La naturalisation des plantes exotiques : provenance naturelle ou artificielle des simples dans l’herbier de John Gerard (1545-1612)
Résumés
Publié à Londres en 1597, The Herball de John Gerard, chirurgien-barbier et surintendant des jardins de Burghley House, se situait à la croisée de la tradition livresque et de la pratique empirique. L’article réexamine l’œuvre à la lumière de ses dimensions éditoriales, horticoles et expérimentales, pour montrer que Gerard ne fut pas un simple compilateur de Rembert Dodoens mais un praticien attentif aux effets des milieux (sols, climats, lieux) sur la complexion et l’efficacité médicinale des plantes. À travers l’adaptation aux terres londoniennes de spécimens exotiques comme le manioc, la smilax ou la patate douce, The Herball révèle comment la pharmacopée anglaise passa d’une économie locale à une échelle mondialisée, articulant observation, circulation et adaptation des plantes.
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Palabras claves:
John Gerard, empirismo, aclimatación, naturalización, plantas medicinales, eficaciaPlan
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- 1 Botaniste flamand qui connaissait une belle fortune grâce à la compilation de toutes ses œuvres dan (...)
- 2 À partir de la version latine publiée à Anvers, qui précéda la parution de son Cruydeboeck, impr. J (...)
- 3 John Gerard parle de hidden virtue des plantes dès son épître dédicatoire : John Gerard, The Herbal (...)
1Publié à Londres en 1597, The Herball, or, Generall Historie of Plantes de John Gerard (1545-1612) fut l’un des herbiers emblématiques de la fin du xviᵉ siècle anglais. Chirurgien-barbier de formation, herboriste (en anglais herbalist, auteur d’un herbal) reconnu et surintendant du jardin de Lord Burghley, Gerard incarnait la figure du praticien autant que celle du compilateur. Son Herball, édité par le libraire-imprimeur John Norton, fut élaboré dans un moment charnière où la botanique anglaise cherchait à articuler la tradition humaniste héritée des textes continentaux et l’observation directe des plantes cultivées dans les jardins. L’ouvrage illustré se présentait comme une traduction augmentée de l’œuvre Stirpium Historiae Pemptades Sex de Rembert Dodoens1, déjà relayée une première fois en anglais par Henry Lyte2, puis retravaillée par Gerard à partir de ses propres expériences horticoles. L’entreprise de Norton, ambitieuse et coûteuse, visait à offrir au lectorat vernaculaire un traité complet sur les secrets thérapeutiques des simples3, les usage esthétiques et économiques des plantes, tout en valorisant le savoir pratique du jardinier anglais.
- 4 Melissa L. Rickman, Making the « Herball »: John Gerard and the Fashioning of an Elizabethan Herbar (...)
- 5 Gerard a été accusé par ses pairs de confondre un grand nombre d’espèces et d’avoir ignoré certaine (...)
- 6 John Gerard et Benjamon Daydon Jackson, A Catalogue of Plants Cultivated in the Garden of John Gera (...)
- 7 Ibid., p. xiv.
- 8 Agnes Arber, Herbals: Their Origin and Evolution, Cambridge, Cambridge University Press, 1986 [1912 (...)
- 9 Lire le chap. XII dans Charles E. Raven, English Naturalists from Neckham to Ray: A Study of the Ma (...)
- 10 Le catalogue a été réédité par Benjamin Daydon Jackson, A Catalogue of Plants Cultivated…, op. cit. (...)
- 11 Melissa L. Rickman, Making the « Herball »…, op. cit., 2011 ; Leah Knight, Of Book and Botany…, op. (...)
- 12 Alix Cooper, Inventing the Indigenous: Local Knowledge and Natural History in Early Modern Europe, (...)
- 13 Action d’introduire une espèce végétale ou animale dans un nouveau milieu (définition du CNRTL, <www.cnrtl.fr/definition/naturalisation>, c</www> (...)
- 14 Amy L. Tigner, Literature and the Renaissance Garden from Elizabeth I to Charles II: England’s Para (...)
2Longtemps, cependant, la postérité savante de Gerard s’est construite autour d’une image réductrice : celle d’un simple compilateur ou, pire, d’un plagiaire. Dans l’historiographie récente4, John Gerard a longtemps été présenté davantage comme un praticien que comme un théoricien5. Différentes études de son œuvre ont été faites depuis le xviie siècle. En 1876, Benjamin Daydon Jackson proposa une version commentée de son Catalogue6, recontextualisant son élaboration et dépeignant l’auteur comme ayant des qualités de jardinier7. Dès le début du xxe siècle, Agnes Arber8 et Charles Raven9 ont insisté sur la dépendance du Herball à l’égard des textes continentaux, minimisant la part d’observation personnelle et d’expérimentation. Selon eux, le véritable apport de John Gerard résidait dans son catalogue des plantes médicinales cultivées dans son jardin privé d’Holborn, premier inventaire du genre en Angleterre, publié en 159610 et amendé régulièrement jusqu’en 1599. Cette lecture, héritée d’une hiérarchie entre science livresque et pratique vernaculaire, a dominé l’historiographie pendant plusieurs décennies. Les travaux récents ont toutefois renouvelé cette perspective. Des études comme celles de Melissa Rickman, Leah Knight ou Sarah Neville11 ont mis en lumière l’importance de l’expérience horticole dans la production de savoirs botaniques à la Renaissance, soulignant combien les herbiers vernaculaires anglais participaient d’une culture empirique du jardin. D’autres, à la croisée de l’histoire environnementale et de l’histoire coloniale, ont replacé ces pratiques dans les circuits globaux de la circulation des plantes, interrogeant le sauvage et le domestiqué, le connu et l’inconnu (Alix Cooper, Samir Boumediene12). Pour affirmer l’importance de son statut en matière de botanique et le rôle décisif des plantes exotiques et rares dans l’horticulture, Gerard s’était fait dessiner son portrait avec une fleur de pomme de terre. La naturalisation13, la transplantation et l’adaptation des cultures étrangères étaient devenues un enjeu prépondérant dans la pratique de Gerard. En 2016, Amy L. Tigner affirme que ce dernier faisait le lien entre adaptation des plantes du Nouveau Monde aux sols anglais et meilleure santé, suivant une vision nationaliste et anti-espagnole14. Dans ce cadre, The Herball apparaît non plus comme une simple synthèse d’autorités, mais comme un espace articulant empirisme, économie du livre et mondialisation de la matière médicale.
- 15 Lire Mark S. R. Jenner et Patrick Wallis (dir.), « The Medical Marketplace », dans Mark S. R. Jenne (...)
- 16 « Exogène » s’oppose à « indigène », que nous reprenons des titres du catalogue de John Gerard en 1 (...)
3L’objectif de cet article est de montrer que The Herball, malgré sa forte dépendance à l’égard de Dodoens, témoigne d’une pratique empirique cohérente et structurée, perceptible à travers les descriptions de Gerard, ses remarques insérées dans le texte et les exemples tirés de son propre jardin. Loin d’être un simple traducteur, le botaniste apparaît comme un observateur attentif, soucieux de manipuler la nature à des fins médicales et de traduire l’expérience du terrain en savoir écrit. Cette approche revêt une portée particulière lorsqu’elle concerne les plantes exotiques (tabac, smilax, patate, aloès ou scille d’Inde). En intégrant ces espèces à son herbier et en les acclimatant dans son jardin, Gerard participa à un mouvement d’expérimentation et de circulation qui transforma la pharmacopée anglaise, en la faisant passer d’une échelle locale à une dimension mondialisée15, faite de plantes exogènes16. Sans rompre avec la tradition humaniste, il déplaçait ainsi le centre de gravité du savoir : du texte vers l’expérience, du livre vers le jardin. Fidèle à la conception galénique d’une nature régulée par la complexion des lieux, Gerard affirmait que les plantes étaient plus efficaces lorsqu’elles croissaient dans leur milieu d’origine. Le jardin, lieu d’artifice, ne pouvait imiter la nature qu’en respectant ses lois, en reproduisant par le travail du sol et le soin des cultures l’équilibre naturel.
4L’article s’organise en trois temps : la première partie revient sur la fabrique du Herball et sur la collaboration entre Norton et Gerard ; la deuxième analyse la pratique empirique du jardinier et sa réflexion sur la nature des lieux (sols, climats, complexions) ; la troisième montre comment la naturalisation d’espèces exotiques (manioc, smilax, patate douce, pomme de terre) fit du jardin de Gerard un laboratoire de la mondialisation naissante des plantes.
Contexte éditorial et conditions de production du Herball : un livre pratique adossé au jardin
- 17 Frank J. Anderson, An Illustrated History of the Herbals, New York, Columbia University Press, 1997 (...)
- 18 William Turner, A New Herball, Parts I, Parts II and III, 1551-1568, partie 1 éditée par Mierdman, (...)
5Avant d’examiner la portée de l’œuvre de Gerard, il convient de rappeler brièvement le contexte dans lequel naquit sa collaboration avec Norton. À la fin du xviᵉ siècle, Londres constituait un centre éditorial et savant en pleine effervescence. Les imprimeurs-libraires, figures centrales de la diffusion du savoir, y occupaient une position stratégique entre les milieux savants et le public lettré. Parmi eux, John Norton, actif entre 1577 et 1612, se distingua comme l’un des éditeurs les plus ambitieux du règne d’Élisabeth Ire. Spécialisé dans les ouvrages de médecine, de sciences naturelles et de théologie, il soutint de nombreuses entreprises d’envergure, destinées à établir une érudition anglaise autonome. Loin de n’être qu’un simple marchand de livres, Norton jouait un rôle d’architecte intellectuel. En effet, il finançait, coordonnait et orientait les projets éditoriaux dans une logique nationale, soucieux d’asseoir le prestige du livre anglais face aux grandes productions continentales. Son investissement dans The Herball témoigne de cette ambition : offrir à un lectorat moins initié que les médecins du sérail universitaire un ouvrage de référence (de 1 482 pages)17, richement illustré et scientifiquement crédible, qui rivalisait avec les herbiers de Dodoens, Charles de l’Écluse ou Leonhart Fuchs, ou encore avec celui de William Turner18, paru en 1568.
- 19 Il n’obtiendra le droit d’exercer au sein de la corporation qu’après des années à Londres en 1608. (...)
- 20 Melissa L. Rickman, Making the « Herball »…, op. cit., 2011, introduction, p. 1.
- 21 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 1181.
- 22 Deborah E. Harkness, The Jewel House: Elizabethan London and the Scientific Revolution, New Haven, (...)
6Pour mener à bien ce projet, Norton fit appel à John Gerard, chirurgien-barbier et herboriste réputé. Né à Nantwich dans le Cheshire en 1545, Gerard s’installa à Londres vers 1569, où il rejoignit tardivement la Compagnie des chirurgiens-barbiers19 (après avoir suivi sept années de formation en tant qu’apprenti à la Barber-Surgeons’ Company d’Alexander Mason20). Sa carrière commença par des voyages dont nous ne savons pas grand-chose, à part une destination proche de la Norvège21. Sa pratique semble avoir été changée par le biais de ces expériences à l’étranger, ce qui fit de lui un personnage relativement connu auprès de la Cour, puisqu’à son retour en 1577, il fut désigné surintendant des jardins de Burghley House, la maison de William Cecil, alors Grand Trésorier de la reine Élisabeth Ire, où il développa une activité d’herborisation et de culture. Cette appartenance au monde des jardiniers et des chirurgiens praticiens, outre le soutien de mécènes, fit de Gerard une figure intermédiaire entre l’artisan et le savant. Il entretenait des échanges réguliers avec les apothicaires londoniens, les collectionneurs de curiosités et les naturalistes de Lime Street22, au sein des réseaux d’échange de graines, de racines et de spécimens venus d’Europe ou des colonies.
7Ce profil hybride expliquait le choix de Norton. En confiant la supervision du Herball à un praticien expérimenté, il assurait à l’ouvrage une légitimité empirique et une proximité avec les pratiques du terrain. Gerard n’était pas un universitaire, mais un homme de métier dont la connaissance des plantes reposait sur la manipulation, la transplantation et l’observation directe. Son rôle dépassa celui d’un simple traducteur ou compilateur : il relut, compléta et réorganisa la matière de Dodoens en l’enrichissant de ses propres notes, d’exemples tirés de son jardin et d’observations issues de ses correspondances. Ce faisant, il contribua à transformer un texte continental en un herbier anglais, à la fois enraciné dans la pratique locale et ouvert sur les circulations mondiales. Cette collaboration donna naissance à un objet singulier : un herbier qui, tout en prenant appui sur les modèles savants du continent, fit entrer les savoirs sur les plantes dans la matérialité des jardins londoniens et dans la culture vernaculaire de l’observation empirique. Les jardins londoniens constituaient alors des lieux d’observation privilégiés où se croisaient des espèces venues d’Asie, d’Afrique ou du Nouveau Monde.
- 23 Lire Jane Whitaker, Gardens for Gloriana: Wealth, Splendour and Design in the Elizabethan Garden, L (...)
- 24 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, A2, fo 1ro de l’épître dédicatoire à Sir William Cecil.
- 25 John Gerard avait en effet copié l’organisation de son ouvrage de celle de L’Obel.
- 26 Notre traduction. Extraits de la lettre intitulée « George Baker, one of his Majesties chiefe Chiru (...)
8Gerard entretenait donc un jardin à Holborn, où il expérimentait la culture d’espèces indigènes et exotiques en collaborant avec apothicaires et médecins londoniens. Cette position en fit un auteur capable d’adosser la compilation à l’épreuve du terrain. John Gerard évoluait au sein d’un réseau composé à la fois de collectionneurs et de mécènes23 qui soutenaient ses activités en échange de son expertise, et d’autres praticiens extérieurs au milieu universitaire, tels que des apothicaires, des collecteurs de plantes et des jardiniers. Gerard était reconnaissant envers ses bienfaiteurs24 et obtint d’ailleurs le patronage du maître chirurgien George Baker (chirurgien de la reine d’Angleterre) et de Matthias de L’Obel25 (surintendant des jardins de Lord Zouche), qui lui reconnurent l’originalité d’être un chirurgien herborisant. Baker y souligna « [...] ses efforts et ses dépenses considérables pour acquérir des connaissances en voyageant partout » et qui « ne se sont pas limités aux plantes locales », étant donné qu’il avait « fait venir des spécimens rares du monde entier, qu’il [avait] ensuite cultivé dans son propre jardin26 ».
9Dans The Herball, les occurrences à la première personne (« I have received rootes/seedes/plants ») signalaient ce point d’ancrage empirique. L’ouvrage offrait donc un prolongement du jardin sous forme de livre. Pour autant, The Herball n’effaçait pas ses dettes textuelles. L’architecture générale – noms latins/grecs et vernaculaires, description morphologique, lieux de culture/récolte, propriétés thérapeutiques – reprit une forme éprouvée par la tradition imprimée, tout en l’articulant à l’expérience d’un jardinier-praticien. Le contexte londonien facilita cette orientation pratique. Les jardins de la capitale, à proximité d’hôpitaux (Savoy, Bridewell) et des circuits marchands, accueillirent des plantes venues d’Asie, d’Afrique et des Amériques. Norton investit lourdement (qualité des images, ampleur du corpus) et fit de The Herball sa seconde entreprise commerciale la plus coûteuse, ce qui confirme l’ambition d’un ouvrage d’autorité vernaculaire capable d’asseoir une botanique anglaise légitime, enrichie par l’observation locale et la circulation des espèces, spécifiquement, venues des Amériques ou d’Asie.
10Tous ces facteurs réunis conditionnèrent l’émergence d’une botanique empirique. The Herball se présente alors, à nos yeux, comme un objet hybride, à la fois livre savant et prolongement du jardin, où la compilation s’articule à l’expérience. Comment l’empirisme y était-il retranscrit ? L’observation concrète des sols, des climats et des milieux, l’attention sensorielle et descriptive participèrent-elles de concert à redéfinir les critères d’efficacité médicinale des plantes ? Gerard songea-t-il à une théorie de l’efficacité médicinale de la plante sauvage opposée à celle de la plante domestiquée ? L’exemple du manioc permet de souligner le résultat de ces nouvelles expérimentations.
Empirisme et « nature des lieux » : observer, transplanter, acclimater
Définition du cadre observé : concepts et vocabulaire dans et en dehors du jardin
- 27 Gianna Pomata et Nancy G. Siraisi, Historia: Empiricism and Erudition in Early Modern Europe, Cambr (...)
11Dans la seconde moitié du xviᵉ siècle, la médecine anglaise des simples s’élabora dans un contexte où les frontières entre théorie et pratique restaient poreuses. Comme nous l’avons vu, John Gerard, formé à la Barber-Surgeons’ Company, s’inscrivait dans cette tradition empirique qui cherchait à concilier l’autorité des textes antiques et la vérification par l’expérience. À travers l’exercice de la conception de l’inventaire académique que fut The Herball, il fit de la manipulation, de la transplantation et de la comparaison des plantes les fondements d’une méthode d’observation. Cette démarche, nourrie de gestes et d’expérimentations, s’appuyait sur ce que Gianna Pomata et Nancy Siraisi ont nommé la « théorie du sensible27 » : un savoir produit par l’attention sensorielle (voir, toucher, goûter) et par l’écriture descriptive (l’historia). Chez Gerard, le savoir ne se formait pas dans le cabinet du théoricien, mais dans les lieux où croissait la nature, dans et en dehors du jardin.
- 28 Mentionné dans le MSS. Record Office James I (domestic.), vol. IX, fo 113, comme cité dans John Ger (...)
- 29 Soit 34,47£ aujourd’hui.
- 30 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 750.
- 31 Ibid., p. 755.
- 32 Ibid., p. 761.
- 33 Ibid., p. 448.
- 34 Lire Jill Husselby et Paula Henderson, « Location, Location, Location! Cecil House in the Strand », (...)
- 35 Lire Charlotte A. Standford, The Building Accounts of the Savoy Hospital, London, 1512-1520, Woodbr (...)
- 36 Janelle Jenstad (dir.), « Savoy Hospital », dans The Map of Early Modern London, édition 7.0, Victo (...)
- 37 Notre traduction. John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, « Of Wilde Time », chap. 164, p. 457.
- 38 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, « Of Mountaine Parsley », chap. 382, p. 864.
- 39 Ariane Forot Rabatel, Du végétatif au végétal, l’essor de l’intérêt pour la plante à la fin du Moye (...)
- 40 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 711.
12C’est grâce à son érudition de jardinier, reconnue par ses pairs, que Gerard devint Junior Warden of the Barber-Surgeons en 1597 ou 1598, un grade avant celui de Master. Il fut payé en tant que chirurgien-herboriste en novembre 160228 quelque five shillings of lawfull money of England29, et reçut l’honneur d’un terrain à jardiner à l’est de la maison de Somerset sur le Strand, en échange de ses compétences utiles à la Couronne. Il parvint à y consacrer du temps pour transplanter des spécimens venus des Pays-Bas30, des abords plus méditerranéens31, des hauteurs alpestres telles qu’en Ligurie ou en Autriche32 et des milieux marécageux pour lesquels il lui fallait adapter spécialement le sol33. Le jardin se présentait alors comme un laboratoire d’adaptation. Sur le Strand londonien34, à proximité du Savoy Hospital35 et du Bridewell Hospital36, Gerard entretenait un jardin médicinal pour Lord Burghley, où il multipliait les essais d’acclimatation. Ces nombreuses études de plantes exotiques lui servaient, en fait, à légitimer et à démontrer l’efficacité de cette nouvelle pharmacopée. Certaines variétés sauvages de plantes étaient décrites par des superlatifs : « Cette grande plante sauvage ne rampe pas comme les autres […]. Elle pousse sur les rochers et est plus chaude que toutes les autres37 ». Dans le cas des plantes natives des montagnes, certaines étaient considérées comme plus efficaces que leurs variétés dites « communes ». C’est le cas du persil des montagnes qui, selon une vision galénique, avait de plus grandes facultés et était plus actif (more effectuall)38. Selon le botaniste, et dans la ligne de la pensée médicale ancienne et médiévale39, la diversité des sols et des climats n’apportait pas seulement une altération de la forme des plantes, mais transformait radicalement les qualités humorales et les vertus médicinales des plantes, soit en bien, soit en mal40.
- 41 Ibid., A2, fo 1ro de l’épître dédicatoire à Sir William Cecil.
- 42 Ibid., fo 1vo.
- 43 Ibid.
- 44 Ibid., p. 159.
- 45 Albertus Magnus (Albert Le Grand), De natura locorum, Vienne, Alantse, 1514. Le De natura locorum ( (...)
13Comme il le mentionne dès l’épître dédicatoire, Gerard considérait qu’il était impossible de copier parfaitement la nature dans le jardin, à tel point qu’aucun apothicaire ne pouvait imiter correctement les vertus naturelles des plantes, qu’il s’agisse de leurs parfums (odours) ou de leur goût (taste)41. Gerard mentionnait la « nature des plantes42 » comme conception d’une physiologie, qui comportait à la fois leur tempérament, leur taille, leurs propriétés, leurs effets et humeurs (affects), leur croissance ou dégénérescence, leur fleurissement et leur flétrissement, les variétés de chaque plante et les variations de leurs qualités43. Le corps était par ailleurs vu comme une chose à cultiver, comme un jardin, si l’on ne voulait pas finir par le « decheoir de [sa] forme & vertu44 ». L’influence de la nature des lieux sur la complexion humorale des plantes était une théorie ancienne, beaucoup débattue dès le xiiie siècle, alors que l’intérêt pour des plantes médicinales étrangères émergeait et qu’un marché mondial s’instaurait au xve siècle. Selon Albert le Grand (Albertus Magnus), le climat avait plutôt à voir avec la nature des lieux45, et des plantes étrangères étaient déjà introduites et naturalisées dans des jardins. Pour John Gerard, le milieu (place) de chaque plante déterminait sa complexion, sa vitalité et, en fin de compte, son efficacité médicinale.
- 46 Lire Alexis Metzger, Le climat au prisme des sciences humaines et sociales, Versailles, Quae, 2021, (...)
- 47 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 779.
14Gerard employait à de nombreuses reprises les termes grounde et soile pour désigner la diversité des terres, weather46 et climate pour évoquer les variations atmosphériques, ainsi que native et strange pour opposer plantes locales et exotiques. Dans son herbier, l’Angleterre apparaissait comme un pays au climat froid, aux hivers humides et aux étés inconstants, qui altérait la vigueur de certaines espèces méridionales. Le cas du melon (Pepo indicus47), que Gerard jugeait étranger au sol anglais, illustrait cette idée : cultivé dans une terre trop grasse ou sous un ciel trop frais, le fruit perdait sa saveur et provoquait des troubles digestifs. Les contraintes des milieux ont pu quelquefois entretenir l’idée de déterminismes ancrés qui transformaient les pratiques et les usages, notamment horticoles, agricoles et médicinaux.
- 48 Dans l’œuvre de Théophraste (env. 371-288 av. J.-C.), entre autres. Lire Théophraste, Recherches su (...)
- 49 Lire Amy L. Tigner, op. cit., 2016.
- 50 On trouve environ 626 fois le terme garden dans l’herbier de Rembert Dodoens, A Niewe Herball, or, (...)
- 51 « Plants are oftentimes found to be like one another, which notwithstanding are prooved to be the s (...)
- 52 Ibid., p. 514.
- 53 Ibid., p. 657.
15Cette attention au milieu allait de pair avec une terminologie classificatoire qui, depuis l’Antiquité, distinguait le sauvage du domestiqué48. Gerard opposait fréquemment les termes wilde ou naturall – désignant les plantes poussant sans l’aide de l’homme – à tame et artificiall, qui renvoyaient à celles acclimatées ou modifiées par la culture. Ces distinctions, omniprésentes dans The Herball, ne traduisaient pas une opposition entre nature et culture49, encore moins entre Anglais et étrangers, mais exprimaient un degré d’intervention humaine. Le mot wilde apparaissait plus d’un millier de fois50, souvent associé à garden, terme qui signalait la domestication d’une espèce. La classification latine reprenait ces nuances par les termes domestica et exotica, soulignant que le critère principal n’était pas l’origine géographique, mais le mode de croissance. Parmi les tempéraments relevés par type de lieu, nous trouvons généralement une même complexion chaude et sèche pour les lieux sauvages (wilde, untoiled), les plantes exotiques venant d’Amérique du Sud (West Indies), des lieux montagneux, des lieux ensoleillés ou des pays chauds (Espagne ou Italie). À l’opposé, le tempérament des plantes croissant en milieux humides (moist, wet) était froid et sec, comme la plupart de celles des Indes orientales. Les lieux étrangers (stranger) à l’Angleterre pouvaient donner une complexion froide et humide aux plantes. Cette explication par la complexion autorisait peut-être Gerard à formuler une hypothèse sur la cause naturelle qui rendait une transplantation difficile en Angleterre. Il constatait que ce qui différenciait les plantes entre elles, c’étaient les conditions climatiques et les variations de sols51. Outre ces généralités, il opposait également les plantes cultivées dans des espaces anthropisés aux plantes poussant en des lieux non cultivés par l’homme, ce qui selon lui, laissait mieux circuler l’air : « untoiled places that lie open to the air52 ». Le mot untoiled, pour « non cultivé », était utilisé une vingtaine de fois dans l’herbier, pour signifier des lieux sauvages où croissaient quelques plantes. Les lieux évoqués comme plus sauvages donnaient l’occasion, pour Gerard, d’observer les plantes dans leur maturité naturelle (naturall ripenes)53.
Un exemple d’expérimentation : le manioc
- 54 Ibid., p. 1359.
- 55 Ibid.
16Parmi les échantillons végétaux étudiés sur le vif par Gerard, le cas du manioc (qu’il appelait yucca ou cassave) illustre avec précision la dimension expérimentale de sa démarche. Obtenue par l’intermédiaire de son apothicaire d’Exeter, Thomas Edwards, la plante provenait des « îles des Cannibales », selon ses propres mots, c’est-à-dire des Caraïbes54. Si Gerard en connaissait d’abord les propriétés par les récits des auteurs continentaux, il entreprit surtout d’en vérifier les effets par l’observation directe. Il en fit croître plusieurs spécimens dans son jardin londonien, où ils prospérèrent pendant plusieurs années sans toutefois produire ni tiges ni fleurs, demeurant verts jusqu’à l’hiver malgré le climat froid55.
- 56 Ibid.
- 57 Ibid.
17Cette expérience personnelle donna lieu à une description détaillée du tubercule : gros, épais, noueux, plein de suc, d’un goût légèrement sucré mais d’une qualité pernicieuse56, qui témoigne d’une attention sensorielle et empirique rare pour un texte de cette nature. Gerard notait que la racine, d’une complexion chaude et sèche au premier degré, pouvait être salubre à condition d’en extraire le poison57. Racine exotique par excellence, utile pour fabriquer du pain, elle était tout de même considérée comme échauffant le corps (donc stimulant la digestion et dissolvant les humeurs froides) et par conséquent utile pour réduire l’humidité corporelle excessive. Dans le contexte de l’approvisionnement colonial, cette complexion humorale correspondait aux stéréotypes qu’avaient les Européens sur les peuples amérindiens. Une forme d’altérité exotique était reconnue au manioc, tandis qu’un avertissement sur ses qualités vénéneuses était tout de même inséré. Il fallait s’adonner à une préparation très méticuleuse du tubercule pour le consommer. L’action de sa domestication, puis de sa transformation en farine, le faisait échapper à la catégorie des poisons. Par cette observation, Gerard transformait une curiosité coloniale en véritable expérience scientifique. Le manioc devenait un instrument d’analyse. En le cultivant sous un climat anglais, il testait la possibilité d’une acclimatation partielle et observait comment le lieu, le sol et l’air modifiaient les propriétés d’une espèce venue d’ailleurs. Ce geste, modeste en apparence, illustrait l’un des principes centraux de son Herball qui était de comprendre la nature en la manipulant, et d’évaluer l’efficacité médicinale d’une plante à travers les conditions concrètes de sa croissance.
- 58 Lire Thomas Harriot, A Briefe and True Report of the New Found Land of Virginia, Londres, imp. par (...)
- 59 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 1108.
18Dans cet environnement, la variation des sols et des climats devint un instrument de réflexion savante58. Gerard constatait que les plantes venues d’Espagne ou d’Italie, d’une complexion chaude et sèche, perdaient leur puissance dans le froid anglais (cold climate)59, tandis que certaines espèces montagnardes, adaptées à des terres pauvres et à l’air vif, y gagnaient en vigueur. À l’inverse, les plantes des Indes orientales, humides par nature, se révélaient trop froides pour prospérer. Il en déduisait qu’une plante transplantée hors de son milieu d’origine voyait ses qualités transformées : non seulement sa forme, mais aussi sa complexion humorale. Cette conception liait étroitement géographie et médecine. L’efficacité d’un remède dépendait du lieu où la plante avait poussé.
- 60 Philippe Hoffmann, « Climat et environnement chez les philosophes grecs de l’époque classique », da (...)
- 61 Ibid., p. 34.
- 62 Ibid., p. 77.
- 63 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 151-152.
19L’influence du climat sur les saveurs ou les vertus était une notion fondamentale dans la pensée aristotélicienne60. Les plantes subissaient ainsi les conditions climatiques localisées dans la zone inférieure dite sublunaire, comme le disait Aristote61. En dépit de ces considérations atmosphériques, ce qui changeait le plus radicalement (littéralement, au niveau des racines) la complexion des végétaux était avant tout le « milieu », puisque l’élément dominant des plantes était la terre62. Depuis des générations, et comme le reprenait Gerard, les vins étaient de meilleure efficacité s’ils venaient de contrées chaudes, tandis que les climats froids les rendaient crus et faibles. Néanmoins, il existait une production anglaise saine et sûre, ouvrant à la possibilité de l’acclimatation des végétaux63.
20Ainsi, dans The Herball, le lien entre climat, sol et efficacité médicinale traduisait la conviction que les qualités thérapeutiques des plantes provenaient autant de leur complexion que du lieu où elles s’enracinaient. Un milieu trop dissemblable à celui des Anglais pouvait expliquer l’échec commercial de certaines plantes ou leur nocivité. Des cas concrets tels que la pomme de terre, la patate douce ou la salsepareille nous éclairent à ce sujet.
Le jardin comme laboratoire : la naturalisation des savoirs sur les plantes exotiques
21Dans la seconde moitié du xvie siècle, l’introduction de plantes venues d’Asie, d’Afrique ou des Amériques transforma les pratiques botaniques européennes. Tandis que les naturalistes s’interrogeaient sur la capacité des espèces à s’adapter pour entrer dans la pharmacopée européenne, John Gerard expérimentait lui-même ces contraintes dans son jardin, observant comment le sol, le climat et la latitude influaient sur la croissance et l’efficacité médicinale des plantes. Parallèlement, l’exploration des « nouvelles terres », perçues comme vierges et sauvages, nourrissait sa réflexion sur la puissance thérapeutique des spécimens américains. Fallait-il se méfier des nouvelles ressources végétales ?
- 64 Dans le West End actuel de Londres.
22À Londres, son jardin incarnait bien cette dynamique d’expérimentation où le végétal devenait un objet d’échange, de circulation et d’adaptation. Sous le patronage de Lord Burghley, Gerard transforma ses espaces cultivés (surtout depuis le jardin de sa maison de Holborn64) en véritables laboratoires naturalistes. Il y observa les effets du climat anglais sur des espèces exotiques, nota réussites et échecs, et en déduisit l’esquisse des lois de l’acclimatation botanique. Ces expérimentations firent du jardin un lieu de convergence entre l’expérience locale et la mondialisation naissante des pharmacopées.
La smilax : comparer les climats, mesurer les vertus
- 65 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 711.
- 66 Ibid., p. 723.
23Parmi les espèces étrangères que Gerard mentionna dans The Herball, la smilax, ou zarzaparrilla, lui offrit un terrain privilégié d’observation et de comparaison. Dès le milieu du xvie siècle, cette racine, importée d’Espagne puis du Nouveau Monde, avait suscité un vif intérêt dans la médecine européenne, notamment pour ses vertus purgatives et dépuratives. Gerard distingua soigneusement deux variétés principales : la Smilax aspera d’Europe méridionale et celle des Indes occidentales, rapportée des Amériques. Cette distinction ne reposait pas seulement sur la morphologie, mais sur une différence de complexion65, c’est-à-dire sur la relation entre la plante et le milieu dans lequel elle croissait (la température, l’humidité et la nature du sol66).
- 67 Ibid.
24Dans la perspective humorale héritée d’Hippocrate et de Galien, la qualité médicinale d’un simple dépendait en effet de l’équilibre entre ses humeurs internes et celles du climat où il se développait. Gerard remarquait que la racine de smilax américaine, issue d’un climat chaud et sec, possédait une vertu purgative plus puissante que ses homologues d’Espagne, d’Afrique67 ou d’Italie. Le lieu d’origine semblait ainsi intensifier la force du remède. L’efficacité du végétal ne résultait pas d’une essence fixe, mais de la correspondance entre plante et environnement. La chaleur des Indes occidentales, transmise de l’air au sol jusqu’à la racine, expliquait ses propriétés médicinales accrues.
25Cette interprétation, à la fois empirique et théorique, illustrait l’articulation que Gerard cherchait à établir entre les savoirs anciens et l’observation directe. Elle s’expliquait aussi par le contexte de la fascination européenne pour les drogues du Nouveau Monde, perçues à la fois comme puissantes et comme mystérieuses. La zarzaparrilla, mais aussi d’autres plantes, telles que la racine de méchoacan (qu’il tenta sans succès d’acclimater à Londres en 1596, le climat humide ayant fait pourrir les tubercules), incarnaient cette double attraction : l’admiration pour un remède exotique et la difficulté à en maîtriser la culture sous des latitudes tempérées, justifiant par là (mais, pas toujours) sa rareté, sa préciosité, ou bien son efficacité.
- 68 Andrew Wear, Knowledge and Practice in English Medicine, 1550-1680, Cambridge, Cambridge University (...)
26Comparée aux drogues d’Orient telles que la scammonée ou la rhubarbe, la smilax était redéfinie comme une variante spécifiquement américaine, supérieure à ses équivalents européens, notamment les bryones locales. Gerard accorda à la variété américaine une supériorité empirique, fondée non sur la rareté du remède mais sur la preuve de son efficacité, et confirmée par la pratique. L’inconnu ou l’étranger, dont il ne savait pas grand-chose, de son aveu propre, pouvaient-ils rendre un remède désirable ? Il rendait certainement le remède plus coûteux, ce que les tenants du localisme critiquaient ouvertement68.
- 69 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 77.
- 70 Ibid., p. 273.
- 71 Notre traduction. John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 286. Lire aussi Jennifer Munroe, Ge (...)
27Dans la lignée des naturalistes européens qui avaient intégré des plantes exotiques à leurs herbiers, Gerard développait à leur égard une approche relativement ouverte, qu’il s’efforçait d’adapter au contexte anglais. Rembert Dodoens mentionnait déjà quelques espèces américaines (la tomate, par exemple), tout comme Charles de L’Écluse, collecteur de raretés botaniques venues des colonies ibériques, ou encore Nicolas Monardes et Garcia da Orta, auteurs de traités médicaux sur les plantes du Nouveau Monde et de l’Inde orientale entre 1565 et 1580. À l’exception notable du maïs, qu’il jugeait indigeste et sans valeur nutritive, tout juste bon pour les cochons69, cette réception n’était pas du tout marquée par le soupçon médical ou culturel qui avait émergé plus tard, face aux ressources et aux remèdes coloniaux. Quelques plantes exotiques dont il ne savait pas grand-chose, telle que la merveille du Pérou (jalap), pouvaient être estimées comme des raretés pour leur beauté et la douceur de leurs fleurs70. Le tabac du Pérou était très prisé des femmes qui souhaitaient établir leur statut social, car il insinuait que « ce qui venait de loin et qui était luxueux était mieux pour les dames71 ».
Adaptations : les cas des pommes de terre et patates douces
- 72 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, épître dédicatoire.
- 73 Ibid.
- 74 John Gerard, Ibid., p. 780.
28Sous la supervision de Gerard, les jardins de Lord Burghley étaient « ornés de nombreuses plantes rares » et exotiques que l’herboriste s’attacha à connaître « en près de vingt ans [consacrés] à cette étude » sous le patronage du conseiller au Trésor de la reine72. Il se vantait d’avoir « apporté de nombreux types d’herbes et de fleurs de divers endroits pour enrichir cette noble île » et d’avoir « travaillé le sol pour qu’il convienne aux plantes73 », les adaptant autant que possible au climat anglais74. Ces expériences, souvent menées à Holborn comme à Burghley House, révélaient la conscience aiguë que Gerard avait des contraintes naturelles du milieu. Les échecs de culture – tels ceux du Melocactus azureus ou des patates douces (potatoes), pourries avant la fin de l’hiver – signalaient les limites de son terrain d’expérimentation, mais aussi la richesse de son observation empirique.
- 75 Ibid.
- 76 Ibid., p. 782.
- 77 Patrick Rousselle, Daniel Ellisseche et Françoise Rousselle, « La pomme de terre », Les Cahiers d’O (...)
- 78 Sur la question des hybridations de nom, on peut lire un passage du chapitre d’Alexandra Cook, « Pl (...)
- 79 Ibid.
29Les plus curieuses de ces expériences furent celles qu’il consacra aux différentes « battatas ». Gerard réussit à s’en procurer auprès du Royal Exchange de Londres75, haut lieu du commerce (et du marché médical mondial) où circulaient graines et tubercules venus des colonies. Il y distingua deux espèces : la Batata virginiana, qu’il disait venue de Virginie et qu’il nomma English potatoes of America or Virginia76 (correspondant aux tubercules rapportés vers 1586 de Virginie, peut-être par Sir Walter Raleigh, obtenus par le commerce ou par le pillage des Anglais sur les navires espagnols77), et la Batata Indica ou patate du Pérou. Cette nomenclature, inédite, relevait à la fois de l’identification botanique et d’une entreprise de naturalisation. En baptisant le tubercule « patate anglaise », Gerard cherchait à inscrire la plante étrangère dans le patrimoine végétal du royaume. Le nom faisait passer la pomme de terre du statut d’exotique au statut de tubercule domestique, du sauvage au cultivé, de l’étranger au familier78. Les noms vernaculaires utilisés par Gerard, ou par d’autres anglais, reflétaient un lien probable entre l’incorporation de ressources végétales américaines et l’accaparement de terres amérindiennes79.
- 80 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 780.
30L’observation du terrain montra toutefois combien cette acclimatation demeurait fragile. Les patates douces, cultivées dans les régions chaudes d’Inde, de Barbarie ou d’Espagne, ne supportèrent pas le climat froid et humide de Londres80. Gerard en tira une réflexion sur la nature des lieux : la croissance des plantes dépendait à la fois de la température, de la qualité du sol et de la complexion du milieu. Dans la logique humorale qu’il héritait d’Hippocrate et de Galien, les patates douces, de complexion chaude et sèche, perdaient une partie de leurs vertus sous un ciel tempéré, tandis que la pomme de terre virginienne s’adaptait mieux au sol anglais, preuve que la nature pouvait être reproduite, mais non imitée parfaitement.
- 81 Valeria Finucci, « “There’s the Rub”: Searching for Sexual Remedies in the New World », Journal of (...)
- 82 Lire à ce sujet : Roya Biggie, « Displacement’s Botanical Roots: The Racial Rhetoric of Transplanta (...)
31Gerard, pourtant, n’envisageait pas ces échecs comme des fautes, mais comme des formes d’apprentissage empirique. Il décrivait les patates douces comme pleines de bons nutriments, base de pâtisseries et de mets réconfortants, capables de fortifier le corps et de provoquer des envies de luxure (lust). Leur complexion chaude et sèche en faisait, selon lui, un remède utile et très demandé81 contre la mélancolie froide et les troubles de la fertilité. Bien que le côté aphrodisiaque soit retenu, notamment à cause de sa provenance des régions chaudes, l’acclimatation servait ici d’acculturation, processus par lequel quelqu’un assimile un élément d’une culture étrangère à sa propre culture82.
- 83 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 711.
- 84 Jennifer Evans, Men’s Sexual Health in Early Modern England, Amsterdam, Amsterdam University Press, (...)
32De la même manière qu’il l’avait fait pour la zarzaparrilla du Pérou, Gerard rapprochait ces racines du répertoire connu (panais, asphodèle), intégrant ainsi l’exotique dans une logique médicale et conforme à la morale anglaise83. De fait, si les tubercules apportaient une envie de luxure à leurs consommateurs, ils étaient prescrits dans le cadre d’une médecine portée sur la reproduction84. L’échec de l’acclimatation des patates douces n’en était donc pas vraiment un, car dans son discours sur cette racine, on comprenait qu’il fallait s’en procurer par d’autres moyens que par sa transplantation. En effet, selon Gerard, par leurs qualités, les patates douces renforçaient et confortaient la nature, c’est-à-dire le tempérament du corps. Aucun effet diabolique ne se dissimulait dans ces racines aux yeux de Gerard.
- 85 Nicolas Monardes, Joyfull Newes out of the Newe Founde Worlde, trad. John Frampton, Londres, imprim (...)
- 86 Nicolas Monardes, Ibid., 1577, fo 39vo.
- 87 Ibid., f o 104ro.
- 88 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 780.
- 89 Notre traduction. Harold J. Cook, « Good Advice and Little Medicine: The Professional Authority of (...)
33Chez de nombreux auteurs de l’époque moderne, les études ont montré qu’il existait une volonté de s’approprier les usages des plantes exotiques et de les adapter aux usages européens, idoines en théorie à la pratique de médecins ou apothicaires chrétiens. Tel fut le cas chez Nicolas Monardes85, traduit en anglais dès 1577 par John Frampton, qui décrivit les effets d’herbes hallucinogènes sur le désir et les appétits sexuels (delection, and pleasure)86, sans toutefois associer la patate douce à la luxure87. De plus, la patate douce était une nourriture si commune chez les Espagnols, les Italiens et les « Indiens » décrits par Gerard, qu’il n’était pas possible de douter de leur bonté intrinsèque : nourrissantes, fortifiantes, réconfortantes, bien qu’un peu flatulentes88. Ce discours, rassurant, pragmatique, au sujet de la provenance exotique d’une plante, tranche avec la représentation que certains se faisaient de cette arrivée de nouveaux remèdes sur le marché médical londonien, répondant aux intérêts économiques de la Couronne et d’une élite de plus en plus tournée vers une pharmacopée exotique89.
Conclusion
34The Herball, paru en 1597, était un livre hybride. Influencé par les gestes empiriques du praticien-jardinier qu’il fut, John Gerard recourait aux autorités continentales, qu’il refaçonnait selon son idée des plantes médicinales. Relu à la lumière du contexte éditorial porté par John Norton et des expérimentations horticoles de Gerard, l’ouvrage ne se laisse ainsi plus réduire à une simple compilation de Dodoens. Il matérialise, au contraire, une épistémologie de terrain où l’observation, la transplantation et la comparaison fondaient la validité du savoir, et où la nature des lieux (sols, climats, milieux) constituait la condition d’intelligibilité des vertus médicinales des plantes.
- 90 Liza Picard, Elizabeth’s London: Everyday Life in Elizabethan London, St. Martin’s Press, 2014, p. (...)
35Ce déplacement du texte vers le jardin n’impliqua pas de rupture nette et proclamée avec la tradition humaniste et antique, mais plutôt une forme de longue continuité, agrémentée de nouvelles conceptions botaniques nées de l’empirisme. Gerard demeura fidèle aux cadres galéniques (complexion, sympathies et antipathies) tout en les éprouvant au contact des plantes. Les jardins dont s’occupait Gerard, avant tout laboratoires, avant d’être des lieux d’agrément, avaient de grandes chances d’être constitués de fleurs et d’herbes sauvages, indigènes ou exotiques plutôt que de variétés hybrides soigneusement ordonnées90. Les cas du manioc (yucca/cassave), de la smilax (zarzaparrilla) et des « battatas » (pomme de terre, patate douce) ont montré comment l’acclimatation, réussie ou non, servait de méthode : décrire, mesurer, comparer, puis conclure sur l’efficacité relative des simples selon leur enracinement. Ainsi, une même espèce changeait de complexion sous d’autres latitudes ; la puissance purgative de la smilax américaine, l’inégale vigueur des tubercules en Angleterre ou l’exigence de préparation du manioc dessinent un portrait de l’expérimentation de Gerard confrontée aux sources et témoignages écrits ou rapportés.
36Le jardin londonien devint, ce faisant, un laboratoire du monde à l’échelle vernaculaire : interface entre circulation coloniale des semences et mise à l’épreuve locale des remèdes. En naturalisant des plantes exotiques par la culture, mais aussi par le langage (nomenclatures, équivalences, analogies), Gerard contribua à faire passer la pharmacopée d’un horizon essentiellement local à une économie élargie des simples, par ajustements successifs et preuves situées. The Herball enregistre ce mouvement : celui d’un savoir imprimé qui prolongeait le geste horticole et en fixait les résultats.
37La contribution de cet article est double. D’une part, il a permis de réévaluer The Herball comme un témoignage d’empirisme structuré. Nous y voyons là un livre pratique qui articule autorité textuelle et indices sensoriels, classification et description de la nature des lieux. D’autre part, il montre que la présence des spécimens exotiques n’est pas qu’un ornement érudit ou un simple objet de collection, mais un outil épistémologique et heuristique (pour produire, tester, organiser et valider le savoir botanique et médical) : l’altérité végétale servait ici à mesurer les limites du milieu anglais, à requalifier l’efficacité des simples, et, ce faisant, à étendre progressivement la portée de la matière médicale au-delà du local, sans jamais rompre avec ses fondements vernaculaires.
38Au croisement de plusieurs lieux communs – le jardin et l’imprimé, le laboratoire et l’encyclopédie –, The Herball apparaît enfin comme l’œuvre d’un botaniste attentif à la manière dont les plantes changeaient de nature lors du changement de milieu.
39À travers ce travail d’observation, de traduction et d’acclimatation, Gerard poursuivait, sans le formuler explicitement, un possible double objectif de légitimation : premièrement, affirmer la valeur des savoirs vernaculaires anglais (dont les siens) face à la prééminence des textes universitaires, et des auteurs espagnols et français dans le champ botanique et médical (avec la concurrence éditoriale que nous avons mentionnée plus haut) ; et deuxièmement, inscrire cette entreprise de connaissance dans le prolongement des ambitions coloniales et économiques du royaume, où l’extension des savoirs sur les plantes allait de pair avec l’enrichissement des marchands, apothicaires et intermédiaires des nouveaux marchés médicaux modernes.
Notes
1 Botaniste flamand qui connaissait une belle fortune grâce à la compilation de toutes ses œuvres dans le Stirpium Historiae Pemptades Sex : Rembert Dodoens, Stirpium Historiae Pemptades Sex, Antverpiae, Ex officina Christophori Plantini, 1583. Thomas Johnson publia en 1633 une édition de l’œuvre de John Gerard, accompagnée d’une lettre aux lecteurs qui interpellait sur l’origine de ce traité sur les plantes : John Gerard, Thomas Johnson, Robert Davies, John Norton et Adam Islip, The Herball, or, Generall Historie of Plantes, impr. Adam Islip, John Norton et Richard Whitakers, 1636, « To the reader », 22 octobre 1633, lettre aux lecteurs de Thomas Johnson.
2 À partir de la version latine publiée à Anvers, qui précéda la parution de son Cruydeboeck, impr. Jean Loë, 1557.
3 John Gerard parle de hidden virtue des plantes dès son épître dédicatoire : John Gerard, The Herball, or, Generall Historie of Plantes, Londres, John Norton, 1597, « To the right honorable […] », A2, fo 1ro de l’épître dédicatoire à Sir William Cecil.
4 Melissa L. Rickman, Making the « Herball »: John Gerard and the Fashioning of an Elizabethan Herbarist, thèse de doctorat, Norman, université d’Oklahoma, 2011 ; Leah Knight, Of Books and Botany in Early Modern England: Sixteenth-Century Plants and Print Culture, Londres, Routledge, 2016., p. xi-xvi.
5 Gerard a été accusé par ses pairs de confondre un grand nombre d’espèces et d’avoir ignoré certaines corrections émises par Rembert Dodoens.
6 John Gerard et Benjamon Daydon Jackson, A Catalogue of Plants Cultivated in the Garden of John Gerard, in the Years 1596-1599, Londres, imp. à titre privé, 1876.
7 Ibid., p. xiv.
8 Agnes Arber, Herbals: Their Origin and Evolution, Cambridge, Cambridge University Press, 1986 [1912], p. 108-113.
9 Lire le chap. XII dans Charles E. Raven, English Naturalists from Neckham to Ray: A Study of the Making of the Modern World, Cambridge, Cambridge University Press, 1945 [1947] [réédité en 2010]. Lire aussi Sarah Neville, « Authors and the Printed English Herbal », dans Sarah Neville (dir.), Early Modern Herbals and the Book Trade: English Stationers and the Commodification of Botany, Cambridge University Press, 2022, p. 237-262.
10 Le catalogue a été réédité par Benjamin Daydon Jackson, A Catalogue of Plants Cultivated…, op. cit., 1876.
11 Melissa L. Rickman, Making the « Herball »…, op. cit., 2011 ; Leah Knight, Of Book and Botany…, op. cit., 2016 ; Sarah Neville, « Authors and the Printed English Herball… », art. cit., 2022, p. 205-262.
12 Alix Cooper, Inventing the Indigenous: Local Knowledge and Natural History in Early Modern Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 2009, p. 22 ; Samir Boumediene, La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750), Vaulx-en-Velin, Les Éditions des mondes à faire, 2016, p. 21.
13 Action d’introduire une espèce végétale ou animale dans un nouveau milieu (définition du CNRTL, <www.cnrtl.fr/definition/naturalisation>, consultée le 11/02/2026).
14 Amy L. Tigner, Literature and the Renaissance Garden from Elizabeth I to Charles II: England’s Paradise, Londres, Routledge, 2016, p. 177.
15 Lire Mark S. R. Jenner et Patrick Wallis (dir.), « The Medical Marketplace », dans Mark S. R. Jenner et Patrick Wallis, Medicine and the Market in England and Its Colonies, c. 1450–c. 1850, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2007, p. 1-23.
16 « Exogène » s’oppose à « indigène », que nous reprenons des titres du catalogue de John Gerard en 1596 (Catalogus arborum, fruticum ac plantarum tam indigenarum, quam exoticarum in horto Johannis Gerardi nascentium, Londini, ex officina R. Robinson) et de Matthias de L’Obel en 1591 (Icones stirpium, seu Plantarum tam exoticarum quam indigenarum: in gratiam rei herbariae studiosorum in duas partes digestae […], Antverpiae, ex Officina Plantiniana, apud Viduam et Ioannem Moretum).
17 Frank J. Anderson, An Illustrated History of the Herbals, New York, Columbia University Press, 1997, p. 222.
18 William Turner, A New Herball, Parts I, Parts II and III, 1551-1568, partie 1 éditée par Mierdman, Londres, 1551, partie 2 et partie 3 par Birckman, Cologne, 1562.
19 Il n’obtiendra le droit d’exercer au sein de la corporation qu’après des années à Londres en 1608. Lire John Gerard et Benjamin Daydon Jackson, A Catalogue of Plants…, op. cit., 1876.
20 Melissa L. Rickman, Making the « Herball »…, op. cit., 2011, introduction, p. 1.
21 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 1181.
22 Deborah E. Harkness, The Jewel House: Elizabethan London and the Scientific Revolution, New Haven, Yale University Press, 2007.
23 Lire Jane Whitaker, Gardens for Gloriana: Wealth, Splendour and Design in the Elizabethan Garden, Londres, Bloomsbury Publishing, 2019, p. 166.
24 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, A2, fo 1ro de l’épître dédicatoire à Sir William Cecil.
25 John Gerard avait en effet copié l’organisation de son ouvrage de celle de L’Obel.
26 Notre traduction. Extraits de la lettre intitulée « George Baker, one of his Majesties chiefe Chirurgions in ordinarie, and M. of the Chirurgions of the cities of London, to the Reader », non paginée, placée au début du livre John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597.
27 Gianna Pomata et Nancy G. Siraisi, Historia: Empiricism and Erudition in Early Modern Europe, Cambridge, MIT Press, 2005, p. 4.
28 Mentionné dans le MSS. Record Office James I (domestic.), vol. IX, fo 113, comme cité dans John Gerard et Benjamin Jackson Daydon, op. cit., 1876. Cette série est consultable ici : « Secretaries of State: State Papers Domestic, James I », 1603, The National Archives, Kew, SP 14, <discovery.nationalarchives.gov.uk/details/r/C13556> (consulté le 11 février 2026).
29 Soit 34,47£ aujourd’hui.
30 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 750.
31 Ibid., p. 755.
32 Ibid., p. 761.
33 Ibid., p. 448.
34 Lire Jill Husselby et Paula Henderson, « Location, Location, Location! Cecil House in the Strand », Architectural History, no 45, 2002, p. 159-193.
35 Lire Charlotte A. Standford, The Building Accounts of the Savoy Hospital, London, 1512-1520, Woodbridge, Boydell Press, 2015 et Rotha M. Clay, The Mediaeval Hospitals of England, Londres, Routledge, 2013.
36 Janelle Jenstad (dir.), « Savoy Hospital », dans The Map of Early Modern London, édition 7.0, Victoria, University of Victoria, 2022 : <mapoflondon.uvic.ca/SAVO1.htm> (consulté le 11 février 2026).
37 Notre traduction. John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, « Of Wilde Time », chap. 164, p. 457.
38 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, « Of Mountaine Parsley », chap. 382, p. 864.
39 Ariane Forot Rabatel, Du végétatif au végétal, l’essor de l’intérêt pour la plante à la fin du Moyen Âge, thèse d’histoire, Paris, École pratique des hautes études, 2016, p. 59 et p. 109-110.
40 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 711.
41 Ibid., A2, fo 1ro de l’épître dédicatoire à Sir William Cecil.
42 Ibid., fo 1vo.
43 Ibid.
44 Ibid., p. 159.
45 Albertus Magnus (Albert Le Grand), De natura locorum, Vienne, Alantse, 1514. Le De natura locorum (De la nature des lieux), a d’abord été diffusé sous forme manuscrite vers 1260.
46 Lire Alexis Metzger, Le climat au prisme des sciences humaines et sociales, Versailles, Quae, 2021, p. 86 : « La notion de climat désignait originellement une région, un pays, une unité géographique au regard des conditions atmosphériques. » Lire aussi Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil, Paris, Flammarion, 2020.
47 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 779.
48 Dans l’œuvre de Théophraste (env. 371-288 av. J.-C.), entre autres. Lire Théophraste, Recherches sur les plantes. À l’origine de la botanique, trad. Suzanne Amigues, Paris, Belin, 2010.
49 Lire Amy L. Tigner, op. cit., 2016.
50 On trouve environ 626 fois le terme garden dans l’herbier de Rembert Dodoens, A Niewe Herball, or, Historie of Plantes [...] First Set Foorth in the Doutche or Almaigne Tongue [...] Nowe First Translated out of French into English by H. Lyte, Londres, Ninian Newton, 1586.
51 « Plants are oftentimes found to be like one another, which notwithstanding are prooved to be the same, by some little difference. The divers constitution of the weather and of the soile, maketh the difference », John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 711.
52 Ibid., p. 514.
53 Ibid., p. 657.
54 Ibid., p. 1359.
55 Ibid.
56 Ibid.
57 Ibid.
58 Lire Thomas Harriot, A Briefe and True Report of the New Found Land of Virginia, Londres, imp. par George Bishop, Ralph Newberie et Robert Barker, 1599, p. 474.
59 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 1108.
60 Philippe Hoffmann, « Climat et environnement chez les philosophes grecs de l’époque classique », dans Jacques Jouanna, Christian Robin et Michel Zink (dir.), Vie et climat d’Hésiode à Montesquieu, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, 2018, p. 29-87.
61 Ibid., p. 34.
62 Ibid., p. 77.
63 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 151-152.
64 Dans le West End actuel de Londres.
65 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 711.
66 Ibid., p. 723.
67 Ibid.
68 Andrew Wear, Knowledge and Practice in English Medicine, 1550-1680, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 79-80.
69 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 77.
70 Ibid., p. 273.
71 Notre traduction. John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 286. Lire aussi Jennifer Munroe, Gender and the Garden in Early Modern English Literature, Burlington, Ashgate Publishing, Ltd., 2008.
72 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, épître dédicatoire.
73 Ibid.
74 John Gerard, Ibid., p. 780.
75 Ibid.
76 Ibid., p. 782.
77 Patrick Rousselle, Daniel Ellisseche et Françoise Rousselle, « La pomme de terre », Les Cahiers d’Outre-Mer, vol. 45, nos 179-180, 1992, p. 304-305.
78 Sur la question des hybridations de nom, on peut lire un passage du chapitre d’Alexandra Cook, « Plant Technology and Science », dans Jennifer Milam, A Cultural History of Plants in the Seventeenth and Eighteenth Centuries, Londres, Bloomsbury Publishing, 2023, p. 89-91.
79 Ibid.
80 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 780.
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81 Valeria Finucci, « “There’s the Rub”: Searching for Sexual Remedies in the New World », Journal of Medieval and Early Modern Studies, vol. 38, no 3, 2008, p. 523-557.
82 Lire à ce sujet : Roya Biggie, « Displacement’s Botanical Roots: The Racial Rhetoric of Transplantation in Early Modern Thought », English Literary Renaissance, vol. 54, no 3, 2024, p. 374-400.
83 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 711.
84 Jennifer Evans, Men’s Sexual Health in Early Modern England, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2024 et Philip Barrough, The Methode of Phisicke, Conteyning the Causes, Signes, and Cures of Inward Diseases in Mans Body [...] Whereunto Is Added, the Forme and Rule of Making Remedies and Medicines, Etc., Londres, Richard Field, 1590.
85 Nicolas Monardes, Joyfull Newes out of the Newe Founde Worlde, trad. John Frampton, Londres, imprimé par William Norton, 1577.
86 Nicolas Monardes, Ibid., 1577, fo 39vo.
87 Ibid., f o 104ro.
88 John Gerard, The Herball…, op. cit., 1597, p. 780.
89 Notre traduction. Harold J. Cook, « Good Advice and Little Medicine: The Professional Authority of Early Modern English Physicians », Journal of British Studies, vol. 33, no 1, 1994, p. 1-31, cité dans Jennifer Evans, Men’s Sexual Health…, op. cit., 2024, p. 19.
90 Liza Picard, Elizabeth’s London: Everyday Life in Elizabethan London, St. Martin’s Press, 2014, p. 80.
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Référence papier
Tassanee Alleau, « La naturalisation des plantes exotiques : provenance naturelle ou artificielle des simples dans l’herbier de John Gerard (1545-1612) », Histoire, médecine et santé, 29 | 2026, 23-41.
Référence électronique
Tassanee Alleau, « La naturalisation des plantes exotiques : provenance naturelle ou artificielle des simples dans l’herbier de John Gerard (1545-1612) », Histoire, médecine et santé [En ligne], 29 | été 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/hms/10797 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16huo
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