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Lectures

Les minorités hispaniques aux États-Unis

Cynthia Ghorra-Gobin
p. 140-141
Référence(s) :

Leila Ben Amor Mathieu, 2000, Les télévisions hispaniques aux États-Unis, Paris, CNRS Editions, 288 p.

Annick Tréguer, 2000, Chicanos : Murs peints des États-Unis, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 104 p.

Isabelle Vagnoux, Les Hispaniques, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 128 p.

Texte intégral

1Ces trois livres bien que privilégiant des thématiques différentes sont complémentaires : ils traitent de la question des Hispaniques, la minorité ethnique en pleine expansion aux États-Unis puisqu’elle représente 12,5 % de la population, soit 35,3 millions de personnes selon le dernier recensement (année 2000). Ce chiffre désormais équivalent à celui de la minorité noire pose problème et c’est là que réside tout l’intérêt de l’ouvrage d’Isabelle Vagnoux. La nation américaine n’a cessé, depuis l’entrée d’esclaves en Virginie en 1619, de se penser à partir de la bipolarité ou encore de l’antagonisme Blancs-Noirs et il devient urgent pour la sphère politique de prendre en compte cette nouvelle donne. Pourtant les Hispaniques, contrairement aux Africains-Américains sont loin de représenter un groupe homogène : en effet, on distingue les Hispaniques issus de l’immigration mexicaine, cubaine et portoricaine de ceux issus de l’immigration récente en provenance de l’Amérique centrale. On peut d’ailleurs à juste titre parler des cultures hispaniques en dépit d’une langue et d’une religion commune. En un nombre limité de pages ce "Que-sais-je ?" réussit à poser la question du devenir de la minorité hispanique et de la nation américaine alors que les flux migratoires issus d’Amérique latine mais aussi d’Asie et d’autres parties du globe se font de plus en plus intenses.

2Le livre d’Annick Tréguer est certainement le plus beau des trois parce qu’il est illustré et inclut 108 photographies de peintures murales prises dans des quartiers chicanas de villes du Sud-Ouest des États-Unis ainsi qu’à Saint-Denis dans la région Ile-de-France (p. 94). C’est le premier livre français sur ce mouvement d’art public et social, le moralisme chicana, que l’on retrouve principalement dans quatre États, la Californie, l’Arizona, le Nouveau-Mexique et le Texas. Aussi le lecteur n’est pas étonné de disposer d’une bibliographie incluant des ouvrages en langue anglaise et espagnole. Comme l’écrit l’auteur, on entend par peinture murale chicana, les œuvres réalisées sur les façades de bâtiments publics ou privés par les Mexicains­ Américains, qui représentent environ deux-tiers de la population hispanique. La plupart des photographies ont été prises dans les barrios-ghettos et font l’objet d’un commentaire : on sent que l’auteur a rencontré les artistes et leur rend hommage pour le maintien d’une tradition issue de la civilisation mexicaine dans un contexte anglo-américain. L’ouvrage repose sur une typologie distingant les murs spontanés, les murs militants des années 1970, les murs retraçant l’histoire récente et les murs réalisés par des artistes avec des enfants exclus de la société américaine. On regrette toutefois que l’ouvrage n’ait pas pris le temps d’analyser les liens entre cette production artistique et celle issue de la contre culture californienne dans les années 1960. À ne pas manquer, la Vierge de Guadalupe à East Los Angeles, le mur en hommage à César Chavez à San Diego et Notre Dame de la Justice à Santa Fe !

3Le livre sur les télévisions a priori plus austère se propose de présenter la genèse de la première télévision ethnique aux États-Unis et la manière dont elle a réussi à créer un espace hispanophone au cours de ces trente dernières années. Cette télévision comprend aujourd’hui deux réseaux hertziens, 500 stations et 10 chaînes de câble. L’auteur s’appuie sur des concepts, comme celui de communauté, développés par des sociologues dont Habermas et Bourdieu. Elle a donc choisi cè prendre pour objet d’étude un certain nombre de programmes de cette télévision, comme les informations et les talk shows. Elle détend l’hypothèse selon laquelle la télévision qui se voulait une réalisation purement commerciale participe en fait de l’intégration économique des Hispaniques dans le marché des États-Unis mais aussi de l’invention politique d’une communauté hispanique. Elle démontre également comment depuis les élections présidentielles de 1996, les futurs candidats à la Maison blanche prennent en compte la télévision hispanique. Des tableaux fort bien documentés présentent le poids du marché hispanique dans les métropoles de Los Angeles, New York, Miami, Chicago et Houston et San Antonio. La conclusion s’interroge sur l’avenir d’une télévision hispanique émise à partir des États-Unis face à l’émergence du téléspectateur latino-américain. En filigrane, elle pose la question du poids et du rôle d’une télévision transnationale à l’heure de la mondialisation. Un subtil jeu de mots autour de la notion d’Améiique laisse penser que 1’auteur est en train de préparer un second ouvrage répondant aux questions soulevées. En tout cas il faut l’espérer !

4Ces trois ouvrages, tout en replaçant la minorité hispanique dans une perspective historique, dressent tout compte fait un tableau relativement optimiste des Etats-Unis, qui continueraient d’intégrer des populations différentes. Les Hispaniques ne sont pas une minorité complètement dominée, mais une minorité qui bénéficie d’une certaine marge de manœuvre pour affirmer son identité, comme l’attestent les peintures murales à l’image de celle d’East Los Angeles intitulée "we are not a minority". Les trois ouvrages parlent peu des Hispaniques pauvres, en dehors peut-être de celui sur les peintures murales qui témoignent de la continuité d’une lutte sociale et politique. Ils mettent plutôt en scène la classe moyenne hispanique, et s’y réfèrent comme une unité tout compte fait pas tellement distincte de la "classe moyenne" américaine. On peut alors difficilement leur reprocher de n’avoir pas pris en compte les Hispaniques pauvres et en situation illégale dont le chiffre est loin d’être limité.

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Pour citer cet article

Référence papier

Cynthia Ghorra-Gobin, « Les minorités hispaniques aux États-Unis »Géographie et cultures, 38 | 2001, 140-141.

Référence électronique

Cynthia Ghorra-Gobin, « Les minorités hispaniques aux États-Unis »Géographie et cultures [En ligne], 38 | 2001, mis en ligne le 17 décembre 2025, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/gc/26645 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16n0g

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Auteur

Cynthia Ghorra-Gobin

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