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Dossier

« In a way, these are my friends » : costumes et émancipation féminine dans The Marvelous Mrs. Maisel

“In a Way, These Are My Friends”: Costumes and Female Emancipation in The Marvelous Mrs. Maisel by Guillaume Gomot
Guillaume Gomot

Résumés

Nous nous proposons d’étudier comment la série The Marvelous Mrs. Maisel (La Fabuleuse Mme Maisel, Amazon Prime Video, 2017-2023) s’empare des enjeux liés aux costumes et à la mode pour mettre en scène le parcours émancipateur d’une jeune New-Yorkaise qui, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, décide de devenir humoriste de stand-up, alors même qu’elle est en train de divorcer. Au sein d’une société étasunienne encore très corsetée, dans tous les sens du terme, où la ségrégation raciale est active, l’homosexualité criminalisée et les rôles genrés rigidement établis, le personnage de Miriam Maisel choisit de résister par l’humour et le rire et d’emprunter une autre voie que celle qui lui était promise. Son jeu avec la mode et les vêtements, porteurs de signes riches et parfois contradictoires, nous en dit ainsi beaucoup sur sa métamorphose personnelle.

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Texte intégral

Introduction

1The Marvelous Mrs. Maisel (La Fabuleuse Mme Maisel, Amazon Prime Video, 2017-2023) suit pendant cinq saisons une jeune femme issue de la bourgeoisie juive new-yorkaise qui divorce et se lance dans une carrière de comique de stand-up, à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Les injonctions sociales visant à contrôler les corps féminins et leur conduite, la tension entre la soumission et les élans émancipateurs au sein de la société étasunienne de cette époque et dans la vie personnelle de Miriam Maisel (Rachel Brosnahan) se jouent ici, d’une manière complexe, à travers les costumes, le maquillage et les coiffures.

  • 1 Stella Bruzzi (2011 : 177-178) a notamment analysé, dans l’ouvrage collectif Fashion in Film, les e (...)

2La série a été créée par Amy Sherman-Palladino, qui a notamment débuté comme scénariste pour la sitcom Roseanne (ABC, 1988-1997, 2018) avant de connaître un succès majeur avec la série Gilmore Girls (The WB, The CW, 2000-2007) ; et l’intérêt qu’elle porte aux personnages féminins et à la figuration de leur parole s’accorde dans The Marvelous Mrs. Maisel à l’influence notable de la screwball comedy, la « comédie loufoque » des années 1930 et 1940, fondée sur la virtuosité des dialogues et la remise en jeu des rapports genrés. Le personnage de Miriam fait ainsi régulièrement songer aux héroïnes indociles et joyeuses de Capra, Cukor, Lubitsch ou Preston Sturges. De plus, les reconstitutions historiques minutieuses de la série peuvent rappeler, sur le plan des moyens de production engagés, celles de Mad Men (AMC, 2007-2015), dont le récit se déroule également à New York et à une époque presque contemporaine de The Marvelous Mrs. Maisel. La série de Matthew Weiner sur le milieu misogyne de la publicité dans les années 1960 met en scène ses personnages féminins de façon contrastée, en montrant que leurs choix en matière de vêtements, de maquillage et de coiffure sont profondément signifiants1. De même, l’intrigue de la série d’Amy Sherman-Palladino, tout comme les enjeux esthétiques et idéologiques qu’elle figure, peut aussi être saisie et interprétée grâce à ce prisme qui anime et nourrit le show de façon continue. Ce n’est donc pas un hasard si l’on découvre Miriam dans la scène d’ouverture du premier épisode, faisant elle-même son propre discours de mariage devant des invités à qui elle parle de son look, depuis sa robe de mariée jusqu’à sa « coupe signature » (« signature haircut »). Mais à la fin de cet épisode inaugural, la déconstruction du modèle de la femme au foyer accomplie est déjà engagée, comme l’atteste la mise en scène des HMC (habillage, maquillage, coiffure) : Miriam fait son premier numéro de stand-up en robe de nuit, ivre et décoiffée, et finit par dévoiler brièvement sa poitrine au public avant d’être arrêtée.

3Dans la cinquième et ultime saison, un épisode montre la protagoniste, désormais célèbre et filmée par une équipe du magazine 60 Minutes, présentant tous ses vêtements, qu’elle met aux enchères pour une œuvre caritative [S05xE02]. « D’une certaine manière, ce sont mes amis » (« In a way, these are my friends »), dit-elle en longeant ses centaines de tenues, alignées sur les portants d’un immense hangar de stockage apparemment sans fin, dans une séquence qui permet aux costumes et aux accessoires de récapituler l’histoire personnelle et professionnelle de l’héroïne tout en problématisant la possibilité d’un vestiaire féministe et en démontrant que la série « pense » le vêtement de part en part.

  • 2 Selon les mots de Flügel, que reprend Christine Bard dans son Histoire politique du pantalon (2010  (...)

4L’entreprise émancipatrice de Miriam ne la fait renoncer ni à son goût pour les belles tenues ni aux exigences de la mode, à l’inverse du phénomène historique de la « Grande Renonciation masculine » défini par John Carl Flügel (1930) et repris notamment par Christine Bard (2010 : 11-14), selon lequel, depuis la fin du XVIIIe siècle, les hommes ont été amenés à réduire et « neutraliser » leur garde-robe en substituant l’utilitaire à l’esthétique2.

5Au contraire, la jeune femme réaffirme sans cesse la primauté indiscutable des vêtements et de la mode, qu’elle pratique comme un art exubérant ; et l’esthétique parfois proche de la comédie musicale qui empreint la série vise par ailleurs à accroître le plaisir visuel que procurent les couleurs, les matières, les textures ou les coupes de ses innombrables costumes.

6Mais l’enjeu des vêtements, du maquillage et des coiffures s’étend dans The Marvelous Mrs. Maisel à l’ensemble des personnages, et concerne ainsi notamment Susie Myerson (Alex Borstein), l’agent artistique de Miriam, dont les tenues masculines, antithèses de celles de sa cliente, créent à de nombreuses reprises des confusions et des incertitudes qui mettent en perspective les performances de genre qu’elles produisent et, comme par ricochet, celles de Miriam également. Car la série est tout entière tendue entre la reconduction des modèles oppressifs et leur remise en cause, intégrées par l’héroïne dans ses numéros de stand-up, où elle dénonce par exemple les talons hauts et les corsets comme outils d’asservissement du corps féminin, tout en continuant à en porter. Dès lors, comment la fiction parvient-elle à confronter son projet féministe et progressiste aux stéréotypes conservateurs des années 1950 et 1960 qu’elle dépeint ?

7On se propose ainsi de suivre la ligne de crête étroite que dessine The Marvelous Mrs. Maisel entre la subversion et la validation des codes sociaux par les costumes et l’usage de la mode, figures concrètes d’une possible résolution des contradictions. Il s’agira en effet de montrer comment la mise en scène des vêtements s’y joue des normes et les déjoue en provoquant une ambiguïté stimulante qui les transforme en agents troubles au sein de la série, tout en les parant d’une forme ostensiblement spectaculaire ; entre l’assignation genrée et l’affirmation originale d’une identité peuvent se lire, pour chaque personnage, les signes variés d’une performance qui met en abyme la nature même de la forme sérielle.

La fabrique de la fiction

  • 3 Ce n’est pas un hasard si les deux figures paternelles de la série, Moishe Maisel et Abe Weissman, (...)

8Les vêtements et leur représentation constituent souvent dans la série la matière de la fiction, sa « fabric », en comprenant le terme anglais dans son extension la plus large, désignant tout à la fois l’étoffe, la fibre et la structure. Textiles et tissus, dont on peut souligner le lien étymologique avec le texte, sont sans cesse thématisés dans la fiction dont ils composent régulièrement le décor. Le quartier new-yorkais de la confection (garment district) est ainsi traversé par de longs travellings [S01xE02] permettant de découvrir les lieux et les personnages, notamment les beaux-parents de Miriam, Shirley Maisel (Caroline Aaron) et son mari Moishe (Kevin Pollak), véritable tyran de la couture dans ce royaume du prêt-à-porter. On apprend aussi par ailleurs, lors d’une scène de crise familiale [S03xE01] dans l’appartement que partage Miriam avec ses parents Rose (Marin Hinkle) et Abe Weissman3 (Tony Shalhoub), que la jeune femme a transformé une chambre entière en dressing, remplie de vêtements et d’accessoires. L’imaginaire profus de la mode associé à Miriam apparaît aussi dans cette scène où elle se rend à l’aéroport [S03xE08] avec deux taxis chargés de dizaines de bagages et de boîtes à chapeaux avant d’embarquer. Sur un plan quasi fantasmatique, ces effets de saturation vestimentaire tendent à transformer les espaces fictionnels en garde-robes proliférantes.

9Dans The Marvelous Mrs. Maisel, la mode semble liée à l’énergie vitale du personnage principal, comme si elle constituait le sel de son existence. Son imprésario Susie tente d’ailleurs de la réconforter dans un moment de désarroi [S05xE01] en lui disant d’imaginer quelque chose de joyeux, comme des chaussures ou des chapeaux. Les pensées de Miriam sont ainsi souvent occupées par des configurations esthétiques ou pratiques associées aux vêtements. C’est le cas de cette scène où, en prison, elle donne des conseils à une femme pour nettoyer des taches de sang sur sa chemise [S01xE03], ce qui la fait immédiatement bénéficier du respect de la criminelle. Lorsqu’elle travaille au grand magasin B. Altman et qu’elle est déplacée des comptoirs de maquillage au vestiaire [S02xE03], elle ne peut pourtant pas s’empêcher de continuer à conseiller les clientes sur leurs choix de cosmétiques et de parfums. Et lorsqu’elle perd une de ses robes fétiches [S04xE07] de manière extravagante (elle est obligée de l’abandonner dans la chambre d’un homme qu’elle connaît depuis peu, où la femme de celui-ci a fait irruption), toute la structure narrative de la séquence d’introduction qui relate cette aventure est orientée vers la chute comique (l’abandon forcé de la robe, que l’assistante de Susie finira par récupérer à la fin de l’épisode), soulignée par la demande impérative de Miriam : « I want my goddamn dress back! » (« Je veux récupérer ma foutue robe ! »).

10Dans une perspective sémiologique, les vêtements sont non seulement des signes mais aussi parfois de puissants symptômes dans la série, indiquant un dysfonctionnement ou une erreur des personnages. Quand Joel (Michael Zegen), l’ex-mari de Miriam, envisage de présenter sa petite amie Mei (Stephanie Hsu) à ses parents [S04xE05], l’impossibilité pour la jeune femme de trouver une tenue adaptée et la conscience agacée de son choix définitif incongru soulignent le malaise qui touche un couple sur le point de se désunir. De même, quelques minutes avant son mariage avec Philip Roth, lors d’une cérémonie fastueuse à Hawaï [S05xE06], Miriam change d’avis et décide in extremis de ne pas se marier, arguant notamment que sa tenue, un tailleur-pantalon de couleur crème, ne convient pas (« This is not a good outfit, this outfit is a cry for help » ; « Ce n’est pas une tenue adaptée, c’est un appel à l’aide »). En effet, ce tailleur-pantalon mal ajusté donne au personnage une apparence empruntée et engoncée. Le choix des accessoires (une capeline et un voile, des lunettes de soleil à montures blanches) renforce l’aspect presque ridicule de cette tenue de mariée qui ressemble davantage à un déguisement qu’à un vêtement et qui correspond ainsi parfaitement à l’image de « l’appel à l’aide » employée par Miriam pour définir l’erreur magistrale de son mariage hawaïen avec Philip Roth. Le vêtement personnifié lancerait l’alerte d’une future union ratée, dans une logique où la conjugalité serait conçue à l’aune des choix vestimentaires, comme la polysémie du verbe « to fit » le suggère.

11Le dernier épisode de la série [S05xE09] confirme, à la manière d’un ultime précipité, que le tissu narratif de The Marvelous Mrs. Maisel est fréquemment composé par les enjeux vestimentaires. Ainsi, au long d’une journée cruciale pour Miriam, qui va enfin être la vedette du show télévisé de Gordon Ford (Reid Scott) pour lequel elle travaille comme autrice, c’est tout un trajet vestimentaire qui est dessiné. La série entière se trouve donc relue et condensée à l’échelle d’un épisode à travers une réflexion sur le vestiaire de Miriam. Elle apparaît d’abord avec un tailleur rose (assorti à ses chaussures, son chapeau, sa ceinture et son sac), digne de la « housewife » qu’elle était dans la première saison, mais une tache de café l’oblige à se changer. Elle choisit alors un tailleur gris bordé de pourpre sans se rendre compte qu’une étiquette y est encore attachée, comme ses collègues humoristes le lui font remarquer – Miriam endosse ici le costume plus sobre de la « working girl » qu’elle est rapidement devenue dans la série. Mais elle apprend soudain qu’elle va passer dans l’émission du soir et elle a donc besoin d’une tenue qui lui convienne (« I need show clothes »), propre à son statut de « comedienne » toujours élégante malgré la rudesse de ses numéros ; s’ensuit un nouvel imprévu : la robe noire froncée à manches longues qu’elle revêt est salie par de la fiente de pigeon dans le bureau de Susie. Il serait aisé d’interpréter cette salissure comme le signe concret des souillures et des revers souvent misogynes qu’elle a subis depuis ses débuts en tant qu’humoriste. Ultime changement de tenue pour cette journée cruciale : une autre robe noire froncée, mais décolletée et sans manches, ornée d’un nœud clair à paillettes, que l’assistante de Susie est allée récupérer chez Bergdorf Goodman et lui apporte dans les loges, où Miriam contredit les choix de la maquilleuse de l’émission et finit par se préparer seule après avoir brièvement traversé les bureaux de NBC en gaine et peignoir. Ce dernier épisode consacre l’autonomie du personnage principal, qui coïncide avec une complète souveraineté dans ses choix de vêtements, de maquillage et de coiffure, supports essentiels de la tension narrative. La « self-made-woman » est d’abord celle qui sait penser seule ses tenues. Son autorité majestueuse, que personne ne discute, lui permet ensuite de détourner quatre minutes du temps d’antenne à son profit pour lancer sa carrière à l’échelle nationale, à la manière de son irruption imprévue sur une scène de stand-up dans le premier épisode de la série. L’animateur Gordon Ford se rend à l’évidence et consacre Miriam en la nommant précisément, à travers une formule glorifiante, « the magnificent, the magical, the marvelous Mrs. Maisel », accomplissant in fine le programme de la série et son titre, jusque dans la contradiction qu’ils contiennent entre la libération de la jeune artiste divorcée et l’astreinte au nom marital, associé à une dernière épithète qu’on pourrait juger condescendante voire paternaliste.

Un art du style

12Le personnage de Miriam Maisel tel que le façonne la série au long de ses cinq saisons est caractérisé par un art du style très précis, qui doit bien sûr beaucoup à la costumière Donna Zakowska, à l’origine des dizaines de tenues portées par l’héroïne. Si elle est affublée exceptionnellement d’une combinaison d’éboueur lors d’un numéro musical joué à la foire de New York [S05xE04] ou encore d’un chignon ridiculement haut lors d’un spectacle à Las Vegas [S03xE03] − « your hair has a boner » (« tes cheveux ont la trique »), se permet de lui dire à ce propos Susie − Miriam est par ailleurs toujours définie par la recherche de l’élégance, quels que soient ses choix. Elle explique dès le premier épisode avoir trouvé sa « coupe signature » à douze ans, et on la voit aussi, avec ses camarades d’université, se teindre en blond les cheveux et le pubis, suivant la mode du platine, avant de courir nue sur les pelouses du campus pour atténuer la douleur du produit décolorant. Selon elle, avoir vu Penny Pann (Holly Curran), la secrétaire et maîtresse de son mari, porter deux fois son pull à l’envers est le signe irrévocable de sa profonde bêtise [S01xE01]. De même, si Miriam envisage d’apprendre à conduire, c’est d’abord pour porter des gants de conduite roses [S01xE02]. L’art du style lui fait inverser les causalités, dans une logique originale où le détail et l’accessoire deviennent essentiels, pour celle qui réussit à maquiller ses clientes de B. Altman les yeux bandés et à en faire une attraction [S02xE07]. Adaptant toutes ses tenues aux contextes sociaux et aux moments de la journée, elle peut affectionner le pantalon et les chaussures plates tout comme les robes spectaculaires, qu’elle met par exemple en valeur en descendant le « staircase to nowhere » de l’hôtel Fontainebleau à Miami, cet « escalier qui ne mène nulle part » mais permet aux femmes de montrer leurs plus belles tenues [S03xE05]. Le goût absolu de la mode et de la beauté est alors architecturalement figuré et mis en spectacle, à la façon d’une métaphore de la série, conçue comme un défilé de tenues raffinées, un vestiaire remarquable et une fête pour les yeux.

13Au moment de préparer le départ de la famille Weissman pour plusieurs semaines de vacances dans les Catskills, une ouverture d’épisode enlevée [S02xE04] met en valeur par un travelling arrière les immenses portants chargés des vêtements de Miriam et de sa mère Rose qui occupent temporairement le salon familial, tandis que le père de famille, Abe, inconscient des enjeux vestimentaires à l’œuvre, relevant de la science de la mode (il s’agit de prévoir des tenues pour toutes les occasions : soirées, cocktails, plage, sport notamment), leur propose de porter la même robe pour plusieurs pique-niques, ce qui les fait éclater de rire (« papa, you’re too much! », « papa tu es trop ! »). La série met ainsi en scène le choix vestimentaire comme une affirmation identitaire, un geste psychologique et politique à la fois, exhibant une personnalité particulière et les affects variés qui la traversent continûment.

14L’apothéose de la première saison [S01xE08] est constituée par un numéro de Miriam, vêtue d’une robe de cocktail noire avec des nœuds aux épaules qui reprend une tenue d’Audrey Hepburn dans Sabrina (Billy Wilder, 1954), et qu’accessoirise un collier de perles et de longs gants noirs. Le contraste entre le noir satiné de la robe et la carnation très pâle de Rachel Brosnahan contribue à faire briller le personnage de Miriam, dans tous les sens du terme, sous le projecteur de cette petite scène. « That dress needs pearls » (« cette robe a besoin de perles »), avait dit Rose à sa fille quelques instants plus tôt, quand elle se préparait pour une sortie en ville dont la mère ignorait tout – ces perles pouvant d’ailleurs faire songer aux bijoux de Joan Rivers, l’humoriste qui a en partie inspiré le personnage de Miriam. Impressionnée, Susie déclare à sa cliente qu’elle a choisi « The Look », et cette soirée initiatique permet à l’apprentie comique de ne plus utiliser un pseudonyme et de s’affirmer devant le public (« My name is Mrs. Maisel! »). Mais de façon paradoxale et avec une ironie sombre, comme elle le remarque elle-même [S02xE01], au moment où elle se définit et se libère, elle choisit pourtant le nom de son mari et sa fonction d’épouse.

15La série confirme l’évidence selon laquelle le style et la mode sont profondément idéologiques et constituent des actes politiques. Les diaporamas de mode, notamment sur la fourrure et ses usages, destinés aux vacancières des Catskills [S02xE04] sont ainsi l’occasion de mettre en scène certains impératifs imposés aux femmes. Quant au numéro de Miriam devant une foule de soldats en uniformes kaki [S03xE01], il permet de développer une satire des magazines féminins de l’époque tout en montrant le processus d’érotisation du corps de l’héroïne face au public masculin. D’ailleurs pour sa mère, la comédie et le stand-up équivalent à de la prostitution [S03xE08] et elle préfère dire que sa fille s’occupe des costumes du chanteur Shy Baldwin (LeRoy McClain) plutôt que d’avouer qu’elle fait sa première partie [S03xE06].

  • 4 « For Midge, who seemingly so ingenuously sees the world and her life through rose-colored glasses (...)

16L’art du style de Miriam Maisel passe par une couleur qui l’emblématise et qu’elle préfère entre toutes : le rose. En effet, dès le premier épisode, un long manteau rose est à la fois associé à sa joie volubile de jeune épouse élégante préparant Yom Kippour [S01xE01] et à la catastrophe qui suit le départ de son mari et la découverte de son infidélité, tandis qu’elle erre sous la pluie, ivre, puis dans le métro avant d’arriver dans le club où elle va improviser son premier numéro. Mais le rose, cette demi-teinte dont Michel Pastoureau a démontré l’imaginaire ambivalent (2024), a également tendance à colorer l’univers de l’héroïne et de nombreux accessoires : un plat en Pyrex, un stylo, du vernis à ongles, un cahier de notes, des gants mais aussi des WC ou la moquette d’un appartement à louer, dans une logique d’accessoirisation absolue et de signature chromatique. Les grandes scènes de la série sont marquées par le noir, pour les numéros de stand-up, ou par le rose, dont Miriam porte toutes les nuances, du plus clair au pourpre en passant par l’orangé, comme si cette richesse visuelle suivait l’évolution du personnage et son accomplissement progressif, vers une sorte de rose renforcé et éclatant qu’on pourrait proprement nommer le rose Mrs. Maisel. Comme l’écrit d’ailleurs Donna Zakowska dans l’ouvrage qu’elle a consacré à son travail de costumière pour la série (2021 : 41), « pour Midge, qui semble si ingénument voir le monde et sa vie à travers des lunettes roses au début de la série, “voir le monde en rose” pourrait aussi finir par exprimer la part triomphante de son caractère en devenant, en fait, sa manière de se défendre contre la tristesse et l’échec4 ».

  • 5 « Fabric in The Marvelous Mrs. Maisel was like pigment for me, and walls and walls of swatches fill (...)
  • 6 « I’ve always felt that colors have history, and that, as costume designers, creating clothes as co (...)
  • 7 « The costumes plot a chromatic arc that mirrors her emotional trajectory » (nous traduisons).

17La costumière de la série compare d’ailleurs régulièrement son processus créatif à celui d’une coloriste (2021 : 15) : « Les tissus utilisés dans The Marvelous Mrs. Maisel étaient comme des pigments pour moi, et les murs du studio étaient recouverts d’échantillons, car la création d’une palette chromatique pour chaque épisode relevait d’un processus intense et enivrant5 ». Donna Zakowska ajoute, dans la même perspective (2021 : 16) : « J’ai toujours pensé que les couleurs avaient une histoire et qu’en tant que costumiers, créer des vêtements comme des “événements” colorés était notre façon particulière de peindre le récit6 » ; ainsi, les tenues de Miriam finissent par dessiner « un arc chromatique qui reflète son parcours émotionnel7 » et qui contribue à rendre la narration plus expressive.

  • 8 On peut également noter le rôle majeur du directeur de la photographie M. David Mullen dans la créa (...)
  • 9 La récente série Étoile (Amazon Prime Video, 2025), sur le monde des grandes compagnies de ballet e (...)

18Le goût de Donna Zakowska pour les couleurs s’accorde d’ailleurs avec le programme esthétique de la série qui souligne régulièrement la luxuriance de certains décors dans des séquences rappelant les comédies musicales des années 1950. En effet, Amy Sherman-Palladino et le cocréateur de la série, Daniel Palladino, qui ont écrit et mis en scène la quasi-totalité des épisodes de The Marvelous Mrs. Maisel, se plaisent à ponctuer le récit de tableaux spectaculaires d’une grande virtuosité technique8, souvent accompagnés de musique et conçus comme des chorégraphies, dont la facture évoque les « musicals » du cinéma classique hollywoodien9.

19Le style chromatique de la série tient aussi beaucoup à la carnation diaphane de l’actrice Rachel Brosnahan et aux choix de maquillage de son personnage, qui s’harmonisent avec les nuances de rose qu’elle porte. Son teint de « crème fouettée » [S02xE04], comme le lui dit Susie, fascine même un peintre qui tombe sous le charme de cet incarnat lumineux [S02xE07], confirmant que le personnage de Miriam a tout d’une œuvre d’art stylisée. Tout au long de la série, et avec une grande constance, les choix de maquillage visent ainsi à magnifier les grands yeux bleus et le teint très pâle du personnage, avec des effets naturels et transparents qui soulignent sa blancheur et colorent ses pommettes d’un rose léger ; si le rouge à lèvres de Miriam parcourt de nombreuses gammes de rose, il peut aussi faire place à des rouges plus soutenus, notamment lorsqu’elle se produit sur scène.

20Emblème visuel, le rose est aussi un agent provocateur. Miriam le constate lors d’un bref séjour parisien [S02xE01] où elle découvre le cabaret travesti Madame Arthur, dont l’enseigne et les décors roses l’attirent. Elle assiste à un spectacle avant de monter sur scène, en soulignant sa proximité avec ces hommes déguisés en femmes, qui mettent en exergue avec humour la notion de performance de genre, telle que Judith Butler a pu la théoriser, à la suite des travaux de l’anthropologue Esther Newton sur le phénomène drag (1972). Comme l’écrit Judith Butler (2006 [1990] : 261), « En imitant le genre, le drag révèle implicitement la structure imitative du genre lui-même – ainsi que sa contingence. […] Cette déstabilisation permanente des identités les rend fluides et leur permet d’être signifiées et contextualisées de manière nouvelle ». Pour Miriam Maisel, le rose sert à « performer » la féminité tout en la figurant comme un spectacle et quasiment comme un acte de résistance aux difficultés qu’elle affronte.

Trouble genré

21Le personnage de Susie Myerson, imprésario de Miriam, est construit de façon antinomique afin de créer un duo féminin expressif : toujours vêtue avec des tenues masculines aux couleurs sobres, son homosexualité potentielle sera en partie confirmée dans les deux dernières saisons ([S04xE04], [S05xE09]). Elle est régulièrement prise pour un homme, par Joel [S01xE01], par le concierge de Miriam [S01xE02], par un juge [S01xE03], par un militaire [S03xE01] par exemple. Si, à l’inverse, le fils de Miriam, Ethan, et son père Abe l’identifient immédiatement comme une femme ([S02xE06], [S01xE02]), les figures caricaturales du patriarcat qui entretiennent le running gag de la confusion des sexes contribuent à rappeler la violence symbolique d’une époque où le binarisme de genre passait par des distinctions très marquées. Christine Bard (2019 : 182) confirme que l’obligation de fémininité était alors « particulièrement discriminante pour les lesbiennes ayant une allure masculine, les “butchs”. Elles ont vécu l’enfer dans les années 1950, ces années Dior ultra-féminines ». L’historienne constate ainsi que « le langage genré du vêtement […] construit, révèle des identités multiples en même temps qu’il dit le temps présent et l’état de la société » (2019 : 192).

  • 10 Mais Élodie Chazalon a montré comment ce concept et ce style apparus historiquement à la fin des an (...)
  • 11 « The popular idea of the lesbian was precisely that of a woman with no style » (nous traduisons).

22De façon humoristique, on voit d’ailleurs Susie, l’air bourru, entrer dans le magasin de luxe B. Altman, à l’étage des maquillages et des parfums [S01xE06], tandis que la mise en scène choisit à l’inverse l’esthétique sucrée des comédies musicales et nous fait entendre la chanson I Enjoy Being a Girl (Rodgers et Hammerstein, 1958), qui glorifie une vision conformiste de la féminité (« I’m strictly a female female »), la dialectique genrée se jouant alors dans la confrontation discordante entre l’image et le son. Outre que ce vestiaire masculin libère en quelque sorte le personnage de Susie des enjeux de la sexualité et du genre, il lui permet aussi d’accéder à une sorte de « power dressing » personnel10 (une manière de s’habiller qui ferait montre de son pouvoir) à travers cet uniforme inchangé, qui est sa signature vestimentaire et la marque de son style unique, fait de vestes et de pantalons larges et foncés assortis à ses bretelles et à ses casquettes ; ce qui contredit par surcroît l’idée selon laquelle, jusqu’à une date récente, « la représentation populaire d’une lesbienne était précisément celle d’une femme sans aucun style », comme le note Elizabeth Wilson11 (2013 : 167).

23Dans la série, le trouble genré caractérise également d’autres personnages, comme le chanteur Shy Baldwin que Miriam rencontre dans les toilettes des femmes [S02xE09], et dont elle découvre ensuite l’homosexualité. Agressé par un partenaire, il n’ose alors pas monter sur scène, avant que Miriam ne le maquille pour masquer ses blessures [S03xE06]. Ou encore L. Roy Dunham, personnage interprété par l’actrice transgenre Hari Nef, qui dénigre Miriam de façon répétée dans son journal et s’avère, quand elle fait sa connaissance, ne pas être un homme mais une femme, contrairement à ce qu’elle imaginait [S04xE06].

24The Marvelous Mrs. Maisel place, en outre, le personnage de Miriam au sommet d’un triangle affectif original dont les deux autres pôles sont Susie et Joel. Tout est scellé dès le premier épisode : elle s’éloigne de son mari pour trouver celle qui va gérer sa carrière et entretenir avec elle un long partenariat et une conversation ininterrompue jusqu’au dernier épisode [S05xE09] où, à distance et au téléphone, les deux femmes désormais âgées plaisantent et éclatent de rire. Manager et cliente deviennent partenaires de vie et signent un contrat qui a tout d’un mariage [S01xE06], au point que Miriam emploie le lexique conjugal pour évoquer la date de leur rencontre ([S02xE07], « This is our anniversary »). Mais le couple qu’elle forme avec Susie ne l’empêche pourtant pas d’être toujours proche de Joel, la série prenant régulièrement la forme d’une comédie du remariage sur ce plan ([S02xE10], [S03xE04]). Ce genre cinématographique identifié par Stanley Cavell (1993 [1981] : 23-24) « demande la création d’une nouvelle femme, ou la nouvelle création d’une femme », pour reprendre les mots du philosophe, et met en scène un combat qui « a pour enjeu la réciprocité ou l’égalité de conscience » dans le couple, comme le démontre la série, qui n’interrompt jamais le lien entre Miriam et Joel, même quand celui-ci est envoyé en prison dans les années 1980 [S05xE05]. D’ailleurs, lors de leur audience de divorce [S03xE02], le juge traditionaliste ne comprend pas qu’un couple qui s’entend aussi bien veuille se séparer ; en cela il représente ostensiblement les années 1950 finissantes, avant que « le mouvement féministe qui réémerge dans les années 1960 » ne transforme « durablement les rapports sociaux de sexe au sein de la société états-unienne », comme le rappelle Anaïs Le Fèvre-Berthelot (2020 : 13).

Sous contraintes

25The Marvelous Mrs. Maisel développe une matière fictionnelle qui s’amuse à interroger la mode vestimentaire, le maquillage et la coiffure en tant qu’outils de contrôle social, et plus précisément de domination masculine, au tournant des années 1960, alors que la survalorisation du statut marital et l’asservissement de la femme au sein du couple dominent encore. Les demandes faites aux femmes concernant leur apparence sont si puissantes qu’elles ont abouti à un système coercitif incorporé et reproduit par les femmes elles-mêmes, que Miriam remet en question de façon satirique, car en commentant sa vie quotidienne sur scène, la jeune femme en propose une relecture critique ; et par ricochet, la série semble ainsi à la fois nous offrir un tissu fictionnel et son exégèse comique qui en constitue le métatexte.

26On découvre d’emblée que, pour se rassurer, Miriam (en justaucorps, collants noirs et ballerines) vérifie et note tous les jours dans un carnet ses mensurations inchangées, des chevilles au buste [S01xE01], suivant les prescriptions des magazines. Elle s’astreint également à des séances de gymnastique où les divorcées excellent dans l’espoir de retrouver un mari [S01xE02] et l’on apprend que pour plaire à Joel et correspondre aux canons de son temps, elle porte des sous-vêtements dont les élastiques et les baleines rougissent sa peau [S01xE08], qu’elle est contrainte de poudrer tous les jours. Ces traces rougies, comme une lettre écarlate qui la marquerait, emblématisent l’aspect sisyphéen de la condition féminine, condamnée quotidiennement à répéter les mêmes rituels esthétiques, sans oublier la survenue régulière des menstruations de Miriam, que Susie note et anticipe dans son calendrier [S05xE01] en dessinant à la date prévue une explosion rougeoyante.

27La série montre aussi comment Miriam a longtemps fait croire à son mari qu’elle était naturellement resplendissante et apprêtée au réveil [S01xE01], alors qu’elle se levait discrètement pour se préparer au coucher (démaquillage, nettoyage, bigoudis, crème de nuit) puis le lendemain matin pour tout refaire à l’envers, cette magie hollywoodienne étant à la fois une métaphore des préceptes subis par les femmes dans le couple et du travail de l’actrice pour incarner son rôle. Face au miroir, le personnage féminin vit alors un moment spéculaire et solitaire ([S01xE02], [S01xE04]) où il tente de se conformer à une image normée. La mère de Miriam, Rose, suit d’ailleurs la même routine que sa fille [S01xE04] mais elle ajoute des bandes autocollantes sur son visage pour relever ses traits la nuit.

28La contrainte provient parfois dans la série des femmes elles-mêmes, comme l’humoriste Sophie Lennon (Jane Lynch), contre-modèle et antithèse de Miriam, devenue riche et populaire en se grimant et en créant un personnage comique aux antipodes de sa vraie personnalité. Miriam se moque d’elle en réfutant la nécessité féminine de « faire semblant » ([S01xE07], « Why do we have to pretend? »), qui caractérise par ailleurs sa mère Rose, prompte à juger l’apparence de ses proches : un ensemble bleu nuit de Miriam qu’elle trouve peu flatteur, les bras de sa fille encore alourdis par les grossesses [S01xE01], ou le front « gigantesque » de sa petite-fille Esther qu’il faudra cacher sous une frange – le trauma est tel qu’à l’âge adulte Esther (Alexandra Socha) dit à son psychanalyste qu’elle ne veut pas de frange [S05xE01]. Miriam en vient à redouter d’être une « mauvaise mère » [S01xE03], tout en réfutant avec humour les conseils éducatifs du célèbre docteur Spock. Mais c’est lorsqu’elle travaille au rayon beauté du magasin B. Altman [S01xE05] qu’elle fait l’expérience d’une sorte de gynécée conformiste fondé sur des commandements impérieux, affichés dans la salle de repos (être à l’heure, polie, jolie, bien habillée et maquillée), pointant la soumission des femmes au plaisir et au désir masculins ; dans le métro qui la ramène chez elle, Miriam n’est alors entourée que d’hommes, qui semblent la submerger.

29Lorsque les hommes se mêlent de la mode et de la beauté dans la série, ils le font de façon souvent ridicule et absurde. Le directeur du centre de vacances des Catskills bannit Miriam du concours de maillots de bain qu’elle a déjà remporté huit fois parce qu’elle est désormais séparée [S02xE04]. Pour récupérer son mari, Abe pense que sa fille n’a qu’à arranger son visage et porter la robe que Joel préfère [S01xE01], démontrant indirectement la puissance qu’il accorde aux atours féminins. Comparaissant devant un juge suite à ses premiers numéros provocateurs de stand-up, Miriam choisit une robe sophistiquée de Jacques Fath [S01xE03] taillée dans un tissu imprimé à dominante vert d’eau et assortie à un manteau mauve à manches courtes dont la doublure est du même tissu que la robe. Cette tenue est approuvée par son avocat, mais Miriam ne peut pas s’empêcher de répondre brutalement au magistrat qui évoque la décadence morale, ce qui lui vaut un retour en prison, dont elle ne pourra sortir qu’après avoir payé deux cents dollars, plaidé coupable et présenté d’humiliantes excuses à la cour, le juge se permettant pour finir un commentaire sur sa tenue afin de lui signifier quelle est sa place (« and by the way, that is a lovely dress you are wearing » ; « et d’ailleurs vous portez une robe ravissante »). Le surmoi patriarcal sévit jusqu’à la dernière saison, où Miriam est brièvement arrêtée par les garde-côtes pour un acte de piraterie [S05xE05] : elle a accidentellement fait tomber à l’eau la veste italienne d’un homme trop entreprenant lors d’une soirée sur l’Hudson. On le voit, l’irrévérence du personnage principal et la discordance entre son apparence bourgeoise et ses manières audacieuses sèment le trouble dans les représentations genrées et perturbent les conventions sociales en remettant en question leurs principes mêmes.

  • 12 « The growing authority and assertiveness of female characters […] corresponds to a tendency toward (...)

30C’est peut-être une des raisons pour lesquelles le milieu presque exclusivement masculin du stand-up, que Miriam choisit d’intégrer, est régulièrement misogyne et agressif à son égard. Elle est par exemple mise à l’index par Harry Drake (David Paymer), l’agent de Sophie Lennon dont elle s’est moquée [S01xE08] ; elle s’entend dire souvent qu’elle n’a pas le physique d’une humoriste [S02xE05] et elle n’est pas acceptée dans la célèbre émission de Jack Paar [S05xE07], qui lui préfère des comiques masculins. Réduite parfois à son apparence, une photo d’elle prise à la manière de Marilyn Monroe avec sa robe qui se soulève dans Sept ans de réflexion (Billy Wilder, 1955) va servir de support commercial lors de sa première grande tournée [S03xE03]. Mais par-delà la sexualisation de son image, c’est aussi le contenu de ses numéros qui irrite : elle surprend et choque certains spectateurs quand elle évoque le nouveau-né de sa meilleure amie et l’anatomie féminine incohérente qui rend l’accouchement si difficile [S02xE10]. Elle affirme que c’est sans doute Adam qui a négocié cette stupidité auprès de Dieu, et une métaphore associant un porte-monnaie très étroit aux voies naturelles est jugée inacceptable par le responsable de la salle qui la fait sortir de scène. Lors d’un autre spectacle, elle se permet à l’inverse, en robe rose, d’imiter un comique lourdaud et vulgaire en recréant exactement son numéro [S04xE02], ce qui lui vaut d’être à nouveau chassée de scène. La rudesse de ce milieu lui fait dire d’ailleurs que son corset est comme une armure protectrice [S02xE07] empêchant les agressions et lui accordant une forme d’autodéfense vestimentaire. « L’autorité et l’assurance croissantes des personnages féminins correspondent […] à une tendance à l’inversion des rôles traditionnels des hommes et des femmes », notent d’ailleurs en 2005 Gaby Allrath, Marion Gymnich et Carola Surkamp dans leur introduction à Narrative Strategies in Television Series (2005 : 2912), annonçant la possibilité d’apparition et d’épanouissement de personnages sériels tels Miriam et Susie, au tournant des années 2020.

Sois belle et ne te tais pas

  • 13 Le film de Delphine Seyrig donne notamment la parole à plusieurs actrices nord-américaines, comme J (...)

31On pourrait envisager à présent, en détournant le célèbre slogan qui avait, par exemple, donné son titre au documentaire féministe de Delphine Seyrig (Sois belle et tais-toi, 198113), les modalités singulières par lesquelles le personnage de Miriam fait l’expérience de l’émancipation. La séquence d’ouverture de la série [S01xE01], lors du mariage de Miriam et Joel, tient lieu de programme esthétique et annonce son parcours : elle s’empare du micro pour faire son propre toast (« Who gives a toast at her own wedding?… I do », « Qui porte un toast à son propre mariage ?... Moi »), au centre des regards et sur une estrade, dans sa robe blanche. Elle devient ainsi le foyer de l’énonciation et la voix souveraine de la fiction, narrant quelques étapes de sa jeunesse jusqu’à son mariage et rappelant notamment qu’elle est allée au Bryn Mawr College, dans la chambre de Katharine Hepburn comme le précise alors sa mère. Miriam se trouve ainsi associée à l’image frondeuse et libérée de la célèbre actrice, dont plusieurs films, surtout au début des années 1930, « remettent explicitement en cause les rôles sexués traditionnels, jusqu’aux enjeux sacrés de l’amour et du mariage », comme le remarque Noël Burch, qui ajoute que, de façon régulière, dans les fictions mettant en vedette Katharine Hepburn, « l’objectif de l’héroïne se situe sur un terrain réservé aux hommes » (2009 : 41-42), ce qui la pousse à questionner « tous les présupposés […] de la différence des sexes » (2009 : 44) en revendiquant pour les femmes les mêmes droits que les hommes, comme c’est aussi le cas de Miriam, qui va renoncer à son mariage et embrasser une profession jugée masculine.

32À la fin du même épisode inaugural, bouleversée par le départ de son mari, elle arrive par hasard sur la scène d’un club, reprend le micro, entre à nouveau dans la lumière, en robe de nuit bleue et manteau rose. Repérée par Susie, elle va ensuite apprendre la science précise du stand-up et du rire [S01xE04] jusqu’à l’excellence [S01xE07], suivant un parcours d’évolution narrative relevant à la fois du développement (« character growth ») et de l’éducation (« character education ») du personnage de série, selon la typologie proposée par Jason Mittell dans Complex TV (2015 : 137-138). Mais la reconnaissance sera longue et ardue. Ainsi, dans la saison 2, lors d’une soirée où elle subit de multiples humiliations misogynes, sa robe noire tachée de moutarde, sale et souillée de transpiration, est comme le symbole matériel du mépris dont elle est l’objet de la part des hommes [S02xE02]. Mais avec l’aide de Susie, elle parvient à retourner la situation en ridiculisant férocement les comiques qui l’ont rabaissée. « Tits up! » (« Haut les seins ! ») : la formule propitiatoire et d’encouragement que les deux femmes se répètent avant chaque montée sur scène, apparaît alors comme une expression clé de la série. Ce sont à la fois les mots et le corps féminins qui s’expriment dans les numéros de Miriam, comme dans le spectacle étrangement œdipien auquel assiste son père pour la première fois [S02xE05] et qui permet d’une certaine manière à la fille de régler ses comptes avec le patriarche.

33Plus tard, après avoir été renvoyée sans préavis par le chanteur Shy Baldwin et ses équipes sur le tarmac d’un aéroport, Miriam imagine avec humour les revanches les plus délirantes pendant un numéro sur scène [S04xE01], et rappelle qu’elle était alors « magnifiquement habillée » dans son tailleur blanc. Cette notation vestimentaire crée à la fois un effet de décalage comique, en faisant passer l’accessoire devant l’essentiel, et montre la volonté de l’héroïne de reprendre en main la situation, par la puissance de la mode, signe de victoire et de maîtrise personnelles. Pendant qu’elle imagine sa vengeance hilarante face au public, Miriam est vêtue d’un pantalon-cigarette noir (accessoirisé par une large ceinture en velours) et d’un pull foncé assez moulant, ce qui évoque, à nouveau, une silhouette d’Audrey Hepburn créée par Hubert de Givenchy dans Funny Face (Stanley Donen, 1957), à ceci près que l’encolure du pull de Miriam est bordée de rouge et qu’une patte de serrage décorative y est attachée à un grand bouton rouge en feutre. Ces signes d’un rouge vif, légers mais bien visibles pendant toute la séquence et particulièrement dans les plans rapprochés, pourraient être compris comme les indices vestimentaires de la colère à la fois profonde et comique du personnage. À la fin du même épisode, dans une séquence au ralenti, qui s’achève par un plan large accompagné par la chanson « Being Good Isn’t Good Enough » (Jule Styne, Adolph Green, Betty Comden, 1967), on voit Miriam, dans la même tenue avec des chaussures plates et un grand manteau rouge, sortir du club où elle vient de jouer et avancer avec assurance en souriant dans la nuit new-yorkaise, figurant l’autorité par le style. Son spectacle a été un succès, elle a pu se libérer de sa colère grâce aux rires et aux applaudissements du public, et la douceur du ralenti traduit son apaisement. Dans cette quatrième saison, Miriam va découvrir un théâtre burlesque de striptease où elle pourra jouer avec une liberté de parole totale [S04xE02], et la série va élargir les enjeux féministes aux questions raciales [S04xE07] en présentant le personnage d’un jeune comique noir, James (Jay Will), soumis à d’autres formes d’oppression et de rejet dans un pays encore ségrégationniste.

34Dès ses premiers pas sur scène, l’humour de Miriam s’avère provocateur et disruptif, comme le signe d’une lutte et d’une insurrection personnelle par la comédie. À la fin du toast qu’elle prononce lors de son mariage [S01xE01], elle révèle qu’il y a des crevettes (un aliment que les Juifs ne consomment traditionnellement pas) dans la nourriture, ce qui sème la zizanie chez les convives. Sur la voie de son émancipation, elle découvre Karl Marx [S01xE01], et rejoint une manifestation de l’autrice et activiste Jane Jacobs à Washington Square Park [S01xE04], où elle est invitée à prendre le micro, ce qu’elle fait en dénonçant avec drôlerie les publicités destinées aux femmes, qui seraient des distractions pour empêcher leur éveil politique, sortes de manipulations madrées contribuant à les asservir.

  • 14 « Throughout the 1950s and well into the 1960s, most women wore some sort of body-shaping foundatio (...)

35L’héroïne de The Marvelous Mrs. Maisel s’amuse régulièrement à rappeler que les codes vestimentaires féminins conditionnent la domination masculine : sans talons hauts qui les gênent, les hommes peuvent diriger le monde [S02xE08], et les sous-vêtements féminins contraignants (corsets, gaines, brassières) coupent la circulation sanguine et abrutissent les femmes [S01xE02], constate-t-elle avec ironie, à une époque où ils sont encore très majoritairement portés, comme l’indique Valerie Steele (2001 : 160) : « Tout au long des années 1950 et pour une bonne part dans les années 1960, la plupart des femmes portaient un sous-vêtement gainant qui modelait leur corps […]. On croyait généralement que des gaines adaptées pouvaient ‛préserver’ une silhouette juvénile14 ».

  • 15 « Il n’existe pas d’“instinct” maternel », affirmait déjà Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe (...)

36À cette lecture marxisante de la mode par Miriam s’ajoute une remise en cause audacieuse de l’instinct maternel dans la culture étasunienne de cette époque15 [S01xE03] et la valorisation de figures émergentes comme Jackie Kennedy [S02xE08], dont les pantalons en lin figureraient la prise de pouvoir et l’accomplissement personnel.

37L’épisode autoréflexif de la dernière saison [S05xE02], où un reportage de l’émission 60 Minutes au début des années 1980 suit Miriam devenue une star de l’humour et remémore sa carrière et ses scandales, transforme la fiction en légende populaire, retraçant sa vie, ses amours et ses aventures vestimentaires (« …and then there were her clothes »). Toutes les tenues alignées de part et d’autre d’un long hangar, et bientôt vendues aux enchères pour sa fondation caritative, sont présentées par Miriam comme ses amies (« in a way these are my friends ») : dans ce musée de la mode improvisé et ironiquement impossible (car le vestiaire aligné a l’air sans fin), la personnification des vêtements, qui sourd régulièrement dans la série, transforme les pièces et les étoffes colorées en chair du récit, dessinant concrètement le chemin de formation et de transformation emprunté par l’héroïne tout au long de la fiction et donnant aux tenues une puissance évocatoire de nature temporelle et affective.

38À travers l’attention qu’elle porte à la mode, la série développe un jeu dialectique entre la nudité et les vêtements. La protagoniste montre d’ailleurs sa poitrine dès le premier épisode [S01xE01], travaille temporairement dans un théâtre de striptease dont plusieurs numéros nous sont proposés [S04xE03], et la mise en scène de sa nudité est associée à des moments fondateurs de la fiction, qui ont parfois valeur d’initiation ou de révélation, voire de renaissance du personnage : par exemple au début de la troisième saison [S03xE01] quand elle se lève du lit où elle a passé la nuit avec Joel ; plus tard quand une sorte de folie vestimentaire la pousse à arracher et jeter tous les vêtements qu’elle portait au moment de son renvoi par Shy Baldwin ([S04xE01], « the skirt has learned its lesson », « la jupe a retenu sa leçon », lui lance Susie) ; ou après avoir rejoint Lenny Bruce (Luke Kirby) dans sa chambre d’hôtel [S04xE08] et pris sa chemise blanche en sortant nue du lit, comme si en s’appropriant son vêtement elle devenait l’alter ego du célèbre humoriste.

39Mais le parcours émancipateur de Miriam Maisel ne suit pas une ligne continue au fil des cinq saisons et n’est pas exempt d’ambiguïté et de dualité, à l’image du toast ironique de l’héroïne à son mariage où les mots et les images se contredisent [S01xE01]. Cet hommage à une scène fameuse de Chantons sous la pluie (Stanley Donen, Gene Kelly, 1952) oppose les paroles de Miriam évoquant son éducation à la haute culture et la réalité des faits, montrant qu’elle se divertit dans des lieux populaires. Le nom même de l’authentique club de musique folk et de stand-up où Miriam commence par se produire, « The Gaslight Cafe », figure sa libération personnelle tout en faisant entendre le redoutable gaslighting que peuvent subir les femmes, terme et notion dont Hélène Frappat, par exemple, a retracé l’histoire (2023 : 17-20). Les signes antinomiques abondent ainsi dans la série : la grossièreté du langage de Miriam [S01xE02] et son absence de filtre social dans certaines occasions [S02xE03] contrastent avec son élégance bourgeoise toujours intacte ; sa cohabitation avec ses parents ([S01xE04], [S04xE02]) semble s’opposer à son désir d’indépendance ; son divorce assumé jure avec son remariage incessant et son affection constante pour Joel, comme si une ambivalence sémantique contribuait au retournement des signes. Dans la dernière saison, le patriarcat lui-même est inversé puisque le père de Miriam, qui finit par faire l’éloge de sa fille à ses collègues [S05xE08] alors qu’il admirait avant tout son fils Noah (Will Brill), reconnaît que le don intellectuel de sa lignée a été transmis non pas à son petit-fils Ethan mais à sa petite-fille Esther [S05xE07].

40La résolution des contradictions est justement proposée par Miriam lors d’un spectacle auquel assistent ses parents [S03xE06]. Elle évoque les progrès promis par les années 1960 et son désir de ne plus voir les choix féminins restreints, rappelant que le blanc choisi par les suffragettes était une couleur difficile à porter et imaginant de futures activistes qui aimeraient le rose et les chevaux et ne renonceraient pas aux plaisirs de la mode, ce qui fait notamment écho à un dessin de presse publié en 1911 dans le New-York Tribune, montrant un « nouveau type de suffragette » qu’intéresse la mode, et qui contraste avec d’autres militantes au vestiaire plus simple et réduit, comme le rapporte Einav Rabinovitch-Fox dans Dressed for Freedom (2021 : 70). Dans une perspective semblable, Kévin Bideaux (2023 : 319) remarque que « l’emploi du rose comme emblème post-féministe peut […] aussi se lire comme une volonté de réconcilier le féminisme avec la féminité ». Les nouvelles suffragettes, en rose et à cheval, composent une image audacieuse et amusante qui semble incarner le projet personnel et philosophique de Miriam et de la série.

Conclusion

41« Le corps et le vêtement disent ma relation au monde, à autrui et à moi-même. Le vêtement […] constitue l’élément visible d’une construction identitaire », constatent Sébastien Hubier et Frédérique Toudoire-Surlapierre dans Corps pop (2018 : 13). L’usage des costumes mais aussi du maquillage et de la coiffure dans The Marvelous Mrs. Maisel confirme, en définitive, la puissance d’expression de ces ornements pour les personnages de la série. Si les robes de Miriam sont ses amies, c’est aussi parce qu’elles l’accompagnent sur la voie de l’émancipation, malgré les soubresauts et les accidents d’un parcours où les obstacles abondent. Les choix vestimentaires de l’héroïne, sa passion pour la mode et son goût des couleurs constituent des gestes de rébellion et d’insurrection comparables à sa décision de devenir humoriste. Dans un article rédigé en 1927, Freud entreprend justement de circonscrire la force souveraine de l’humour qui « n’a pas seulement quelque chose de libérateur […] mais également quelque chose de grandiose et d’exaltant […]. Le moi se refuse à se laisser offenser, contraindre à la souffrance par les occasions qui se rencontrent dans la réalité ; il maintient fermement que les traumatismes issus du monde extérieur ne peuvent l’atteindre ; davantage : il montre qu’ils ne sont pour lui que matière à gain de plaisir » (2000 [1927] : 323). Rejetant la renonciation et l’abattement, Miriam Maisel prend toujours le parti du « fun » et du « gain de plaisir » qu’autorisent la comédie ainsi que le jeu incessant avec la mode. Quant à Amy Sherman-Palladino et Daniel Palladino, ils privilégient tout au long des cinq saisons une mise en scène fondée sur des plans assez larges où le corps de l’héroïne n’est ni enserré ni morcelé. Les échelles de plans utilisées la font souvent exister tout entière à nos yeux dans ses dizaines de tenues, et permettent à Rachel Brosnahan de déployer sa créativité gestuelle, d’autant plus que l’usage fréquent de plans séquences complexes, filmés au Steadicam, permet d’affranchir les acteurs d’un découpage contraignant, et rappelle la liberté du plateau théâtral. Ces choix esthétiques et éthiques posent sur Miriam comme sur les autres personnages un regard qu’on pourrait qualifier d’égalitaire et cordial, particulièrement assorti aux enjeux portés par The Marvelous Mrs. Maisel.

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Notes

1 Stella Bruzzi (2011 : 177-178) a notamment analysé, dans l’ouvrage collectif Fashion in Film, les enjeux des garde-robes féminines de Mad Men, et particulièrement celle de Betty Draper, la femme du personnage principal, en montrant que ses costumes « incarnent la nature paradoxale du New Look, tel que la culture américaine dominante se l’est appropriée » (« The costuming of Betty epitomizes the paradoxical nature of the New Look as it has been appropriated by mainstream American culture » ; nous traduisons).

2 Selon les mots de Flügel, que reprend Christine Bard dans son Histoire politique du pantalon (2010 : 11-12), « les hommes ont subi […] une grave défaite en renonçant brutalement à leur coquetterie vestimentaire, à la fin du XVIIIe siècle. Ce fut à peu près à cette époque que se produisit un des tournants les plus notables dans l’histoire du vêtement […] ; les hommes renoncèrent à leur droit d’employer les diverses formes de parures brillantes, gaies, raffinées, s’en dessaisissant entièrement au profit des femmes. […] L’homme cédait ses prétentions à la beauté. Il prenait l’utilitaire comme seule et unique fin ».

3 Ce n’est pas un hasard si les deux figures paternelles de la série, Moishe Maisel et Abe Weissman, portent des prénoms proprement patriarcaux (Moïse et Abraham). Mais l’univers juif new-yorkais qui nourrit en profondeur la série fait de Miriam un personnage féminin « plus culturellement […] que religieusement » juif, comme le constate Joel West (2022 : 72, « more culturally Jewish, than religious », nous traduisons).

4 « For Midge, who seemingly so ingenuously sees the world and her life through rose-colored glasses at the beginning of the series, ‘seeing pink’ could also eventually come to express the triumphant part of her nature by, in fact, becoming her defense against dejection and defeat » (nous traduisons).

5 « Fabric in The Marvelous Mrs. Maisel was like pigment for me, and walls and walls of swatches filled the studio as a concoction of a palette for each episode became an intense, intoxicating process » (nous traduisons).

6 « I’ve always felt that colors have history, and that, as costume designers, creating clothes as color ‘events’ is our special way of painting the story » (nous traduisons).

7 « The costumes plot a chromatic arc that mirrors her emotional trajectory » (nous traduisons).

8 On peut également noter le rôle majeur du directeur de la photographie M. David Mullen dans la création du style visuel de la série et dans sa capacité à exprimer la puissance et les nuances des choix chromatiques.

9 La récente série Étoile (Amazon Prime Video, 2025), sur le monde des grandes compagnies de ballet entre Paris et New York, a permis à Amy Sherman-Palladino de poursuivre son travail sur la danse et ses modes de figuration, déjà initié dans Bunheads (ABC Family, 2012-2013).

10 Mais Élodie Chazalon a montré comment ce concept et ce style apparus historiquement à la fin des années 1970 ne sont pas aussi émancipateurs qu’il y paraît (2023 : 159) : « La performativité du power dressing censée être une critique féministe et un levier de progrès social étaye l’idéologie même qu’elle prétend démonter ».

11 « The popular idea of the lesbian was precisely that of a woman with no style » (nous traduisons).

12 « The growing authority and assertiveness of female characters […] corresponds to a tendency towards reversing traditional gender roles » (nous traduisons).

13 Le film de Delphine Seyrig donne notamment la parole à plusieurs actrices nord-américaines, comme Jane Fonda, Shirley MacLaine ou Ellen Burstyn, qui y démontent les rouages de la domination masculine dans le milieu du cinéma hollywoodien.

14 « Throughout the 1950s and well into the 1960s, most women wore some sort of body-shaping foundation garment […]. It was widely believed that the right foundations could ‘preserve’ a youthful figure » (nous traduisons).

15 « Il n’existe pas d’“instinct” maternel », affirmait déjà Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe (2021 [1949] : 364).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Guillaume Gomot, « « In a way, these are my friends » : costumes et émancipation féminine dans The Marvelous Mrs. Maisel », Genre en séries [En ligne], 19 | 2025, mis en ligne le 01 décembre 2025, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ges/6247 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15ra2

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Auteur

Guillaume Gomot

Professeur agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’université de Haute-Alsace, Guillaume Gomot oriente ses recherches dans les champs cinématographiques, audiovisuels et littéraires, où il a publié une cinquantaine d’articles, qui s’intéressent notamment aux enjeux de la représentation des personnages féminins.

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