Le Laboratoire de Chimie de Coordination du CNRS à Toulouse : déjà 50 ans d’histoire
Texte intégral
Remerciements à Gérard Jugie, Igor Tkatchenko, Bruno Chaudret, Denis Neibecker et Azzedine Bousseksou qui ont participé à l’écriture de cet article.
1Cinquante ans, c’est un temps court et long à la fois pour un laboratoire. Bien d’autres laboratoires célèbres dans le monde de la recherche sont plus anciens, tels que le laboratoire Cavendish créé en 1874 à Cambridge en Grande-Bretagne ou le « Max-Planck Institut für Kohlenforschung » créé en 1912 à Mülheim en Allemagne, pour n’en citer que deux, mais c’est suffisamment long pour que les plus jeunes du laboratoire regardent cette date anniversaire comme celle d’un évènement ancien, connu seulement des historiens.
- 1 Fort heureusement, le Laboratoire de Chimie de Coordination du CNRS n’a pas changé de nom en cinqua (...)
2Le Laboratoire de Chimie de Coordination (LCC) a été créé en 1974 en tant que laboratoire propre du CNRS par Fernand Gallais dans un bâtiment qui avait hébergé quinze ans auparavant un laboratoire du CNRS dédié à la toxicologie. Rappelons qu’à ses débuts, le CNRS était constitué essentiellement de laboratoires « propres » sur des sites indépendants des universités, le campus CNRS de Gif-sur-Yvette étant l’archétype de la philosophie des laboratoires propres voulue dans l’immédiate après-guerre. L’achat d’un terrain situé en face du futur campus de l’Université Paul Sabatier pour y installer un laboratoire de toxicologie était une réponse à une demande gouvernementale à la suite d’un scandale médical, l’affaire du stalinon. Au début des années 1950, certains pharmaciens croyaient encore aux vertus des dérivés de l’étain pour traiter les furoncles, les abcès créés par des staphylocoques à la surface de la peau, l’utilisation des nouveaux antibiotiques n’étant pas encore massive à cette époque. Avec très peu de précautions toxicologiques sur l’animal et un premier essai clinique à 8 mg/kg, le diiododiéthylétain (appelé stalinon par son inventeur) avait reçu en 1953 une autorisation d’utilisation sans ordonnance accordée avec un dosage cinq fois plus élevé que dans les essais préliminaires. Cette escalade dans le dosage faite sans connaissance précise de la dose létale a conduit au décès d’une centaine de personnes. Ce désastre dû à l’absence d’études pré-cliniques sérieuses sur l’animal avait poussé le gouvernement à mettre en place une nouvelle législation sur la délivrance des autorisations de mise sur le marché des médicaments et à demander au CNRS de créer un laboratoire de recherche dédié à la toxicologie animale, essentielle pour garantir la sécurité des nouveaux médicaments. Le directeur général du CNRS de l’époque, Gaston Dupouy (1900-1985), physicien réputé, élève d’Aimé Cotton (1869-1951) et originaire de Toulouse, se tourna alors vers Fernand Caujolle (1901-1988), un pharmacien multi-diplômé. Ce dernier, formé comme ingénieur-chimiste en 1922 dans l’école créée par Paul Sabatier, prix Nobel de Chimie en 1912, avait ensuite obtenu un doctorat de pharmacien en 1925 puis celui de médecine en 1929. Inauguré en 1959, ce laboratoire s’acquitta de sa mission en déterminant de nombreuses données essentielles pour connaître les intervalles de sécurité des candidats-médicaments. Ces travaux, menés avec peu de chercheurs et de nombreux techniciens et animaliers, ont assez rapidement été considérés comme routiniers par la nouvelle génération de biologistes qui s’étaient engagés dans la biologie moléculaire, révolutionnée par la découverte de la structure double-hélice de l’ADN en 1953 et le prix Nobel d’André Lwoff, Jacques Monod et François Jacob en 1965. Au début des années 1970, la fermeture du laboratoire de Fernand Caujolle a alors donné naissance, sous l’impulsion de Fernand Gallais (1909-2002), alors directeur adjoint du CNRS, à deux laboratoires propres du CNRS : le Laboratoire de Pharmacologie et Toxicologie Fondamentales (LPTF) dont la direction était confiée à Claude Paoletti (1928-1994), un pharmacologue venu de l’Institut Gustave-Roussy, et le Laboratoire de Chimie de Coordination (UPR-8241, LCC étant l’acronyme validé dès le début du laboratoire1). Anticipant son retour à Toulouse, Fernand Gallais s’en était attribué la direction, en fédérant une grande partie de la chimie minérale, ou inorganique comme aimaient le dire les Anglo-Saxons. Formé comme ingénieur-chimiste, Fernand Gallais était également pharmacien, mais ses recherches portaient sur l’effet Faraday et le magnétisme des composés de la chimie de coordination comme la concevait Alfred Werner (1866-1919), prix Nobel 1913, dont le portrait a toujours figuré dans son bureau et celui des directeurs successifs du LCC. Mais la création du LCC ne s’est pas faite ex-nihilo, elle est l’évolution de la chimie minérale de la Faculté des Sciences de Toulouse.
3Dans les années 1960, deux écoles universitaires régnaient sur la « chimie minérale » dans le grand Sud-Ouest et s’en disputaient la prédominance, à l’image de la traditionnelle concurrence régionale entre Toulouse et Bordeaux, l’une autour de Fernand Gallais et l’autre autour de Paul Hagenmuller (1921-2017). Dès les années 1960, Fernand Gallais s’était entouré de chercheurs confirmés, comme Jean-Pierre Laurent, Jean-François Labarre et Philippe De Loth, qui venaient essentiellement de la Faculté des Sciences de Toulouse, en fait de l’École de Chimie créée par Paul Sabatier, et logée dans les locaux universitaires vétustes de la rue des Trente-Six-Ponts dans le centre de Toulouse. Cette école est devenue l’École Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse en 1953. Au départ, les travaux de Fernand Gallais concernaient l’étude expérimentale et théorique de la nature des liaisons de coordination des systèmes acide-base de Lewis à travers celle de leurs propriétés d’origine magnétique (effet Faraday et susceptibilité magnétique) et la mise au point de descriptions simples de l’état électronique de ces complexes. Afin de rompre la tendance « endogène » du recrutement universitaire français, Fernand Gallais a su attirer des jeunes spécialistes issus des divers horizons scientifiques de la chimie structurale, tels que la cristallographie, la spectrographie infrarouge ou la chimie théorique (Gérard Montel, Yves Jeannin, René Poilblanc, Danielle Gervais…). Il souhaitait, avant tout, élargir le socle des compétences et des thèmes de recherche de ce nouveau laboratoire toulousain. Ce large spectre de spécialités allait permettre de consolider la discipline « Chimie Minérale » à la Faculté des Sciences de Toulouse et de l’ouvrir à de nouveaux champs de recherche, en assurant l’acquisition de plusieurs appareils d’analyse structurale, à la pointe du progrès de l’époque : la première RMN 60 MHz (PE R10) dotée de 4 sondes (proton, bore, fluor et phosphore), un spectrographe infra-rouge (PE 337) et un diffractomètre de rayons X, par exemple. Cette dynamique allait attirer des jeunes chercheurs de talents comme Patrick Cassoux, René Mathieu, Jean-Jacques Bonnet et Gérard Jugie, avec un relèvement important de la qualité des thèses de doctorat.
4Les évènements de 1968 marquèrent fortement le milieu universitaire toulousain en général et la communauté du laboratoire en particulier. La création de nouvelles entités académiques a, de fait, donné lieu à un florilège de dénominations pour tenir compte des appartenances diverses aux structures universitaires provisoires mises en place. Parmi ces éphémères dénominations, il est possible de retenir « Laboratoire de Chimie Générale et Minérale de la Faculté des Sciences de Toulouse » en 1966, puis « Département de Chimie Inorganique » de la Faculté des Sciences de Toulouse en 1967 et « Laboratoire associé au CNRS n° 160 en tant qu’Unité du Département de Chimie Inorganique de l’Université Paul-Sabatier » en 1972.
5Cette genèse étalée sur une quinzaine d’années aboutit en 1974 à la création du laboratoire propre de Chimie de Coordination du CNRS implanté sur le site actuel de la route de Narbonne à Toulouse sous le matricule UPR 8241 ! Jean Galy, cristallographe venant de Bordeaux et Yves et Michèle Dartiguenave de Strasbourg viendront compléter l’ossature du LCC.
6Partant à la retraite en 1979, Fernand Gallais choisit René Poilblanc comme successeur à la tête du laboratoire. Formé à Paris en chimie de coordination, ce dernier élargit le périmètre scientifique du LCC vers la chimie organométallique en recrutant Bruno Chaudret, formé chez Geoffrey Wilkinson (1921-1996), prix Nobel de Chimie en 1973, et Bernard Meunier venant de l’équipe de Hugh Felkin (1922-2001) de l’Institut de Chimie des Substances Naturelles du CNRS à Gif-sur-Yvette, après avoir fait sa thèse de troisième cycle chez Robert Corriu (1934-2016) à Montpellier.
7L’équipement du LCC était encore relativement modeste à sa création avec un tropisme sur les mesures de magnétisme. Un second appareil de RMN Bruker de 90 MHz à électro-aimant peinait à assurer les besoins croissants de la synthèse chimique. Le changement intervient en 1980, lorsque René Poilblanc et Claude Paoletti décident d’unir leurs efforts pour faire l’acquisition d’un appareil de RMN à haut champ, 250 MHz à l’époque, sous la demande forte des chercheurs et celle de l’ingénieur du LCC, Gérard Commenges, heureux d’accueillir cette machine moderne à cryo-aimant. Cette montée en puissance de l’équipement du laboratoire en équipements lourd et mi-lourd est facilitée par le soutien de la Région Midi-Pyrénées, créée en 1981. Ce soutien indéfectible va permettre au LCC de se doter au fil des décennies d’un parc en équipements scientifiques remarquable et essentiels pour tenir un rang international. Sous la direction de René Poilblanc, le laboratoire étoffe son périmètre scientifique vers la chimie organométallique et les oxydations biomimétiques catalytiques. Le LCC a été l’un des tous premiers sites de création de ce nouveau domaine. Dans cette même période, sous l’impulsion de Claude Paoletti, le LPTF quitte les locaux qu’il occupait dans le bâtiment principal pour s’installer dans de nouveaux locaux construits sur l’arrière du campus du « 205 ». Notons qu’avec l’accord tacite des deux directeurs de ces deux laboratoires propres du CNRS, Bernard Meunier a mené sur la période 1980-1986, une double activité scientifique, en catalyse biomimétique au LCC avec Anne Robert et en pharmacologie moléculaire au LPTF. Cette dernière activité a conduit à plus de 20 publications portant les adresses des deux laboratoires, démontrant ainsi que la mise en place des collaborations entre laboratoires est d’autant plus aisée que les directeurs sont capables de faciliter les synergies. La multidisciplinarité ne se décrète pas, elle émane des chercheurs eux-mêmes.
- 2 À cette époque, les chercheurs ne participaient le plus souvent qu’à un ou deux congrès nationaux c (...)
8Par ailleurs, l’année 1980 marque le début de la reconnaissance du laboratoire par la communauté internationale. Le LCC accueille le 21ème ICCC (International Coordination Chemistry Conference), le congrès international de référence en chimie de coordination2.
9Après douze années d’existence, et afin de développer la catalyse au sein du LCC, Raymond Maurel, directeur du département Chimie du CNRS, décide de nommer Igor Tkatchenko à la direction du LCC en 1986. Venant de l’Institut de Recherche sur la Catalyse du CNRS (IRC, maintenant IRCE Lyon) à Villeurbanne, après une expérience industrielle à la SNPA (Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine) et un passage dans le laboratoire de Günter Wilke, successeur de Karl Ziegler (prix Nobel de Chimie en 1963) au « Max Planck Institut für Kohlenforschung » à Mülheim, spécialiste de catalyse homogène, il va renforcer cet axe de recherche avec l’apport d’une équipe de doctorants et post-doctorants animée par Danielle Ballivet, Michel Bonnet et Denis Neibecker, l’accueil de Jean-Jacques Brunet (Université de Nancy) et l’aide de Pierre Grenouillet, ingénieur d’études détaché pour un an de l’IRC afin d’assurer l’aide technique d’une équipe de 25 personnes.
10Une telle opération nécessita une première extension du bâtiment d’origine par la construction de 700 m2 de locaux répartis sur cinq niveaux, accueillant non seulement des laboratoires répondant aux nouvelles normes de sécurité, mais également deux locaux spécialisés. Au sous-sol, une grande salle climatisée, gérée par l’équipe de Jean Galy, est réservée aux diffractomètres X, aux techniques magnétiques et à l’informatique. Au 4ème étage, est implanté un ensemble de salles dédiées aux équipements sous pression et aux réactions dangereuses. Enfin, sur chaque palier de cette extension, une pièce aérée sert au stockage des produits chimiques.
11Cette opération lancée en pleine période du plan d’austérité Delors (il a fallu rogner 20% de la surface initialement prévue…) a pu se concrétiser grâce à l’opiniâtreté de la direction du département Chimie du CNRS et au soutien sans faille de la Région Midi-Pyrénées. La construction débute fin 1984 et le bâtiment opérationnel est réceptionné fin 1985, après un arrêt des travaux pendant une bonne partie du redoutable hiver 1984-1985, exceptionnellement froid !
12Au-delà de cet élargissement thématique, Igor Tkatchenko va structurer le LCC en équipes, en nombre limité pour éviter la dispersion des moyens humains, avec des règles budgétaires précises selon le modèle des Instituts Max-Planck. Les services techniques sont développés avec la participation des chefs d’équipe comme co-responsables : pas à pas, de nouveaux moyens sont acquis. Ainsi, avec au départ un spectromètre multi-noyaux RMN 90 MHz, l’apport d’une RMN 200 MHz va satisfaire les besoins routiniers non seulement du laboratoire mais aussi d’équipes extérieures ; un équipement (80 MHz) dédié à l’isotope 31 du phosphore suit de peu, et enfin un spectromètre multi-noyaux 400 MHz complète en 1990 cet ensemble de quatre machines. D’autres équipements sont acquis dans le cadre du contrat de plan État-Région, des dotations spécifiques du département Chimie du CNRS et de financements contractuels : spectromètres UV et IR, analyse thermogravimétrique, magnétomètre Squid. Pour les besoins grandissants en synthèse et analyse, la production d’azote liquide est accrue avec l’acquisition d’un liquéfacteur en provenance de l’Université de Bordeaux : à la fin des années 1980, l’azote liquide était encore une denrée rare à Toulouse !
13En complément, une politique de rénovation de locaux est entreprise avec la mise à niveau complète de l’installation électrique, l’implantation de nouvelles hottes dans les laboratoires, l’agencement du hall d’accueil, l’extension de la bibliothèque qui bénéficie d’une nouvelle excroissance sur la façade sud-ouest, la création d’un pôle administratif dans un ancien appartement de fonction, l’aménagement en sous-sol du bâtiment principal de nouvelles salles techniques, d’une salle de réunion et d’un magasin.
14Enfin, « cerise sur le gâteau », le débroussaillage des espaces verts entre les deux laboratoires propres de l’époque offre un nouveau visage au site du CNRS, le « Campus CNRS 205 ». Le LCC va pouvoir accueillir de plus en plus de doctorants et post-doctorants français et étrangers, mais aussi de nombreux conférenciers et des invités de passage pour des périodes de quatre à six semaines, financés par des « postes rouges » du CNRS, contribuant ainsi à sa reconnaissance internationale.
15Cette période va être aussi celle du développement de l’informatique sur les bureaux des chercheurs. Les équipements scientifiques s’étaient informatisés lentement avec des logiciels peu conviviaux, sans toucher les équipements de bureau. Au début des années 1980, le LCC ne possède que deux machines à écrire modernes, des « IBM à boules », le changement de la boule centrale permettant d’accéder aux différentes gammes de caractères spéciaux. Sous contrôle des secrétaires du laboratoire, elles étaient le seul moyen pour obtenir des documents dactylographiés, pour le courrier officiel et les publications à envoyer aux éditeurs des journaux scientifiques. Les chercheurs apportaient de vrais « manuscrits » au secrétariat du laboratoire. Les rapports annuels des chercheurs étaient courts et les demandes administratives en petit nombre. C’est l’époque où les chercheurs n’avaient pas besoin d’être des virtuoses du clavier Azerty pour publier leurs travaux !
- 3 Fini le feuilletage d’une revue, en ne regardant pas seulement les articles concernant son propre d (...)
16La révolution des microprocesseurs va se faire sentir au LCC avec l’arrivée des premiers micro-ordinateurs dans les bureaux des chercheurs au mitan des années 1980, avec une préférence forte pour les MacIntosh. Il faudra le déploiement d’internet au début des années 1990 pour que le laboratoire bascule, comme les autres, dans le monde du numérique. En une décennie, le nombre de claviers va passer de deux ou trois à plus d’une centaine, tout le monde se mettant à taper sur un clavier, le plus souvent à « deux doigts ». Progressivement, la manière de faire la bibliographie change également, la lecture des « Current Contents », qui se passaient d’équipe en équipe, et des journaux à la bibliothèque du laboratoire faisant place à la lecture sur écran des pages numériques produites par les maisons d’éditions scientifiques3.
17En 1987, un évènement marque la communauté des chimistes toulousains. Le 27 mars, l’incendie du bâtiment de chimie de l’Université Paul Sabatier met à la rue des dizaines de chercheurs avec la perte de leurs documents et des travaux en cours. Les deux équipes en chimie des hétéro-éléments, celles de Jean-Pierre Majoral et de Guy Bertrand sont alors accueillies au LCC, Max Koenig et Nicole Paillous étant respectivement hébergés dans les équipes de Jean-Jacques Brunet et Bernard Meunier.
- 4 Avec le soutien d’Igor Tkatchenko, Jean Bernadou et Geneviève Pratviel qui collaboraient avec Berna (...)
18De momentané, l’hébergement des équipes de Jean-Pierre Majoral et Guy Bertrand devient une installation définitive, enrichissant ainsi la palette scientifique du LCC. Pour ses 20 ans, le LCC offre alors une image très différente de celle de ses débuts. Les thèmes de recherche englobent toute la chimie inorganique et organométallique, la catalyse et les hétéro-éléments. La chimie des dendrimères et des carbènes azotés fait partie intégrante des activités du LCC. Les interfaces avec la physique (chimie des matériaux) et la biologie (chimie bio-inorganique)4 sont solidement installées dans les activités du laboratoire. Lié dès son origine par convention avec l’Université Paul Sabatier et l’Institut National Polytechnique de Toulouse (INPT), le LCC va compter de plus en plus dans les relations avec ces deux pôles universitaires de Toulouse. Des enseignants-chercheurs des différentes composantes de ces deux sites effectuent leurs travaux de recherche au LCC, assurant ainsi les liens entre la recherche et l’enseignement. Par ailleurs de nombreux chercheurs participent aux enseignements de troisième cycle, au niveau des DEA.
19En 1993 la direction du laboratoire est confiée à Gilbert Balavoine (1940-2025), un élève d’Henri Kagan. La catalyse asymétrique fait son entrée au LCC avec Éric Manoury.
20En 1998, le relai est pris par Jean-Jacques Bonnet (1939-2025), membre du LCC et ancien directeur de l’École Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse (1987-1992), devenue l’ENSIACET. Pour suivre la montée des effectifs du laboratoire, en parallèle avec sa notoriété, Jean-Jacques Bonnet va assurer le lancement d’une seconde extension du laboratoire. Ce chantier sera suivi par celui, nécessaire mais plus délicat à mettre en œuvre, de la réhabilitation du bâtiment initial, celui-là même qui avait été construit pour installer le laboratoire de toxicologie en 1959. Sous sa direction, de nouvelles équipes sont créées au laboratoire en 2003 : celle d’Azzedine Bousseksou à l’interface chimie-physique avec l’étude de nouveaux matériaux à transition de spin ou commutables, celle de Peter Faller à l’interface chimie-biologie avec l’étude des complexes peptidiques des ions métalliques dont les ions cuivre impliqués dans la maladie d’Alzheimer, celles de Rinaldo Poli (résultant de la fusion de trois équipes dirigées respectivement par Jean-Jacques Brunet, Jean-Claude Daran et Eric Manoury et Rinaldo Poli), de Guy Lavigne, d’Alain Igau et de Michel Etienne, renforçant l’interface chimie et catalyse. L’année 2005 voit également l’accueil de Jean-Pascal Sutter (Université de Bordeaux) pour assumer la succession de Jean-Pierre Tuchagues.
21En octobre 2004, Bernard Meunier est nommé président du CNRS. En opposition avec le directeur général sur la façon de réformer le CNRS et refusant d’accentuer la « réticulation administrative excessive » de l’établissement, il démissionne en janvier 2006.
22De 2007 à 2010, la direction du LCC est assurée par Bruno Chaudret. Cette période correspond à l’extension de la thématique « nano » au sein du LCC qui concerne alors les équipes de Jean-Pierre Majoral et Anne-Marie Caminade, Lydie Valade et Dominique de Caro ainsi que celle de Bruno Chaudret et André Maisonnat. Cette thématique est née de la méthode de synthèse de nanoparticules à partir de précurseurs organométalliques développée depuis le début des années 1990. Pour tenir compte de cette thématique, deux microscopes électroniques à transmission ont été achetés et placés au sein de la structure commune de microscopie de l’Université Paul Sabatier, le Temscan, puis déménagés plus tard sur la plate-forme Castaing à Montaudran. Ceci conduit également à la création d’un service de microscopie électronique au LCC initialement assuré par Vincent Collière.
23Cette période voit également le renforcement des interactions avec l’Université Paul Sabatier (UPS, devenue partie intégrante de l’Université de Toulouse en 2025) et l’INPT avec le rattachement en 2007 du laboratoire de Catalyse et de Chimie Fine et Polymères de l’ENSIACET dirigé par Philippe Kalck (aujourd’hui dirigé par Philippe Serp et Maryse Gouygou) au LCC, ce laboratoire restant néanmoins localisé à l’ENSIACET. Elle voit également l’intégration réussie des chimistes de l’IUT de Castres au LCC, au sein de l’équipe dirigée par Jean-Pascal Sutter pour l’un d’entre eux et au sein de l’équipe dirigée par Rinaldo Poli pour les quatre autres, ces derniers continuant d’effectuer leurs travaux de recherche sur le site de Castres. La chimie organométallique et la catalyse homogène se voient également renforcées avec la création de l’équipe de Sylviane Sabo-Etienne focalisée sur les complexes dihydrogène et leurs applications.
24De 2011 à 2012, Bruno Chaudret ayant quitté le LCC pour créer un nouveau laboratoire sur la chimie et la physique des nanoparticules à l’INSA de Toulouse (LPCNO), Denis Neibecker prend en charge la direction du laboratoire pendant deux années. Il s’attache à conduire la réhabilitation et l’aménagement de la majorité des pièces des sous-sols des bâtiments, où sont localisés la plupart des appareils scientifiques, et une organisation plus ergonomique de ceux-ci.
25La thématique « matériaux moléculaires » est renforcée avec la mise en place en 2011 d’une nouvelle équipe à l’interface avec l’optique, « Molécules et composites pour l’optique », sous la responsabilité d’Isabelle Malfant, professeure à l’UPS, devenue directrice du LCC au 1er janvier 2025.
26De 2013 à 2024, la direction est assurée par Azzedine Bousseksou. Le LCC renforce son activité selon les trois principaux axes de recherche du laboratoire :
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Axe « Matériaux » avec la création de nouvelles équipes (Myrtil Kahn, nanoparticules-capteurs, Karine Philippot, nanostructures). C’est le début des financements européens de type « ERC-Advanced grant » dont bénéficieront A. Bousseksou et G. Molnar.
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Axe « Catalyse et chimie de coordination » avec l’accueil de nouveaux chercheurs : Antoine Simonneau (ERC-Starting grant), Jean-Baptiste Sortais, Olivier Baslé.
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Axe « Santé ». Christelle Hureau dirige l’équipe sur les interactions cuivre-amyloïdes (maladie d’Alzheimer) après le départ de Peter Faller à Strasbourg. Elle obtient un financement ERC-Starting grant. Françoise Benoit-Vical, recrutée comme chercheur Inserm en 2001 dans l’équipe de Bernard Meunier, crée sa propre équipe au LCC en 2009 et obtient la labélisation de l’Inserm en 2021 (ERL-1289). Elle développe des travaux sur les souches de Plasmodium résistantes à l’artémisinine. Il est à souligner, de manière très positive, qu’il s’agit d’une des très rares créations d’unité Inserm dans un laboratoire de chimie du CNRS.
27En collaboration avec Yan Liu de l’Institut de Technologie du Guangdong (GDUT), Bernard Meunier, professeur invité dans cette même université depuis 2012, et Anne Robert développent de nouveaux chélateurs pour le traitement des maladies d’Alzheimer et de Wilson.
28Sous la mandature d’Azzedine Bousseksou, le LCC poursuit le développement de son équipement scientifique (RMN, RX poudres et monocristaux, IR, UV-vis, fluorescence, spectrométrie de masse, ATD/ATG, Squid, électrochimie, Mössbauer, Raman, microscopie électronique…) avec une organisation en 17 services scientifiques et techniques. Tous ces services sont ouverts sur la communauté scientifique toulousaine. Au cours de la seule année 2024, le LCC avec ses 13 équipes de recherche et 260 personnes au total a publié plus de 200 articles, soumis 9 brevets et 17 thèses ont été soutenues. Impliqué dans deux laboratoires internationaux et 3 projets de coopération internationale, le LCC a vu les travaux de ses chercheurs récompensés par 10 prix ou distinctions. De nombreux prix étaient déjà venus récompenser les chercheurs du LCC au cours des cinquante premières années d’existence.
29Depuis sa création, le LCC est devenu une pépinière d’académiciens : Bernard Meunier (Académie des Sciences en 1999, Académie Nationale de Pharmacie en 2013), Guy Bertrand (Académie des Sciences en 2004), Bruno Chaudret (Académie des Sciences en 2005), Azzedine Bousseksou (Académie des Sciences en 2013), Jean Bernadou (Académie Nationale de Pharmacie en 2010) et Vania Bernardes-Genisson (Académie Nationale de Pharmacie en 2021). Seules les académies nationales viennent d’être mentionnées ; il faudrait ajouter d’autres élections par des académies étrangères et européennes.
30En octobre 2024, au terme d’une journée scientifique, le LCC a soufflé les bougies de ses 50 ans avec un sentiment de fierté et de reconnaissance pour tous les chercheurs, techniciens et administratifs ayant œuvré en son sein pendant toute cette période. En janvier 2025, Isabelle Malfant devient la première femme à diriger le LCC. Avec elle, le Laboratoire de Chimie de Coordination va continuer à écrire son histoire. De nombreux défis scientifiques l’attendent dans un proche avenir : poursuivre le développement d’une chimie « verte » en mettant au point de nouvelles approches de synthèse de plus en plus efficaces pour économiser les ressources naturelles et l’énergie, assurer la mise au point de nouveaux matériaux pour des équipements en phase avec la nécessité du développement durable mais aussi créer de nouveaux médicaments pour mieux traiter les maladies connues et faire face aux maladies émergentes.
Notes
1 Fort heureusement, le Laboratoire de Chimie de Coordination du CNRS n’a pas changé de nom en cinquante ans. LCC est resté son petit nom pour tous ceux qui y ont travaillé, y compris pour les très nombreux chercheurs étrangers qui y ont été formés. Ce laboratoire a su se tenir à l’écart d’une maladie très française qui se caractérise par l’envie de changer le nom des laboratoires tous les 10-15 ans en y ajoutant des acronymes imprononçables, ce qui ne favorise pas la notion d’appartenance à la structure de formation (Alma mater) et l’incarnation d’un lieu de recherche et de découvertes. Souhaitons que son nom continue à être préservé au fil du temps.
2 À cette époque, les chercheurs ne participaient le plus souvent qu’à un ou deux congrès nationaux chaque année, la participation aux grands congrès internationaux étant une exception. La vulgarisation et l’abaissement des coûts des transports aériens à partir des années 1990 a largement contribué à la multiplication des congrès internationaux, transformant de nombreux chercheurs en grands voyageurs.
3 Fini le feuilletage d’une revue, en ne regardant pas seulement les articles concernant son propre domaine de recherche, mais aussi la « page d’à côté », celle qui peut parfois conduire à une source d’inspiration. Les mots-clés vont devenir la norme dans la recherche de l’information. Cette facilité va permettre de gagner en temps et en approfondissement sur un sujet, mais va restreindre le champ des possibles dans la culture scientifique des chercheurs.
4 Avec le soutien d’Igor Tkatchenko, Jean Bernadou et Geneviève Pratviel qui collaboraient avec Bernard Meunier au LPTF rejoignent le LCC, renforçant ainsi les études sur les coupures d’ADN (les « ciseaux chimiques » à ADN).
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Référence électronique
Bernard Meunier, « Le Laboratoire de Chimie de Coordination du CNRS à Toulouse : déjà 50 ans d’histoire », Histoire de la recherche contemporaine [En ligne], Tome XIV n°1-2 | 2025, mis en ligne le 24 juillet 2026, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/hrc/14243 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15qxg
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