Entretien avec Didier Lett
Notes de la rédaction
Didier Lett est professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Paris Cité. Ses travaux portent sur l’histoire de l’enfance et de la parenté et sur le genre, avec une attention aux relations interpersonnelles au sein de la famille entre les XIIe et XIVe siècles. Il est aussi spécialiste de l’histoire de l’Italie, en particulier de Bologne et des Marches, ainsi que de la justice et de la documentation communale italiennes. Il est membre du comité de rédaction de Clio. Femmes, Genre, Histoire et a été membre du comité de rédaction de Genre & Histoire, dont il a été un des fondateurs. Il a notamment dirigé son numéro 3, Les médiévistes et l’histoire du genre en Europe, issu d’un colloque qu’il avait organisé à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en avril 2008 (https://journals.openedition.org/genrehistoire/340, consulté le 01 juillet 2025).
Texte intégral
Entretien réalisé le 24 janvier 2025 à Paris.
- 1 Didier Lett, « Entretien avec Christiane Klapisch-Zuber », Genre & Histoire 19, 2017, https://doi.o (...)
Justine Audebrand : Merci beaucoup d’avoir accepté cet entretien pour Genre & Histoire. Tu as toi-même contribué à la rubrique « Itinéraires » il y a quelques années1. Pour commencer, j’aurais quelques questions sur ta formation. Comment en es-tu venu à faire des études d’histoire ?
Didier Lett : Je pense que beaucoup d’entre nous sommes marqué·es par des enseignant·es. J’ai eu un excellent professeur d’histoire-géographie en seconde, première et terminale, dans un lycée de province, à Romorantin, dans le Loir-et-Cher : Michel Puzelat, qui a enseigné dans le secondaire et qui a fini comme enseignant à Paris 8. Il m’a beaucoup marqué et c’est lui qui m’a donné la vocation de faire de l’histoire. Pour l’histoire médiévale, ça a été plutôt au moment de mon arrivée sur Paris en 3e année de licence au début des années 1980. Là, c’est en particulier Robert Fossier qui m’a plutôt orienté vers l’histoire médiévale, mais ce qui me plaisait c’était l’histoire en général.
- 2 Isabelle Chabot et Didier Lett, https://mnemosyne-asso.com/#femmage (consulté le 01 juillet 2025).
J. A. : Comment t’es-tu intéressé à l’enfance, puis au genre ? Tu as fait ta thèse avec Christiane Klapisch-Zuber, qui nous a quitté·es il y a peu et à qui tu as rendu femmage avec Isabelle Chabot2. Comment t’es-tu tourné vers elle et vers des sujets qui n’étaient pas aussi en vogue à l’époque qu’ils ne le sont aujourd’hui ?
- 3 Philippe Ariès, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, 1960, rééd. Seuil, (...)
D. L. : Pourquoi l’enfance, je ne sais pas trop, il faudrait que je m’allonge sur un divan pour le savoir, ce que je n’ai pas fait (rires). Depuis ma première année de fac, j’avais très envie de travailler sur l’enfance, d’abord peut-être plus pour la période moderne : c’est vrai qu’il y avait Philippe Ariès, il y avait Flandrin3. Il s’agissait de travaux de démographie historique et d’anthropologie historique qui étaient plutôt portés sur la période moderne. Et puis, comme je me suis plutôt orienté vers la médiévale, j’ai continué à vouloir travailler sur ce thème. Et ça n’a pas été facile : je suis allé voir plein de professeurs éminents que je ne citerai pas, à la Sorbonne où j’étais alors, à Paris 1, et ailleurs. Ils m’ont un peu rembarré en me disant que ce n’était pas un vrai sujet, que ce n’était pas intéressant. Mais j’ai été têtu et j’ai continué. C’est Robert Fossier qui a d’abord accepté de me diriger en maîtrise sur les relations parents-enfants dans les fabliaux. Ensuite, j’ai commencé à enseigner dans le secondaire et progressivement, je me suis dit que j’allais faire une thèse. J’ai commencé à fréquenter les séminaires de l’École des Hautes Études [EHESS], auprès de Jean-Claude Schmitt, Jacques Le Goff et Christiane Klapisch. Christiane a volontiers accepté de diriger mes travaux sur l’enfance au Moyen Âge, ce qui était tout à fait novateur. Et puis, par sensibilité personnelle mais aussi en travaillant avec elle, cela m’a forcément ouvert à des problématiques d’histoire des femmes d’abord, plus que d’histoire du genre. Quand je relis ma thèse maintenant – même si évidemment avec le recul on est toujours très critique sur sa thèse – il y a toujours une volonté de ne jamais délaisser ces aspects : si je parle des garçons, il faut que je parle des filles. Je pense que ça, c’est fondamental.
J. A. : C’est vrai que souvent les historien·nes du genre en sont arrivé·es là par l’histoire de la famille, d’autant plus en histoire médiévale, il me semble.
D. L. : Peut-être plus qu’en histoire moderne, oui, c’est vrai. Il y a effectivement un lien entre les thématiques de l’histoire de la famille et l’histoire du genre, ça c’est sûr.
J. A. : Tous ces professeurs qui t’ont « rembarré », comme tu dis, est-ce que c’était parce qu’ils avaient intégré les travaux de Philippe Ariès, qui disait qu’il n’y avait pas de sentiment de l’enfance au Moyen Âge, ou bien était-ce pour d’autres raisons ?
D. L. : Je ne sais pas. Je crois qu’il y avait sans doute de cela, le fait d’avoir intégré ces travaux-là, mais ils pensaient surtout à cette excuse bateau que l’on nous a aussi donnée pendant très longtemps sur les femmes : il n’y a pas de sources, ce n’est pas la peine, vous ne pouvez pas travailler là-dessus. Mais l’absence de sources n’excuse jamais les silences de l’histoire. On a bien vu que sur l’enfance et les femmes, il y a de la documentation, il suffit de la chercher.
J. A. : En plus du genre et de l’enfance, tu as aussi écrit et dirigé beaucoup de livres sur l’Italie qui ne portent pas directement sur le genre. Pourquoi cet espace ?
- 4 Didier Lett, L’enfant des miracles. Enfance et société au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècle), Paris, Aub (...)
D. L. : Tout bon médiéviste qui se respecte aime l’Italie, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de médiévistes qui n’aiment pas l’Italie (rires) pour plein de raisons. Mais pour moi, c’est très clair : après ma thèse, qui partait des récits hagiographiques essentiellement4, j’ai continué à travailler sur les sources hagiographiques et j’ai découvert un procès de canonisation, celui de Nicolas de Tolentino…
- 5 Didier Lett, Un procès de canonisation au Moyen Âge. Essai d’histoire sociale, Paris, PUF, 2008.
J. A. : … sur lequel tu as fait ton habilitation ensuite5.
D. L. : Oui, tout à fait. C’était dans les années 2000 ou un peu avant. Et comme ce procès donnait la parole à presque autant de femmes que d’hommes, je me suis dit qu’en termes de genre – puisque dans les années 2000 je commençais à faire de l’histoire du genre – c’était une source vraiment intéressante. Cette source, c’est un procès de canonisation italien, et c’est à partir de là que j’ai commencé à aller travailler en Italie, et en particulier dans les archives, car je n’étais pas un historien d’archives avant cela.
J. A. : L’enfant des miracles portait donc plutôt sur des sources éditées ?
D. L. : Oui, c’étaient des récits de miracles français et anglais essentiellement, des XIIe et XIIIe siècles. Ils avaient déjà été utilisés par des collègues bien plus anciens que moi, essentiellement pour faire l’histoire des maladies, du culte des saints, mais ils n’avaient jamais été utilisés pour faire une histoire de la famille et de l’enfance. L’originalité était à la fois dans le nouvel objet d’étude qu’était l’enfance, mais aussi dans la manière d’utiliser une documentation pour chercher autre chose que ce que l’on cherchait d’habitude.
- 6 Voir par exemple Didier Lett, « La sorella maggiore madre sostituta nel Miracoli di san Luigi », Qu (...)
J. A. : Tu l’as déjà un peu mentionné, tu as eu du mal à faire accepter ce sujet sur l’enfance. Mais as-tu eu plus généralement du mal à faire reconnaître la légitimité de ces thématiques de recherche, que ce soit l’enfance, le genre ou encore les relations adelphiques, auxquelles tu t’es intéressé très tôt6 ? Ce n’était pas encore ce qui était le plus reconnu – et aujourd’hui encore, malgré de nouveaux travaux.
- 7 Pierre Riché et Danièle Alexandre-Bidon, L’enfance au Moyen Âge, Paris, Éditions de la BnF, 1994.
D. L. : Je crois que pour les trois thématiques citées, c’est vraiment différent. Le thème de l’enfance a été assez vite accepté à partir des années 1990 : en France, c’est très net avec l’exposition à la BnF qu’avaient dirigée Danièle Alexandre-Bidon et Pierre Riché, qui a donné lieu à ce très beau catalogue L’enfance au Moyen Âge7. Pour ce qui concerne l’histoire des femmes et du genre, ça a été quand même difficile. Je ne suis pas pionnier en la matière, mais pour la génération d’avant moi – on a parlé de Christiane Klapisch, mais on pourrait parler aussi de Michelle Perrot ou Pauline Schmitt-Pantel, et d’autres historiennes qui sont encore pour beaucoup dans la revue Clio – ça a été très compliqué. Il a fallu avoir des stratégies pour se faire entendre. Moi, je l’ai vécu à partir de 2001 à Paris 1 parce qu’on avait créé, avec Violaine Sebillotte en particulier, un séminaire de méthodologie pluri-périodes sur le genre, sur le masculin/féminin. Il s’appelait « Hommes, femmes, masculin, féminin. Comment utiliser le genre en histoire ? ». On a vu combien c’était compliqué que ce séminaire soit accepté par les collègues, qui nous renvoyaient une sorte d’effet de mode, d’histoire à l’américaine, un truc pas sérieux parce que militant. Tout cela, on l’a beaucoup vécu. Moi, j’étais en plus le seul homme : on était quatre au départ à animer le séminaire, une personne par période. Il y avait en plus de Violaine Sebillotte pour l’histoire ancienne, Isabelle Brian (histoire moderne) et Geneviève Verdo (histoire contemporaine). Des collègues me désignaient comme l’« homme alibi » dans l’histoire des femmes, alors qu’on essayait de montrer que ce n’était pas de l’histoire des femmes que l’on faisait mais bien de l’histoire du genre. Ça a été plus difficile à faire accepter. Aujourd’hui, il me semble quand même que la partie est gagnée pour l’histoire des femmes et du genre – encore qu’il faille bien définir ce que l’on entend par histoire des femmes et par histoire du genre, car ce sont quand même des choses très différentes. Le troisième thème dont tu as parlé, ce sont les relations adelphiques, là je pense qu’il n’y a pas eu de résistances. C’était effectivement un moment où on avait beaucoup travaillé en histoire de la famille et de la parenté, dans le cadre de l’anthropologie historique en particulier. On avait beaucoup insisté sur les relations verticales, comme l’ont fait les anthropologues, et puis aussi, pour les médiévistes en particulier, sur la relation mère/enfant car il y avait peut-être plus de sources. Le fait d’aller voir dans les angles morts de la parenté, à la fois les relations paternelles, de filiation et de relations adelphiques, ça me paraissait intéressant. J’aime bien tenter d’éclairer des choses qui l’ont été moins ou pas du tout.
J. A. : Est-ce que tu penses que le fait d’être un homme a facilité cela ? En particulier en histoire du genre, qui est quand même un milieu encore très féminisé ? On le voit bien dans le séminaire que tu as mentionné, qui existe encore à Paris 1, dans lequel il y a beaucoup plus d’étudiantes que d’étudiants. Est-ce que cela a pu jouer pour toi, à la fois vis-à-vis de collègues femmes qui auraient pu avoir des réticences, ou vis-à-vis d’autres collègues, pour l’imposer comme un vrai sujet ? Ou même pour toi, dans ton appréhension des sujets ?
D. L. : C’est compliqué. D’abord, pour le séminaire dont tu parles, pour moi, c’est un scoop qu’il y ait toujours autant d’étudiantes. Quand on a commencé en 2001, il y avait 90-95 % d’étudiantes. Je suis parti en 2008 quand j’ai eu le poste de professeur à Paris 7. Et j’ai quand même eu l’impression que pendant ces années, il y a eu une mixité plus grande, mais peut-être que tu me contrediras. Il y a peut-être eu un retour.
J. A. : J’ai l’impression qu’en ce qui concerne ce séminaire et les cours d’histoire du genre en général, cela attire un public majoritairement féminin, ce qui n’empêche pas qu’il y ait aussi chaque année des étudiants.
D. L. : Oui, plus qu’au début en tout cas. Il y a eu une évolution quand même, même si ça reste bien sûr très majoritairement féminin. Pour le reste, j’aurais du mal à répondre à cette question, il faudrait la poser aussi à Fabrice Virgili ou à d’autres spécialistes masculins du genre. On est très peu nombreux, en médiévale encore plus peut-être – c’est vrai aussi qu’on est moins nombreux au total par rapport aux contemporanéistes. Pour revenir à ta question, être un homme dans ce domaine d’études, je ne sais pas si c’est un avantage ou un inconvénient. Très souvent, il y a eu deux discours. En tant qu’homme qui fait de l’histoire du genre, on peut être attaqué en quelque sorte sur sa gauche, du côté de femmes qui disent parfois que c’est un peu un cheval de Troie : les hommes reviennent, cachés, pour reprendre possession d’un champ d’études. J’ai entendu ce discours-là chez certaines féministes, qui à mon avis n’ont pas compris qu’on pouvait aussi être féministe et s’intéresser à l’histoire du genre en tant qu’homme. Ça, c’est parfois plutôt un inconvénient. En revanche, ça peut être aussi un avantage car on est très peu nombreux et qu’il faut de la parité. Mais c’est vrai qu’on est parfois vus comme un ovni. Dans toute ma carrière, j’ai connu ça : quand je travaillais sur la petite enfance, c’était la même chose, j’étais à peu près le seul homme. Entre 1998 et 2001, sous la direction de Suzanne Lallemand et Doris Bonnet, on avait créé, au CNRS, un GDR [groupement de recherche] sur l’anthropologie sur la petite enfance : on était deux hommes, un médecin et moi, et toutes les autres spécialistes de la petite enfance (anthropologues, sociologues…) étaient des femmes. Donc j’ai toujours connu ça. Je trouve ça plutôt agréable ! (rires)
J. A. : Je voyais aussi cela en regardant les thèses que tu as dirigées. Ce sont majoritairement des doctorantes avec des sujets sur le genre, et le seul doctorant que tu as dirigé ne travaillait pas sur le genre.
D. L. : Non, effectivement, Pierre Vermander – mon demi-doctorant comme j’aime l’appeler du fait d’une codirection – est le seul homme que j’ai dirigé en thèse, sinon ce n’étaient que des femmes. Mais tous les sujets n’ont pas porté sur le genre : il y a peut-être une part de hasard. Je n’ai jamais imposé un sujet, les gens sont venus avec leur sujet et c’est à nous de les orienter vers des sources. Je crois que cela dit aussi, en médiévale surtout, la très forte féminisation des gens qui travaillent sur l’histoire des femmes et du genre.
J. A. : Je pense qu’on t’a déjà posé plusieurs fois la question qui suit, mais tu as aussi travaillé sur des thématiques difficiles. Je pense notamment à ton livre sur les viols d’enfants à Bologne, toujours dans une perspective de genre. C’est peut-être assez rare pour les médiévistes : on a plutôt l’habitude de poser la question aux contemporanéistes qui travaillent sur les crimes de guerre. Comment as-tu appréhendé cela ?
- 8 Laura Lee Downs, Writing Gender History, Londres, Hodder Arnold, 2004 ; Françoise Thébaud, Écrire l (...)
D. L. : J’ai beaucoup lu les contemporanéistes. J’ai des relations très amicales avec Fabrice Virgili, cela aide aussi : c’est quelqu’un qui a beaucoup travaillé sur ces thématiques-là à l’époque contemporaine. De toute façon, quand on travaille sur l’histoire du genre, on lit les contemporanéistes, on n’a pas le choix. L’inverse n’est pas toujours vrai ! Mais quand j’ai commencé à faire des cours généraux sur le genre à des L1/L2 à Paris 1 en 2001, j’avais à ma disposition les ouvrages de Françoise Thébaud et Laura Lee Downs8 : ce sont les deux seuls manuels qu’on avait à l’époque et c’étaient des manuels d’histoire contemporaine. Donc on est toujours amené à lire les contemporanéistes. Sur le viol, sur l’inceste et la pédocriminalité, les seuls travaux qui existaient, c’étaient ceux des contemporanéistes. Ils m’ont apporté quelque chose d’important sur la question de l’histoire située, qui est beaucoup plus affichée, beaucoup plus affirmée que chez les médiévistes, qui ont toujours du mal à dire « je ». Et je pense que par rapport à un sujet comme celui-là, on n’a pas trop le choix. J’essaie de l’expliquer dans la préface : avec ce type de sujet, il faut commenter tous les exemples absolument horribles que l’on donne – et on n’en sort pas indemne, dans la recherche comme dans l’écriture. Mais il faut éviter ces deux écueils que sont le voyeurisme et l’euphémisation, c’est-à-dire qu’il faut à la fois dire, mais pas trop, sinon on tombe dans le voyeurisme, et aussi ne pas laisser les sources trop brutes parce que c’est vraiment choquant pour le lectorat. C’est un travail difficile mais je pense que c’est utile et ça nous oblige, en tant qu’historien·ne, à réfléchir sur notre manière d’écrire. Ce livre-là, je l’ai écrit de manière très différente des autres. J’en ai beaucoup discuté à l’École Française de Rome quand on a présenté la traduction en italien du livre. La conclusion à laquelle je suis arrivé, c’est que j’ai l’impression que c’est un livre avec une écriture blanche. Contrairement au livre sur le procès de canonisation de Nicolas de Tolentino, avec lequel on peut s’amuser à faire une narration originale, là on ne s’amuse pas, on ne peut pas s’amuser. Il faut donc une écriture très blanche et un plan très scolaire, très académique. Il n’y a pas de possibilité de s’amuser sur un sujet comme celui-là.
J. A. : La distance des sources n’a pas joué ? Les contemporanéistes travaillent sur des choses très récentes. Est-ce que le fait qu’il y ait 500 ou 800 ans d’écart avec le sujet change quelque chose ?
D. L. : Non. Je le croyais au début, quand je suis allé dans les archives et que j’ai commencé à découvrir ces cas. Je pensais que la distance-temps allait me protéger mais en fait elle ne protège pas tant que cela. Peut-être que les contemporanéistes sont encore plus exposés que nous, car le langage est différent, il y a beaucoup plus d’informations. Même les collègues qui travaillent sur la pédocriminalité à l’époque moderne ont des cas beaucoup plus documentés. Les cas que j’ai trouvés dans les archives de Bologne, ce sont quand même des textes très stéréotypés, qui peuvent paraître très juridiques. On se dit que ça va nous protéger mais les quelques lignes qui portent sur les violences, les abus sexuels sur enfants, c’est quand même violent. Donc non, ça ne protège pas tant que cela.
- 9 Programme du contrat quinquennal (2012-2016) de l’École Française de Rome, au sein du thème 12 : « (...)
- 10 Didier Lett et Nicolas Offenstadt (dir.), Haro ! Noël ! Oyé ! Pratiques du cri au Moyen Âge, Paris, (...)
J. A. : Je l’ai déjà évoqué tout à l’heure, mais tu n’as pas travaillé uniquement sur le genre. Je pense notamment aux récents collectifs que tu as dirigés sur les statuts communaux9, mais aussi à des choses plus anciennes comme le livre sur le cri que tu as coordonné avec Nicolas Offenstadt10. As-tu articulé cela avec des thématiques de genre, ou bien s’agit-il d’autres champs de recherche ?
- 11 Didier Lett (dir.), I registri della giustizia penale nell’Italia dei secoli XII-XV, Rome, École Fr (...)
D. L. : Il y a là deux choses très différentes, thématiquement et dans la chronologie de ma recherche. Le cri, c’est un vieux projet. Je pense qu’on était encore avec Nicolas Offenstadt dans l’anthropologie historique, dans l’histoire des mentalités. On commençait à s’intéresser – les littéraires d’abord, et puis les historien·nes – aux paysages sonores, un peu dans la lignée des travaux de Corbin. Avec Nicolas Offenstadt, le cri nous a paru une thématique intéressante. On a fait ces deux journées d’études qui ont donné lieu à un volume collectif qui, j’ai l’impression, est très souvent cité. C’est drôle car tous mes travaux ne sont pas autant cités ! Je pense qu’il était vraiment pionnier parce c’est un thème qui n’était pas du tout travaillé par les historien∙nes. Quand on relit l’introduction, il y a une partie sur « cri féminin et cri masculin » et c’est moi qui l’ai rédigée. L’ouvrage est paru en 2003, je crois : il y avait déjà cette sensibilité-là mais ce n’était pas le thème principal.
Pour ce qui concerne les statuts communaux, j’ai eu la chance d’être à l’IUF [Institut universitaire de France] entre 2013 et 2018 et je travaillais beaucoup en Italie à ce moment-là. Avec Etienne Anheim, Valérie Theis et Pierre Chastang, on a monté un projet que j’ai dirigé grâce à l’IUF. L’idée était de s’attaquer à un monument historiographique italien, les statuts communaux. Il y a sur le sujet des travaux immenses, beaucoup d’éditions… C’était un peu casse-gueule ! Mais on a réussi à intégrer beaucoup de collègues italiens très réputés, comme Paolo Cammarosano ou Mario Ascheri, qui sont des grands spécialistes des statuts. Ils nous ont suivi∙es, ce qui était intéressant, en essayant d’avoir une optique d’écriture pragmatique. L’idée était de montrer que ces statuts communaux étaient des sources comme les autres, que ce n’était pas des monuments mais aussi des documents. J’ai eu l’impression de faire le même travail que celui que j’avais fait sur le procès de canonisation, c’est-à-dire d’appliquer les règles de notre métier à des sources pour lesquelles ça n’avait pas été le cas, pour plein de raisons différentes : les procès de canonisation parce qu’ils avaient été travaillés surtout dans le cadre de l’histoire religieuse ou de l’histoire du culte des saints, et les statuts communaux parce que l’historiographie italienne s’intéressait beaucoup à ce monument de chaque commune. J’ai l’impression d’avoir fait le même travail, d’avoir montré qu’il fallait déconstruire cela, et qu’il fallait appliquer les règles du métier d’historien à ces deux sources-là aussi pour montrer qu’elles étaient comme les autres. Mais, comme le titre du programme sur les statuts l’indique, il y a une volonté de faire de l’histoire sociale. On a fait un gros travail pendant cinq ou six ans, avec une évolution, en partant de l’aspect matériel de la source jusqu’à une analyse d’histoire sociale. Et malgré tout, on voit le genre. J’ai fait un peu la même chose, plus rapidement, sur les libri maleficiorum, sur les livres de justice11. Il y a toujours l’idée, quand on fait de l’histoire sociale, de tirer vers le genre et les différences sociales, parce que c’est quelque chose qui reste présent dans mon esprit.
J. A. : Et qui n’est pas forcément celle qui vient à l’esprit quand on pense aux statuts des communes !
D. L. : Tout à fait. Pourtant, dans les statuts communaux, il y a de quoi faire de nombreuses thèses sur le genre.
J. A. : En parlant des thèses, justement : comment ces thématiques ont pu influencer ton enseignement ? Tu as tiré plusieurs manuels de tes cours de Licence et, pendant longtemps, tu as organisé à Paris 7 (aujourd’hui Université Paris Cité) un séminaire sur les différences sociales au Moyen Âge, qui faisait entièrement sa place au genre.
- 12 Didier Lett, Famille et parenté dans l’Occident médiéval (Ve-XVe siècles), Paris, Hachette (Carré H (...)
D. L. : C’est l’avantage d’avoir « son » séminaire, ce qui est un grand luxe, j’en ai bien conscience (et c’est en voie de disparition). Je l’ai eu entre 2008 et ma retraite en 2023. Souvent, il y avait des invité∙es extérieur∙es mais c’était aussi pour moi l’occasion de tester des nouveaux sujets de recherche. C’est le cas aussi en cours, notamment pour les trois livres dont tu parles : dans l’ordre, Famille et parenté, Hommes et femmes au Moyen Âge, et puis Crimes, genre et châtiments12, qui ont été des cours de L3 avant de devenir des manuels. Il y a aussi eu beaucoup d’articles qui ont été testés dans le cadre du séminaire. Le but était de proposer de nouvelles recherches, c’était un grand luxe et c’était très intéressant. Le dialogue avec les étudiant∙es était toujours très enrichissant, car les masterant∙es et les doctorant∙es ont toujours des questions pertinentes à poser, et ça nous permet de nous remettre en cause, c’est fondamental.
J. A. : C’est intéressant car dans ce séminaire, auquel j’ai assisté durant mon master et mon doctorat, tu invitais souvent des personnes qui n’étaient pas que des médiévistes, et tu as mentionné aussi les contemporanéistes dans la discussion. Comment as-tu pu dialoguer dans ce séminaire et au-dehors avec des travaux d’autres périodes car tu dis t’en être beaucoup nourri, notamment en histoire contemporaine ?
D. L. : Je crois d’abord que c’est une question de génération. Quand on a mon âge et qu’on a commencé ses études à la fin des années 70 et au début des années 80, je pense qu’on était nourri∙es par l’anthropologie. J’ai lu beaucoup d’anthropologie au début. Ensuite, j’ai enseigné au collège pendant onze ans mais j’ai suivi plein de séminaires transpériodes et pluridisciplinaires, en particulier à l’EHESS. J’ai beaucoup travaillé avec des personnes de périodes différentes, j’ai lu beaucoup dans les autres périodes. Mais à partir d’un certain moment, et c’est vrai pour tout le monde, il y a une telle explosion de la littérature dans chaque période qu’on a du mal à lire en dehors de sa période, à moins de ne dormir que trois heures par nuit ! Au début, c’était l’anthropologie et la littérature aussi, j’ai beaucoup travaillé avec les littéraires. Après, c’était plus de la sociologie, mais c’est aussi lié aux courants historiographiques du moment. Ça, c’est pour les autres disciplines. Pour les autres périodes historiques, mes lectures viennent beaucoup d’avoir fait ce séminaire avec Violaine Sebillotte, Geneviève Verdo et Isabelle Brian : on était un∙e par période, on faisait un travail absolument fou, stakhanoviste, on prenait un thème par semaine et sur chaque thème on traitait les quatre périodes. Ça nous obligeait à lire des travaux sur l’espace, sur le privé/public, sur la maternité… On lisait trop rapidement sans doute, mais on lisait sur les autres périodes. Depuis, j’ai quand même l’impression que ces quinze dernières années, je n’ai pas beaucoup lu les travaux des collègues des autres périodes de l’histoire. Un peu de moderne peut-être, parce que c’est quand même relativement proche de notre période. Mais l’histoire très contemporaine, pas tellement : l’histoire du temps présent, je connais un peu mais je n’ai pas lu énormément là-dessus. L’histoire du XXe siècle ne m’intéresse d’ailleurs pas particulièrement.
J. A. : Cela dit, dans ton séminaire, on a quand même pu écouter des antiquisant∙es, des modernistes, sur des objets qui étaient quand même un peu exotiques pour les étudiant∙es en histoire médiévale.
D. L. : Oui, tout à fait. L’idée c’est quand même d’essayer, sur les thèmes qui m’intéressent à ce moment-là, de regarder ce qui se fait ailleurs parce que c’est comme ça qu’on se nourrit aussi. Et puis c’était peut-être par paresse, parce qu’en invitant quelqu’un qui va parler au séminaire, finalement on n’a pas besoin de lire tous ses articles ! Je dis ça en plaisantant, mais à moitié : ça permet aussi d’aller plus vite. C’est aussi une manière de faire connaître auprès des autres périodes ce qu’on fait, de faciliter l’échange.
J. A. : C’était aussi un lieu où venaient des étudiant∙es d’autres universités.
D. L. : Ça, c’est aussi le gros avantage de Paris. Et puis, plus on se spécialise, plus le séminaire devient « le » séminaire spécialisé dans tel ou tel domaine, ce qui attire effectivement. Des personnes de Paris 1 sont venues, mais aussi de Saint-Quentin-en-Yvelines, des doctorant∙es de toutes les facs parisiennes venaient au séminaire.
- 13 Didier Lett, « Les médiévistes et l’histoire du genre en Europe », Genre & Histoire, 3, 2008, https (...)
J. A. : Quels projets de recherche mènes-tu actuellement ? Plus largement, quels projets aimerais-tu voir aboutir, par toi ou quelqu’un d’autre ? Tu as fait deux bilans historiographiques pour Genre & Histoire, dans lesquels tu pointais parfois des manques13. Tu as aussi plusieurs fois parlé des beaux-pères et des veufs qui étaient des figures un peu délaissées par rapport aux veuves ou aux belles-mères.
D. L. : Va paraître en avril ou en mai, chez Tallandier, une nouvelle synthèse sur l’enfance que je viens de terminer…25 ans après, car on n’en avait pas fait depuis.
J. A. : Pluridisciplinaire, sur plusieurs périodes, ou bien seulement sur l’histoire médiévale ?
D. L. : Non, je reste sur les XIIe-XVe siècles. Le livre intègre aussi ce qu’on n’avait pas pu intégrer il y a 25 ans, à savoir l’enfance maltraitée, l’enfance malheureuse, qu’on osait à peine aborder car il fallait répondre à Philippe Ariès. Mais maintenant il est « mort et enterré » !
J. A. : Mais on le voit quand même souvent revenir !
- 14 Didier Lett, « Frauen vor Gericht. Zur Rolle von Geschlecht in der Rechtspraxis der zentralitalieni (...)
D. L. : Évidemment. Donc il y a cette synthèse, il y a bien sûr quelques articles. En ce moment, j’exploite ce qui me plaît le plus actuellement, les archives judiciaires des Marches14. Il y a pas mal de projets d’articles qui ont rapport au genre : un va paraître sur les lieux genrés, les lieux où on écoute les hommes et les femmes dans les procès judiciaires. J’ai plein de petits dossiers ouverts, essentiellement à partir des archives. Après, il y a toujours les tentations de la biographie quand on vieillit : j’aimerais faire la biographie d’un inconnu, peut-être que je la ferai un jour, peut-être pas, je n’en sais rien.
J. A. : Un inconnu que tu as déjà cerné ?
- 15 François Dosse, Le Pari biographique. Écrire une vie, Paris, La Découverte, 2005.
D. L. : Oui je le connais, enfin je ne le connais pas justement ! L’idée c’est de voir ce qu’un historien peut faire d’un inconnu dont il a quatre traces, avec un aspect méthodologique : comment reconstituer la vie d’une personne dont on a très peu de traces ? C’est à la mode mais c’est aussi une question de maturité, on a plus envie de faire ça quand on vieillit. François Dosse l’a très bien synthétisé15 : il y a un retour de la biographie ces dernières années, sans faire du Le Goff ou du Corbin. Il y a des interstices pour faire quelque chose de neuf.
J. A. : Et puis, c’est le travail des médiévistes de faire quelque chose à partir de quatre traces au fond des archives ! Merci beaucoup, Didier, pour cet entretien.
Notes
1 Didier Lett, « Entretien avec Christiane Klapisch-Zuber », Genre & Histoire 19, 2017, https://doi.org/10.4000/genrehistoire.2719 (consulté le 01 juillet 2025).
2 Isabelle Chabot et Didier Lett, https://mnemosyne-asso.com/#femmage (consulté le 01 juillet 2025).
3 Philippe Ariès, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, 1960, rééd. Seuil, 1973 ; Jean-Louis Flandrin, L’Église et le contrôle des naissances, Paris, Flammarion, 1970.
4 Didier Lett, L’enfant des miracles. Enfance et société au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècle), Paris, Aubier, 1997.
5 Didier Lett, Un procès de canonisation au Moyen Âge. Essai d’histoire sociale, Paris, PUF, 2008.
6 Voir par exemple Didier Lett, « La sorella maggiore madre sostituta nel Miracoli di san Luigi », Quaderni Storici, 83-2, 1993, p. 341-353 ; Didier Lett, « Les liens adelphiques des enfants dans la famille et la société de la fin du Moyen Âge (XIIe-XVe siècles) », in Djamila Saadi-Mokrane (dir.), Sociétés et cultures enfantines, Colloque de la Société d’Ethnologie française en association avec l’Université de Lille III et le CREDO-CNRS, Université de Lille, 5-6-7 novembre 1997, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1999, p. 267-272. Les travaux sur l’histoire des relations adelphiques se développent plutôt dans les années 2010, voire 2020.
7 Pierre Riché et Danièle Alexandre-Bidon, L’enfance au Moyen Âge, Paris, Éditions de la BnF, 1994.
8 Laura Lee Downs, Writing Gender History, Londres, Hodder Arnold, 2004 ; Françoise Thébaud, Écrire l’histoire des femmes, Fontenay-aux-Roses, ENS éditions, 1998, édition revue et augmentée sous le titre révélateur d’Écrire l’histoire des femmes et du genre en 2007.
9 Programme du contrat quinquennal (2012-2016) de l’École Française de Rome, au sein du thème 12 : « Statuts, famille et sociétés » : voir Didier Lett (dir.), Codicologie et langage de la norme, dossier thématique des Mélanges de l’Ecole française de Rome-Moyen Âge, 126-2, 2014, p. 387-535, en ligne : https://doi.org/10.4000/mefrm.2035; idem (dir.), La confection des statuts dans les sociétés méditerranéennes de l’Occident (XIIe-XVe siècle) (Statuts, écritures et pratiques sociales-I), Paris, Publications de la Sorbonne-CERM, 2017 ; idem (dir.), Statuts communaux et circulations documentaires dans les sociétés méditerranéennes de l’Occident (XIIe-XVe siècle) (Statuts, écritures et pratiques sociales-II), Paris, Éditions de la Sorbonne-CERM, 2018 ; idem (dir.), Les statuts communaux vus de l’intérieur dans les sociétés méditerranéennes de l’Occident (XIIe-XVe siècle) (Statuts, écritures et pratiques sociales-III), Paris, éditions de la Sorbonne-CERM, 2019 ; idem (dir.), Les statuts communaux vus de l’extérieur dans les sociétés méditerranéennes de l’Occident (XIIe-XVe siècle) (Statuts, écritures et pratiques sociales-IV), Paris, éditions de la Sorbonne-CERM, 2020 et le volume de synthèse : Didier Lett (dir.), Statuts, écritures et pratiques sociales dans les sociétés de l’Italie communale et du Midi de la France (XIIe-XVe siècle), Paris, Rome, École Française de Rome (Collection de l’École Française de Rome 584), 2021.
10 Didier Lett et Nicolas Offenstadt (dir.), Haro ! Noël ! Oyé ! Pratiques du cri au Moyen Âge, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2003.
11 Didier Lett (dir.), I registri della giustizia penale nell’Italia dei secoli XII-XV, Rome, École Française de Rome (Collection de l’École Française de Rome 580), 2020.
12 Didier Lett, Famille et parenté dans l’Occident médiéval (Ve-XVe siècles), Paris, Hachette (Carré Histoire), 2000 ; idem, Hommes et femmes au Moyen Âge. Histoire du genre XIIe-XVe siècle, Paris, Armand Colin (Collection Cursus), 2013 (version italienne : Uomini e donne nel Medioevo. Storia del genere (secoli XII-XV), Il Mulino, Bologna, 2014), version augmentée, 2023 ; idem, Crimes, genre et châtiments au Moyen Âge. Hommes et femmes face à la justice (XIIe-XVe siècle), Paris, Armand Colin, 2024 (Prix de la Dame à la Licorne, 2024).
13 Didier Lett, « Les médiévistes et l’histoire du genre en Europe », Genre & Histoire, 3, 2008, https://doi.org/10.4000/genrehistoire.348 (consulté le 01 juillet 2025) ; « Les médiévistes et l’histoire des femmes et du genre : douze ans de recherche », Genre & Histoire, 26, 2020, https://doi.org/10.4000/genrehistoire.5594 (consulté le 01 juillet 2025).
14 Didier Lett, « Frauen vor Gericht. Zur Rolle von Geschlecht in der Rechtspraxis der zentralitalienischen Kommunen Tolentino und San Severino im 15. Jahrhundert », L’Homme. Europäische Zeitschrift für feministische Geschichtswissenschaft – European Journal of Feminist History, 2, 2024, p. 69-84.
15 François Dosse, Le Pari biographique. Écrire une vie, Paris, La Découverte, 2005.
Haut de pagePour citer cet article
Référence électronique
Justine Audebrand, « Entretien avec Didier Lett », Genre & Histoire [En ligne], 35 | 2025, mis en ligne le 01 juillet 2025, consulté le 16 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/genrehistoire/10884 ; DOI : https://doi.org/10.4000/149ua
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