Navigation – Plan du site

AccueilNuméros53DossierVivre et analyser la défaite : le...

Dossier

Vivre et analyser la défaite : le général Gamelin face à la défaite de mai 1940 (1940-1945)

Experiencing and analysing defeat: General Gamelin facing the defeat of May 1940 (1940-1945)
Simon Catros

Résumés

Maurice Gamelin est demeuré dans la mémoire nationale comme le principal, sinon l’unique, responsable de la défaite militaire du printemps 1940. Aucune étude n’a cependant tenté une démarche compréhensive adossée aux abondantes archives personnelles et aux mémoires du général. L’exploitation de cette documentation permet de comprendre les ressorts évolutifs de l’analyse de la défaite par celui qui ne cessa jamais de s’interroger au sujet de ses causes. Le refus de remettre en cause le plan opérationnel qui était son œuvre ne prive pas ses analyses de tout intérêt pour l’historien qui interroge le regard des vaincus.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Maurice Vaïsse (dir.), Mai-Juin 1940. Défaite française, victoire allemande, sous l’œil des histori (...)
  • 2 Maurice Gamelin, Servir, 3 tomes, Paris, Plon, 1946-1947.
  • 3 Yvon Lacaze, La France et Munich, étude d’un processus décisionnel en matière de politique étrangèr (...)

1Couramment qualifiée de plus grand désastre de l’histoire de France, la tragique débâcle du printemps 1940 n’en finit pas d’interpeller historiens et stratèges, comme le prouvent les parutions relativement récentes à ce sujet1. La plupart des historiens n’ont cependant pas interrogé le regard porté par le chef d’état-major de la Défense nationale et commandant en chef des forces terrestres françaises, le général Gamelin, sur cette défaite. Les mémoires publiés par celui-ci au lendemain du conflit2 sont couramment disqualifiés : plaidoyer pro domo, ils sont réputés ne servir que les espoirs de réhabilitation devant l’histoire de leur auteur3. Par extension, l’ensemble de ses écrits et propos post-1940 ont été interprétés sous l’angle d’une autojustification sans distanciation ni réflexivité.

  • 4 Service historique de la Défense (SHD), Fonds Général Maurice Gamelin, GR 1K 224, dossiers 26 et 27 (...)
  • 5 Ainsi, à titre d’exemple, l’on peut signaler que ces mémoires contiennent un compte-rendu d’une réu (...)
  • 6 Maurice Gamelin, Servir, tome 2, op. cit., p. 280.
  • 7 Ibid., p. 204.
  • 8 Ibid., p. 221.

2Or il peut sembler pertinent d’interroger les conceptions du général Gamelin vis-à-vis de la défaite à partir du 15 mai 1940, date à laquelle l’ampleur de la percée de Sedan devint évidente aux yeux du haut commandement français. En effet, un examen attentif de ses mémoires permet de conclure que ceux-ci ne sont pas dénués d’intérêt pour qui veut comprendre les enjeux de la politique de défense de la France avant et pendant la première phase de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Factuellement, les éléments rapportés dans ces mémoires sont adossés avec une grande fidélité aux agendas du général, conservés dans ses archives privées4, et sont généralement recoupés par les archives5. Sur le plan de l’image que le général Gamelin donne de lui, il admet plusieurs erreurs, comme son opinion, très positive, du général Dentz6, son subordonné pendant plusieurs années, ou de Marcel Déat en 19367, l’un et l’autre ayant déçu cette opinion pendant la guerre et l’Occupation. Il reconnaît par ailleurs qu’il appréhendait, à tort, au printemps 1936 que la vague « révolutionnaire » accompagnant la victoire du Front populaire entamât la loyauté d’une partie des sous-officiers8. Évidemment, cela n’empêche pas certaines tournures elliptiques ou omissions – comme lorsqu’il résume le sabotage volontaire des conversations militaires avec les Soviétiques en 1937 :

  • 9 Ibid., p. 287 ; Au sujet des relations militaires franco-soviétiques durant l’Entre-deux-guerres, v (...)

« Quoiqu’il en soit, notre effort pour entrer en relation avec les Soviets, en vue d’établir une convention militaire, demeura sans lendemain9. »

  • 10 SHD, GR 5N 580, Cabinet du ministre de la Guerre, lettre du général Gamelin au ministre de la Défen (...)
  • 11 SHD, GR 27N 3, Grand Quartier général, instruction personnelle et secrète n° 12 du général Gamelin (...)
  • 12 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, Paris, (...)
  • 13 Archives nationales (AN), Fonds Édouard Daladier, 496AP.
  • 14 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit
  • 15 Maurice Ribet, Le procès de Riom, op. cit.

3Notre étude repose donc sur l’exploitation critique des mémoires du général Gamelin, mais surtout sur la documentation antérieure à la Libération qui permet de saisir les appréciations du général relatives aux causes de la défaite et leurs évolutions. Trois types de documents donnent à voir les continuités et les ruptures d’intelligibilité de l’événement dans les analyses du chef déchu. D’abord, le rapport remis par le général Gamelin au ministre de la Défense nationale le 18 mai 194010 et l’instruction personnelle et secrète qu’il délivre au général Georges, commandant du front Nord-Est, le 19 mai 194011 constituent des documents essentiels formant la matrice de ses premières réflexions. L’on peut ensuite considérer les mémoires adressés par le général Gamelin à la cour de Riom, versés au dossier de l’instruction et transmis à ses co-accusés – le chef militaire garda le silence durant les audiences de la cour de justice exceptionnelle, refusant de parler devant l’ennemi12, mais remit aux magistrats instructeurs de nombreux mémoires et documents, notamment en réponse aux accusations formulées par plusieurs témoins, qui se trouvent notamment dans ses archives privées déposées au Service historique de la Défense et dans celles d’Édouard Daladier13. Enfin, le journal de captivité d’Édouard Daladier14 et les souvenirs de son avocat Maurice Ribet sur le procès de Riom15 relatent, l’un et l’autre, divers propos du général Gamelin au cours de sa détention et de son procès.

4L’analyse de la défaite par le général Gamelin est abordée ici en trois temps. À l’été 1940, le général partage des conceptions et des représentations relatives aux causes de la défaite proches, mais distinctes, de celles mises en avant par le gouvernement de Vichy. Par la suite, vient le temps du questionnement et de la réflexion après-coup, qui voit le général Gamelin remettre en cause certains postulats de ses premières interprétations. Enfin, à partir de 1942, il formule une analyse définitive, reprise dans ses mémoires publiés après-guerre, qui, si elle omet le rôle essentiel dans la défaite du plan opérationnel dont il était l’auteur, n’en comprend pas moins un certain nombre d’explications proches de celles formulées par certains de ses contemporains et dont l’historiographie de la fin du XXe siècle a établi le bien-fondé.

Le temps de l’émotion : face à l’effondrement

  • 16 Martin S. Alexander, The Republic in danger. General Maurice Gamelin and the politics of French def (...)
  • 17 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 20-28 mai 1940.

5On analyse ici, dans un premier temps, les textes que le général Gamelin rédigea à partir du moment où la défaite devint une éventualité probable à ses yeux – soit vers le 15 mai 1940 – jusqu’à son internement sur ordre du régime de Vichy. Il faut relever que dans cette période, le général Gamelin semble « sous le choc », même s’il ne se départ pas de son calme habituel16 : les revers de l’armée française, puis l’effondrement qui se dessine, le laissent abasourdi17. Ainsi, il note le 21 mai :

  • 18 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 mai 1940.

« Moi qui ces temps-ci l’ait tant prié, j’avoue ne pas comprendre les desseins de Dieu. Est-ce moi qui ait manqué à mon destin ou mon destin qui m’a manqué ? Tous ceux qui m’ont vu à l’œuvre diront, je pense, que je n’ai pas une minute faibli. Je croyais tant en ma Patrie, j’avais confiance dans l’outil militaire que j’avais formé […] ; j’avais confiance dans mon intelligence, j’allais dire la chance qui m’avait jusqu’ici servi18. »

  • 19 André Beaufre, Le drame de 1940, préface et notes de Nicolas Le Len, Paris, Perrin, 2020 [1965], p. (...)
  • 20 Gabriel Rouquerol, Le 3e Corps d’Armée de Charleroi à la Marne, 1914. Essai de psychologie militair (...)

6À huit jours de distance, le chef déchu ressent ainsi le choc psychologique des premiers revers, qui touche, dès le 13 mai au soir, son premier subordonné le général Georges et ses proches et dont le général Weygand, prenant la tête de l’armée en même temps, semble conscient d’être exempt19 – ces trois généraux illustrant le poids moral des responsabilités qui pèsent sur la psychologie du chef, selon les termes du général Rouquerol20.

  • 21 SHD, GR 5N 580, Cabinet du ministre de la Guerre, lettre du général Gamelin au ministre de la Défen (...)

7Tout d’abord, dès le rapport qu’il remet le 18 mai au ministre de la Défense nationale Édouard Daladier, le général Gamelin écarte le plan opérationnel consistant à entrer en Belgique dès les premières heures de l’attaque allemande comme cause d’une possible défaite21. Ce plan Dyle, dans sa variante Breda, projetait la VIIe armée du général Giraud, jusqu’alors en réserve générale, aux confins de la Belgique et des Pays-Bas. Il souligne la pertinence sur les plans diplomatique et stratégique de ce choix, non sans faire partager subtilement la responsabilité de son adoption au politique :

  • 22 Ibid.

« Aucune hésitation n’est permise. Le plan de manœuvre, dressé par le Haut Commandement Français, correspondant aux vues du gouvernement était le seul à adopter22. »

  • 23 Sur les plans opérationnels de l’armée française en 1939-1940, le lecteur pourra consulter, outre l (...)

8Il précise que la nécessité d’affirmer le prestige national en portant secours à des États neutres agressés, autant que l’intérêt de récupérer dans le camp allié une trentaine de divisions des armées de ces mêmes États, justifiaient le mouvement en avant des forces françaises. De plus, ce mouvement permettait de couvrir largement la capitale française et le bassin houiller en les plaçant hors d’atteinte de l’ennemi. Il relève en outre que les troupes françaises, à la date où il écrit, tiennent le front Nord, y compris la trouée Wavre-Namur où les deux divisions légères mécaniques (DLM) du général Prioux ont rempli leur mission. Cette position, consistant à défendre l’opération Dyle-Breda, plan dont il est l’auteur, est une constante chez le général Gamelin, jusqu’en 1945 et au-delà23.

  • 24 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 et 25 mai 1940.

9En revanche, dans ce rapport, le général pointe plusieurs causes structurelles des revers qu’il dit espérer encore pouvoir redresser. Tout d’abord, il dénonce une conception défensive de la guerre résultant de l’impossibilité pour la France d’entreprendre une offensive avant l’attaque ennemie. Il estime en outre que le démarrage trop tardif et brouillon de l’économie de guerre est à l’origine d’une production militaire insuffisante des usines françaises, avec pour conséquence supposée une nette supériorité de la Wehrmacht sur le plan des chars lourds et des avions. Ses notes personnelles de la dernière décade du mois de mai reviennent par ailleurs à plusieurs reprises sur le manque supposé d’armement, qu’il explique à la fois par la carence et l’appât du gain de certains industriels, la désorganisation du secteur industriel entraînée par les nationalisations et l’absence, en temps de paix, d’un ministère de l’Armement organisant de façon centralisée les industries d’armement24.

10Mais, surtout, il pointe les carences affectant l’entraînement, le moral et le patriotisme de la troupe, entraînant des défaillances marquées d’indiscipline de nombreux corps formés de réservistes :

  • 25 SHD, GR 5N 580, Cabinet du ministre de la Guerre, lettre du général Gamelin au ministre de la Défen (...)

« Le soldat français, le citoyen d’hier, ne croyait pas à la guerre. Sa curiosité ne dépassait pas le cadre de son usine, de son bureau ou de son champ. Porté à critiquer sans cesse tous ceux qui détiennent une parcelle d’autorité, incité, sous prétexte de civilisation, à jouir d’une vie quotidienne facile, le mobilisé d’aujourd’hui n’avait pas reçu, durant les années d’entre deux guerres [sic], l’éducation morale et patriotique qui l’aurait préparé au drame dans lequel allaient se jouer les destinées du Pays. Si, chez beaucoup, le vieil instinct national s’est réveillé, cela n’a pas suffi. Les regrettables actes de pillage dont, en de nombreux points du front, se sont rendu [sic] coupables nos troupes, sont la preuve manifeste de ce laisser-aller et de cette indiscipline25. »

11Gamelin, ici, semble annoncer mezzo voce le discours de Vichy condamnant la décadence de la France après la victoire de 1918, sur fond d’avachissement des mœurs, de renoncement à l’effort s’ajoutant aux vices inhérents au système démocratique.

  • 26 SHD, GR 27N 3, Grand Quartier général, instruction personnelle et secrète n°12 du général Gamelin a (...)
  • 27 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 25 et 28 mai 1940.
  • 28 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 25 mai 1940
  • 29 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 et 25 mai 1940.

12Si le général Gamelin envisage un temps un redressement de la situation militaire, sans cacher ni dans son rapport du 18 mai, ni dans son instruction personnelle et secrète26 que les chances sont minces, son limogeage le 20 mai lui semble aggraver la situation27. Comparant sa situation avec celle de Joffre – « Si en 1914 on avait relevé le Gal Joffre, il n’eut pas gagné la Marne28 » –, il se sent lâché par le gouvernement au plus mauvais moment et déplore que son instruction personnelle et secrète du 19 mai ne soit pas mise à exécution rapidement par son successeur le général Weygand29, privant ainsi les armées françaises d’une nouvelle bataille de la Marne. Le retour d’expérience de la Grande Guerre offre ainsi ses premiers repères au vaincu de mai 1940, ancien chef de cabinet du vainqueur de la Marne, pour rendre intelligible à ses propres yeux l’événement qui s’impose : la défaite.

  • 30 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 mai 1940 ; SHD, Fonds Général Antoine Poyden (...)
  • 31 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 20-21 mai 1940.

13Enfin, ce catholique pratiquant, croyant avéré, quoique discret30, cherche également les origines de la défaite dans la religion. Il regrette que Dieu, qui, selon lui, a toujours favorisé le succès de ses armes, l’ait abandonné31. Par ailleurs, il impute à la nation dans son ensemble, de façon allusive, une décadence morale. Le vocabulaire religieux employé laisse supposer que le général n’est, dans ces jours troublés de l’été 1940, pas loin d’attribuer la défaite à une sanction divine :

  • 32 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 25 mai 1940.

« Au lieu de sortir épurée de la dernière guerre, la France était, suivant l’expression de l’Écriture, retournée à ses vomissements. Faut-il ajouter qu’elle les avait aggravés32 ? »

  • 33 Voir, à ce sujet, par exemple : Jean-Pierre Warnier, Dix ans de bonheur. Un couple bourgeois à l’Âg (...)

14Cette analyse s’inscrit pleinement dans les mentalités des milieux dirigeants catholiques de l’époque33 et n’est pas sans rappeler les lignes tracées par le général Weygand dans un manifeste daté du 28 juin 1940 – sans toutefois partager le caractère polémique et la tonalité franchement réactionnaire de ce dernier texte :

« La vague de matérialisme qui a submergé la France, l’esprit de jouissance et de facilité sont la cause profonde de nos faiblesses et de nos abandons. Il faut revenir au culte et à la pratique d’un idéal résumé dans ces quelques mots : Dieu, Patrie, Famille. »

Le temps du questionnement et de la réflexion : l’instruction du procès de Riom

  • 34 Max Schiavon, Gamelin. La tragédie de l’ambition, op. cit., p. 351.

15La période qui débute en septembre 1940 est marquée par l’internement et la mise en accusation par le tribunal de Riom du général Gamelin34. Alors formellement accusé d’être un des principaux responsables de la défaite, il doit, pour se défendre, en produire une analyse. Si, initialement, il semble mettre en avant des explications proches de celles promues par le régime de Vichy, il évolue très rapidement pour s’orienter vers une réflexion multifactorielle complexe.

16En effet, dans un des mémoires qu’il remet à l’automne 1940 aux juges instructeurs du procès, le général Gamelin avance que les causes de la défaite du printemps 1940 sont avant tout politiques :

  • 35 AN, 496AP/44, « Mémoire n° 2 – Conditions dans laquelle a été déclarée et s’est développée la guerr (...)

« Quelles sont les raisons de ces défaillances, comme des contre-attaques insuffisantes et sans effet ? Quelle est la part du Commandement à certains échelons, des cadres actifs, de complément, ou de la troupe ? Quels sont surtout les motifs profonds et néfastes conséquences de l’internationalisme, de l’antimilitarisme, du Communisme, de tout un ensemble de fautes individuelles ou collectives ? Et même depuis la guerre : esprit de l’intérieur réagissant sur celui des armées, scandales de certaines affectations spéciales ? C’est là le côté politique, et, à mon sens, la cause essentielle. [Passage souligné d’un trait dans la marge et marqué d’un point d’exclamation par Édouard Daladier35.] »

17Ici encore, et à ce stade de la réflexion du général vaincu, la proximité de certaines des causes structurelles de la défaite qu’il pointe avec celles mises en avant par le général Weygand dans son texte du 28 juin 1940 doit être relevée :

  • 36 Manifeste du général Weygand, 28 juin 1940, cité dans : Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement, P (...)

« La lutte des classes a divisé le pays, empêché tout travail profitable, permis toutes les surenchères de la démagogie36. »

  • 37 SHD, GR 1K 224, dossier 36, « Mémoire n°3 – Relatif à des dépositions de Généraux Membres du Consei (...)
  • 38 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit (...)

18Cependant, si, en octobre 1940, le général Gamelin estime que, examinant les causes de la défaite, « sur la plupart des questions on aboutit à une affaire de crédit [budgétaire] ou de sortie de matériels [d’armement]37 », les mois qui suivent sont marqués par une évolution radicale de son opinion à ce sujet. Édouard Daladier, compagnon d’infortune et codétenu du général, relève d’ailleurs l’évolution de la défense de celui-ci : ayant initialement mis en avant le fait que toutes ses demandes en matière de matériels d’armement n’avaient pas été satisfaites, le général Gamelin ne défendait plus ce point de vue à la fin de 194238. Non qu’il se fût aperçu, entre-temps, que ces commandes avaient été, finalement, satisfaites. Mais les informations relatives au matériel dont la Wehrmacht disposait réellement au printemps 1940, loin de la légende vichyste d’une supériorité matérielle écrasante, permettaient de relativiser le rôle de ce facteur dans la défaite. L’ancien président du Conseil attribue, pour sa part, ce revirement à la consultation par l’ancien généralissime des rapports et dépositions des responsables des fabrications d’armement prouvant l’intensité de l’effort de réarmement entrepris par le Front populaire.

  • 39 SHD, GR 1K 224, dossier 36, lettre du général Gamelin au président de la Cour suprême, 1er mars 194 (...)
  • 40 Maurice Ribet, Le procès de Riom, op. cit., p. 277 ; SHD, GR 1K 224, dossier 36, « Mémoire 6. Suite (...)
  • 41 Karl-Heinz Frieser, Blitzkrieg-Legende. Der Westfeldzug 1940, Munich, R. Oldenbourg, « Operationen (...)
  • 42 Maxime Weygand, Mémoires, t. 3, op. cit., « Appendice III – Notes sur la situation des armées franç (...)
  • 43 Alphonse Georges, « Préface », dans Gaston Roton, Années cruciales. La course aux armements (1933-1 (...)
  • 44 SHD, GR 1K 224, dossier 7, « Note du général Gamelin », 7 février 1954.

19En réalité, dès la fin de l’année 1940 et le début de l’année 1941, et au vu de certaines dépositions ou de comptes rendus d’opérations, le général Gamelin remet en cause la doxa selon laquelle les forces terrestres françaises avaient été surclassées sur le plan matériel par la Heer39. Il insiste dès ce moment sur le nombre et la nature des chars allemands, sous-entendant que le haut commandement allemand ne disposait pas d’un outil plus puissant que le haut commandement français40. Il souligne alors, par ailleurs, que seule une partie des divisions allemandes étaient des « divisions d’attaque » capable d’opérations offensives. Dès lors que l’outil militaire allemand était loin de présenter la nette supériorité que lui prêtait Vichy et nombre de généraux français aux dépositions accusatrices, les retards et insuffisances, relatives, du réarmement français ne pouvaient constituer la cause principale de la défaite. Ce faisant, le général Gamelin annonce dès 1941-1942 un trait saillant de l’analyse de la défaite française de 1940 par les historiens des années 1990 et ultérieures41. En effet, si nombre d’officiers vaincus, repris par la propagande de Vichy, diffusèrent la légende des « 7 000 chars allemands » censés expliquer les succès de la Wehrmacht en mai 1940, le général rejette très tôt cette explication. Cette légende, relayée après-guerre par d’anciens hauts responsables de l’armée française – tels le général Georges (qui concourt à sa fabrication dès 194042) et le général Gauché, ancien chef du 2e bureau du grand Quartier-général43 –, suscite encore l’ire du général Gamelin en 195444.

  • 45 Simon Catros, « Le général Gamelin et le renseignement, 1933-1939 », dans Olivier Forcade et Sébast (...)

20On peut déceler dans l’attitude du général Gamelin à partir de 1937, et surtout de 1938, les origines de cette lecture relativement pertinente de la puissance militaire allemande en 1940. À rebours de ses services, tendant systématiquement à la surévaluation, le général Gamelin pointait, en face de ses atouts, les faiblesses de l’outil militaire allemand, soulignant à la fois le fait que les divisions blindées adverses étaient essentiellement composées d’engins légers, très peu blindés, et la faible qualité, selon lui, d’une part significative des divisions d’infanterie de la Heer45.

21Enfin, si le général Gamelin envisage avant tout le désastre du printemps 1940 comme une défaite française, il souligne également, en termes mesurés, la part prise par les armées néerlandaise et belge – sans pour autant critiquer l’armée et les autorités britanniques :

  • 46 SHD, GR 1K 224, dossier 36, « Mémoire 6. Pièce 49 (Suites). Dépositions du Général Keller, ancien i (...)

« À la bataille du 10 Mai 40, les Hollandais ont capitulé presque sans combattre. Les Belges n’ont pas rempli le rôle de couverture de notre mouvement, qui était leur mission initiale46 . »

Le temps de l’analyse définitive : une défaite multifactorielle

  • 47 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit (...)

22À partir de 1942-1943, le général Gamelin formule une analyse de la défaite que ses papiers personnels permettent de définir avec assez de précision, dont il fait part à Édouard Daladier et à Maurice Ribet et que l’on peut qualifier de définitive, dans la mesure où celle-ci se stabilise dans ses mémoires, rédigés pour partie alors qu’il était en détention et publiés au lendemain de la guerre47.

  • 48 Maurice Gamelin, Servir, tome 2, op. cit., p. 219 ; Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) (...)
  • 49 Léon Blum, Mémoires, suivis de À l’échelle humaine, préface de Pierre Birnbaum, Paris, Archipoche, (...)
  • 50 Marc Bloch, L’étrange défaite, Paris, Armand Colin, 1957 [1946], p. 187 et suivantes, notamment p.  (...)
  • 51 Marc Bloch, L’étrange défaite, op. cit., pp. 193.

23La première cause de la défaite, structurelle, lui apparaît être la division de l’opinion publique française et la carence de la « classe moyenne », ou de la « bourgeoisie », accusée de n’avoir pas rempli son rôle de force vive de la société48 – cette accusation se retrouve, au même moment, sous les plumes de Léon Blum49 et de Marc Bloch50. « Le patriotisme [étant] devenu conditionnel » en raison de la polarisation de l’opinion publique entre partisans et adversaires du Front populaire, la société française a été incapable de réagir à la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne, puis à l’agression militaire. Cette conditionnalité du patriotisme résultait également, dans l’esprit du général Gamelin, de la propagande des « "pacifistes", qu’ils soient de gauche ou de droite » – constat partagé par Marc Bloch qui, dans L’étrange défaite, fustige à la fois les revirements de la droite et des communistes d’avant-guerre, les uns et les autres étant alternativement « pacifistes » ou « bellicistes » en fonction du contexte international et de l’adversaire potentiel de l’heure51. Et le général de reprocher : « ce sont eux qui ont fait croire au pays que l’on pouvait "s’entendre" avec l’Allemagne hitlérienne ». Un autre interné de Vichy, Jean Zay, rappelait dans des termes très proches la puissance unanime du pacifisme d’avant-guerre. Se remémorant les jours ayant suivi le 7 mars 1936, il souligne :

  • 52 Jean Zay, Souvenirs et solitude, introduction et notes d’Antoine Prost, Paris, Belin-Humensis, 2017 (...)

« On semblait redouter […] que le gouvernement, par des réactions trop brutales, ne conduisît le pays à la guerre […]. La crainte du conflit fut le sentiment dominant […]52. »

  • 53 Maurice Gamelin, Servir, tome 1 : « Les armées françaises de 1940 », Paris, Plon, 1946, pp. 147-148 (...)
  • 54 SHD, GR 1K 224, dossier 38, note manuscrite sur une feuille de papier déchirée sur le côté inférieu (...)

24Cette lecture « sociologique » des causes de la défaite se retrouve dans la dénonciation du rôle des cadres dans les défaillances de la troupe : rejetant l’explication de la défaite par une carence structurelle de la troupe issue du contingent, le général Gamelin continue de pointer certaines défaillances des unités engagées dans la bataille des Ardennes, mais souligne que celles-ci furent en particulier le fait des chefs53. Le glissement par rapport à l’automne 1940 est complet à la lecture de ce mot manuscrit rédigé probablement entre 1942 et 194654 :

« Je pense qu’au point de vue de l’énergie combattive de la nation, les "pacifistes", qu’ils soient de gauche ou de droite, ont fait plus de mal que le communisme. »

  • 55 Georges Vidal, L’armée française et le communisme. Guerre-révolution, insurrection et enjeu soviéti (...)

25Il est possible de voir dans cette évolution un effet de l’engagement des communistes français dans la Résistance, leur valant, aux yeux de nombre d’officiers, brevet de patriotisme ou, à tout le moins, révision partielle de l’anticommunisme virulent d’avant-guerre55.

  • 56 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit (...)
  • 57 Daniel Feldman, « Ordonner ou convaincre ? Une étude comparée du commandement militaire supérieur p (...)
  • 58 Simon Catros, « Sans vouloir intervenir… Les états-majors généraux français – Armée, Marine, Armée (...)
  • 59 Ségolène Garçon, « Travailler au Grand Quartier général des forces terrestres en 1939-1940 », Revue (...)
  • 60 Maurice Sarrail, Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée par Rémy Porte, Saint-Clo (...)

26Par ailleurs, le général Gamelin explique la percée réussie des Ardennes par les divisions blindées allemandes par un emploi inapproprié des réserves mises à la disposition du commandant du front Nord-Est, le général Georges : il accuse ainsi celui-ci de n’avoir pas fait serrer ses réserves sur le front dès le 10 mai – il est permis de douter que cela aurait eu une influence décisive sur la bataille. Implicitement, il lui reproche également de s’être défaussé de ses responsabilités en confiant au chef du groupe d’armées n° 1, le général Billotte, le commandement de tout le front actif, ce dernier procédant au repli précipité de plusieurs divisions des Ière et IXe armées56. Ces appréciations, pour peu élégantes qu’elle paraissent, s’inscrivent tant dans la complexité des relations entre « grands chefs » au temps de la Seconde Guerre mondiale57, que dans celle, particulièrement accusée, de la relation Gamelin ‑ Georges : le premier ayant défendu le second auprès du ministre de la Défense nationale avant-guerre, l’ayant constamment bien noté et ne doutant pas de sa loyauté, est sans doute déçu de le voir appuyer l’accusation contre lui58 ; les relations entre les deux généraux s’étaient par ailleurs dégradées pendant la Drôle de guerre59. Le précédent du général Sarrail, que Gamelin avait servi au Levant, peut être mentionné : peu après la Grande Guerre, celui-ci procède à un véritable règlement de comptes et accuse certains de ses subordonnés des difficultés rencontrées dans son commandement dans les Balkans60.

  • 61 Martin S. Alexander, « Force de frappe ou feu de paille ? Maurice Gamelin’s Appraisal of Military A (...)
  • 62 Par exemple : Maurice Gamelin, Servir, tome 1, op. cit., 1946, p. 347 ; SHD, GR 1K 224, dossier 38, (...)
  • 63 Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les Français de l’an 40, 2 vol., Paris, Gallimard, « La Suite des temp (...)

27Cependant, ces analyses développées à partir de 1942-1943 demeurent marquées du poids de conceptions et de représentations antérieures à 1939. D’une part, le général Gamelin, qui sous-estimait fortement le rôle de l’aviation dans la bataille avant la guerre61, ne semble toujours pas, en 1942-1943, saisir le rôle tout à fait décisif joué, sur le plan tactique, par la supériorité allemande dans les airs, la faiblesse des moyens de la défense contre avions française et l’articulation de l’aviation allemande avec les autres armes – il ne prend en compte ce facteur essentiel qu’après-guerre62. D’autre part, la confiance manifestée par le général Gamelin dans l’outil militaire qu’il avait largement contribué à forger lui permet, plus rapidement que nombre de ses contemporains, d’écarter l’idée, avancée par Vichy pour accuser le Front populaire, d’une armée française structurellement défaillante, tant sur le plan du moral que du matériel – ici aussi, des historiens bénéficiant d’autres corpus et du recul du temps attesteront cette lecture des événements63.

Conclusion

  • 64 Marc Bloch, L’étrange défaite, op. cit.
  • 65 Léon Blum, À l’échelle humaine, op. cit.

28La compréhension très juste – en tout cas, plus juste que celle qu’en ont ses contemporains – des forces et des faiblesses de la Wehrmacht conduit ainsi le général Gamelin à écarter très vite l’hypothèse d’une infériorité matérielle structurelle de l’armée française – à tout le moins de ses forces terrestres – par rapport à son adversaire. Des réflexions du général Gamelin, dès l’été 1940 et tout au long de la guerre, quant aux origines de la défaite du printemps 1940 ressort finalement une analyse, certes biaisée, par exemple par le penchant à reporter la responsabilité sur son principal subordonné, mais fine, à la fois économique, sociologique et politique des causes de la défaite, dont certains éléments ne sont pas sans rappeler L’étrange défaite de Marc Bloch64, voire À l’échelle humaine de Léon Blum65 – évidemment, dans ce dernier cas, la critique de la bourgeoisie prend toutefois une autre signification.

29L’évolution de ses analyses quant aux causes et aux responsabilités de la défaite résulte de l’évolution du contexte immédiat dans lequel il évolue – documentation progressivement plus abondante, échanges croissants avec ses codétenus permettant d’affiner ou de réorienter ses analyses – mais aussi de la persistance, passé le choc de l’été 1940, d’une lecture critique des renseignements sur la puissance de l’Allemagne et de l’armée allemande, forgée avant la guerre, et, sans doute, de l’évolution du conflit lui-même. Les acquis de l’expérience accumulée avant 1940 – la Grande Guerre, les années trente – jouent de façon successive et différenciée au cours de la période 1940-1944.

  • 66 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit (...)

30La faiblesse majeure de l’analyse du général Gamelin réside dans l’absence totale de remise en cause, ou, à tout le moins, d’analyse critique, de la décision de porter la VIIe armée en pointe en Hollande et, ainsi, de se priver d’une masse de réserve générale articulée. Au terme d’un échange avec le général Gamelin, Édouard Daladier relève le 24 avril 1943 les traits essentiels et la cohérence de l’analyse de son ancien grand subordonné, qu’il semble partager, et conclut de façon laconique : « il n’oublie que la crise de l’intelligence militaire66 ».

Haut de page

Notes

1 Maurice Vaïsse (dir.), Mai-Juin 1940. Défaite française, victoire allemande, sous l’œil des historiens étrangers, Paris, Autrement, « Mémoires », n° 62, 2000 ; Christine Levisse-Touzé (dir.), La Campagne de 1940, Paris, Tallandier, 2001 ; Bruno Chaix, En mai 1940, fallait-il entrer en Belgique ? Décisions stratégiques et plans opérationnels de la campagne de France, Paris, Économica, « Campagnes et stratégies », n° 35, 2005.

2 Maurice Gamelin, Servir, 3 tomes, Paris, Plon, 1946-1947.

3 Yvon Lacaze, La France et Munich, étude d’un processus décisionnel en matière de politique étrangère, Berne/Francfort-sur-le-Main/Paris, Peter Lang, 1992, p. 470 ; Pierre Le Goyet, Le mystère Gamelin, Paris, Presses de la Cité, 1975, p. 12 ; Max Schiavon, Gamelin. La tragédie de l’ambition, Paris, Perrin, 2021, pp. 372-374 ; Frédéric Guelton, « Gamelin, général Maurice (1872-1958) », dans Jean-François Muracciole et Guillaume Piketty, Encyclopédie de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Robert Laffont/Ministère de la Défense, « Bouquins », 2015, p. 488.

4 Service historique de la Défense (SHD), Fonds Général Maurice Gamelin, GR 1K 224, dossiers 26 et 27, agendas.

5 Ainsi, à titre d’exemple, l’on peut signaler que ces mémoires contiennent un compte-rendu d’une réunion officieuse du Haut comité militaire tenue le 21 novembre 1935, fidèle à ses notes personnelles, mais aussi à un compte-rendu officieux – consigne ayant été visiblement donnée de ne pas rédiger de procès-verbal, contrairement à l’usage – figurant aux archives de l’Armée de l’Air. Ce dernier document ayant été découvert récemment, les historiens ne prêtèrent longtemps aucune attention au compte-rendu figurant dans les mémoires du général Gamelin (Références : Maurice Gamelin, Servir, tome 2, « Le prologue du drame (1930-août 1939) », Paris, Plon, 1946, pp. 177-182 ; SHD, AI 1 B 3, Ministère de l’Air et cabinet du ministre, « Séance du Haut Comité Militaire du 21 novembre 1935 », 22 novembre 1935 ; SHD, GR 1K 224, dossier 7, « Réflexions d’une mauvaise nuit au sortir d’un Haut Comité Militaire – Déclaration grave de M. Laval, nuit du 21 au 22 novembre 1935 ».)

6 Maurice Gamelin, Servir, tome 2, op. cit., p. 280.

7 Ibid., p. 204.

8 Ibid., p. 221.

9 Ibid., p. 287 ; Au sujet des relations militaires franco-soviétiques durant l’Entre-deux-guerres, voir : Georges Vidal, Une alliance improbable. L’armée française et la Russie soviétique, 1917-1939, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Histoire », 2015.

10 SHD, GR 5N 580, Cabinet du ministre de la Guerre, lettre du général Gamelin au ministre de la Défense nationale et de la Guerre, n° 1011 Cab/FT, 18 mai 1940.

11 SHD, GR 27N 3, Grand Quartier général, instruction personnelle et secrète n° 12 du général Gamelin aux généraux Vuillemin et Georges, n° 1012 Cab/FT, 19 mai 1940.

12 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, Paris, Calmann-Lévy, 1991, p. 133 ; Maurice Ribet, Le procès de Riom, Paris, Flammarion, 1945, pp. 149-150.

13 Archives nationales (AN), Fonds Édouard Daladier, 496AP.

14 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit.

15 Maurice Ribet, Le procès de Riom, op. cit.

16 Martin S. Alexander, The Republic in danger. General Maurice Gamelin and the politics of French defence, Cambridge, Cambridge UP, 1992, p. 5 ; SHD, GR 1K 224, dossier 7, « Le général Gamelin, mon ami », texte manuscrit rédigé par l’intendant général Zaigue, 29 août 1941, p. 22.

17 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 20-28 mai 1940.

18 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 mai 1940.

19 André Beaufre, Le drame de 1940, préface et notes de Nicolas Le Len, Paris, Perrin, 2020 [1965], p. 305 ; Maxime Weygand, Mémoires, t. 3 : « Rappelé au service », Paris, Flammarion, 1950, p. 86.

20 Gabriel Rouquerol, Le 3e Corps d’Armée de Charleroi à la Marne, 1914. Essai de psychologie militaire, les combattants et le commandement, Paris, Berger-Levrault, 1934, p. XVI.

21 SHD, GR 5N 580, Cabinet du ministre de la Guerre, lettre du général Gamelin au ministre de la Défense nationale et de la Guerre, n° 1011 Cab/FT, 18 mai 1940.

22 Ibid.

23 Sur les plans opérationnels de l’armée française en 1939-1940, le lecteur pourra consulter, outre les ouvrages de référence indiqués dans la première note, cette brève synthèse : Simon Catros, « Plans, stratégies, chefs de guerre (jusqu’au 10 mai 1940). Les chefs en présence (portraits croisés Gamelin, von Manstein) », dans Guillaume Piketty et François Muracciole (dir.), Encyclopédie de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2015, pp. 1011-1013.

24 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 et 25 mai 1940.

25 SHD, GR 5N 580, Cabinet du ministre de la Guerre, lettre du général Gamelin au ministre de la Défense nationale et de la Guerre, n° 1011 Cab/FT, 18 mai 1940.

26 SHD, GR 27N 3, Grand Quartier général, instruction personnelle et secrète n°12 du général Gamelin aux généraux Vuillemin et Georges, n° 1012 Cab/FT, 19 mai 1940.

27 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 25 et 28 mai 1940.

28 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 25 mai 1940

29 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 et 25 mai 1940.

30 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 21 mai 1940 ; SHD, Fonds Général Antoine Poydenot, 1K 608, document tapuscrit « La Seconde Guerre mondiale – Première partie 1939-1940 – Chapitre I – La déclaration de guerre », p. 3.

31 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 20-21 mai 1940.

32 SHD, GR 1K 224, dossier 16, « Notes personnelles », 25 mai 1940.

33 Voir, à ce sujet, par exemple : Jean-Pierre Warnier, Dix ans de bonheur. Un couple bourgeois à l’Âge des extrêmes, Paris, Karthala, « Recherches internationales », 2023.

34 Max Schiavon, Gamelin. La tragédie de l’ambition, op. cit., p. 351.

35 AN, 496AP/44, « Mémoire n° 2 – Conditions dans laquelle a été déclarée et s’est développée la guerre de 1939 », général Gamelin, sans date, mais probablement rédigée à la fin du mois de septembre 1940 ou durant les deux premiers jours d’octobre de la même année, p. 14.

36 Manifeste du général Weygand, 28 juin 1940, cité dans : Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement, Paris, Éditions de la Table ronde, 1948, p. 224.

37 SHD, GR 1K 224, dossier 36, « Mémoire n°3 – Relatif à des dépositions de Généraux Membres du Conseil supérieur de la Guerre (et Commandants d’armée) », général Gamelin, 3 octobre 1940, p. 1 ; Voir aussi : AN, 496AP/44, « Mémoire n° 2 – Conditions dans laquelle a été déclarée et s’est développée la guerre de 1939 », général Gamelin, sans date, mais probablement rédigée à la fin du mois de septembre 1940 ou durant les deux premiers jours d’octobre de la même année, p. 7 ; SHD, GR 1K 224, dossier 36, « Mémoire n° 5 – L’évolution de l’armée française de 1919 à 1939 », général Gamelin, 5 octobre 1940, p. 1.

38 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit., p. 177.

39 SHD, GR 1K 224, dossier 36, lettre du général Gamelin au président de la Cour suprême, 1er mars 1941.

40 Maurice Ribet, Le procès de Riom, op. cit., p. 277 ; SHD, GR 1K 224, dossier 36, « Mémoire 6. Suite à la pièce 49 (Suite à la déposition du Général Keller, ancien Inspecteur des Chars : sa lettre du 12 Décembre) », général Gamelin, 29 décembre 1940, et « Mémoire 6. Pièce 49 (Suites). Dépositions du Général Keller, ancien inspecteur des chars », général Gamelin, 4 octobre 1941 ; SHD, GR 1K 224, dossier 38, « Séances du 31 Mars [1942]. Réflexions » et « La Division cuirassée allemande », notes manuscrites du général Gamelin rédigées le 31 mars 1942 ou les jours suivants.

41 Karl-Heinz Frieser, Blitzkrieg-Legende. Der Westfeldzug 1940, Munich, R. Oldenbourg, « Operationen des Zweiten Weltkrieg », n° 2, 1996.

42 Maxime Weygand, Mémoires, t. 3, op. cit., « Appendice III – Notes sur la situation des armées françaises le 10 mai et le 4 juin établies par le général Georges le 5 août 1940 sur la demande du général Weygand », pp. 567-577.

43 Alphonse Georges, « Préface », dans Gaston Roton, Années cruciales. La course aux armements (1933-1939), la campagne (1939-1940), Paris, Charles Lavauzelle, 1947, p. IX-XIII ; Maurice-Henri Gauché, Le Deuxième bureau au travail (1935-1940), Paris, Amiot-Dumont, 1953, pp. 189-190.

44 SHD, GR 1K 224, dossier 7, « Note du général Gamelin », 7 février 1954.

45 Simon Catros, « Le général Gamelin et le renseignement, 1933-1939 », dans Olivier Forcade et Sébastien-Yves Laurent (dir.), Dans le secret du pouvoir. L’approche française du renseignement, XVIIe-XXIe siècle, Paris, Nouveau Monde éditions, 2019, pp. 117-119 ; SHD, GR 1N 37, Conseil supérieur de la Guerre, « Séance tenue le 15 décembre 1937 par le Conseil supérieur de la Guerre sous la présidence de M. le Ministre de la défense nationale et de la Guerre », p. 7.

46 SHD, GR 1K 224, dossier 36, « Mémoire 6. Pièce 49 (Suites). Dépositions du Général Keller, ancien inspecteur des chars », général Gamelin, 4 octobre 1941.

47 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit., pp. 211 et 229 ; Maurice Ribet, Le procès de Riom, op. cit., pp. 276-278.

48 Maurice Gamelin, Servir, tome 2, op. cit., p. 219 ; Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit., p. 211.

49 Léon Blum, Mémoires, suivis de À l’échelle humaine, préface de Pierre Birnbaum, Paris, Archipoche, 2021 [1945], chapitre 4 d’À l’échelle humaine, pp. 279-292.

50 Marc Bloch, L’étrange défaite, Paris, Armand Colin, 1957 [1946], p. 187 et suivantes, notamment p. 211.

51 Marc Bloch, L’étrange défaite, op. cit., pp. 193.

52 Jean Zay, Souvenirs et solitude, introduction et notes d’Antoine Prost, Paris, Belin-Humensis, 2017 [1945], p. 83.

53 Maurice Gamelin, Servir, tome 1 : « Les armées françaises de 1940 », Paris, Plon, 1946, pp. 147-148 ; Maurice Gamelin, Servir, tome 3 : « La guerre (septembre 1939 ‑ 19 mai 1940) », Paris, Plon, 1947, pp. 401-404 ; Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit., p. 211.

54 SHD, GR 1K 224, dossier 38, note manuscrite sur une feuille de papier déchirée sur le côté inférieur.

55 Georges Vidal, L’armée française et le communisme. Guerre-révolution, insurrection et enjeu soviétique, 1939-1945, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Histoire », 2023.

56 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit., pp. 219 et 229.

57 Daniel Feldman, « Ordonner ou convaincre ? Une étude comparée du commandement militaire supérieur pendant la Seconde Guerre mondiale », thèse de doctorat rédigée sous la direction d’Emmanuel Saint-Fuscien et soutenue en l’EHESS le 12 janvier 2023.

58 Simon Catros, « Sans vouloir intervenir… Les états-majors généraux français – Armée, Marine, Armée de l’Air et Colonies – dans la prise de décision en politique étrangère, 1935-1939 », thèse de doctorat rédigée sous la direction d’Olivier Forcade et soutenue en l’Université Paris-Sorbonne le 28 octobre 2015 ; Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit., pp. 49-50 ; SHD, GR 13 Yd 837, dossier de personnel du général d’armée Alphonse Joseph Georges, notation établie par le général Gamelin en 1935 et 1939.

59 Ségolène Garçon, « Travailler au Grand Quartier général des forces terrestres en 1939-1940 », Revue historique des armées, 2007, n° 248, pp. 71-81.

60 Maurice Sarrail, Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée par Rémy Porte, Saint-Cloud, SOTECA, 2012 [1920], pp. 25, 73-76, 200-203 et 211-214.

61 Martin S. Alexander, « Force de frappe ou feu de paille ? Maurice Gamelin’s Appraisal of Military Aviation before the Blitzkrieg of 1940 », Adaptation de l’arme aérienne aux conflits contemporains et processus d’indépendance des armées de l’air, des origines à la fin de la Seconde guerre mondiale, Paris, Institut d’histoire des conflits contemporains/Service historique de l’Armée de l’Air/Fondation pour les études de défense nationale, 1985, pp. 65-80 ; Paul de Villelume, De Munich à Dantzig. Journal (30 août 1938-18 août 1939), introduction et annotation de Simon Catros, Paris, PUPS, « Mondes contemporains », 2015, p. 40.

62 Par exemple : Maurice Gamelin, Servir, tome 1, op. cit., 1946, p. 347 ; SHD, GR 1K 224, dossier 38, « Le testament de ma pensée », tapuscrit de vingt-deux pages, sans date mais probablement rédigé en 1949, p. 9.

63 Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les Français de l’an 40, 2 vol., Paris, Gallimard, « La Suite des temps », 1990.

64 Marc Bloch, L’étrange défaite, op. cit.

65 Léon Blum, À l’échelle humaine, op. cit.

66 Édouard Daladier (auteur), Jean Daladier (éd.) et Jean Daridan (éd.), Journal de captivité, op. cit., p. 211.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Simon Catros, « Vivre et analyser la défaite : le général Gamelin face à la défaite de mai 1940 (1940-1945) »Histoire Politique [En ligne], 53 | 2024, mis en ligne le 01 novembre 2024, consulté le 11 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/histoirepolitique/19085 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12p0z

Haut de page

Auteur

Simon Catros

Simon Catros est docteur en histoire de l’Europe et des relations internationales de Sorbonne Université, Faculté des Lettres, et partenaire du laboratoire SIRICE (UMR 8138). Sa thèse, récompensée du 1er prix de thèse de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), a été publié aux Presses universitaires de Rennes en 2020 sous le titre : La guerre inéluctable. Les chefs militaires français et la politique étrangère, 1935-1939. Il a édité le journal de Paul de Villelume (De Munich à Dantzig. Journal (30 août 1938 – 18 août 1939), PUPS, 2015) et, avec Jean-Paul Thomas et Jean Vavasseur-Desperriers, les articles de Charles de Gaulle et André Pironneau (« Quarante articles ». Sur la France, l’Allemagne, la guerre, la politique et la scène internationale, 1933-1937, PUR, 2024).

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search