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Santé et nature

Penser les rapports entre santé et nature par-delà les partages

Beyond Divides: Reconsidering the Links between Health and Nature
Pensar la relaciones entre la salud y la naturaleza más allás de los divisiones
Léo Bernard, Matti Leprêtre et Céline Pessis
p. 9-22

Texte intégral

Les auteurs remercient Jean-Paul Gaudillière pour ses remarques attentives et ses suggestions sur cette introduction.

  • 1 Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes, Paris, La Découverte, 1991. Le « Grand Partage » a (...)

1Ce dossier explore les divers usages et rapports à la nature qui s’exercent dans le domaine de la santé. Le sujet évoque spontanément les nombreux courants se réclamant des médecines « naturelles » qui entendent s’opposer, par leurs pratiques, à une médecine jugée artificielle, aride et chimique, car procédant par segmentation du corps humain et reposant sur l’industrialisation de la production des médicaments. Cette association, presque évidente, entre « nature » et « médecines naturelles » s’est manifestée par une variété de travaux qui ont contribué à renouveler la compréhension de phénomènes restés en marge du grand récit triomphal du développement de la médecine moderne. Il n’en reste pas moins qu’elle reconduit en partie un autre récit, forgé par les partisans des médecines naturelles à partir de la fin du xixᵉ siècle : celui d’une séparation, d’une déconnexion entre santé humaine et nature qui s’opérerait dans les sociétés industrialisées et à laquelle certains entendent s’opposer. Cette idée du « Grand Partage » entre nature et culture qu’aurait entraîné l’industrialisation a pourtant, depuis, été critiquée par l’anthropologie des sciences1.

  • 2 Hervé Guillemain et Olivier Faure (dir.), « Pour en finir avec les médecines parallèles : Une histo (...)

2Dans ce sillage, et dans celui des appels à en « finir avec les médecines parallèles2 », l’objectif de ce dossier est d’étudier les rapports entre santé et nature par-delà le cloisonnement qu’engendrent les étiquettes de médecines « alternatives » ou « naturelles ». Il s’inscrit dans une approche historiographique qui reconnaît un pluralisme médical à l’œuvre et le relatif échec de ces séparations binaires à saisir le réel. L’idée de « nature » est ici appréhendée dans toute sa polysémie : non seulement comme une construction sociale aux contours changeants, sans cesse réinvestie de sens nouveaux par les acteurs ; mais aussi comme une catégorie analytique renvoyant à notre environnement et aux acteurs non humains qui le peuplent, et que la médecine mobilise pour soigner. Notre pari est qu’en saisissant cette nature dans sa matérialité – celle d’objets qui circulent au‑delà des frontières entre médecines « parallèles » et dominantes – il devient possible de proposer un récit historique plus complexe des rapports entre la santé humaine et la nature qui nous environne.

Médecines alternatives et médecines naturelles, une association courante

  • 3 Anne Devillard, « L’Allemagne – pays de prédilection pour la médecine alternative. Une vue panorami (...)

3La question des rapports entre santé et nature a donc d’abord été étudiée dans le cadre des travaux sur les médecines dites « parallèles », qui ont contribué à forger une association presque automatique entre médecines « alternatives » et médecines « naturelles ». Mais cette association ne s’est pas mise en place de la même manière et au même rythme selon les pays concernés. C’est en Allemagne, souvent décrite comme la « terre de prédilection3 » des médecines alternatives, que l’association entre médecines parallèles et médecine naturelle (Naturheilkunde) a été tissée initialement, et que, dès les années 1970, les critiques contemporaines de la médecine dominante ont été associées à une exploration des différentes formes de Naturheilkunde qui s’étaient développées en Europe et aux États‑Unis dans le dernier tiers du xixᵉ siècle.

  • 4 Wolfgang R. Krabbe, Gesellschaftsveränderung durch Lebensform, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, (...)
  • 5 Sur le nouveau retour à la nature qui s’opère en Allemagne dans les années 1970, voir Corinna Treit (...)
  • 6 Sur les continuités entre Lebensreform et mouvements alternatifs dans les années 1970, voir Detlef (...)

4Dès cette période et plus encore dans les années 1980, on assiste ainsi à un fort développement des études portant sur l’essor des mouvements en faveur des médecines naturelles (Naturheilbewegungen) dans le cadre de ce qui était à l’époque désigné comme « réforme de la vie », ou Lebensreform – un mouvement culturel qui visait à la transformation du monde par celle du mode de vie individuel4. Réinvention des manières de se soigner, de l’alimentation, développement des randonnées et du sport en plein air : toutes ces pratiques avaient connu un essor intense dans l’Allemagne des années 1870 avec la Lebensreform, et pour les historiens allemands de la période post-1968, il était impossible de ne pas faire le lien entre ce moment historique et le « retour à la nature » qui s’opérait sous leurs yeux, et qui s’accompagnait d’un profond renouveau des médecines « parallèles5 ». Et, de fait, dans bon nombre de ces travaux, l’enquête historienne fait figure de quête des origines pour expliquer la nouvelle sensibilité à la nature qui émergeait dans les années 1970, en même temps que se développait le marché des médecines naturelles, en connexion étroite avec les milieux alternatifs et altermondialistes6.

  • 7 James C. Whorton, Crusaders for Fitness: The History of American Health Reformers, Princeton, Princ (...)
  • 8 James C. Whorton, Nature Cures: The History of Alternative Medicine in America, Oxford, Oxford Univ (...)

5Un mouvement historiographique similaire est en partie perceptible aux États‑Unis, quoique de manière bien moins prononcée qu’en Allemagne, comme l’illustre l’ouvrage fondateur de James  C.  Whorton, Crusaders for Fitness: The History of American Health Reformers (1982)7. L’ouvrage cherche à mettre en évidence les racines historiques des différents courants de médecine « holistique » qui fleurissaient aux Etats-Unis dans les années 1970. L’idée de nature y occupe déjà une place centrale, et l’auteur consacrera ensuite l’association entre médecines alternatives et nature dans Nature Cures: The History of Alternative Medicine in America (2002)8.

  • 9 Catherine Albanese, Nature Religion in America from the Algonkian Indians to the New Age, Chicago, (...)
  • 10 Norman Gevitz, The DOs: Osteopathic Medicine in America, Baltimore, Johns Hopkins University Press, (...)

6Cette association a également été permise par des historiens des religions ayant abordé le sujet des médecines alternatives. Quand Catherine Albanese détaille la « religion de la nature » qu’elle perçoit tant parmi les peuples algonquiens que chez les praticiens du New Age, elle n’oublie pas de relever les nombreux « mouvements médicaux sectaires » reposant sur cette structure métaphysique où « la nature fonctionne comme un absolu qui fonde et oriente la vie9 ». Cependant, la plupart des études portant sur ces médecines – notamment l’hydrothérapie et l’ostéopathie – travaillent davantage l’angle de l’« alternative » que l’idée de nature10.

  • 11 Ivan Illich, Némésis médicale, l’expropriation de la santé, Paris, Seuil, 1975.
  • 12 Ida Bost, Herbaria : Regard d’une ethnologue sur les herboristes en France, de l’instauration du ce (...)
  • 13 Pierre Lieutaghi, Les simples entre nature et société : histoire naturelle et thérapeutique, tradit (...)

7En France, malgré l’importance des critiques portées à la médecine moderne par les réflexions de Michel Foucault et Ivan Illich11, les travaux historiens sur le sujet sont plus tardifs. Les premières enquêtes universitaires sont au départ davantage liées à l’anthropologie, à travers l’ethnobotanique. Le développement de travaux sur les relations entre plantes médicinales et humains accompagne ainsi ce qu’Ida Bost et Carole Brousse ont qualifié de période de relance de l’herboristerie dans les années  1970‑1980, avec notamment la parution des premiers ouvrages de Pierre  Lieutaghi12. Ces travaux ethnobotaniques comportent souvent une forte dimension historique qui les amène à considérer les rapports entre plantes médicinales et sociétés sur le temps long, comme le laisse entendre le sous‑titre de l’un des premiers livres majeurs de Lieutaghi sur le sujet. Au départ catalogue d’une exposition au Muséum national d’Histoire naturelle, le livre se présente ainsi comme une « histoire naturelle et thérapeutique, traditionnelle et actuelle, des plantes médicinales françaises13 ».

  • 14 Olivier Faure, Praticiens, patients et militants de l’homéopathie aux xixe et xxe siècles : Actes d (...)
  • 15 Arnaud Baubérot, Histoire du naturisme : Le mythe du retour à la nature, Rennes, Presses universita (...)
  • 16 Maurice Garden, « Médecine “savante” et médicine “naturelle” en Allemagne (fin xixe-début xxe siècl (...)
  • 17 Detlef Bothe, « Die Homöopathie im Dritten Reich », dans Sigrid Heinze (dir.), Homöopathie 1796–199 (...)

8Il faut en fait attendre les années  1990 et les premières enquêtes d’Olivier  Faure sur l’homéopathie14 pour que l’historiographie française sur les médecines « alternatives » voie véritablement le jour. Mais leur sujet premier n’est pas l’association de ces médecines à l’idée de « nature », comme c’était le cas en Allemagne depuis les années 1970. Une telle association ne s’opère en France que dans les années 2000, avec les travaux d’Arnaud  Baubérot et Sylvain  Villaret sur le naturisme15. De manière significative, l’un des premiers travaux d’historien français associant de manière forte médecines alternatives et nature, publié par Maurice  Garden en  1987, porte sur l’Allemagne et paraît d’abord outre‑Rhin – ce qui s’explique sans doute par l’omnipotence sur place de la catégorie de Naturheilkunde16. De fait, les années  1990-2000 continuent à voir naître en Allemagne une profusion d’ouvrages qui explorent les rapports entre santé et nature au prisme des médecines alternatives17.

9L’un des premiers objectifs de ce numéro est donc de contribuer à atténuer ce déséquilibre en prolongeant les différents travaux sur les médecines naturelles ayant vu le jour en France jusqu’alors.

La fin d’un « Grand Partage »

  • 18 Carsten Timmermann a perçu un engouement historiographique particulier pour les médecines alternati (...)
  • 19 Anne Harrington, Reenchanted Science: Holism in German Culture from Wilhelm II to Hitler, Princeton (...)
  • 20 Léo Bernard, Hippocrate initié. Courants ésotériques et holisme médical en France durant l’entre-de (...)

10Mais il s’agit aussi, ce faisant, de tenir compte des différents apports des travaux récents sur les « médecines alternatives » dans notre compréhension des « médecines naturelles ». Effectivement, le tournant des années  2000 voit émerger de nouveaux travaux mettant en évidence une porosité généralisée entre les catégories de médecine « dominante » et « alternatives18 ». En ce sens, le concept de « holisme médical » a pu être employé avec profit pour désigner un mouvement d’opposition à la médecine de laboratoire qui, durant l’entre-deux-guerres, s’épanouissait tant au sein de la médecine académique que des médecines dites alternatives. Les travaux de Christopher Lawrence, George Weisz ou Carsten Timmermann ont ainsi préfiguré les critiques ultérieures de la notion de « médecine parallèle »19, et la mise en évidence, par Léo Bernard, d’une importance marquée des courants ésotériques au sein de ce mouvement pluriel20. Cette période illustre une dynamique récurrente du dossier : les formes « dominantes » et leurs « alternatives » se constituent dans une relation d’interdépendance, par emprunts, controverses et différenciations réciproques, plutôt que comme deux mondes séparés. 

  • 21 Voir notamment Avi Sharma, We Lived for the Body: Natural Medicine and Public Health in Imperial Ge (...)
  • 22 Wolfgang R. Krabbe, « „Die Weltanschauung der Deutschen Lebensreform-Bewegung ist der Nationalsozia (...)
  • 23 Gerald Schröder, « Die Wiederbelebung der Phytotherapie… », op. cit. ; Roswitha Haug, Die Auswirkun (...)

11Dans ce contexte, l’assignation des remèdes « naturels » aux seules médecines alternatives a également été fortement questionnée. Dans le cas allemand, notamment, une série de travaux ont montré comment certains courants associés à la Naturheilkunde avaient accédé à des formes de reconnaissance institutionnelle dès les années  1920, soit avant l’avènement du nazisme – jusque‑là vu comme un moment de synthèse exceptionnel entre médecines « alternatives » et médecine dominante dans le cadre du Neue Deutsche Heilkunde, et qui faisait donc de l’irruption des médecines « naturelles » dans la médecine dominante une exception historique21. Loin de se cantonner aux marges de l’académie, la nécessité de se soigner « naturellement » a ainsi pu s’imposer dans des espaces centraux de la médecine – jusqu’à devenir une politique d’État sous le nazisme22, où le développement de la phytothérapie fut érigé en priorité nationale23.

12En fait, le récit discontinuiste d’un « Grand Partage » entre la médecine « moderne » et la « nature » est d’abord une création héritée des praticiens des médecines naturelles de la fin du xixᵉ  siècle, et reprise par une partie de l’historiographie. Ces praticiens, qui étaient bien souvent eux‑mêmes en rupture avec la médecine académique, ou extérieurs à celle‑ci, utilisaient la connotation positive nouvelle de l’idée de « nature » qui émergeait avec l’industrialisation pour défendre leurs propres thérapies face à une médecine officielle dont ils se trouvaient exclus.

  • 24 Ferdinand Caunière, Requête de la médecine naturelle à l’Académie des sciences : lue dans sa séance (...)
  • 25 Ibid., p. 9.
  • 26 Ibid. Son image de praticien proche de la nature sera largement rétablie, sous l’impulsion des homé (...)
  • 27 Ferdinand Caunière, La médecine naturelle devant ses juges et l’opinion, Paris, E. Dentu, 1858.
  • 28 Ferdinand Caunière, De la médecine naturelle indo-malgache, considérée surtout du point de vue de l (...)
  • 29 Cosmos : Revue encyclopédique hebdomadaire des progrès des sciences et de leurs applications aux ar (...)
  • 30 La Revue contemporaine, 14e année, 2e série, no 43, 1865, p. 383.
  • 31 Les mondes : Revue hebdomadaire des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie, 3e(...)

13Prenons l’exemple de Ferdinand Caunière, ancien juge de paix à La Réunion devenu négociant, qui comparaît le 16  juillet  1858 devant le tribunal correctionnel de la Seine pour exercice illégal de la médecine. Ce dernier se fait, devant ses juges, le défenseur d’une doctrine médicale qu’il qualifie de « médecine naturelle indo‑malgache » qu’il aurait apprise lors de ses séjours à Madagascar, où il vivait dans l’intimité avec les populations locales24. Fondée uniquement sur l’usage des plantes, elle s’opposerait à une « science officielle » unilatéralement pervertie par l’adoption des remèdes minéraux et chimiques, qui l’aurait conduite à une « dégénérescence rapide25 ». Dans une requête présentée devant l’Académie des sciences, le 24 juin 1861, Caunière fait de Paracelse le « mauvais génie » ayant introduit dans la médecine « l’usage homicide des minéraux » et, plus largement, des remèdes chimiques26. Loin de demeurer marginaux, ses traités – La médecine naturelle devant ses juges et l’opinion (1858)27 ; De la médecine naturelle indo-malgache, considérée surtout du point de vue de la thérapeutique (1862)28 – font l’objet de recensions parfois enthousiastes dans la revue Cosmos (1859)29, puis dans La revue contemporaine (1865)30. Ils donnent lieu à un débat à l’Académie des sciences en 1865, au cours duquel l’abbé Moigno (1804‑1884), vulgarisateur majeur de l’époque, fait l’éloge d’un ouvrage qu’il a « lu deux fois » et auquel il souhaite un « très grand succès », tout en admettant n’être « guère disposé à accepter la responsabilité de la répulsion invincible de l’auteur pour la matière médicale moderne31 ». Cet exemple montre ainsi une structuration précoce, dès la seconde moitié du xixᵉ  siècle, d’un grand récit opposant une médecine occidentale « moderne », jugée artificielle, à la médecine du passé, mais aussi aux médecines des peuples non occidentaux, réputés plus proches de la nature en raison de leur recours à une matière médicale demeurée avant tout végétale.

  • 32 Pour ne citer qu’un exemple, voir notamment Uta Von der Aue, Die Deutsche Hortus-Gesellschaft (1917 (...)

14Ce grand récit – celui du triomphe des remèdes minéraux puis « chimiques » et synthétiques sur les plantes, soit de « l’artificiel » sur le « naturel » – avait, jusqu’à une date récente, été repris tel quel par une partie des travaux académiques sur le sujet, qui ne cachaient parfois pas leur parti pris en faveur des médecines dites « naturelles32 ». Que la césure entre la médecine « occidentale » et la nature soit située chez Paracelse au xviᵉ siècle, ou plus tard, avec la chimie de synthèse aux xixᵉ ou xxᵉ siècles, on la retrouve dans quantité de travaux sur les médecines naturelles qui reprenaient ainsi, sans recul, le discours des acteurs qu’ils étudiaient. Ces grands récits aboutissaient parfois à des résultats contradictoires : d’un côté, la médecine « moderne » était censée s’être éloignée de la nature en privilégiant la chimie depuis le xviᵉ siècle ; de l’autre, les savants médiévaux – qui, dans ce récit, auraient dû être davantage « proches » de la nature – étaient souvent réputés, à tort d’ailleurs, sans pratique empirique, cantonnés à un savoir livresque et donc sans contact avec la nature.

  • 33 Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes, op. cit.

15Dans les pages qui suivent, il s’agira donc de dépasser ce « Grand Partage », expression empruntée à Bruno Latour33 et qui renvoie ici à plusieurs découpages qui ne se superposent pas toujours : d’une part le partage anthropologique nature/culture, discuté par l’histoire et l’anthropologie des sciences ; d’autre part des partitions propres au champ médical (médecine savante, clinique puis de laboratoire, versus médecines qualifiées « d’alternatives » ou « naturelles ») ; enfin, des oppositions historiques entre naturel et industriel, biologique et chimique, plantes et synthèse, qui organisent autant les controverses que les marchés du soin. Nous n’utilisons pas ces partages comme des catégories fixes, mais comme des objets : ils sont construits, disputés, et souvent co-produits par les acteurs des médecines dominantes et de leurs alternatives, dans des configurations historiques marquées aussi par des hiérarchies géopolitiques – notamment entre Nord et Sud – qui tendent à qualifier différemment les pratiques et les savoirs médicaux, en les faisant relever tantôt de l’expertise biomédicale et tantôt de la tradition, de l’expérience ou de la « nature ». En somme, il s’agira de voir comment ces distinctions binaires se brouillent et s’entrecroisent selon les contextes et les pratiques des acteurs qui s’en emparent.

Repenser la relation santé-nature à l’aune de l’histoire environnementale et de la santé environnementale

  • 34 Guillaume Blanc, « L’histoire environnementale : nouveaux problèmes, nouveaux objets et nouvelle hi (...)
  • 35 À ce sujet, Vanessa Heggie a pu proposer un bilan historiographique et des préconisations pour une (...)

16Ce numéro s’inscrit donc pour une part dans le prolongement direct des perspectives mettant fin au « Grand Partage » entre médecine savante – et, plus tard, biomédecine – et médecines « naturelles ». Il y ajoute cependant une dimension matérielle, s’inspirant en cela d’approches développées au croisement de l’histoire environnementale, de la santé environnementale et de l’anthropologie, au cours des dernières décennies. Appréhender la nature uniquement au travers des pratiques médicales qui s’en revendiquent conduit en effet à maintenir la focale sur un certain nombre de courants – naturisme, Naturheilkunde, etc. – et de pratiques médicales – phytothérapie, hydrothérapie, etc. – au détriment, par exemple, de la biomédecine qui se développe au milieu du xxe siècle. Par contraste, le fait de partir de la nature dans sa matérialité, comme l’a fait l’histoire environnementale au cours des décennies écoulées, permet de constater la porosité entre l’ensemble des distinctions binaires évoquées précédemment. Cette approche a aussi animé l’anthropologie et la géographie de la nature, notamment dans le cadre de l’analyse des interactions entre humains et non‑humains34. Dans la mesure où, malgré des proximités évidentes, l’histoire environnementale a largement ignoré la question de la santé35, les articles de ce numéro, dans leur diversité, constituent donc une première proposition de revisiter l’histoire des « médecines naturelles » à l’aune de cette nouvelle approche historique.

  • 36 Virginia Berridge et Martin Gorsky, Environment, Health and History, Londres, Palgrave Macmillan, 2 (...)
  • 37 Fanny Chabrol et Jean-Paul Gaudillière, Introduction à la santé globale, Paris, La Découverte, 2023

17Ce numéro s’inspire également des différents travaux sur la « santé environnementale », qui ont pris leur essor dès les années  1970, en parallèle de ceux sur les « médecines naturelles » – et continuent leur croissance rapide aujourd’hui, à mesure que s’approfondit la crise écologique et son impact sur la santé36. Par leur considération de la dimension environnementale du soin, ces travaux ont déjà conduit à déplacer l’attention vers ce qui constituait la jonction entre santé et nature, au lieu des seules médecines « naturelles ». Le cœur de ces recherches a d’abord consisté à considérer la manière dont l’environnement affecte la santé humaine, en particulier à travers la prise en compte des toxicités, des expositions et des pollutions. Comme l’ont montré Jean‑Paul  Gaudillière et Fanny  Chabrol dans leur Introduction à la santé globale, ces réflexions sur la santé environnementale ont ensuite été prolongées et réimaginées à l’aune de la popularisation des concepts de One Health et Planetary Health37. Ces deux concepts invitent en effet à repenser les interactions entre santé humaine et nature – le premier en considérant les liens entre santé animale, végétale et humaine, le second en saisissant la planète comme un écosystème dont l’équilibre est affecté par les bouleversements engendrés par la crise environnementale. Ils conduisent par exemple à questionner la manière dont la dégradation anthropique des écosystèmes favorise l’émergence de nouvelles zoonoses, et encouragent les historiens à interroger l’historicité des relations entre nature et santé.

18Mais les catégories de One Health et Planetary Health sont jusqu’à présent restées largement discursives et davantage mobilisées par des acteurs du champ de la santé que par les historiens. Par ailleurs, une dimension essentielle de la relation santé-nature semble avoir été négligée dans ces enquêtes, à savoir la manière dont cette relation se transforme à travers les usages de la matière thérapeutique, et plus largement par le biais des pratiques médicales. L’insistance sur la matérialité de la nature exprimée ici conduit donc à déplacer la focale vers les éléments naturels qui sont au cœur du soin.

  • 38 Voir, outre l’article de Jean-Paul Gaudillière dans ce numéro : Alexander von Schwerin, Heiko Stoff (...)

19En considérant la matérialité des agents thérapeutiques et leur circulation à travers les différents mondes médicaux, ce numéro s’inscrit dans une dernière filiation : à savoir la littérature consacrée, dans les sciences sociales de la santé, au rôle des agents biologiques – ces médicaments tirés d’organismes végétaux et animaux – au sein et en dehors de la biomédecine38. Si le cœur de cette littérature n’a jamais porté exclusivement sur la « nature », suivre la circulation des différents agents thérapeutiques dans leur matérialité, à travers les différents mondes du soin, a fait voler en éclats la plupart des frontières trop rigidement dressées entre médecine savante et « médecines alternatives », entre standardisation et « holisme » thérapeutique – montrant notamment comment des organismes non-humains, en premier lieu les plantes et les animaux, ont pu être au cœur de l’industrialisation pharmaceutique.

  • 39 Jean-Paul Gaudillière, « Professional and Industrial Drug Regulation in France and Germany: The Tra (...)
  • 40 Matti Leprêtre, Comment les plantes sont devenues des médicaments naturels. Une histoire transimpér (...)
  • 41 Matti Leprêtre et Lucas Richert (dir.), Roots and Remedies. Medicinal Plants, Empires, and the Indu (...)
  • 42 WHO, « L’OMS accueille le deuxième Sommet mondial visant à promouvoir les données probantes, l’inté (...)

20Ces différents travaux montrent qu’il n’y a pas, d’un côté, une médecine industrielle, séparée de la nature et centrée sur l’usage d’agents thérapeutiques synthétiques, et, de l’autre, des médecines « naturelles » cantonnées à une production artisanale. Non seulement des médecines alternatives ont aussi produit, à l’échelle industrielle, des agents thérapeutiques vendus comme « naturels », mais la « nature » est partout dans l’industrialisation de la pharmacie39. Ainsi, les plantes médicinales furent des composantes fondamentales de la montée en échelle de la production pharmaceutique à partir des années 1880 – comme l’a montré Matti Leprêtre dans sa thèse40. En fait, elles le sont en partie restées jusqu’à aujourd’hui, comme le montrent les différentes contributions réunies par Matti Leprêtre et Lucas Richert dans un volume collectif à paraître, consacré aux trajectoires industrielles des plantes médicinales à l’échelle globale41. C’est d’ailleurs l’une des raisons évoquées par l’Organisation mondiale de la santé pour encourager « l’intégration de la médecine traditionnelle dans les systèmes de santé », puisqu’elle affirme que « toutes les formulations de médecine traditionnelle, ainsi que plus de la moitié des produits pharmaceutiques et biomédicaux, proviennent de ressources naturelles, qui demeurent une source vitale pour la découverte de nouveaux médicaments42 ».

  • 43 Uwe Heyll, Wasser, Fasten, Luft und Licht, op. cit.
  • 44 Paul Carton, « Le système Kneipp », La revue naturiste, novembre 1929, p. 150.
  • 45 Matti Leprêtre, « Paracelsus, His Herbarius, and the Relevance of Medicinal Herbs in His Medical Th (...)

21À l’inverse, les plantes médicinales furent parfois rejetées par certains courants en faveur des médecines « naturelles » de l’Allemagne de la fin du xixᵉ  siècle, au nom d’un « nihilisme thérapeutique » qui s’élevait contre toute médication et préférait la seule exposition au soleil, au vent, à la terre ou à l’eau43. Cette perspective se prolonge aux États-Unis et en France, sous l’impulsion de l’hygiénisme d’Herbert Shelton (1895-1985), voire de la médecine naturiste de Paul Carton (1875-1947), qui voyait dans les plantes médicinales des « médications de grande exception44 », c’est-à-dire à n’utiliser que dans certains cas exceptionnels, la correction de l’alimentation et du mode de vie étant supposée suffire. Mais ces plantes figuraient en bonne place parmi les agents thérapeutiques utilisés par le mouvement éclectique, un courant hétérodoxe de la médecine américaine qui a également fleuri dans la seconde moitié du xixᵉ siècle. Et elles n’étaient pas moins essentielles pour Paracelse, qui, loin de se cantonner aux minéraux, voyait certaines de ces plantes comme étant à la pointe de sa médecine… chimique, désignation qui chez lui renvoie davantage à un mode de préparation lié à l’alchimie qu’à un « Grand Partage » anachronique entre plantes et minéraux, naturel et artificiel45.

Santé et nature : une approche relationnelle

  • 46 Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.

22Comme l’ont montré les travaux d’anthropologie de la nature, les perceptions de ce qui est « naturel » se structurent à travers les interactions entre humains, non‑humains et milieux46. L’un des objectifs de ce numéro est de montrer que le domaine de la santé, parce qu’il touche à l’intime, joue un rôle structurant dans la construction de ce qui est perçu comme « naturel » – et ce autant que les relations à la nature façonnent les pratiques de soin. Sans chercher à définir a priori une sphère des médecines « naturelles », mais en étudiant comment les relations entre santé et nature évoluent au gré des contextes où elles se déploient, les contributions réunies ici – et organisées dans ce dossier suivant un ordre chronologique – s’attachent à investiguer ces évolutions au fil de configurations historiques, géographiques et sociales diversifiées.

23La nature est d’abord un concept, et l’article d’Esteban  Sánchez Oeconomo analyse l’idée de « nature » comme une mise en scène, permettant au Mexique de vanter les richesses de son patrimoine national en plantes médicinales dans le cadre des expositions universelles au tournant du xxᵉ siècle. Il interroge en même temps l’évidence de l’association entre « plantes médicinales » et « nature », ces substances se trouvant tantôt rattachées aux ressources naturelles, tantôt à l’industrie pharmaceutique et chimique dans les classifications qui structurent les expositions. Mais ce concept produit des effets au fur et à mesure de ses appropriations par les différents acteurs des mondes médicaux. L’article d’Alexandra  Hondermarck explore ainsi la façon dont l’idée d’une alimentation « naturelle » structure la pratique du végétarisme dans la France des années  1880‑1930. La contribution, centrée sur les représentations et usages des fruits et légumes, questionne au passage la séparation entre santé et alimentation : dans les perspectives végétaro-naturistes, tout ce que l’on consomme constitue potentiellement un remède ou un mal. L’attention portée à la valeur thérapeutique des différents fruits et légumes se distingue alors par sa précision, notamment chez le Dr Paul Carton. Ce dernier, loin de croire à une nature nécessairement bonne pour la santé, prône des habitudes de consommation sanctionnées par l’expérience et le raisonnement.

24Pour autant, et dans l’optique de ne pas cantonner l’idée de nature à la médecine naturelle ou naturiste, deux contributions s’attardent sur le rôle de la nature dans deux contextes médicaux auxquels cette idée a été bien moins spontanément accolée. L’article de Jean-Paul Gaudillière, déjà évoqué, propose ainsi une relecture historiographique de la place des substances naturelles au sein des recherches de laboratoire. Centré sur les « biologiques », des entités physiologiquement actives transformées en médicament, il appelle à considérer le « holisme industriel » comme un courant structurant de la pharmacie au xxe siècle. Mobilisant également de nouvelles sources, il montre plus généralement que, prise sous l’angle de la matérialité, la nature est omniprésente dans les pratiques industrielles de la pharmacie. Mais elle ne l’est pas moins dans la médecine au tournant entre période médiévale et moderne, dont elle a souvent été réputée absente, comme le montre l’article de Tassanee Alleau, qui explore la place de la nature dans les pratiques empiriques de John Gerard, un apothicaire et jardinier anglais du xvie siècle. En montrant comment sa pratique empirique de la culture et de l’acclimatation des plantes au jardin fonde ses écrits, l’article contribue à nuancer l’idée selon laquelle le savoir de Gerard aurait avant tout été un savoir livresque, déconnecté de tout lien réel à la nature. Dans le même temps, Alleau montre que ce n’est pas tant « la nature » qui se trouve thématisée dans les écrits du jardinier qu’une série de notions connexes qui mettent en scène l’opposition entre sauvage et domestique, étranger et local, et dont l’article questionne la relation à l’idée de nature.

25Cette dialectique se retrouve dans le contexte, bien plus tardif, de Madagascar, où Chanelle  Adams étudie les transformations des perceptions du ravintsara, du xixᵉ  siècle à nos jours. Initialement associée aux cultures de rente introduites et développées sur l’île par les colons, la plante a ensuite été incorporée à la culture locale, où elle est désormais perçue comme endémique. Cette réinvention du ravintsara comme plante malgache est allée de pair avec sa naturalisation, la plante faisant de plus en plus office de remède « naturel », brandi en rempart face aux médicaments synthétiques venus de l’étranger, notamment durant la pandémie de Covid-19 où un remède à base de ravintsara devait servir d’alternative aux vaccins importés. À travers les pratiques médicales, c’est bien une nouvelle idée de la « nature » – et de ce qui est naturel ou ne l’est pas – qui émerge. C’est ce que montrent encore les débats sur la médicalisation de la naissance à la fin du xviiiᵉ siècle, où s’opposent explicitement différentes conceptions de la nature et du corps des femmes, qui l’incarne. En étudiant les déplacements de la notion d’accouchement « contre-nature », l’article d’Elena  Danieli montre le rôle de nouveaux outils de mesure et de l’instrumentation dans l’invention d’une conception mécaniste de l’accouchement, où la nature devient l’objet de corrections nécessaires, mais il éclaire aussi des résistances à ces nouvelles formes d’intervention sur les corps féminins et à cette « dénaturalisation » de l’accouchement.

26En rassemblant ces enquêtes, ce dossier propose une histoire matérielle, située et connectée des relations entre santé et nature. Il nuance les oppositions usuelles entre médecine de laboratoire et médecines « naturelles », met au jour la porosité des frontières entre marges et centre, et articule des échelles qui vont du jardin à l’industrie pharmaceutique, du local au global. En suivant les trajectoires de plantes, de substances et de dispositifs, il donne à voir comment se redessinent, dans le temps long, les façons de soigner et les contours même de ce que nous appelons « nature ».

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Notes

1 Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes, Paris, La Découverte, 1991. Le « Grand Partage » a ensuite trouvé une application dans les études sociales de la santé, notamment à travers les travaux de Jean-Paul Gaudillière : Jean-Paul Gaudillière, « Prioriser les besoins : triage politique versus triage économique au Sud. Une leçon pour le Nord ? », Mouvements, vol. 98, no 2, 2019, p. 142‑154.

2 Hervé Guillemain et Olivier Faure (dir.), « Pour en finir avec les médecines parallèles : Une histoire croisée des médecines alternatives et de la médecine académique (xixe-xxe siècles) », dossier coordonné dans Histoire, médecine et santé, no 14, hiver 2018.

3 Anne Devillard, « L’Allemagne – pays de prédilection pour la médecine alternative. Une vue panoramique », Allemagne d’aujourd’hui, vol. 229, no 3, 2019, p. 73‑78.

4 Wolfgang R. Krabbe, Gesellschaftsveränderung durch Lebensform, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1974 ; Gerald Schröder, « Die Wiederbelebung der Phytotherapie im Zusammenhang mit den Reformbestrebungen der NS-Pharmazeuten », dans Erika Hickel et Gerald Schröder (dir.), Neue Beiträge zur Arzneimittelgeschichte. Festschrift für Wolfgang Schneider zum 70. Geburtstag, Stuttgart, Wissenschaftliche Verlagsanstalt mbH, 1982, p. 111‑128 ; Karl Rothschuh, Naturheilbewegung, Reformbewegung, Alternativbewegung, Stuttgart, Hippokrates Verlag, 1983 ; Uta Von der Aue, Die Deutsche Hortus-Gesellschaft (1917-1943). Neuzeitlicher Heilpflanzenanbau und Förderung der Phytotherapie in Deutschland, thèse de doctorat, Freie Universität Berlin, Berlin, 1983 ; Claudia Huerkamp, « Medizinische Lebensreform im späten 19. Jahrhundert. Die Naturheilbewegung in Deutschland als Protest gegen die naturwissenschaftliche Universitätsmedizin », VSWG: Vierteljahrschrift für Sozial- und Wirtschaftsgeschichte, vol. 73, no 2, 1986, p. 158‑182 ; Gunnar Stollberg, « Die Naturheilvereine im Deutschen Kaiserreich », Archiv für Sozialgeschichte, no 28, 1988, p. 287‑305.

5 Sur le nouveau retour à la nature qui s’opère en Allemagne dans les années 1970, voir Corinna Treitel, Eating Nature in Modern Germany: Food, Agriculture and Environment, c.1870 to 2000, Cambridge, Cambridge University Press, 2017.

6 Sur les continuités entre Lebensreform et mouvements alternatifs dans les années 1970, voir Detlef Siegfried et David Templin (dir.), Lebensreform um 1900 und Alternativmilieu um 1980: Kontinuitäten und Brüche in Milieus der gesellschaftlichen Selbstreflexion im frühen und späten 20. Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2019. Ce sentiment d’un retour à la nature est toujours partagé de nos jours. Il oriente encore, et de façon explicite, des recherches historiques. Cf. Samantha Walton, Everybody Needs Beauty. In Search of the Nature Cure, Londres, Bloomsbury, 2021.

7 James C. Whorton, Crusaders for Fitness: The History of American Health Reformers, Princeton, Princeton University Press, 1982.

8 James C. Whorton, Nature Cures: The History of Alternative Medicine in America, Oxford, Oxford University Press, 2002.

9 Catherine Albanese, Nature Religion in America from the Algonkian Indians to the New Age, Chicago, University of Chicago Press, 1990 ; Id., Reconsidering Nature Religion, Atlanta, Trinity Press International, 2002.

10 Norman Gevitz, The DOs: Osteopathic Medicine in America, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1982 ; Jane B. Donegan, Hydropathic Highway to Health: Women and Water-Cure in Antebellum America, New York, Praeger, 1986 ; Robert C. Fuller, Alternative Medicine and American Religious Life, Oxford, Oxford University Press, 1989.

11 Ivan Illich, Némésis médicale, l’expropriation de la santé, Paris, Seuil, 1975.

12 Ida Bost, Herbaria : Regard d’une ethnologue sur les herboristes en France, de l’instauration du certificat en 1803 à aujourd’hui, thèse de doctorat, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2016 ; Carole Brousse, Ethnobotanique et herboristerie paysanne en France. Anthropologie de la relation des hommes au végétal médicinal (deuxième moitié du xxe siècle - première moitié du xxie siècle), thèse de doctorat, Université d’Aix-Marseille, 2017.

13 Pierre Lieutaghi, Les simples entre nature et société : histoire naturelle et thérapeutique, traditionnelle et actuelle, des plantes médicinales françaises, Forcalquier, Association Études populaires et initiatives, 1983. Cette tradition d’une ethnobotanique nourrie par l’histoire se retrouve dans des travaux plus récents, à l’image de la thèse de Bost qui revient sur les origines de l’herboristerie en France depuis l’instauration du certificat en 1803 : Ida Bost, Herbaria…, op. cit.

14 Olivier Faure, Praticiens, patients et militants de l’homéopathie aux xixe et xxe siècles : Actes du colloque franco-allemand, Lyon, 11-12 octobre 1990, Lyon, éditions Boiron, 1992 ; Id., Et Samuel Hahnemann inventa l’homéopathie. La longue histoire d’une médecine alternative, Paris, Aubier, 2015.

15 Arnaud Baubérot, Histoire du naturisme : Le mythe du retour à la nature, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004 ; Sylvain Villaret, Histoire du naturisme en France depuis le siècle des Lumières, Paris, Vuibert, 2005.

16 Maurice Garden, « Médecine “savante” et médicine “naturelle” en Allemagne (fin xixe-début xxe siècle) : un essai de compréhension d’un conflit par la lecture de la presse corporative et de la littérature de vulgarisation », Jahrbuch / Wissenschaftskolleg zu Berlin, 1986, p. 203‑225.

17 Detlef Bothe, « Die Homöopathie im Dritten Reich », dans Sigrid Heinze (dir.), Homöopathie 1796–1996. Eine Heilkunde und ihre Geschichte, Berlin, Lit. Europe, 1996, p. 81-89 ; Martin Dinges (dir.), Medizinkritische Bewegungen im Deutschen Reich (ca. 1870-ca. 1933), Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1996 ; Robert Jütte, Geschichte der alternativen Medizin: von der Volksmedizin zu den unkonventionellen Therapien von heute, München, C.H. Beck, 1996 ; Michael Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany: A Social History, 1890-1930, Chicago, University of Chicago Press, 2003 ; Uwe Heyll, Wasser, Fasten, Luft und Licht: Die Geschichte der Naturheilkunde in Deutschland, Frankfurt am Main, Campus Verlag, 2006.

18 Carsten Timmermann a perçu un engouement historiographique particulier pour les médecines alternatives à cette période, en lien avec l’essor de l’histoire sociale de la médecine. Toutefois, cette porosité était déjà soulignée par Roger Cooter et d’autres à la fin des années 1980. Voir Roger Cooter (dir.), Studies in the History of Alternative Medicine, Londres, Palgrave Macmillan, 1988; Carsten Timmermann, « Robert Jütte (Editor). Medical Pluralism: Past Present Future. (Medizin, Gesellschaft und Geschichte, 46.) », Isis, vol. 107, no 2, 2019, p. 373.

19 Anne Harrington, Reenchanted Science: Holism in German Culture from Wilhelm II to Hitler, Princeton, Princeton University Press, 1996 ; Christopher Lawrence et George Weisz (dir.), Greater Than the Parts: Holism in Biomedicine, 1920-1950, Oxford, Oxford University Press, 1998 ; Carsten Timmermann, Weimar Medical Culture: Doctors, Healers, and the Crisis of Medicine in Interwar Germany, 1918-1933, thèse de doctorat, University of Manchester, 1999 ; Hervé Guillemain et Olivier Faure (dir.), « Pour en finir avec les médecines parallèles », op. cit.

20 Léo Bernard, Hippocrate initié. Courants ésotériques et holisme médical en France durant l’entre-deux-guerres, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2024.

21 Voir notamment Avi Sharma, We Lived for the Body: Natural Medicine and Public Health in Imperial Germany, DeKalb, Northern Illinois University Press, 2014. Sur le Neue Deutsche Heilkunde, voir notamment Detlef Bothe, Neue deutsche Heilkunde, 1933-1945: dargestellt anhand der Zeitschrift « Hippokrates » und der Entwicklung der volksheilkundlichen Laienbewegung, Husum, Matthiesen, 1991.

22 Wolfgang R. Krabbe, « „Die Weltanschauung der Deutschen Lebensreform-Bewegung ist der Nationalsozialismus“. Zur Gleichschaltung einer Alternativströmung im Dritten Reich », Archiv für Kulturgeschichte, no 71, 1989, p. 431‑462 ; Corinna Treitel, Eating Nature in Modern Germany, op. cit.

23 Gerald Schröder, « Die Wiederbelebung der Phytotherapie… », op. cit. ; Roswitha Haug, Die Auswirkungen der NS-Doktrin auf Homöopathie und Phytotherapie. Eine vergleichende Analyse von einer medizinischen und zwei pharmazeutischen Zeitschriften, thèse de doctorat, Technische Universität Carolo-Wilhelmina zu Braunschweig, 2009 ; Gunther Schenk, Heilpflanzenkunde im Nationalsozialismus: Stand, Entwicklung und Einordnung im Rahmen der Neuen Deutschen Heilkunde, Baden-Baden, Deutscher Wissenschafts-Verlag, 2009 ; Gine Elsner, Heilkräuter, « Volksernährung », Menschenversuche: Ernst Günther Schenck (1904-1998): Eine deutsche Arztkarriere, Hamburg, VSA Verlag, 2010.

24 Ferdinand Caunière, Requête de la médecine naturelle à l’Académie des sciences : lue dans sa séance ordinaire du 24 juin 1861, Paris, E. Dentu, 1861, p. 5.

25 Ibid., p. 9.

26 Ibid. Son image de praticien proche de la nature sera largement rétablie, sous l’impulsion des homéopathes et notamment de René Allendy, par les partisans de la médecine synthétique et néo-hippocratique durant l’entre-deux-guerres.

27 Ferdinand Caunière, La médecine naturelle devant ses juges et l’opinion, Paris, E. Dentu, 1858.

28 Ferdinand Caunière, De la médecine naturelle indo-malgache, considérée surtout du point de vue de la thérapeutique, Paris, E. Dentu, 1862.

29 Cosmos : Revue encyclopédique hebdomadaire des progrès des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie, t. 14, 1859, p. 437 et 457.

30 La Revue contemporaine, 14e année, 2e série, no 43, 1865, p. 383.

31 Les mondes : Revue hebdomadaire des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie, 3e année, t. 7, 1865, p. 233 sq.

32 Pour ne citer qu’un exemple, voir notamment Uta Von der Aue, Die Deutsche Hortus-Gesellschaft (1917-1943), op  cit.

33 Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes, op. cit.

34 Guillaume Blanc, « L’histoire environnementale : nouveaux problèmes, nouveaux objets et nouvelle histoire », dans Guillaume Blanc, Élise Demeulenaere et Wolf Feuerhahn (dir.), Humanités environnementales. Enquêtes et contre-enquêtes, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2017, p. 75‑96 ; Olivier Thiéry et Sophie Houdart, Humains, non-humains. Comment repeupler les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2011 ; Élise Demeulenaere, « L’anthropologie au-delà de l’anthropos : Un récit par les marges de la discipline », dans Guillaume Blanc, Élise Demeulenaere et Wolf Feuerhahn (dir.), Humanités environnementales…, op. cit., p. 43‑73.

35 À ce sujet, Vanessa Heggie a pu proposer un bilan historiographique et des préconisations pour une meilleure collaboration entre histoire environnementale et histoire de la médecine. Cf. Vanessa Heggie, « Medicine in the Field: Growing Connections between Environmental and Medical History », History Compass, vol. 21, no 10, 2023, e12786.

36 Virginia Berridge et Martin Gorsky, Environment, Health and History, Londres, Palgrave Macmillan, 2012. « La crise climatique est une crise sanitaire » : ce constat largement posé a notamment permis à une Commission pan-européenne sur le climat et la santé de voir récemment le jour sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, laquelle reconnaît par ailleurs que « la santé et le bien-être humains dépendent de l’environnement naturel ». Cf. World Health Organisation, « The Climate Crisis is a Health Crisis – and the European Region is in the Hot Seat », 2025, en ligne : <who.int>, consulté le 24 février 2026 ; « Compendium of WHO and other UN guidance on health and environment », 2024, en ligne : <who.int>, consulté le 24 février 2026.

37 Fanny Chabrol et Jean-Paul Gaudillière, Introduction à la santé globale, Paris, La Découverte, 2023.

38 Voir, outre l’article de Jean-Paul Gaudillière dans ce numéro : Alexander von Schwerin, Heiko Stoff et Bettina Wahrig (dir.), Biologics, A History of Agents Made From Living Organisms in the Twentieth Century, Londres, Pickering & Chatto, 2013. Sur la matérialité dans les sciences sociales de la santé, voir également Anne Rasmussen, « Préparer, produire, présenter des agents thérapeutiques. Histoires de l’objet médicament », dans Christian Bonah et Anne Rasmussen (dir.), Histoire et médicament aux xixe et xxe siècles, Paris, Biotem & Éditions Glyphe, 2005, p. 159‑188.

39 Jean-Paul Gaudillière, « Professional and Industrial Drug Regulation in France and Germany: The Trajectories of Plant Extracts », dans Jean-Paul Gaudillière et Volker Hess (dir.), Ways of Regulating Drugs in the 19th and 20th Centuries, Londres, Palgrave Macmillan, 2013, p. 66‑96 ; Jean-Paul Gaudillière, « Une marchandise scientifique ? », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 65, no 1, 2010, p. 89‑120.

40 Matti Leprêtre, Comment les plantes sont devenues des médicaments naturels. Une histoire transimpériale de l’industrialisation de la pharmacie en Allemagne (1880-1945), thèse de doctorat, Paris, École des Hautes Études en Sciences Sociales, 2026. 

41 Matti Leprêtre et Lucas Richert (dir.), Roots and Remedies. Medicinal Plants, Empires, and the Industrialization of Drug Production, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, à paraître. Voir également Geoff Bil et Jaipreet Virdi, « Special Issue Introduction: Colonial Histories of Plant-Based Pharmaceuticals », History of Pharmacy and Pharmaceuticals, vol. 63, no 2, 2022, p. 134‑148.

42 WHO, « L’OMS accueille le deuxième Sommet mondial visant à promouvoir les données probantes, l’intégration et l’innovation en faveur de la médecine traditionnelle », 2025, en ligne : <who.int>, consulté le 24 février 2026.

43 Uwe Heyll, Wasser, Fasten, Luft und Licht, op. cit.

44 Paul Carton, « Le système Kneipp », La revue naturiste, novembre 1929, p. 150.

45 Matti Leprêtre, « Paracelsus, His Herbarius, and the Relevance of Medicinal Herbs in His Medical Thought », Daphnis, no 49, 2021, p. 324‑378 ; Didier Kahn, Le fixe et le volatil. Chimie et alchimie de Paracelse à Lavoisier, Paris, CNRS Éditions, 2016. Sur les effets du « Grand Partage » sur la compréhension de la place des plantes chez Paracelse, voir Matti Leprêtre, « Paracelsus’ Doctrine of Signatures Reconsidered », Journal of the History of Ideas, vol. 87, no 2, 2026.

46 Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.

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Pour citer cet article

Référence papier

Léo Bernard, Matti Leprêtre et Céline Pessis, « Penser les rapports entre santé et nature par-delà les partages »Histoire, médecine et santé, 29 | 2026, 9-22.

Référence électronique

Léo Bernard, Matti Leprêtre et Céline Pessis, « Penser les rapports entre santé et nature par-delà les partages »Histoire, médecine et santé [En ligne], 29 | été 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/hms/10777 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16hu4

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Auteurs

Léo Bernard

Université d’Angers

Articles du même auteur

Matti Leprêtre

Sciences Po Paris/EHESS

Céline Pessis

AgroParisTech

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