Navigation – Plan du site

AccueilNuméros122La présence artistico-sociale sur...

La présence artistico-sociale sur le territoire

Le défi du C(h)œur des femmes
The artistico-social presence in the territory: the challenge of the C(h)œur des femmes
Pauline Boivineau et Nathalie Schieb Bienfait
p. 47-64

Résumés

À l’heure où les cahiers des charges des structures culturelles réclament un lien entre proposition artistique et médiation, où nombre d’artistes redéfinissent leur travail et leur pratique à la croisée de ces pôles encore trop distincts du point de vue des politiques publiques, la dimension sociale de la culture est plus que jamais d’actualité, participant de l’enjeu d’un vivre ensemble. Dans ce contexte où les droits culturels deviennent incontour­nables, une approche pragmatiste semble plus que jamais nécessaire pour comprendre les forces en présence et le déploiement de projets ou les différents acteurs tirent leurs épingles du jeu avec pour ligne directrice l’adresse aux habitants grâce à de multiples collaborations et plus encore au bricolage méthodologique mis en place. S’en emparer peut relever de la gageure au regard du volontarisme en acte à la frange du cadre des dispositifs existants. C’est le défi que relève le projet rhizomatique du C(h)œur des femmes porté par Vanille Fiaux. Point départ de notre réflexion au sein du collectif de chercheuses PACE (Publics-Artistes-Créations-Expériences), le projet a permis de mettre en relief les différents enjeux de l’émergence de l’artiste, de l’invisible de son travail et des droits culturels à l’œuvre dans la complexité que cela sous-tend.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Ainsi la responsabilité en matière culturelle est-elle exercée conjointement par les collec­tivités (...)

1Les droits culturels (Meyer Bisch, 2010) sont d’autant plus d’actualité qu’ils sont réactivés par leur inscription dans la loi NOTRe en 20151, tout en figurant à l’Agenda 21. S’ils font consensus d’un point de vue des valeurs et de l’im­por­tance de la culture dans son acception anthropologique, leur mise en œuvre demeure complexe (Liot, 2018). L’historique scission entre, d’une part la cul­ture légitime et les cultures populaires, d’autre part le socio-culturel et le cul­turel dans une logique malrucienne de démocratisation culturelle, a montré la difficulté à élargir les publics (Lombardo et Wolff, 2020) par une logique des­cendante alors vue comme élitiste. Dans les années 1980, la démocratie cul­turelle prend le relais, tandis que la décentralisation de l’action publique favorise une logique de soutien à la création et à la diffusion. À la fin de la décennie suivante, les collectivités territoriales font de la démocratie culturelle « une stratégie pour répondre aux enjeux de cohésion sociale » (Langeard, 2015, p. 64) afin de concilier l’accessibilité à la culture légitime, l’intersec­tionnalité des politiques publiques de la culture et des projets culturels de ter­ritoire. Avec cette réactivation de la fonction sociale de l’art pensée dès le XIXe siècle (McWilliam, Méneux et Ramos, 2014), le triangle de l’art est renou­velé dans les rapports artistes / acteurs culturels / public qu’ils soient réels ou potentiels. Préférer parler d’habitants (et non plus de public) (Bordeaux et Liot, 2012) témoigne de cette volonté de s’adresser à l’ensemble de la popu­lation. La participation des habitants (Kogan et Pailler, 2020) devient le fer de lance de la mise en place de projets dynamisant les partena­riats entre institu­tions cultu­relles, politiques et artistes. Cela soulève de nom­breux enjeux : reconsidérer la place et le statut de l’artiste, repenser les projets des structures culturelles, privilégier le temps long, favoriser la participation des habitants au cœur des processus, coconstruire des communs, mettre en œuvre l’inter­sectorialité des politiques publiques, comprendre les effets de telles démar­ches (via des prati­ques d’évaluation)… – autant de défis favori­sant une certaine sérendipité dans le déploiement de projets et/ou de réseaux par des bricolages inédits. Ces derniers ne sont possibles que par un inves­tis­sement conjoint de l’artiste, des acteurs et des participants, non sans difficultés.

2Le projet du C(h)œur des femmes sera ici notre point d’entrée pour documen­ter et instruire la complexité des droits culturels à l’œuvre (Pailler, 2021 ; Kogan et Pailler, 2020) tant à partir des projets-œuvres que du travail de l’artiste (dont la spécificité sera ici le cadre flou de l’émergence). Relevant d’une géo­graphie socioculturelle dans sa mise en œuvre, le projet rhizoma­tique du C(h)œur des femmes interroge un territoire géographique et politique, des lieux réels et symboliques ainsi que les circulations et interactions, œu­vrant à différentes échelles (quartier, ville, villes en réseau et ramification internatio­nale).

3Initialement, le C(h)œur est né à Nantes en 2018, sous l’impulsion de l’artiste Vanille Fiaux, « où elle a rassemblé des femmes de tous horizons, le plus sou­vent éloignées des lieux culturels et des pratiques artistiques, dans le cadre d’une réponse conçue pour l’appel à projets Création partagée de la Ville de Nantes2. À force de temps, de confiance, ces femmes sont devenues écri­vai­nes, chanteuses, actrices et spectatrices. Elles ont poussé la porte des théâtres, sont montées sur les scènes nantaises, devenant un C(h)œur de femmes sou­dées par l’amitié et par l’envie de créer ensemble pour exister et reprendre place »3. Point départ de notre réflexion, le projet de recherche plu­ridisci­pli­naire PACE (Publics-Artistes-Créations-Expériences)4, dans ce cadre les chercheuses ont pu mettre en relief les différentes facettes d’une pré­sence artistico-sociale sur un territoire, avec en creux la question de de l’émer­gence de l’artiste, de l’invisibilité de son travail (Menger, 2009a), du « modèle » effectif (Le Coq, 2004) au regard de son engagement dans le tra­vail (Bidet, 2011), révélant la complexité des droits culturels à l’œuvre.

4Aujourd’hui ce C(h)œur « qui agit contre les discriminations liées aux ori­gi­nes, au milieu social, au sexe »5 est juridiquement formé sous le statut d’asso­ciation. Il se distingue de la Compagnie Fitorio de la comédienne-met­teuse en scène Vanille Fiaux, qui en fut l’instigatrice. Le C(h)œur s’identifie à partir des activités menées avec des habitantes. Cela pose – nous le verrons – la question du statut de l’artiste (Menger, 2009 a et b) et de la reconnaissance de cette activité de création, là où création vs médiation/action culturelle infuse les politiques culturelles et les questions de légitimités qui en découlent. Ce projet s’autoalimente par effet d’opportunités et de rencontres, posant l’épi­neuse question du débordement du cadre.

  • 6 Posture méthodologique adoptée par des chercheures relevant de champs disciplinaires pluriels en SH (...)

5Le terrain a été abordé, selon la logique de l’enquête (Dewey, 1934, 1938), pour mieux découvrir l’ensemble des processus conjoints participants de ces situations6. Il ne s’agissait pas tant d’analyser la représentativité du cas, que d’en comprendre les ressorts, les effets leviers et les opportunités, mais aussi les écueils. Une observation/immersion sur plus d’un an, a été engagée par notre collectif de chercheuses. La rencontre avec Vanille Fiaux s’est effectuée pour certaines en 2018 à Nantes, pour d’autres plus récemment (printemps 2020) à Angers. Nos présences régulières lors des ateliers et répétitions ont permis de saisir le travail à l’œuvre et d’appréhender des dimensions infor­melles, que ce soient dans les relations avec les opérateurs, lors des discus­sions entre les femmes et l’artiste, dans des rendez-vous de nature très différente. Cette présence longue a instauré un lien de confiance qui a rendu légitime la positionalité des chercheures, indispensable à la restitution d’un tel projet. L’artiste apprécie notre présence, vécue comme un moment de partage et de compréhension fine de ce qui est en train de se jouer, dépassant les enjeux artistiques pour se situer au cœur de la relation. Cette observation s’est accom­pagnée d’entretiens avec Vanille Fiaux, avec des participantes (entretiens individuels et collectifs) ainsi qu’avec des partenaires du projet tels que la responsable des relations aux publics du Quai (Angers) et la chargée de mis­sion « publics et territoires » de la ville d’Angers afin de comprendre la généalogie et le vécu du C(h)œur qui continue de croitre. Notre protocole méthodologique (Cf. tableau 1 ci-dessous) a permis de saisir la dynamique d’évo­lution d’un projet en perpétuelle recomposition.

6Le projet soulève ici trois questions majeures : celle du travail de l’artiste en prise avec les droits culturels et celui de sa légitimité, ainsi que celle de la définition et du fonctionnement du C(h)oeur. Le projet du C(h)œur des femmes s’appréhende dans un réseau de relations qui le dépassent, aux confins de dimensions sociales et politiques d’un art précisément inscrit sur un terri­toire toujours nouveau et spécifique, en y déployant un jeu d’interactions et de circulations, qui offre le sensible en partage (Rancière, 2000).

Tableau  – Grille d’analyse de la démarche

Grille d’analyse

Dimensions et variables

L’artiste pivot, porteur du projet

Parcours ; trajectoire professionnelle ; identité au travail

Les conduites à projet

Positionnement de l’artiste

Rôles endossés

Choix pédagogiques retenus

Style d’animation

Degré de proximité

Les activités de pratique artistique proposées

Diversité des activités de création, production, animation, médiation et leurs contraintes : pour chercher, tester, expé­rimenter / écrire, filmer, prendre le son / répéter / chercher / concevoir des costumes / travailler en plateau…

Les activités support

Diversité des activités pour rendre possible l’œuvre commune : dossiers de partenariats, recherche de financements, recherche de lieux de rencontre, de répétition…

Les activités de réseaux

Liens à tisser pour présenter et communiquer sur les actions / activités liées au projet

Les collectifs mis en œuvre

Différents collectifs de participant-es

Collectifs artistiques (professionnels) mobilisés

Les formes proposées, les arte­facts réalisés

Variété, diversité, fréquence des artefacts produits

Modalités de réalisation des traces pérennes

Ce que les droits culturels font à la création

Difficulté de l’émergence entre créations et projets avec les habitants

7Les années 1980 marquent un tournant dans les politiques culturelles par des financements sans précédent pour la culture et une reconsidération de celle-ci à l’aune de la démocratie culturelle. Le phénomène est corrélé à un essor important du nombre d’artistes lors les décennies suivantes. En découle un déséquilibre structurel (Germain-Thomas, 2013) entre la création et la produc­tion de spectacles et les débouchés offerts par la diffusion, quelle que soit la discipline. Les politiques publiques se concentrent en premier lieu sur l’aide à la création, entretenant un déséquilibre permanent.

8Avec une course à la création, une concurrence due à la profusion des propo­sitions et des négociations incessantes, l’émergence des nouveaux artistes est complexe, en dépit de dispositifs spécifiques (aide à la maquette, tremplins, autres aides permettant la monstration du travail en cours aux professionnels). En raison d’une faible diffusion de leurs créations, les artistes ne sont pas en mesure de s’y consacrer et multiplient les projets. La notion « d’émergence » entend un processus flou de professionnalisation avec comme première con­crétisation l’obtention du régime de l’intermittence, qui participe à un proces­sus de légitimation personnelle à l’égard des pairs. Ce régime précaire et hyper flexible (Langeard, 2013) suppose une activité suffisante, qui est loin de se limiter à la création. Ainsi les activités de médiation et de sensibilisation sous des formes diverses et variées entrent-elles dans cette économie du spectacle vivant, en lien plus ou moins étroit avec les œuvres dites de création.

9La prise en compte des opérateurs et acteurs de ces dispositifs liés, avec plus ou moins de proximité, à la création et à la diffusion, invite à penser le sens de ces actions au regard de cadres et règles pré-définis (cahier des charges des centres dramatiques nationaux, cachets), des désirs et des investissements réciproques. Sous-tendues par les droits culturels et l’inflexion des politiques de soutien (financements des collectivités territoriales, de la DRAC – Direc­tion régionale des affaires culturelles), les opérateurs inventent de nouvelles formes d’interventions, qui se frottent aux désirs des artistes et en premier à la nécessité structurelle de produire. Un questionnement croissant s’affirme sur le sens de l’art, le désir de renouer avec la fonction sociale de l’art sans pour autant renoncer à une quelconque forme d’exigence artistique.

10L’inscription du projet du C(h)œur des femmes dans la trajectoire de Vanille Fiaux se situe à la confluence de ces problématiques contextuelles et de désirs personnels, d’un engagement militant fort auprès des femmes de toutes con­ditions, montrant autant la difficulté à émerger en tant qu’artiste que les res­sorts des collaborations engagées.

L’engagement de l’artiste en contexte

  • 7 De la difficulté de définir l’émergence, qui implicitement renvoie à la durée de l’expérience profe (...)

11L’artiste Vanille Fiaux, diplômée en 2009 de l’École nationale supérieure d’art dramatique de Rennes, relève de la catégorie floue de l’« émergence »7 (Cougoule, 2019) en quête de monstration de son travail. Cette formation reconnue ne saurait suffire ; Vanille Fiaux explique, en ces termes, la réalité de son travail et le manque de reconnaissance de celui-ci :

« Quand on monte un projet qui est appelé “création” avec des subven­tions, des co-producteurs, etc., qui met à peu près deux ans à se mettre en place et un an à exister après la création, avec on va dire six semaines dans l’idéal de répétitions, à côté pour vivre on a aussi besoin de sortir, une lecture là, une lecture là, une petite forme de la grande forme qu’on va sortir, des ate­liers en collège, des ateliers pour la pratique amateur, éventuellement des actions culturelles qui rayonnent sur le territoire, etc., donc c’est… On démultiplie les formes, on est obligée de sortir. Donc on nous dit « Vous êtes émergents parce que vous n’avez en scène que deux spectacles », moi si je compte le nombre de formes réelles, en comptant les formes avec les ama­teurs sur le territoire, plus les lectures poétiques, musicales, etc., je ne sais pas, j’ai dû mettre en scène et me mettre en scène une bonne dizaine de formes déjà, mais ça, ça n’existe pas » (entretien 2).

12Face à la difficulté à vivre de son statut de comédienne, Vanille Fiaux façonne son métier d’artiste en faisant advenir des projets de mises en scène, pour elle comme pour les autres, réactivant des expériences de direction d’acteurs menées lors de sa formation. Avec ces nouvelles expériences, elle prend en main sa trajectoire professionnelle, avec des choix ayant du sens.

« Ma question est de savoir comment fait-on pour renouveler l’acte de créa­tion aujourd’hui ? À ce jour, dans un univers en manque d’empathie envers les autres !! Actuellement, trop de projets sont montés pour satisfaire une ambition personnelle (dans l’univers du théâtre) L’art est devenu une machine, une usine » (entretien 2). 

  • 8 Dewey, L’art comme expérience : « Un effort pour briser les délimitations existantes entre les diff (...)

13Avec ces projets participatifs, l’artiste se lance une sorte de défi à elle-même et à son environnement : pour exister non pas d’abord artistiquement et socia­lement, mais pragmatiquement (Boutinet, 1990, p. 178) c’est-à-dire en fon­dant son entreprise sur l’action et des résultats concrets : une action dans laquelle elle se sent engagée en tant que personne et artiste. L’engagement dans ce travail artistique avec des citoyens se fonde sur une démarche qu’elle s’efforce de concevoir « sur mesure » grâce à une immersion progressive et un temps long, bien au-delà du cahier des charges du projet. Sa conception de l’art s’inscrit comme une réponse à une demande sociale relevée par A. Gefen (2017) pour « réparer le monde », comme nouveau paradigme du XXIe siècle. À plusieurs titres, sa démarche renvoie à la conception de Dewey, quand il définit l’art comme expérience, avec la primauté donnée à l’action et ce souci de se donner « les moyens d’accorder à ces contextes, l’attention qu’ils méritent, au lieu d‘enfermer l’esthétique dans un formalisme étroit » (Dewey, 1934)8.

  • 9 Centre dramatique national.

14Depuis 2013, les activités de création partagée et/ou participative sous des formes diverses et variées sont entrées dans le parcours professionnel de l’artiste au même titre que ses engagements de comédienne. C’est par la voie de la « médiation » ou pour le dire autrement de « l’action culturelle » que l’artiste se sent plus visible. « En rendant visibles les femmes invisibles, elles me rendent visible… » (entretien 3). Il faut ici préciser l’ampleur prise par le projet et l’accompagnement des villes de Nantes et d’Angers ainsi que du CDN9 Le Quai, permettant un renversement de situation puisqu’une création avec le C(h)œur des femmes est présenté lors du festival d’ouverture de saison du CDN et au programme du Grand T (en 2023).

15Ces activités revêtent un engagement et une posture politique en construction permanente et dépassent le fait de prendre simplement part aux projets. À ses yeux, elles font partie intégrante de son métier d’artiste et participe de sa légi­timité. L’engagement se révèle d’autant plus fort que Vanille Fiaux se montre très attentive à la fois, à la qualité de sa relation avec les femmes et à celle des formes restituées en public. D’aucune manière elle ne se satisfait d’un travail approximatif, voire d’un travail susceptible d’être qualifié « d’amateur » :

« Ce n’est pas parce que c’est des publics amateurs que c’est totalement diffé­rent de la manière dont on aborde le travail professionnel. (…) En fait les choses aussi naissent du regard que je porte sur elles. Je suis moi-même… j’en retire moi-même le plaisir de me dire “On a réussi à faire ça !” [rires]. Donc, c’est un plaisir aussi pour moi, parce que c’est un tel inves­tis­sement de temps, de… c’est énorme de mener… » (entretien 1).

16Cette ouverture du champ des possibles l’entraîne sur des terrains plus éloi­gnés de son univers de compétences, notamment la négociation des moyens avec les partenaires (institutions et collectivités), la gestion et le suivi des bud­gets et ressources des projets.

17Le dispositif partenarial étant très ouvert, l’artiste a été confrontée à un manque de repères, notamment dans la gestion des ressources. Si la liberté acquise a permis à l’artiste de démultiplier les actions, en devançant ses par­tenaires, elle l’a aussi entraînée dans des problèmes financiers non anticipés. La comédienne a dû en négocier l’augmentation pour la réalisation d’activités entreprises à mesure qu’elle les déployait. Les partenaires ont abondé le bud­get au-delà de leur prévisionnel, potentiellement au détriment d’autres projets. Ce constat permet de pointer la difficile évaluation ex ante de ces projets, éva­luation fragile/entachée d’incertitude, d’incompréhension possible des parte­naires sur un terrain où la réalité du travail leur demeure encore peu connue. En creux de ces potentiels points d’achoppements se dessine la question du dialogue à mettre en place, à propos du périmètre d’action, des ressources allouées et de la gestion du projet. Si la circonscription en amont des activités ne peut être entièrement définie puisque le projet va dépendre d’un certain nombre d’aléas à l’épreuve du terrain, l’évaluation en cours de parcours et a posteriori de certaines actions montre qu’elle dépasse largement les attentes des partenaires financeurs. Non seulement Vanille Fiaux répond bien au-delà des espérances de participation – point pivot et problématique de l’évaluation (Langeard, 2016) – mais elle produit les traces de ses projets par de multiples artefacts qui prolongent et démultiplient la création.

18L’engagement à la fois de l’artiste et des femmes, mais aussi de l’artiste auprès des femmes se heurte humainement à la question de l’après-projet, d’autant que cet engagement présente une dimension affective qui déborde le cadre culturel, au contact de femmes aux parcours sinueux et parfois en situation de grande fragilité. Ce débordement cousu d’affect au croisement du culturel, de l’artistique et du social met en débat et en pratique la question de la prise en charge des droits culturels dans toute leur complexité et des incidences sur le travail et le parcours de l’artiste.

19Au regard de la complexité des rôles endossés par l’artiste émergeant, façonne ses projets au gré de ses envies, de ses compétences et des opportunités saisies. Ce prisme du travail a permis de pointer des réalités que nous avons analysées au plus près des processus mis en œuvre.

Du C(h)œur des femmes – de la relationalité en question

20Revenons brièvement sur la généalogie du projet, à partir des Maisons de quartier puis de la ramification partenariale déployée.

Construire les conditions de la rencontre, avant d’engager des expérimentations

21Le travail engagé porte d’abord sur les conditions de la rencontre, de la mise en confiance, avant toute stratégie formalisée de conception ex ante du projet. Rendre les choses possibles est la priorité, avec un travail des « petits pas », de l’apprivoisement mutuel, autour de cafés dans la Maison de quartier sans parler d’aucun projet ; puis, de manière progressive, partager des anecdotes, des préoccupations, des idées, sans tout dévoiler pour ne pas effrayer, le che­minement vers un tournage de clip ou une prestation sur une scène nationale aurait été rédhibitoire.

« Au départ, il y a la rencontre avec quelques mères célibataires, qui m’a donné envie d’un projet où les femmes auraient la parole. Au printemps, je me suis rendue au Café qui papote, à la Maison des Hauans, à la Malle à case… Il me fallait faire un pas vers elles avant de leur demander de me suivre » (entretien 0, journal).

22Le bouche-à-oreille a permis d’élargir le cadre des ateliers, avec l’intégration de femmes ne venant pas de quartiers prioritaires, lieux de naissance des pro­jets. Le sérieux du travail de l’artiste, selon une exigence similaire à celle requise avec des professionnel-les, a permis la réalisation et la monstration d’objets (dessin, livre, clip, carte postale…) et de spectacles de qualité où les femmes prennent part à leur construction par le choix de textes, l’apport de leur culture (parler, chanter dans leur langue maternelle). Cette réussite accom­pagnée d’une fidélité des femmes de projet en projet ne saurait suffire sans l’engagement de partenaires et la saisie d’opportunités par l’artiste (par exemple : la programmation d’une de ses créations professionnelles dans le cadre de Prémices, festival organisé par le Quai CDN d’Angers). Avec le C(h)œur des femmes, le projet de sensibilisation accompagnant les spectacles en diffu­sion (entrant dans le cahier des charges du CDN) n’a plus qu’à être réactivé. Si la crise sanitaire a complexifié les choses, elle a rendu possible la conduite de rencontres individuelles et l’établissement de liens personnels avant de penser une unité collective. Avec le soutien des villes (Nantes, puis Angers), Vanille a pu construire son travail sur le long terme.

23S’inscrire dans un temps long, avec un noyau collectif « stable » et autour d’une diversité de pratiques apparait comme une dimension clef du projet. Elle permet d’élargir les horizons aussi bien mentaux que physiques des femmes toutes rebaptisées d’un nom de fleur, puissant signe d’appartenance au C(h)oeur. Les déplacements sont bien réels et d’autant plus forts à l’heure de confinements imposés et de fermetures des lieux culturels en 2021. Détour­nant ces assignations à résidence imposées à la population, l’artiste investit les lieux culturels symboliques des villes.

Une cartographie sensible des lieux culturels

24Avec les droits culturels, les participant-es se trouvent confronté-es à une co­exis­tence d’usages et d’usagers, présentant des enjeux esthétiques, mais aussi politiques. On assiste à la perturbation du régime attentionnel du public, dont la catégorie devient obsolète face à celle de population (Langeard, 2016). Les projets « estampillés ou relevant d’une démarche droits culturels » susci­tent un débordement dans l’espace public et une modification des regards. Ils mettent régulièrement en œuvre des activités hors les murs, reconfigurant les relations entre artistes, publics et acteurs des territoires (Langeard, Liot et Rui, 2015).

25Une des premières actions de Vanille Fiaux est de pousser la porte des lieux culturels de la ville de Nantes, puis d’Angers, à commencer par les musées qui se transforment en terrain de jeu pour une artiste devenue « photographe de princesses ».

26Cette réappropriation poétique est déplacée (par le médium) des lieux ne va pas pour autant jusqu’à s’emparer pleinement de la question de la géopoétique de l’espace au sens où l’entend Céline Torrent (2015), gardant la centration du projet sur les femmes. Des ateliers photographiques font figure de retour en enfance – par le costume et un désir sans cesse réaffirmé de sublimer les femmes – instaurant une familiarité, une confiance et une exceptionnalité qui n’est qu’une étape d’un projet plus vaste. En 2021, du musée des Beaux-Arts à la galerie David d’Angers ou encore le musée Jean-Lurçat en passant par le parc des Ardoisières à Trélazé (jouxtant Angers), les femmes sillonnent la ville avec un jeu de solidarités pour les déplacements. C’est ici une nouvelle carto­graphie d’un temps presque quotidien qui se dessine au service de la beauté et grâce à un partenariat avec les lieux publics.

27À rebours d’une cartographie des quartiers dits « Politique de la ville » où les pro­jets trouvent leur origine, Vanille Fiaux élargit les espaces de la ville par cette cartographie sensible appropriée par la pratique et l’investissement des lieux. Hétérotopie ? Les circulations sont d’autant plus à l’œuvre que le projet im­plique des femmes d’origines culturelles, sociales et géographiques diver­ses. Avec des ateliers initiés à l’Institut de cancérologie de l’Ouest, d’autres femmes rejoignent le C(h)oeur. Déplaçant ici les enjeux de perception de soi face à la maladie, elles se retrouvent autour d’un être ensemble qui dépasse et plus encore réunit les raisons d’être de chacune dans le projet.

Figure 1 – Femme Palmier dans la galerie David d’Angers

Figure 1 – Femme Palmier dans la galerie David d’Angers

©Vanille Fiaux

28Le C(h)œur des femmes, véritable projet rhizomatique, emporte aussi bien les acteurs institutionnels que les femmes. Il s’est ramifié de Nantes à Angers puis par des jeux de connaissances, avec l’Institut français de Djibouti et désormais sur d’autres pays d’Afrique (Cameroun). Ces liens avec l’étranger se poursui­vent avec Barcelone, où l’artiste renouvelle son projet avec des textes d’écri­vaines catalanes, des vêtements des femmes djiboutiennes. Une des forces du C(h)œur réside dans ce réseau ouvert, aux croisements pluriels : les femmes de Nantes se produisent au CDN Le Quai (Angers) avec des femmes ange­vines, soit plus d’une cinquantaine de participantes, et une retransmission en direct à Djibouti où les femmes les/se suivent à distance. Vanille Fiaux teste ici ses appétences de metteuse en scène tout en faisant s’ouvrir les scènes (labellisées) de niveau national. Qu’en est-il alors du public ? Il n’est certes pas celui des abonné-es du lieu, mais s’il est un projet qui participe du désir de démocratisation culturelle et d’élargissement des publics, le spectacle du C(h)œur en est un. Ami-es et famille viennent parfois pour la première fois au théâtre. Le responsable d’une des Maisons de quartier le confirme. Sans dépla­cement organisé jusqu’au Quai en centre-ville (soit, de l’autre côté de la Maine), il est « impensable » de venir en ce lieu, en dehors de l’espace social d’un certain nombre d’habitants. Si aller voir sa sœur ou une amie est une motivation certaine, elle se heurte néanmoins à une échelle d’espace vécue encore à franchir. Si la fragilité de telles actions est évidente, la longue durée du projet et l’importance prise par le C(h)œur dans la vie des femmes montrent des échappées significatives.

Figure 2 – Cartographie sensible des lieux traversés et habités par le C(h)œur des femmes

Figure 2 – Cartographie sensible des lieux traversés et habités par le C(h)œur des femmes

29Vanille Fiaux témoigne de la passion et de la stimulation que ces femmes lui procurent pour engager de nouvelles initiatives. D’un projet l’autre, éviter l’écueil d’un projet qui se heurte au « devoir finir » du cadre qui l’a porté et le réactiver sans cesse. Le projet est bien vivant et constitue lui-même ses propres archives, accordant une place importante aux traces laissées sur son passage.

Infusion du projet : traces et artefacts

30La création, processus complexe aux multiples strates participe de la défini­tion de l’artiste. Il se dévoile ici : la pluralité d’intérêts et la capacité à œuvrer de concert à la création de plusieurs formes participent du même projet. Anté­rieures à celui-ci, des textes d’écrivaines, des dessins de femmes enga­gées dans le C(h)oeur, contribuent à la forme scénique (projection de dessin, construction de l’oralité des textes...) ; des traces sensibles, objets d’un travail d’édition, pour symboliquement témoigner et prolonger l’une aventure humaine.

  • 10 Les bénéfices sont reversés pour la lutte contre le cancer, Vanille ayant rencontré certaines femme (...)

31Plus qu’un aboutissement du travail, ces artefacts sont bien souvent des objets artistiques (recueil de poésie illustré, clip), avec parfois une déclinaison com­mercialisée (cartes postales à partir de dessin des femmes, certains étant inté­grés à la scénographie)10. Cette valorisation associée de la production des femmes fait découvrir leurs pratiques artistiques. La trace-objet d’art prolonge le vécu. Elle capitalise un ensemble de projets participant des variations d’un même C(h)œur en fonction des lieux et des sous-projets, qui ensemble font la raison d’être du C(h)oeur. Ces/ses traces sollicitent les femmes dans leurs ressorts personnels, elles ouvrent la porte à l’écriture, à des dessins, peintures mises en service du projet : projection sur fond scénique de dessins réalisés par des femmes, illustrations d’une édition de textes écrits à plusieurs mains…

32Ces pratiques proposées empruntent à plusieurs registres d’action, l’essentiel est d’être ensemble et de partager : des récits, des textes, des histoires person­nelles, des danses, des chants, mais aussi des gâteaux, des spectacles…, pra­tiques qui dépassent les cadres définis dans les cahiers des charges des partenaires institutionnels. Cette quête d’autonomie dans la réalisation ouvre des brèches sur de nouvelles formes de potentialités et révèle les dimensions créatives de chacune. Pour aller plus loin encore dans ce désir d’autonomie, Vanille Fiaux a proposé que du C(h)œur des femmes prenne un statut associa­tif autonome de sa propre compagnie afin de penser une autonomie future à ce stade encore utopique (ou à venir).

Droits culturels et travail de l’artiste en débat

33La présente recherche n’avait pas tant pour objet d’analyser la représentativité de l’exemple Du C(h)œur des Femmes que d’en comprendre les ressorts, les effets leviers, mais aussi les écueils, pour faire progresser la connaissance sur les « modalités d’activation » et les enjeux de ces démarches dans la cité.

Qualifier et reconnaitre le travail de l’artiste

34Il en ressort le constat d’une ambiguïté d’une part à propos de la qualification du travail de l’artiste, d’autre part de sa (re)connaissance. Dans cette démarche de création partagée se posent plusieurs questions : comment soutenir une éthique du travail dans le cadre d’un champ artistique pensé au prisme des droits culturels ? L’injonction aux projets ne risque-t-elle pas d’en pervertir le sens ? Comment concilier la souplesse, la singularité des projets de territoire avec la mise en place d’une possible ingénierie, voire méthodologie ? Com­ment permettre un déploiement de projets sans se heurter aux écueils de sa finitude ? Comment ne pas se laisser dépasser par l’engagement des acteurs ? Comment dépasser la dichotomie entre médiation et œuvre artistique pour per­mettre du commun, de la coopération et de l’interconnaissance à toutes les échelles, aussi bien du côté des lieux, des partenaires, des différents acteurs, des artistes que des publics et plus largement des citoyens ? Autant de ques­tions, avec en creux, celle de la qualification et la valorisation du travail de l’artiste ! Qu’en est-il de la valeur du travail et de sa reconnaissance, alors que le travail se situe aux confins d’activités entrepreneuriales, artistiques, sociales ?

35Si la place et le rôle de l’artiste sont primordiaux pour envisager la démocratie culturelle, n’y a-t-il pas un paradoxe entre les conditions de travail de l’artiste et le projet mis en œuvre ? Si l’intérêt de l’enrichissement réciproque de la création et des actions culturelles est unanimement souligné, encore faut-il que les caractéristiques de ce travail puissent être identifiées et reconnues.

  • 11 Entretien avec Vanille Fiaux, juin 2021 (entretien 3).

36Cet aspect est délicat dans la mesure où les « droits culturels à l’œuvre » recou­vrent une large palette d’interactions pour mobiliser et organiser des res­sources et compétences au service d’actions de médiation et création artistique variées. Engagement personnel et exigence professionnelle (de l’artiste), sont par ailleurs considérés comme emblématiques de la mise en œuvre des droits culturels11.

Les droits culturels : un levier possible pour réenvisager le travail de l’artiste par les politiques culturelles ?

37Dans ce paradigme des droits culturels, la question du travail de l’artiste appa­raît centrale. L’analyse du travail effectif met en évidence des incohé­rences dans la sollicitation des institutions, pour la mise en place de projets partici­patifs et leur absence de reconnaissance (ou une reconnaissance bien partielle, voire parcellaire), lorsqu’ils prennent la forme d’une création avec une exi­gence et un investissement similaire à une création avec des profes­sionnel-les.

38Doit-on en déduire que la considération de la création par les politiques publiques n’aurait pas vraiment évolué ? Elle confirme la prégnance de la suprématie de la culture légitime et de la hiérarchie des œuvres par un finan­cement différencié. En résulte une contradiction majeure quant à la reconnais­sance du travail des artistes, trop de créations avec des amateurs pouvant nuire à la visibilité d’artistes plus connus pour les actions culturelles que leurs créa­tions.

39Peut-on considérer que ces pratiques de travail qui, d’une certaine manière transcendent les habituelles oppositions binaires amateur / professionnel, travail de création / travail de médiation, préfigure le renouveau d’une figure de l’artiste au travail, où le processus de création serait considéré comme central, nourri d’expériences multiples, tandis que l’artiste surmonte­rait ses tensions identitaires, en se dotant de règles (Reynaud, [1989] 1997), de con­ven­tions ad hoc. À cela s’ajoute le travail des modalités efficientes pour engager la coopération entre personnes qui concourent ensemble au travail de création, de production et de diffusion. Dans une économie intersubjective (Nicolas-Le Strat, 2016), la restitution finale n’est donc qu’un aboutissement qui procède du processus de création et met un point d’orgue à ce travail. L’œuvre n’est pas pour autant négligée ; la rigueur de l’artiste, sa manière professionnelle de travailler au plateau, sans concession, invite à repenser le statut de la création et de la valeur d’une œuvre pensée en fonction de sa nature, des évaluateurs et du contexte (Heinich, 2017). L’intelligibilité du tra­vail de l’artiste s’entend donc bien en termes de formation, d’économie, de sociabilité, mais également de valeur. Cette question cruciale du travail invite à comprendre comment l’artiste se donne à voir en tant que tel et comment son statut est amené à évoluer au sein d’un contexte politique et social précis. Plus que la perception de ce qu’est un artiste émergent, c’est sa définition même qui est en jeu au regard de sa pratique et de la valeur accordée à toutes sortes de projets qui font territoire et engagent les publics et les habitants.

  • 12 Jumelages, créations partagées. À noter l’intégration de dispositif particulier comme la Charte cul (...)

40Les dispositifs avec participations des habitants12 sont rendus possibles par des cofinancements (DRAC, villes, lieux…), qui encadrent les propositions de l’artiste (selon un cahier des charges ou un appel à projets). Ils sont à com­prendre dans un jeu de partenariats d’acteurs, aux confins de zones d’incerti­tude, où l’artiste peut impulser un projet d’ampleur et expérimenter ses capacités organisationnelles (Friedberg, 1997), d’innovation, de créativité voire de communications.

41L’enjeu d’un changement de regard sur le processus de création serait une porte ouverte à la compréhension du travail réel de l’artiste, levier d’une plus grande reconnaissance de la part des professionnels. Cette difficulté est inhé­rente aux modalités, comme à des projets souvent hybrides, y compris pour l’artiste qui, de plus en plus, revendique faire œuvre à cet endroit, de par ces modalités du travail avec les amateurs. Il y a donc un véritable enjeu à actua­liser notre image du travail de l’artiste, de ce qui fait métier en développant une acception plus riche. Plutôt que de trancher ce qui relèverait de la création et de la médiation, il semble plus constructif d’acter une réalité complexe, qui procède aussi bien de désirs que de contraintes pour les artistes à travailler avec des habitants, et des lieux, où ce partage du sensible entre de manière de plus en plus systématique dans leurs projets (pour tisser des relations avec des maisons de quartiers via les politiques de la ville).

42Ainsi œuvrer aux droits culturels en acte relève de déplacements mutuels, physiques et symboliques et de réseaux de coopération qui redessinent une carto­graphie mentale et sensible (Perrin, 2019) à hauteur de la mémoire des lieux (Laffont, Martouzet, 2021) et des participants. À l’endroit du travail des artistes, les droits culturels tentent de dessiner de nouvelles utopies en acte.

Annexe 1 – Extrait des projets présentés et des lieux

Dates et lieux de diffusion

18.11.2021 | Djibouti | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | (Il Neige et Le Ciel Brûle) Création

25.09.2021 | Angers | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | FESTIVAL D’ANGERS | (État Dames – Le concert)

23.06.2021 | Angers | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | ICO (État Dame – Le récital)

21.06.2021 | St Herblain | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | ICO (État Dame – Le récital)

05.06.2021 | Angers | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | CDN – LE QUAI – (État Dames)

11.02.2021 | Djibouti | Institut français Djibouti | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | (À l’ombre de & des)

10.10.2020 | Nantes | Les Scènes Vagabondes | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | (À l’ombre de & des)

04.03.2020 | Nantes | Restaurant Interlude | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Arborescence)

4.02.20 | Nantes | La Malle à Case | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Arborescence)

2.02.20 | Nantes | Le Nouveau Studio Théâtre | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Série limitée#3)

14.12.19 | Nantes | Cité des Congrès | TISSÉ MÉTISSE | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Arborescence)

11.12.19 | Nantes |C’est Chaud L’hiver | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Série limitée #2)

27.11.19 | Nantes | Pause de la Cigarrière | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Arborescence)

22.11.19 | Nantes | Maison de quartier Beauséjour | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Arborescence)

13.11.19 | Nantes | Manufacture | DU C(H)ŒUR DES FEMMES | (Série limitée #1)

17.10.19 | Nantes | Stereolux | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (live !)

04.07.19 | Nantes | Galerie Le Rez-de-chaussée | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (fête de fin de saison)

01.06.19 | Nantes | Les Scènes Vagabondes | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Les Champs Poétiques)

07.03.19 | Nantes | Musée d’Arts | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (Les Champs Poétiques)

14.12.18 | Nantes | Lieu Unique | DU C(H)ŒUR DES FEMMES (performance #2)

Haut de page

Bibliographie

BIDET Alexandra, 2011, L’engagement dans le travail, Paris, PUF.

BORDEAUX Marie-Christine, LIOT Françoise (coord.), 2012, « La participation des habitants à la vie artistique et culturelle », L’Observatoire, n° 40.

BOUTINET Jean-Pierre, 1990 / 2012, Anthropologie du projet. Paris, PUF.

COUGOULE Odile, 2019, « Le bal des débutant.e.s », Ballroom, n° 23, p. 74-75.

DEWEY John, [1934] 2010, L’art comme expérience, Paris, Folio Gallimard.

DEWEY John, [1938]1993, Logique, la théorie de l’enquête, Paris, PUF.

FRIEDBERG Erhard, 1997, Le pouvoir et la règle, Paris, Seuil.

GERMAIN-THOMAS Patrick, 2013, « Inventer et construire des compromis entre l’art et l’économie : le cas de la danse contemporaine », Négociations, vol. 2, n° 20, p. 41-58.

HEINICH Nathalie, 2017, Des valeurs. Une approche sociologique, Paris, Gallimard.

KOGAN Anne-France, PAILLER Danielle, 2020 (dir.), Entre réception et participa­tion, droits culturels et innovations sociales, Rennes, PUR.

LAFFONT Georges-Henry, MARTOUZET Denis, 2021, Ces lieux qui nous affectent. Production de sens, enjeu de connaissance, dimension opératoire, Hermann, coll. « Colloque de Cerisy ».

LANGEARD Chloé, 2013, Les intermittents en scènes. Travail, action collective et engagement individuel, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Essais », 325 p.

LANGEARD Chloé, 2015, « Les projets artistiques et culturels de territoire. Sens et enjeux d’un nouvel instrument d’action publique », Informations sociales, n° 190, p. 64‑72.

LANGEARD Chloé, 2016, « Des scènes artistiques à l’épreuve de l’évaluation. Ce que révèle l’impératif évaluatif dans le secteur artistique et culturel », L’Observatoire, vol. 47, n° 1, p. 87-89.

LANGEARD Chloé, LIOT Françoise, RUI Sandrine, 2015, « Ce que le théâtre fait au territoire. Reconfiguration du public et évaluation », Espaces et sociétés, n° 163, p. 109-123.

LIOT Françoise, 2018, « Droits culturels : vers une nouvelle définition des politiques publiques de la culture ? », Les cahiers de la LCD, HS n° 1, p. 52-61.

LOMBARDO Philippe, WOLFF Loup, 2020, Cinquante ans de pratiques culturelles en France. https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Etudes-et-statistiques/Publications/Collections-de-synthese/Culture-etudes-2007-2021/Cinquante-ans-de-pratiques-culturelles-en-France-CE-2020-2

MCWILLIAM Neil, MENEUX Catherine, RAMOS Julie (dir.), 2014, L’art social en France de la Révolution à la Grande Guerre, PUR, coll. « Collection INHA ».

MENGER Pierre-Michel, 2009a, Le travail créateur, s’accomplir dans l’incertain, Gallimard Le Seuil, Collection Hautes Études, Paris.

MENGER Pierre-Michel, 2009b, « L’art analysé comme un travail », Revue Idées économiques et sociales, n° 158.

MEYER-BISCH Patrice, BIDAULT Mylène, 2010, Déclarer les droits culturels. Commentaire de la Déclaration de Fribourg, Zurich-Bruxelles, schulthess, Bruylant.

NICOLAS-LE STRAT Pascal, 2016, Le travail du commun, Saint Germain sur Ille, Éditions du Commun.

PAILLER Danielle, 2021, « Mettre en pratique les droits culturels : les défis de leur mise en œuvre », Nectart, Éditions de l’Attribut, vol. 1, n° 12, p. 72-81.

PERRIN Julie, 2019, Questions pour une étude de la chorégraphie située, HDR, Université de Lille.

RANCIERE Jacques, 2000, Le partage du sensible, Paris, La Fabrique.

REYNAUD Jean-Daniel, [1989] 1997, Les règles du jeu ; l’action collective et la régulation sociale, 3e édition, Paris, Armand Colin.

TORRENT Céline, 2015, « La danse comme réécriture “géopoétique” de l’espace ? », Géographie et cultures, n° 96, p. 41-60.

Sources

Entretiens avec Vanille Fiaux, n° 0 – automne 2019, n° 1 – janvier 2020, n° 2 – juin 2020, n° 3 – juin 2021.

Haut de page

Notes

1 Ainsi la responsabilité en matière culturelle est-elle exercée conjointement par les collec­tivités territoriales et l’État.

2 https://metropole.nantes.fr/participer/initiatives-citoyennes/les-appels-a-projets/appel-a-projet-creation-partagee

3 https://duchoeurdesfemmes.com/about/

4 https://msh-ange-guepin.univ-nantes.fr/la-recherche/pace et https://msh-ange-guepin.univ-nantes.fr/la-recherche/pace-2

5 https://duchoeurdesfemmes.com/

6 Posture méthodologique adoptée par des chercheures relevant de champs disciplinaires pluriels en SHS.

7 De la difficulté de définir l’émergence, qui implicitement renvoie à la durée de l’expérience professionnelle et au nombre de projets dans lesquels l’artiste a pris part et/ou initiés.

8 Dewey, L’art comme expérience : « Un effort pour briser les délimitations existantes entre les différentes formes d’art, associé à la recherche d’une synthèse qui tente de se rapprocher de l’expérience du banal, et par là de la vie » (Dewey, p. 561-562).

9 Centre dramatique national.

10 Les bénéfices sont reversés pour la lutte contre le cancer, Vanille ayant rencontré certaines femmes lors d’ateliers à l’Institut de cancérologie.

11 Entretien avec Vanille Fiaux, juin 2021 (entretien 3).

12 Jumelages, créations partagées. À noter l’intégration de dispositif particulier comme la Charte culture et solidarité à Angers.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1 – Femme Palmier dans la galerie David d’Angers
Crédits ©Vanille Fiaux
URL http://journals.openedition.org/gc/docannexe/image/20993/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 241k
Titre Figure 2 – Cartographie sensible des lieux traversés et habités par le C(h)œur des femmes
URL http://journals.openedition.org/gc/docannexe/image/20993/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 308k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Pauline Boivineau et Nathalie Schieb Bienfait, « La présence artistico-sociale sur le territoire »Géographie et cultures, 122 | 2024, 47-64.

Référence électronique

Pauline Boivineau et Nathalie Schieb Bienfait, « La présence artistico-sociale sur le territoire »Géographie et cultures [En ligne], 122 | 2024, mis en ligne le 26 juin 2024, consulté le 18 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/gc/20993 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12cgm

Haut de page

Auteurs

Pauline Boivineau

Université catholique de l’Ouest, CHUS, associée TEMOS UMR 916
pboivine@uco.fr

Nathalie Schieb Bienfait

Nantes Université, IAE, LEMNA, Labex Entreprendre
nathalie.schieb-bienfait@univ-nantes.fr

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search