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Varia

Une analyse statistique du personnel de l’administration publique départementale de Transylvanie pendant son intégration administrative au royaume de Roumanie (1918-1925)

A Statistical Analysis of County-Level Civil Servants inTransylvania during the Transition to Administrative Integration in the Kingdom of Romania (1918-1925)
Judit Pál et Vlad Popovici
p. 99-124

Résumés

Dans la présente étude, nous réalisons une analyse du corps des fonctionnaires publics départementaux de Transylvanie au moment de l’intégration administrative au royaume de Roumanie (1925), en essayant de répondre aux questions suivantes : dans quelle mesure les changements majeurs entraînés par la Première Guerre mondiale ont-ils refaçonné le corps des fonctionnaires publics départementaux (en termes ethniques et socio-professionnels) ? Quelles répercussions cette mutation a-t-elle eues sur le niveau de professionnalisation de cette catégorie bureaucratique ?

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Notes de l’auteur

Cette étude a été publiée dans le cadre du projet GACR N. 20-19463X : « Social Mobility of Elites in the Central European Regions (1861-1926) and Transition of Imperial Experience and Structures in Nation-States », soutenu par la Fondation tchèque de la science. Les auteurs remercient les réviseurs anonymes et les éditeurs de la revue pour toutes les suggestions qui ont contribué à améliorer l’étude et pour tous leurs conseils et leur aide.

Texte intégral

1. Objectifs, sources, méthodes

  • 1 Tout au long de cette étude, nous ferons référence à la « Transylvanie » dans l’acception restrein (...)
  • 2 Sélectif : I. Agrigoroaiei, 1998-1999, p. 59-76 ; M. Guțan, 2005, p. 251-263 ; G. Calcan, 2010, p. (...)
  • 3 Sélectif : J. Fodor, 2016 ; B. Nagy, 2018 ; C. Szabó, 2018 ; B. L. Balogh, 2020.
  • 4 L. Leuștean, 2003, p. 126-130.
  • 5 G. Egry, 2019, p. 33-43. Voir aussi : id., 2017, p. 959-982 ; id., 2020, p. 4-31.

1Les transitions post-impériales qui ont eu lieu après la Grande Guerre dans les territoires de l’ancienne monarchie des Habsbourg, et notamment en Transylvanie1 (l’une des régions cédées par la Hongrie à la Roumanie après 1918), ont suscité un intérêt historiographique constant. Cependant, en ce qui concerne l’administration publique, on a étudié prioritairement les modifications juridiques et normatives (c’est-à-dire la transition législative)2, et dans une moindre mesure la composition du personnel dans différentes branches bureaucratiques. De telles recherches sont peu nombreuses, la plupart se concentrant sur des études de cas locales3. La structure ethnique et confessionnelle bigarrée de Transylvanie a stimulé les recherches consacrées à la composition ethnique, mais à ce sujet, l’historiographie a traditionnellement souligné seulement la « roumanisation » au sommet de l’appareil administratif après 1918, corrélée avec le maintien de la plupart des anciens fonctionnaires des niveaux inférieurs, à cause de la pénurie de personnel roumain qualifié, sans avancer des arguments et des exemples statistiques4. Ces dernières années, Gábor Egry et d’autres à sa suite ont apporté des arguments soutenant l’idée d’une continuité partielle de l’appareil administratif5. Outre ces aspects factuels, pour le moment, il n’existe pas d’analyse proprement dite des effets de ce processus à l’échelle régionale, qui utiliseraient des méthodes statistiques et les analyses afférentes, tout comme il n’y a pas d’analyse de la relation entre l’ethnie, les études et le niveau de professionnalisation des nouveaux fonctionnaires.

2Dans la présente étude, nous analyserons le corps des fonctionnaires des départements en Transylvanie (des unités géographiques-administratives nommées « vármegye » avant 1919 et « județ » après cette date ) à la fin de la période de transition administrative (1925), tout en suivant les effets du changement de régime, survenu en 1918, sur sa structure ethnique et leur impact sur certains indicateurs du niveau de professionnalisation du personnel (formation de la spécialité – principalement études universitaires en sciences administratives et en droit – et expérience professionnelle).

  • 6 Archives nationales historiques centrales de Roumanie à Bucarest (désormais ANHCR), Fonds du minis (...)

3Nous utilisons ici deux sources majeures. La source principale est la documentation concernant l’administration au niveau des départements et des arrondissements, conservée pour la plupart des départements de la Transylvanie historique, et rédigée en 1925, à l’occasion de l’entrée en vigueur imminente de la Loi de l’unification administrative6. Ces registres extrêmement détaillés, réalisés à la demande du ministère de l’Intérieur, fournissent des informations telles que : le nom, la fonction, l’ancienneté en fonction, la classe et le degré du poste occupé, l’ethnie, les études, le parcours professionnel et l’ancienneté dans l’administration avant et après 1918, l’examen d’entrée dans la fonction publique, le salaire et le lieu de résidence des fonctionnaires.

  • 7 Sélectivement : « Se cere tablou… », 1923, p. 163 ; « Să se înainteze… », 1924, p. 47.

4Nous avons déterminé l’ethnie grâce à la rubrique consacrée à cet aspect dans les documents cités. Le degré de détail, qui dépasse le critère purement linguistique (par exemple Saxon, Allemand, Hongrois, Sicule), nous fait penser qu’il ne s’agissait pas seulement d’une attribution formelle, mais que ces ethnonymes-là reflètent la perception et l’auto-perception identitaire à un degré de précision suffisamment élevé pour pouvoir être exploités d’un point de vue statistique. Le ministère de l’Intérieur demandait régulièrement la préparation de divers types de listes de fonctionnaires détaillant diverses questions. Il n’existe pas de liste complète de ces actes, mais les ordres, qui étaient envoyés par télégramme et parfois publiés dans le Bulletin officiel du ministère7, étaient utilisés exclusivement comme des documents internes. Ainsi, nous pensons que les fonctionnaires connaissaient l’existence de ces ordres et qu’il est peu probable que les documents aient été altérés pour différentes raisons idéologiques, vu que l’intérêt de l’État roumain était de connaître la situation ethnique exacte du corps des fonctionnaires.

  • 8 Magyarország tiszti czím- és névtára, 1884-1918.

5Malheureusement, des sources similaires aussi détaillées manquent pour la période d’avant 1918. Afin de reconstituer la carrière des fonctionnaires des comitats/départements (« vármegye ») avant 1919, nous avons utilisé des sources sérielles publiées : les Annuaires des fonctionnaires de Hongrie8, qui comportent des données comme le nom et la position, à partir desquelles on peut établir avec un haut degré de précision leur parcours professionnel. Ces sources ne contiennent pas de références à la formation scolaire, mais avant 1919 les prérequis légaux relatifs aux études étaient respectés dans la grande majorité des cas et les quelques dérogations surgissaient d’habitude aux niveaux inférieurs de la hiérarchie administrative.

6Pour l’analyse comparée du niveau de professionnalisation, nous avons employé les données portant sur : les études, l’ancienneté dans l’administration, l’ancienneté dans le poste, l’évolution de la carrière avant et après 1918. Pourquoi n’avons-nous pris en considération que ces seuls aspects qui, certes, ne constituent qu’une partie des critères proposés par la littérature pour l’analyse du niveau de professionnalisation ? Ce sont les seules données analysables d’un point de vue statistique à l’échelle régionale, pour des fonctionnaires de tous les niveaux, grâce au caractère uniforme des sources déjà mentionnées. Un autre indicateur quantitatif – l’évolution des salaires et leur niveau réel rapporté au pouvoir d’achat – est tellement complexe à reconstituer qu’il demande une étude indépendante. D’autres aspects, comme les droits à la retraite, les assurances maladie, les avantages professionnels (logement, gratuité des voyages en train), l’absence de syndicalisation, ont subi très peu de mutations pendant l’intervalle étudié, étant donné la continuité législative avec la période d’avant 1925. Les associations de fonctionnaires ont bel et bien existé, mais elles ont laissé peu de traces dans les archives et n’ont pas fait l’objet de recherches historiographiques.

  • 9 Les analyses ont été réalisées par le politologue Székely István Gergő, que les auteurs remercient (...)

7Les traits techniques du corpus de données compilé à partir des sources de l’époque ont imposé – dans la plupart des cas – l’utilisation de l’analyse de type Anova (analysis of variance) et, là où le corpus de données nous l’a permis, à savoir dans le cas des relations ancienneté/expérience, le niveau de la fonction et le niveau d’études des corrélations sur des variables ordinales (Spearman’s rho)9.

8L’échantillon initial est constitué de 527 fonctionnaires qui étaient embauchés, comme le précisent les sources dans l’administration départementale en 1925 dans 13 départements de Transylvanie (à l’exception des départements d’Alba de Jos et de Turda-Arieș pour lesquels les données manquent), distribués en 15 classes professionnelles (11 classes de fonctionnaires et 4 classes auxiliaires). Dans notre analyse, nous les avons répartis en cinq niveaux, en fonction de la position occupée.

  • 10 Le premier préteur (szolgabiró, prim-pretor) était le fonctionnaire chargé de l’administration d’u (...)

9Le premier niveau comprend l’élite administrative proprement dite : les sous-préfets, les premiers notaires départementaux, les premiers jurisconsultes départementaux et les premiers préteurs10 (fonctionnaires ayant un grand pouvoir décisionnel dans les affaires liées à l’administration du département et jouissant d’un prestige social important). Le deuxième niveau englobe les fonctionnaires intermédiaires : les notaires départementaux, le directeur du service comptable du département, les préteurs. Au troisième niveau, on retrouve les fonctionnaires ayant une formation « technique », tels les archivistes et les comptables. Le quatrième niveau est composé des fonctionnaires de rang inférieur : les secrétaires de cabinet, les directeurs de bureau et de service, les apprentis. Enfin, le cinquième niveau comporte tous les membres considérés par la loi comme faisant partie du « personnel auxiliaire », pour lequel il existait un système différent de classes : fonctionnaires payés à la journée, dactylographes, chauffeurs, etc.

2. Le cadre normatif de professionnalisation

  • 11 T. Parsons, 1939, p. 457-467 ; H. L. Wilensky, 1964, p. 137-158 ; M. Weber, 2008 [1976], p. 164-16 (...)

10La professionnalisation de l’appareil administratif est indispensable à la bureaucratie moderne et, par extension, à l’État moderne. Les spécialistes qui se sont penchés sur cette problématique, à commencer par Max Weber, ont proposé différents modèles de professionnalisation, fondés sur une série de critères parmi lesquels les plus utilisés sont : les études supérieures de spécialité, l’éthique professionnelle, l’autonomie, le code de conduite, la volonté de systématiser et en même temps monopoliser les activités liées à leur profession, le prestige, le système d’examens, l’identité professionnelle, l’existence d’un système établi d’avancement hiérarchique (corporate ladder)11. L’historien aussi peut appliquer et suivre ces critères de manière différenciée, en fonction de la période et de la zone géographique étudiées.

  • 12 M. Burrage, 1988, p. 64-65.
  • 13 H. Siegrist, 1988, p. 22 ; id., 2004, p. 69-77.
  • 14 S. Marton, 2014, p. 267-280.

11Au xixe siècle, l’époque où l’on établissait les bases du système auquel faisait référence Weber, toute l’Europe connaissait une étape d’élan dans le processus de professionnalisation, même s’il existait des différences notables entre les États. Si, en Grande-Bretagne, en Italie et en Suisse, les soi-disant « gentleman professions », telle celle d’avocat, représentaient le modèle de professionnalisation pour les autres occupations intellectuelles, en France, en Allemagne et dans la monarchie des Habsbourg – des États ayant des traditions bureaucratiques –, ce rôle a été joué par les fonctionnaires publics12. En général, en Europe continentale, l’implication de l’État a été beaucoup plus prononcée qu’en Grande-Bretagne, de sorte que, jusqu’au milieu du xixe siècle, on peut parler d’une professionnalisation orchestrée « d’en haut »13. Cette observation est valable aussi pour les États nationaux constitués au sud-est de l’Europe, dont la Roumanie, même si, dans le cas de cette dernière, la professionnalisation a été plus lente et moins complète, à cause d’une forte interdépendance entre le facteur politique et l’appareil administratif14.

  • 15 Loi no I/1883 relative à la qualification professionnelle des fonctionnaires publics, in J. Pál(...)
  • 16 Loi no XX/1900 relative aux cours administratifs communaux, in J. Pál & S. Ferenczi, 2020, p. 269- (...)

12En Europe centrale et de l’Ouest, l’imposition de critères d’éducation formelle était un élément important du processus de professionnalisation. En Hongrie et en Transylvanie, ces développements sont survenus avec un délai de quelques décennies. Le premier acte normatif ayant institué des critères formels minimaux pour la totalité des fonctionnaires du comitat a été la Loi I/1883, qui stipulait l’obligation d’avoir finalisé au moins quatre années d’études juridiques et administratives avec l’obtention d’un examen d’État en sciences administratives, ou bien de détenir un doctorat en sciences administratives ou juridiques, ou d’avoir réussi l’examen d’avocat. Pour les fonctionnaires déjà en poste, on acceptait également des cours juridiques non universitaires ou des études inachevées15. Dans le cas du personnel auxiliaire, les conditions minimales étaient d’avoir suivi au moins huit ans d’études, c’est-à-dire les premières quatre classes de collège (lycée) ou une école « civique » (polgári). Néanmoins, le système a été critiqué par les contemporains, surtout en raison de l’absence d’études administratives de spécialité. La seule catégorie de fonctionnaires à avoir bénéficié de cours administratifs spécialisés a été représentée par les notaires de village (Loi XX/1900)16, observation qu’il convient de souligner, car elle s’avèrera très importante tout au long de notre analyse.

  • 17 La professionnalisation des politiques a été aussi problématique. Voir A. Cieger, 2010, p. 131-150
  • 18 Voir J. Pál & S. Ferenczi, 2020, p. 43-59.

13En Hongrie, la professionnalisation des fonctionnaires du comitat a été un processus assez lent et difficile qui, à la fin de la Première Guerre mondiale, n’était que partiellement accompli17. Cependant, au sortir du xixe siècle et au début du xxe siècle, des progrès ont été réalisés dans cette direction à travers la création d’un Tribunal administratif (qui réglait les différends entre les fonctionnaires et le ministère) et la réduction des différenciations entre les fonctionnaires de l’État et ceux des comitats et des villes. Les questions concernant le paiement des salaires (Loi X/1904) et des retraites (Loi LIX/1907) ont été uniformisées, tout comme le processus d’avancement hiérarchique en fonction de l’ancienneté et des bénéfices supplémentaires octroyés pendant la guerre18. D’ailleurs, on n’a réussi à introduire ni la nomination des fonctionnaires du comitat (qui étaient encore élus par les institutions du comitat) ni la règlementation de leur statut par le biais d’une pragmatique du travail ou bien par l’introduction d’un code éthique.

  • 19 « Decret Nr. 1 », 1919, p. 25-26 ; « Decret Nr. 2 », 1919, p. 26 ; « Decret Nr. 3 », 1919, p. 26-2 (...)

14Après la guerre et la prise en charge de l’administration par le Conseil dirigeant, en tant que représentant de l’État roumain, en décembre 1918, l’organisation et le fonctionnement de l’administration publique dans les anciens territoires de la Hongrie, désormais annexés à la Roumanie, ont été réglementés par les décrets I-IV du 24 janvier 191919. Dans les grandes lignes, ceux-ci spécifiaient le maintien de la législation en vigueur à l’époque du dualisme austro-hongrois, mais certaines mesures annonçaient, en perspective, l’uniformisation administrative selon le modèle roumain : une centralisation excessive, qui concentrait la prise de décision entre les mains des préfets et accordait à ces derniers des pouvoirs presque discrétionnaires, y compris par rapport aux nominations et aux révocations des fonctionnaires.

  • 20 « Normativ », 1919, p. 1-8.
  • 21 « Normativ », 1919, art. 8.
  • 22 Sur la question du serment officiel, voir J. Bavouzet, 2020.
  • 23 « Normativ », 1919, art. 21-22, 47-48.

15En novembre 1919 est entré en vigueur un acte normatif réglementant les conditions générales de fonctionnement de l’administration départementale20. En ce qui concerne la formation de spécialité, le cadre normatif établissait le maintien des indications stipulées par la Loi I/1883, tout en admettant certaines dérogations, imposées par ce contexte exceptionnel21. Néanmoins, le texte mentionnait que les dérogations seraient temporaires, jusqu’à ce que « l’on eût dépassé le stade initial d’organisation de l’administration d’État ». Les anciens fonctionnaires continueraient d’occuper les mêmes positions, sous l’obligation de prêter serment à l’État roumain22. Ceux-ci continuaient d’être placés dans la même classe de rémunération ou, exceptionnellement, pouvaient être promus d’une classe. Les fonctionnaires ne pouvaient être transférés ou subir des changements défavorables, sauf en cas de déclassement professionnel, suite à une enquête disciplinaire23.

  • 24 « Normativ », 1919, art. 11, 31, 39.

16Quoique l’article 39 spécifiât le fait que, dans les positions supérieures d’un service, seuls les fonctionnaires expérimentés pouvaient être nommés24, en fonction de leur ancienneté professionnelle et de leur conduite, la pénurie de personnel a fait en sorte que, maintes fois, cette condition n’a pu être respectée, comme le montrent les données que nous présenterons ici (Tableau 1). Pour les candidats qui ne venaient pas du système administratif, la nomination était faite sur la base d’une demande écrite et d’un dossier comportant les informations suivantes : la date et le lieu de naissance (l’âge minimal étant de 18 ans), l’état de santé, les études, la situation militaire, l’état civil et les langues maîtrisées.

  • 25 F. Sas & A. F. Sora, 2019, p. 11-52.
  • 26 « Legea nr. 95/1925 », p. 6886-6890.

17En 1923, la Loi du statut des fonctionnaires publics25 a été adoptée, bien que l’intégration et l’uniformisation administrative des nouvelles provinces n’aient pas encore été mises en place. Par conséquent, très peu des changements introduits par cette loi, y compris par rapport à la professionnalisation des fonctionnaires, ont été implémentés avant la Loi d’unification administrative (95/1925). Cela a entraîné des modifications supplémentaires à tous les niveaux de l’administration publique : les conditions requises pour occuper certains postes clés (préfet, sous-préfet, préteur, notaire de village) furent réglementées et la centralisation du système fut consolidée, ces postes étant placés sous la subordination hiérarchique directe de l’institution du préfet, dans une étroite relation de dépendance26. Les documents statistiques sur lesquels s’appuie notre analyse ont été rédigés à l’occasion de la mise en œuvre de cette loi.

3. Panorama de la situation

18Parmi les 527 fonctionnaires répertoriés pour l’année 1925 dans 13 départements de Transylvanie et pour lesquels nous disposons de données, 157 (environ 30 %) étaient issus de l’ancienne administration hongroise du comitat, mais seulement 12 d’entre eux (2,3 %) peuvent être considérés comme membres de l’ancienne élite administrative (niveau 1). La plupart avaient été premier préteur avant 1918, gravissant les échelons de l’administration centrale des départements sous le nouveau régime. Du point de vue ethnique, ce petit noyau élitaire était composé de 5 Hongrois, 4 Roumains et 3 Allemands. Le doyen d’âge était George Linul, premier jurisconsulte du comitat Bistrița-Năsăud, qui occupait ce poste depuis 1898. Probablement, la personne ayant occupé la position la plus importante avait été Johann Schöpp, sous-préfet du département de Sibiu et ancien maire de la ville de Sebeș (1907-1918). 56 personnes (10,6 %) faisaient partie des niveaux secondaire et tertiaire de l’ancienne administration du comitat : 23 Hongrois, 18 Allemands, 11 Roumains, 3 Juifs et 1 Polonais. La plupart des anciens fonctionnaires du comitat (89, soit 56,7 %) provenaient des niveaux inférieurs (4 et 5), mais seulement quelques apprentis sont arrivés à faire carrière : 8 sont mentionnés en tant que préteurs et un autre comme notaire départemental.

Tableau 1. Distribution ethnique des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925 en fonction de la position occupée avant 1919

No Niveau en 1918 Roumains Hongrois Allemands Juifs + autres Total (%)
1 Comitat 1 4 5 3 0 12
(2,3 %)
2 Comitat 2 5 5 14 0 24
(4,6 %)
3 Comitat 3 6 18 4 4 32
(6 %)
4 Comitat 4 8 21 15 0 44
(8,3 %)
5 Comitat 5 15 20 9 1 45
(8,5 %)
6 Total issu de l’ancienne admin. du comitat (1+2+3+4+5) 38 69 45 5 157
(29,8 %)
7 Notaires de village et de « cercle »* 58 8 1 3 70
(13,3 %)
8 Total ayant une expérience administrative (6+7) 96 77 46 8 227
(43 %)
9 Externes / Sans expérience administrative 211 66 19 4 300
(57 %)
10 Total (8+9) 307 143 65 12 527
(100 %)

* Un « cercle » était une union de villages qui utilisaient les services d’un même notaire.

Tableau 2. Distribution ethnique des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925

Niveau en 1925    Roumains       Hongrois    Allemands Juifs + autres Total
(%)
Département 1 95
(18 %)
6
(1,1 %)
13
(2,5 %)
0 114
(21,6 %)
Département 2 76
(14,4 %)
23
(4,4 %)
13
(2,5 %)
2
(0,4 %)
114
(21,6 %)
Département 3 30
(5,7 %)
39
(7,4 %)
11
(2,1 %)
6
(1,1 %)
86
(16,3 %)
Département 4 67
(12,7 %)
44
(8,3 %)
13
(2,5 %)
4
(0,8 %)
128
(24,3 %)
Département 5 39
(7,4 %)
31
(5,9 %)
15
(2,8 %)
0 85
(16,1 %)
Total 307
(58,3 %)
143
(27,1 %)
65
(12,3 %)
12
(2,3 %)
527
(100 %)
  • 27 ANHCR, FMI, inv. 313, dossier 100, f. 6.

19Une catégorie particulière, distincte de la précédente, mais qui avait aussi une certaine forme d’expérience administrative, était constituée des anciens notaires de village et de « cercle », comptant 70 personnes (13,3 %). Pouvant être associés (ne serait-ce que de manière un peu forcée) aux niveaux 3-4 de l’administration départementale, ceux-ci appartiennent à la catégorie professionnelle ayant connu les plus importants sauts de carrière après 1919 : 57 d’entre eux (80 %) sont parvenus aux niveaux départementaux 1 et 2, devenant ainsi membres d’une catégorie professionnelle élitaire et non rurale – situation inconcevable avant 1918, sauf dans des situations tout à fait exceptionnelles. Seulement un quart d’entre eux détenaient des diplômes universitaires ou suivaient les cours de l’enseignement supérieur, les autres détenaient uniquement un diplôme de notaire, obtenu à la suite d’une formation de courte durée. Il est probable qu’Alexandru Pălăgeșiu a eu la carrière la plus fulgurante de cette catégorie. Fils de notaire, il avait été lui-même notaire de village à Năsăud (1902-1919), poursuivant une carrière dans la nouvelle administration roumaine et s’adaptant à chaque changement de gouvernement. Il a été fonctionnaire du Conseil dirigeant à Sibiu (1919-1920), puis a été promu au rang de conseiller ministériel dans le cadre du directorat général du ministère de l’Intérieur, organisé à Cluj pendant le gouvernement du général Alexandru Averescu (1920-1922). Ensuite, il est revenu dans le département de Bistrița-Năsăud en tant que président de la Sedria orfanală (Office de tutelle des orphelins, 1922-1924) et a été nommé sous-préfet27 sous le gouvernement du Parti national libéral.

  • 28 I. Földi, 2001, p. 20-66, présente l’évolution de l’institution dans un comitat.
  • 29 G. Egry, 2010, p. 95 ; M.-O. Groza, 2016, p. 131-140. Voir aussi J. Pál, 2018, p. 62-98, particuli (...)

20La situation des notaires est intéressante à plusieurs titres : cette catégorie de fonctionnaires avait réussi, avant la Première Guerre mondiale, à s’organiser et à défendre ses intérêts de façon remarquable28. Ils jouissaient d’un grand prestige dans les villages et de revenus décents. C’est la raison pour laquelle cette fonction représentait une option pour les jeunes Roumains, désavantagés par le système de nomination dans le corps des fonctionnaires du comitat. Cependant, les notaires étaient justement la catégorie la plus menacée et la plus vulnérable à la fin de la guerre. Durant l’automne 1918, bon nombre d’entre eux ont été obligés de se réfugier ou ont été victimes des atrocités, étant accusés – à juste titre ou non – de détournement des aides de guerre, de corruption, d’abus de pouvoir, etc. En quelque sorte, ils ont servi de boucs émissaires à une population accablée par tous les maux causés par la guerre et mécontente envers les autorités29.

Tableau 3. Distribution des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925, en fonction de la position occupée avant 1919

Niveau en 1925 Fonctionnaires administratifs avant 1918 Notaires de « cercle » et de village avant 1919 Sans expérience administrative avant 1918 Total (%)
Département 1 28
(5,3 %)
32
(6,1 %)
54
(10,2 %)
114
(21,6 %)
Département 2 28
(5,3 %)
25
(4,7 %)
61
(11,6 %)
114
(21,6 %)
Département 3 46
(8,7 %)
10
(1,9 %)
30
(5,7 %)
86
(16,3 %)
Département 4 40
(7,6 %)
2
(0,4 %)
86
(16,3 %)
128
(24,3 %)
Département 5 15
(2,8 %)
1
(0,2 %)
69
(13,1 %)
85
(16,1 %)
Total 157
(29,8 %)
70
(13,3 %)
300
(56,9 %)
527
(100 %)

21Par conséquent, en 1925, seulement 43 % des membres du corps des fonctionnaires des départements de Transylvanie détenaient une certaine expérience administrative d’avant 1918 et, parmi eux, une minorité absolue avait une certaine expérience dans des positions décisionnelles. Les 300 autres fonctionnaires (57 %) avaient travaillé avant et pendant la guerre dans le secteur privé ou étaient des jeunes récemment entrés dans l’administration. Parmi les 115 nouveaux admis aux niveaux supérieurs (1-2), à peu près la moitié avaient poursuivi des études juridiques et avaient été avocats et juristes. L’autre moitié était composée de personnes ayant terminé des études commerciales (anciens fonctionnaires bancaires) ou théologiques (anciens prêtres). Au niveau 3, le personnel sans études de spécialité et sans expérience était constitué d’anciens professeurs des écoles ou de jeunes combattants rentrés du front. La plupart avaient fini le lycée ou suivi des études commerciales. De la même catégorie faisaient partie quelques agents comptables ayant terminé le lycée et suivi des études de spécialité. Aux niveaux 4 et 5, la plupart des nouveaux employés avaient achevé le collège ou au moins les deux premières classes de lycée. Une partie des hommes avaient été sous-officiers pendant et immédiatement après la guerre. À ces niveaux, un tiers du personnel sans expérience administrative était composé de femmes (54 sur 155), et d’habitude il n’y a aucune mention de leurs postes antérieurs.

22Sur un total de 78 femmes enregistrées dans les documents, seulement 18 (23 %) avaient travaillé dans l’administration avant 1919, la plupart comme fonctionnaires payées à la journée et ayant achevé leur formation au collège ou entamé des études de lycée. Après 1918, trois d’entre elles se retrouvaient à des positions inférieures à celles occupées antérieurement.

Tableau 4a. Moyenne de l’expérience administrative en 1925 des fonctionnaires départementaux de Transylvanie ayant occupé des postes avant 1919 (%)

Niveau administratif en 1918 1 2 3 4 5 Notaires
Expérience administrative en 1925 (en années) 22,00 22,33 22,44 21,91 17,62 18,11
Expérience dans la position courante ou dans une position supérieure en 1925 (en années) 14,00 10,58 13,41 12,66 10,49 4,74

Tableau 4b. Moyenne de l’expérience administrative de tous les fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925 (%)

Niveau administratif en 1925 1 2 3 4 5
Expérience administrative en 1925 (en années) 15,05 12,52 14,49 9,87 7,56
Expérience dans la position courante ou dans une position supérieure en 1925 (en années) 5,79 5,87 7,13 7,01 7,15

23Ces données concernant toute la province indiquent un recul général sous l’angle des indicateurs de professionnalisation entre 1918 et 1925, du point de vue de la formation de spécialité de l’élite administrative (de presque 100 % à environ 70 % diplômés de l’enseignement universitaire), mais surtout de l’expérience dans l’administration des catégories à pouvoir décisionnel (niveaux 1 et 2). La différence en matière d’études est considérable, mais pas forcément catastrophique, compte tenu du fait que les autres 30 % détenaient, dans la plupart des situations, un diplôme acquis au terme d’études supérieures ou de spécialité. En outre, aux niveaux inférieurs de la hiérarchie administrative, certains fonctionnaires sans études universitaires avaient une expérience professionnelle de 10-15 années dans l’administration. Par contre, la présence d’un grand taux de fonctionnaires provenant du secteur privé au sommet de l’administration (presque la moitié) s’avérait plus problématique, ayant comme corollaire statistique une moyenne générale réduite en termes d’années d’ancienneté dans l’administration et d’expérience sur le poste pour le corps des fonctionnaires dans son ensemble par rapport à ceux issus de l’ancienne administration. Qui plus est, seulement une moitié d’entre eux avaient suivi des études juridiques, les autres étant formés pour des domaines moins liés à l’administration publique. En fait, pour chaque haut fonctionnaire départemental chevronné, il y avait trois autres fraîchement recrutés après 1918, parmi lesquels un était ancien notaire de village et un autre n’avait pas les études requises dans le domaine, situation qui se perpétuait en cascade à tous les niveaux inférieurs.

4. Facteurs déterminants pour l’avancement dans la fonction publique entre 1919 et 1925

24Ces constatations générales soulèvent une série de questions dont les réponses peuvent éclaircir la dynamique qui a déterminé la situation de 1925. Pour y répondre, nous nous sommes servis de l’analyse statistique de la nature des relations entre les indicateurs déjà pris en compte : les études, l’ancienneté, le niveau de la position administrative et la variable ethnique.

  • 30 Étant donné que le tableau des fonctionnaires n’inclut pas l’affiliation confessionnelle, et prena (...)

25Pour ce qui est de la relation entre l’ethnie et le niveau d’études en 1925, l’analyse statistique a mis en évidence le fait que le groupe avec le plus haut niveau d’études était celui des Roumains, suivis des Allemands, ensuite des Hongrois et des Juifs. Dans le cas des Roumains et des Allemands, le niveau d’éducation le plus fréquent était de type universitaire, dans celui des Hongrois et des Juifs (catégorie qui pose des problèmes d’analyse, car faiblement représentée)30, il s’agissait d’études de spécialité post-baccalauréat et d’instituts. Cependant, malgré ces différences d’ensemble, seule la différence entre le niveau d’éducation des Roumains et celui des Hongrois présente une signification statistique (p < 0,01).

Figure 1. Relation entre la nationalité et le niveau d’études pour les fonctionnaires départementaux en 1925

Figure 1. Relation entre la nationalité et le niveau d’études pour les fonctionnaires départementaux en 1925

Note. Éducation primaire : classes I-IV ; éducation secondaire : classes V-VIII ; lycée : classes IX-XII ; instituts et cours de spécialité : toute forme d’éducation post-baccalauréat qui n’était pas sanctionnée par un diplôme universitaire ; éducation universitaire : études universitaires achevées ou en cours.

26L’explication de cette différence réside dans l’incorporation après 1918, de personnel roumain ayant une formation supérieure, issu du secteur privé, incorporation corroborée par le refus des anciens fonctionnaires hongrois (ayant une formation universitaire) de continuer leur activité et/ou le manque de confiance des nouvelles autorités et, conséquemment, le remplacement partiel de ces fonctionnaires hongrois par des Roumains provenant de positions administratives inférieures ou du secteur privé. Le pourcentage des Hongrois qui, ayant effectué des études supérieures, sont entrés dans l’administration après 1918 et ont travaillé dans le secteur privé, a été considérablement plus bas que celui des Roumains qui se retrouvaient dans la même situation (35 % vs > 70 %). Les Hongrois qui restaient à côté des nouveaux arrivants occupaient pour la plupart des fonctions des niveaux 3 à 5 (Tableau 2) et, par conséquent, avaient aussi un niveau de formation plus faible.

  • 31 A. Gidó, 2011, p. 120.
  • 32 T. Longaver & V. Popovici, 2018, p. 159-172.

27Outre la différence majeure entre les Roumains et les Hongrois, les Allemands et les Juifs, peu nombreux, apparaissent comme des catégories relativement homogènes du point de vue administratif, occupant des positions des niveaux 3-4, surtout dans le domaine de la comptabilité départementale. Les Juifs travaillant dans l’administration des comitats étaient peu nombreux même avant 1918, et après 1919, dans la nouvelle université roumaine, leur pourcentage parmi les étudiants en droit a été très bas31. Au sommet, la plupart des postes étaient occupés par les Roumains, suivis à grande distance des Allemands et des Hongrois. Cela était dû, en partie, au compromis des dirigeants saxons avec les nouvelles autorités, d’où le maintien des Allemands en poste et dans l’administration, au sein des départements à population saxonne32.

28Les Roumains étaient majoritaires au niveau 1 et leur représentativité diminuait aux niveaux inférieurs, alors que les Hongrois avaient une présence plus faible au sommet et représentaient le taux le plus grand au niveau 3. Leur présence massive aux niveaux intermédiaires s’explique, d’une part, par le fait que beaucoup de ceux qui sont restés occupaient des postes exigeant des connaissances pratiques et de spécialité, sans caractère décisionnel, comme la comptabilité ; d’autre part, il y avait probablement l’inversion naturelle de la situation d’avant 1918, lorsque les Roumains accédaient avec plus de difficulté à des fonctions plus importantes, mais le pourcentage de Roumains ayant obtenu des diplômés universitaires en Hongrie était plus réduit. Après la transformation de l’université de Cluj en université roumaine, le nombre d’étudiants roumains a augmenté (ce fait est également prouvé par le grand nombre de fonctionnaires avec études juridiques en cours), tandis que le nombre d’étudiants hongrois et juifs a diminué. La source documentaire de 1925 rend compte aussi de la première génération de fonctionnaires roumains formés dans les universités roumaines.

29La comparaison statistique avec la situation du même groupe-cible avant 1918 a posé une série de difficultés, vu la nécessité de prendre en compte les catégories particulières représentées par les anciens notaires, et le nombre élevé de fonctionnaires issus du secteur privé. Quant aux indicateurs ethniques, le groupe avec le plus haut degré de stabilité est celui des Allemands : sans tenir compte du niveau à l’intérieur duquel ils étaient actifs, la plupart avait une expérience professionnelle dans l’administration départementale. En réalité, il y a eu une permutation entre les Roumains et les Hongrois, au sens où les particularités du groupe ethnique roumain de l’administration d’avant 1918 (peu nombreux et avec une faible représentation aux niveaux supérieurs) ont été assumées, dans une assez grande mesure, par le groupe ethnique des fonctionnaires hongrois après 1918.

30Les analyses indiquent que, entre 1919 et 1925, la plus forte progression dans les carrières a été réalisée par le groupe des fonctionnaires issus des niveaux inférieurs et par les anciens notaires. La situation s’explique partiellement par ce que les fonctionnaires se trouvant déjà aux niveaux supérieurs de la hiérarchie administrative ne pouvaient plus avancer. Pour ce qui est des fonctionnaires issus exclusivement de l’administration départementale, à quelques exceptions près, on n’a pas enregistré de reculs, ce qui montre qu’en général, si c’était possible, les anciens fonctionnaires ont été maintenus même après la période trouble de transition des années 1919-1920. D’un point de vue purement statistique, il y a eu un progrès plus important parmi les Roumains (0,92 niveaux) et plus faible dans le cas des Allemands (0,71) et des Hongrois (0,48), mais seule la différence entre les Roumains et les Hongrois est statistiquement significative (p < 0,01), ce qui confirme, en fait, les considérations précédentes.

Figure 2. Changements de position administrative en fonction de l’ethnie (1925 vs 1918)

Figure 2. Changements de position administrative en fonction de l’ethnie (1925 vs 1918)

Note. En ce qui concerne le parcours professionnel, la Figure 2 expose la situation par ethnies, avec des indicateurs entre – 2 et 3 qui signalent le nombre de niveaux parcourus vers le haut ou vers le bas de la hiérarchie (différence entre le niveau occupé en 1918 et en 1925). Dans les cas où ce parcours a connu une régression, cet aspect est marqué par des valeurs négatives.

31La relation entre les études et la position occupée dans l’administration a été analysée tout en prenant en compte trois variables : le niveau d’études, l’expérience totale cumulée dans l’administration et l’expérience acquise en 1925. Si l’on constate une forte corrélation entre le niveau d’études et le niveau de la position administrative (0,618, p < 0,01), en revanche, la relation entre le dernier critère et l’expérience totale cumulée est faible, mais statistiquement significative (0,227, p < 0,01). Cela veut dire que l’expérience antérieure dans l’administration n’a influencé que de façon limitée l’avancement dans la hiérarchie administrative – le résultat découlant probablement du nombre élevé de hauts fonctionnaires issus du secteur privé et du rang des notaires.

Figure 3. Corrélation entre le niveau d’études et la position administrative des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925

Figure 3. Corrélation entre le niveau d’études et la position administrative des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925

32Bien que le niveau d’éducation soit en étroite liaison avec la position administrative occupée, l’impact des études est moins spectaculaire par rapport aux opportunités de mobilité, c’est-à-dire sur la différence entre la position occupée en 1925 et avant 1919 (une corrélation de 0,231, p < 0,01). Malheureusement, à cause des limites du corpus de données, nous ne pouvons analyser cet aspect que sur le sous-échantillon composé des fonctionnaires ayant travaillé dans l’administration départementale même avant 1918 (155 personnes). Si nous rapportons la mobilité moyenne, enregistrée par les groupes faisant partie des différents niveaux d’études, au minimum et au maximum observés au niveau individuel (à savoir, une régression de 2 niveaux, respectivement une progression de 3 niveaux), les différences ne sont pas considérables, et le résultat du test Anova n’est pas statistiquement significatif (F = 1,84, p = 0,124). Cependant, les tests post-hoc montrent, comme prévu, que les fonctionnaires ayant un niveau d’éducation plus bas (des études primaires ou secondaires) sont significativement en désaccord statistique (p < 0,05) avec les deux groupes détenant des études de spécialité ou universitaires, et ont une mobilité faible.

33Statistiquement parlant, les avancements les plus nombreux ont été enregistrés au niveau des fonctionnaires ayant fait des études post-baccalauréat, mais le taux de ceux qui ont progressé de plus d’un niveau a été double parmi les fonctionnaires issus de l’enseignement universitaire (Tableau 5). Le nombre des fonctionnaires à avoir enregistré des régressions a été faible, mais leurs situations particulières sont illustratives. Il s’agit de fonctionnaires minoritaires (six Hongrois et un Allemand) et, dans trois des sept cas, ce sont des femmes, ayant antérieurement travaillé dans d’autres branches administratives.

Tableau 5. Évolution administrative en fonction du niveau d’études des fonctionnaires également en service avant 1919 (excepté les notaires)

Différence niveau administratif 1918-1925
Niveau d’études – 2,0 – 1,0 ,0 1,0 2,0 3,0  Total 
éducation primaire 0 0 2 0 0 0 2
éducation secondaire 2 3 10 9 3 0 27
lycée 0 1 13 21 0 1 36
instituts et cours de spécialité 0 0 16 22 4 0 42
éducation universitaire 0 1 22 14 9 2 48
Total 2 5 63 66 16 3 155
  • 33 J. Pál & V. Popovici, 2020, p. 171.

34Si nous revenons à l’expérience dans l’administration, là où elle existe, nous pouvons voir une corrélation modérément forte avec l’expérience dans la position en cause (avant 1919) ou dans la position supérieure pendant la période 1919-1925 (0,292, p < 0,01) (Figure 4). Quant à l’expérience dans la position courante ou supérieure, les différences sont beaucoup plus faibles par rapport à l’expérience générale. Autrement dit, les anciens fonctionnaires qui ont choisi de rester dans l’administration, identifiables en 1925, peuvent être considérés comme des « fonctionnaires de carrière » et il est très probable qu’ils ont continué à travailler même après cette date, jusqu’à la retraite (de tels cas ont été identifiés antérieurement33). À part les fonctionnaires issus du secteur privé, certainement sans expérience en 1919, les anciens notaires avaient en moyenne la même expérience que les fonctionnaires du niveau 5 (environ 18 années), à la différence des autres niveaux de fonctionnaires du comitat, dont l’expérience moyenne était, à ce moment-là, d’environ 22 années. Cependant, ils ont avancé en carrière de manière tout à fait différente, ce sur quoi nous reviendrons plus loin.

Figure 4. Expérience dans l’administration et expérience dans la position courante des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925, par rapport à la position occupée en 1918

Figure 4. Expérience dans l’administration et expérience dans la position courante des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925, par rapport à la position occupée en 1918
  • 34 Vu que les variables dépendantes d’intérêt étaient de nature ordinale (le niveau occupé dans l’adm (...)

35Les données présentées (Figure 4) ont relevé que l’ethnie et le niveau d’études influencent la position occupée dans l’administration, mais l’expérience et le niveau de la fonction occupée en 1919 ont aussi influencé les parcours professionnels. Pour identifier le facteur le plus important, nous avons réalisé aussi une série d’analyses multivariées (régression linéaire OLS34), où les variables explicatives sont l’ethnie, le niveau d’études, les années d’expérience dans l’administration et la position occupée avant 1919. Pour l’ethnie, la catégorie de référence a été le groupe ethnique des fonctionnaires hongrois, auquel nous avons rapporté les autres groupes ethniques ; pour la position occupée avant 1919, nous avons pris en compte le niveau le plus bas de l’administration départementale (5).

Tableau 6. Régressions multivariées avec les facteurs déterminant le niveau de la position occupée en 1925, respectivement le changement survenu entre 1918 et 1925

Niveau de la position en 1925 Mobilité 1918-1925
Niveau d’éducation (1-5) 0,722*** 0,586***
Ethnie
      roumaine 0,618*** 0,484***
      allemande 0,120 0,163
      juive 0,153 – 0,171
      hongroise (cat. de référence)
Expérience dans l’administration (années) 0,021*** 0,000
Niveau de la position avant 1918
      1 1,116*** 2,491***
      2 0,985*** – 1,680***
      3 0,408* – 1,326***
      4 0,176 – 0,659***
      de « cercle » ou de village 0,913***
      secteur privé 0,260*
      5 (catégorie de référence)
N 527 154
% variance explicative 61,7 % 52,6 %

Note. Les chiffres rapportés représentent des coefficients de régression non standardisés (B), constante non signalée. *** p < 0,01 ** p < 0,05 * p < 0,1.

36Les résultats des analyses multivariées donnés dans le Tableau 6, corroborés par les analyses présentées antérieurement, indiquent le fait qu’entre 1919 et 1925, au sein du corps des fonctionnaires publics départementaux de Transylvanie, parmi les facteurs déterminants dans l’obtention d’une position administrative supérieure, du point de vue statistique, l’effet le plus important était donné par le niveau d’études, mais l’origine roumaine (comparativement avec l’origine hongroise) produisait un effet presque similaire. Ces résultats sont valables et pour la totalité de l’échantillon, et pour le groupe des anciens fonctionnaires entrés en fonction avant 1918. La présence dans l’administration avant 1919 jouait aussi un rôle considérable, mais moins évident que les études ou l’ethnie : dans le cadre du modèle où la variable dépendante est la position occupée en 1925, une position plus élevée avant 1918 augmente considérablement les chances d’occuper une position élevée en 1925. Ce qui s’avère plus intéressant est le fait que les notaires ont des opportunités similaires avec ceux du niveau 2, tandis que les personnes issues du secteur privé sont assimilables aux catégories 4 et 5. Cela signifie que, dans le cas des notaires, leur présence dans l’administration surclassait l’éducation (en règle générale, ils n’avaient pas d’études universitaires), ce qui indique l’existence d’autres facteurs, probablement liés aux réseaux sociaux (principalement parti et patronage politique), qui ont propulsé ce groupe professionnel. En revanche, l’expérience générale dans l’administration était moins importante, ses effets s’avérant mineurs par rapport aux trois autres variables.

Conclusion

37Pendant les premières années d’administration roumaine en Transylvanie, après la Première Guerre mondiale et dans des conditions de changements majeurs de personnel, la structure du groupe professionnel des fonctionnaires publics départementaux a été influencée par les relations établies entre l’éducation, l’expérience et l’ethnie, sous deux aspects, qui nous permettent d’observer de manière plus nuancée le processus de « roumanisation », ainsi que l’évolution de certains aspects liés au niveau de professionnalisation des fonctionnaires.

  • 35 A. F. Sora, 2011b, p. 174-193.

38D’une part, nous pouvons identifier une influence négative (dans le sens d’une altération de la logique et des principes de professionnalisation) du rôle important joué par l’appartenance ethnique dans l’avancement hiérarchique. Néanmoins cela ne surclasse pas mais diminue seulement l’effet du critère de la formation professionnelle. La « roumanisation » du personnel administratif a été une réalité partiellement imposée initialement par la démission ou l’émigration d’un grand nombre de fonctionnaires hongrois, mais qui a continué et s’est intensifiée après 1920. Ce processus a visé notamment les hautes positions et celles décisionnelles, et moins la grande masse des fonctionnaires, surtout dans les départements où les Hongrois ou les Allemands étaient les ethnies majoritaires (qui, d’ailleurs, dominaient démographiquement les villes où siégeaient les offices administratifs). Jusqu’en 1925, la « roumanisation » a existé, sans pour autant avoir un caractère excessif ; celle-ci n’a pas surclassé la préparation professionnelle, mais a permis des dérogations à cette dernière. Il semble que cela ait constitué le commencement d’un processus qui aurait entraîné une augmentation visible du nombre des fonctionnaires roumains dans l’administration publique locale, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale35.

39En outre, nous pouvons également identifier une influence ambivalente, vu l’avantage donné par la position administrative occupée en 1918. Dans une certaine mesure, c’est un facteur positif car il permet aux personnes ayant de l’expérience administrative de rester dans le système et d’avancer. Mais ces avancements ne respectent pas toujours la gradualité imposée par l’expérience (celle-ci restant, statistiquement parlant, le moins important des facteurs pouvant influencer la progression dans la carrière professionnelle), ni le niveau d’études, ce qui mène à la conclusion que l’appartenance à l’appareil bureaucratique avant 1919, même à un niveau inférieur (notaires de village), a permis, juste après la guerre, le recours aux relations de nature sociale et professionnelle pour avancer en carrière, situation qui interfère avec la logique de la professionnalisation.

40Les conclusions statistiques ci-dessus fournissent une perspective plus nuancée sur les changements qui ont eu lieu entre 1919 et 1925 dans l’administration départementale de la Transylvanie. D’une part, l’importance du facteur ethnique se trouve confirmée (la « roumanisation » d’ensemble, le maintien des fonctionnaires allemands dans les zones habitées par des Saxons, le maintien des fonctionnaires hongrois aux niveaux moyen et inférieur) de même que ses implications directes sur le niveau de professionnalisation (l’accès à un poste est de moins en moins conditionné par l’obtention d’un diplôme de spécialité). D’autre part, la vision historiographique en quelque sorte simpliste de la « roumanisation » intense au sommet et le maintien des anciens fonctionnaires aux niveaux inférieurs est contredite : la plupart des fonctionnaires, quelle que soit leur origine ethnique, étaient des nouveaux arrivants.

  • 36 G. Egry, 2020.

41Il est également nécessaire de réorienter l’attention des historiens vers les aspects sociaux, et plus particulièrement vers les réseaux sociaux individuels, ainsi que vers l’appartenance aux différents groupes élitaires locaux, qui représentent autant d’éléments ayant permis une ascension professionnelle rapide après la guerre. La différence statistique de mobilité entre les anciens notaires et les fonctionnaires issus du secteur privé semble être un argument solide à ce sujet. Cet argument semble soutenir aussi les opinions de G. Egry concernant la résistance des structures locales (sans tenir compte de l’ethnie) face à la pression de l’autorité centrale36. De ce point de vue, les dérogations à la logique de la professionnalisation ne sont pas seulement les conséquences des politiques centrales de construction du statut national, mais aussi le résultat des compromis faits par les groupes d’intérêt locaux.

  • 37 H. Siegrist, 2004, p. 81-82.

42Si nous plaçons les conclusions de cette analyse régionale dans une perspective plus ample, nous pouvons affirmer que, bien que le processus de « nationalisation » du xixe siècle ait continué et se soit même radicalisé après la Première Guerre mondiale dans bien des États européens37, y compris en Roumanie, l’objectif de la professionnalisation n’a pas été abandonné. En dépit du rôle important du critère ethnique, ce dernier n’était pas devenu exclusif et ne l’emportait pas non plus statistiquement parlant. En Transylvanie, la tendance générale semble aller vers la professionnalisation, malgré un évident penchant pour l’embauche ou la formation des bureaucrates professionnels issus de l’ethnie démographiquement majoritaire et politiquement dominante. De ce point de vue, le cas de la Transylvanie illustre la manière dont l’aspiration de l’autorité centrale à « nationaliser » ethniquement les services de l’État a été tempérée par la nécessité de professionnaliser ces derniers conformément aux standards de l’époque et aux besoins de l’État.

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Bibliographie

Sources

Archives

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Sources imprimées

Presse officielle

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« Decret Nr. 2 despre funcționarea în mod provizoriu a serviciilor publice administrative », Gazeta Oficială publicată de Consiliul Dirigent al Transilvaniei, Banatului și ținuturilor românești din Ungaria (Sibiu, retipărire), vol. I, no 6, 1919, p. 26.

« Decret Nr. 3 referitor la investirea cu drept municipal a orașului cu consiliu Sibiu », Gazeta Oficială publicată de Consiliul Dirigent al Transilvaniei, Banatului și ținuturilor românești din Ungaria (Sibiu, retipărire), vol. I, no 6, 1919, p. 26-27.

« Decret Nr. 4 pentru stabilirea unor denumiri românești la administrație și justiție », Gazeta Oficială publicată de Consiliul Dirigent al Transilvaniei, Banatului și ținuturilor românești din Ungaria (Sibiu, retipărire), vol. I, no 7-12, 1919, p. 9-10.

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Notes

1 Tout au long de cette étude, nous ferons référence à la « Transylvanie » dans l’acception restreinte du terme, qui englobe exclusivement le territoire correspondant à l’ancienne Grande Principauté, annexée politiquement à la Hongrie entre 1866 et 1918.

2 Sélectif : I. Agrigoroaiei, 1998-1999, p. 59-76 ; M. Guțan, 2005, p. 251-263 ; G. Calcan, 2010, p. 25-27.

3 Sélectif : J. Fodor, 2016 ; B. Nagy, 2018 ; C. Szabó, 2018 ; B. L. Balogh, 2020.

4 L. Leuștean, 2003, p. 126-130.

5 G. Egry, 2019, p. 33-43. Voir aussi : id., 2017, p. 959-982 ; id., 2020, p. 4-31.

6 Archives nationales historiques centrales de Roumanie à Bucarest (désormais ANHCR), Fonds du ministère de l’Intérieur (FMI), inventaire 331, dossiers : 90, 98, 100, 106, 124, 126, 143, 152, 162, 163, 169, 173, 191, 193, 195, 199, 209, 211, 345, 221, 226, 472. Nous remercierons nos collègues A. F. Sora, O. Iudean, E. Gál et C. Horváth pour l’aide prêtée dans la collecte et la systématisation de l’information. En raison du manque d’autres références, tous les calculs statistiques de la présente étude s’appuient sur cette série de données.

7 Sélectivement : « Se cere tablou… », 1923, p. 163 ; « Să se înainteze… », 1924, p. 47.

8 Magyarország tiszti czím- és névtára, 1884-1918.

9 Les analyses ont été réalisées par le politologue Székely István Gergő, que les auteurs remercient pour son soutien et ses retours analytiques.

10 Le premier préteur (szolgabiró, prim-pretor) était le fonctionnaire chargé de l’administration d’un arrondissement (subdivision administrative d’un département/comitat).

11 T. Parsons, 1939, p. 457-467 ; H. L. Wilensky, 1964, p. 137-158 ; M. Weber, 2008 [1976], p. 164-166 ; C. E. McClelland, 1985, p. 247 ; A. Vári, 2010, p. 153.

12 M. Burrage, 1988, p. 64-65.

13 H. Siegrist, 1988, p. 22 ; id., 2004, p. 69-77.

14 S. Marton, 2014, p. 267-280.

15 Loi no I/1883 relative à la qualification professionnelle des fonctionnaires publics, in J. Pál & S. Ferenczi, 2020, p. 141-153.

16 Loi no XX/1900 relative aux cours administratifs communaux, in J. Pál & S. Ferenczi, 2020, p. 269-270.

17 La professionnalisation des politiques a été aussi problématique. Voir A. Cieger, 2010, p. 131-150.

18 Voir J. Pál & S. Ferenczi, 2020, p. 43-59.

19 « Decret Nr. 1 », 1919, p. 25-26 ; « Decret Nr. 2 », 1919, p. 26 ; « Decret Nr. 3 », 1919, p. 26-27 ; « Decret Nr. 4 », 1919, p. 9-10.

20 « Normativ », 1919, p. 1-8.

21 « Normativ », 1919, art. 8.

22 Sur la question du serment officiel, voir J. Bavouzet, 2020.

23 « Normativ », 1919, art. 21-22, 47-48.

24 « Normativ », 1919, art. 11, 31, 39.

25 F. Sas & A. F. Sora, 2019, p. 11-52.

26 « Legea nr. 95/1925 », p. 6886-6890.

27 ANHCR, FMI, inv. 313, dossier 100, f. 6.

28 I. Földi, 2001, p. 20-66, présente l’évolution de l’institution dans un comitat.

29 G. Egry, 2010, p. 95 ; M.-O. Groza, 2016, p. 131-140. Voir aussi J. Pál, 2018, p. 62-98, particulièrement p. 83.

30 Étant donné que le tableau des fonctionnaires n’inclut pas l’affiliation confessionnelle, et prenant en compte le haut niveau de détail ethnique, il est très probable que les quelques Juifs mentionnés ont été catégorisés de cette manière uniquement sur la base de leur ethnicité, et non sur la base de leur religion mosaïque. Des statistiques sur les fonctionnaires à différents niveaux ont également été réalisées occasionnellement avant 1918, mais le critère était alors celui de la langue parlée (non de l’ethnie supposée/autoproclamée) et de la dénomination/religion, de sorte que les Juifs ne peuvent être identifiés statistiquement que sur la base de cette dernière (« Vármegyei tisztviselők », 1906, p. 140-143). En outre, en Hongrie avant 1918, en tant qu’expression de la politique d’assimilation culturelle, seuls les citoyens appartenant à la religion mosaïque étaient officiellement considérés comme des Juifs. Dans la Roumanie des années 1920, cependant, l’origine ethnique était considérée comme aussi importante que la confession, donc sa charge idéologique commençait à s’accroître ; les fonctionnaires juifs, en particulier, étaient non seulement des « fonctionnaires minoritaires » (A. F. Sora, 2011a) mais aussi les membres d’un groupe ethnique considéré par excellence comme suspect, parfois même pernicieux.

31 A. Gidó, 2011, p. 120.

32 T. Longaver & V. Popovici, 2018, p. 159-172.

33 J. Pál & V. Popovici, 2020, p. 171.

34 Vu que les variables dépendantes d’intérêt étaient de nature ordinale (le niveau occupé dans l’administration publique, respectivement le niveau de mobilité), nous avons essayé de réaliser aussi des régressions logistiques ordinales. Celles-ci indiquent des résultats similaires. Dans l’étude, nous présentons les résultats des modèles linéaires, car plus faciles à analyser.

35 A. F. Sora, 2011b, p. 174-193.

36 G. Egry, 2020.

37 H. Siegrist, 2004, p. 81-82.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Relation entre la nationalité et le niveau d’études pour les fonctionnaires départementaux en 1925
Légende Note. Éducation primaire : classes I-IV ; éducation secondaire : classes V-VIII ; lycée : classes IX-XII ; instituts et cours de spécialité : toute forme d’éducation post-baccalauréat qui n’était pas sanctionnée par un diplôme universitaire ; éducation universitaire : études universitaires achevées ou en cours.
URL http://journals.openedition.org/histoiremesure/docannexe/image/16741/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 928k
Titre Figure 2. Changements de position administrative en fonction de l’ethnie (1925 vs 1918)
Légende Note. En ce qui concerne le parcours professionnel, la Figure 2 expose la situation par ethnies, avec des indicateurs entre – 2 et 3 qui signalent le nombre de niveaux parcourus vers le haut ou vers le bas de la hiérarchie (différence entre le niveau occupé en 1918 et en 1925). Dans les cas où ce parcours a connu une régression, cet aspect est marqué par des valeurs négatives.
URL http://journals.openedition.org/histoiremesure/docannexe/image/16741/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 332k
Titre Figure 3. Corrélation entre le niveau d’études et la position administrative des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925
URL http://journals.openedition.org/histoiremesure/docannexe/image/16741/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 214k
Titre Figure 4. Expérience dans l’administration et expérience dans la position courante des fonctionnaires départementaux de Transylvanie en 1925, par rapport à la position occupée en 1918
URL http://journals.openedition.org/histoiremesure/docannexe/image/16741/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 345k
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Pour citer cet article

Référence papier

Judit Pál et Vlad Popovici, « Une analyse statistique du personnel de l’administration publique départementale de Transylvanie pendant son intégration administrative au royaume de Roumanie (1918-1925) »Histoire & mesure, XXXVII-2 | 2022, 99-124.

Référence électronique

Judit Pál et Vlad Popovici, « Une analyse statistique du personnel de l’administration publique départementale de Transylvanie pendant son intégration administrative au royaume de Roumanie (1918-1925) »Histoire & mesure [En ligne], XXXVII-2 | 2022, mis en ligne le 01 janvier 2024, consulté le 16 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/histoiremesure/16741 ; DOI : https://doi.org/10.4000/histoiremesure.16741

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Auteurs

Judit Pál

Institut et archives Masaryk de l’Académie tchèque des sciences, Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca. E-mail : paljudit@gmail.com

Vlad Popovici

Institut et archives Masaryk de l’Académie tchèque des sciences, Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca. E-mail : vladutpopovici@yahoo.com

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Droits d’auteur

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