Texte intégral
1Contrairement aux habitudes de la revue, ce numéro ne vous propose pas un dossier thématique mais vous invite à cheminer entre varia, portraits, entretiens et témoignages, découverte d’archives et recension. L’ambition pluridisciplinaire est cependant toujours là, dans un dialogue permanent entre toutes les sciences.
2Dominique de Vienne nous invite ainsi à nous plonger dans l’histoire du phénotype et de sa relation avec le génotype. Au cœur des dynamiques du vivant, il nous conduit de l’invention du terme par Wilhelm Johannsen en 1909 aux travaux les plus contemporains, mobilise l’épistémologie et ce faisant donne au lecteur non-spécialiste des grilles de lecture pour comprendre les notions qui sont au cœur des travaux des biologistes aujourd’hui.
3Henri Buc pour sa part s’intéresse aux commencements de l’aventure allostérique au tournant des années 1960. Il nous fait découvrir comme s’est bâti un nouveau champ de recherche en biologie moléculaire qui propose un modèle de régulation de l’activité de certaines protéines qui remet en question les modèles préexistants. De manière très intéressante, il met en lumière la figure centrale de Jacques Monod mais aussi les réseaux de recherche qui se structurent autour de cette innovation avec des chercheurs de premier plan comme Jean-Pierre Changeux en France ou Arthur Pardee et John Gerhart à Princeton aux États-Unis ; les symposiums et les revues qui permettent à la recherche d’avancer et de se diffuser.
4Avec François Dress, c’est la théorie des nombres qui livre ses secrets aux lecteurs. Bordeaux en est l’incubateur à la fin des années 1960 et les inspirateurs en sont de jeunes arithméticiens qui vont bientôt faire école, Charles Pisot et Claude Chabauty, dans un monde où l’analyse a jusqu’ici pignon sur rue. L’article nous plonge dans un temps où des moyens importants étaient accordés à la recherche pour répondre à des besoins scientifiques mais aussi pour accompagner la massification de l’enseignement supérieur ; ce qui a donné naissance à une nouvelle géographie française de la recherche moins centralisée à Paris.
5Jessica-Katel Valencia-Martin, quant à elle, nous présente l’outil de planification conçu pour coordonner à Grenoble le chantier des Jeux Olympiques d’hiver de 1968. La méthode PERT traite visuellement l’organisation de tâches synchrones complexes et interdépendantes en s’appuyant sur la théorie des graphes. Née des travaux de mathématiciens et de l’expérience développée par les logisticiens pendant la Seconde Guerre, elle fait travailler ensemble chercheurs, entrepreneurs et responsables politiques pour répondre au défi logistique que pose l’organisation d’un événement à portée mondiale en seulement quatre ans.
6Derrière toute recherche il y a des équipes, des hommes et des femmes. C’est pourquoi nous avons décidé d’ouvrir ce numéro de la revue à une série de portraits mais aussi d’entretiens. Suzanne Sommer nous présente les recherches de Raymond Devoret sur les effets de la radiation sur le vivant et plus particulièrement sur les réponses des bactéries aux radiations. Corina Veleanu nous fait (re)découvrir les travaux du juriste Boris Starck, l’un des plus grands spécialistes de la théorie de la responsabilité civile qui s’est illustré aussi en tant que linguiste en travaillant sur les défis que pose le plurilinguisme en matière juridique. Enfin, Anne-Sophie Flouret, Florence Jany-Catrice et Clotilde Lemarchant se livrent à une socio-histoire du CLERSÉ, un laboratoire de sciences sociales, unique en son genre mais qui est porteur de problématiques qu’on retrouverait dans de nombreux autres.
7Emanuel Bertrand et Wolf Feuerhahn ont pour leur part interviewé Pietro Corsi qui nous raconte son cheminement scientifique d’historien des sciences de Pise à Paris en passant par Oxford où il a soutenu sa thèse de doctorat, et son rôle de passeur entre universités et établissement dédiés à la vulgarisation de la science auprès du grand public. Emanuel Bertrand, cette fois-ci avec Martha Cecilia Bustamante, accompagne Roger Balian dans son parcours de vie de physicien, de l’atelier familial au monde de la recherche et à l’Académie des sciences, en s’intéressant tout particulièrement au moment de la reconstruction de la France et de sa recherche après la Seconde Guerre mondiale à travers l’expérience de l’École des Houches. Deux témoignages accompagnent ces entretiens. Celui de Bernard Meunier qui brosse 50 ans d’histoire du Laboratoire de Chimie de Coordination de Toulouse, et celui de Marie-Odile Soyer-Gobillard qui retrace sa vie de chercheuse en biologie marine, entre recherche de haut niveau sur les eucaryotes unicellulaires et création institutionnelle d’une grande station marine.
8Notre revue vous offre aussi dans cette livraison une recension, celle du livre d’Emanuel Bertrand consacré à l’Extension du domaine de la thermodynamique. Elle donne aussi toute sa place à une rubrique incontournable dans une revue d’histoire, celle consacrée aux archives. Isabelle Dujonc nous fait mieux connaître les archives du CNRS, nous explique leur raison d’être et nous en dévoile les évolutions. Gageons que cela donnera à nos lecteurs et lectrices l’envie de s’y plonger et de lancer de nouveaux travaux de recherche historiques. Quant à Philippe Leconte, il nous présente le fonds constitué par les photographies prises par Nicole Tiget à l’occasion des événements organisés au siège du CNRS ; fonds dont il a permis la conservation patrimoniale et la mise en valeur grâce à un travail remarquable ces dernières années. Qu’il en soit remercié. Alors que les historiens et historiennes ont longtemps travaillé à partir des seules sources écrites, ce numéro de la revue nous rappelle l’importance désormais reconnue des archives orales mais aussi le potentiel des archives photographiques encore sous-utilisées.
Bonne lecture.
Table des illustrations
![]() |
|
|---|---|
| URL | http://journals.openedition.org/hrc/docannexe/image/15081/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 16k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Hélène Harter, « Éditorial », Histoire de la recherche contemporaine [En ligne], Tome XIV n°1-2 | 2025, mis en ligne le 30 juin 2026, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/hrc/15081 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16o2r
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page





