- 1 Je souhaite vivement remercier Evgeniya Gutova, Sofiane Smaïl et les relecteurs anonymes pour leurs (...)
1L’Afrique du Nord occidentale abrite un certain nombre de poches de populations relictuelles de salamandres, appartenant à un complexe de sous-espèces plus ou moins isolées géographiquement et génétiquement. Ce complexe, classé sous le nom scientifique de Salamandra algira, la salamandre algire, fut premièrement décrit en Algérie par Bedriaga (1883) à partir de la population du massif de l’Edough (massif littoral du Nord‑Est algérien). Pensée premièrement comme endémique à l’Algérie, cet amphibien fut par la suite décrit dans des montagnes du nord du Maroc (Rif et Moyen Atlas septentrional), tandis que des recherches infructueuses au nord de la Tunisie semblent confirmer une répartition strictement maroco-algérienne (Bogaerts et al., 2013). Ce n’est qu’au début du xxie siècle, que des chercheurs ont découvert l’existence d’une importante diversité intraspécifique de cet animal au nord du Maroc : avec pas moins de quatre nouvelles sous-espèces micro-endémiques, dont les répartitions sont parfois réduites à quelques vallons montagneux.
2Jusqu’à présent, aucune étude ne s’est penchée sur la nomenclature de la salamandre en Afrique du Nord. Celle‑ci présente pourtant plusieurs avantages : l’existence d’une unique espèce à répartition limitée à quelques massifs montagneux littoraux algéro-marocains nous permet de travailler avec un nombre de points d’enquêtes relativement faible. Par ailleurs, la salamandre est un animal pour le moins spectaculaire, qui, malgré son rythme biologique l’amenant à passer inaperçu des hommes la plus grande partie du temps, est partout connue des populations rurales qui partagent son environnement. Enfin, contrairement à d’autres batraciens, et en particulier les anoures, les désignations de la salamandre ne sont pas envahies par les formes d’origines onomatopéiques imitant le coassement, lesquelles sont souvent difficiles à étudier d’un point de vue historique. À ces avantages, cette recherche zoonymique présente des intérêts auprès de différentes disciplines : l’étude des motivations lexicales additionnée à la documentation des légendes, pratiques et dictons concernant cet animal intéressent autant l’anthropologue, le linguiste, que le biologiste. La répartition de notre urodèle à cheval sur diverses aires berbérophones, dont plusieurs sont sous‑documentées et menacées (Sanhaja de Sraïr, kabyle des Babors, de l’Atlas blidéen, etc.), apporte une motivation dans le cadre de la documentation de ces dernières. Enfin, la linguistique de contact se voit interrogée par le questionnement des stratégies prises dans les variétés d’arabes concernées pour dénommer une espèce animale endémique à l’Afrique du Nord. Notre article s’articulera, après un bref aperçu de l’écologie de cet animal, en une première partie linguistique s’intéressant à sa nomenclature, puis en une seconde partie portant plutôt sur les aspects ethnobiologiques comprenant de courts corpus concernant les dictons et les pratiques entourant notre animal, ainsi que leur comparaison à l’échelle circumméditerranéenne.
Figure 1. – Salamandra algira algira (Tamridjet, Béjaïa : Algérie).
Photo : M. Garaoun.
- 2 Ce comportement ne se vérifie pas chez toutes les espèces : Salamandra lanzai (espèce alpine) par e (...)
3Les salamandres sont des batraciens urodèles, une famille d’amphibiens se distinguant par la conservation d’une queue à l’âge adulte. La plupart des espèces de salamandres sont des amphibies strictes, c’est‑à‑dire que la croissance des animaux à partir de l’éclosion au stade larvaire (têtard) jusqu’au stade adulte et à la ponte n’est possible qu’au moyen de l’alternance d’une période de vie aquatique puis terrestre2. Ce sont des animaux carnivores, plus précisément insectivores. Ombrophiles voire nocturnes, les adultes chassent leurs proies à l’affût dans les habitats humides qu’ils affectionnent (humus, grottes, bois mort, etc.).
4La salamandre algire adulte mesure entre 15 et 20 cm de long. Cet animal se caractérise par son aspect luisant et sa coloration originale, noire, tachetée de jaune, mais aussi de rouge chez certaines sous‑espèces. Signalons enfin l’espérance de vie exceptionnelle des salamandres à l’échelle des urodèles, puisqu’elles atteindraient dans la nature une vingtaine d’années, jusqu’à trente ans en captivité.
Figure 2. – Fontaine du village d’Aït Aïssa (commune d’Aokas, Algérie), dans laquelle des salamandres se reproduisent chaque année.
Photo : M. Garaoun.
Figure 3. – Têtard de salamandre algire (Tamridjet, Béjaïa : Algérie).
Photo : M. Garaoun.
Figure 4. – Juvénile de Salamandra algira algira (Aokas, Béjaïa : Algérie).
Photo : M. Garaoun.
- 3 Il y a cinq à six millions d’années avant notre ère.
5Le genre Salamandra comprend seulement sept espèces, lesquelles se rencontrent en Europe centrale, en Europe du sud, en Afrique du Nord ainsi qu’au Moyen‑Orient. Salamandra algira est la seule parmi celles‑ci à peupler l’Afrique du Nord, où elle n’est que faiblement répartie dans quelques massifs littoraux algériens et marocains. Selon Beukema et al. (2010), la conquête de ces régions par cet animal pourrait trouver son origine dans la crise de salinité messinienne3, laquelle a provoqué un assèchement de la méditerranée, et par conséquent la possibilité pour cet animal de conquérir le Maghreb occidental depuis la péninsule ibérique, sans doute via l’actuel détroit de Gibraltar. La salamandre algire présente une diversité intraspécifique importante générée par l’isolement de certaines populations dans les petits massifs du nord de l’Atlas où elles ont pu s’établir. Au Maroc, quatre sous-espèces ont été décrites durant la dernière décennie : S. algira tingitana au nord et à l’ouest de Tanger ainsi que dans la péninsule de la Ceuta ; S. algira splendens dans le Rif central, S. algira atlantica dans le nord et le centre du Moyen Atlas, et enfin S. algira spelaea dans l’unique massif des Aït Iznassen (Béni Snassen) du Rif oriental non loin de la frontière algérienne. En Algérie l’ensemble des formes de S. algira ont été associées au type (S. algira algira) décrit dans le massif de l’Edough par Lallemant en 1867. Il convient de dire que, contrairement aux populations marocaines, celles‑ci s’observent tout le long du corridor écologique formé par l’ensemble des régions montagneuses dit des Kabylies, allant du massif blidéen à celui de l’Edough, et traversant le Djurdjura, les Babors et Collo. Des doutes subsistent néanmoins sur le statut de la population algérienne du massif des Traras (environs de Tlemcen).
6En Afrique du Nord, la salamandre colonise des habitats assez divers, entre les populations troglobies inféodées à des réseaux de grottes et de souterrain (S. spelea), les populations vivant au niveau de la mer du littoral méditerranéen (S. algira algira dans les Babors, S. algira tingitana dans le Rif occidental, etc.), ou encore celles franchement montagnardes observées à des altitudes parfois élevées (S. algira atlantica a été rencontrée entre 600 et 2455 mètres d’altitude dans le Moyen Atlas marocain). Les œufs et les larves de S. algira se développent dans l’eau fraîche des bassins d’eau stagnante en Kabylie où ils sont régulièrement observés dans des habitats d’origine anthropiques (fontaines, rigoles, bassins d’élevage de poissons). Les adultes sont difficiles à observer, le plus souvent leur rencontre se fait dans des conditions atmosphériques très humides (brouillard, pluie, orage, etc.). Dans certaines régions, nos informateurs nous ont confié qu’ils n’avaient jamais vu d’animaux vivants, mais uniquement écrasés par des véhicules sur les routes à la suite d’épisodes pluvieux. L’importance des populations de la salamandre algire varie également d’une station à une autre, dans le massif des Babors, région la plus humide d’Algérie, celle‑ci est relativement commune et facile à observer en hiver. Une situation opposée à celle du massif des Traras, où l’animal est excessivement rare puisqu’il n’a plus été observé depuis sa découverte (Escoriza & Ben Hassine, 2014). En Algérie et au Maroc, de nouvelles stations sont d’ailleurs fréquemment mises à jour, avec la découverte très récente (Hernandez & Escoriza, 2019) de la sous‑espèce S. algira atlantica dans le Moyen Atlas marocain, ou celle de populations troglobies dans la région littorale de Skikda en Algérie (Escoriza & Ben Hassine, 2014).
7Nous décrirons ici les différentes appellations recueillies pour cet animal, et tenterons de les interroger sous le prisme de la sémantique lexicale, puis sous celui du contact de langue. Avant de regarder les données issues de notre enquête, nous présenterons quelques données nord-méditerranéenne, intéressantes pour la comparaison, aucune autre aire de répartition du genre Salamandra n’étant autant renseignée que celle‑ci.
8Les dénominations de la salamandre autour de la méditerranée sont liées à la répartition des différentes espèces de cet animal : en Afrique du Nord, celles‑ci se cantonnent à l’aire de répartition de S. algira (Maroc et Algérie) ; au Moyen‑Orient, l’espèce S. infraimmaculata présente une aire de répartition très importante (Liban, Palestine, Syrie, Turquie, jusqu’en Irak et en Iran), et probablement de nombreuses appellations dans des langues très diverses. Enfin toute l’Europe centrale et méridionale jusqu’en Asie de l’Ouest est concernée par l’espèce Salamandra salamandra, relativement commune, dont les dénominations sont foisonnantes. Signalons enfin les salamandres noires alpines (S. lanzai et S. atra) ainsi que les deux micro-endémiques corse (S. corsica) et andalouse (S. longirostris).
9Les données de l’Atlas linguistique roman (2009) nous ont permis d’accéder aux enquêtes linguistiques concernant le nom génétique des salamandres corses tachetées et noires. Nous ne regarderons pas les dénominations de cette dernière qui viennent généralement s’opposer à celle de la tachetée dans les régions où les deux espèces cohabitent. Nous donnerons également les quelques données recueillies pour le nom de l’espèce tachetée en arabe autrefois pratiqué en Andalousie. Parmi les langues d’Europe occidentale, signalons dès à présent l’origine du nom latin et scientifique salamandra, qui est un emprunt au grec σαλαμάνδρα, lequel correspond lui‑même à une composition conservée du substrat vasconique (Hickey, 2010 : 890) : *salam(a) « eau » + and(e)ra « fille », littéralement « fille d’eau ». Cette étymologie est confirmée par le zoonyme basque relevé en synchronie ur‑andra « demoiselle d’eau » (ibid.). Ces mots latins et grecs ont été intégrés par les langues savantes standardisées à diverses époques, et sont par conséquent actualisés par beaucoup de langues européennes (allemand salamander, hongrois szalamandra, bulgare саламандър, provençal albreno, etc.), ainsi que dans quelques langues proches orientales (arabe classique السمندل, turque semenderi, etc.).
10En dehors de cet étymon d’origine pré‑indoeuropéenne, les cartes de l’Atlas linguistique roman concernant la salamandre (Nesi, 2001) divisent ses dénominations en 10 types sémantiques. Le premier, décrivant l’aspect de l’animal est à l’origine de la majorité des dénominations : morphologie de l’animal (aspect de la peau, présence de patte) :
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occitan biterrois (roman) blando « blonde » (Azaïs, 1877) ; charolais (roman) aubionde « blonde » (Rossi, 2006) ; bourguignon (roman) tè « tacheté » (ibid.), morvandiau (roman) tâ « tacheté » (ibid.).
11Le deuxième groupe sémantique le plus important est lié aux observations naturalistes des locuteurs, et lie la salamandre à ses habitats de prédilection (forêt, eau, etc.), ainsi qu’aux précipitations (pluie, orage, etc.) qui permettent souvent son observation (Nesi, 2001) :
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oïl liz’ar d jo « lézard d’eau » (ibid.), kɑ̃npl’ova « quand il pleut » (ibid. : 493), génois silv’estru « sylvestre » (ibid.), francoprovençal plāver’ula « pluie » (ibid.).
12Cinq types sémantiques proposent dans le nom de la salamandre, des associations — peut‑être distinctives de l’Europe méridionale — avec les nombreux mythes et pouvoirs qu’on lui attribue (grande venimosité, résistance au feu, etc., voir partie 4). Ces légendes sont généralement perçues négativement, de même que les appellations (Nesi, 2001) :
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oïl djabl « diable » (Nesi, 2001 : 497), limousin (roman) essouble « souffleur, cracheur (de venin) » (Béronie & Anne Vialle, 1824) ; normand (roman) mouron « souci, problème » (Termite, 2019) ; poitevin (roman) scorpion (Mauduyt, 1825) ; wallon (roman) rogne « gale » (Boutier, 2008) ; auvergnat (roman) enflebœuf (Boujot, 2001) ; basque (vasconique) arrobio cognat de erensuge « dragon » (Orpustan, 2006 : 14).
13D’autres appellations plus isolées sont motivées par des traits plus ou moins transparents. Plusieurs d’entre elles pourraient être liées à des croyances plus localisées ou perdues. Certaines insistent sur la laideur attribuée à cet animal, d’autres sont dérivées des dénominations d’autres animaux :
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saintongeais (roman) sereine « sirène, chanteuse » (Jônain, 1869 : 41) ; berrichon (roman) sauret « lézard » (ibid.) ; corse catellu muntaninu (roman) « chiot de montagne » (Escoriza, 2007 : 24) ; champenois tet (roman) « qui tête » (confusion / superposition avec le têtard ? (Tarbé, 1851 : 136).
14De l’arabe pratiqué ou anciennement pratiqué en Europe romane, nous n’avons que les traces de quelques dénominations relevées à travers les manuscrits d’arabe andalous, la salamandre étant absente de Sicile et de l’archipel maltais :
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Suḥliyyah (Corriente, Pereira & Vicente, 2017 : 621), donné comme une confusion avec le nom d’un reptile (ibid.) ; samandal (ibid. : 662), emprunté à l’arabe classique ; xemebráx (ibid. : 728), donné comme une composition < sāmmun abraṣ « venimeux et parsemé de taches » (ibid) ; távpat azugíç (ibid. : 828), dont le premier élément est un emprunt au roman talpa « taupe », et le second est plus flou.
15Signalons enfin le terme arrakl’an, un emprunt à l’arabe (<ƐQRB) signifiant à l’origine dans cette langue le « scorpion », est passé dans certaines variétés de castillan pour désigner la salamandre.
16Cet aperçu des dénominations de l’animal dans des langues européennes a mis en exergue la diversité de celles‑ci. Nous pensons qu’il serait tout à fait opportun de réaliser un travail parallèle pour nos données, et de classer les noms de cet animal selon leurs motifs sémantiques. Cet exercice pourrait mettre en évidence les principales correspondances sémantiques attribuées à cet animal à travers ses noms, et peut‑être expliquer les conservatismes anciens observés.
- 4 En dehors de son aire de répartition, l’animal, lorsqu’il est connu, est généralement dénommé au mo (...)
- 5 Thèse financée par l’École pratique des hautes études (EPHE) et le Laboratoire de langues, langages (...)
17En Afrique du Nord, les noms de la salamandre sont relativement nombreux, bien que l’animal y soit plutôt rare et connu uniquement des populations rurales des régions où sa présence est attestée4. Nous avons tenté par divers moyens de recueillir ces dénominations partout où elles ont été signalées : pour cela, nous avons envoyés des questionnaires à une centaine de locuteurs via internet et interrogé directement ces derniers sur leur lieu de vie, dans les régions que nous avons le plus étudiées durant notre travail de terrain pour les besoins de notre thèse doctorale5 (massifs de la Kabylie des Babors, en Algérie). Dans ces questionnaires et durant ces entrevues, nous avons interrogé les locuteurs sur le nom de cet animal dans leurs parlers respectifs à partir de photographies de celui‑ci. Afin de vérifier l’identification correcte de l’animal par le locuteur et afin d’éviter en particulier la confusion avec d’autres petits vertébrés, nous avons toujours demandé des informations sur l’écologie (réelle ou supposée) de la salamandre : « où vit la salamandre ? », « Quand l’aperçoit‑on ? », etc.
- 6 On pourra difficilement reprocher aux auteurs ces erreurs, tant l’identification de l’animal peut ê (...)
- 7 Les dénominations senhadjis nous ont aimablement été données par Evgeniya Gutova, que nous remercio (...)
18Ces questions ont par ailleurs souvent amené les locuteurs à partager avec nous les mythes et les croyances qui étaient associés à cet animal dans leurs communautés, éléments qui seront abordés dans la seconde partie de cet article. Par précaution, nous avons préféré ne pas mobiliser les sources lexicographiques existantes dans le cadre de cette enquête : les quelques formes glanées dans les dictionnaires et lexiques d’arabe maghrébin et de berbère semblent faire souvent l’objet d’erreurs d’identification6. De plus, les dictionnaires et lexiques un peu anciens de la zone berbère, ou encore ceux proposant typiquement des « standards » du berbère, donnent rarement l’origine précise dans laquelle ces termes ont été recensés et pourraient dans certains cas proposer des formes néologiques. Seules les formes trouvées dans deux dictionnaires ont été saisies dans ce corpus : celui des Aït Salah de l’atlas blidéen (El Arifi, 2016), ainsi que le dictionnaire du parler des At Manguellet du Djurdjura (Dallet, 1982). Dans le tableau suivant figurent les différentes variétés d’arabe maghrébin et de berbère parmi lesquels nous avons recherché la ou les dénominations de cet animal, en lien avec la sous‑espèce concernée et donc son aire de répartition7.
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Sous‑espèce
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Variétés linguistiques
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Pays
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S. a. algira
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Ber./ar. des massifs des Kabylies, ar. des Traras ?
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Algérie
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S. a. tingitana
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Ar. Jbala, ber./ar. des Ghomaras
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Maroc
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S. a. splendens
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Ber./ar. Sanhadji de Sraïr, rifain oriental
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Maroc
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S. a. spelae
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Rifain occidental, zénète de l’oriental marocain
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Maroc
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S. a. atlantica
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Ber. du Moyen Atlas, surtout du Moyen Atlas oriental
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Maroc
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- 8 La variation dans les dénominations de cet animal est si importante qu’il nous est impossible d’aff (...)
19En comparaison avec la répartition connue de la salamandre algire, nous étions étonnés de rencontrer une certaine difficulté à recueillir ses dénominations dans deux régions : le Rif occidental (pays Jbala) et le Moyen Atlas marocain. Dans le Moyen Atlas, cette difficulté pourrait être liée au mode de vie souvent entièrement troglodyte de l’animal (Hernandez & Escoriza, 2009). Dans le pays Jbala, pour lequel nous disposons d’un faible nombre d’informateurs, nous pensons qu’il serait nécessaire de réaliser des enquêtes de terrains plus fournies. Inversement, nous avons été agréablement surpris de découvrir des appellations pour cet animal dans deux régions où celui‑ci n’a pas été encore été observé par les biologistes : l’îlot septentrional chaouïphone des Amouchas (nord des hauts plateaux sétifien) et celui des At Menaceur (Dahra orientale). L’ensemble des 100 appellations recueillies sont présentées dans le tableau figurant ci‑dessous8 :
- 9 Sofiane Smaïl, communication personnelle
- 10 Kania Rabdi, communication personnelle.
- 11 Samir Tighzert, communication personnelle.
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Commune (+ village / confédération)
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Aire variétale
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Dénomination(s)
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Tanger
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Arabe jbala
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ɛārəq əḍ‑ḍbāb
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Chefchaouen
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Arabe jbala
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ɛārūs əš‑šta
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(Ġmāra)
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Arabe jbala (Ghomaras)
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bərqāṭa/bərṭāṭa d əs‑sma
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(Mezyaz)
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Arabe jbala (Kétamas)
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nəjmət əs‑sma
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(Waḥciyet)
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Arabe jbala (Kétamas)
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mzīwwqa
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(Tamsawt)
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Arabe jbala (Kétamas)
|
jəmrət əs‑sma
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(Bni Ɛisi)
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Senhadji de Sraïr (Kétamas)
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iḏ̣iṛ ~ iḏ̣eṛ
|
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(Bni ḥmed)
|
Senhadji de Sraïr (Kétamas)
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axxuy n ccta
|
|
(Ssaḥel)
|
Senhadji de Sraïr (Kétamas)
|
aḏ̣ar n genna
|
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(Bni Ḥmed)
|
Senhadji de Sraïr
|
aḏ̣aṛ/iṯri n ṯawweṯ
|
|
(Ay Bunṣar)
|
Senhadji de Sraïr
|
aḍaṛ n ṯaguṯ
|
|
(Ay Seddat)
|
Senhadji de Sraïr
|
lmarṭa ~ lbarṭa ~ aḏ̣ar n ccerqi
|
|
(Zerqet)
|
Senhadji de Sraïr
|
aḏ̣aṛ/baḵa n ṯagguṯ
|
|
(Igzennayen)
|
Rifain occidental
|
ḏ̣a n tayuṯ
|
|
Ajdir (Ayt Waryaɣer)
|
Rifain occidental
|
aḍaḍ n ṯaggu(y)ṯ
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|
(Ayt Iznasen)
|
Rifain oriental
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azermiṭa
|
|
El Menzel (Bni yazġa)
|
Arabe des Bni yazgha
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ɛābd əs‑sma
|
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Tazekka (Ayt Warayen)
|
Tamazight du Moyen Atlas oriental
|
amejnun n ṯayuṯ
|
|
Zkara (Ayt Zekri)
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Zénète de l’oriental marocain
|
mjun n tayyuṯ
|
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Menaceur (At Mnaṣer)
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Zénète de la Dahra
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filṭaw
|
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Béni‑Salah (Ayt Ṣaleḥ)
|
Tachelhit de l’Atlas blidéen
|
afilṭu
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Chabet el Ameur (At Xalfun)
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Kabyle extrême-occidental
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awlul igenni
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Chabet el Ameur (At Ɛli)
|
Kabyle extrême-occidental
|
Awlul
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Timezrit (Iɣemrasen)
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Kabyle extrême-occidental
|
Awlul
|
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Sidi Ali Bounab (Iflisen umellil)
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Kabyle extrême-occidental
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ṯaṣabant bbwaman
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Béni Amran (It Ɛamran)
|
Kabyle extrême-occidental
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aḇuṣiḥan ~ ṯisliṯ ggemqweṛqwaṛ
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Draâ El Mizan
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Kabyle extrême-occidental
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ṯisdest bbwaman
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Tirmitin (Izerruden)
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Kabyle extrême-occidental
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ṯifiɣerṯ
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Maatkas (Imaɛtuqen)
|
Kabyle occidental
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ṯifiɣerṯ
|
|
Aïn Zaouïa (Bumahni)
|
Kabyle occidental
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ṯaqjunt igenni
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Makouda (At Wagennun)
|
Kabyle occidental
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ṯaqjunt uzemmur
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|
Souk El Thenine
|
Kabyle occidental
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ṯiḏesṯ bbwaman
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|
Aït Yenni (At Yenni)
|
Kabyle occidental
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ṯig̱eltesṯ bbwaman
|
|
Béni Zmenzer (At Zmenzer)
|
Kabyle occidental
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ṯig̱ḏesṯ ~ ṯisdesṯ9
|
|
Ouadhia (Iwaḍiyen)
|
Kabyle occidental
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ṯag̱uḍreţţ ppwaman
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|
Larbaâ Nath Irathen (At Iraten)
|
Kabyle occidental
|
ṯig̱ḏezṯ bbwaman
|
|
Ouacif (At Wasif)
|
Kabyle occidental
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ṯayḏesṯ/ṯifiḏesṯ bbwaman
|
|
Aït Toudert (Tachechat)
|
Kabyle occidental
|
ṯig̱fesṯ bbwaman
|
|
Iboudraren (Ibudraren)
|
Kabyle occidental
|
ṯig̱ẓelṯ bbwaman
|
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Iferhounène (At Itsuraɣ)
|
Kabyle occidental
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ṯayḏesṯ bbwaman
|
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Freha (At Ǧennad)
|
Kabyle occidental
|
ṯifiḏesṯ bbwaman
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Aïn El Hammam (At mangellet)
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Kabyle occidental
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ṯayḏesṯ/ṯag̱ḏesṯ/ṯig̱ḏesṯ bbwaman
|
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Kabyle occidental (Agwni n testant)
|
Kabyle occidental
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ṯiḏazṯ bbwaman
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Azazga (Iɛeẓẓugen)
|
Kabyle occidental
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ṯaḇureqmanṯ
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El Asnam (At Yeɛla)
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Kabyle occidental
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ṯagresṯ bbwwaman
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Saharidj (Imesdurar)
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Kabyle occidental
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ṯizelliṯ bbwaman
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Saharidj (Imcedallen)
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Kabyle occidental
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ṯig̱ḏesṯ bbwwaman
|
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M’chedallah (Imcedallen)
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Kabyle occidental
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ṯiḏiṯ bbwwaman
|
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Takerboust (Takerbust)
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Kabyle occidental
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ṯisemsemt ggwaman
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Beni Mellikeche (At Mlikec)
|
Kabyle oriental
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ṯayḏeţţ ggwaman
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Akbou (At Ɛebbas)
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Kabyle oriental
|
ṯilesṯ ggwaman
|
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El‑Maïn (Ayt Yaɛla)
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Kabyle oriental
|
ṯaylesṯ ggwaman
|
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Tazrout (At Wizgan)
|
Kabyle oriental
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ṯimreqqemṯ
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Sidi Aïch (At Weɣlis)
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Kabyle oriental
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ṯadist ggwaman
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Ouzellaguen (Uzellagen)
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Kabyle oriental
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ṯaḏayes ggwaman
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Tifra (Ikeǧǧan)
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Kabyle oriental
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ṯisliṯ ggwanẓar
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Tifra (At Manṣur)
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Kabyle oriental
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ṯisliṯ ig̱enni
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Béni Yala (It Iɛala)
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Kabyle oriental
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ṯig̱dest
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Béni Ouertilan (It Wertilan)
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Kabyle oriental
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aḇuṣiḥan
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El‑Kseur (Ibarisen)
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Kabyle oriental
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ṯileţţ iyenni
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Toudja (Tarḍam)
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Kabyle oriental
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ṯilseţ igenni
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Timezrit (At Yemmel)
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Kabyle oriental
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ṯisliṯ wwaman
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Kendira (Ihbachen)10
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Kabyle oriental
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aḇuṣiḥ
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Tichy (It Mellul)
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Kabyle oriental
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ṭṭir ig̱enni11
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Tizi N’Berber (It Buɛisi)
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Tasahlit occidental
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leḥlal n tyerza
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Aokas (Ayt Mḥend)
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Tasahlit occidental
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ṭṭir igenwan
|
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Tamridjet (Ayt Buysef)
|
Tasahlit occidental
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ṯaṭarett n igenni
|
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Kherrata (Ijermunen)
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Tasahlit méridional
|
ṯagṭiṭ igenni
|
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Aït Smaïl (Ayt Smaɛel)
|
Tasahlit occidental
|
ṯaṭarett n igenni
|
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Tamridjet (Ayt Leɛlam)
|
Tasahlit oriental
|
ṭergenni
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Melbou (Ayt Segwal)
|
Tasahlit oriental
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iṭṭergenni ~ aṭṭergenni(ṭ)
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Bouqalâ (Adewwaṛ Qelɛun)
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Chaoui des Amouchas
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ṯamaqqast n waman
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Ziama‑Mansouriah (Bni Ɛīsa)
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Arabe jijélien occidental
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Abūryūn
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Erraguène Souci (Bni Mərmi)
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Arabe jijélien occidental
|
ṭirūgənnān
|
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El Aouana (Əl Ɛāwāna)
|
Arabe jijélien occidental
|
ṭərgənni ~ ṭirūgənna
|
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El Aouana (Bni Səkfāl)
|
Arabe jijélien occidental
|
ṭirūgənnāṛ
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Jijel‑ville
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Arabe jijélien central
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abāyqāɛ ~ abūryūn
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Béni Habibi (Bni Ḥbībi)
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Arabe jijélien oriental
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abūryūn ~ būryūna
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Boudriaa Béni Yadjis (Bni Yāǧīs)
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Arabe jijélien méridional
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bāyqāɛ
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Djimla (Bni Fūġāl)
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Arabe jijélien méridional
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bāyqāɛ
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Oued Athmania
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Arabe jijélien méridional
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qerṭāt əl‑jənna
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Seraïdi
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Arabe de l’Edough
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wəld ər‑rɛād (mrāngət)
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20Les traits sémantiques relevés relatifs aux noms de la salamandre sont divers et variés, nous les avons classés en quatre groupes selon leurs degrés d’occurrences ainsi que leurs répartitions parmi les différentes aires dialectales arabes et berbères :
-
Motifs isolés (observé(s) dans une seule aire) ;
-
Motifs isolés redondants (rares mais observés dans plusieurs aires) ;
-
Motif en bloc isolé (trait largement attesté dans une même aire) ;
-
Motif en bloc redondant (trait largement attesté dans plusieurs aires).
21La majorité des dénominations recueillies correspond au premier type, motifs rares et isolés, observés dans une seule aire linguistique. Les appellations rencontrées en bloc ne sont quant à elles représentées que par deux cas correspondants chacun à l’un des deux types décrit ci‑dessus. Enfin, les appellations isolées mais redondantes bien que peu nombreuses sont d’un très grand intérêt : puisque celles‑ci pourraient renvoyer à des formes dispersées par l’action des migrations et du contact entre les populations. Les différents motifs relevés sont représentés dans la carte suivante :
Figure 5. – Carte des motifs sémantiques recueillis.
Photo : M. Garaoun.
22Ce bloc de dénominations est largement réparti en Kabylie (Algérie) à travers le massif du Djurdjura et la vallée de la Soummam. Celui‑ci présente des formes relevant d’une suite (F/Y)DS, le plus souvent observée en composition du nom aman « eau ».
23La racine DS est attestée à l’échelle pan‑berbère, où celle‑ci est le plus souvent attachée au sème de ventre : Chleuh ad(d)is « ventre, Moyen Atlas adis « ventre, grossesse, fœtus », tadist « bouche à nourrir, personne à charge, diarrhée, bas‑ventre, entrailles », tadist ~ tadiss ~ tédiss ~ tadess « ventre », Neffoussa ~ tiddist ~ taddist ~ ddiset ~ ddist « ventre » (Naït‑Zerrad, 1999 : 401). Les dérivés kabyles les plus fréquemment admis de cette racine sont tadist « grossesse, fœtus » (ibid.) et idis « côté, partie latérale d’une chose » (Kireche, 2010 : 69) qui est attesté en plusieurs points du Djudjura à travers la composition tadist n waman dans la dénomination. Les locuteurs employant cette composition interprètent sa signification d’origine comme correspondant à « fœtus d’eau ».
- 12 Durant le séminaire de linguistique berbère dirigé par Amina Mettouchi (lundi 17 mai 2021).
- 13 La semi-vocalisation de [f] est un phénomène attesté en berbère (voir Kossmann, 1996).
- 14 Signalons également taferdeddist « graisse de conserve » (fer– + DS ?) chez les Ntifa (Naït‑Zerrad, (...)
24D’après une proposition faite par Amazigh Bedar12, la suite YDS pourrait à son tour découler d’une suite FDS dont la première radicale se serait semi-vocalisée13 avant de chuter. Cette hypothèse est corroborée par la forme tifidast, récoltées en deux points de la Kabylie du Djurdjura. La suite FDS est d’ailleurs observée comme cognat de DS « ventre » dans le chleuh afddis « ventre (péjoratif) »14 (Naït‑Zerrad, 2002 : 529).
25D’après ces différentes hypothèses, les formes relevées pourraient correspondre d’un point de vue diachronique au développement suivant : FDS (ex. tifidast) > YDS (ex. taydest) > DS (ex. tadist). À côté de ces formes, il existe des variantes relevant de dérivations phonétiques bien connues :
-
consonnantification de [j] en [g], tendance caractéristique du kabyle occidental (ex. ṯig̱ḏesṯ) ;
-
- 15 Voir kabyle occidental tafunast « vache » vs Timezrit (kabyle extrême-occidental) tafunazt (Kireche (...)
voisement de [s] en [z], phénomène universel fréquemment observé dans les parlers de la région15 (ex. ṯiḏazṯ bbwaman).
26D’autres dénominations le plus souvent isolée, trouvent leur origine dans la corruption de la suite (F/Y)DS par chute ou l’interversion consonantique :
-
ṯadayes wwaman : *YDS > DYS (métathèse) ;
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ṯaydeţţ wwaman : *YDS > YDT (évolution du [s] en [ts] au contact du [θ] final).
27Nous avons noté un cas de réinterprétation de YDS par une autre racine :
-
- 16 Forme non intégrée dans notre corpus en raison du refus du locuteur de nous donner sa confédération (...)
tadlest waman « diss d’eau » : *FDS > DLS < adles « diss »16.
28Le bloc de dénominations kabyles de la salamandre en F/YDS + « eau » est remarquable du fait de sa densité et de sa répartition circonscrite au cœur de la Kabylie berbérophone. L’existence de formes fortement corrompues phonétiquement voir réinterprétées dans d’autres racines pourrait être un gage de sa relative ancienneté.
29Le second bloc de dénomination relevé est quant à lui redondant. Celui‑ci correspond à des dénominations recueillies en Algérie, dans le berbère et l’arabe de la Kabylie des Babors, ainsi qu’au Maroc dans le Rif central, à travers l’aire également bilingue des Sanhadjas de Sraïr et des Kétamas. Un intérêt tout particulier de ce second bloc est lié au caractère bilingue des aires concernées. En effet, dans la Kabylie des Babors sont pratiqués à la fois différents parlers berbères (kabyles, chaouis et tasaḥlit), ainsi qu’un arabe de type préhilalien villageois connu pour constituer l’une des variétés d’arabe maghrébin ayant le plus largement emprunté à son substrat berbère17. Même situation dans le Rif central ou plusieurs variétés de berbère (Sanhadja de Sraïr, Kétama et rifain occidental) avoisinent l’arabe préhilalien dit jbala. Dans ce bloc, l’ensemble des dénominations correspondent à deux compositions liées entre elles par une histoire complexe de réinterprétation due au contact arabe-berbère : « pied (*tombant ?) » + « ciel » et « oiseau » + « ciel ». En effet, la dénomination de la salamandre la plus fréquente en berbère tasaḥlit correspond au complexe entièrement de fonds berbère taṭaṛett « diminutif de pied : petite patte, pied d’enfant, peton », n génitif ; et igenni « ciel ».
- 18 Dans l’aire romane, les dénominations de la salamandre liées à la pluie sont courantes dans la régi (...)
- 19 La réalisation assourdie de la dentale emphatique /ḍ/ (/ṭ/) correspond à une caractéristique phonét (...)
- 20 Signalons également la proximité de la composition utilisée dans le parler tasaḥlit des Aït Ouaret (...)
30Cette composition est motivée selon nous d’une part par la légende selon laquelle la salamandre « tombe du ciel avec la pluie »18 (voir sous-partie 4.2), ce qui explique non seulement le second élément « ciel », et aussi par le choix du nom « pied » lequel appartient à une racine D/ḌR « descendre, tomber, jambe, pied ». D’après Chaker (1996 : 238) la racine ḌR observée dans le nom aṭaṛ19 « jambe, pied » correspond historiquement à une variante expressive de la racine DR, laquelle est attestée à l’échelle pan‑berbère pour les sèmes de « descendre » et de « presser » (Haddadou, 2007 : 40). Dans certaines variétés de berbère, les deux racines à emphase / sans emphase cohabitent, et sont à l’origine d’unités lexicales dont le lien sémantique est équivoque : kabyle ader « descendre » ~ ḍer « tomber », aḍar « pied, jambe » (Chaker, 1996 : 238). Pour ces raisons, nous pensons que dans les dénominations de la salamandre recueillies dans les Babors, le choix de la suite ḌR « pied, patte » correspond à une réanalyse du sème issu de la même racine correspondant à l’action de « descendre » : aṭer (nom verbal aṭray). On dit en effet dans l’ensemble des communautés des Babors que la salamandre descend du ciel : Aït Bouysef taṭaṛett igenni tettaṭaṛ‑edd zeg igenni (v. partie sur les pratiques, mythes et légendes)20. Cette analyse est renforcée par les dénominations recueillies à la frontière entre le berbère tasahlit et l’arabe jijélien :
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Tasahlit : Aït Segoual iṭṭergenni ~ aṭṭergenni(ṭ), Aït Laâlam ṭergenni ;
-
Arabe jijélien : El Aouana ṭərgənni, Bni Mermi ṭirūgənnān.
- 21 Ce qui est indiqué ici par le degré important de jonction des deux éléments de la composition (pert (...)
31Ces formes contiennent à nouveau la racine D/ḌR, soudée à la racine GN « ciel ». Nous pensons que ces formes vraisemblablement archaïques21 correspondent à une composition interprétable dans « chute, descente du ciel ». Concernant la forme des Aït Segoual, signalons que l’élément /ṭ/ suffixé et facultatif pourrait correspondre à une contamination par la racine berbère ḌW : touareg aḍ « plier », enneḍ « tourner, changer de direction », amenennaḍ « homme tortueux », kabyle enneḍ « entourer, s’enrouler », ḥennuneḍ « tourner, trainer » (Haddadou, 2007 : 50). La composition au moyen de cette racine est par ailleurs observable dans la région dans les formes azermammuṭ (tasaḥlit) ~ azrəmṭīwən (arabe jijélien) « lombric » toutes deux dérivées d’une racine initiale S/ZRM (kabyle aslem « poisson », azrem « serpent »), ainsi que la dénomination de la salamandre observée chez les Aït Iznassen (azermiṭa). Ajoutons ici que des compositions plus ou moins figées composées du berbère aṭaṛ « pied, patte » sont également connues dans un phytonyme renvoyant à diverses espèces de plantes provenant du figement du berbère aṭaṛ « pied » et de aylal « oiseau » (Tilmatine, 2005 : 9) :
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Région de Fès (arabe) aṭilan ~ aṭrilal (El Ghassânî, 1985 : 256) ;
-
- 22 Le nom aylal a disparu de ce parler en synchronie.
Tasahlit (Aït Segoual) traylal22.
32À partir de la composition caractéristique des Babors « pied / tombé du ciel », un certain nombre de parlers berbères et arabes de la région ont généré, à partir d’un phénomène subtil de réinterprétation à partir de l’arabe, un second composé « oiseau / passereau du ciel » (ex. tasahlit ṯagṭiṭ igenni « passereau du ciel »). Nous reviendrons sur les formes nées de ce phénomène dans la sous-partie 3.2.6.
- 23 Kétamas (Ayt Aissi) iḏ̣iṛ ~ iḏ̣eṛ. Cette forme connait dans ce parler une vocalisation différente d (...)
33Dans le Rif central, les compositions renvoyant aux sèmes de « pied du ciel » (ex. Sanhadja de Sraïr aḏ̣ar n genna) et « pied ~ descendant23 » (ex. Sanhadja de Sraïr iḏ̣eṛ) se retrouvent dans plusieurs villages berbérophones appartenant aux pays des Sanhadjas de Sraïr et des Kétamas. Une variante ḏ̣a n tayuṯ « pied du brouillard » est attestée dans un parler rifain voisin (Igzennayen). Un second parler rifain un peu plus éloigné (Ajdir) propose la forme aḍaḍ n taggut « doigt du brouillard » : il n’est pas impossible que ce composé relève d’une réinterprétation de aḍaṛ « pied » en aḍaḍ « doigt ». Le second élément de ces deux dernières compositions — « brouillard » — est fréquemment observé dans l’ensemble des dénominations en berbère du Maroc, et remplace « ciel » des compositions sanhadjis. Celui‑ci renvoie évidemment à une observation biologique : l’hygrophylie de la salamandre. Cette distribution en bloc redondante de la composition « pied / tombé du ciel » est très intéressante d’un point de vue dialectologique, puisqu’elle pourrait indiquer ici des phénomènes de contact anciens, voire l’origine commune de certaines populations. La Kabylie des Babors est en effet connue pour être le berceau de la dynastie berbère Koutama, connue pour peupler la région dès l’Antiquité, et célèbre pour ses faits d’armes à l’âge d’or du Califat Fatimides. La confédération Kétama du Rif marocain correspond possiblement aux descendants de guerriers Koutamas installés dans la région après la conquête de celle‑ci entre le xe et le xie siècle (Kitouni, 2013). La conservation d’un même nom berbère « pied / tombé du ciel » pour la salamandre chez des Kétamas algériens et marocain, berbérophones comme arabophones, pourrait être un indice concernant les liens historiques entre ces différents groupes. L’actualisation de cette composition dans le groupe des Sanhadja de Sraïr, voisins directs des Kétamas, pourrait quant à elle révéler une diffusion intra‑berbère ancienne.
34Ce groupe est représenté par cinq éléments :
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- 24 Ces formes sont réalisées à partir de compositions hybrides entre un emprunt à l’arabe pour le prem (...)
- 25 Anẓar est un terme pan‑berbère renvoyant à « pluie ». En kabyle, celui‑ci a pris le sens particulie (...)
- 26 Réinterprétation de SLY « fiancé » en LS « langue » ?
- 27 Corruption de LS en LT par évolution du [s] en [ts] au contact du [θ] final.
Le premier type correspond à des compositions avec fiancé(e) + un second élément lié à l’eau. Celui‑ci est observé en kabyle (ex. ṯisliṯ wwaman « fiancée d’eau ») et en arabe jbala (ex. ɛārūs əš‑šta « fiancé de la pluie ») ; au masculin à partir d’éléments lexicaux de fonds arabe chez les Jbalas, contre un féminin et des mots de fonds berbère en kabyle. Les formes « amoureux du brouillard » attestées chez les Aït Waraïn dans le Moyen Atlas oriental marocain (amejnun n ṯayuṯ), et chez les Zkara de l’Oriental marocain (mjun n tayyuṯ) pourraient en constituer une sorte de sous‑type24. En Kabylie, où ce type est représenté de manière isolée dans des parlers éloignés les uns des autres, on observe des compositions dont le second élément est « crapaud » (ṯisliṯ ggemqweṛqwaṛ « fiancée du crapaud ») ou encore « entité magique invoquée les prières rogatoires pour conjurer la sécheresse25 » (ṯisliṯ ggwanẓar « fiancée d’Anzar »). Dans d’autres formes kabyles, on observe ce qui pourrait correspondre à des formes corrompues phonétiquement et/ou réinterprétées du nom ṯisliṯ « fiancée » : ṯilesṯ26, ṯileţţ27, ṯizelliṯ, etc. Ce motif « fiancé(e) d’eau », rappelle immédiatement le conservatisme vasconique à l’origine du français salamandre, latin Salamandra, etc. On le retrouve également dans un parler libanais (voir sous-partie 3.2.6.), ce qui confirme son caractère circumméditerranéen, et donc appelle à la prudence afin de lui attribuer une directionalité.
-
Le deuxième motif correspond au sème de « décorée », et s’observe en arabe du Rif central et berbère de Kabylie, partout au moyen de formes d’étymon arabe : kabyle *RQM (ex. ṯimreqqemṯ), arabe kétama mzīwwqa. Ce motif pourrait être motivé par la coloration unique de l’animal. Mais une seconde motivation peut être évoquée, celle rattachant l’animal aux pratiques magiques permettant d’exceller dans l’art de la décoration de la poterie, où dans la pratique magique mobilisant une salamandre et un animal domestique en gestation afin que celui‑ci donne naissance à une progéniture colorée, bariolée (voir sous-partie 4.1).
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Le troisième motif concerne les compositions de type « transpiration d’eau ~ de brouillard ». Ce motif affiche une distribution tout à fait surprenante entre deux points éloignés : l’arabe des Jbalas de Tanger dans le Rif occidental (ɛārəq əḍ‑ḍbāb « transpiration du brouillard »), et dans un parler kabyle du sud du Djurdjura (ṯiḏiṯ bbwwaman « transpiration d’eau »). Ces compositions sont étymologiquement réalisées au moyen d’éléments d’étymon de fonds arabe chez les Jbala, et berbère en kabyle. Il nous est impossible d’en affirmer la directionalité ni même d’affirmer que les deux formes sont liées, la forme kabyle pouvant procéder à une réinterprétation de la racine Y(DS). Une seconde forme kabyle ṯag̱uḍreţţ ppwaman « goutte d’eau », dont le premier élément est emprunté à l’arabe (<QṬR), est possiblement à rattacher à ce type.
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Le quatrième type correspond à des compositions observées à travers deux exemples en kabyle et en arabe jijélien, contenant comme premier élément un type de bijoux kabyle tisemsemt ggwaman « collier d’eau », arabe jijélien méridional qerṭāt əl‑jənna « boucle d’oreille du paradis ». Ces formes sont à associer au type sémantique précédent relevant du caractère singulier et jugé « beau » de la coloration et des motifs de la salamandre.
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Le dernier type est attesté dans deux points éloignés de la Kabylie : il s’agit d’un dérivé de l’emprunt à l’arabe ṢYḤ « crier » correspondant au sème de « crieur, criant » (aḇuṣiḥan). Ailleurs en kabyle, cet emprunt est attesté dans la dénomination d’un autre amphibien (voir sous-partie 3.2.7). Il a pu être associé au nom de la salamandre en raison d’une confusion entre les deux animaux (voir partie 3.2.7). Les origines de ces différents parallélismes sémantiques en des points parfois éloignés ne nous sont pas connues, mais ceux‑ci pourraient indiquer des phénomènes de contact anciens ou des convergences de substrats.
35Ceux‑ci sont nombreux : ils représentent un tiers des formes recueillies. Très variés, ils nous renseignent sur la richesse des motivations sémantiques proposées par les deux continuums linguistiques et finalement sur l’hétérogénéité de la zoonymie dans les parlers arabes maghrébins et berbère‑Nord :
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Arabe jijélien (a)bāyqāɛ < ar. bu « celui à » ? + « sol, terre » = « terreux », mais aussi (a)būryūn(a) dérivé ou diminutif du nom générique du lézard.
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- 28 Cette dénomination n’est pas sans rappeler les formes « fils de la poule » pour « œuf » (arabe Algé (...)
Arabe de l’Edough wəld ər‑rɛād < ar. « fils du tonnerre28 ».
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Berbère de l’Atlas blidéen et zénète de la Dahra « verrue, lobule » < ber. √FLḌ tasahlit afelṭuṭ « lobe », tifilḍi « verrue » (Haddadou, 2007 : 53), touareg tafâḍle « excroissance de chaire » (ibid.).
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- 29 Forme clairement motivée sur les croyances/savoirs associant l’observation de la salamandre en auto (...)
- 30 Ailleurs en kabyle la même racine empruntée est fréquemment à l’origine du nom du chardonneret élég (...)
- 31 La motivation de cette dénomination se trouve dans le cycle biologique de l’animal, qui apparaît au (...)
- 32 GẒL < ṯig̱ẓelṯ « kyste, rein, rognon ».
Kabyle tifiɣer < ber. √FƔR, majeure partie des parlers kabyles occidentaux tifiɣert « chouette d’athèna », tamazight du Moyen Atlas tifiɣra « vipère », Chenoui fiɣer « serpent » ; taqjunt igenni « chienne du ciel » ; taqjunt uzemmur « chienne de l’oliveraie », taṣabant bbwaman « récolte d’eau29 » < ar. ṢYB ; ṯaguḍreţţ ppwaman « goutte d’eau » < ar. QṬR ; tabureqmant ~ timreqqemt < ar. (bu « celui à » +) √RQM « motif »30 ; awlul (n igenni) < ber. √WLY « tourner » ? (Haddadou, 2007 : 211). Nefoussa ulelli « araignée » ? ou ber. √BL « forme oblongue » kabyle ablul « boudin d’argile, cheville, pénis » (Haddadou, 2007 : 28), tasahlit « maïs » + ber. « nuage, ciel » ; ṯagresṯ bbwaman « hivers d’eau » ; *(Y)DS > GRS < ṯagresṯ « hivers31 » ; ṯig̱ẓelṯ bbwaman « kyste d’eau32 ».
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Tasaḥlit leḥlal n tyerza < ar. « licite, autorisation » + < ber. « du labour » = autorisation au labour, appellation motivée par les pratiques agricoles liées à cette animal que nous décrirons dans la sous-partie 4.2.
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Chaoui des Amouchas tamaqqast n waman « piquante d’eau » < ber. √QQS « piquer » Tasahlit timeqqest « scolopendre » + « eau », rappelle les noms observés au nord de la Méditerranée mettant en avant le caractère venimeux de l’animal.
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Aït Iznassen azermiṭa < ber. Z/ẒRM « longiforme ? (kabyle aslem « poisson », azrem « serpent », aẓrem « intestin ») + ṭ (*Ḍ) d’origine expressive ; un peu partout la suite ZRMḌ renvoi au nom du lombric (kabyle izirmeḍ ~ ijirmeḍ).
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- 33 Cette dénomination tout à fait isolée est l’une des plus intéressantes de notre corpus, dans la mes (...)
Bni Yazgha ɛābd əs‑sma < ar. « serviteur, homme du ciel33 ».
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Sanhadji de Sraïr lmarṭa < ar. « glabre », axxuy n ccta < ber. « petit animal, bestiole » + < ar. « pluie ».
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Kétamas berbérophones iṯri n ṯawweṯ « étoile de brouillard », arabophones nəjmət əs‑sma < « étoile du ciel ».
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Ghomaras arabophones bərqāṭa/bərṭāṭa d əs‑sma < « tachetée du ciel ».
- 34 Nous avons recueilli deux dénominations glanées auprès d’informateurs libanais : Aïn Aanous (parler (...)
- 35 En raison de son nombre relativement important de dérivés nominaux et verbaux : kabyle occidental ( (...)
- 36 En berbère tasaḥlit, cette racine de fond arabe sert à désigner différents passereaux bariolés : ch (...)
36Le contact arabe-berbère se manifeste à travers les appellations de cet animal aussi bien en berbère qu’en arabe. Notre méconnaissance des dénominations de l’animal en arabe levantin nous empêche d’affirmer si, parmi les noms de la salamandre d’Afrique du Nord, certains pourraient être hérités des noms de sa cousine levantine Salamandra infraimmaculata34. Toutefois en berbère, plusieurs des appellations recueillies sont réalisées à partir de mots d’étymon arabe, c’est également le cas de la plupart des noms présentés pour les variétés d’arabe maghrébin concernées. Il convient donc de penser que le nom de la salamandre en Afrique du Nord n’est pas toujours conservateur, au point de se faire remplacer, dans de nombreux parlers, par des noms dérivés de racines arabes. C’est le cas des formes kabyles formées à partir de l’arabe RQM « motif ». L’emprunt de cette racine est répandu en kabyle35 ; son application dans la dénomination d’un animal endémique36 est un parfait exemple de la productivité des racines empruntées à l’arabe en berbère‑Nord dans les processus de création et de remplacement lexical. En berbère comme en arabe maghrébin, les dénominations de fonds arabes ou composées d’emprunts à cette langue peuvent être copiées sur d’anciens patrons sémantiques berbères (Lévy, 1996). Les motifs isolés A, C et D présentent des exemples de transferts de patrons sémantiques d’une langue à l’autre dont les directionalités restent toutefois difficiles à affirmer en l’absence du faible nombre d’occurrences de celles‑ci.
- 37 Nous ne pensons pas que ṭīr– dans ce composé puisse être attribué à l’arabe ṬYR « planer, voler, oi (...)
- 38 D’après la légende locale selon laquelle l’animal soigne les brûlures (voir sous-partie 4.1).
- 39 Nous n’avons pas connaissance d’autres exemples de sa conservation dans des emprunts au berbère de (...)
37Un cas intéressant de transferts de patrons sémantiques est celui des noms de la salamandre dans les Babors, formés à partir de compositions de ḌR « petit pied / tombée du ciel » ou « oiseau » + « ciel ». Nous avons décrit les phénomènes d’emprunts et de ré‑emprunts de formes correspondantes au sème de « petit pied / tombée du ciel » dans la sous-partie 3.2.2. Mais un second phénomène de contact doit‑être signalé ici : la réinterprétation du berbère (t)aṭaṛ(ett) ~ (a)ṭer « pied / tombé » (>D/ḌR) dans l’arabe ṭīr « oiseau » (>ṬYR). Cette réinterprétation est observée en berbère des Babors, dans des compositions comme ṭṭir igenni « oiseau du ciel » ; et peut‑être en arabe jijélien, dans des compositions comme ṭirūgənnā(n/ṛ), qui paraissent composées de l’arabe ṭīr37 figé au berbère ūgənnā(n) : ṭir <ber. « tombée » ū– <ber. préfixe vocalique marquant l’annexion d’un nom masculin singulier gənnā(n) <ber. GNN « ciel ». Dans la forme ṭirūgənnāṛ, le second élément de la composition berbère paraît contaminé par l’arabe nāṛ « feu »38. Ces formes figées de l’arabe jijélien empruntées (/retenues) au substrat berbère sont intéressantes à plus d’un titre : elles actualisent des formes Vgənna ~ Vgənnān qui ne sont pas ou plus attestées dans le berbère tasaḥlit voisin qui lui préfère les formes igenni « ciel » pl. igenwan. L’élément u– qui le précède semble correspondre à la voyelle de l’état d’annexion nominal du berbère qui se serait conservée ici de manière exceptionnelle39 à l’endroit où elle marquait en berbère l’annexion du nom ciel par oiseau. Dans les Babors, les variations importantes entre les différentes formes attestées au niveau de la frontière linguistique entre l’arabe et le berbère pourraient confirmer l’ancienneté de l’emprunt berbère par l’arabe, et le fait que celui‑ci soit une rétention du substrat local (ancien parler berbère de la confédération) plutôt qu’un emprunt au berbère voisin.
- 40 > 1200 ans dans la Kabylie des Babors.
38Signalons un second phénomène observé dans quelques parlers berbères des Babors, qui est celui de la traduction de l’emprunt à l’arabe ṭṭir « oiseau » (lui‑même issue de la réinterprétation ḌR « pied / tombée » dans le berbère tagṭiṭ « petit oiseau, passereau ». La raison de cette traduction d’un emprunt à l’arabe en berbère illustre la grande complexité des aires de contacts intenses et anciennes40 entre l’arabe-berbère, dans lesquelles les types de bilinguisme et les situations sociolinguistiques ont varié au cours de siècles. Les tableaux suivants résument les différents phénomènes décrits ci‑dessus :
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Forme d’origine en ḌR « pied » + GN « ciel » :
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Réanalyse du ber. ḌR « pied » dans l’ar. ṬR « oiseau »
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Traduction de l’ar. ṬR « oiseau » dans le ber. GḌ « oiseau »
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Tamridjet : taṭaṛett igenni « petit pied du ciel »
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Tichy : ṭṭir igenni « oiseau du ciel »
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Bradma : tagṭiṭ igenni « oiseau du ciel »
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Forme en ṬR « oiseau » (ar.) + cieux
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Emprunté en AJ sous la même composition mais figée et soudée elle est complètement opaque pour les locuteurs
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Possible emprunt de la composition opaque en TS, avec une morphologie berbérisée, et une variante suffixée au moyen de –ṭ
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Aokas : ṭṭir igenwan « oiseau des cieux »
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Cavallo : ṭirūgənnān (composition figée non analysable par les locuteurs)
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Melbou : aṭṭergenni(ṭ) (composition figée non analysable par les locuteurs)
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39Les emprunts observés dans les noms de la salamandre en berbère du Nord doivent donc être perçus comme une conséquence du renouvellement lexical de cette langue dans un contexte de contact ancien avec l’arabe. D’un autre côté, l’arabe maghrébin propose lui aussi quelques emprunts au berbère parmi les noms qu’il donne à la salamandre, phénomène peu surprenant lorsqu’il s’agit de populations issues de l’arabisation linguistique d’anciens berbérophones. Dans les cas des dénominations de fonds arabe dans des parlers arabes maghrébins, nous ne sommes pas en mesure de déterminer dans ce travail si ceux‑ci correspondent ou non à des calques de patrons issus de dénominations berbères, d’héritage de dénominations levantines, ou de créations locales. Seule l’observation des noms de la salamandre en arabe oriental nous permettra de fournir des réponses à ces interrogations.
40Durant les entretiens réalisés dans le but de relever le corpus fourni dans cet article, nous avons réalisé que certaines dénominations isolées ou redondantes, semblaient provenir de confusions ou d’erreurs d’identification de l’animal avec d’autres petits vertébrés. Dans certains cas, nous avons conservé les formes données, et ce, lorsque les locuteurs ont pu nous confirmer certaines caractéristiques de l’animal (coloration, écologie). Lorsque l’identification de la salamandre par rapport à ces caractéristiques nous semblait erronée nous n’en n’avons pas tenu compte. La région qui pose le plus de difficultés semble être le Moyen Atlas marocain, dans laquelle, malgré une présence confirmée par les enquêtes des biologistes, les locuteurs interrogés ont souvent eu des difficultés à identifier la salamandre. Dans ce cas précis, nous pensons que la rareté de l’animal qui semble y présenter un mode de vie essentiellement nocturne ou troglodyte puisse expliquer la pauvreté des contacts des locuteurs avec ce dernier.
- 41 Aḇuṣiḥ ~ aḇuṣiḥan < ar bu qualificateur + ṢYḤ « crier » = « criant, crieur ».
- 42 Dans la Kabylie des Babors, celle‑ci renvoie uniformément au lombric : Tasahlit des Aït Mhend izirm (...)
41Ailleurs, nous avons noté, par exemple, une confusion récurrente entre la salamandre et une espèce d’ambliphème (Trogonophis wiegmanni, un amphibien apode), dans plusieurs régions situées aux frontières (occidental, oriental et méridional) de l’aire variétale kabyle. Dans ces régions, les deux animaux partagent, selon nos informateurs, la même dénomination41, et ne sont guère différenciés. C’est également le cas chez les Aït Iznassen, où le nom de la salamandre correspond à un dérivé d’une racine de fond berbère ZRM largement attestée ailleurs en berbère et largement emprunté par l’arabe maghrébin pour désigner de petits sauriens et autres animaux vermiformes42. Il est intéressant de mentionner le cas particulier des dénominations jijéliennes réalisées à partir de la racine BRYN d’étymon flou (ex. abūryūn). Cette racine est connue dans différents parlers berbères et arabes de la Kabylie orientale, où elle renvoie à la salamandre mais également à différentes espèces de reptiles.
42Dans les parlers concernés nous avons constaté que le nom de la salamandre s’opposait à celui des reptiles au moyen de l’opposition de genre et/ou de la composition (ex. Bni Hbibi būryūna « salamandre » vs abūryūn əl‑ɛāwər « lézard vert » (Timon lepidus). L’association des noms des lézards et de la salamandre n’est pas surprenante. Elle est attestée dans l’aire romane (Nesi, 2001 : 469), où le nom « lézard » renvoie soit au nom de la salamandre sans spécification (Oïl lez’ar, ibid. : 470), soit à un ensemble désignant à la fois les sauriens et les urodèles, dans lequel le nom spécifique de la salamandre est formé à partir d’une composition « lézard » + élément spécificateur (Istro-roumain « lézard du ciel », ibid. : 472).
43D’une manière assez semblable, signalons que dans le massif de l’Edough, la salamandre et l’espèce de triton endémique du massif (Pleurodeles poireti) sont toutes deux dénommées wəld ər‑rɛād « fils de l’orage ». Lorsque le besoin se ressent de différencier ces deux urodèles, l’adjectif qualificatif mrāngət « tacheté » est additionné au nom de la salamandre. Chez les Sanhadja de Sraïr du village de Bounjel (Zerqet), la salamandre est dénommée à partir du nom du caméléon, à travers la composition « caméléon de brouillard » (baḵa n ṯagguṯ). Dans ce dernier cas, une utilisation de la salamandre semblable à celle du caméléon à travers les rituels magiques (voir sous-partie 4.2) pourrait être à l’origine de cette association.
- 43 Le samandarin, le samandaridin et le samanderon.
- 44 Tous les dits et dénominations romanes de la salamandre ne font pas cependant écho à une représenta (...)
44La salamandre est à l’origine de nombreuses légendes et de mythes. Elle trouve également une place dans certaines pratiques agropastorales, ainsi que dans l’univers graphique des potières kabyles. La description et la compréhension de ces dictons et pratiques sont indispensables au lexicographe, puisqu’elles permettent souvent de comprendre les raisons qui ont amené à la mobilisation de tel ou tel signe sémantique dans une dénomination. Les dictons concernant la salamandre ont typiquement tendance à amplifier des caractéristiques biologiques parfois bien réelles de cet animal. C’est le cas par exemple de la légende auvergnate faisant de cet inoffensif batracien un dangereux « cracheurs » de venin mortel pour le bétail. S’il est vrai que la salamandre adulte est en mesure de secréter par sa peau des neurotoxines stéroïdes alcaloïdes43, celles‑ci ne sont pas réellement dangereuses qu’en cas de consommation de l’animal. En Europe méridionale, le mythe très largement répandu d’incombustibilité de la salamandre pourrait trouver son origine dans de véritables observations biologiques : parmi celles‑ci, une réelle capacité de survivre un peu plus longtemps que d’autres animaux, à l’immolation par le feu, en raison encore une fois de secrétions qu’elle produit par sa peau (Sigeaud de La Fond, 1802 : 231). Nesi (2001 : 468) décrit les représentations romanes du batracien ainsi : « La salamandre qui résiste au feu, venimeuse, symbole d’ambiguïté, reliée à la pluie, être magique qui vit dans les bois, peuple le fantastique, le négatif, en dépit de sa condition d’animal inoffensif et joli ». À certaines44 de ces légendes ouest-européennes dépeignant la salamandre comme une créature surnaturelle redoutée et plutôt repoussante, s’opposent les croyances nord-africaines que nous décrirons ci‑dessous. Après quoi nous nous attarderons spécialement sur la place de cet animal dans la littérature orale à travers quelques dictons et devinettes.
Figure 6. – Figure de la salamandre à coté d’une couleuvre sur une poterie représentant les « gardiens de l’eau » (Tamridjet, Aït Bouysef, Béjaïa : Algérie).
Photo : M. Garaoun.
45Parmi les différentes aires variétales prospectées, les massifs du Djurdjura et des Babors sont ceux dans lesquels les légendes entourant la salamandre nous ont semblé être les plus riches et les plus tenaces, puisqu’encore connues et transmises aux enfants qui sont souvent convaincus de leur véracité. Nous verrons que certaines d’entre elles, plus que des croyances abstraites, pourraient être de véritables conservatismes de mythes anciens, ou encore le résultat de savoir locaux développés par ces populations rurales expertes de leurs environnements.
46Les salamandres tombent du ciel par temps humide/pluvieux :
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Massif des Babors (Bni Mermi) : Yəxrəž ki yəkūn əṭ‑ṭbāb w ən‑nəẓnāẓ. « Elle sort par temps de brouillard ou de fine averse. »
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Massif du Djudjura (Aït Yenni) : Neqqaṛ tetteɣli‑dd seg igenni mi gekkat ugeffur. « Nous disons qu’elle tombe du ciel lorsque la pluie tombe. »
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- 45 Evgeniya Gutova, communication personnelle.
Rif central (Aït Aissi) : Iḏ̣ir ma ka yəban š mənġiṛ f əl‑wəqt dyal əš‑šta, ka yəṭiḥ mən əs‑sma, ka yəjib ši ḥaja, ši ɛaṣīfa wəlla. « La salamandre n’apparaît que part temps pluvieux, elle tombe du ciel et apporte quelque chose, une tempête où autre chose45. »
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À Freha (Djurdjura) on dit que la salamandre se cache dans les nuages avant de tomber lorsqu’il pleut. Il s’agit évidemment d’une croyance fondée sur l’apparition subite d’importantes cohortes d’animaux par temps humide.
47Les salamandres sont un signe de bon ou de mauvais augure pour les cultures :
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Massif du Djurdjura (Larbaâ n At Iraten) : Tigdest n waman, mi ara dd‑teffeɣ di lexrif sani ad tili ssaba dinna, ad terbeḥ tfellaḥt. « Lorsque la salamandre sort (apparaît) en automne, on sait qu’à cet endroit on fera une bonne récolte, le travail agricole portera ses fruits. »
Tigdest n waman ma yella terra aqarru‑yis ɣer lqebla, aseggas‑nni ad yili d amerbuḥ ad tili ssaba, ma yella terra‑t anda yeɣelli yiṭṭij ur ittili ara lxiṛ deg useggas‑nni. « Lorsque la salamandre pointe sa tête vers La Mecque (vers l’ouest), l’année sera bonne, elle portera ses fruits (une bonne récolte), tandis que si elle pointe vers là où le soleil se couche (vers l’est), il n’y aura rien de bon l’année en question. »
48La salamandre indique le moment à partir duquel il convient de commencer le labour en automne :
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Vallée de la Soummam (Aït Ouasif) : Ma d ifellaḥen, ẓran belli ageffur amezwaru n tsemhuyt n lexṛif umi qqaren : tiṛwayin, yeserḍab akal, yettara‑t yeshel i tyerza, ma d taydest trennu‑d kan ccbaḥa, imi ula d nettat labud ad d‑teffeɣ yal mi ara yewwet ugeffur. « Les paysans savent reconnaître les premières pluies annonciatrices de l’automne dont ils disent : les premières pluies d’automne amollissent le sol et facilitent le labour, quant à la salamandre elle vient leur ajouter de la beauté, car elle sort obligatoirement durant ces pluies. »
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Massif du Djurdjura (Aït Zmenzer) : Ifellaḥen ur beddun ara tayerza deg lawan n lexṛif alama teffeɣ‑d tegdest deg wakal, aya ttwalin d ttbut belli akal yeṛḍeb yelha i tyerza. « Les paysans ne commencent pas le labour durant la saison automnal avant que la salamandre n’apparaisse (ne sorte de terre), ils voient alors que c’est le bon moment, que la terre est suffisamment tendre pour être labourée. »
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Massif des Babors : Imekrazen ttrajunt ad teffeɣ deg akal aken ad bdun ad kerzen. « Les laboureurs attendent qu’elle (la salamandre) sorte de terre afin de commencer à labourer. »
Plus qu’une croyance, cette pratique agricole est fondée sur les savoir des cultivateurs, et l’association faite entre l’apparition de cohorte de salamandre et le climat / la pluviométrie / le changement de saison.
49Lécher la salamandre apporte la santé (ou la chance, le bonheur, la beauté, etc.) :
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Massif du Djurdjura (Larbaâ N At Iraten) : Win yezmer ad tt‑yemceh ticki ad yesɛu tazmert. « Celui qui est capable de la lécher pourra peut‑être obtenir la santé. »
Qqaren diɣ belli win imechen tagdest n waman ad yesɛu zzher. « Nous disons que celui qui lèche la salamandre sera chanceux. »
Sut zik xeddment‑tt, awi‑d kan ad frirent ger medden s wayen icebhen. « Les anciennes le faisait (lécher la salamandre) afin de se distinguer des autres en termes de beauté. »
Il convient de penser ici que ces pratiques sont liées plus particulièrement aux différents poisons secrétés par l’animal dont la consommation par léchage que nous n’avons relevé que dans le Djudjura est partout motivée. Citons également la croyance suivante.
50Lécher la salamandre confère aux potières d’amplifier le don pour le dessin :
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Massif du Djurdjura (Aït Yenni) : Mecḥent‑tt tlawin tid ireqmen ijeqduren n talext, i wakken ad uɣalent d iεebbajin di rrqem. « Les femmes qui dessinent sur les poteries d’argile la lèchent, et ce afin de devenir douées dans le dessin. »
Tilemẓiyin umnent ma mecḥent taglimt‑nni n taydest icebḥen aṭas, ad uɣalent ad lemmdent rrqem. « Les adolescentes croient que si elles lèchent la peau la peau de la très belle salamandre, elles passeront maîtres dans l’art du dessin. »
Cette opération de léchage mériterait d’être étudiée parallèlement aux conséquences des toxines secrétées par la peau de la salamandre sur la santé humaine.
- 46 Cette association entre la salamandre et le feu rappelle les mythes d’Europe occidentale.
51Lécher la salamandre permet de soigner les brûlures46 :
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Arrière‑pays jijélien : Bəkri ǧīdda kānţ ka ţləḥs‑lu kərš‑u, əddi yəţţəḥrəq b ən‑nāṛ fi yədd‑u yləḥs‑lu yəbra. « Autrefois, grand‑mère lui léchait le ventre, celui qui se brûle le bras la lèche et il guérit. »
- 47 Cet interdit doit être considéré comme d’ordre spirituel dans la mesure où le terme employé est leḥ (...)
52Il est illicite de la tuer47 :
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Massif des Babors (Aït Hassaïn) : Ittuɣ qqaṛen‑edd d leḥram att‑teɣɣet. « On disait autrefois qu’il était illicite de la tuer. »
Cette croyance pourrait être une survivance ancienne, attribuant à cet animal une valeur telle qu’il était interdit de lui porter atteinte.
53Dans l’Atlas blidéen on pose la salamandre sur le dos d’une vache gestante dans l’espoir que celle‑ci développe une robe tachetée, dans le Rif central cette pratique est appliquée sur tous les animaux domestiques.
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- 48 Evgeniya Gutova, communication personnelle.
Kétamas : Baš məlli ka twəlləd yəkun əl‑fəṛx mzuwwaq, zwin, bḥal iḏ̣er. « Afin que lorsque qu’elle mettra bas, le petit sorte décoré, beau, comme la salamandre. »48
54Dans le village de Bounjel (Zerqet, sanhadja de Sraïr), où la salamandre est considérée comme un type de caméléon (appelée « caméléon de brouillard »), celle‑ci fait l’objet du même genre de pratiques magiques pan‑maghrébines que ce dernier dans les rituels / cérémonies de désenvoûtement. L’ensemble de ces dictons et pratiques viennent confirmer la valeur toute particulière donnée à cet animal dans les communautés rurales d’Afrique du Nord littoral. Véritable indicateur du paysan, et porte‑bonheur de la potière, la salamandre joue véritablement dans ses sociétés un rôle symbolique exceptionnel incarné par des pratiques et des croyances réelles qui perdurent de nos jours.
55La salamandre a également la part belle dans la littérature orale des massifs de Kabylie, où elle abonde dans les proverbes et les devinettes lesquelles mettent très souvent en valeur sa beauté ainsi que son écologie particulière. Dans les Babors, le proverbe suivant qualifie une personne experte dans son domaine :
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Ṯreqqem ṯiḇuqalin aḇḥal d taṭaṛett igenni. « Elle décore les gargoulettes comme si c’était une salamandre (comme la salamandre sait se décorer). »
56Le parler des Aït Smaïl, Brahim Lxiyyer (2010) nous transmet également la devinette suivante :
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Ayyur g igenni, nettaṯ g lqaɛ – taṭaṛett igenni. « La lune est dans le ciel tandis qu’elle se trouve sur le sol – la salamandre. »
57Le kabyle oriental (vallée de la Soummam) Allioui (2012 : 187‑188) nous transmet entre autres les devinettes suivantes sur cet animal :
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Ad ilin waman ad lḥun yirden timẓin – tidyesin. « Lorsqu’il y aura de l’eau les grains d’orge et de blé marcheront – les salamandres. »
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Yewwet ubandu ɣlint seg genni – tidyesin. « L’orage éclate et elles tombent du ciel – les salamandres. »
- 49 Lors d’une présentation de ce travail au séminaire du LACNAD, le 4 novembre 2020, Daniela Merolla a (...)
58Bien d’autres aspects de la place de la salamandre dans les cultures des populations qui partagent son environnement seraient à découvrir. Parmi celles‑ci, la place de la symbolique de l’animal dans la poterie et l’art ornementale kabyle (fig. 5), ainsi que les compréhensions anthropologiques de ces attributions. Nous avons toutefois donné ici quelques pistes concernant le rapport des populations humaines d’Afrique du Nord à cet animal. Lesquelles portent une symbolique et un regard très positif sur cet animal. Si ces données sont nécessaires pour la compréhension des motivations linguistiques de sa dénomination, elles le sont aussi pour l’ethnoécologie et l’ethnobiologie49. Nous pensons en effet que celles‑ci pourraient être de bon augure pour d’éventuels projets de protection de l’animal là où celui‑ci est menacé : dans la mesure où les populations pourraient être très coopératives à ce type de projets.
59Nous avons recueilli et décrit un corpus de 100 dénominations de l’espèce Salamandra algira dans l’ensemble de ses aires de répartition algériennes et marocaines auprès de ses différentes sous-espèces décrites. Nous lui avons additionné un panorama ethnobiologique des croyances et des pratiques liées à cet animal. Cette étude nous a permis de mettre en évidence une grande diversité de dénominations en berbère comme en arabe maghrébin, pointant l’existence de dénominations attestées en bloc ou redondante sans doute de caractère ancien, parfois révélatrices d’anciens déplacements de populations ou de liens génétiques entre des aires variétales éloignées. Le croisement de ces données linguistiques et ethnobiologiques a confirmé la place symbolique importante portée par cet animal dans les croyances et les discours, gages de la stabilité, de l’ancienneté et par conséquent de l’intérêt de ses dénominations.
60Nous avons relevé plusieurs phénomènes de contact linguistique, parmi lesquels des calques de compositions, des emprunts dans les deux sens (arabe > berbère comme berbère > arabe), entraînant parfois des phénomènes complexes de réinterprétations sémantiques et lexicales. Nous avons même décrit une situation où des parlers arabes maghrébins ont préservé des formes plus conservatrices que plusieurs parlers berbères voisins. Plusieurs constats faits sur ces questions de contact ne pourront cependant être complets qu’au moyen d’études des dénominations arabes levantines de la salamandre. Parmi les dénominations relevées, signalons l’intérêt particulier soulevé par l’existence d’une composition de type « fiancée de l’eau » dans des parlers berbères et arabes fortement éloignés, laquelle évoque naturellement la composition « demoiselle d’eau » pan‑européenne et issue du vieux substrat vasconique, ou encore de la forme sud-libanaise « fiancée de la source ». En somme, un patron de dénomination commun aux conteurs de la méditerranée, dont l’origine serait peut‑être à chercher dans de vieux fonds sémantiques communs ou des contacts anciens.