAO P. Raymond/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-39.jpg
Fichier image/jpeg, 106k
Titre Tabl. 9. Décompte des artefacts du niveau A par catégories
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-40.jpg
Fichier image/jpeg, 154k
Titre Fig. 29. Composition technologique du niveau A
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-41.jpg
Fichier image/jpeg, 92k
Titre Fig. 30. Localisation des artefacts du niveau A
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-42.jpg
Fichier image/jpeg, 158k
Titre Tabl. 10. Décompte des nucléus du niveau A
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-43.jpg
Fichier image/jpeg, 68k
Titre Fig. 31
Légende 1. Pointe ; 2. Nucléus unipolaire convergent exploité sur deux surfaces s'inscrivant dans des plans parallèles (DAO Stéphane Lancelot/Inrap) ; 3. Nucléus Levallois à éclat préférentiel (dessin P. Raymond/Inrap)
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-44.jpg
Fichier image/jpeg, 329k
Titre Fig. 32. Localisation des sites mentionnés dans le texte
Légende 1. Bettencourt-Saint-Ouen ; 2. Revelles ; 3. Fresnoy-au-Va ; 4. Riencourt-lès-Bapaume ; 5. Seclin ; 6. Gouy-Saint-André ; 7. Saint-Hilaire-sur-Helpe ; 8. Saint-Sauveur ; 9. Blangy-Tronville ; 10. Ailly-sur-Noye ; 11. Mauquenchy ; 12. Saint-Just-en-Chaussée ; 13. Cuvilly ; 14. Auteuil ; 15. Soindres ; 16. Villiers-Adam ; 17. Ploisy ; 18. Chavignon ; 19. Lailly-Tournerie ; 20. Lailly Beauregard ; 21. Molinons ; 22. Corbie ; 23. Remicourt ; 24. Rocourt ; 25. Liège ; 26. Tönchensberg ; 27. Wallertheim ; 28. Angé ; en pointillé : extension du Technocomplexe du Nord-Ouest
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-45.jpg
Fichier image/jpeg, 220k
Titre Fig. 33. Position chronostratigraphique des principaux niveaux du Paléolithique moyen du nord de la France (d’après Antoine et al. 2016, modifié)
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-46.jpg
Fichier image/jpeg, 864k
Titre Fig. 34. Proportion des différentes chaînes opératoires du niveau N3b de Bettencourt-Saint-Ouen (SIM 5d) d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-47.jpg
Fichier image/jpeg, 44k
Titre Fig. 35. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux du SIM 5c d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-48.jpg
Fichier image/jpeg, 157k
Titre Fig. 36. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux du SIM 5a d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al. 2016, modifié)
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-49.jpg
Fichier image/jpeg, 186k
Titre Fig. 37. Proportion des différentes chaînes opératoires des différents niveaux de la fin du SIM 5a (phase à sols steppiques) d’après le décompte des nucléus (d’après Locht et al.,2016, modifié)
Crédits DAO J.-L. Locht/Inrap
URL http://journals.openedition.org/galliap/docannexe/image/2088/img-50.jpg
Fichier image/jpeg, 246k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Luc Locht et Christine Chaussé, « Cinq occupations du Paléolithique moyen du Début Glaciaire weichselien : le gisement de Soindres (Yvelines). Stratigraphie et industries lithiques », Gallia Préhistoire [En ligne], 61 | 2021, mis en ligne le 12 février 2021, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/galliap/2088 ; DOI : https://doi.org/10.4000/galliap.2088

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Auteurs

Jean-Luc Locht

Inrap et UMR 8591, Laboratoire de Géographie Physique et Quaternaire, Université Paris 1, 1 place Aristide Briand, F-92185 Meudon Cedex.

Christine Chaussé

Inrap et UMR 8591, Laboratoire de Géographie Physique et Quaternaire, Université Paris 1, 1 place Aristide Briand, F-92185 Meudon Cedex.

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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