Plan (du roman), planification, instance directrice
Résumés
Le plan est une notion d’une importance majeure dans tout projet humain d’envergure quelle que soit sa nature : complexe industriel, navire, voiture, appareil ménager, livre scientifique ou littéraire… Par la même occasion, il acquiert une dimension anthropologique et ouvre la nécessité de l’étudier plus en profondeur. Le roman (de fiction pure) est dans cette situation. L’étincelle initiale, l’incipit génétique, incomplète, floue, trop sommaire, est insuffisante pour se lancer directement dans une construction d’amples dimensions. L’écrivain a besoin de savoir où il va. Le (proto)plan, matérialisé sur papier ou seulement mental et fractionné à la Stendhal, est pour l’écrivain la confirmation du fait qu’il peut imaginer les lignes générales du projet. Seulement, dès qu’il l’a mis en place et passé à l’édification de la textualisation, c’est lui-même qui commence à modifier, dans ses formes implicites, les lignes générales de son propre plan. On débouche ainsi sur la notion de planification permanente que l’on voit chez Balzac, Flaubert, Henry James, Pirandello, Gide, Rebreanu, Mauriac, Mircea Eliade… Un dernier phénomène est celui quand le développement du texte est gouverné par ce que nous nommons génome intérieur : l’intuition profonde de « ce que doit être le roman » (Mauriac). Nous avons appelé cela aussi instance directrice. Les deux hypothèses – planification et instance directrice – mises en place pour expliquer en quoi consiste la boussole qui guide l’écrivain dans l’édification de la textualisation, ratissent large et expliquent l’ensemble des cas apparemment « différents » qui s’échelonnent entre le pôle Stendhal et le pôle Flaubert dans la gestion de l’écriture textualisante. Et « une hypothèse qui explique tout est une certitude. » (Oscar Wilde).
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Mots-clés :
(proto)plan, plan-lanterne, planification, hormo-incipit, génome intérieur, holomorphismePlan
Haut de pageNotes de la rédaction
Bien que le texte ci-dessous (un chapitre d’un ouvrage inédit de Radu Bagdasar) ne corresponde pas à la manière de travailler que Genesis préconise (faire reposer toute conclusion sur une analyse précise et argumentée des documents de genèse), il nous a semblé qu’il intéresserait les lecteurs curieux de la diversité des études génétiques. Alors que la critique génétique s’interdit “d’entrer dans la tête des écrivains”, Radu Bagdasar considère que ce devrait être son rôle ; alors qu’elle constate que les exceptions apparentes nous apprennent toujours quelque chose sur les cas généraux, Radu Bagdasar considère que ses assertions “relèvent de la logique des phénomènes de masse, la logique de la dominante, des vérités relatives mais relevantes de la phénoménologie du domaine, et non pas de la logique discrète avec des valeurs absolues. Par conséquent, les objections concernant tel ou tel cas particulier, la logique des exceptions, ne les invalident d’aucune manière.” Le lecteur en jugera, sachant que l’extrait que nous présentons ne peut donner qu’une idée très incomplète du vaste système d’ensemble mis au point par Radu Badgdasar.
Texte intégral
1Parfois, les dossiers manuscrits d’une œuvre, classique ou non, présentent dans la partie initiale un texte relativement bref censé être un concentré et implicitement un guide de ce qui va suivre intitulé « Plan ». Zola, Tchekhov, Flaubert, Istrati, Rebreanu et tant d’autres travaillent de cette manière. On peut retrouver le plan sous une pluralité d’étiquettes : schéma, sommaire, résumé (malgré le fait qu’il est prospectif et non pas rétrospectif)… C’est une marche intermédiaire entre l’incipit et la textualisation, cette dernière volumineuse par définition. Le plan peut tenir en quelques lignes, comme chez Tchekhov, voire deux-trois pages comme chez Zola, et marque l’émergence d’une vision globale de l’œuvre à venir, à savoir un concentré anecdotique avec un début, un déroulement (des faits…) et une fin, une histoire complète in nuce. Voici par exemple le plan de Parisina, pièce de jeunesse de Flaubert (décembre 1848) dont le contenu est le suivant :
- 1 BnF, département des manuscrits, N. a. fr. 14155, fol. 20.
Dans un royaume du nord de l’Europe – au moyen-âge [sic] – un vieux roi, veuf, sollicité par ses ministres et par ses conseillers – prend la résolution de choisir une nouvelle épouse – et à cet effet, il envoie un jeune seigneur de sa cour, le fils de son premier-ministre, dans une cour d’Italie afin d’y épouser en son nom une jeune princesse […]1.
- 2 Ici et dans la suite de cette contribution, nous n’entendons pas le terme d’incipit au sens philolo (...)
- 3 Ce que nous appelons configuration parentale est un terrain favorable préexistant à l’incipit même. (...)
2Le jeune ambassadeur, Hugo de son nom, part à Ferrare, tombe amoureux de la jeune princesse destinée à son maître et de là vient toute l’intrigue de la pièce. C’est un véritable récit en miniature. Encore abstrait, dépourvu de détails concrets, mais un récit. Cette vision globale nous donne le droit de considérer le plan comme le véritable acte de naissance d’une œuvre plutôt que l’incipit2 génétique, comme cela semble être le cas. Parce que le seuil difficile à franchir ne se situe pas entre le « néant » et l’incipit ou entre la configuration parentale3 et l’incipit mais entre l’incipit et le plan. L’incipit étant le plus souvent un « copeau », une étincelle suspendue dans l’indétermination, quelque chose de très partiel, de vague, une promesse non garantie, il est très difficile de passer de cette donne à une vision globale, au minirécit qu’est le plan. L’argument à l’appui de cette affirmation hétérodoxe consiste dans le fait que la plupart des abandons définitifs du processus génétique se produisent entre les milliers d’idées d’œuvres (incipit) qui germent dans les esprits des écrivains et les œuvres réalisées dans le sillage de certaines de ces idées, qui n’en représentent le plus souvent qu’une infime partie. Le plus souvent l’abandon intervient entre l’incipit et le plan et non pas entre le plan et la textualisation. Ce qui est très significatif et étaie notre affirmation que le plan est le véritable acte de naissance de l’œuvre, puisque l’écrivain a été capable d’imaginer le contour d’un récit complet : début, intrigue, dénouement. Cela n’est pas non plus une loi absolue, dans la mesure où la mortalité infantile des genèses existe et où des œuvres inachevées pour des raisons subjectives existent elles aussi. Stevenson, Henry James, Tolstoï, André Maurois, Emil Cioran, Eminescu, Valéry… constituèrent de vraies pépinières d’idées, dont une infime partie parvint à percer la coquille de l’intentionnalité et de la faisabilité vers l’œuvre. Nous sommes dans cette logique qui est la logique légitime d’une théorie qui n’examine pas un cas dans sa singularité, tâche des études appliquées, mais des phénomènes de masse où on décèle des tendances, des dominantes, des lignes de force, et les exceptions n’ont aucune incidence sur la véracité des affirmations transindividuelles. Les « idées » ou « sujets » d’œuvres qu’on pourrait assimiler à des incipit potentiels, énoncés laconiquement dans les carnets, les journaux de création, les simples listes – comme celles que l’on trouve dans les archives des auteurs mentionnés, Tolstoï, Valéry, Stevenson, Henry James, André Maurois, Cioran… Elles restent pour la plupart en l’état, sans hérédité. Ce sont des simples promesses et non pas des possibilités confirmées par l’imagination d’un ensemble comme le plan. Dans les Archives manuscrites de Tolstoï, par exemple, on trouve des Listes de sujets littéraires dont une, datant de 1903, se présente ainsi :
- 4 Léon Tolstoï, Journaux et carnets, éd. et trad. G. Aucouturier, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothè (...)
(1) Le Coupon
(2) Tu es [rayé au crayon]
(3) L’église, le vieux.
(4) La trahison de l’épouse
(5) L’ange qui [noya/rayé] tua un enfant
(6) La nourrice
(7) Alexandre le Ier
(8) Le brigand se repentit. [rayé]
(9) Qui est important, qu’est qui est important, quand ? [rayé au crayon]
(10) [Deux amis/rayé] [Seigneur et paysan/rayé]. Le travail, la maladie et la mort. [rayé au crayon]
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(22) Persianinov, la Mère…4
- 5 Léon Tolstoï, Posmertnye zapiski starca Fedora Kuz'miča (Umeršego 20 ânvarâ 1864 goda v Sibiri bliz (...)
3De ces 22 sujets, seul le sujet nᵒ 7 est parvenu à évoluer et à devenir Les Notes posthumes du starets Fiodor Kouzmtich, mort le 20 janvier 1864, en Siberie, près de Tomsk, sur le domaine du marchand Khromov5. La force de ce sujet résidait dans un bouquet d’ingrédients classiques d’un récit palpitant : crime, suspense, mystère, exotisme. Le récit nᵒ 7 disposant de suffisamment d’énergie (hormo), avait réussi à enflammer l’imagination de Tolstoï – et non seulement de Tolstoï, mais aussi de toute la Russie de l’époque et d’une partie de l’Europe – pour sortir de sa coquille incipitaire et évoluer vers une œuvre adulte (bien qu’inachevée). Ce qui étaie notre assertion précédente que le seuil haut des difficultés fictionnelles et implicitement le risque d’abandon génétique se trouve entre l’incipit et le plan.
4La cause de la léthargie des autres « sujets » dans leur condition larvaire est que la plupart des incipit – certains trop banals, d’autres étrangers à l’expérience et à la culture de l’écrivain – ne disposent pas de suffisamment de force séminale pour mobiliser l’imagination de l’écrivain et se développer. Ou que, tout simplement, l’écrivain ne dispose pas du bagage culturel nécessaire pour mener à bien son projet ou bien encore, n’a pas le temps de le faire puisque l’abondance de ces idées séminales dépasse sa capacité de les développer. Par contre, au moment où un tel « sujet » s’avère suffisamment vigoureux, sort de sa « coquille » et franchit le seuil du plan, l’auteur dispose d’une macrovision complète de son projet. Le plan seul prouve la vitalité d’un incipit, sa capacité de se développer et d’évoluer vers une vision claire et complète de la prochaine œuvre, même si elle ne restera pas la même depuis le début jusqu’à la fin de la genèse, et si des abandons pourront se produire pendant l’intégralité de la genèse.
5Représentant une étape qualitative décisive, le plan scelle son avenir, et par cela il acquiert une importance épistémologique de premier ordre dans la genèse. Le plan règne en maître dans tous les domaines d’activité humaine de grande complexité : de la construction d’un sous-marin à celle d’une gare ferroviaire ou d’un traité de chimie, toutes les entreprises d’envergure nécessitent une avant-projection de leur globalité. Son importance dépasse le domaine littéraire, puisqu’il acquiert une dimension anthropologique.
6L’explication de la nécessité du plan comme « marche » intermédiaire entre l’incipit et la forme adulte du projet consiste, à notre avis, dans le fait que l’incipit, bribe vague, partielle et sommaire est une entité sémantiquement trop faible, trop sommaire et incomplète, pour toujours aboutir directement à la construction ample, à l’abondante et complexe inflorescence de détails qu’est un roman.
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- 6 Du gr. ὁρμάω : « mettre en mouvement », l’énergie (aspiration politique pour Voltaire, choc psychol (...)
7Cependant, que fait-on avec les écrivains rhapsodiques de type Stendhal, qui déclarent ne jamais faire de plan ? Qu’est ce qui leur guide la main ? Quelle est l’instance directrice du développement génétique ? Quelle pourrait être l’identité d’une telle instance, dont la forme émergente la plus accomplie est le plan ? Et comment fonctionne le plan, quelles sont les inerties/difficultés – conceptuelles, psychologiques, linguistiques – que l’acteur-écrivain affronte pour transformer une entité vague, confuse, proche plutôt de l’intuition – le hormo6-incipit – en une mini-structure complète et stimulante ? Y a-t-il toujours une instance directrice, éventuellement un plan mental, même quand on ne le retrouve pas matérialisé dans les manuscrits de l’écrivain ?
8Qu’il y ait une instance directrice qui guide l’esprit de l’auteur est de l’ordre de l’évidence. L’écrivain ne saura pas quoi coucher sur papier dans les instants suivant le point où il se trouve sans un minimum de bagage fictionnel préalable, sans une telle instance directrice. L’hypostase de « Pythie ivre » de Stendhal, relève plutôt de l’apparence que de la réalité.
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9Le plan signifie, dans l’imaginaire commun, l’apparition dans l’esprit de l’écrivain de la charpente de la future œuvre, d’une vision macroscopique structurée, claire et complète de ce qui sera l’aboutissement du projet : un élément d’autorité censé gérer par la suite la textualisation. Il a le grand mérite de permettre l’entame de la textualisation : l’écrivain dispose maintenant de suffisamment de visibilité anecdotique et peut s’attaquer à la grande construction. Le cas de Stendhal, qui semble contredire frontalement notre assertion, ne peut lui être opposé pour deux raisons. L’hypothèse que la lumière narrative s’allume brusquement dans son esprit, à la seconde même où il couche une phrase sur papier, n’est pas recevable : une phrase a des implications en aval et en amont, ce qui fait qu’un horizon minimal prospectif de la pensée narrative devrait être considéré comme existant dans l’esprit de l’écrivain (éventuellement dans son inconscient). Il est fort significatif que Stendhal se livre à l’écriture le matin après la période nocturne de travail intense de l’inconscient. Le matin, expérience vécue par tout le monde, les angles immergés dans l’obscurité de la problématique qui nous préoccupait la veille, s’éclairent. Et ce n’est pas non plus par hasard que Stendhal le précise. Les écrivains sont affectés dans leur travail par les rythmes circannuels et surtout circadiens. Stendhal est un cas typique d’écrivain matinal qui bénéficie des fruits de « la nuit qui porte conseil ». C’est une explication très simple et on ne peut plus vraie. L’écrivain grenoblois enchaîne les faits en vertu d’une intuition profonde de la direction dans laquelle doit évoluer le projet : ce que nous avons appelé génome intérieur. Il dispose d’une direction narrative, ce qui en principe aurait pu être figé dans un plan canonique et ce qu’il n’a pas fait en vertu, vraisemblablement, du désir de s’arroger une plus grande liberté de changer à la dernière seconde le cours de l’histoire. Le génome intérieur stocke, même de manière extrêmement vague, intuitive, l’essence de ce que devra être le projet. Dans la dynamique des rapports conscient/inconscient qui régentent la construction d’une œuvre, Stendhal bénéficie d’une participation de l’inconscient plus forte que chez les écrivains de type méticuleux, artisan.
- 7 Liviu Rebreanu, « Cum am scris Rãscoala » (1940), dans Alexandru Oprea, Mitul faurului aburit: excu (...)
10Au moins dans certains cas, le plan est nécessaire comme étape intermédiaire dans l’édification de la textualisation ! Dans les cas où il y a décalage trop important entre le potentiel fantasmatique-culturel de l’écrivain et le faisceau de difficultés opposé par le projet – c’est le cas du Soulèvement de Rebreanu7 – le plan semble indispensable. L’écrivain ressentait très fortement l’impératif moral de s’attaquer à ce sujet extrêmement sensible (hormo), mais il n’en avait pas les moyens (la configuration parentale) : surtout les connaissances du monde rural et de la crise qui secouait le monde paysan. Seul un plan solide pouvait donner un aperçu d’ensemble de l’œuvre envisagée.
- 8 Mircea Eliade, Fragments d’un Journal, I, juin 1939, Paris, Gallimard, 1973.
- 9 Edgar Allan Poe, The Raven. With the Author’s Critical Essay on his Poem Entitled « The Philosophy (...)
- 10 Henry James, The Art of the Novel. Critical Prefaces, New York, Charles Scribner’s and Sons, 1962, (...)
11Le premier conflit dialectique agit sur l’effort de construction du (proto)plan : il peut simplement compléter et développer l’incipit, l’influencer de manière rétroactive et le modifier de manière mentale lors de la textualisation, le détourner par rapport à sa vocation naturelle de fournir un horizon plus large de l’anecdotique ou attestant la caducité de l’incipit et se retournant contre lui dans la continuité duquel il s’avère incapable de se situer en initiant un nouveau cycle génétique. « L’histoire se modifiait et s’amplifiait à chaque fois que je la rapprenais depuis le début8 ». En d’autres mots, comment évolue la bribe initiale, vague, partielle, défectueuse, mais qui scintille vers la forme « ronde », avec commencement, déroulement et fin, du plan ? Nous n’avons pas trouvé des indications suffisamment précises dans les centaines de textes dépouillés – principalement des journaux personnels et de la correspondance9 – ni ailleurs. La seule explication logique possible nous semble consister dans le fait que le passage de l’incipit au plan est trop souvent immergé dans le brouillard de l’inconscient. Henry James nous semble le seul qui tâche, tant bien que mal, de baliser ce parcours mental, « the intimate history of the business –of retracing and reconstructing its steps and stages10 ». Dans la genèse du Portrait of a Lady, James ne dispose au début que de l’image du personnage féminin – trop sommaire pour engendrer tout l’univers que suppose le contenu d’un roman. Il lui manque des éléments ; par conséquent, il estime que le passage de cet incipit au plan ne se fait pas en un
- 11 H. James, op. cit., p. 105.
flash […] selon la fantaisie d’un ensemble de relations, ou dans l’une de ces situations qui, par une logique à elles, tombent immédiatement, pour le fabuliste, dans le mouvement, dans une marche ou une course, un roulement de pas rapides ; mais dans le sens d’un seul personnage, dans le caractère et l’aspect d’une jeune femme particulièrement attachante, à laquelle devaient s’ajouter tous les éléments habituels d’un « sujet » […]11
12Pour compléter cette donne pauvre de début, l’intervention de la réflexion, de la mémoire, de la logique verticale, mais aussi modale selon le cas, éventuellement d’une documentation, s’avèrent nécessaires. Ce qui indique une intervention plus marquée du conscient, des jugements rationnels.
- 12 Ibid., p. 106.
[…] sur toute la croissance, dans son imagination […]. Ce sont les fascinations de l’art du fabuliste, ces forces cachées d’expansion, ces nécessités de croissance dans la graine, ces belles déterminations, de la partie de l’idée occupée à s’amplifier le plus possible pour sortir dans la lumière et l’air et fleurir […]12
13James raconte que, par le passé, il avait entendu de la bouche même de Tourgueniev, que, dans un premier temps, l’invention commence en ce qui le concerne avec la vision d’un personnage (ou des personnages) « […] qui planait devant lui, le sollicitant, comme une figure active ou passive, l’intéressant et faisant appel à lui comme s’ils étaient vivants. » Ressemblance frappante avec les Sei personaggi in cerca d’autore de Pirandello. Les personnages de Tourgueniev se comportent comme s’ils étaient réels. Ils sont disponibles (sic !) pour lui,
- 13 Ibid., p. 42-43.
[…] les a vus soumis aux chances, aux complications de l’existence […] mais a ensuite dû trouver pour eux les bonnes relations […] pour imaginer, inventer et sélectionner et reconstituer les situations les plus utiles et favorables au sens des créatures elles-mêmes, les complications qu’ils seraient les plus susceptibles de produire et de ressentir13.
14Arriver à ce point, aurait dit Tourgueniev – et James adhère à cette dynamique – « c’est arriver à mon histoire ». Le parcours entre l’incipit et le plan est donc balisé dans l’esprit de Tourgueniev, comme dans celui de James.
15Le problème est que beaucoup d’écrivains, imaginent le roman en termes d’intrigue, de sujet, et non pas de personnages. C’est ce qui se voit dans dossiers manuscrits chez Tchekhov, Rebreanu, Zola, Flaubert, Maquet, qui passe à Dumas des canevas narratifs, Tolstoï etc., dans la correspondance, les journaux personnels. La position de James par rapport à ce genre d’objections soulevées par les critiques est que le départ d’un personnage, d’une intrigue, d’une expérience personnelle etc. est une question de perception de la vie. Peut-être plus que la mise en page d’une intrigue, les romans de James portent en eux une « vision de la vie » d’une « fraîcheur et une rectitude » qui les font correspondre de la manière la plus serrée à la vérité et correspond à une moralité. Il prend vraisemblablement ses distances vis-à-vis de l’excès de narrativité du xixᵉ siècle. Nous ne sommes pas loin de la position de Flaubert.
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- 14 L. Rebreanu, art. cit., p. 12-18.
16Une fois le plan édifié, on s’attendrait à ce que l’écrivain suive dans ses développements ultérieurs les prescriptions du plan, puisque c’est la raison pour laquelle il l’a bâti. Mais on constate un phénomène stupéfiant : la grande majorité des écrivains ne respectent pas les plans établis par eux-mêmes. Dans une conférence tenue en 1940 à l’Athénée roumain de Bucarest, en parlant de ce qui était les notes primitives destinées à structurer Le Soulèvement, disons un protoplan, Rebreanu constate : « Qui se rappelle du Soulèvement saura que de toutes les notes d’ici presque rien n’a été gardé14 ». Et si l’écrivain ne suit pas ses propres prescriptions préliminaires, qu’est ce qui existe comme boussole réelle dans la rédaction du texte ?
- 15 Milton, Diderot, Stendhal, Lamartine, Lautréamont, Jouhandeau, Sadoveanu, Garcia Lorca, Giono, John (...)
17Vers cette même question converge le phénomène des écrivains qui ne font même pas de plan matériel. Ceci remet-il aussi en question l’ordre plan-textualisation ? Recense-t-on des cas concrets où la textualisation précède le plan implicite (la charpente), ou encore des cas dans lesquels le plan est carrément éliminé de l’ordre génétique comme le prétendent Stieg Larsson, Marcel Jouhandeau et d’autres15, qui construisent directement le texte final sans plus passer par la phase intermédiaire du plan ? Et dans ce cas, l’ordre macro-micro que nous concevons aussi comme normal dans la croissance textuelle n’est-il pas mis à mal ?
18En ce qui concerne les narrations policières du type de ceux de Stieg Larsson il faut les éliminer d’emblée. Elles répondent à une logique horizontale particulière : une cascade d’événements-surprise qui s’enchaînent les uns après les autres et aboutissent à une fin inattendue. Un commandement central n’est pas nécessaire. Il suffit de se laisser porter par le courant des déductions des faits cachés pour tisser son roman sans avoir besoin d’un plan qui, par son caractère abstrait, est incapable d’héberger les détails qui font basculer les conclusions et créent la surprise. C’est la spécificité de chaque type d’intrigue qui ouvre la possibilité de se passer du plan. Le genre aphoristique ne nécessite pas non plus de plan ni la cohérence que celui-ci apporte à l’ensemble, comme chez La Rochefoucauld ou Cioran. Pour généraliser, pour toute narration qui suppose la concaténation de fragments relativement autonomes, le plan devient inutile. La logique horizontale seule permet l’avancée textualisante. On pourrait rajouter les projets basés sur des faits réels qui s’imposent, comme la plupart de ceux figurant dans la liste de Tolstoï, où la réalité occupe une place plus importante que la partie fictionnelle. C’est valable aussi pour les romans de Mikhaïl Cholokhov, Sven Hassel, Kurt Vonnegut, Dumas dans plusieurs de ses romans, Vintilã Corbul (La Chute de Constantinople, Le Siège de Rome)…
1. Plan-planification
1.1. Qu’est-ce que le plan ? Les dialectiques cachées
19Au vu de la complexité d’une construction telle qu’un roman, dans lequel des dizaines de personnages croisent leurs trajectoires existentielles de manière harmonique et/ou conflictuelle, s’agrègent et/ou se séparent, prennent des décision inattendues, des événements inattendus intervenant de manière intempestive et modifiant le cours des choses, l’écrivain ressent le besoin de disposer d’une perspective, d’un faisceau de lignes directrices dans la construction d’un texte encore fantomatique et virtuel. C’est le protoplan !
20Cependant, en fonction de la nature psycho-intellectuelle de l’écrivain, de sa conception esthétique et de la facture du projet l’écrivain peut s’orienter vers plusieurs types de plans, ou tout simplement en faire l’impasse. Puisque le plan n’est qu’une forme de gestion de l’amplification génétique parmi d’autres. Nous allons par conséquent désigner l’ensemble de ces formes par un hypéronyme : l’instance directrice.
- 16 Stendhal, Vie de Henri Brulard. En réalité les récipients de l’inconscient se remplissent de matièr (...)
21L’instance directrice est un concept large qui peut être vu a minima comme une lanterne qui anticipe ne serait-ce que de quelques phrases le chemin scriptural de l’auteur rhapsodique, spontané, et, a maxima comme une image parfaitement définie à échelle réduite de l’œuvre projetée pour l’auteur artisan. La première hypostase est plutôt intuitive et proche du génome intérieur : c’est le propre de Restif de La Bretonne, Sadoveanu, Jouhandeau ou Stendhal, qui déclare : « J’écris ceci et j’ai toujours tout écrit comme Rossini écrit sa musique, j’y pense, écrivant chaque matin ce qui se trouve devant moi dans le libretto16. » Donc il pense quand même ce qui se trouve devant lui. Il ne s’agit pas d’une spontanéité absolue, mais relative. Cette hypostase représente le pôle le plus dématérialisé – rien d’écrit, ni de trop clair – alors que le plan représente le pôle opposé : de la cristallisation consciente maximale de la future œuvre, même si elle restera trop souvent provisoire.
- 17 Celle qui met en adéquation la suite d’épisodes (« textoïdes ») dans un texte les uns par rapport a (...)
- 18 La dynamique créative par excellence.
22C’est un type de plan adapté aux genèses dans lesquelles la dynamique syntagmatique17 égale en force la dynamique automorphe18. Notez que ce type d’instance directrice, que nous appellerons plan lanterne ou plan enveloppe, ou encore plan voile, surplombe en permanence la textualisation et est suscité par un enchaînement de cohérences internes, mais aussi par des surprises par rapport à l’ordre attendu. Le plan lanterne ne précède pas comme le plan canonique la textualisation, mais est quasi simultané avec elle.
- 19 Le holomorphisme est un concept-clé de notre théorie, qui spécifie que le créateur pense son projet (...)
23L’hypostase génétique diamétralement opposée est celle où l’écrivain consacre du temps à l’élaboration du plan : il consulte la presse, lit des ouvrages concernant le sujet, se documente sur le terrain, consulte ses amis-conseil comme Flaubert, simule plusieurs versions avant d’élaborer le plan en détail. Ensuite il le suit plus ou moins scrupuleusement. Son prototype : le plan de Germinal. Ce qu’il ne faut surtout oublier dans cette phase est le fait que, conformément au principe holomorphe19, elle est doublée par un précieux temps de réflexion qui n’est pas dépourvu d’incidences sur le destin du projet.
24Entre les deux s’interpose une pluralité de formes intermédiaires. Avec le plan, l’écrivain voit, ou plutôt croit voir, l’œuvre adulte dans son ensemble. Le cas de Stendhal qui parvient à naviguer dans la nuit de l’indétermination factuelle avec une simple planification-lanterne est plutôt rare, bien que Racine, Restif de La Bretonne, Louis Aragon, Friedrich Dürenmatt, Agota Kristof, Sadoveanu, pourraient se ranger à côté de lui.
- 20 Gustave Flaubert, Œuvres complètes, Paris, Club de l’honnête homme, 1974, t. 13. Nous préférons don (...)
- 21 Titre initial de Salammbô. L’orthographe est celui de la transcription figurant sur l’excellent sit (...)
- 22 Gustave Flaubert, lettre à Ernest Feydeau le 20 juin 1858, dans Œuvres complètes, Paris, Club de l’ (...)
25Cependant, dans beaucoup de cas, certains écrivains ressentent le besoin d’un point ferme de départ, d’un premier plan, que nous avons appelé protoplan. Ils se réservent par la suite la liberté de l’approfondir, de l’élargir, de l’amplifier et de laisser la pensée multiple (lire création) prendre son envol. Ils broieront le protoplan au gré des vents de l’inspiration et de la réflexion. Néanmoins, le protoplan reste techniquement et psychologiquement indispensable, sous peine de ne pas savoir quoi écrire au moment où ils s’assoient à la table de travail et, avec des modifications permanentes, pendant tout le temps qu’ils y resteront. Les dossiers manuscrits abondent en ces formes d’anticipation précaire. Le 23 janvier 1858, déjà engagé depuis l’année précédente dans la rédaction de Salammbô, Flaubert écrit à Mlle Leroyer de Chantepie : « Mon plan est fait et je suis au tiers du second chapitre. Le livre en aura quinze. Vous voyez que je suis bien peu avancé20. » La phrase laisse entendre que Flaubert avait dépassé l’étape du plan et était en train de textualiser Salammbô. Mais va-t-il respecter ce plan ? Six mois plus tard, il écrit à Ernest Feydeau : « Je t’apprendrai que Carthage21 est complètement à refaire ou plutôt à faire. Je démolis tout. c’était absurde ! impossible ! faux ! […]22 ».
26Le protoplan a prouvé sa vocation énergétique mais pas celle, substantielle, d’octroyer une matière définitive à la textualisation. Les remaniements qui s’ensuivront vont le défigurer et le métamorphoser petit à petit, parfois brusquement, en quelque chose d’autre. Et même si la textualisation n’est pas l’image amplifiée du protoplan, ce-dernier a eu pourtant le grand mérite de permettre son entame.
- 23 André Gide , Journal des « Faux-monnayeurs », Paris, Gallimard, 1927, p. 54.
- 24 Panaït Istrati, Cum am devenit scriitor, Bucuresti, Editura Minerva, 1985, p. 307, « Les forces qui (...)
27Le cas de ceux qui font un plan matérialisé sur le papier en début d’ouvrage (protoplan, plan secondaire, tertiaire…), relève du comportement de l’écrivain-artisan. Un écrivain artisan met souvent au point un plan avant de commencer la textualisation mais par la suite, lors de la textualisation elle-même, procède à des modifications de niveau macroscopique si importantes que le résultat final ne correspond que peu avec le protoplan. Dans le Journal des « Faux-monnayeurs » figure une phrase étonnante : « Chaque fois qu’Édouard est appelé à exposer le plan de son roman, il en parle d’une manière différente […] il craint, au fond, de ne pouvoir jamais en sortir23 » . On voit bien que le plan n’est pas une référence fixe mais un processus : une planification permanente. Après avoir terminé Kira Kyralina et Codin, Panaït Istrati, qui s’efforce lui aussi de travailler de manière technique malgré son côté “volcanique”, spontané, se lamente : « Tout est très incomplet et en aucun cas d’après un pauvre plan que j’avais tracé ! Mais qu’est-ce que je peux faire : je suis un pauvre moteur actionné par des forces qui ne dépendent pas de moi24 ! » Au vu des dissemblances entre la textualité finale et le protoplan, celui-ci ne peut plus être considéré comme l’ascendant légitime de cette même textualisation, bien qu’il fasse partie de son processus de genèse, ou il peut l’être, mais uniquement sur son côté énergétique. C’est l’un des paradoxes de la création.
28Walter Scott est très franc à ce sujet :
- 25 Walter Scott , The Journal of Sir Walter Scott: from the original manuscript at Abbotsford, Edinbur (...)
Le 12 février. – En finissant le deuxième volume de Woodstock hier soir, il fallait que je commence le troisième ce matin. Maintenant je n’ai pas la moindre idée de comment devrait être gérée l’histoire pour conduire à la catastrophe que je veux décrire. Je suis dans le même cas que quand, dans le passé, je me perdais dans une contrée inconnue. Je me suis toujours senti poussé vers le chemin le plus agréable, et soit je le trouvais ou j’étais tout près. C’est pareil dans l’écriture. Je n’ai jamais pu établir un plan – ou si je l’ai fait, je n’ai jamais pu y adhérer […]25
29C’est l’exemple typique du plan-lanterne ou enveloppe qui accompagne toute la durée de la textualisation. Il s’avère qu’à l’exception de quelques cas rarissimes – Zola, Wilkie Collins – nous ne connaissons pas beaucoup d’écrivains qui respectent plus ou moins leur propre plan. Ils demeurent donc l’exception qui confirme la règle. Dans l’accablante majorité des cas, le processus de planification envahit l’espace de la textualisation, l’accompagnant pratiquement jusqu’à la fin, invalidant implicitement par ses dérives incessantes le protoplan et tous les éventuels plans ultérieurs quand ils existent. C’est le cas de Vigny, de Ulysses de Joyce, de plusieurs projets de Flaubert, du Soulèvement de Rebreanu etc. Nous sommes donc poussés à remplacer la notion de plan par celle de planification permanente. Phénomène cohérent avec le principe de l’holomorphisme.
30L’illusion de l’existence d’un plan qui possèderait le statut de guide de la textualisation est contredite par le fait qu’il ne s’agit pas de mécanique, mais d’humain, et dans l’humain, de ce qu’il y a de plus imprévisible : la création. Un créateur professionnel se situe au zénith de cette imprévisibilité et de cette inconstance : il est quelqu’un d’inégal avec lui-même d’un instant à l’autre.
- 26 Alfred de Vigny, Journal d’un poète, éd. Louis Ratisbonne, Paris, Michel Lévy Frères, 1867, lettre (...)
31Les écrivains sont conscients du phénomène et le disent : « Jamais je n’ai pu tracer un plan. Ou si je l’ai essayé, il m’a été impossible de le suivre. En composant, je changeais sans cesse, j’étendais certaines parties, j’en supprimais d’autres26 […] »
32Virginia Woolf, qui pousse parfois le scrupule jusqu’à enregistrer le timing de ses flux imaginaires, le confirme :
- 27 Virginia Woolf, A Writer’s Diary, éd. Leonard Woolf, London, The Hogarth Press, 1953, lettre du 14 (...)
Soudainement, entre minuit et une heure j’ai conçu tout à coup une histoire fantastique que j’apellerai les Épouses Jessamy – pourquoi ? je me le demande. J’ai fait rayonner tout autour plusieurs scènes. Deux pauvres femmes, solitaires, au dernier étage d’une maison. […] Tout cela est à introduire pêle-mêle. […] La satire devrait être la note dominante27.
33Le bon sens nous dit d’ailleurs que, pour une ample construction comme le roman, il est impossible de prévoir dès le début un ensemble de particularités et détails entre lesquels apparaissent, à mesure qu’on les mette en place, des incohérences, des incompatibilités, des contradictions ou des implications inattendues qui, involontairement, lors de la textualisation, entraîneront non seulement des distanciations par rapport au plan, mais aussi des rétromodifications, comme dans le cas de l’introduction tardive dans les Illusions perdues de l’épisode Ève-David par Balzac.
- 28 Eugène Ionesco, Entre la vie et le rêve. Entretiens avec Claude Bonnefoy, Paris, Gallimard, 1996, p (...)
- 29 Gustave Flaubert, lettre à Tourgueniev du 28 octobre 1876, dans Œuvres complètes, Paris, Club de l’ (...)
34Mais il ne suffit pas d’énoncer une vérité, à savoir celle de la précarité du plan. Il faut l’argumenter. Et le premier argument est qu’il est impossible pour le cerveau humain le plus prodigieux d’entrevoir d’un seul coup et en un laps de temps limité – celui de la conception du plan – tous les tenants et aboutissants d’une ample construction. Une matière nouvelle surgit de son imagination. Il est possible et même fort probable que des associations insolites, des virages narratifs, psychologiques, logiques inattendus, des tensions, des contradictions entre les nouvelles composantes apparaissent alors, que des nouvelles perspectives, plus porteuses, s’ouvrent, de manière à ce que l’écrivain dérive en permanence par rapport aux intentions initiales, parvenant in fine à un résultat très différent du protoplan. Deuxième argument : la condition de l’écrivain. Il est inconcevable qu’il soit un créateur à temps partiel : qu’il le soit quand il rédige le plan et qu’il arrête de l’être au moment où il passe à l’écriture, en suivant servilement les prescriptions du plan lors de la textualisation. Troisième argument : le temps long de construction de la textualisation. Et ce temps long, encore une fois en vertu du principe holomorphique, signifie réflexion supplémentaire, la possibilité de rectifier, de modifier et de transformer, parfois de fond en comble, ce qui était prévu initialement : le plan. Pendant cette longue période – Flaubert écrit Madame Bovary en cinq ans (1851 à 1855), Jules Romains met vingt-cinq ans à écrire Les Hommes de bonne volonté, Rebreanu vingt-cinq aussi pour Le Soulèvement – il est quasiment impossible que la charpente macroscopique ne soit pas modifiée et que le résultat final ne soit en désaccord avec le protoplan. Enfin, un quatrième argument que les créateurs eux-mêmes évoquent parfois : les spécificités du genre ou de l’espèce littéraire. Pour sa première pièce, La Cantatrice chauve, Ionesco s’efforce de respecter les conventions du théâtre : segmentations en scènes, didascalies etc. Tout était en place. « Toutefois, il n’y avait pas un plan précis, il s’est fait en écrivant. » Et ce fait avait une raison. Ionesco n’avait pas résolu au préalable quelques problèmes du projet : « Je ne savais pas exactement comment j’allais pouvoir aboutir à la dislocation finale du langage, à une détérioration que j’avais pourtant en vue28. » La même chose se répétera avec Les Chaises. Nous avons donc un plan voile, synchrone avec la textualisation, une planification permanente. Le temps imparti à la textualisation a donc en général un double emploi : inventer l’abondante végétation de détails concrets de cette phase (dialogues, psychologies, cadres topographiques…), et last but not least, repenser l’ensemble dans sa totalité. Parce que « Faire clair et vif avec des éléments aussi complexes offre des difficultés gigantesques », constate Flaubert dans une lettre à Tourgueniev du 28 octobre 1876 à propos de Hérodias29. Il aboutit à un plan mais, pourtant, un mois et demi plus tard, le 14 décembre 1876, approchant la moitié de la textualisation de Hérodias, Flaubert déclare n’avoir aucune vision d’ensemble (= plan) de ce que sera l’œuvre. Ou, peut-être, la vision avait-elle évolué à un tel point qu’il se demande : « Que sera-ce ? Je l’ignore. » ? Le plan, comme une sorte de rampe de lancement, a eu une valeur instrumentale limitée dans le temps, après quoi Flaubert, en pensant de manière holomorphique l’ensemble, allait parvenir à une autre vision. Hérodias sera fini le 14 février 1877, quand l’ermite de Croisset-sur-Seine achève la copie destinée à Tourgueniev pour que ce dernier puisse le traduire en russe.
35L’explication de cette métamorphose de la charpente macroscopique s’appuie sur un mode spécifique de fonctionnement de la psyché des écrivains. Scindée dans l’étage conscient et l’étage inconscient, alors que l’étage inconscient est fortement mobilisé par la phase macroscopique – l’incipit et le plan – la tension auquel il est soumis chute lors de la textualisation, libérant des disponibilités de réflexion. Par conséquent, l’inconscient continue de balayer les horizons macroscopiques (en même temps que ceux microscopiques) à la recherche de possibilités plus généreuses. Sur la durée de la textualisation, la plus chronophage de l’ensemble de la genèse, il a tout le loisir d’opérer des modifications, améliorations ou changements radicaux de direction à tous les niveaux, y compris à celui du plan, même si souvent ces dernières restent invisibles, puisqu’elles se trouvent dissimulées derrière des changements opérés directement dans la chair de la textualisation. Sans cette thèse, beaucoup d’apparitions soudaines de pans entiers de texte ne pourraient pas être expliqués.
- 30 Un textoïde est une fraction de la textualisation dotée d’une certaine autonomie : un dialogue, une (...)
36On comprend pourquoi les plans successifs restent le plus souvent invisibles, non matérialisés par écrit. L’écrivain ne trouve aucune raison de les noter, parce qu’il est impossible de le faire dans le galop de la plume, parce qu’il se présente sous la forme ambiguë d’une textualisation modifiée et parce qu’il a rempli son rôle : dans les faits, il est incrusté dans la chair de l’anecdotique. S’arrêter pour noter le nouveau plan pendant qu’il écrit serait contreproductif pour lui, parce que cela lui refroidirait l’incandescence imaginative. C’est le plan que l’on brûle avec chaque textoïde30 inventé. Par là même, nous sommes amenés vers une nouvelle dichotomie : (proto)plan matériel, écrit, préliminaire à la textualisation, et caduc, plan mental, non-écrit, coextensif avec la textualisation et effectif puisqu’ayant autorité sur l’engendrement de la textualité. Parlant de la genèse de Cinq-Mars, Alfred de Vigny se rappelle :
- 31 A. de Vigny , op. cit., p. 240.
[…] en 1824, à Oloron, dans les Pyrénées, je composais entièrement et écrivis sur une feuille de papier le plan entier de Cinq-Mars. Il n’y a pas de livre que j’aie plus longtemps et plus sérieusement médité. Je ne l’écrivais pas, mais partout je le composais et j’en resserrais le plan dans ma tête. Il est très-bon, à mon sens, de laisser ainsi mûrir une conception nouvelle, comme un bon fruit qu’il ne faut pas se hâter de cueillir trop tôt. […] ce ne fut qu’en 1826 que je me mis à écrire le livre d’un bout à l’autre, et, comme on dit, d’une seule encre31.
37Le plan est dans « sa tête » et travaillé dans sa tête (« je le composais et j’en resserrais le plan »). À en juger d’après les apparences, nous avons à faire avec un rhapsodique alors qu’il est un artisan. Si cette note n’avait pas existé, quiconque aurait pu le croire, puisque, une fois rentré, Vigny s’assoit à la table de travail et écrit Cinq-Mars d’un seul souffle. En réalité, comme lui-même l’avoue, il avait ruminé mentalement longtemps son roman avant de se mettre à la table de travail et de l’extérioriser. L’avant-texte, y compris le plan, est purement mental. Une illustre filière d’auteurs doublés d’observateurs avisés de leur propre phénoménologie créative ont saisi cette accumulation cérébrale silencieuse : Rilke avec son « laisser mûrir en silence », Flaubert avec sa « marinade », D.‑H. Lawrence (« crude fermenting »), Kant avec sa « macération de l’anachorète », Sadoveanu (taciturne et sombre avant chaque genèse), Sartre lui aussi, jusqu’à l’affirmation paradoxale de Stephen King : « Pour moi ne pas travailler est le travail réel ». Dans tous ces cas, il existe une phase préparatoire purement mentale préalable à la rédaction.
38Flaubert, gêné par l’impression d’une certaine illisibilité de La Tentation de Saint Antoine, se confie à son ami et « conseiller » littéraire Louis Bouilhet :
- 32 Gustave Flaubert, lettre à Louis Bouilhet 7 juillet 1856, dans Œuvres complètes, Paris, Club de l’h (...)
Je re-suis dans Saint Antoine, je lime et gratte des phrases avec acharnement. — Et je vais bientôt me mettre à faire du neuf si j’en ai le cœur. Je crois qu’il y a peut-être moyen de rendre cela lisible ; il me semble que j’entrevois, par moments, un plan fort net, et presque mathématique. Je me trompe sans doute, et en cas que je ne me trompe pas, l’y verra-t-on32 ?
39Il est à la deuxième version de Saint Antoine et n’a pas le sentiment qu’il est dans ce qu’il veut réellement. Flaubert se trouvait en 1856 à la fin de la gestation de Madame Bovary, et à dix-huit ans de distance de l’achèvement de La Tentation de Saint Antoine. Qu’il y pense et travaille encore suggère deux choses : primo, que la genèse ne se termine pas une fois la rédaction terminée et envoyée à l’éditeur, et qu’implicitement l’auteur peut revenir sur elle, même après des années ; deuxièmement, qu’un plan (perspective globale) ou a minima une instance directrice est une nécessité psycho-intellectuelle et une sorte d’illusion évanescente globale qui ne se stabilise jamais, même après l’achèvement d’une œuvre, quand l’auteur revient sur elle. Et Flaubert continuera de manière holomorphique la réflexion sur Saint Antoine dans les dix-huit ans qui vont suivre, avant que la version ne varietur (1874) ne soit publiée.
40Il existe par conséquent un conflit dialectique permanent entre le (proto)plan et la textualisation dont la solution (provisoire) est la planification permanente ou le plan-voile ou encore le plan-enveloppe qui recouvre toute la genèse et continue même après, comme nous l’avons vu dans le cas de La Tentation de Saint Antoine. En fait, toute vision globale ou plan est en général temporaire, fonction du temps.
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1.2. D’autres conflits féconds
41En même temps le plan est la première confrontation, partielle parce qu’encore générale, avec la langue. Conjugué avec la nature plutôt translinguistique de l’incipit qui peut être une intuition confuse, une nébuleuse onirique, une sensation olfactive, une image, une phrase musicale, le problème du passage de ce premier contenu au plan n’est pas du tout facile. Le protoplan marque l’effort de traduire cette forme de départ dans une mini-structure claire, organisée dans une forme cohérente, communicable. Mais communicabilité ne veut pas dire la conversion du fantasme incipitaire idiomatique en une forme linguistique banale.
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42La planification n’est pas, nous ne le répéterons jamais assez, une phase génétique rigide, même si elle se fige parfois dans un plan visible sur papier. C’est une fixation provisoire, une halte dans le fluide de la pensée conceptive. De possibles hémorrhagies de contenu, d’infidélités par rapport au génome intérieur, mais en même temps la possibilité de détournements heureux et d’enrichissements sémantiques qui surgissent lors de la quête expressive peuvent intervenir pendant et après sa fixation sur le papier. La pensée créatrice est tout le temps en mouvement. On la voit dans les nombreuses ratures et modifications qui apparaissent dans les protoplans des classiques.
43Une fois passée par les flammes purificatrices de ces conflits dialectiques, la planification gagne en clarté et cohérence et fournit une visibilité grandissante à l’auteur. Même si les plans n’ont qu’une valeur purement instrumentale, qu’ils ne seront jamais publiés par l’auteur et qu’ils ont vocation à disparaître pour le public comme les échafaudages une fois la construction terminée. Néanmoins, leur importance est capitale : le protoplan prouve que l’écrivain a réussi à surmonter le seuil d’une vision intégrale de l’œuvre, dispose d’un « fœtus » de ce qui pourra être l’œuvre adulte, même si par la suite il sera continûment nié. Il est l’acte de naissance de l’œuvre sous sa forme complète quoique protéiforme. Mais il y a des subtilités qui peuvent échapper au néophyte :
- 33 Gustave Flaubert, lettre à Ernest Feydeau, fin juillet 1859.
[…] je viens de recorriger mon ivᵉ chapitre. C’est un tour de force (je crois) comme concision et netteté, si on l’examine phrase à phrase ; ce qui n’empêche pas que le susdit chapitre ne soit assommant et ne paraisse très long et très obscur, parce que la conception, le fond ou le plan (je ne sais) a un vice secret que je découvrirai. Le style est autant sous les mots que dans les mots. C’est autant l’âme que la chair d’une œuvre33.
44Le protoplan, à ce que l’on voit, n’est pas uniquement une question de récit « complet », avec un début, un déroulement et une fin. La netteté, la « concision » ne l’empêche pas d’être « long », « obscur » et, par-dessus tout, le « fond » peut avoir un « vice secret » : ce qui se trouve « sous les mots » ne correspondant pas à l’intime sentiment de Flaubert, à son génome intérieur.
45Il existe des inconditionnels du plan, comme Zola, déjà cité, ou Wilkie Collins, qui prétend construire le sien de telle manière qu’il planifie tout avant d’écrire, jusqu’au moindre détail, du début à la fin. L’affirmation de Collins qu’il planifie tout « jusqu’au plus petit détail » est absurde et impossible, tout simplement parce que dans ce cas la planification se transformerait en textualisation. « Le plus petit détail » appartient à la textualisation. D’un autre côté, la textualisation, se développant, entraîne des tensions logiques qui font qu’il faut détourner les intentions « planiques » dans d’autres directions. C’est une illusion de croire qu’on peut tout prévoir depuis le début d’un projet .
- 34 Paul Valéry, Tel quel, Paris, Gallimard, 1971, p. 78.
46La question de l’instance directrice, protéiforme, capricieuse, imprévisible, reste par conséquent capitale dans la théorie de la création (générale). Sous des formes bien cristallisées, claires, ou des formes vagues, intuitives, évanescentes, proches du génome intérieur, la planification régente la textualisation depuis le début jusqu’à la fin. Dans toute cette montée du petit, abstrait et concentré vers l’ample inflorescence concrète de la textualisation, le constat de Valéry trouve tout son sens : « Je vaux par ce qui me manque car j’ai la science distincte et profonde de ce qui me manque34. »
*
47Entre le plan écrit, expression de la vision consciente d’un projet dans sa globalité, et la planification invisible guidée par l’instance directrice profonde, quasi-inconsciente, les grandes constructions en prose se légitiment comme le fruit du jeu dialectique des deux étages de notre esprit : le conscient et l’inconscient.
48Regardée dans le contexte large de la problématique du plan, l’invention semble déboucher sur une dimension anthropologique fondamentale. Les mouvements mentaux créatifs se situent dans leurs particularités au-dessus de la logique verticale, et parfois même de la dialectique la plus sophistiquée. Cependant, ni Aristote, ni aucun de ses descendants ne parlent d’un troisième instrument de la pensée en dehors des deux mentionnés. Nous nous demandons donc si les créateurs ne seraient les détenteurs de cette troisième voie vers la vérité humaine et la valeur !? Et si cette voie ne serait pas constitutive d’un nouvel instrument de la pensée : opaque (en apparence), paradoxal, efficace et somptueux par ses finalisations et par le refus de l’esprit routinier !?
Notes
1 BnF, département des manuscrits, N. a. fr. 14155, fol. 20.
2 Ici et dans la suite de cette contribution, nous n’entendons pas le terme d’incipit au sens philologique de premiers mots d’un manuscrit ou d’un texte achevé, mais au sens génétique de première trace écrite d’un projet littéraire.
3 Ce que nous appelons configuration parentale est un terrain favorable préexistant à l’incipit même. Elle favorise l’émergence d’un incipit et même de l’œuvre, mais sans une quelconque implication déterministe. Stephen King déclare « Quand j’ai lu […] Ray Bradbury, j’ai écrit comme Ray Bradbury […] quand j’ai lu James M. Cain, tout ce que j’écrivais sortait découpé, dépouillé et dur. Quand j’ai lu Lovecraft, ma prose est devenue luxueuse et byzantine. » Stephen King, On Writing. A Memoir of the Craft, London, Hodder & Stoughton, 2020 [2012], p. 166-167. Il est clair qu’avant l’incipit même et probablement la nature de l’incipit étaient conditionnés par les lectures du jeune King.
4 Léon Tolstoï, Journaux et carnets, éd. et trad. G. Aucouturier, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1980, t. ii, p. 1027.
5 Léon Tolstoï, Posmertnye zapiski starca Fedora Kuz'miča (Umeršego 20 ânvarâ 1864 goda v Sibiri bliz Tomska na zaimke kupca Hromova. VG Čertkov), Berlin, Svobodnoe slovo, 1912, t. iii, p. 359-377 (Souvenirs posthumes du starets Fiodor Kouzmitch, récit daté de 1905 et publié à Berlin pour éviter la censure russe).
6 Du gr. ὁρμάω : « mettre en mouvement », l’énergie (aspiration politique pour Voltaire, choc psychologique comme le bombardement apocalyptique de Dresde en 1945 par la RAF pour Kurt Vonnegut Jr, souvenir d’une période de bonheur comme pour Marcel Pagnol…) qui anime la naissance de la première bribe génétique.
7 Liviu Rebreanu, « Cum am scris Rãscoala » (1940), dans Alexandru Oprea, Mitul faurului aburit: excurs în atelierul prozatorilor români moderni, Bucuresti, Editura Albatros, 1974, p. 12-18
8 Mircea Eliade, Fragments d’un Journal, I, juin 1939, Paris, Gallimard, 1973.
9 Edgar Allan Poe, The Raven. With the Author’s Critical Essay on his Poem Entitled « The Philosophy of Composition », London, Fotheringham, 1882 ; Léon Tolstoï, Journaux et carnets, Paris, Gallimard, 1980, t. ii ; Léon Tolstoï, Jurnal, vol. 1 si 2, Bucuresti, Editura Elit, 2001 ; Henry James, Carnets, Paris, Denoël, 1954 ; Henry James, The Complete Notebooks of Henry James, Oxford, Oxford University Press, 1987 ; Henry James, La Création littéraire. Préfaces de l’édition de New York, Paris, Denoël-Gonthier, 1980.
10 Henry James, The Art of the Novel. Critical Prefaces, New York, Charles Scribner’s and Sons, 1962, p. 95.
11 H. James, op. cit., p. 105.
12 Ibid., p. 106.
13 Ibid., p. 42-43.
14 L. Rebreanu, art. cit., p. 12-18.
15 Milton, Diderot, Stendhal, Lamartine, Lautréamont, Jouhandeau, Sadoveanu, Garcia Lorca, Giono, John Irving…
16 Stendhal, Vie de Henri Brulard. En réalité les récipients de l’inconscient se remplissent de matière narrative pendant la plage nocturne d’éclipse de la conscience.
17 Celle qui met en adéquation la suite d’épisodes (« textoïdes ») dans un texte les uns par rapport aux autres.
18 La dynamique créative par excellence.
19 Le holomorphisme est un concept-clé de notre théorie, qui spécifie que le créateur pense son projet à tous les étages – macroscopiques et microscopiques – sur toute la durée de la genèse, et parfois même après, comme Henry James, D. H. Lawrence etc., et certains réécrivent leurs œuvres à l’âge de la sénescence. L’holomorphisme est l’explication du caractère protéiforme du projet sur toute la longueur de la genèse.
20 Gustave Flaubert, Œuvres complètes, Paris, Club de l’honnête homme, 1974, t. 13. Nous préférons donner dans le cas de l’épistolographie non pas la page du volume en question mais la date de la lettre et le destinataire. La raison consiste dans le fait que, s’agissant des œuvres qui comptent parfois des dizaines d’éditions, le lecteur puisse se servir de celle qu’il a à portée de main et ne pas être obligé d’aller dans une grande bibliothèque pour avoir accès spécifiquement à l’adresse et la page citée dans mon ouvrage.
21 Titre initial de Salammbô. L’orthographe est celui de la transcription figurant sur l’excellent site de l’université de Rouen.
22 Gustave Flaubert, lettre à Ernest Feydeau le 20 juin 1858, dans Œuvres complètes, Paris, Club de l’honnête homme, 1974, t. 13.
23 André Gide , Journal des « Faux-monnayeurs », Paris, Gallimard, 1927, p. 54.
24 Panaït Istrati, Cum am devenit scriitor, Bucuresti, Editura Minerva, 1985, p. 307, « Les forces qui ne dépendent pas de moi » ne peut avoir qu’une seule interprétation : les flux qui viennent de l’inconscient. Quand l’écrivain avoue son ignorance concernant la provenance ou le contenu de son discours seule est possible l’hypothèse de l’inconscient qui devient par cela même une thèse. S’il avait été le fruit d’une déduction à lui, d’une suggestion extérieure (c’est parfois le cas chez Flaubert), d’un souvenir… il aurait su d’où ça venait et tout aurait dépendu de lui. Ce n’est pas le cas. Des remarques semblables sont faites par de nombreux créateurs.
25 Walter Scott , The Journal of Sir Walter Scott: from the original manuscript at Abbotsford, Edinburgh, David Douglas, 1891, p. 79.
26 Alfred de Vigny, Journal d’un poète, éd. Louis Ratisbonne, Paris, Michel Lévy Frères, 1867, lettre du 16 octobre 1838.
27 Virginia Woolf, A Writer’s Diary, éd. Leonard Woolf, London, The Hogarth Press, 1953, lettre du 14 mars 1927 [Paris, Stock, 2008, p. 674].
28 Eugène Ionesco, Entre la vie et le rêve. Entretiens avec Claude Bonnefoy, Paris, Gallimard, 1996, p. 84.
29 Gustave Flaubert, lettre à Tourgueniev du 28 octobre 1876, dans Œuvres complètes, Paris, Club de l’honnête homme, 1974, t. 13.
30 Un textoïde est une fraction de la textualisation dotée d’une certaine autonomie : un dialogue, une explication (retroactive), une description de personnage, de paysage naturel ou d’intérieur comme chez Balzac, etc.
31 A. de Vigny , op. cit., p. 240.
32 Gustave Flaubert, lettre à Louis Bouilhet 7 juillet 1856, dans Œuvres complètes, Paris, Club de l’honnête homme, 1974, t. 13. Cependant la source la plus commode est l’excellent site de l’université de Rouen (https://flaubert.univ-rouen.fr/œuvres/correspondance/) : « Correspondance de Flaubert ».
33 Gustave Flaubert, lettre à Ernest Feydeau, fin juillet 1859.
34 Paul Valéry, Tel quel, Paris, Gallimard, 1971, p. 78.
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Référence papier
Radu Angel Robert Bagdasar, « Plan (du roman), planification, instance directrice », Genesis, 57 | 2024, 177-189.
Référence électronique
Radu Angel Robert Bagdasar, « Plan (du roman), planification, instance directrice », Genesis [En ligne], 57 | 2024, mis en ligne le 15 décembre 2024, consulté le 14 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/genesis/8967 ; DOI : https://doi.org/10.4000/genesis.8967
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