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Regards cliniques sur la détransition, la désistance et les parcours de transition interrompus chez les jeunes

Clinical Perspectives on Detransition, Desistance, and Interrupted Transition Pathways Among Youth
Tommly Planchat, Annie Pullen Sansfaçon et Morgane A. Gelly

Résumés

Les parcours de détransition, désistance ou discontinuation (D*) chez les jeunes trans et non binaires (TNB) suscitent un intérêt croissant des médias, des politiques et du milieu scientifique. Bien que peu étudié, ce phénomène alimente de vifs débats, ciblant notamment les professionnel·le·s en santé trans qui accompagnent les jeunes TNB, souvent accusé·e·s de favoriser ces parcours par des « diagnostics erronés » ou des interventions précipitées. Pourtant, leurs perceptions et leurs expériences cliniques demeurent peu documentées. Cet article explore leur compréhension du phénomène à partir d’un échantillon composé de 60 professionnel·le·s travaillant avec les jeunes TNB et ayant répondu à une enquête en ligne. L’analyse thématique des réponses ouvertes révèle des perceptions nuancées et une connaissance clinique généralement cohérente avec la littérature. Ces professionnel·le·s pourraient jouer un rôle clé dans l’amélioration de l’accompagnement des jeunes TNB et de celleux ayant un parcours de D*. 

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Dans cet article, nous utiliserons le terme « jeune » pour désigner les périodes définies par l’OMS (...)
  • 2 Les soins d’affirmation de genre visent à « répondre de manière holistique aux besoins de santé soc (...)

1Les jeunes1 trans et non binaires (TNB) sont des enfants, des adolescent·e·s et des jeunes adultes âgé·e·s de moins de 25 ans qui ne s’identifient pas au sexe/genre assigné à la naissance. Au cours des dernières années, ces jeunes ont connu une visibilité grandissante dans les médias, favorisant une prise de conscience sociale de l’existence d’une diversité des genres et soutenant le mouvement de dépathologisation des expériences trans et non binaires. Cette couverture médiatique a été parfois associée à une augmentation des jeunes référé·e·s dans les cliniques spécialisées pour accéder aux soins d’affirmation de genre (Pang et al., 2020)2.

  • 3 Toutefois, dans le cas où des études analysaient spécifiquement les expériences de détransition ou (...)

2Cette tendance a été observée dans divers pays, mais elle demeure encore mal comprise selon certain·e·s auteur·e·s (Handler et al., 2019 ; Kaltiala et al., 2020) et s’est accompagnée d’une « panique morale » dans les discours médiatiques, médicaux et politiques (Elster, 2022). Elle suscite des inquiétudes, notamment sur la possibilité d’un « mauvais diagnostic » qui amènerait des jeunes à entreprendre des démarches de transition puis à les interrompre et potentiellement les regretter (Bossé, 2025 ; Slothouber, 2020). C’est dans ce contexte que le terme de « détransition », qui désigne le fait d’interrompre ou d’inverser un processus de transition (Expósito-Campos et al., 2023), est de plus en plus utilisé. Le sujet fait l’objet d’une controverse dans les médias et parmi certain·e·s chercheur·e·s, qui alertent sur l’urgence de s’intéresser à ces jeunes tout en pointant la responsabilité des professionnel·le·s travaillant avec les jeunes TNB (Butler et Hutchinson, 2020 ; Littman, 2021 ; Marchiano, 2021 ; Millette et al., en révision). En 2020, alors qu’il existait un certain vide en matière de connaissances empiriques sur ce sujet, de nombreux articles d’opinion soutenaient la nécessité de prévenir le « phénomène » des détransitions et d’adopter des approches permettant de mieux prédire l’identité de genre des jeunes (Karrington, 2022). Les rares études disponibles rapportaient des taux importants de « désistance », c’est-à-dire la disparition de la dysphorie de genre ou l’abandon de l’identité trans chez les jeunes à l’adolescence (Drummond et al., 2008 ; Wallien et Cohen-Kettenis, 2008 ; Steensma et al., 2013). Ces travaux ont été fortement critiqués pour leurs faiblesses méthodologiques et éthiques (Temple Newhook et al., 2018 ; Winters et al., 2018 ; Ashley, 2019a), ainsi que pour le flou entourant la définition des termes utilisés (Karrington, 2022). En effet, à l’époque, une certaine ambiguïté régnait sur l’usage des termes (détransition, désistance et discontinuation) employés pour décrire les situations d’arrêt ou de changement dans les parcours de transition des jeunes. C’est dans ce contexte qu’en 2020 nous avons conçu et mis en place l’étude « Discours Détrans » visant à mieux comprendre ces trajectoires que nous regroupons ici sous le terme « parcours de D* »3 (détransition, désistance, discontinuation), afin d’avoir une compréhension globale de ces parcours et des discours qui les entourent.

3Issu de cette recherche, cet article porte spécifiquement sur les discours des professionnel·le·s de la santé qui accompagnent les jeunes TNB, c’est-à-dire la manière dont iels perçoivent les parcours de D*. Ce terrain de recherche se situe à l’intersection d’enjeux sociétaux (perceptions du genre et questions éthiques) et de santé publique (accompagnement, droit au bien-être, risques pour les jeunes). Les professionnel·le·s de la santé jouent un rôle clé dans le parcours des jeunes TNB en proposant des interventions qui visent à soutenir leur bien-être physique, psychologique et social, notamment en favorisant un accès aux soins d’affirmation de genre. Dans un contexte marqué par des controverses médiatiques et scientifiques, un appel à la « vigilance » pousse vers des approches préventives en vue d’éviter les possibles cas de regrets ou de détransition. Souvent pointé·e·s comme responsables mais rarement invité·e·s à partager leurs connaissances cliniques, les professionnel·le·s de santé possèdent une expérience de terrain qui demeure « non consultée ». Or, documenter cette expertise clinique pourrait nourrir non seulement des réflexions pour l’amélioration de l’accompagnement des jeunes TNB et de celleux ayant un parcours de D*, mais également offrir un éclairage intéressant pour les sciences sociales. En effet, l’article aborde une problématique de santé publique qui est influencée par une controverse sociale, ces réflexions pourraient ainsi s’étendre à d’autres sujets sociaux et politiques.

Les parcours de D* chez les jeunes trans et non binaires

Enjeux terminologiques

4Le terme « détransition » désigne généralement le fait d’arrêter ou d’inverser, totalement ou partiellement, de façon temporaire ou permanente, des changements sociaux, médicaux ou administratifs entrepris dans le cadre d’une transition de genre (Expósito-Campos et al., 2023). Certain·e·s auteur·e·s proposent notamment de distinguer la détransition médicale de la détransition sociale, soulignant qu’une interruption de traitements médicaux, telle qu’un arrêt de prise d’hormones (parfois appelée « discontinuation »), n’implique pas nécessairement la fin d’une identification trans ou non binaire (Vandenbussche, 2022). Par ailleurs, certain·e·s personnes se reconnaissent dans le processus même de détransition, s’identifiant par exemple comme « femme détrans » ou « détransitionneur·e », et ont le sentiment d’appartenir à une « communauté détrans » (Vandenbussche, 2022 ; Hildebrand-Chupp, 2020). Le terme « regret » est parfois utilisé comme synonyme de « détransition », bien que ces deux notions ne coïncident pas nécessairement (Expósito-Campos et al., 2023). Le regret renvoie à un état émotionnel négatif par rapport aux changements effectués durant la transition, ce qui implique qu’il existe des cas de « détransition sans regret et des regrets sans détransition » [notre traduction] (Expósito-Campos et al., 2023, 102).

5Le terme « retransition » est parfois utilisé de manière équivalente à détransition, toutefois son utilisation diverge. Certain·e·s l’emploient pour désigner une nouvelle transition vers une identité trans ou non binaire après une détransition (Hildebrand-Chupp, 2020), tandis que d’autres l’associent plutôt à une fluctuation identitaire (Olson et al., 2022).

6Enfin, le terme « désistance » se rapporte généralement aux jeunes prépubères qui cessent de s’identifier comme trans ou ne ressentent plus de dysphorie de genre à la puberté (Drummond et al., 2008 ; Wallien et Cohen-Kettenis, 2008 ; Steensma et al., 2013). Proposé par Kenneth Zucker (2003), ce concept, emprunté à la criminologie, a également été utilisé comme synonyme de « rémission » (Zucker, 2018), ce qui a été vivement critiqué pour sa connotation pathologisante des identités trans (Ashley, 2021b ; Karrington, 2021).

7Dans l’ensemble, il n’existe ni définition universelle ni consensus sur un terme à privilégier (Hall et al., 2021). La littérature scientifique utilise ces différents concepts de manière inconsistante et interchangeable, limitant une compréhension des expériences que ces termes s’attachent à décrire (Expósito-Campos et al., 2023). Les auteur·e·s évoquent notamment qu’un même terme peut être utilisé pour documenter des situations différentes (ex : le terme détransition désigne parfois un acte de détransition sans changement identitaire et d’autres fois une détransition avec un changement identitaire). À l’inverse, d’autres termes, tels que le regret et la détransition, sont utilisés comme synonymes alors qu’ils ne désignent pas la même chose. Les auteur·e·s soulignent la nécessité de s’accorder plus largement dans la communauté scientifique autour d’un consensus terminologique. Par ailleurs, les enjeux terminologiques ne se limitent pas à un besoin scientifique mais peuvent jouer un rôle important pour les personnes concernées afin de les aider à donner sens à leur parcours (Gelly et al., 2025)

Controverses médiatiques et accès aux soins d’affirmation de genre

8Le sujet des expériences et des parcours de D* s’est popularisé auprès des médias traditionnels grand public qui brossent souvent un portrait homogène des jeunes qui s’engagent dans de tels parcours (Millette et al., en révision). Ils présentent fréquemment les D* comme étant des expériences négatives réduites au silence et soutiennent qu’il faut protéger les enfants de l’« erreur irréversible » que représenterait la transition, tout en relayant l’idée d’une « contagion sociale » (Bossé, 2025 ; Slothouber, 2020). Cette idée de contagion sociale est parfois décrite comme une « dysphorie de genre à déclenchement rapide » ou « Rapid-Onset Gender Dysphoria » (ROGD), concept proposé par Lisa Littman (2018), selon lequel la dysphorie de genre apparaîtrait soudainement chez des jeunes vulnérables, influencés par leurs pairs ou les réseaux en ligne. Cette hypothèse demeure bien ancrée dans le discours médiatique (Slothouber, 2020), même si elle a été vivement critiquée pour son manque de rigueur méthodologique et scientifique (Restar, 2020 ; Ashley, 2022a), et partiellement déconstruite sur le plan empirique (Bauer et al, 2022). Ces visions négatives des D* circulent également sur les réseaux sociaux, où elles sont présentées à travers un prisme critique du genre : comme une « erreur » ou un « retour » au sexe assigné à la naissance (Millette et al., 2024), ou encore comme une « preuve » que la transidentité serait une illusion ou le symptôme de problèmes sous-jacents (santé mentale, homophobie intériorisée, etc.) (Millette et al., 2024 ; MacKinnon et al., 2022b). Ces idées sont parfois également relayées par des « groupes détrans », dont les récits évoquent un sentiment d’inauthenticité vécu pendant la transition, l’idée que celle-ci aurait résulté d’un mauvais diagnostic, d’une absence d’exploration de problèmes sous-jacents, ou encore de l’influence d’une supposée « idéologie trans » (Sanders et al., 2023).

9Toutefois, de nombreux jeunes et des adultes ayant vécu une D* critiquent ces discours médiatiques, dénonçant l’instrumentalisation de leurs vécus pour restreindre l’accès aux transitions (MacKinnon et al., 2022a ; Gelly et al., 2025). Iels déplorent le manque de nuance et de représentations de la diversité de leur parcours dans les médias, en dénonçant le fait que ces discours peuvent les blesser et risquer de les isoler davantage. Par ailleurs, il a été observé que cette montée de discours critiques du genre, qui appellent à une « protection des enfants » (Slothouber, 2020 ; Bassi et LaFleur, 2022), contribue à la diffusion d’une désinformation concernant les soins d’affirmation de genre (Billard, 2023). Des études ont montré que ces discours exercent une influence sur l’opinion publique et les politiques, contribuant ainsi à restreindre progressivement l’accès des jeunes aux soins d’affirmation de genre (Billard, 2023), comme cela a été observé aux États-Unis et au Royaume-Uni (Turban et al., 2021a ; Kraschel et al., 2022 ; Borah et al., 2023 ; Cass, 2024) et, plus récemment, dans plusieurs provinces canadiennes (Dryden et Lee, 2024 ; Association médicale canadienne, 2024). En outre, la couverture médiatique défavorable aux transitions semble réduire le recours des jeunes aux cliniques spécialisées (Pang et al., 2022 ; Indremo et al., 2022).

Les pratiques professionnelles au cœur des débats

10Les professionnel·le·s accompagnant les jeunes TNB font l’objet d’une attention médiatique particulièrement critique, les accusant d’être responsables des cas de D* (Millette et al., 2024). Ce climat de suspicion s’inscrit dans un contexte sociopolitique adverse qui génère, chez ces intervenant·e·s, une importante détresse morale (Gzesh et al., 2024). Plusieurs études récentes montrent également qu’iels sont confronté·e·s à des formes de harcèlement et de menaces, compromettant leur sentiment de sécurité et leur capacité à offrir des services adéquats à ce public (Hughes et al., 2023).

11La peur d’éventuels « regrets » chez les jeunes TNB peut conduire certain·e·s professionnel·le·s à adopter des postures plus restrictives en matière d’accès aux soins (MacKinnon et al., 2021). Ces inquiétudes ont été renforcées par la médiatisation de procès, tels que celui de Bell v Tavistock (de Vries et al., 2021), premier cas d’une personne ayant détransitionné et porté plainte contre sa clinique de genre. Ce procès a ravivé de vifs débats au sein du champ des études et pratiques cliniques d’intervention auprès des jeunes TNB, notamment sur leur capacité à consentir aux soins d’affirmation de genre et sur les potentiels risques associés, tels que le regret ou la D* (Steensma et Cohen-Kettenis, 2011 ; Selvaggi et Giordano, 2014 ; Winters et al., 2018 ; Ashley, 2019a, 2019b ; Evans, 2021 ; Giordano et al., 2021).

  • 4 Également connus sous le nom de « bloqueurs de puberté », les inhibiteurs d’hormones sont des médic (...)

12Le milieu de la recherche clinique demeure lui aussi divisé quant à la manière d’aborder la question de la D* dans les pratiques d’accompagnement auprès des jeunes TNB. Deux grands courants s’opposent : les approches « préventives » et les approches transaffirmatives. Les approches préventives (Hildebrand-Chupp, 2020), parmi lesquelles on retrouve l’approche exploratoire (Churcher Clarke et Spiliadis, 2019) et celle d’attente vigilante (de Vries et Cohen-Kettenis, 2012), tendent à adopter une vision prudente, voire négative, des D*. Le modèle exploratoire vise à ralentir le processus de transition afin d’évaluer en profondeur les motivations des jeunes à transitionner (Spiliadis, 2019). Celui d’attente vigilante, quant à lui, recommande l’attente de la puberté avant d’envisager une transition (Steensma et Cohen-Kettenis, 2011). Dans le cadre du protocole hollandais (ou « approche d’Amsterdam »), les inhibiteurs de puberté4 avaient initialement été proposés afin d’offrir un temps supplémentaire d’exploration du genre et d’allonger la période de diagnostic (Vrouenraets et al., 2022). Cette pratique fait toutefois l’objet de remises en question récentes (Cass, 2024), dans le sillage des discours médiatiques évoqués précédemment.

  • 5 Dans certaines approches préventives, l’orientation sexuelle a été envisagée comme un facteur de ri (...)

13Les approches préventives cherchent à réduire les situations de D* ou de regrets en identifiant les facteurs de risque associés (tels que la santé mentale, l’orientation sexuelle5, etc.) afin d’avoir une meilleure prédiction des probabilités qu’un·e jeune demeure TNB à l’âge adulte (Hildebrand-Chupp, 2020). Elles reposent sur l’idée que les risques de D* seraient plus négatifs que les effets délétères liés à l’attente ou à l’impossibilité d’accéder à une transition (de Vries et Cohen-Kettenis, 2012 ; Ashley, 2019b). Or, la validité de ces présomptions demeure controversée. Si certain·e·s professionnel·le·s travaillant avec les jeunes TNB estiment qu’il est possible d’identifier les jeunes qui poursuivront leur transition à l’âge adulte (Fortunato et al., 2020), de nombreux travaux soulignent au contraire que l’évolution de l’identité de genre et les éventuels regrets futurs sont des dynamiques bien trop complexes pour être prédictibles (Winters et al., 2018 ; Expósito-Campos, 2021). Par ailleurs, certain·e·s auteur·e·s critiquent l’idée même selon laquelle la stabilité du genre constituerait un résultat souhaitable (Temple Newhook et al., 2018).

14De leur côté, les approches transaffirmatives ou d’affirmation du genre conçoivent l’identité de genre comme fluide et évolutive dans le temps. Elles considèrent que les besoins actuels des jeunes TNB sont tout aussi importants que leurs besoins futurs (Winters et al., 2018). Autrement dit, une personne devrait se sentir validée dans son vécu, peu importe que son parcours de transition se poursuive ou non dans l’avenir (Baril et al., 2020). Dans cette perspective, la recherche s’attache davantage à comprendre l’expérience et les besoins des jeunes D* afin de mieux les soutenir, tout en adoptant une posture affirmant leur autonomie et la légitimité de leur trajectoire (Hildebrand-Chupp, 2020).

15Les parcours de D* suscitent un intérêt croissant dans les milieux scientifiques et médiatiques, mais restent entourés de confusion terminologique et de controverses. Les professionnel·le·s de la santé qui accompagnent les jeunes TNB se trouvent au cœur de ces débats, confronté·e·s à des tensions éthiques, à des pressions sociales et à la crainte de « regrets », tout en devant soutenir le bien-être et l’autonomie des jeunes. Pourtant, à notre connaissance, aucune recherche n’a exploré systématiquement leurs perceptions et leurs représentations des parcours de D*. Cet article vise donc à comprendre comment ces professionnel·le·s conceptualisent la D*, et en quoi leurs discours reflètent ou nuancent les tensions observées dans les sphères médiatiques et scientifiques, ainsi que les implications pour l’accompagnement et l’accès aux soins.

Méthodologie

16Cet article s’appuie sur des données qualitatives récoltées dans le cadre d’un questionnaire en ligne adressé aux professionnel·le·s en santé trans de toutes disciplines, travaillant avec des jeunes de moins de 25 ans, au Canada ou dans le monde. L’enquête était disponible en anglais et en français sur la plateforme LimeSurvey entre le 1er septembre 2020 et le 31 janvier 2021.

17Une invitation à participer a été envoyée par courriel à 37 organisations spécialisées en santé transgenre (ex : World Professional Association for Transgender Health (WPATH), World Association for Sexual Health) et relayée via des groupes Facebook professionnels et des cliniques travaillant avec des personnes TNB, principalement au Québec et en Suisse. L’affiche a été partagée par des organisations internationales et européennes de santé trans, ainsi que par des institutions nationales aux États-Unis, au Canada, en Australie, en France, en Angleterre, en Italie et en Suisse. L’équipe de recherche étant majoritairement basée au Québec, l’invitation a circulé également dans des institutions locales. Le projet de recherche a reçu l’approbation éthique de l’université de Montréal, de l’université d’Ottawa et de l’université du Québec à Montréal.

18L’objectif de la recherche était de comprendre les perspectives et expériences des professionnel·le·s avec les jeunes qui discontinuent leur transition de genre. Dans la description de l’étude, nous avons indiqué que ce phénomène pouvait également être appelé détransition ou désistance et que, pour les besoins de l’enquête, tous ces termes étaient utilisés comme synonymes, les définitions étant encore peu stabilisées à l’époque.

19Le questionnaire a été élaboré en 2019 par l’équipe de recherche en se fondant sur l’état des connaissances scientifiques de l’époque. Il était composé de 21 questions et récoltait diverses données sur les caractéristiques des participant·e·s et leurs pratiques professionnelles ainsi que leurs expériences et croyances concernant les parcours de D*. Pour ce faire, nous avons utilisé différents types de mesures : questions à choix fermés, choix multiples, échelles ordinales et échelles de Likert. Le questionnaire présentait également des questions ouvertes : une sur leur compréhension de l’idée de la discontinuation/désistance/détransition et l’autre sur les raisons qui mènent des jeunes à interrompre leurs parcours de transition. Pour les participant·e·s ayant inscrit en début de questionnaire avoir suivi ou peut-être suivi des cas de jeunes ayant discontinué leur parcours de transition, deux autres questions ouvertes leur ont été posées. L’une portait sur la description d’une situation type de D* et une autre abordait les caractéristiques de ces jeunes qui auraient pu jouer un rôle dans leur choix de discontinuer ou d’arrêter une transition.

20Il est important de noter que le contexte sociopolitique a évolué depuis la réalisation de l’enquête. Les craintes initiales concernant un accès restreint aux soins d’affirmation de genre se sont matérialisées avec la multiplication de lois limitant l’accès des mineur·e·s dans plusieurs pays (Turban et al., 2021a ; Kraschel et al., 2022). De plus, le développement des études empiriques a pu influencer la compréhension des professionnel·le·s depuis la collecte des données.

21Les réponses qualitatives ont été analysées à l’aide du logiciel MAXQDA et selon l’analyse thématique (Braun et Clarke, 2019). En parallèle, un journal réflexif était tenu par la personne responsable du codage, permettant ainsi de questionner le choix des catégories de codage et de s’interroger sur les possibles biais et sur la positionnalité en tant que chercheur·e·s travaillant avec une approche transaffirmative (Råheim et al., 2016). Enfin, les réponses des professionnel·le·s rapportant avoir suivi des jeunes et de celleux qui ne pensaient pas en avoir rencontré ont été comparées. L’objectif était d’observer s’il y avait des convergences ou des divergences entre ces deux groupes dans leur perception de la D*. Tous les extraits d’entretiens cités dans cet article qui n’étaient pas en français ont été traduits par les auteur·rice·s.

  • 6 Personnes qui s’identifient au genre ou au sexe qui leur a été assigné à la naissance.

22L’équipe, composée de personnes trans, non binaires et cisgenres6 issues de disciplines variées, rassemblait des expertises complémentaires sur les enjeux trans et l’analyse des discours. Cette pluridisciplinarité a permis de croiser les points de vue tout au long du projet. Un travail de coordination a assuré la cohérence entre les différents volets de recherche (jeunes, médias, professionnel·le·s). Une consultation auprès de jeunes concerné·e·s a également enrichi l’analyse. En l’absence d’études comparables sur les professionnel·le·s, les résultats ont été mis en perspective avec d’autres travaux empiriques, y compris ceux qui adoptent des approches différentes, afin de maximiser la confrontation des données et limiter les biais d’interprétation.

Portrait des participant·e·s

23Au total, 147 professionnel·le·s ont initialement participé au questionnaire. Parmi elleux, 60 partipant·e·s ont répondu à au moins 60 % de l’enquête, incluant la section sur la D* et les questions ouvertes. Notre échantillon se compose donc de 60 professionnel·le·s. Le tableau 1 décrit leurs caractéristiques et leur approche d’intervention auprès des jeunes TNB.

Tableau 1. Caractéristiques des professionnel·le·s interrogé·e·s

  • 7 L’approche exploratoire n’était pas encore connue au moment du questionnaire, elle n’était pas indi (...)

Mesures

n

%

= 60

Zone géographique 

Amérique du Nord

35

58,4

Europe

23

38,3

Océanie

2

3,3

Discipline

Psychologie

24

40

Médecine

14

23,3

Travail social

7

11,7

Autre

15

25

Cadre de pratique 

Privé

23

38,3

Public

22

36,7

Organisme communautaire

12

20

Autre

3

5

Années d’expérience avec les jeunes TNB

≤ 2 années

5

8,3

2-5 années

23

38,4

5-10 années

17

28,3

≥ 10 années

15

25

Total de jeunes TNB accompagné·e·s

1-10 jeunes

7

11,7

11-25 jeunes

16

26,7

26-50 jeunes

10

16,6

≥ 51 jeunes

27

45

Formation spécialisée en santé trans

Oui

43

71,6

Non

17

28,4

Approches d’intervention

Transaffirmative

46

76,7

Attentes vigilantes (Amsterdam)

4

6,7

Corrective

0

0

Autre (*)7

10

16,7

Approche similaire avec les jeunes prépubères

Oui

41

68,4

Non

2

3,3

N/A

17

28,3

Pratique le modèle du consentement éclairé

Oui

47

78,3

Non

13

21,7

(*) Les personnes rapportent travailler avec les approches suivantes : approche exploratoire, thérapie régulière, approche mixée, évaluation approfondie, etc.

24Parmi celleux qui travaillent avec les jeunes prépubères (n = 43), 95 % appliquent la même approche qu’avec les pubères. Lorsqu’iels déclarent une approche différente avec un public plus jeune (5 %), il s’agit généralement de l’approche d’attente vigilante (approche d’Amsterdam) plutôt que de l’approche transaffirmative.

  • 8 Les données quantitatives concernant leurs perceptions et expériences avec les jeunes ayant discont (...)

25Plus de la moitié des participant·e·s (56 %) rapportent avoir suivi des jeunes ayant discontinué leur transition, tandis qu’une minorité (8 %) indique en avoir peut-être suivi. Le reste des participant·e·s (36 %) déclarent n’avoir jamais rencontré de cas de discontinuation dans leur carrière. Parmi celleux qui ont suivi ou peut-être suivi des jeunes en D*, la majorité estime avoir accompagné entre 1 et 5 jeunes au total8.

Perceptions professionnelles des D* chez les jeunes

Mouvements dans les trajectoires de genre

26Les parcours de D* sont compris par les professionnel·le·s comme des modifications du parcours initial de transition d’un·e jeune, prenant des formes variées. Dans l’ensemble, leur perception rejoint les recherches existantes, qui soulignent l’hétérogénéité et la complexité des trajectoires (Expósito-Campos et al., 2023). Si certain·e·s professionnel·le·s utilisent des termes spécifiques, comme « retransition », la majorité décrit plutôt la trajectoire, ses raisons et son contexte, sans recourir à un vocabulaire standardisé. Trois mouvements principaux émergent de leurs récits : l’arrêt, le retour et la pause.

L’arrêt

L’arrêt est décrit par la moitié des professionnel·le·s comme une interruption partielle ou totale du processus de transition, sociale ou médicale, de manière temporaire ou permanente :

Certain·e·s jeunes choisissent d’interrompre une partie ou la totalité de leur transition sociale ou médicale, de façon permanente ou temporaire. Iels peuvent avoir des attitudes différentes à l’égard de leur transition antérieure. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, travail social, États-Unis)

27Cet arrêt prend donc différentes formes selon les parcours de transition initiale. Le plus souvent, il s’agit d’une interruption de la prise d’hormones, qui implique parfois, mais pas systématiquement, un arrêt de la transition sociale. Plus rarement, cet arrêt est associé à la non-poursuite de chirurgies, mais cela n’implique pas de changement identitaire, comme dans le cas clinique suivant :

Jeune femme qui prend des hormones et souhaite avoir sa chirurgie de vaginoplastie. Arrivée près de sa chirurgie, elle se désiste et nomme que pour elle, le processus est complet : elle a un nom de femme, les gens l’identifient comme femme, elle a un amoureux et se voit comme une femme. Pour elle, son acceptation est complète et elle n’a pas besoin d’un vagin. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, travail social, Canada)

28Comme décrit dans des études sur des jeunes et des adultes ayant un parcours de D*, la non-poursuite d’opérations médicales peut-être liée à un sentiment de satisfaction et de complétude (Expósito-Campos et al., 2021 ; MacKinnon et al., 2024 ; Pazos Guerra et al., 2020 ; Pullen Sansfaçon et al., 2024 ; Turban et al., 2018). Dans cette perspective, l’arrêt de la transition médicale est motivé par l’atteinte des objectifs recherchés via la ou les interventions médicales, particulièrement pour les personnes assignées femmes à la naissance (AFAN), pour qui certains effets des traitements sont permanents. Des professionnel·le·s évoquent que des jeunes non binaires peuvent réévaluer leurs besoins médicaux et sociaux. Certaines recherches suggèrent que les changements dans les parcours médicaux des jeunes semblent communs et que l’arrêt de traitements serait plus fréquent chez celleux qui sont non binaires (Cohen et al., 2022). Ces observations font écho à d’autres études montrant que les personnes non binaires auraient des désirs et des besoins d’interventions médicales différents des personnes trans « binaires » (Huisman et al., 2023). Les jeunes non binaires rapportent parfois moins de désir d’interventions médicales, mais également une moins bonne accessibilité à des soins d’affirmation de genre spécifiques (Chew et al., 2020 ; Herrmann et al., 2024).

29Au-delà des interruptions de parcours médicaux, certain·e·s professionnel·le·s perçoivent l’identité non binaire comme un éloignement vis-à-vis de l’identité de genre initialement affirmée, mais également comme une cessation de l’identité trans. Cet aspect se rapproche du processus de désidentification (Expósito-Campos et al., 2023), qui est utilisé parfois pour distinguer deux principaux groupes concernés par les parcours de D* (Expósito-Campos, 2021). Parfois, la désidentification peut impliquer une réidentification au genre assigné à la naissance (Expósito-Campos et al., 2023).

Le retour

30Une plus petite proportion de professionnel·le·s perçoit la D*comme un retour vers le genre assigné à la naissance :

Je ne suis pas familière de ce processus. Sans avoir lu à ce sujet, j’en comprends que les jeunes décident de ne pas poursuivre leur transition et reviennent au genre qui leur avait été initialement attribué. (Professionnel·le n’ayant pas rapporté de cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, orthophonie, France)

31Ces participant·e·s décrivent cette dynamique comme une forme de « réversion », un processus inversé de la transition qui s’accompagne d’une réidentification au genre attribué à la naissance. Cette perception, souvent relayée dans les médias (Millette et al., en révision), semble plus fréquemment abordée par les professionnel·le·s n’ayant pas suivi de cas de D* parmi leur patientèle jeune. Cependant, certain·e·s soulignent que réduire ces expériences à une identification strictement cisgenre serait réducteur :

Un·e jeune qui amorce une transition médicale/sociale, mais prend conscience que finalement, il est plus simple de s’identifier à son genre d’origine. Ça ne veut pas dire que la personne ne perçoit pas son genre comme plus complexe que cisgenre, mais qu’elle ne voit plus la transition comme une solution. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, chirurgie plastique et reconstructrice, Canada) 

  • 9 Le travestissement consiste à porter des vêtements traditionnellement associés à un genre différent (...)

32Les professionnel·le·s décrivent parfois des situations de jeunes qui rapportent des identités diverses, comme le montrent certains travaux sur cette population (Pullen Sansfaçon et al., 2023a, 2023b) ou sur des jeunes adultes ayant détransitionné (Littman, 2021). Dans notre étude, les professionnel·le·s évoquent surtout des jeunes ayant D* et s’identifiant comme cisgenres, tout en exprimant de la non-conformité dans le genre et, parfois, ayant des pratiques de travestissement9. D’autres recherches mettent en lumière une grande variabilité dans la manière de s’identifier chez les jeunes après une transition interrompue, sans que l’on puisse toujours classer ces modalités de genre comme cisgenre ou trans (Pullen Sansfaçon et al., 2023a, 2024). Ces observations rappellent le manque de terminologies dépassant la dichotomie trans/cis, limitant la discussion sur l’expérience de genre de personnes ne se considérant ni trans, ni cis (Ashley, 2022b). Le concept de gender modality proposé par Florence Ashley (2022b) et que l’on pourrait traduire par « modalité de genre », a par ailleurs été identifié comme particulièrement pertinent pour examiner les perspectives des jeunes D* envers leur genre (Pullen Sansfaçon et al., 2023a). Il permet de se situer par rapport au genre assigné à la naissance dans une catégorie ouverte, incluant des termes au-delà de cis et trans (Ashley, 2022b). Cette modalité, en s’éloignant de la binarité trans/cis, peut englober les personnes non binaires, agenres ou créatives du genre, etc.

33La notion de retour ou de réversion a été décrite comme un processus par lequel la personne retourne vers une identité de genre prétransition, à travers des démarches sociales, médicales ou administratives (Expósito-Campos et al., 2023). Dans notre étude, le registre du « retour » est principalement évoqué dans une perspective identitaire. La question des procédures médicales de transition inversée, telles que les chirurgies de reconstruction mammaire, sont quant à elles rarement abordées, un·e seul·e professionnel·le y fait référence dans la description d’un cas clinique suivi :

Une jeune femme que j’ai vue presque un an. Bien affirmée face à ses parents qui la soutenaient. Le suivi était axé sur des problèmes relationnels avec amis, etc. Rien de bien lourd. Quatre ans plus tard elle est revenue me voir pour discuter de comment accéder à une reconstruction mammaire. Pas d’angoisse mais a exprimé le regret d’avoir subi la chirurgie et d’avoir pris des hormones qui lui ont donné une voix grave. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, psychologie, Canada) 

34Dans d’autres études, les jeunes et les adultes ayant D* rapportent des besoins sociaux, médicaux et psychologiques liés à l’interruption de leur parcours de transition (Gelly et al., 2024 ; MacKinnon et al., 2022a ; Vandenbussche, 2022). Parmi celleux qui ont entrepris des interventions médicales, certain·e·s désirent recevoir de l’information pour arrêter les hormones ou pour accéder aux procédures de D*, voire un accompagnement concernant les complications liées aux traitements antérieurs. Toutefois, plusieurs recherches soulignent un manque de connaissances et de formation des professionnel·le·s quant à l’encadrement de ces démarches d’arrêt ou de traitements médicaux permettant d’inverser les effets liés à la transition médicale (MacKinnon et al., 2022b). À ces enjeux s’ajoutent des contraintes économiques, car ces interventions sont rarement couvertes par leur assurance (Gelly et al., 2024).

La pause

35Parfois, le fait d’interrompre ou d’inverser un processus de transition est envisagé de manière temporaire. En effet, une autre minorité de professionnel·le·s perçoivent les D* comme une décision qui n’est pas nécessairement définitive :

Très peu de jeunes interrompront leur traitement. Celleux qui l’ont fait peuvent vouloir faire une pause pour réexaminer les progrès accomplis et voir jusqu’où iels veulent aller dans la transition. (Professionnel·le n’ayant pas rapporté de cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, psychologie, Canada)

36La pause joue différents rôles, selon les professionnel·le·s. Comme dans l’exemple ci-dessus, elle peut constituer un moment de recul permettant au/à la jeune de réévaluer la pertinence de poursuivre ou non certains traitements déjà amorcés. Pour d’autres, elle est motivée par un questionnement identitaire. Cette mise en pause est aussi citée comme un moyen de se protéger d’un environnement hostile, comme l’illustre le cas suivant :

Une jeune femme trans début vingtaine se présente. Elle est motivée et prête, mais beaucoup de transphobie dans l’entourage familial. On lui dit « qu’il est beau en gars », etc. Difficultés amoureuses. La cliente débute l’hormonothérapie, mais après quelques mois, à cause de la pression du/de la partenaire, abandonne le traitement et retourne dans une expression de genre masculine. En général, ces jeunes reviennent me voir quelques mois ou années plus tard, souhaitant recommencer la transition et très affecté·e·s d’avoir arrêté, hélas. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, travail social, Canada) 

37Cette idée de pause temporaire est plus souvent décrite chez les professionnel·le·s ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s. Certaines études menées auprès d’adultes (MacKinnon et al., 2023b ; Turban et al., 2021b) ou de jeunes (Pullen Sansfaçon et al., 2023a, 2024) indiquent qu’il arrive que des personnes arrêtent ou mettent en pause une transition, sans pour autant cesser de s’identifier comme trans ou non binaires. Les facteurs externes, comme le manque de soutien, le rejet et la discrimination, apparaissent alors comme centraux dans la décision d’arrêter provisoirement une transition (Turban et al., 2021b).

38Ces trois mouvements, arrêt, retour et pause, ont été mobilisés pour décrire la diversité des mouvements observés dans les parcours de transition des jeunes. Toutefois, ce ne sont pas des catégories exclusives ni des parcours à concevoir de manière linéaire. Des études récentes sur les jeunes D* suggèrent d’ailleurs des parcours de transition de genre non linéaires (Boskey et al., 2025 ; MacKinnon et al., 2024 ; Pullen Sansfaçon et al., 2023a). Par ailleurs, les professionnel·le·s n’abordent pas systématiquement les expériences de D* en termes de directions dans la trajectoire de genre mais privilégient des pistes d’explication de ces parcours et la description des contextes dans lesquels elles surviennent.

Registres interprétatifs mobilisés

39Si certain·e·s professionnel·le·s ont exprimé que les D* leur étaient inconnues, la majorité semble néanmoins posséder une certaine familiarité avec les concepts entourant ces parcours. L’absence d’expérience auprès de jeunes D* a été nommée comme un facteur pouvant limiter leur compréhension sans toutefois les empêcher de proposer des pistes d’explication quant à ce type de situation. Leurs discours abordent une grande variété de raisons, d’éléments déclencheurs et de contextes illustrant leur compréhension. Bien que très diversifiés, ces éléments peuvent être regroupés en plusieurs thèmes ou registres interprétatifs : la fluidité de genre, la maturité et la compréhension de soi, les ruptures et la réalisation que la transition n’était pas la solution, les difficultés et les obstacles.

Fluidité

40Un premier registre, évoqué par une petite partie des professionnel·le·s, mobilise la notion de fluidité de genre :

Je pense que l’identité de genre peut fluctuer avec le temps. Je pense que certain·e·s jeunes ou adultes interrompent leur transition pour cette raison, plutôt que parce qu’iels ont pris une mauvaise décision ou parce qu’iels ont été influencé·e·s, mais cela est également possible. (Professionnel·le n’ayant pas rapporté de cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, endocrinologie, Canada)

41Dans ce type de registre, la fluctuation identitaire explique le changement de parcours. Les jeunes sont perçu·e·s comme explorant un genre en constante évolution, ce qui soutient davantage l’idée d’une continuité plutôt que d’une discontinuité : les transitions sont décrites comme des parcours en transformation plutôt que comme des ruptures.

Par conséquent, dans ce type de discours, l’identité n’est pas considérée comme stable ou prédictible :

De mon côté [un parcours de D* est] plus en lien avec l’exploration et la fluidité. C’est une possibilité, rien n’est fixe et l’identité peut fluctuer. (Professionnel·le n’ayant pas rapporté de cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, sexologie, Canada)

42Bien que ce registre soit plus fréquemment abordé par les professionnel·le·s n’ayant pas rapporté de cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, il est également présent chez celleux qui en ont suivi :

Un·e client·e dont l’identité de genre fluctuait, qui suivait un groupe de jeunes trans, a décidé, après exploration, que son expression de genre était plus fluide, mais que son identité était plus non binaire. Aucun·e de mes client·e·s n’a interrompu sa transition médicale. Iels se sont engagé·e·s dans une transition sociale et ont ensuite cessé de s’identifier trans. Cependant, l’expression du genre féminin et masculin s’est poursuivie. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, relation d’aide en santé mentale, États-Unis)

43Des études longitudinales montrent en effet que certain·e·s jeunes ayant effectué une transition sociale connaissent des fluctuations identitaires, passant parfois d’une identité trans à non binaire, et plus rarement à cisgenre (Durwood et al., 2022 ; Olson et al., 2022 ; Katz-Wise et al., 2024 ; Ocasio et al., 2024). Dans certains cas, la fluctuation identitaire est plutôt comprise comme résultant d’une meilleure compréhension de soi.

Maturité et compréhension de soi

44Les professionnel·le·s ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s sont plus nombreux·ses à évoquer que ces parcours découlent d’une meilleure compréhension de soi :

La désistance est généralement due à un changement dans la compréhension de soi ou à la reconnaissance du coût d’opportunité de la transition. Je distingue cette situation de celle des personnes qui choisissent de procéder lentement ou de bloquer la puberté et d’attendre d’y voir plus clair avant de décider de ne pas poursuivre. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, médecine généraliste, États-Unis)

45Dans ce registre, c’est la capacité de compréhension de soi, ainsi que des coûts et bénéfices associés à la transition, qui explique un changement dans le parcours des jeunes. Les professionnel·le·s ne parlent pas nécessairement ici d’une fluctuation dans le ressenti de genre, mais plutôt d’une évolution dans l’interprétation de ce ressenti et d’une mise à jour de leurs besoins en conséquence. L’idée sous-jacente à ces discours est qu’il y a eu une amélioration de ces compétences réflexives et qu’avec le temps, une prise de recul a permis une décision plus éclairée :

Car ils murissent, affinent leur compréhension d’eux-mêmes et de ce qu’implique la transition. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, endocrinologie, Suisse)

46Parfois, les professionnel·le·s soulignent le rôle de l’accompagnement dans cette compréhension graduelle de soi et de ses besoins :

La seule jeune personne avec qui j’ai travaillé et qui a arrêté les hormones était une jeune personne AFAN qui s’identifiait comme très butch/masculine. Le fait d’avoir l’espace pour explorer cela et d’être soutenue lui a permis de distinguer cette identité de celle d’être un « homme » ou du désir de poursuivre une transition, même si elle avait brièvement commencé un traitement hormonal avant de prendre sa décision. Elle a arrêté les hormones et vit maintenant heureuse en tant que femme butch. Elle parle très positivement du soutien qu’elle a reçu, car on l’a écoutée et soutenue sans chercher à l’influencer. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, intervention jeunesse, Angleterre)

47Des recherches indiquent que, pour certain·e·s jeunes D*, l’expérience de la transition constitue une occasion d’apprentissage et de développement personnel, favorisant une meilleure compréhension de soi ainsi qu’une réflexion critique sur les normes de genre (Pullen Sansfaçon et al., 2023a, 2024). Cette interprétation de la D* s’inscrit donc en continuité avec les constats formulés dans d’autres études portant sur ces jeunes.

Ruptures et réalisation que la transition n’est pas la bonne voie

48Parfois, la révision de ses besoins et la remise en question de la transition émergent plutôt d’une déception face aux résultats de cette dernière. Les professionnel·le·s décrivent ainsi des jeunes ayant pris conscience d’un décalage entre leurs attentes initiales et leur perception actuelle du genre et de la transition : « Réaliser que ce n’était pas la bonne voie pour elleux. Réaliser qu’iels ont été confus par les circonstances » (professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, chirurgie plastique, Suisse).

49Pour certain·e·s participant·e·s, la transition n’était pas la solution aux problèmes de ces jeunes : « Iels ont réalisé que la transition n’avait pas répondu à leurs difficultés émotionnelles comme iels l’avaient espéré » (professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, médecine psychiatrique, Australie). Cette prise de conscience peut arriver soudainement, à la suite d’une expérience difficile dans le parcours, et reflète parfois une évaluation négative du processus de transition. Dans d’autres cas, certaines complications liées aux interventions peuvent également déclencher une remise en question de leur expérience :

J’ai travaillé avec une détransitionneuse qui pensait que l’on faisait une transition lorsque l’on est mal mentalement et qui dissociait de son corps. La chirurgie d’affirmation de genre ne s’est pas bien passée et elle s’est retrouvée avec des infections et des cicatrices. Cela l’a en quelque sorte « réveillée » et elle s’est reconnectée à la réalité de son corps. Elle s’identifie désormais comme lesbienne et pense qu’elle a dissocié de son corps en raison de la maltraitance durant son enfance et de lesbophobie intériorisée. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, psychologie, Angleterre)

50Le registre de la réalisation diffère légèrement de celui de la compréhension de soi, dans le sens où il renvoie à un processus plus soudain, moins évolutif, et où il comporte une connotation plus négative vis-à-vis du parcours. Ce type de discours est surtout présent chez les professionnel·le·s ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s. D’autres études décrivent également des cas de D* à la suite d’une déception face aux résultats, par exemple un manque d’amélioration de la santé mentale (Pullen Sansfaçon et al., 2024 ; Savard et al., 2022 ; MacKinnon et al., 2023a). Souvent, cela s’accompagne d’un réexamen des causes du mal-être initialement comprises comme de la dysphorie (ex : traumas, homophobie ou misogynie intériorisée, dysmorphie, enjeux de santé mentale, etc.) et d’une rupture avec l’identité trans (Pullen Sansfaçon et al., 2023a ; Littman, 2021 ; Vandenbussche, 2022 ; MacKinnon et al., 2023b). Cette réinterprétation a posteriori du parcours semble parfois influencée par des discours circulant dans les médias et sur les réseaux sociaux (MacKinnon et al., 2023b).

Difficultés et obstacles

51D’autres professionnel·le·s abordent d’autres défis qui compliquent le parcours de transition et peuvent être à la source d’une décision de l’arrêter. Toutefois, cette interruption ne traduit pas toujours un réel désir d’y mettre fin ni un changement identitaire :

Souvent, iels souhaitent interrompre le traitement pour des raisons financières ou de santé, par exemple parce qu’iels n’aiment pas la façon dont iels se sentent avec les hormones ou parce qu’iels éprouvent des complications de santé en réponse aux hormones, y compris des diagnostics psychologiques. En général, iels ne veulent pas « arrêter » la transition, iels veulent simplement « suspendre » la transition. (Professionnel·le ayant rapporté des cas de D* parmi les jeunes suivi·e·s, psychologie, États-Unis)

52La décision de cesser les traitements apparaît donc souvent comme la conséquence de contraintes extérieures. Dans ces situations, les professionnel·le·s décrivent des formes d’adaptation identitaires : les jeunes se protègent d’un environnement perçu comme hostile en se présentant publiquement comme cisgenres, tout en continuant à s’identifier comme trans. L’interruption demeure ainsi provisoire, la reprise du parcours s’effectuant lorsque les conditions deviennent plus favorables. Ce registre est abordé aussi bien par les professionnel·le·s ayant accompagné des jeunes en situation de D* que par celleux qui n’en ont pas observé, bien qu’une nuance apparaisse dans les difficultés mentionnées. En effet, ces dernier·e·s évoquent plus souvent des défis liés à des aspects sociaux (ex : rejet) plutôt que des défis individuels (ex : problèmes de santé). D’autres recherches mettent également en lumière des situations comparables de D* liées à des facteurs externes (Savard et al., 2022; Pullen Sansfaçon et al., 2023b ; Turban et al., 2021b ; MacKinnon et al., 2023b). Ce type de trajectoire est plus fréquemment observé chez des personnes assignées homme à la naissance (AHAN) (MacKinnon et al., 2023b).

53Dans l’ensemble, les professionnel·le·s mettent en évidence la pluralité des parcours et des raisons associées à la D*, en cohérence avec les observations d’autres recherches menées auprès de jeunes D*. Ces trajectoires peuvent être façonnées par des facteurs « internes », que ce soit une fluctuation identitaire, un changement ou une amélioration de la compréhension de soi (Littman, 2021 ; MacKinnon et al., 2023b, 2024 ; Pazos Guerra et al., 2020 ; Pullen Sansfaçon et al., 2024 ; Turban et al., 2021b), une évaluation négative (Littman, 2021 ; MacKinnon et al., 2024 ; Pullen Sansfaçon et al., 2024 ; Savard et al., 2022 ; Vandenbussche, 2022) ou positive du parcours de transition (Expósito-Campos et al., 2021 ; MacKinnon et al., 2024 ; Pazos Guerra et al., 2020 ; Pullen Sansfaçon et al., 2024). Elles peuvent aussi être influencées par des facteurs « externes », comme le manque de soutien et la pression de l’entourage, les discriminations et la transphobie (Littman, 2021 ; MacKinnon et al., 2024 ; Pullen Sansfaçon et al., 2023b ; Savard et al., 2022 ; Turban et al., 2021b), les enjeux de santé et les préoccupations médicales (Littman, 2021 ; MacKinnon et al., 2023b, 2024 ; Pazos Guerra et al., 2020 ; Vandenbussche, 2022). Dans bien des cas, c’est l’articulation de plusieurs dimensions, internes et externes, qui façonne les choix et les cheminements des jeunes. Un facteur contextuel peut ainsi servir de déclencheur à une réflexion plus intime sur le rapport au genre.

Conclusion

54Cette première étude met en lumière une compréhension diversifiée des parcours de D* chez les professionnel·le·s travaillant auprès des jeunes TNB. Leurs perceptions rejoignent les constats de travaux récents, ce qui suggère une connaissance clinique pertinente, susceptible d’enrichir les discussions sur l’accompagnement des jeunes TNB, y compris celleux qui ont vécu une D*. Bien que leurs pratiques professionnelles soient peu abordées dans des réflexions en lien avec les parcours de D*, leurs savoirs et expériences offrent des pistes intéressantes à creuser pour améliorer les approches cliniques à ce sujet. Plusieurs décrivent des parcours évolutifs, marqués par la maturation personnelle et une meilleure compréhension de soi, laissant penser que le temps joue un rôle dans l’émergence d’un processus identitaire plus stable. Dans cette optique, les approches préventives, qui prônent une période d’évaluation plus longue, pourraient sembler bénéfiques (Churcher Clarke et Spiliadis, 2019 ; Spiliadis, 2019 ; Littman, 2021). Un tel ralentissement favoriserait alors une exploration approfondie des causes de la « dysphorie de genre » et contribuerait à limiter les expériences négatives, telles que le regret. Cependant, les données scientifiques rappellent que l’identité de genre demeure imprévisible (Coleman et al., 2022), et qu’aucune approche d’intervention ne peut garantir l’absence de regret ou de D* (Ashley et al., 2023 ; Expósito-Campos, 2021). De plus, certain·e·s jeunes ayant vécu une D* rapportent que la transition leur a précisément permis de mieux comprendre leur identité de genre (Pullen Sansfaçon et al., 2023a, 2024), ce qui soutient l’idée selon laquelle l’exploration peut se produire au cours même du processus de transition (Ashley, 2019b). À ce jour, la recherche manque d’études longitudinales permettant de comprendre ce qui influence ou favorise le développement de la compréhension de soi et de son genre, particulièrement dans les trajectoires de D*. Ce type d’approche permettrait également de réduire les biais liés à la remémoration, puisque les explications des personnes concernées reposent souvent sur une interprétation rétrospective de leurs motivations (MacKinnon et al., 2023b).

55Les modèles médicaux impliquant des formes de gatekeeping, comme les approches préventives, tendent à renforcer des normes qui valorisent certains parcours trans (linéaires, médicalisés, binaires) au détriment d’autres (non linéaires, non binaires, peu ou pas médicalisés) (Johnson, 2016). Cette « transnormativité », peut ainsi restreindre l’accès aux soins pour les personnes qui s’écartent de ces modèles (Johnson, 2016). La transnormativité et la cisnormativité affectent aussi les jeunes ayant vécu une D* (Bossé, 2025 ; Pullen Sansfaçon et al., 2023a), dont plusieurs relatent avoir ressenti une pression à « prouver » leur identité trans, les conduisant parfois à engager des démarches qui ne correspondaient pas pleinement à leur expérience authentique du genre. Pour certain·e·s, la D* devient alors une forme d’émancipation ou de libération vis-à-vis des attentes normatives de la société (Pullen Sansfaçon et al., 2023a). Les jeunes et adultes concerné·e·s recommandent des approches d’accompagnement qui soutiennent et fournissent un plus large éventail d’interventions pour explorer la sexualité, le genre et la dysphorie de genre (Gelly et al., 2025 ; MacKinnon et al., 2023a ; Pullen Sansfaçon et al., 2023a). Iels invitent les professionnel·le·s à une meilleure application du consentement éclairé, certain·e·s rapportant avoir manqué d’informations sur les risques et les bénéfices liés aux interventions médicales ainsi que les alternatives disponibles. Dans cette perspective, le consentement éclairé devient central pour soutenir la prise de décision des jeunes, en se fondant sur leurs besoins plutôt que sur la validation de leur identité (Ashley et al., 2021). Les professionnel·le·s sont ainsi encouragé·e·s à offrir un espace ouvert où la pluralité des expériences de genre, y compris l’ambiguïté, la fluidité ou l’incertitude, peut s’exprimer sans contraintes (Bettergarcia et Israel, 2018). À l’inverse, les dispositifs de gatekeeping risquent de nuire à la possibilité d’avoir une conversation sincère autour des doutes, de la confusion ou des craintes liées aux soins d’affirmation, augmentant ainsi les risques d’expériences de transition négatives (Ashley et al., 2025).

56Il est donc urgent que la recherche s’intéresse aux expériences négatives de transition chez les jeunes, dans une perspective qui ne se limite pas uniquement à les prévenir, mais qui vise à comprendre les besoins de cette population (Hildebrand-Chupp, 2020). Cela suppose de mieux documenter les processus de résilience (Pullen Sansfaçon et al., 2023a). Il est aussi essentiel d’élargir la recherche aux expériences négatives de transition liées au rejet, au manque de soutien ou à la transphobie, pouvant conduire à des parcours de D* contraints (Turban et al., 2021b). Les professionnel·le·s ayant participé à notre étude ont observé que certain·e·s jeunes sont parfois contraint·e·s d’interrompre leur transition pour éviter le rejet de l’entourage et social, développant des identités adaptatives. Dans un contexte sociopolitique de plus en plus hostile aux transitions et à celles des jeunes en particulier, il est essentiel d’élaborer des stratégies de soutien pour limiter les effets de cet environnement sur la santé et le bien-être de ces derniers. Les professionnel·le·s jouent donc un rôle central dans l’accompagnement des jeunes TNB, y compris celleux qui ont vécu une D*. Les pressions et les difficultés rencontrées dans un parcours de transition touchent à la fois les jeunes trans et les jeunes D*, et ne devraient pas être opposées (MacKinnon et al., 2023b). Enfin, les professionnel·le·s doivent exercer une vigilance critique face aux informations véhiculées dans les médias, évaluer soigneusement la qualité des sources et la solidité des données scientifiques. Une compréhension plus nuancée des expériences des jeunes D* contribuerait à améliorer les pratiques d’accompagnement, au bénéfice de toustes les jeunes, quelle que soit l’évolution de leur parcours de genre.

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Notes

1 Dans cet article, nous utiliserons le terme « jeune » pour désigner les périodes définies par l’OMS, à savoir l’enfance (moins de 10 ans), l’adolescence (10 à 19 ans) et la jeunesse (15 à 24 ans). Étant donné que notre étude porte sur la détransition, la désistance et la discontinuation, qui arrivent plus tard, la catégorie « jeunesse » sera principalement visée. Cependant, en raison des enjeux d’accessibilité concernant toutes les tranches d’âge, nous inclurons également les discussions et études sur les moins de 15 ans.

2 Les soins d’affirmation de genre visent à « répondre de manière holistique aux besoins de santé sociale, mentale et médicale et au bien-être des personnes, tout en affirmant leur identité de genre de manière respectueuse » [notre traduction] (Coleman et al., 2022, 7). Ils peuvent inclure l’accompagnement dans la transition sociale (changements non médicaux de l’apparence, du prénom et des pronoms d’usage, etc.), la transition médicale (prescription des inhibiteurs de puberté, de l’hormonothérapie ou recours à des chirurgies visant à obtenir une apparence en adéquation avec son genre) et/ou la transition légale (modification de documents officiels comme l’état civil). Ces soins sont encadrés par les Standards of Care internationaux (Coleman et al., 2022), la législation locale, et sont dispensés par des professionnel·le·s de la santé issus de diverses disciplines comme la psychologie, la médecine générale, l’endocrinologie, la sexologie et le travail social, entre autres.

3 Toutefois, dans le cas où des études analysaient spécifiquement les expériences de détransition ou de désistance, etc., nous utiliserons les termes reliés au sujet de la recherche.

4 Également connus sous le nom de « bloqueurs de puberté », les inhibiteurs d’hormones sont des médicaments qui suppriment ou retardent le développement des caractéristiques sexuelles secondaires liées à la puberté.

5 Dans certaines approches préventives, l’orientation sexuelle a été envisagée comme un facteur de risque de D* ou de regrets, dans la mesure où les clinicien·ne·s estimaient que la dysphorie pouvait parfois être associée à une orientation homosexuelle plutôt qu’à une identité trans. Cette interprétation, issue du protocole hollandais, est aujourd’hui largement critiquée pour sa vision normative et sa confusion entre identité de genre et orientation sexuelle.

6 Personnes qui s’identifient au genre ou au sexe qui leur a été assigné à la naissance.

7 L’approche exploratoire n’était pas encore connue au moment du questionnaire, elle n’était pas indiquée dans les propositions de choix, toutefois l’option « Autre approche » permettait d’inscrire des approches en dehors des plus connues à cette époque. À savoir, l’approche d’Amsterdam et l’approche transaffirmative, toutes deux décrites en introduction, mais également l’approche corrective. Cette dernière a pour objectif clinique de décourager l’identité trans (perçue négativement) et les comportements non conformes de genre pour éviter, entre autres, aux jeunes de vivre de la transphobie (Ashley, 2021a).

8 Les données quantitatives concernant leurs perceptions et expériences avec les jeunes ayant discontinué ont été analysées et publiées précédemment (voir Pullen Sansfaçon et al., 2023b). Le présent article se concentre sur leur compréhension du phénomène, qu’ils aient ou non une expérience clinique directe avec des jeunes ayant D*.

9 Le travestissement consiste à porter des vêtements traditionnellement associés à un genre différent de celui qui a été assigné à la naissance. Il s’agit d’une forme d’expression de genre qui peut s’écarter des normes habituelles sans pour autant remettre en cause l’identité de genre de la personne. Cette pratique peut également s’inscrire dans une démarche artistique, comme c’est le cas dans l’art du drag.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Tommly Planchat, Annie Pullen Sansfaçon et Morgane A. Gelly, « Regards cliniques sur la détransition, la désistance et les parcours de transition interrompus chez les jeunes »Genre, sexualité & société [En ligne], 35 | Printemps 2026, mis en ligne le 15 juin 2026, consulté le 16 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/gss/10862 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16gth

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Auteurs

Tommly Planchat

Professionnel de recherche, chaire de recherche du Canada ReParE sur la recherche partenariale et l’empowerment des jeunes vulnérabilisés, École de travail social, université de Montréal
tommly.planchat@umontreal.ca

Annie Pullen Sansfaçon

Professeure titulaire, chaire de recherche du Canada ReParE sur la recherche partenariale et l’empowerment des jeunes vulnérabilisés, École de travail social, université de Montréal
a.pullen.sansfacon@umontreal.ca

Articles du même auteur

Morgane A. Gelly

Conseillèr·e principal·e à la recherche, chaire de recherche du Canada ReParE sur la recherche partenariale et l’empowerment des jeunes vulnérabilisés, École de travail social, université de Montréal
morgane.gelly@umontreal.ca

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