Introduction
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- 1 Anne Hugon, Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Méheust (dir.), « Travail de care », dossier t (...)
- 2 Marie Mathieu et Lucile Ruault (dir.), « Le travail procréatif – Contrôle de la fécondité, engendre (...)
- 3 Maud Simonet, Travail gratuit : la nouvelle exploitation, Paris, Textuel, 2019.
- 4 Anaïs Albert, Clyde Plumauzille et Sylvain Ville, « Déplacer les frontières du travail », Tracés. R (...)
- 5 Raffaella Sarti, Anna Bellavitis et Manuela Martini (dir.), What Is Work? Gender at the Crossroads (...)
1Travail de care1, travail procréatif2, travail gratuit3 ou encore travail reproductif, les concepts se multiplient pour « déplacer les frontières du travail4 » au prisme du genre. Une telle démarche s’inscrit dans un renouvellement historiographique qui invite à dénaturaliser les catégories contemporaines du travail en les replaçant dans la longue durée. Comme le soulignent Raffaella Sarti, Anna Bellavitis et Manuela Martini dans leur introduction de What Is Work?, interroger « ce qu’est le travail » suppose de prendre au sérieux la diversité des formes historiques qu’il a pu recouvrir, en particulier dans les sociétés préindustrielles où les frontières entre production, reproduction et consommation étaient beaucoup plus poreuses qu’elles ne le sont aujourd’hui5. Chacune de ces approches peut s’attacher à caractériser une activité précise ou être le produit d’une épistémologie particulière qu’il convient de remettre en perspective. Cependant, leurs ambitions communes sont de considérer que des tâches qui se sont trouvées naturalisées, c’est-à-dire considérées comme ne relevant pas de compétences acquises, mais assignées aux femmes en raison de qualités considérées comme intrinsèquement féminines, constituent en réalité un travail.
- 6 Marie Mathieu, Pauline Rameau et Lucile Ruault, « La maternité et le “travail reproductif” en quest (...)
- 7 Sarti/Bellavitis/Martini (dir.), What is Work?..., op. cit., p. 15.
2L’approche en termes de travail reproductif, héritée du marxisme et élaborée par les études féministes pour désigner l’ensemble des activités nécessaires à la reproduction quotidienne et intergénérationnelle de la force de travail
– qu’elles soient rémunérées, comme certains emplois déqualifiés, ou non rémunérées, comme le travail domestique –, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt dans les sciences humaines et sociales. Elle permet en effet de réinterroger les frontières historiquement construites entre travail productif et travail reproductif, ainsi que les hiérarchies qui les sous-tendent. L’historienne Françoise Thébaud remarque cependant en 2017 que les historien·nes francophones se sont peu emparé·es du concept de travail reproductif6, qui est en effet davantage mobilisé dans des contextes anglo-américains. Pourtant, la dimension heuristique du concept réside tout d’abord dans la manière dont il permet de penser la continuité et, du même coup, la partition entre les différentes sphères, productive et domestique. La rupture conceptuelle entre ces sphères a été introduite par les théories de la valeur du travail aux XVIIIe et XIXe siècles, avec notamment Adam Smith, David Ricardo et Karl Marx, un « changement » qui « n’était pas neutre du point de vue du genre7 ». L’unité de sens suggérée, dans de nombreuses langues par un même terme pour désigner à la fois le travail éprouvant de l’enfantement et celui accompli dans les champs, les ateliers ou ailleurs pour assurer la subsistance, est rompue :
- 8 Ibid., p. 16.
De nombreuses autres activités [que celle de l’accouchement] nécessaires à la survie et au bien-être individuels et collectifs étaient effectuées gratuitement ou, le plus souvent, dans le cadre de réseaux complexes de devoirs et d’échanges mutuels régis par les coutumes, les normes de solidarité et les liens affectifs construits par la culture plutôt que par le marché. Ces activités – fréquemment effectuées à la maison et principalement par les femmes – étaient de plus en plus considérées comme quelque chose de différent du travail (proprement dit)8.
- 9 Ibid.
- 10 Friedrich Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, traduit par Jeanne (...)
3C’est parce que le travail a progressivement été associé à la production de valeur marchande et à l’échange monétaire que l’ensemble des activités liées à la reproduction quotidienne et intergénérationnelle de la vie a été relégué hors du champ du « vrai » travail. Comme le rappellent les historiennes Anna Bellavitis, Manuela Martini et Raffaella Sarti, ces tâches ont longtemps été perçues comme des « activités naturelles », dans la mesure où elles « n’impliquaient aucune domination particulière sur la nature ni l’utilisation d’un outil particulier9 ». Pourtant, cette distinction mérite d’être interrogée. Les activités de soin, d’entretien ou d’éducation mobilisent elles aussi des savoir-faire, des techniques, des outils et une transformation concrète de la nature. Si ces activités ont été exclues du travail, c’est moins parce qu’elles seraient dépourvues de technicité que parce qu’elles ne produisent pas directement de plus-value dans le capitalisme. Dans la perspective développée par Karl Marx et Friedrich Engels, le travail productif est en effet celui qui permet l’accumulation du capital par la production de plus-value. Or, le travail reproductif ne débouche pas directement sur des marchandises vendues sur le marché : il produit avant tout de la valeur d’usage, c’est-à-dire ce qui permet l’entretien et la reproduction de la vie humaine et de la force de travail. Nourrir, soigner, éduquer ou soutenir affectivement ne génère pas immédiatement du profit, même si ces activités sont indispensables au fonctionnement du capitalisme lui-même10. Dès lors, l’invisibilisation de ces activités tient moins à leur prétendue naturalité qu’à leur position dans les rapports sociaux de production : parce qu’elles sont majoritairement assurées gratuitement par des femmes, tandis qu’une séparation plus stricte entre lieu de vie et lieu de travail s’est fabriquée, elles se sont trouvées disqualifiées comme travail à part entière.
4Cette introduction revient d’abord sur les renouvellements historiographiques qui ont contribué à déplacer les frontières du travail au prisme du genre. Elle examine ensuite la généalogie du concept de travail reproductif et les débats féministes auxquels il a donné lieu, avant d’interroger les usages historiographiques contemporains de cette notion et les perspectives qu’elle ouvre pour repenser l’histoire du travail, des femmes et du genre.
Déplacer les frontières du travail des femmes : renouvellements historiographiques
- 11 Yvonne Knibiehler, Véronique Leroux-Hugon, Odile Dupont-Hess et Yolande Tastayre (dir.), Cornettes (...)
- 12 Françoise Mayeur, Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France, tome III, De la (...)
- 13 Anne Martin-Fugier, La place des bonnes : la domesticité féminine à Paris en 1900, Paris, Grasset, (...)
- 14 Joan W. Scott et Louise A. Tilly, Les femmes, le travail et la famille, traduit par Monique Lebaill (...)
- 15 Sylvie Schweitzer, Les femmes ont toujours travaillé, une histoire du travail des femmes aux XIXe e (...)
- 16 Anaïs Albert, Clyde Plumauzille et Sylvain Ville, « Déplacer les frontières du travail », Tracés. R (...)
5Si l’histoire du travail s’est d’abord largement confondue avec l’histoire ouvrière, elle s’est progressivement ouverte à d’autres secteurs d’activité, notamment sous l’impulsion des historiennes qui ont investi l’étude de professions longtemps marginalisées dans le champ, telles que les infirmières11, les institutrices12 ou les bonnes13, tandis que des travaux pionniers, comme le livre de Joan Scott et Louise Tilly, Women, work and family, publié aux États-Unis en 1978 et traduit en français en 1987, interrogent l’articulation entre vie professionnelle et vie privée14. Quand l’historiographie française du travail des femmes se développe, elle contribue largement à montrer que « les femmes ont toujours travaillé », comme l’écrit l’historienne Sylvie Schweitzer en 200215. Dans les années 1970, les analyses féministes matérialistes, à l’instar de Christine Delphy, font « vaciller l’apparente naturalité de la catégorie travail, la partition des sphères privée et publique sur laquelle elle repose, et les exclusions qu’elle produit16 ». En 1978, dans cette dynamique, l’historienne Michelle Perrot introduit le numéro intitulé « Travaux de femmes dans la France du XIXe siècle » de la revue Le Mouvement social en précisant que :
- 17 Michelle Perrot, « De la nourrice à l’employée. Travaux de femmes dans la France du XIXe siècle », (...)
La valorisation, abusive mais signifiante, du travail « productif » au XIXe siècle a érigé en seules « travailleuses » les salariées et relégué dans l’ombre de l’auxiliariat conjugal boutiquières et paysannes, […] et plus encore les ménagères, ces femmes majoritaires et majeures sans lesquelles la société industrielle n’aurait pu se développer. La séparation croissante entre lieu de « travail » et domicile privé, consécutive à la régression du travail domestique et à la concentration industrielle, a fait du travail ménager une spécialité, économiquement dévaluée parce que non quantifiable […], et du foyer l’endroit de la consommation et de la dépense17.
- 18 Michelle Perrot, « La ménagère dans l’espace parisien au XIXe siècle », Les Annales de la recherche (...)
- 19 Mathilde Dubesset et Michelle Zancarini-Fournel, Parcours de femmes, Réalités et représentations, S (...)
- 20 Michelle Perrot, « Qu’est-ce qu’un métier de femme ? », Le Mouvement social, 140, 1987, dossier « M (...)
- 21 Delphine Gardey, La dactylographe et l’expéditionnaire – Histoire des employées de bureau, 1890-193 (...)
- 22 Catherine Omnès, Ouvrières parisiennes. Marché du travail et trajectoires professionnelles au 20e s (...)
- 23 Anne-Sophie Beau, Un siècle d’emplois précaires, Paris, Payot, 2004.
- 24 Ces activités domestiques sont étudiées dans d’autres champs de l’historiographie : histoire de la (...)
- 25 Simonet, Travail gratuit…, op. cit., p. 118.
- 26 Schweitzer, Les femmes ont toujours travaillé…, op. cit., p. 12.
6En 1980, dans son article consacré à « La ménagère dans l’espace parisien au XIXe siècle », elle souligne dès l’introduction « le travail considérable » qui lui incombe : « La société du XIXe siècle n’aurait pas pu croître et se reproduire sans ce travail non comptabilisé, non rémunéré de la ménagère18 ». De leur côté, Mathilde Dubesset et Michelle Zancarini-Fournel entendent « analyser comment, dans un espace-temps donné – le temps des apprentissages, celui du métier, le temps de la maternité –, pouvaient naître des potentialités, jouer les rapports entre hommes et femmes, se dessiner des parcours de vie à l’échelle des individus, mais aussi du groupe familial19 ». En 1987, un autre numéro de la revue Le Mouvement social est consacré plus précisément aux « métiers de femmes » : leur déqualification est soulignée du fait de leur inscription « dans le prolongement des fonctions “naturelles”, maternelles et ménagères20 » et c’est la professionnalisation et la reconnaissance de la qualification qui constituent l’enjeu du numéro. La génération d’historiennes qui émerge dans les années 1990 se penche alors sur les dactylographes21, les ouvrières parisiennes22 ou encore sur les salarié·es du Grand Bazar de Lyon23, entre autres. Fondamentalement, c’est bien davantage l’exploration desdits « métiers de femmes » qui importe aux historiennes, comme aux sociologues d’ailleurs, plus que l’histoire des activités domestiques non rémunérées envisagées comme du travail24, « exception faite de la question émergente de la “conciliation” entre vie domestique et vie professionnelle25 ». D’ailleurs, « c’est fondamentalement à l’histoire des métiers et des professions » qu’est consacré l’ouvrage de Sylvie Schweitzer26.
- 27 Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Méheust, « Le care, une “voix différente” pour l’histoire (...)
- 28 Pascale Molinier, « Au-delà de la féminité et du maternel, le travail de care », 2010, Champ psy, 5 (...)
- 29 Plumauzille/Rossigneux-Méheust, « Le care… », art. cit., p. 13.
- 30 Cette notion a par ailleurs été critiquée dans son usage extensif dans les sciences sociales. Voir (...)
- 31 Arlie Russell Hochschild, Le prix des sentiments : au cœur du travail émotionnel, traduit par Salom (...)
- 32 Helena Hirata, « Travail productif, travail de care », Actuel Marx, 70, 2021, p. 62-76.
7Dans les années 2010, les appropriations historiennes du care entendent ainsi envisager comme du travail un ensemble d’activités longtemps reléguées hors du champ du travail légitime. Dans leur introduction au dossier de Clio portant sur le travail de care, Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Méheust inscrivent ainsi le care dans le prolongement des recherches féministes qui ont contribué à rendre visibles les activités féminines invisibilisées – celles des « ménagères, servantes de ferme, cuisinières, femmes de chambre, bonnes à tout faire et autres “femmes toutes mains”27 » – et à élargir « la définition du travail au travail informel, non salarié, non rémunéré, ou non marchand ». Reprenant la définition proposée par la psychosociologue Pascale Molinier, elles soulignent que le « travail de care » regroupe à la fois « des activités spécialisées où le souci des autres est explicitement au centre », « des activités domestiques réalisées au sein de la famille et leur délégation » ainsi qu’« une dimension présente dans toutes les activités de service28 ». Dès lors, le care permet de saisir « l’ensemble des activités dévolues à la prise en charge des besoins d’autrui, gratuites comme rémunérées, à l’intérieur comme à l’extérieur du foyer », tout en replaçant au cœur de l’analyse les dimensions « relationnelle, intentionnelle et émotionnelle du travail29 ». C’est dans cette perspective, qui déplace les frontières du travail, que se situe également l’approche en termes de travail reproductif qui intègre, sans s’y réduire, le travail de care. Les deux perspectives partagent certes un intérêt pour des activités historiquement dévalorisées et largement assumées par les femmes, mais elles relèvent de traditions théoriques distinctes. Héritée des éthiques féministes du care, cette notion met principalement l’accent sur les relations humaines, les dimensions morales et affectives du travail, ainsi que sur les enjeux de reconnaissance des personnes qui l’accomplissent30. À l’inverse, le concept de travail reproductif, élaboré dans le sillage des féministes marxistes, appréhende ces activités comme participant à la production et à la reproduction d’une marchandise particulière : la force de travail. Il permet ainsi d’interroger non seulement les rapports de reconnaissance, mais aussi les mécanismes de redistribution, les formes d’exploitation et le rôle central de ces tâches dans la reproduction quotidienne et intergénérationnelle des rapports sociaux en repositionnant ces pratiques dans une économie politique plus large, attentive aux conditions matérielles de leur organisation et à leur contribution au maintien de l’ordre social. Cette distinction n’exclut toutefois pas des points de convergence : les travaux d’Arlie Russell Hochschild sur le travail émotionnel, par exemple, permettent de saisir certaines dimensions subjectives du travail reproductif31 et la sociologue Helena Hirata montre comment les théories du care ont contribué à élargir la conception marxiste de la reproduction sociale32.
Du travail domestique au travail reproductif : généalogie d’un concept féministe
- 33 Simonet, Travail gratuit…, op. cit.
- 34 Maud Simonet, L’imposture du travail. Désandrocentrer le travail pour l’émanciper, Paris, Éditions (...)
8En reprenant les élaborations de Marx et Engels pour les critiquer, des féministes montrent, à partir des années 1970, que les tâches domestiques constituent un travail non reconnu par le capitalisme, alors qu’elles exigent un important temps quotidien et qu’elles sont effectuées gratuitement par les femmes33. Ces réflexions, qui ont lieu dans le cadre du domestic labor debate qui s’organise à l’échelle internationale dans les années 1960-1970, mettent notamment en avant l’idée selon laquelle le travail domestique constitue une condition essentielle de l’accumulation capitaliste, en assurant gratuitement la reproduction de la force de travail. Des théoriciennes du travail domestique dans les années 1970 ont par ailleurs mis en lumière « l’opération politique de déni de travail34 » dont il fait l’objet. Différentes conceptions du travail domestique émergent dans ce débat, opposant notamment les féministes matérialistes, pour lesquelles patriarcat et capitalisme constituent deux systèmes de domination et d’exploitation distincts et relativement autonomes, aux féministes marxistes, qui considèrent au contraire que le seul système de production et d’exploitation est le capitalisme.
- 35 Christine Delphy, « Un féminisme matérialiste est possible », Nouvelles questions féministes, 4, 19 (...)
- 36 Colette Guillaumin, « Pratique du pouvoir et idée de Nature. (2) Le discours de la Nature », Nouvel (...)
- 37 Mariarosa Dalla Costa et Selma James, Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, Genève, Libra (...)
- 38 Louise Toupin, Le salaire au travail ménager. Chronique d’une lutte féministe internationale (1972- (...)
- 39 Angela Y. Davis, Women, Race & Class, New York, Random House, 1981.
9Christine Delphy se situe dans le courant du féminisme matérialiste. Sans mobiliser la notion de travail reproductif, elle interroge les frontières entre production et reproduction et théorise le travail domestique comme un rapport d’exploitation spécifique. Dans son article fondateur, « L’Ennemi principal », publié en 1970, elle identifie ainsi la famille comme un lieu central d’exploitation des femmes, où celles-ci accomplissent un travail productif et nécessaire au bénéfice de la classe des hommes. Selon Delphy, ce n’est pas la nature de ce travail qui explique sa gratuité – puisqu’il peut être rémunéré lorsqu’il est réalisé hors du foyer – mais bien le fait qu’il soit effectué dans le cadre familial. Le travail domestique gratuit constitue ainsi, pour Delphy, le fondement d’un mode de production domestique, distinct du mode de production capitaliste. Pour elle, ce travail produit de la valeur et donc mérite rémunération au même titre que le travail productif35. Ainsi, les féministes matérialistes françaises comme Christine Delphy ou Colette Guillaumin ont entrepris de dénaturaliser ces activités en les définissant comme un travail à part entière, tout en analysant la manière dont le corps des femmes lui-même est approprié comme force de travail par les hommes36. De leur côté, des féministes marxistes, dont Mariarosa Dalla Costa et Silvia Federici, proposent une autre conceptualisation du travail gratuit effectué par les femmes au sein du foyer, et datent cette assignation domestique des femmes à la création du capitalisme, historicisant ainsi la création de la ménagère. L’exploitation des femmes en tant que femmes naîtrait donc avec le capitalisme et la création de la famille moderne. Ces féministes font par ailleurs du travail reproductif un travail productif d’« une marchandise particulière », la force de travail37. Dans cette dynamique, elles lancent en 1972 une campagne internationale, Wages for Housework, afin de revendiquer un salaire au travail ménager38. Quelques années plus tard, dans Women, Race & Class publié en 198139, Angela Y. Davis souligne quant à elle la division à la fois genrée et raciale du travail domestique. Dans les sociétés esclavagistes et post-esclavagistes, les femmes noires ont ainsi été historiquement contraintes et assignées au travail domestique pour des personnes blanches, gratuitement puis en étant faiblement rémunérées.
- 40 Carolyn Merchant, La Mort de la nature – Les femmes, l’écologie et la Révolution scientifique, trad (...)
- 41 Evelyn Nakano Glenn, « From Servitude to Service Work: Historical Continuities of Racial Division o (...)
- 42 Myriam Paris, « “Nous qui versons la vie goutte à goutte” – Féminismes, économie reproductive et po (...)
10Parallèlement, les travaux de la théoricienne Carolyn Merchant (1980) permettent de situer cette critique dans une histoire environnementale et épistémologique plus large : en analysant la transformation des rapports à la nature à l’époque moderne, elle formule l’argument selon lequel l’émergence du capitalisme s’accompagne d’une double domination, à la fois des femmes et de la nature, toutes deux naturalisées, dévalorisées et mises au service de production40. En 1992, et dans la continuité des travaux d’Angela Y. Davis, Evelyn Nakano Glenn se réapproprie cette conceptualisation en termes de reproduction sociale et consacre un article au travail reproductif payé pour apporter une dimension raciale à l’étude de la division sexuée du travail aux États-Unis et de ses reconfigurations depuis le début du XIXe siècle41. Elle met notamment en évidence la continuité historique de la division raciale du travail reproductif rémunéré, montrant que celui-ci repose sur une hiérarchisation durable entre femmes, dans laquelle les femmes racisées sont assignées à certains emplois, au bénéfice des femmes blanches, au croisement des rapports de genre, de race et de classe. De même, à propos de l’île de La Réunion, département français depuis 1946, la sociologue et politiste Myriam Paris montre comment « l’économie reproductive » participe du « pouvoir colonial ». Entre 1946 et 1981, les femmes racisées y ont été massivement cantonnées à des emplois de service – domestiques, nourrices, aides-soignantes –, prolongeant un héritage colonial dans lequel elles étaient assignées au soin des autres. En prenant le lait comme fil conducteur du travail maternel, Myriam Paris met en évidence la continuité des formes d’appropriation du corps et de la maternité des femmes racisées : depuis l’esclavage, où des nourrices noires allaitaient les enfants des familles blanches au détriment des leurs, jusqu’aux politiques sociales et sanitaires des années 1960, leur capacité reproductive a été mobilisée comme un instrument d’organisation, de hiérarchisation et de contrôle des populations colonisées. Cette perspective souligne ainsi combien le travail reproductif rémunéré s’ancre dans des rapports sociaux historiquement situés, hérités des logiques coloniales et raciales qui structurent durablement la division du travail42.
- 43 Il faudrait effectuer un travail plus approfondi pour en déterminer les premières occurrences qui s (...)
- 44 Barbara Laslett et Johanna Brenner, « Gender and Social Reproduction: Historical Perspectives », An (...)
- 45 L’ensemble des Cahiers de l’APRE sont disponibles sur le portail femenrev.persee.fr.
- 46 « La famille comme unité de production », Cahiers de l’APRE, 4, 1986.
- 47 Danièle Kergoat, « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », in Helena Hirata, Fr (...)
11Ces différentes approches convergent ainsi pour faire du travail reproductif un point nodal d’analyse, à l’intersection des rapports de genre, de classe, de race et, plus largement, des rapports au vivant. Il n’est plus tant question du lieu où il s’effectue (domicile – domestique) mais bien d’envisager sa fonction : à quoi sert-il dans l’économie capitaliste ? C’est ainsi que le terme de reproduction sociale est utilisé par les chercheuses féministes anglophones dans les années 198043. Les sociologues Barbara Laslett et Johanna Brenner soulignent en 1989 que la reproduction sociale désigne l’ensemble des activités, relations et formes de travail – mental, manuel et émotionnel – qui assurent le maintien quotidien de la vie et le renouvellement des générations. Son organisation renvoie aux institutions, aux pratiques et aux idéologies qui structurent ce travail indispensable mais largement invisibilisé44. En France, des chercheuses, principalement sociologues, se réunissent à partir de 1982 dans le cadre de l’Atelier Production-Reproduction (APRE) pour élaborer une réflexion autour de l’articulation entre système de production et structures familiales, travail qui donne lieu à la publication en 1984 de l’ouvrage Le sexe du travail ainsi qu’à la publication régulière entre 1984 et 1988 des Cahiers de l’APRE45. Si un numéro est consacré à la famille comme unité de production, il n’évoque que les familles « dites à professions indépendantes » – agricole ou artisanale – dans lesquelles « vie familiale et vie professionnelle sont étroitement interdépendantes à différents niveaux d’analyse46 ». La sociologue Danièle Kergoat souligne en 2004 que « ce que nous appelons le “travail domestique”, […] est une forme historique particulière du travail reproductif, forme inséparable de la société salariale47 ». Le travail domestique constitue donc un aspect du travail reproductif – celui qui est effectué dans un espace particulier et séparé du lieu de production – et se rapporte à un contexte particulier, forgé dans l’histoire, par la dissociation progressive entre production et reproduction, entre lieux de production et lieux de reproduction.
- 48 Scott/Tilly, Les femmes, le travail…, op. cit. ; Françoise Battagliola, Histoire du travail des fem (...)
- 49 Charlène Calderaro, « La critique féministe-marxiste : du travail domestique aux théories de la rep (...)
- 50 Catriona Macleod, Alexandra Shepard et Maria Ågren (dir.), The Whole economy, work and gender in ea (...)
12Ainsi, la partition entre travail gratuit et travail rémunéré déqualifié n’est pas figée dans le temps, elle s’actualise en fonction de la période historique étudiée et s’inscrit dans des transformations plus larges de l’organisation du travail. En envisageant comme du travail des activités qui en ont longtemps été exclues, l’approche en termes de travail reproductif, insistant sur la fonction de ce travail, permet de réinterroger les frontières historiquement construites entre sphère domestique et sphère professionnelle, dans le prolongement des recherches historiennes des années 1970 qui entendaient « sortir de l’ombre » du salariat les ménagères, par exemple, pour mettre en lumière le continuum entre activités domestiques non rémunérées et emplois féminins déqualifiés car considérés comme le prolongement du travail au foyer48. En remettant en cause la partition entre travail productif et reproductif afin de penser pleinement la contribution du travail des femmes, cette approche renouvelle l’historiographie de l’invisibilisation du travail des femmes en posant que « la reproduction de la force de travail n’a lieu que partiellement au sein de la famille49 ». Les travaux récents réunis dans The Whole Economy prolongent cette réflexion en proposant de penser « toute l’économie » à partir des activités longtemps reléguées hors du champ du travail50. En s’intéressant aux économies domestiques, aux formes de subsistance, aux activités de soin ou encore aux circulations de ressources au sein des ménages, les autrices montrent que les frontières entre production, reproduction et consommation sont historiquement mouvantes. Loin d’être marginales, ces activités participent pleinement à l’organisation économique des sociétés. Cette approche conduit ainsi à remettre en cause une définition androcentrée du travail, portée sur le salariat masculin et l’échange marchand, tout en réintroduisant les activités reproductives dans l’histoire économique elle-même.
13L’ambition de ce dossier est d’explorer ce que cette perspective fait à l’histoire, à partir d’enquêtes portant sur des périodes et des espaces variés. En saisissant sous l’angle du travail des activités souvent invisibilisées dans les sources comme dans les récits historiques, les contributions réunies ici interrogent les formes de déqualification, de naturalisation et de hiérarchisation qui traversent ces activités, mais aussi les modalités concrètes de leur organisation, de leur encadrement, de leur politisation et de leur contestation.
14En adoptant une perspective de temps long, ce dossier propose de déplacer ces interrogations. Il s’agit moins de mobiliser une catégorie contemporaine de façon anachronique que d’étudier les configurations historiques où les frontières entre travail productif et reproductif se brouillent, révélant des formes d’hybridation entre les deux. Les contributions réunies montrent ainsi que ces frontières sont historiquement mouvantes et qu’elles s’ancrent dans des rapports sociaux spécifiques qui déterminent la valeur accordée à certaines activités et l’invisibilisation d’autres. Trois axes problématiques structurent ce dossier. Le premier s’intéresse à la variabilité historique de la frontière entre travail productif et travail reproductif. Le deuxième analyse les processus d’invisibilisation et de naturalisation qui contribuent à dévaloriser les activités se rapportant au travail reproductif. Le troisième, enfin, examine les formes de socialisation et de politisation liées au travail reproductif, en mettant en lumière les expériences et les contestations portées par les actrices elles-mêmes.
Des frontières mouvantes entre travail productif et travail reproductif
15Un premier axe du dossier met en lumière la porosité entre production économique et reproduction sociale. Dans les sociétés préindustrielles, la distinction entre production et reproduction ne structurait pas les pratiques sociales de façon aussi nette qu’aujourd’hui dans les pays occidentaux. Les activités domestiques, artisanales ou agricoles étaient étroitement imbriquées, et la participation des femmes et des enfants à des activités productives au sein du foyer relevait d’une organisation économique ordinaire. L’article de Bénédicte Ferran consacré au tissage dans l’Égypte du Moyen Empire en offre une illustration particulièrement éclairante. À partir de sources iconographiques, administratives et textuelles, l’historienne montre que cette activité constitue une production économique structurée, parfois encadrée par l’administration royale. Toutefois, s’il existe des ateliers dédiés, l’organisation concrète du travail révèle également une forte imbrication entre espaces productifs et reproductifs. Les lettres et comptes privés attestent ainsi l’existence d’ateliers domestiques ou semi-privés dirigés par des « maîtresses de maison » qui coordonnent le travail d’autres tisseuses et négocient la transformation du lin pour des commanditaires. La présence d’enfants, garçons et filles, dans ces ateliers et leur participation progressive aux activités textiles soulignent également l’imbrication entre production économique et reproduction de la main-d’œuvre. Le tissage apparaît ainsi à la fois comme une activité productive et comme un espace de transmission des savoir-faire et de formation des générations futures, ce qui révèle la coexistence entre travail productif et reproductif. De son côté, l’article de Marianne Gourdon sur les formations proposées aux travailleuses domestiques par la Jeunesse agricole catholique féminine (JACF) dans les années 1950 et 1960 témoigne de nouvelles formes de frontières entre travail productif et travail reproductif. En s’appuyant sur des articles de presse et des brochures, l’autrice montre que ces dispositifs de formations, mêlant apprentissages ménagers, religieux et militants, visent à préparer les jeunes femmes à assumer les responsabilités liées au travail reproductif, tant dans leur emploi que dans leur futur foyer. Ainsi, la formation de la JACF insiste sur la vocation ménagère des travailleuses, rémunérée dans l’exploitation et non rémunérée dans leur foyer. Pour autant, l’objectif de modernisation du « milieu » rural porté par la JACF encourage une rationalisation du travail productif autant que du travail reproductif et les tâches du travail domestique se voient être objectivées et professionnalisées, ce qui vient questionner et repenser les contours de ce travail.
Invisibilisation et naturalisation du travail reproductif
16Un deuxième axe du dossier s’intéresse aux processus par lesquels le travail reproductif est rendu invisible et naturalisé. L’article de Mathilde Lucic consacré à deux institutions charitables belges du XIXᵉ siècle met en évidence ces mécanismes. Si la production en atelier occupe une place centrale, le fonctionnement quotidien des établissements repose largement sur les tâches domestiques réalisées par les pensionnaires : cuisine, nettoyage, buanderie ou service intérieur. Ces activités, pourtant indispensables à la reproduction matérielle des institutions, demeurent largement invisibilisées et non rémunérées. Cette invisibilisation est justifiée par le discours éducatif et moral qui présente ces tâches comme une préparation à la future vocation domestique des jeunes filles. L’organisation du travail au sein de ces institutions contribue ainsi à invisibiliser le travail fourni par les jeunes filles dans les institutions. De son côté, l’article de Teresa Montealegre consacré au journal ouvrier chilien La Alborada (1905-1907) analyse les différentes façons dont des ouvrières mettent en lumière les formes spécifiques d’exploitation liées à la superposition du travail industriel, domestique et maternel. Par exemple les compétences liées au travail de couture, historiquement associées aux femmes populaires au Chili depuis le XVIIIᵉ siècle, continuent d’être invisibilisées et naturalisées comme étant féminines au début du XXe siècle, ce qui autorise une dévalorisation économique de ce travail féminin dans sa forme industrielle. Par ailleurs, dans son article sur les formations proposées aux travailleuses domestiques par la JACF dans les années 1950 et 1960, Marianne Gourdon illustre comment la formation, en naturalisant les compétences associées aux activités domestiques, tend à confiner les travailleuses aux fonctions ménagères et à réduire leur rôle à la sphère reproductive.
Socialisation, formation et politisation du travail reproductif
- 51 Eloisa Betti, Leda Papastefanaki, Marica Tolomelli et Susan Zimmermann (dir.), Women, Work, and Act (...)
- 52 Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel, Ne nous libérez pas, on s’en charge (...)
- 53 Annabelle Serry, « Travail de reproduction sociale, travail rémunéré et mouvement des femmes : cons (...)
17Enfin, un troisième axe s’intéresse aux modalités par lesquelles le travail reproductif participe à la reproduction des hiérarchies sociales tout en pouvant devenir un objet de contestation. Dans son article sur les institutions charitables belges au XIXᵉ siècle, Mathilde Lucic met ainsi en lumière en quoi l’apprentissage des tâches domestiques par les jeunes filles contribue à produire et à reproduire une division sexuée du travail. Bien qu’invisibilisé lorsqu’il est réalisé pour l’institution, le travail domestique est également envisagé comme un travail qui pourrait être rémunéré, et l’apprentissage des tâches domestiques prépare les jeunes filles à leur placement auprès de familles. De son côté, Marianne Gourdon souligne comment la formation de la JACF dans les années 1950 et 1960 contribue à un renforcement de la division sexuée des tâches, tout en encourageant de nouvelles divisions des espaces, entre le foyer et l’exploitation agricole. Dans l’analyse de Teresa Montealegre sur La Alborada (1905-1907), le travail reproductif analysé par des ouvrières chiliennes apparaît ainsi non seulement comme un lieu d’exploitation, mais aussi comme un terrain de formulation d’une pensée féministe ouvrière attentive à l’imbrication des rapports de genre et de classe. En témoigne leur analyse de la maternité, perçue comme un travail central : « Tant pour l’économie capitaliste que pour la communauté politique ouvrière, le journal en fait un lieu stratégique de transformation sociale, lié à la capacité des femmes à produire et transmettre des valeurs critiques, notamment à travers l’éducation des générations futures ». Si les revendications portées par les ouvrières chiliennes sont éclairantes sur la façon dont les rapports de genre et de classe ont structuré leurs expériences vécues au travail, replacer ces voix dans une perspective historique et sociale permet aussi de comprendre selon quelles conditions leurs voix ont pu être portées, et reconnues. Étant donné ces aspects, ces postures contestataires, inscrites dans une histoire globale et renouvelée des luttes sociales au travail51, comme dans une histoire renouvelée des mouvements féministes52, permettent de complexifier l’histoire des luttes, des revendications et des théorisations liées au travail reproductif, pour repenser leur chronologie et faire résonner la diversité de ces positionnements dans l’histoire53. In fine, adopter une perspective de longue durée conduit ainsi à déplacer la question : il ne s’agit pas seulement de savoir si certaines activités relèvent du travail, mais de comprendre comment et pourquoi certaines pratiques ont été historiquement définies comme du travail, tandis que d’autres en ont été exclues.
Notes
1 Anne Hugon, Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Méheust (dir.), « Travail de care », dossier thématique de Clio. Femmes, Genre, Histoire, 49, 2019.
2 Marie Mathieu et Lucile Ruault (dir.), « Le travail procréatif – Contrôle de la fécondité, engendrement et parentalité », Recherches sociologiques et anthropologiques, 48, 2017.
3 Maud Simonet, Travail gratuit : la nouvelle exploitation, Paris, Textuel, 2019.
4 Anaïs Albert, Clyde Plumauzille et Sylvain Ville, « Déplacer les frontières du travail », Tracés. Revue de sciences humaines, 32, 2017, p. 7-24.
5 Raffaella Sarti, Anna Bellavitis et Manuela Martini (dir.), What Is Work? Gender at the Crossroads of Home, Family, and Business from the Early Modern Era to the Present, New York, Berghahn Books, 2020.
6 Marie Mathieu, Pauline Rameau et Lucile Ruault, « La maternité et le “travail reproductif” en question. Entretiens croisés avec Anne-Marie Devreux, Francine Descarries, Françoise Thébaud et Louise Vandelac », Recherches sociologiques et anthropologiques, 48, 2017, p. 139-163.
7 Sarti/Bellavitis/Martini (dir.), What is Work?..., op. cit., p. 15.
8 Ibid., p. 16.
9 Ibid.
10 Friedrich Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, traduit par Jeanne Stern, Paris, Éditions sociales, 1972 [1884], p. 17-18.
11 Yvonne Knibiehler, Véronique Leroux-Hugon, Odile Dupont-Hess et Yolande Tastayre (dir.), Cornettes et blouses blanches. Les infirmières dans la société française (1880-1980), Paris, Hachette, 1984.
12 Françoise Mayeur, Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France, tome III, De la Révolution à l’École républicaine (1789-1930), Paris, Perrin, 1981.
13 Anne Martin-Fugier, La place des bonnes : la domesticité féminine à Paris en 1900, Paris, Grasset, 1979.
14 Joan W. Scott et Louise A. Tilly, Les femmes, le travail et la famille, traduit par Monique Lebailly, Paris, Éditions Rivages, 1987 [1978].
15 Sylvie Schweitzer, Les femmes ont toujours travaillé, une histoire du travail des femmes aux XIXe et XXe siècles, Paris, Odile Jacob, 2002.
16 Anaïs Albert, Clyde Plumauzille et Sylvain Ville, « Déplacer les frontières du travail », Tracés. Revue de sciences humaines, 32, 2017, p. 7-24, p. 12.
17 Michelle Perrot, « De la nourrice à l’employée. Travaux de femmes dans la France du XIXe siècle », Le Mouvement social, 105, 1978, p. 3-10.
18 Michelle Perrot, « La ménagère dans l’espace parisien au XIXe siècle », Les Annales de la recherche urbaine, 9, 1980, p. 3-22.
19 Mathilde Dubesset et Michelle Zancarini-Fournel, Parcours de femmes, Réalités et représentations, Saint-Étienne, 1880-1950, Lyon, PUL, 1993.
20 Michelle Perrot, « Qu’est-ce qu’un métier de femme ? », Le Mouvement social, 140, 1987, dossier « Métiers de femmes », p. 3-8, p. 3.
21 Delphine Gardey, La dactylographe et l’expéditionnaire – Histoire des employées de bureau, 1890-1930, Paris, Belin, 2002.
22 Catherine Omnès, Ouvrières parisiennes. Marché du travail et trajectoires professionnelles au 20e siècle, Paris, Éditions de l’EHESS, 1997.
23 Anne-Sophie Beau, Un siècle d’emplois précaires, Paris, Payot, 2004.
24 Ces activités domestiques sont étudiées dans d’autres champs de l’historiographie : histoire de la vie privée, histoire de l’éducation ou encore histoire de la maternité. Annie Dussuet, « Le “travail domestique” : une construction théorique féministe interrompue », Recherches féministes, 30, 2017, p. 101-117.
25 Simonet, Travail gratuit…, op. cit., p. 118.
26 Schweitzer, Les femmes ont toujours travaillé…, op. cit., p. 12.
27 Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Méheust, « Le care, une “voix différente” pour l’histoire du genre », Clio. Femmes, Genre, Histoire, 49, 2019, p. 7-22, p. 12.
28 Pascale Molinier, « Au-delà de la féminité et du maternel, le travail de care », 2010, Champ psy, 58, 2010, p. 161-174, cité par Plumauzille/Rossigneux-Méheust, « Le care… », art. cit., p. 12.
29 Plumauzille/Rossigneux-Méheust, « Le care… », art. cit., p. 13.
30 Cette notion a par ailleurs été critiquée dans son usage extensif dans les sciences sociales. Voir Christelle Avril, « 15 - Sous le care, le travail des femmes de milieux populaires. Pour une critique empirique d’une notion à succès », in Margaret Maruani (dir.), Je travaille, donc je suis. Perspectives féministes, Paris, La Découverte, 2018, p. 205-216.
31 Arlie Russell Hochschild, Le prix des sentiments : au cœur du travail émotionnel, traduit par Salomé Fournet-Fayas et Cécile Thomé, Paris, La Découverte, 2017 [1983].
32 Helena Hirata, « Travail productif, travail de care », Actuel Marx, 70, 2021, p. 62-76.
33 Simonet, Travail gratuit…, op. cit.
34 Maud Simonet, L’imposture du travail. Désandrocentrer le travail pour l’émanciper, Paris, Éditions 10/18, 2024, p. 13.
35 Christine Delphy, « Un féminisme matérialiste est possible », Nouvelles questions féministes, 4, 1982, p. 50-86.
36 Colette Guillaumin, « Pratique du pouvoir et idée de Nature. (2) Le discours de la Nature », Nouvelles questions féministes, 3, 1978, p. 5-28.
37 Mariarosa Dalla Costa et Selma James, Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, Genève, Librairie Adversaire, 1973 ; Silvia Federici, Wages Against Housework, Bristol, Power of Women Collective and Falling Press, 1975.
38 Louise Toupin, Le salaire au travail ménager. Chronique d’une lutte féministe internationale (1972-1977), Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 2014.
39 Angela Y. Davis, Women, Race & Class, New York, Random House, 1981.
40 Carolyn Merchant, La Mort de la nature – Les femmes, l’écologie et la Révolution scientifique, traduit par Margot Lauwers, Marseille, Éditions Wildproject, 2021 [1980].
41 Evelyn Nakano Glenn, « From Servitude to Service Work: Historical Continuities of Racial Division of Paid Reproductive Work », Signs, XVIII, 1992, p. 1-43. Cet article a été traduit en français : Evelyn Nakano Glenn, « De la servitude au travail de service : les continuités historiques de la division raciale du travail reproductif payé », in Elsa Dorlin (dir.), Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF, 2009, p. 21-70.
42 Myriam Paris, « “Nous qui versons la vie goutte à goutte” – Féminismes, économie reproductive et pouvoir colonial à La Réunion », Paris, coll. « Nouvelle bibliothèque de thèses de science politique Dalloz », 2020.
43 Il faudrait effectuer un travail plus approfondi pour en déterminer les premières occurrences qui sont sans doute antérieures.
44 Barbara Laslett et Johanna Brenner, « Gender and Social Reproduction: Historical Perspectives », Annual Review of Sociology, 15, 1989, p. 381-404.
45 L’ensemble des Cahiers de l’APRE sont disponibles sur le portail femenrev.persee.fr.
46 « La famille comme unité de production », Cahiers de l’APRE, 4, 1986.
47 Danièle Kergoat, « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », in Helena Hirata, Françoise Laborie, Hélène Le Doaré et Danièle Senotier (dir.), Dictionnaire critique du féminisme, Paris, Presses universitaires de France, 2004, p. 35-44, p. 42.
48 Scott/Tilly, Les femmes, le travail…, op. cit. ; Françoise Battagliola, Histoire du travail des femmes, Paris, La Découverte, 2000.
49 Charlène Calderaro, « La critique féministe-marxiste : du travail domestique aux théories de la reproduction sociale », Travail, genre et sociétés, 48, 2022, p. 113-128.
50 Catriona Macleod, Alexandra Shepard et Maria Ågren (dir.), The Whole economy, work and gender in early modern Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 2023.
51 Eloisa Betti, Leda Papastefanaki, Marica Tolomelli et Susan Zimmermann (dir.), Women, Work, and Activism: Chapters of an Inclusive History of Labor in the Long Twentieth Century, Budapest, Central European University Press, 2022.
52 Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel, Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, Paris, La Découverte, 2020.
53 Annabelle Serry, « Travail de reproduction sociale, travail rémunéré et mouvement des femmes : constats, perceptions et propositions des jeunes féministes québécoises », mémoire de maîtrise en science politique, Montréal, UQAM, 2012 ; Toupin, Le salaire au travail ménager…, op. cit.
Haut de pagePour citer cet article
Référence électronique
Chloé Buton, Camille Courgeon et Fanny Gallot, « Introduction », Genre & Histoire [En ligne], 37 | 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/genrehistoire/12194 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16h41
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