Ébrécher le plafond de verre sans le percer
Résumé
Le traitement du sujet de l’immigration sur les réseaux sociaux conduit à questionner les causes politiques et médiatiques de sa large visibilité, alors que d’autres préoccupations le précèdent au sein de la population française. L’étude du débat Twitter autour de l’immigration en France permet d’identifier un nombre restreint d’acteurs qui disposent d’un pouvoir discursif considérable, appuyé sur une maîtrise fine des outils numériques : celui de fixer l’ordre du jour. La construction du sujet comme un problème majeur sur la toile contribue ainsi à cliver le débat public autour de l’immigration.
Plan
Haut de pageNotes de l’auteur
Ce travail a bénéficié du soutien financier de l’Institut Convergences Migrations porté par le CNRS, portant la référence ANR-17-CONV-0001.
Texte intégral
1Ces dernières années, Internet a permis à beaucoup d’entre nous, en théorie, de partager des expériences vécues, d’organiser des actions collectives, ou de rendre compte de problématiques sociales ou de conflits politiques à des moments où les acteurs traditionnels (les médias et les professionnels politiques) n’avaient pas accès aux événements sur le terrain.
2Dans la littérature sur la migration à l’ère du numérique, les chercheurs ont souligné que les possibilités et les risques liés à la jonction entre agentivité et surveillance étaient particulièrement marqués pour les personnes en situation d’exil, de migration, ou celles qu’on dit « issues de l’immigration ». Avant les élections présidentielles en 2022, où l’extrême droite était particulièrement audible, les débats publics sur la question politique de l’immigration sont particulièrement sensibles en France. Cela crée des risques particuliers pour les communautés migrantes, les migrants potentiels et pour les « Autres » racisés ou stigmatisés car ils sont les plus touchés par les violences policières ou les politiques migratoires restrictives. La question de savoir quelles voix sont entendues sur le sujet est donc capitale.
- 1 Jen Schradie, The Revolution that Wasn’t: How Digital Activism Favors Conservatives, Cambridge, Har (...)
- 2 Clay Shirky, « The political power of social media: Technology, the public sphere, and political ch (...)
3La centralité de la thématique dans les médias et la sphère politique française avant les élections est particulièrement surprenante étant donné que les sondages ne placent pas le sujet de l’immigration parmi les préoccupations majeures de la population française, puisqu’il figure après le pouvoir d’achat, la sécurité et la santé dans les classements. Cela soulève des questions fondamentales : qui établit l’ordre du jour ? Comment celui-ci est-il lié aux modifications introduites par Internet dans la circulation de la parole lors des débats politiques ? Les études précédentes ont adopté deux positions discordantes : l’une défend la prédominance des élites politiques et médiatiques traditionnelles dans l’environnement numérique1 et l’autre affirme que de nouveaux acteurs traditionnellement situés à la marge ont gagné en visibilité sur les réseaux sociaux2. Dans la lignée de la recherche contemporaine, qui a tenté de surmonter les débats polarisés concernant l’influence des médias numériques sur l’action politique, entre soutien et discrédit, nous proposons de prêter attention aux conditions dans lesquelles des voix non traditionnelles peuvent être entendues. Nous accordons une attention particulière à la visibilité de ceux dont parlent les puissants traditionnels, comme les personnes racisées ou certaines communautés de migrants. Pendant 18 mois, nous avons donc enregistré de manière systématique les variations dans le niveau de « pouvoir discursif » de différents acteurs, afin d’étudier le débat Twitter autour de l’immigration en France. Nous comprenons le pouvoir discursif comme la capacité à introduire avec succès des contenus dans la discussion qui seront relayés par d’autres contributeurs.
4Il s’agit ainsi d’identifier les différents niveaux de pouvoir discursif des acteurs du débat Twitter en France autour de l’immigration. Nous avons prêté une attention particulière aux moments où les acteurs traditionnellement moins visibles gagnaient en visibilité en ligne, afin d’examiner le potentiel d’un lien entre luttes migratoires et la parole publique, et de reconsidérer les dynamiques incluantes et excluantes, ainsi que le rôle des réseaux sociaux dans la médiation des possibilités politiques.
Avoir une voix, se faire entendre
- 3 Nick Couldry, Why Voice Matters: Culture and Politics after Neoliberalism, Londres, Sage, 2010.
- 4 Simon Cottle, Ethnic Minorities and the Media: Changing Cultural Boundaries, Maidenhead/Philadelphi (...)
5Les questions concernant le lieu qu’offriraient les réseaux sociaux à des groupes traditionnellement marginalisés, comme les femmes, les personnes racialisées et les migrants, pour faire entendre leurs « voix3 » doivent être considérées dans le contexte des débats de longue date sur la représentation biaisée et la marginalisation des groupes traditionnellement opprimés dans les médias4. Il a été suggéré que les plateformes numériques ouvriraient un espace à la représentation de soi pour tous afin qu’ils puissent produire un récit propre et contester ainsi les représentations médiatiques hégémoniques.
- 5 Gayatri Chakravorty Spivak, « Can the subaltern speak? », in Die Philosophin, vol. 14, n° 27, 1988, (...)
6Les questions de voix, de visibilité et d’agentivité doivent être comprises en prenant en compte les aspects constitutifs ou mobilisateurs de la représentation politique, et la possibilité d’avoir une subjectivité politique. De nombreux universitaires, de Stuart Hall à Judith Butler et Amartya Sen, ont écrit sur la question. Pour cet article, nous considérons que si les personnes qui s’expriment publiquement deviennent visibles, cela découle de ce qu’ils commencent à être considérés comme agents à part entière. Pourtant, comme le souligne Gayatri Chakravorty Spivak5 dans son essai majeur « Les subalternes peuvent-elles parler ? », les facteurs historiques et idéologiques sont nombreux qui limitent la possibilité d’être entendus pour ceux qui existent à la périphérie.
Un sujet politique sensible en période électorale
7La question politique de la migration et du pouvoir discursif sur les réseaux sociaux est particulièrement pressante, étant donné qu’en vue des élections présidentielles de 2022 trois des rivaux principaux du président Macron ont mené des campagnes anti-immigration, attisant la peur d’une nation qui se trouverait face à la menace civilisationnelle d’une invasion non européenne, un discours raciste et islamophobe. En France, les personnes perçues comme migrantes (et il s’agit bien de leur appartenance ethnique, religion, classe et genre perçus plus que d’un statut légal ou administratif) subissent considérablement plus de discrimination et de haine. Le candidat d’extrême droite Éric Zemmour, par exemple, a déclaré publiquement que les employeurs devaient avoir le droit de refuser des emplois à des personnes noires ou arabes. Actuellement, dans les médias et l’espace politique traditionnels, les voix des groupes marginalisés comme les non-Blancs, les migrants ou les Français musulmans sont rarement entendues. Les personnes vivant en situation précaire et/ou sans statut légal en France courent un risque disproportionné en s’exprimant en ligne. En plus des manifestations auto-organisées, différents groupes militants et activistes sont très actifs sur le terrain dans la lutte contre le racisme et contre le traitement institutionnel des migrants, à qui l’on nie souvent un accès aux droits fondamentaux et au logement, et qui font face à des violences policières.
La recherche d’un discours spécifique à l’immigration sur Twitter
8Twitter est un objet d’étude utile pour aborder des questions relatives à la formation de contre-récits. Même si les utilisateurs de Twitter ne sont pas représentatifs de la société française, les relations de ce réseau au monde médiatique et à la sphère politique en font une bonne raison de s’y intéresser. Bien qu’il soit important de ne pas célébrer la visibilité en soi, nous affirmons cependant, en ligne avec la recherche sur les mouvements sociaux, que les réseaux sociaux, du fait de leur rôle politique, influencent l’écologie des médias à plus grande échelle, parallèlement à et en interaction avec tout un éventail d’autres médias.
- 6 Ilker Ataç, Kim Rygiel, Maurice Stierl (dir.), The Contentious Politics of Refugee and Migrant Prot (...)
9Les campagnes de hashtag étant souvent décrites comme l’illustration d’une forme d’engagement superficielle et éphémère, cet article se fonde sur une approche thématique plutôt que sur des hashtags, afin d’étudier le contexte français sur une période plus longue. De nombreuses études s’intéressant aux mouvements sociaux en ligne autour de la question de l’immigration sont centrées sur des populations immigrantes ou marginalisées spécifiques, ce qui fait sens étant donné l’hétérogénéité du groupe « migrants ». Les « expats » blancs, par exemple, sont rarement confrontés à la précarité juridique, sociale ou économique, et font rarement l’objet de débats publics controversés. Cependant, c’est « l’immigration » en général qui est la cible de l’extrême droite française ; notre compréhension du contre-public aux récits hégémoniques en ligne et de sa composition est imparfaite, ce qui rend difficile une étude par mots-clés. Si d’autres travaux se sont intéressés aux luttes politiques de groupes de migrants particuliers hors des frontières des États-nations et en mettant en lumière leur caractère transnational6, le contexte actuel en France invite à déplacer la focale au-delà des groupes de migrants, pour une approche plus large des dynamiques politiques en jeu.
Une attention au pouvoir discursif
- 7 Nick Couldry, op. cit.
- 8 Andreas Jungherr, Oliver Posegga, Jisun An, « Discursive power in contemporary media systems: A com (...)
10Un élément important de la voix est la reconnaissance, et le fait d’être entendu7 : nous nous concentrons donc sur les acteurs qui se font entendre avec succès. L’étude empirique de la visibilité, de la voix et de la représentation dans l’espace virtuel n’a rien d’évident. Dans l’approche de ces concepts extrêmement complexes, nous utilisons le cadre théorique proposé par Jungherr et al.8 pour étudier le « pouvoir discursif » dans les systèmes de médias hybrides contemporains. Jungherr et al. défendent l’idée que des exemples de « pouvoir discursif » de certains contributeurs sur d’autres peuvent être identifiés à chaque fois que sont introduits, amplifiés et maintenus dans le temps et avec succès des sujets, des cadres et des intervenants que d’autres contributeurs reprendront. Ceci peut prendre la forme d’un pouvoir discursif épisodique, quand les contributeurs donnent forme à des sujets, des cadres et des intervenants lors d’épisodes discursifs isolés, ou d’un pouvoir discursif régulier, quand les contributeurs réussissent à maintenir cette influence dans le temps.
11Pour étudier le « pouvoir discursif » des différents acteurs, nous nous appuyons sur le nombre de fois qu’a été retweeté chaque tweet sur le sujet de l’immigration. Un « retweet » a lieu lorsque d’autres utilisateurs partagent le contenu d’origine du tweet d’un premier utilisateur. À noter que ceci ne reflète directement ni la voix, ni la visibilité, ni la représentation. Un tweet rédigé par une personnalité politique suivie par 2 millions de personnes, par exemple, aura sans doute une plus grande visibilité et plus de chances d’influencer le débat politique qu’un tweet écrit par une personne « migrante » suivie par une centaine de personnes et retweeté mille fois. Pourtant, le nombre de retweets peut nous donner une idée du succès qu’ont différents intervenants dans l’introduction, l’amplification et le maintien d’un contenu qui sera relayé par d’autres contributeurs, et donc de leur aptitude à orienter la discussion publique.
12Au cours du temps, l’identification d’actes distincts de pouvoir discursif entre des acteurs individuels permet de cartographier l’influence d’acteurs spécifiques ou de groupes d’acteurs. Grâce à cette approche modulaire, des schémas potentiellement mouvants dans les relations entre acteurs et de nouveaux groupements inattendus peuvent être identifiés.
Étudier la formation de communautés en ligne
- 9 Eli Pariser, The Filter Bubble: What the Internet is Hiding from You, Londres, Penguin Books, 2012.
13Cet article vise entre autres à considérer l’existence possible d’un lien entre la visibilité des différents acteurs et les bulles communautaires créées par les filtres selon la définition d’Eli Pariser9. La théorie relative à la « bulle de filtres » postule qu’avec la montée en puissance de larges plateformes commerciales, nous nous trouvons de plus en plus isolés dans notre propre univers singulier de données. Nous recevons principalement de l’information qui nous est agréable, familière et qui confirme nos croyances ; et comme les filtres sont invisibles, ce qui est masqué nous échappe. En ce qui concerne le débat politique, cette théorie suggère que nous sommes surtout confrontés à des idéologies semblables aux nôtres, ce qui laisse moins de place à l’échange démocratique d’idées. Afin d’analyser empiriquement de quelle manière les bulles communautaires sont liées à la visibilité des utilisateurs, il s’agit de repérer si la communauté en ligne des utilisateurs est en lien avec l’espace qu’ils occupent dans le débat Twitter sur l’immigration.
- 10 Benedict Anderson, Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Londr (...)
- 11 Ibid.
14L’appartenance au groupe a toujours été dynamique et fluctuante. Dans un système médiatique hybride, et en particulier pour le débat sur « l’immigration », auquel participent des individus de communautés et de milieux divers, avec des rôles sociaux et politiques différents, nous pensons qu’il serait utile de diminuer l’attention portée aux différences entre migrant/non-migrant, gauche/droite, médiatique/public/politique qui caractérise actuellement une grande partie des études sur la migration digitale et la communication politique. Si nous ne sommes pas attentifs aux changements et aux divergences majeurs, nous présupposons (implicitement ou explicitement) une vision statique et immuable des communautés et des groupes sociaux et politiques. Selon la définition classique d’Anderson, une communauté « est imaginée car un membre d’une nation, même la plus petite, ne connaîtra ni ne rencontrera jamais la plupart des autres membres, n’en entendra peut-être même jamais parler, et pourtant chacun aura à l’esprit l’image d’une communion10 ». Anderson affirme également qu’« on peut distinguer les communautés non par leur fausseté/authenticité, mais par la manière dont elles sont imaginées11 ». C’est pour cette raison qu’une approche exploratoire et inductive semble cruciale afin d’éviter l’erreur intellectuelle qui consisterait à prédéfinir l’appartenance de groupe de manière définitive, parce que nous savons (presque) tous que l’appartenance et l’identité politiques sont un lieu controversé de luttes sociales. Cet article repose donc uniquement sur la manière dont les personnes s’auto-identifient dans leur biographie Twitter.
Données et méthodologie
- 12 L’outil de fouille du Web « Minet » a été utilisé. Voir Guillaume Plique, Pauline Breteau, Jules Fa (...)
- 13 Comme cette définition, en théorie, comprend tout discours en français et ne se limite pas à des tw (...)
15Un ensemble exhaustif de données d’1,2 million de tweets concernant l’immigration, originaux et en français, a été utilisé. Les tweets ont été rassemblés grâce à une recherche par mots-clés – « (im)migrant(s) », « (im)migration », « asile », « mineur isolé », « réfugié(s) » – et reflètent une période d’un an et demi, entre mai 2020 et octobre 2021. Seuls les tweets d’origine ont été retenus12. L’accent placé sur les tweets en français exclut des discours qui pourraient exister dans d’autres langues13. De plus, le choix d’une recherche par mots-clés signifie que seuls les discours utilisant explicitement des termes liés à l’immigration ont été étudiés, avec le risque que soient négligées les voix de ceux se référant délibérément à la thématique sans se définir ni définir les autres comme « immigrants ».
16En se basant sur l’information publique disponible sur les profils des utilisateurs et dans leurs tweets, les contributeurs au discours ont pu être manuellement et informatiquement caractérisés. Le pouvoir discursif des acteurs a été classé comme épisodique ou régulier selon le nombre de retweets que leurs tweets ont généré au cours du temps.
17Afin d’identifier les utilisateurs dotés de pouvoir discursif régulier, nous nous sommes intéressés aux 20 % des utilisateurs les plus actifs, c’est-à-dire à ceux qui avaient publié au moins quatre tweets relatifs à l’immigration correspondant à nos mots-clés au cours des 18 mois étudiés, pour nous assurer que les utilisateurs ne contribuaient pas uniquement de manière exceptionnelle au débat. Si la notion de régularité suggère que l’influence des utilisateurs est dans les faits maintenue tout au long de la période, nous suggérons qu’une visibilité minimale à quatre occasions suffit à supposer que les utilisateurs ont la capacité d’exercer un pouvoir discursif de manière non exceptionnelle. Nous avons ensuite pu déterminer quels utilisateurs avaient un nombre médian de retweets supérieur à la limite minimum, pour exclure les utilisateurs très actifs mais qui ne réussissaient qu’exceptionnellement à introduire des sujets de discussion. Enfin, à partir des utilisateurs correspondant à ces deux critères, nous avons sélectionné ceux qui ensemble totalisaient 50 % des retweets, puisque ce sont eux qui pouvaient être considérés comme dominant le débat. Les 300 utilisateurs les plus actifs avec le nombre le plus élevé de retweets étaient à l’origine de 57 % des retweets. Ces 300 utilisateurs ont été définis comme possédant un pouvoir discursif régulier.
18Afin d’identifier les utilisateurs dotés d’un pouvoir discursif épisodique, nous avons classé tous les autres utilisateurs, en excluant ceux possédant un pouvoir discursif régulier, selon le nombre maximal de retweets généré par n’importe lequel de leurs tweets, et nous avons sélectionné les 300 premiers. Cette limite nous a parue appropriée car elle menait à un groupe de taille comparable, et le cut-off à 456 retweets nous a semblé raisonnable pour argumenter que ces utilisateurs avaient effectivement réussi à introduire avec succès des sujets dans le débat public. Les utilisateurs restants ont été définis comme ne possédant pas de pouvoir discursif.
- 14 Élus, médias, organisations ou autres acteurs extrêmement visibles.
19Pour des raisons éthiques et de confidentialité, nous décrirons uniquement 0,25 % des utilisateurs possédant un pouvoir discursif, et dans l’ensemble, nous le ferons de manière collective et anonymisée. Ceci semble crucial au vu des relations de pouvoir inégales entre les chercheurs et les utilisateurs, et du fait que les données, qui sont publiques, ont été collectées sans consentement éclairé. Les descriptions « qualitatives » sont fondées sur des mots-clés et des émojis figurant dans les noms et les « biographies » Twitter des utilisateurs, que nous considérons comme cruciales pour caractériser de manière précise les communautés d’utilisateurs. Les émojis pouvant révéler des informations sensibles sur les utilisateurs, comme les symboles religieux ou les drapeaux nationaux, ont été retirés des visualisations afin d’éviter de contribuer à la stigmatisation de groupes marginalisés. Exceptionnellement, nous laissons apparaître les noms de certaines personnalités publiques choisies14, lorsque cela semble nécessaire pour illustrer leur position centrale dans le débat.
La concentration des discours sur l’immigration
- 15 Dominique Cardon, Culture numérique, Paris, Presses de Sciences Po, 2019, p. 148.
20Les contributeurs définis comme possédant un pouvoir discursif régulier et épisodique génèrent à eux deux presque 70 % de tous les retweets, même s’ils représentent seulement 0,25 % des utilisateurs (voir tableau 1). Loin d’être un espace où « tout le monde peut se faire entendre », la capacité à se faire entendre dans le débat Twitter sur l’immigration est donc hautement concentrée. Cette extrême concentration du pouvoir se retrouve dans plusieurs autres phénomènes en ligne15. Mais qui sont ces quelques utilisateurs qui réussissent à introduire des sujets dans le débat public sur le thème de l’immigration ? Et comment se fait-il que les utilisateurs avec un pouvoir régulier soient environ cinq fois plus visibles que ceux dotés d’un pouvoir épisodique ?
- 16 À l’exclusion des mots vides en anglais et en français d’après la bibliothèque Python NLTK (https:/ (...)
21Si nous comparons les termes les plus fréquemment utilisés16 dans les « biographies » Twitter des utilisateurs avec un pouvoir discursif régulier (figure 1) et épisodique (figure 2), nous observons que la plupart des utilisateurs se définissent collectivement par leur position ou leur occupation officielles. De manière générale, la définition la plus fréquente est par référence à l’idéologie nationaliste ou patriote, ou encore comme journaliste. Comme l’affiliation ou les intérêts communautaires sont susceptibles d’être exprimés par des émojis plutôt que par des descripteurs textuels, surtout pour ceux qui n’appartiennent pas à des groupes établis, nous avons analysé l’utilisation des émojis dans la figure 3. Les résultats sont traités en prenant en compte ce qu’ils suggèrent des caractéristiques des utilisateurs dotés d’un pouvoir discursif épisodique versus régulier, et des différences entre eux.
22En ce qui concerne l’affiliation politique, les termes dans les biographies des utilisateurs dotés d’un pouvoir discursif régulier suggèrent une présence dominante de l’extrême droite (Rassemblement national, Marine Le Pen, Zemmour) : il n’y a pas d’autre parti politique, identité ou mouvement auxquels les acteurs s’identifient qui bénéficie d’une visibilité comparable. Les Républicains, La France insoumise et les militants sont également présents, mais de manière marginale en comparaison. Tandis que le nombre relatif de patriotes est assez similaire entre ceux dotés de pouvoir régulier et épisodique, les personnes qui se définissent comme Rassemblement national sont quasiment toutes concentrées dans le groupe avec un pouvoir régulier.
Figure 1. Termes les plus fréquemment mentionnés dans les biographies Twitter des utilisateurs dotés d’un pouvoir discursif régulier
La taille de chaque mot est proportionnelle au nombre d’utilisateurs qui l’ont utilisé dans leur « bio ».
Figure 2. Termes les plus fréquemment utilisés dans les biographies Twitter des utilisateurs avec un pouvoir discursif épisodique
Le choix des émojis et autres signes distinctifs
23L’utilisation de termes se référant à des positions fréquemment associées au pouvoir politique et économique (« président », « député », « maire », « conseil »…) est prédominante, et cela est d’autant plus vrai parmi les utilisateurs dotés d’un pouvoir discursif régulier. Concernant les médias, il s’avère que les utilisateurs avec un pouvoir épisodique régulier utilisent considérablement plus d’émojis liés aux médias traditionnels, tandis que les utilisateurs des deux groupes sont tout aussi susceptibles d’utiliser des émojis liés aux formes d’écritures et aux médias nouveaux (podcasts, réalisation de films), tandis que les contributeurs dotés d’un pouvoir discursif épisodique emploient légèrement plus d’émojis se référant à la photographie. Ceci est d’autant plus intéressant que les podcasts, la photographie et l’écriture peuvent être considérés comme plus « accessibles » à des groupes d’habitude moins visibles que les journaux traditionnels, par exemple.
24L’autre réseau social le plus fréquemment mentionné parmi les utilisateurs dotés de pouvoir régulier est Facebook, tandis qu’Instagram et YouTube sont le plus souvent cités parmi ceux avec un pouvoir épisodique, ce qui suggère des différences générationnelles et peut-être des différences entre utilisations publiques et privées. Les utilisateurs avec un pouvoir discursif épisodique emploient aussi considérablement plus d’émojis représentant des animaux, des activités, de la nourriture et des boissons, des smileys et des émoticons, ce qui suggère qu’ils utilisent Twitter de manière plus quotidienne, et moins en tant que plateforme professionnelle.
25Les termes suggérant la formation potentielle d’une communauté qui s’opposerait au discours dominant centré sur le nationalisme sont plus souvent mentionnés parmi les utilisateurs avec un pouvoir discursif épisodique. Par exemple, « justice », « féministe » (et les versions au féminin de différentes occupations), et moins fréquemment, « antiracisme », « racisme », « soutien », « lutte », ainsi que « travail », « éducation », « social », « finance » et « santé ». Enfin, dans les deux groupes, un petit nombre de personnes utilisent des émojis de fleurs/plantes et des émojis liés au genre, d’habitude associés aux discours féministe/queers et écologistes, donnant quelques indices quant aux idées partagées par ces utilisateurs.
26Parmi les personnes dotées d’un pouvoir discursif régulier, davantage d’utilisateurs emploient exclusivement le drapeau français (souvent accompagné d’un cœur rouge), communément associé à des opinions nationalistes ou patriotiques (figure 4). Les utilisateurs avec un pouvoir discursif épisodique sont considérablement plus nombreux à n’utiliser que des drapeaux non français, notamment des drapeaux de pays du continent africain (anciennes colonies françaises), de Palestine ou d’Afghanistan : des pays dont les immigrants, les réfugiés et les diasporas font l’expérience disproportionnée du racisme, des violences policières et de la discrimination. Le fait qu’une partie importante des utilisateurs qui se définissent par ces drapeaux bénéficient d’une visibilité considérable à des occasions isolées est particulièrement intéressant, étant donné que ces groupes sont actuellement sous-représentés dans la plupart des discours politiques et médiatiques.
Les entrepreneurs de l’opinion en ligne
27La figure 5 représente de quelle manière le pouvoir discursif (en ordonnée, sous la forme du nombre total de retweets au cours de la période de 18 mois) et le fait que celui-ci soit régulier ou épisodique (matérialisé par la couleur) s’articule avec le nombre de followers (matérialisé par la taille des bulles). Le point d’intérêt principal consiste en la comparaison entre le nombre de retweets et celui des followers, mais nous avons également inclus le nombre de tweets publiés sur le sujet de l’immigration pendant la période de 18 mois (en abscisse), étant donné qu’il a une influence importante sur la relation attendue entre followers et nombre total de retweets. Les axes sont à l’échelle logarithmique, car la distribution du nombre de tweets et du nombre total de retweets par utilisateur est extrêmement déformée (quelques utilisateurs postent un nombre extrêmement élevé de tweets, et quelques utilisateurs bénéficient de la majorité des retweets).
- 17 « F_Desouche », « DamienRieu », « Valeurs », « GWGoldnadel », « JeanMessiha », « ZemmourEric », « M (...)
- 18 Arthur Carpentier, Marceau Bretonnier, Adrien Sahli, Élisa Bellanger, Émile Costard, « Comment des (...)
28Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, parmi les utilisateurs dotés d’un pouvoir discursif régulier (en bleu), les plus fréquemment retweetés ont substantiellement moins de followers que d’autres avec le même niveau d’activité, mais ce sont pourtant eux qui génèrent le plus de retweets. Une analyse plus précise des profils individuels de ceux qui bénéficient, et de loin, du plus grand nombre de retweets, révèle un petit groupe de contributeurs d’extrême droite, constitué à la fois d’individus et de médias en ligne. Un groupe de onze contributeurs17 seulement concentre 37 % de tous les retweets des utilisateurs dotés de pouvoir régulier. Elles incluent les candidats à la présidence Éric Zemmour et Marine Le Pen, le mouvement Rassemblement national, les sites d’information en ligne @F_Desouche, Valeurs Actuelles (@Valeurs), @Mediavenir, et les « entrepreneurs politiques » et politiciens Damien Rieu, Patrick Edery, Gilbert Collard, Jean Messiah et Gilles-William Goldnadel. Ceci suggère que ces acteurs politiques et médiatiques d’extrême droite (c’est-à-dire les élites en termes de capital social et économique) font un usage extrêmement habile des réseaux sociaux afin de gagner en visibilité. Cependant, on peut également s’interroger sur les processus qui ont mené à cette hyper-visibilité. À la lumière des informations qui font surface dans le contexte des élections françaises à venir, qui montrent que des tweets de droite pro-Zemmour amplifient artificiellement sa présence en ligne18, on peut se demander si tous les processus ayant mené à cette visibilité sont réellement générés par des humains.
29À un niveau de visibilité substantiellement moindre mais pourtant encore significatif (entre 2 000 et 10 000 retweets au cours de la période des 18 mois), nous retrouvons les médias traditionnels de tous bords politiques (par exemple Mediapart, Le Monde, Le Figaro, Le Parisien), ainsi que des associations institutionnelles et militantes telles que @amnestyfrance, @lacimade, @Utopia_56, @SOS_Racisme et @InfoMigrants_Fr, un site d’information multilingue pour les migrants visant à lutter contre la désinformation à tous les stades de la migration. Ceci suggère que, parallèlement à une extrême droite ultra-visible, des acteurs traditionnels occupant, par ailleurs, dans leurs vies hors ligne des positions pertinentes sont à l’origine d’une discussion active en ligne. Ces acteurs sont souvent des groupes du milieu associatif ou des médias d’information plutôt que des figures politiques.
30Dans la figure 5, parmi les utilisateurs avec un pouvoir discursif épisodique (en rouge), on retrouve également des utilisateurs qui ne sont ni particulièrement actifs ni n’ont une large base de followers, mais qui pourtant atteignent des nombres très importants de retweets. Ceci suggère une particularité dans le contenu de leurs tweets qui a motivé un large public à les retweeter. Cependant, leur nombre commun de retweets reste relativement faible comparé à celui des droitiers hyper visibles.
Lutter contre l’hégémonie
- 19 Nous considérons le nombre total de retweets d’un post, mais pas la dynamique de retweet qui a mené (...)
- 20 Les tweets et les biographies des utilisateurs ont été raccourcis, et certains mots ont été remplac (...)
31Tandis que le nombre de retweets quotidiens des contributeurs dotés d’un pouvoir discursif régulier est relativement stable au cours de la période des 18 mois (figure 6), la visibilité de ceux avec un pouvoir épisodique est caractérisée par quelques moments marquants19. Une analyse plus détaillée de ces tweets20 révèle qu’en effet des contre-récits aux débats hégémoniques émergent et prennent une influence remarquable (entre 9 000 et 27 0000 retweets pour un tweet isolé).
Figure 6. Visibilité des différents types d’acteurs au cours du temps et tweets particulièrement visibles
32Les utilisateurs, tout en bénéficiant d’une base solide de followers (plus de 1 000), n’expriment pas tous des affiliations à des groupes ou des institutions traditionnellement puissantes. Ils se réfèrent à la place à leur présence sur d’autres réseaux sociaux (Instagram et SoundCloud, utilisés surtout pour du contenu beauté et de la musique, respectivement), à leur identité comme « ultra-gauchiste, anarchiste », ou en utilisant le drapeau sénégalais ou guinéen et une description suggérant que leur compte est habituellement consacré à du contenu beauté. Tous ces tweets surviennent dans des contextes particuliers et prennent la forme d’une critique acérée, lapidaire, sarcastique et critique : le quatrième tweet le plus retweeté critique le traitement médiatique majoritaire des violences policières à l’égard d’un migrant. Le troisième tweet le plus retweeté est une réponse à une vidéo qui montre Marine Le Pen abordant l’immigration et l’islam en demandant si quelqu’un a déjà entendu la candidate parler d’autre chose que de ces sujets, par exemple d’économie ou d’éducation. Les deuxièmes tweets les plus retweetés ont été postés pendant les deux confinements de la pandémie Covid. Alors que de nombreuses personnes quittaient leur domicile pour échapper aux restrictions sanitaires, un des posts s’interroge sur la manière dont « ça fuit la France » pour rejoindre les îles ou d’autres pays tout en accusant les migrants de quitter leurs pays pour des raisons de survie. L’autre tweet, quelques mois plus tard, pose la même question au sujet des « gens qui quittent Paris pendant le confinement ». Tandis que le premier tweet faisait implicitement référence aux « Français », le second dénonce spécifiquement l’hypocrisie des (riches) Parisiens pouvant se permettre de se rendre dans leurs résidences secondaires. Les deux posts peuvent être interprétés au regard des biographies des utilisateurs, qui suggèrent dans les deux cas différentes appartenances communautaires : l’une, en référence aux pays africains et l’autre, d’autres idéologies anarchistes/de gauche. Il est important de noter qu’aucun de ces tweets n’a utilisé de hashtag, ni n’a fait partie d’un « événement » lié à la migration ou d’un mouvement en ligne plus large. La visibilité importante de tweets sarcastiques sans images suggère un échange robuste d’opinions, et réfute les descriptions pessimistes de Twitter comme un espace superficiel et violent.
33Les jours suivant l’éviction violente des migrants qui s’étaient installés place de la République à Paris, le 23 novembre 2020, à la suite de l’évacuation d’un camp « migrant » à Saint-Denis où vivaient environ 2 800 personnes, ont été marqués par un pic d’attention momentané à la discussion sur l’immigration. Malgré ce pic d’attention, la distribution ultérieure du pouvoir discursif entre les différents acteurs types n’a pas été substantiellement modifiée. Ceci soutient les conclusions d’autres études qui montrent que la solidarité éphémère en ligne (« l’activisme hashtag ») ne mène dans la plupart des cas pas à des modifications politiques structurelles.
Conclusion
34Même si les réseaux sociaux, en théorie, ouvrent la possibilité de s’exprimer sur des sujets politiques à de nouveaux acteurs au-delà du cercle des médias et de l’élite politique traditionnelle, l’analyse que nous avons conduite montre que la visibilité dans le débat actuel autour de l’immigration en France est détenue par un très petit nombre de contributeurs. La concentration importante de journalistes et de professionnels de la politique parmi ceux qui possèdent un pouvoir discursif remet en question les visions optimistes des réseaux sociaux comme des espaces où des acteurs traditionnellement marginalisés ou « le peuple » pourraient se faire entendre.
35Nous avons constaté l’hyper-visibilité de deux constellations de médias et d’individus de l’extrême droite anti-establishment, principalement des hommes et des blancs. Si des résultats préliminaires suggèrent la possibilité que certains comptes d’extrême droite aient reçu un coup de pouce non humain, il n’en reste pas moins que la prédominance dans le débat d’acteurs d’extrême droite relativement nouveaux sur la scène politique et n’appartenant pas à des partis traditionnels montre à quel point ceux-ci ont réussi, sur le sujet de l’immigration, à utiliser les réseaux sociaux à leur avantage afin de gagner en visibilité.
36Au-delà de l’hyper-visibilité des leaders d’opinion d’extrême droite, cette étude montre qu’en termes d’idéologies collectives, les contributeurs dotés d’un pouvoir discursif régulier se définissent principalement en référence à des idéologies nationalistes, de droite et patriotiques. Il faut comprendre ceci dans le contexte politique qui est celui d’un grand nombre de démocraties occidentales actuellement, où l’immigration a été considérée comme un élément décisif de l’émergence d’un nouveau clivage entre les vainqueurs et les perdants de la globalisation. L’immigration, dans ce contexte, a été décrite comme un thème clivant qui dépasse les divisions traditionnelles droite-gauche, et sépare les votants en deux camps baptisés VAL-TAN (Vert-Alternatif-Libertaire et Traditionnel-Autoritaire-Nationaliste). Malgré des identifications individuelles aux idées alternatives, queers ou écologistes par exemple, aux nouveaux médias et réseaux sociaux tels que YouTube et Instagram, aux pays d’Afrique francophone, à la Palestine et à l’Afghanistan, on note l’absence d’une contre-identité unifiée et homogène face à l’identité nationaliste dominante.
37L’identification collective prédominante à des idées nationalistes peut être interprétée comme spécifique au contexte français actuel, où la gauche, après une perte progressive d’identité collective ces dernières décennies, se trouve divisée, et où Jean-Luc Mélenchon, le candidat de gauche en tête des sondages, est resté quasiment silencieux sur le sujet de l’immigration. Même si elle est dans la ligne de la parole décomplexée des politiciens d’extrême droite pendant la campagne présidentielle de 2022, cette prédominance de l’identification collective à des idéologies nationalistes et patriotiques sur Twitter est en décalage avec l’opinion publique en dehors du contexte électoral. En réalité, ces dix dernières années en France, et dans d’autres pays européens, plusieurs indicateurs suggèrent une acceptation grandissante de la diversité ethnique, culturelle et raciale. La caractérisation de l’identité des utilisateurs est dans cet article fondée sur leur auto-identification dans leurs biographies Twitter, qui sont limitées à 160 signes. La manière dont « l’identité collective » est définie ici privilégie donc des descriptions qui utilisent les mêmes termes ou symboles. Il est donc possible que des utilisateurs ne s’identifiant pas par leurs idées nationalistes partagent certains points de vue sans pour autant les exprimer d’une manière unifiée dans leur bio Twitter.
38Si les tweets individuels les plus visibles illustrent le potentiel pour des voix contre-hégémoniques de « se faire entendre », ils traduisent également l’hétérogénéité des luttes et des intérêts. Cette hétérogénéité est susceptible de freiner la capacité des groupes traditionnellement marginalisés à établir une voix collective en ligne. D’autres mouvements sociaux, comme #BlackLivesMatter ou #MeToo, ont démontré qu’il était nécessaire, bien que potentiellement risqué pour ceux qui font face à une discrimination intersectionnelle, d’unifier les voix d’acteurs ayant des expériences différentes. La voix étant la possibilité de parler et d’être entendu sur ce qui affecte nos vies, la visibilité momentanée d’acteurs isolés représentant des groupes traditionnellement marginalisés porte à croire que les réseaux sociaux ont un potentiel pour permettre aux luttes migrantes de gagner en visibilité. Le large succès de tweets succincts et sarcastiques critiquant les médias traditionnels, les politiques et la bourgeoisie française montre que, momentanément, des perspectives nouvelles et non traditionnelles peuvent avoir plus de succès que n’importe quel post rédigé par un média classique ou par les élites politiques. Cependant, le caractère passager de ces disruptions donne une indication quant à la difficulté de réagencer des structures de pouvoir qui semblent favoriser ceux qui le détiennent déjà.
Notes
1 Jen Schradie, The Revolution that Wasn’t: How Digital Activism Favors Conservatives, Cambridge, Harvard University Press, 2019.
2 Clay Shirky, « The political power of social media: Technology, the public sphere, and political change », in Foreign Affairs, vol. 90, n° 1, 2011, pp. 28-41.
3 Nick Couldry, Why Voice Matters: Culture and Politics after Neoliberalism, Londres, Sage, 2010.
4 Simon Cottle, Ethnic Minorities and the Media: Changing Cultural Boundaries, Maidenhead/Philadelphie, Open University Press, 2000.
5 Gayatri Chakravorty Spivak, « Can the subaltern speak? », in Die Philosophin, vol. 14, n° 27, 1988, pp. 42-58.
6 Ilker Ataç, Kim Rygiel, Maurice Stierl (dir.), The Contentious Politics of Refugee and Migrant Protest and Solidarity Movements: Remaking Citizenship from the Margins, Londres, Routledge, 2016.
7 Nick Couldry, op. cit.
8 Andreas Jungherr, Oliver Posegga, Jisun An, « Discursive power in contemporary media systems: A comparative framework », in The International Journal of Press/Politics, vol. 24, n° 4, 2019.
9 Eli Pariser, The Filter Bubble: What the Internet is Hiding from You, Londres, Penguin Books, 2012.
10 Benedict Anderson, Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Londres, Verso, 2006, p. 6.
11 Ibid.
12 L’outil de fouille du Web « Minet » a été utilisé. Voir Guillaume Plique, Pauline Breteau, Jules Farjas, Héloïse Théro, Jean Descamps, Minet, a Webmining CLI Tool and Library for Python, Genève, Zenodo, 2021.
13 Comme cette définition, en théorie, comprend tout discours en français et ne se limite pas à des tweets issus de ou portant sur la France, nous avons vérifié manuellement que les utilisateurs dotés de pouvoir discursif régulier ou épisodique n’évoquaient pas l’immigration dans d’autres contextes.
14 Élus, médias, organisations ou autres acteurs extrêmement visibles.
15 Dominique Cardon, Culture numérique, Paris, Presses de Sciences Po, 2019, p. 148.
16 À l’exclusion des mots vides en anglais et en français d’après la bibliothèque Python NLTK (https://www.nltk.org/) et de quelques termes ajoutés manuellement tels que « https ».
17 « F_Desouche », « DamienRieu », « Valeurs », « GWGoldnadel », « JeanMessiha », « ZemmourEric », « Mediavenir », « MLP_officiel », « patrick_edery », « RassNational53 », « GilbertCollard ».
18 Arthur Carpentier, Marceau Bretonnier, Adrien Sahli, Élisa Bellanger, Émile Costard, « Comment des militants d’Éric Zemmour gonflent artificiellement la présence de leur candidat sur Twitter », in Le Monde, 2 février 2022.
19 Nous considérons le nombre total de retweets d’un post, mais pas la dynamique de retweet qui a mené à la visibilité d’un post en particulier. Une analyse plus détaillée ferait sans doute apparaître de quelle manière un acteur aurait pu être repéré par un média traditionnel qui aurait publié son article, maximisant ainsi son impact. Cependant, que ces tweets aient atteint une telle visibilité laisse à penser qu’il ne s’agira pas d’un fait isolé.
20 Les tweets et les biographies des utilisateurs ont été raccourcis, et certains mots ont été remplacés par des synonymes pour des raisons de confidentialité.
Haut de pageTable des illustrations
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| Titre | Tableau 1. Caractéristiques des contributeurs avec un pouvoir discursif épisodique ou régulier |
| URL | http://journals.openedition.org/hommesmigrations/docannexe/image/13914/img-1.png |
| Fichier | image/png, 251k |
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| Titre | Figure 1. Termes les plus fréquemment mentionnés dans les biographies Twitter des utilisateurs dotés d’un pouvoir discursif régulier |
| Légende | La taille de chaque mot est proportionnelle au nombre d’utilisateurs qui l’ont utilisé dans leur « bio ». |
| URL | http://journals.openedition.org/hommesmigrations/docannexe/image/13914/img-2.png |
| Fichier | image/png, 474k |
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| Titre | Figure 2. Termes les plus fréquemment utilisés dans les biographies Twitter des utilisateurs avec un pouvoir discursif épisodique |
| URL | http://journals.openedition.org/hommesmigrations/docannexe/image/13914/img-3.png |
| Fichier | image/png, 507k |
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| Titre | Figure 3. Émojis utilisés dans les noms et les biographies Twitter |
| URL | http://journals.openedition.org/hommesmigrations/docannexe/image/13914/img-4.png |
| Fichier | image/png, 236k |
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| Titre | Figure 4. Nombre d’utilisateurs qui ont des drapeaux nationaux dans leurs biographies Twitter |
| URL | http://journals.openedition.org/hommesmigrations/docannexe/image/13914/img-5.png |
| Fichier | image/png, 328k |
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| Titre | Figure 6. Visibilité des différents types d’acteurs au cours du temps et tweets particulièrement visibles |
| URL | http://journals.openedition.org/hommesmigrations/docannexe/image/13914/img-6.png |
| Fichier | image/png, 340k |
Pour citer cet article
Référence papier
Katharina Tittel, « Ébrécher le plafond de verre sans le percer », Hommes & migrations, 1337 | 2022, 21-33.
Référence électronique
Katharina Tittel, « Ébrécher le plafond de verre sans le percer », Hommes & migrations [En ligne], 1337 | 2022, mis en ligne le 01 janvier 2024, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/hommesmigrations/13914 ; DOI : https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.13914
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