Un département polyphonique et frontoyant
Francine Barthe (dir.), 2000, L’Oise. Facettes et fragments, Autrement, coll. France, n° 20, 176 p.
Texte intégral
1Les éditions Autrement occupent une place originale dans le monde de l’édition. Elles sollicitent des chercheurs issus de l’ensemble des sciences humaines pour écrire des articles ou des ouvrages sur des thèmes et dans un style susceptible d’intéresser un public large. Plusieurs géographes ont déjà accepté de prendre la plume dans cet esprit. Ils ont raison, car c’est un moyen de sortir du bois, pour ne pas dire de l’ornière. Francine Barthe a dirigé le fascicule consacré à l’Oise dans la collection "France". Évocation précise, mais aussi poétique et vagabonde, ce livre agréable à lire s’attache à cerner un département plus improbable et retors que bien d’autres, parce que plus ambigu, jadis centre de la France royale, aujourd’hui marche de Paris, autant que des profondeurs picardes. Incohérente l’Oise ? Et alors ? Cela lui interdit-il d’intéresser les géographes, les historiens, les visiteurs et surtout les Oisiens (il faudrait d’ailleurs dire les Oiseaux, puisqu’ils sont diablement mobiles, ces "marginaux", surtout ceux du Sud...).
2Outre les textes sensibles de Francine Barthe, on lira avec plaisir les "Traces de guerres" décrites par Philippe Bonnet-Laborderie. Micheline Hotyat, en biogéographe humaniste, analyse les grandes forêts, jadis royales, aujourd’hui domaniales, qui continuent à être gérées avec science, art et économie, mais aussi à accueillir des usagers aussi divers que les chasseurs à courre et quelque huit millions de promeneurs. Luc Dezutter, agriculteur du Pays de Thelle, évoque sa vie dans son territoire, son paysage, son calendrier, son quotidien. Il attire l’attention sur le fait que derrière les montagnes de betteraves travaillent des hommes inquiets et prêts à se remettre en cause pour répondre aux attentes du monde contemporain. Utilisant avec bonheur la première personne du singulier, Olivier Lazzarotti raconte comment il fait découvrir Morienval à un collègue polonais et montre comment la force expressive d’un tel lieu remplace et vaut tous les discours sur l’amitié entre les peuples. L’Oise, c’est aussi le royaume du cheval, comme le dit bien Élisabeth Gilion. L’ouvrage invite ensuite à parcourir la galerie des portraits : le duc d’Aumale et son domaine de Chantilly (Bernard Chambon), René-Louis de Girardin, Jean-Jacques Rousseau et les autres amateurs de jardins dont les plus beaux jalonnent la vallée de la Nonette (Olivier Damée). Puis vient l’immense Vatel et tous ses successeurs maîtres queux qui interprètent au piano les terroirs de l’Oise (Olivier Etcheverria), Le Sidaner, le peintre de Gerberoy qui a fait de ce village l’un des archétypes du patrimoine rural français (Janine Christiany), Nerval et son étrange Valois dans lequel il embrume définitivement sa cervelle (Gilles Guilleron), enfin Astérix que son père Albert Uderzo a choisi de placer en nourrice dans la forêt d’Ermenonville.
3Un tel ouvrage ne ressemble ni au Guide Joanne ou au Guide Bleu, encore moins à ces beaux livres pour table basse, faits pour récupérer la poussière et les subventions de collectivités territoriales avides de notoriété. Il se contente d’être une invitation au voyage. C’est tout et c’est si bon.
Pour citer cet article
Référence papier
Jean-Robert Pitte, « Un département polyphonique et frontoyant », Géographie et cultures, 38 | 2001, 134-135.
Référence électronique
Jean-Robert Pitte, « Un département polyphonique et frontoyant », Géographie et cultures [En ligne], 38 | 2001, mis en ligne le 17 décembre 2025, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/gc/26622 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16n0c
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